Dans ce chapitre, on examine en quoi le spatial est devenu un domaine stratégique de l’économie et de l’action publique, et de quelle manière les pouvoirs publics agissent sur la compétitivité nationale dans l’économie spatiale. Il met en évidence l’importance constante de l’investissement public, du soutien à la recherche et développement (R-D), de la passation de marchés, de la réglementation et des cadres institutionnels, tout en examinant le rôle croissant du financement privé, de la R-D au niveau des entreprises et des instruments d’action axés sur l’entrepreneuriat. Ensemble, ces facteurs déterminent la manière dont les pays développent, conservent et déploient les capacités nécessaires pour tirer parti des systèmes et services spatiaux.
Panorama de l’économie spatiale 2026
1. Économie spatiale : capacités stratégiques et compétitivité
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Plaidoyer pour le spatial : capacités stratégiques, bénéfices économiques et nécessité d’une intervention résolue des pouvoirs publics
Copier le lien de Plaidoyer pour le spatial : capacités stratégiques, bénéfices économiques et nécessité d’une intervention résolue des pouvoirs publicsLe spatial n’est plus un domaine de niche en marge de l’économie. Les systèmes spatiaux sous-tendent des fonctions essentielles des sociétés modernes, notamment les communications, la navigation, les prévisions météorologiques, la gestion des catastrophes, les transactions financières, les transports, l’agriculture et la défense. Le spatial constitue donc à la fois une activité économique et une capacité stratégique : les pays ont besoin d’un accès fiable aux infrastructures spatiales, non seulement pour soutenir la croissance et l’innovation, mais aussi pour préserver leur résilience, leur autonomie et leur sécurité.
L’économie spatiale mondiale génère environ 500 milliards USD de recettes par an, dans un large éventail d’activités et de segments de marché, et elle ne cesse de croître. Malgré des différences en termes de périmètre, de couverture et de méthodologie, les estimations disponibles convergent toutes vers le même tableau général. Les estimations publiées varient entre 544.3 milliards USD de recettes commerciales liées au spatial, en hausse de 13 % (Space Foundation, 2026[1]), et 564 milliards EUR, en hausse de 7 % (Agence spatiale européenne, 2026[2]), ce qui témoigne d’une forte dynamique de croissance constatée malgré les différences méthodologiques entre les diverses stratégies de mesure. L’économie spatiale se rapproche de l’échelle du secteur mondial des semi-conducteurs, dont la valeur était estimée à environ 620 milliards USD en 2024.
Les pouvoirs publics continuent de jouer un rôle central dans le développement de l’économie spatiale. De nombreuses activités de R-D spatiale se caractérisent par des investissements initiaux massifs, de longs cycles de développement et une incertitude technologique, alors même que les marchés sont de petite taille et réglementés. Qui plus est, les activités spatiales viennent étayer des fonctions publiques et génèrent souvent de vastes bénéfices pour la population, tels que les découvertes scientifiques, la surveillance de l’environnement, la sécurité nationale ou les alertes en cas de catastrophe. Enfin, malgré les vagues successives de libéralisation depuis les années 80, plusieurs capacités et produits spatiaux sont soumis à une réglementation publique contraignante et à des contrôles des exportations. Il est donc peu probable que les marchés puissent à eux seuls assurer que les investissements présenteront le volume, la continuité ou l’orientation stratégique requis. Les achats publics, le financement des missions et le soutien à la R-D contribuent à maintenir les capacités critiques, à réduire l’incertitude technologique et celle qui entoure les marchés, à créer rapidement de la demande et à attirer l’investissement privé.
Le soutien public suit également une logique industrielle et de compétitivité. Les programmes spatiaux sont utiles pour une production manufacturière de haute technologie, l’ingénierie de pointe, les services numériques, l’investissement dans la R-D et l’emploi qualifié. Les applications spatiales créent des liens entre des secteurs clés, notamment les transports, l’énergie, l’agriculture, les assurances, les services environnementaux et la défense. Pour les pouvoirs publics, le défi ne consiste donc pas simplement à « développer le secteur spatial », mais à faire en sorte que les économies nationales soient en mesure de développer, de conserver et de déployer les capacités nécessaires pour tirer parti des infrastructures, des services et de l’innovation rendus possibles par les systèmes spatiaux.
De nouvelles méthodes statistiques de comptes thématiques rendent l’empreinte économique du domaine spatial plus visible dans les économies nationales. Cela est important car les activités spatiales sont réparties entre l’aérospatiale, l’électronique, les télécommunications, les logiciels, la R-D, l’administration publique, le commerce et les services, et ne peuvent donc être que partiellement isolées de catégories plus globales dans les statistiques sectorielles officielles. Les travaux de l’OCDE, notamment le Handbook on Measuring the Space Economy, ont contribué à l’établissement d’une base conceptuelle commune pour ce cadre de mesure. Au fil des ans, les pays ont utilisé ce manuel comme référence pour procéder à des mesures, certains ayant élaboré des enquêtes sectorielles ad hoc pour produire des données détaillées sur l’ampleur économique et l’impact des activités spatiales. Plus récemment des initiatives de comptes thématiques reposant sur des statistiques nationales plus générales ont ajouté un angle de vue complémentaire, ce qui a marqué une étape importante dans la mesure de l’économie spatiale.
Les dernières statistiques du Bureau d’analyse économique (BEA) des États-Unis constituent un point de référence important : elles montrent que l’économie spatiale américaine joue un rôle fondamental dans plusieurs pans stratégiques de l’économie. En 2023, elle a généré 142.5 milliards USD de PIB, soit 0.5 % du PIB des États-Unis, 240.9 milliards USD de production brute et 373 000 emplois dans le secteur privé. Ainsi, l’économie spatiale est d’une échelle économique à peu près comparable à celle de pans spécialisés de l’économie américaine, tels que le secteur du transport aérien ou celui du cinéma et de l’enregistrement sonore. Son importance pour l’action publique tient donc moins à la part globale qu’elle représente dans le PIB qu’à son rôle stratégique, à la haute technologie qu’elle contient, au fait qu’elle intervient dans des missions publiques et qu’elle est indispensable à l’ensemble de l’industrie manufacturière, de la R‑D, des télécommunications, de l’administration et des services numériques. En outre, l’économie spatiale américaine est probablement plus importante que ne l’indiquent les estimations officielles actuelles. Si la télévision commerciale par satellite, qui a longtemps été le segment dominant du secteur, a reculé ces dernières années, l’accroissement de l’activité de fabrication d’équipements spatiaux pourrait ne pas être pris en compte dans son intégralité. En effet, la production de satellites et de lanceurs par des entreprises pour leur propre usage peut être sous-estimée dans les comptes nationaux, étant donné que ces activités ne nécessitent pas forcément de transactions observables sur le marché (Highfill et Rao, 2025[3]).
Les données factuelles concernant l’Europe vont dans le même sens. Selon la première évaluation thématique de l’Italie, l’économie spatiale aurait représenté environ 8 milliards EUR en production, 2 milliards EUR en valeur ajoutée, 23 300 emplois et environ 0.1 % du PIB en 20211. L’économie spatiale de l’Italie constitue un écosystème industriel et numérique stratégique de grande valeur, comparable à des niches spécialisées dans l’aérospatiale, l’électronique, les télécommunications, les logiciels et l’ingénierie de pointe. Les activités en amont, qui produisent principalement des biens et des services utilisés dans le domaine spatial, ont représenté 67.3 % de la valeur ajoutée du spatial, l’industrie manufacturière 50.9 %, les grandes entreprises 78.2 % et les entreprises multinationales 90.4 %, ce qui souligne la concentration industrielle et l’intégration internationale de ce secteur.
L’OCDE soutient la poursuite des travaux visant à rendre les statistiques de l’économie spatiale plus cohérentes d’un pays à l’autre et plus pertinentes pour l’action publique, d’abord au niveau national, puis à l’échelle mondiale. Eurostat, le Centre commun de recherche et l’Agence spatiale européenne construisent les bases d’un compte thématique de l’économie spatiale européenne. L’Espagne élabore son compte thématique de l’économie spatiale, dont la publication est prévue pour le premier semestre de 2027, la France élabore avec l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et le Centre national d’études spatiales (CNES) des données de référence, tandis que le Canada, la Corée et l’Allemagne étudient pour leur part de nouvelles approches fondées sur les enquêtes qu’ils mènent depuis longtemps auprès de l’industrie spatiale.
Au-delà de ces mesures de l’économie spatiale, de nouvelles données montrent que les services par satellite sont utilisés dans l’ensemble de l’économie. Ces indicateurs rendent compte d’une autre dimension de la valeur : non pas la taille directe du secteur spatial, mais la mesure dans laquelle les entreprises et les consommateurs s’appuient sur les données et les signaux satellitaires, qui alimentent l’activité économique quotidienne. Les estimations tirées de l’enquête menée par l’Agence spatiale britannique auprès du secteur laissent à penser que les services par satellite jouent un rôle significatif et croissant dans l’économie britannique, puisqu’ils sous-tendaient environ 18 % du PIB non financier du Royaume-Uni en 2022, contre 16 % en 2021 (London Economics, 2025[4]). Selon les estimations, la contribution la plus importante, à 14 % du PIB, provenait des secteurs s’appuyant sur des services de positionnement, de navigation et de synchronisation fournis par les satellites de navigation, suivis par les secteurs bénéficiant des services météorologiques satellitaires (11 %) et les services de communications par satellite et d’observation de la Terre (7 % du PIB environ dans les deux cas).
Les statistiques officielles danoises constituent l’un des rares exemples de données granulaires disponibles à ce jour, montrant une utilisation croissante des services par satellite dans les entreprises et l’agriculture : 18 % des entreprises privées non financières en milieu urbain utilisaient des services par satellite en 2022, les plus grandes entreprises y ayant davantage recours, et le pilotage de précision grâce à la méthode GPS RTK (système mondial de radiorepérage cinématique en temps réel) était utilisé dans 74 % des surfaces cultivées en 2025, tandis que l’imagerie satellitaire était employée sur 31 % des surfaces cultivées, contre 12 % en 2018 (Graphique 1.1).
Graphique 1.1. Utilisation croissante des services par satellite dans l’économie danoise
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Sources : Office statistique danois (Danmarks Statistik) (2025[5]), « Enterprises use of satellites and Internet of Things (10 employees) », www.statbank.dk (en anglais) et Office statistique danois (Danmarks Statistik) (2025[6]), « Præcisionslandbrug 2025 » [agriculture de précision 2025] et éditions précédentes, https://www.dst.dk/da/Statistik/udgivelser/NytHtml?cid=52564 (en danois).
Ces efforts, qui viennent compléter les enquêtes plus traditionnelles sur le secteur spatial et les rapports sur les marchés, montrent pourquoi les pouvoirs publics doivent à la fois intervenir de manière résolue au niveau de l’action publique et disposer de bases statistiques solides. Le spatial revêt une importance stratégique, mais il peut être difficile de rendre compte de sa contribution à l’économie à l’aide de statistiques officielles standard. En disposant d’une meilleure mesure, les pouvoirs publics peuvent évaluer les retombées des dépenses publiques et du soutien à la R-D, comprendre les forces et les dépendances du secteur, comparer les capacités nationales et concevoir des politiques publiques fondées sur des données probantes à même de favoriser la compétitivité. En s’appuyant sur des initiatives nationales, l’OCDE travaille en étroite collaboration avec les pays à la mise en place de comptes thématiques, dans l’objectif à plus long terme de produire des données comparables au niveau international et, in fine, des estimations mondiales de l’économie spatiale.
La suite de ce chapitre examine les principaux leviers d’action par lesquels les pouvoirs publics peuvent agir sur la compétitivité dans le domaine spatial. Il s’intéresse d’abord à l’ampleur et à l’orientation des budgets publics consacrés aux activités spatiales, avant d’examiner le rôle du soutien à la R-D, des marchés publics et du financement des missions dans le développement des capacités et la création d’une demande. Il s’intéresse ensuite à l’évolution de la contribution du financement privé, ainsi qu’aux cadres réglementaires et institutionnels qui influent sur l’entrée sur le marché, l’innovation, l’investissement et le positionnement international. Ensemble, ces instruments déterminent comment les pays traduisent leurs ambitions stratégiques et leurs investissements publics en avantages industriels, technologiques et économiques durables.
L’investissement public dans le spatial a augmenté, mais l’intensité de financement varie considérablement d’un pays à l’autre
Copier le lien de L’investissement public dans le spatial a augmenté, mais l’intensité de financement varie considérablement d’un pays à l’autreLes pouvoirs publics investissent dans le spatial pour progresser au regard d’objectifs stratégiques, scientifiques et économiques. Le financement public sous-tend les capacités nationales dans les domaines des sciences de l’espace, de la sécurité, de la défense et des applications civiles, et reste une source majeure de demande de systèmes et de services spatiaux. Au cours de la période 2010-2025, la demande des pouvoirs publics a considérablement évolué, les programmes publics soutenant le transport spatial, la fabrication de satellites, l’observation de la Terre, les communications, la navigation, l’exploration et les applications en aval.
Le rôle plus large du secteur spatial dans les objectifs stratégiques des pouvoirs publics semble évoluer, comme le montre la base de données CE-OCDE STIP Compass sur les politiques publiques. Les programmes de sciences de l’espace et d’exploration spatiale ont toujours été des instruments de coopération internationale et de diplomatie, et ils demeurent des priorités importantes pour de nombreux pays. Toutefois, depuis les années 2010, les objectifs de commercialisation sont devenus plus explicites, par exemple dans les stratégies spatiales de 2010 de l’Allemagne et des États-Unis, et se sont depuis généralisés. En outre, au cours de la dernière décennie, les questions de défense, de sécurité et de résilience ont pris de l’ampleur. Depuis 2019, l’Australie, la France, de l’Italie, du Portugal et le Royaume-Uni ont publié des stratégies de défense spatiale, tandis que des thématiques similaires sont abordées dans plusieurs plans sur le spatial à visée civile, notamment au Danemark, en Norvège et en Pologne, ainsi que dans de nombreuses directives des États-Unis sur la politique spatiale.
L’investissement public reste un moteur de croissance majeur, les budgets consacrés aux activités spatiales à visée civile dans la zone OCDE ayant augmenté de près de 15 %, passant de 40.5 milliards USD en 2022 à 46.4 milliards USD en 2025, selon une méthodologie actualisée (OCDE, 2023[7]) (Graphique 1.2)2.
Graphique 1.2. Budgets consacrés aux activités spatiales à visée civile dans une sélection de pays Membres de l’OCDE, 2010 et 2025
Copier le lien de Graphique 1.2. Budgets consacrés aux activités spatiales à visée civile dans une sélection de pays Membres de l’OCDE, 2010 et 2025En pourcentage du produit intérieur brut
Notes : 1. Inclut les contributions à EUMETSAT, à l’Agence spatiale européenne et au Programme spatial de l’Union européenne (estimation) ; 2. Comprend le système mondial de radiorepérage des États-Unis à double usage ; 3. Comprend la contribution à EUMETSAT et à certains programmes de l’Union européenne, par exemple, Copernicus et/ou Galileo/système européen de navigation par recouvrement géostationnaire (EGNOS) ; 4. Comprend les contributions à EUMETSAT.
Source : Analyse de l’OCDE à partir de sources sur les budgets nationaux.
Le soutien public à l’activité spatiale commerciale s’est accru, faisant écho au rôle grandissant des entreprises privées dans le transport spatial, la fabrication de satellites, l’observation de la Terre, les communications et les applications en aval. Cette tendance a contribué à faire évoluer les instruments d’action, notamment par un recours accru aux marchés publics et aux contrats de services, en particulier aux États-Unis et en Europe, par le transfert de savoir-faire technologique des organismes publics vers l’industrie, comme on a pu l’observer plus récemment dans des pays tels que la Corée et l’Inde, et par l’amélioration de l’accès aux instruments de financement public, notamment en Europe et au Japon.
Plusieurs grandes économies spatiales ont augmenté ou réorienté l’investissement public au cours de la dernière décennie. En Amérique du Nord, les États-Unis ont continué d’impulser une forte demande institutionnelle à travers des initiatives civiles et de défense majeures, notamment le programme d’exploration lunaire Artemis et le regroupement des activités spatiales militaires sous la houlette de la US Space Force (Force spatiale américaine). Ces évolutions ont renforcé la demande de solutions commerciales pour des capacités avancées de lancement, d’exploration, de communications par satellite, de surveillance spatiale et de sécurité nationale. Les activités spatiales du Canada enregistrent un regain de dynamisme, grâce à une série d’investissements publics visant à renforcer les capacités nationales. Des investissements substantiels dans les systèmes d’observation de la Terre de nouvelle génération (RADARSAT), des programmes de l’Agence spatiale européenne, des systèmes satellitaires, des technologies lunaires et de nouvelles capacités de lancement aident le Canada à conserver et à faire progresser son expertise de niche dans des domaines tels que les radars à synthèse d’ouverture ou la robotique spatiale. Le profil d’exploration du Canada a encore été renforcé en avril 2026, lorsqu’un Canadien est devenu le premier astronaute non originaire des États-Unis à prendre part à un survol de la Lune au cours de la mission Artemis II.
En Europe, l’activité spatiale s’est considérablement développée. Le budget de l’ESA a substantiellement augmenté depuis 2010, grâce aux contributions des États membres et aux programmes financés par l’Union européenne. Plusieurs pays ont renforcé leurs programmes nationaux et leurs capacités industrielles, notamment dans les domaines de l’observation de la Terre, des lanceurs, des communications sécurisées et des petits satellites. Au niveau de l’Union européenne, de grands programmes phares sont devenus cruciaux pour l’infrastructure spatiale européenne : Copernicus pour l’observation de la Terre, Galileo et EGNOS pour le positionnement, la navigation et la synchronisation civils, et GOVSATCOM (télécommunications gouvernementales par satellite) et IRIS² (infrastructure pour la résilience, l’interconnectivité et la sécurité par satellite) pour la connectivité sécurisée destinée aux services gouvernementaux et à double usage.
Encadré 1.1. La science et l’exploration spatiale, sources de demande institutionnelle
Copier le lien de Encadré 1.1. La science et l’exploration spatiale, sources de demande institutionnelleLa science, l’exploration et les vols spatiaux habités restent des marchés institutionnels majeurs dans l’économie spatiale. Étant des objectifs civils fondamentaux des programmes spatiaux publics, ils génèrent de la demande pour les lancements, la fabrication d’engins spatiaux, la robotique, les missions, les systèmes de survie, les communications, la navigation et l’instrumentation scientifique. Ces missions, dont les bénéfices sont souvent difficiles à quantifier, sont propices à la découverte scientifique, à l’apprentissage technologique et à l’amélioration des capacités industrielles spécialisées, et concourent à sensibiliser le public et à susciter son intérêt actif. Les programmes d’exploration modifient également l’organisation de la demande publique. Les pouvoirs publics continuent de définir des objectifs, de financer des missions et de gérer les risques stratégiques, mais de plus en plus, ils passent des marchés auprès d’entreprises privées pour certains services, tels que le transport d’équipages et de fret, les services de transport à destination de la Lune, les modules de descente lunaire, les missions d’astronautes privées ou les projets de station spatiale commerciale. Les missions institutionnelles peuvent donc façonner les marchés en créant une demande précoce, en validant les technologies et en favorisant l’obtention de nouvelles capacités, tout en préservant la logique de bien public qui sous-tend un investissement public soutenu.
En Asie, l’investissement public dans le domaine spatial a également augmenté de manière significative. Le Japon a renforcé son soutien institutionnel par l’intermédiaire du Fonds pour la stratégie spatiale, mis en place en 2024 à l’Agence d’exploration aérospatiale japonaise (JAXA) pour apporter un soutien pluriannuel aux entreprises privées, aux universités et aux instituts de recherche dans les domaines des satellites, de l’exploration et du transport spatial. La Corée a revu ses ambitions à la hausse, ce dont témoignent la création de l’Administration aérospatiale coréenne (KASA) en 2024, l’augmentation de ses budgets, la poursuite du développement du lanceur Nuri et de ses projets d’exploration lunaire, s’appuyant sur l’orbiteur lunaire Danuri. La République populaire de Chine [ci-après la « Chine »] continue de développer ses infrastructures spatiales d’observation de la Terre, de navigation et de communication, tout en intensifiant ses activités dans les domaines des sciences de l’espace, de l’exploration lunaire et planétaire et des vols spatiaux habités. L’espace joue également un rôle croissant dans les petites économies asiatiques. Ainsi, en 2023, la Thaïlande a lancé son satellite d’observation de la Terre THEOS‑2, ce qui représente un investissement historique de 237 millions USD (valeur de 2025). L’Agence thaïlandaise pour le développement de la géo-informatique et de la technologie spatiale, créée en 2000, a reçu une dotation budgétaire de 36 millions USD en 2026.
Dans le même temps, les données relatives aux budgets nationaux consacrés aux activités spatiales donnent à voir d’importants écarts dans l’intensité du financement public de ce domaine. Entre 2010 et 2025, certains pays ont investi massivement, notamment le Japon, la Corée et le Luxembourg, tandis que d’autres ont augmenté leurs dépenses dans le cadre de programmes de relance post-COVID-19. Plusieurs pays européens ont également augmenté leurs contributions aux programmes facultatifs de l’ESA. Au niveau de la zone OCDE, les budgets publics consacrés au spatial à visée civile sont restés globalement stables en pourcentage du PIB entre 2010 et 2025, évoluant au même rythme que l’inflation, laquelle affichait des taux supérieurs à la moyenne (Graphique 1.3). Cette tendance globale masque des écarts considérables entre les pays et les régions.
Graphique 1.3. Tendances observées dans les budgets consacrés au spatial à visée civile (sélection), 2010-2025
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Note : Les budgets de l’UE27 comprennent les programmes nationaux civils et à double usage, les contributions à EUMETSAT, à l’Agence spatiale européenne et au Programme spatial européen.
Source : Calculs de l’OCDE à partir de sources sur les budgets nationaux.
En dehors des pays de l’OCDE, un groupe de pays de plus en plus nombreux investissent dans les capacités spatiales. L’activité s’est développée en Afrique – comme en témoigne l’inauguration, en 2025, de l’Agence spatiale africaine, qui constitue un mécanisme de coordination à l’échelle du continent –, ainsi qu’au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique. Ces investissements restent généralement inférieurs aux niveaux observés dans les plus grandes économies spatiales de l’OCDE et varient considérablement d’une année sur l’autre, passant de dizaines à des centaines de millions de dollars. Cette volatilité s’explique par le fait que les budgets publics consacrés au spatial sont souvent fonction de grands programmes ponctuels, notamment l’achat de satellites commerciaux, les activités de lancement et le développement d’infrastructures.
Graphique 1.4. Ampleur et croissance des budgets spatiaux militaires dans une sélection de pays de l’OCDE, 2015-2025
Copier le lien de Graphique 1.4. Ampleur et croissance des budgets spatiaux militaires dans une sélection de pays de l’OCDE, 2015-2025Pourcentage du budget total (partie A) et croissance indexée, en termes réels (parties B à D, 2015 = 100)
Notes : L’analyse repose uniquement sur des données librement accessibles, et non sur des programmes classifiés. 1. N’inclut pas le financement du programme GPS, considéré comme à double usage et donc inclus dans le budget consacré au spatial à visée civile ; 2. Les données concernant la France reposent sur les comptes individuels des programmes jusqu’en 2019 inclus.
Source : Calculs de l’OCDE à partir de sources sur les budgets nationaux.
Une évaluation complète des investissements publics dans les activités spatiales doit tenir compte des dépenses liées à la défense, mais les budgets du spatial militaire restent difficiles à comparer à l’échelle internationale : de nombreux programmes sont classifiés, intégrés dans des lignes budgétaires plus générales consacrées à la défense ou déclarés comme des activités à double usage. Malgré ces limites, les données disponibles semblent indiquer une nette augmentation des dépenses consacrées à la défense spatiale. En 2025, les programmes militaires représentaient 14.8 % du total des budgets publics consacrés aux activités spatiales au Japon, 25 % en France et 46.3 % aux États-Unis, où le budget de la US Space Force dépasse désormais celui de la NASA (Graphique 1.4).
Cette évolution est visible dans un nombre croissant de pays de l’OCDE. Le Royaume-Uni s’est engagé à fournir 1.4 milliard GBP sur dix ans dans le cadre de sa stratégie spatiale de défense, parallèlement à d’autres programmes de grande envergure (tels que la mise à niveau des satellites de communication militaires Skynet). L’Allemagne a annoncé son intention d’investir 35 milliards EUR dans des capacités de défense liées au spatial d’ici à 2030, ce qui constitue l’un des engagements les plus massifs pris en Europe récemment. En France, la loi de programmation militaire pour les années 2024 à 2030 prévoit 6.4 milliards EUR pour le spatial militaire ; un effort supplémentaire de 4.2 milliards EUR d’ici 2030 a été annoncé par la suite. La nouvelle Stratégie industrielle de défense du Canada cite les technologies spatiales parmi les principales capacités souveraines du pays, notamment le renseignement, la surveillance et la reconnaissance à partir de l’espace, la connaissance du domaine spatial, les communications par satellite et le lancement dans l’espace. Des investissements stratégiques dans ces domaines ont d’ores et déjà commencé, principalement dans le secteur du lancement ; en effet, le gouvernement a annoncé un accord de 200 millions CAD sur 10 ans pour la location d’une aire de lancement spatiale exclusive, ainsi qu’un concours doté de 105 millions CAD destiné à permettre le lancement de charges utiles canadiennes à partir du sol canadien. Les dépenses de défense spatiale du Japon se sont fortement accélérées : elles ont été multipliées par près de sept depuis 2022, pour atteindre 540 milliards JPY en 2025.
La demande de défense remodèle également le type de capacités faisant l’objet d’un achat. Plusieurs pays européens, à savoir le Portugal, la Pologne, les Pays-Bas, la Finlande, la Suède et l’Allemagne, ont annoncé leur intention d’acquérir des constellations de satellites radar à synthèse d’ouverture (RSO) commerciaux pour répondre à leurs besoins souverains en matière de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, tandis que la Grèce cherche à se doter d’une capacité souveraine de satellites RSO dans le cadre de son projet spatial national de satellites. Ces évolutions témoignent d’un mouvement plus général vers des communications résilientes, la connaissance des conditions spatiales, des capacités de renseignement souverain, un accès rapide au lancement et une utilisation accrue des services satellitaires commerciaux pour des missions de défense.
Les dépenses publiques de la Chine consacrées au domaine spatial demeurent particulièrement difficiles à estimer, étant donné que les activités civiles, commerciales et militaires sont étroitement intégrées dans le cadre militaro-civil du pays, et que plusieurs infrastructures majeures sont liées à l’Armée populaire de libération. D’après des estimations approximatives, la Chine est probablement le deuxième pays au monde en termes de dépenses publiques consacrées au spatial, mais ces chiffres restent indicatifs. Les indicateurs opérationnels, notamment la cadence des lancements, la masse en orbite, le déploiement de plus de 1 000 satellites au cours de la dernière décennie et le soutien continu aux projets spatiaux commerciaux, laissent à penser que les investissements publics et stratégiques dans le spatial enregistrent une solide croissance.
Dans l’ensemble, les dépenses consacrées au spatial en lien avec la défense deviennent une composante de plus en plus importante, mais seulement partiellement observable, de l’investissement public dans le spatial. Il faut donc faire preuve de prudence lorsque l’on effectue des comparaisons internationales, mais une nette tendance stratégique se dégage : le spatial, souvent traité, ces dernières décennies, essentiellement comme un domaine à visée civile, scientifique et commerciale par de nombreuses économies, retrouve une place centrale dans la défense, la résilience et l’autonomie stratégique.
La R-D spatiale civile conserve une importance significative, malgré une croissance en berne
Copier le lien de La R-D spatiale civile conserve une importance significative, malgré une croissance en berneLa recherche-développement (R-D) est le moteur de la compétitivité économique du secteur spatial. Les activités dans ce secteur exigent des moyens spécialisés dans des domaines tels que la propulsion, la robotique, les matériaux, la communication, l’observation de la Terre, le traitement de données, le génie des systèmes et la conception de missions. Le financement public de la R-D aide à accompagner le développement de technologies dans la durée, encourage les découvertes scientifiques et atténue les risques liés à certaines capacités qui n’ont pas encore trouvé leur marché.
Depuis les années 1980, l’OCDE collecte des données sur les crédits publics de R-D ventilées en fonction de la finalité socioéconomique, et notamment sur les crédits affectés à la R-D spatiale civile. Ces données diffèrent des budgets généraux alloués aux activités spatiales dans la mesure où elles ne portent que sur les financements publics consacrés spécifiquement à la R-D spatiale alors que les premiers peuvent aussi recouvrir les programmes spatiaux à visée militaire, l’exploitation de satellites, la passation de marché, les infrastructures, les services de lancement, les activités de réglementation et autres dépenses non liées à la R-D.
En 2024, le secteur spatial civil a reçu 6.3 % des crédits budgétaires publics de R-D (CBPRD) civile dans la zone OCDE, la France et l’Italie arrivant en tête du classement, avec 14.1 %, suivies par la Hongrie (12 %) et les États-Unis (11 %) (Graphique 1.5). À l’échelle de l’OCDE, ce niveau accuse une légère baisse par rapport à 2010, qui résulte en grande partie de changements intervenus aux États-Unis. En Europe, à l’inverse, le secteur spatial civil s’est développé, au regard de la part des CBPRD qui lui sont alloués, et ce dans plusieurs pays. Sa croissance a été portée, pour partie, par l’adhésion de nouveaux membres à l’Agence spatiale européenne (ESA) ainsi que par les programmes de relance mis en place après le COVID-19, en particulier en Espagne, en France, en Italie et au Portugal. Sur le plan comptable, la R-D spatiale est en outre de plus en plus difficile à isoler dans la mesure où les applications spatiales servent dans un éventail toujours plus large de secteurs, dont celui de la défense.
Graphique 1.5. Secteur spatial civil en pourcentage du total des crédits budgétaires publics alloués à la R-D civile, 2010 et 2024
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Note : 1. Données de 2023.
Source : OCDE (2026[8]), base de données des Principaux indicateurs de la science et de la technologie (PIST) de l’OCDE, mise à jour le 31 mars 2026.
La R-D spatiale civile conserve une importance significative, mais sa croissance a ralenti par rapport à d’autres domaines de recherche bénéficiant eux aussi de crédits publics. D’après les statistiques de l’OCDE sur les CBPRD, la R-D spatiale civile est en recul, en proportion du total des crédits budgétaires publics consacrés à la R-D civile, depuis le début des années 2000 (Graphique 1.6). Par ailleurs, l’évolution du rythme de croissance révèle un creusement de l’écart entre les CBPRD alloués aux activités spatiales civiles, d’une part, et les CBPRD alloués aux activités civiles de manière plus générale ou les CBPRD totaux, ces derniers incluant la R-D militaire (Graphique 1.7). Il semble donc que, si le soutien public aux activités de R-D spatiale demeure important, sa progression est relativement lente en comparaison d’autres domaines de la recherche financée sur fonds publics, et en particulier celui de la R‑D militaire, qui est orientée à la hausse.
Graphique 1.6. La part du total des crédits budgétaires publics de R-D allouée aux activités spatiales civiles diminue, 2000-2024
Copier le lien de Graphique 1.6. La part du total des crédits budgétaires publics de R-D allouée aux activités spatiales civiles diminue, 2000-2024Sélection d’objectifs socioéconomiques de la NABS 2007 avec leur pourcentage du total des CBPRD
Source : OCDE (2026[8]), base de données des Principaux indicateurs de la science et de la technologie (PIST) de l’OCDE, mise à jour le 31 mars 2026.
Les perspectives de la R-D spatiale civile sont incertaines dans de nombreux pays. Les pouvoirs publics dans la zone OCDE sont en effet confrontés à des contraintes budgétaires, alors qu’une part croissante du soutien à la R-D passe par des incitations fiscales et non plus par un financement direct. Il faut ajouter à cela que les priorités liées à la défense prennent une importance accrue et que les administrations doivent aussi considérer des besoins d’investissement concurrents, au bénéfice de la recherche dans les domaines de la santé, de l’énergie et de l’environnement. La mesure est devenue par ailleurs de plus en plus difficile du fait que les technologies et applications spatiales se diffusent toujours plus largement dans l’économie, et notamment dans le secteur de la défense. On aurait tort toutefois de déduire des seules données afférentes aux crédits budgétaires publics de R-D que le soutien à l’innovation spatiale manque de vigueur. Plusieurs éléments nouveaux dénotent une diversification du paysage de l’innovation : un investissement plus marqué du secteur privé dans le financement des activités spatiales, une augmentation de la R-D autofinancée dans quelques entreprises, un recours croissant aux marchés publics pour soutenir l’innovation et la création de marchés, des instruments d’action plus puissants axés sur l’entrepreneuriat, et les dispositions prises par de nombreux pays afin d’adapter leurs cadres juridiques et réglementaires à l’évolution de l’économie spatiale.
Il convient par conséquent de considérer la R-D spatiale civile comme une composante d’un système d’innovation plus vaste. La R-D publique demeure indispensable pour les missions à long terme, la science fondamentale et les technologies de pointe. Néanmoins, la compétitivité dépend de plus en plus de ses interactions avec les écosystèmes industriels, les pratiques de passation de marchés, l’investissement privé, les start-ups, les utilisateurs aval et les cadres réglementaires.
Graphique 1.7. La croissance de la R-D spatiale civile n’a pas suivi celle des autres composantes des CBPRD
Copier le lien de Graphique 1.7. La croissance de la R-D spatiale civile n’a pas suivi celle des autres composantes des CBPRDCroissance indexée des CBPRD spatiale civile, des CBPRD civile et du total des CBPRD (défense comprise), zone OCDE
Source : Calculs réalisés à partir des données de la base de données des Principaux indicateurs de la science et de la technologie (PIST) de l’OCDE. Les CBPRD civile et CBPRD spatiale civile dans la zone OCDE exprimées en USD constants à PPA sont des estimations calculées à partir des données de cette base.
L’aide publique au développement liée au domaine spatial permet de diffuser plus largement les retombées de l’investissement public
Copier le lien de L’aide publique au développement liée au domaine spatial permet de diffuser plus largement les retombées de l’investissement publicAu cours des années 2010, plusieurs pays ont pris des initiatives en vue de faire profiter les pays à faible revenu de leurs capacités et savoir-faire dans le domaine spatial, ainsi le Royaume-Uni avec l’International Partnership Programme (programme de partenariats internationaux) et les Pays-Bas avec le programme Geodata for Agriculture and Water (géodonnées au service de l’agriculture et de la gestion de l’eau). L’Agence spatiale européenne et la Commission européenne travaillent également avec des partenaires internationaux pour améliorer l’utilisation des données d’observation de la Terre dans le cadre de projets de développement. De plus, de multiples dispositifs ont été mis en place pour faciliter l’accès aux données et formations pertinentes, ainsi l’Africa Regional Data Cube (cube de données régionales pour l’Afrique) et l’Open Data Cube (cube de données ouvertes) d’envergure mondiale (OCDE, 2020[9]). En 2020, la Norvège a lancé, dans le cadre de son initiative internationale pour le climat et les forêts, un programme de données satellitaires consistant à acquérir sur le marché des images satellitaires haute résolution de régions forestières tropicales afin de permettre ensuite au plus grand nombre de les consulter et de les utiliser.
On peut trouver trace de ces diverses initiatives dans les statistiques sur l’aide publique au développement (APD). L’APD rattachable au secteur spatial recouvre des projets faisant appel aux sciences spatiales, aux infrastructures spatiales et aux données et signaux satellitaires, ou contribuant aux avancées dans ces domaines, ainsi que le soutien administratif et les formations en rapport avec le spatial. Entre 2010 et 2023, le montant total des engagements s’est élevé à 1.2 milliard USD en USD constants de 2023. Les institutions de l’UE, la France et le Japon ont été les principaux donateurs au cours de la période, finançant notamment des projets dans les domaines de la protection de l’environnement, de la prévention des risques, des médias et de l’information par satellite, entre autres (Graphique 1.18). La majeure partie de l’aide ciblée géographiquement est allée à l’Afrique et à l’Asie, mais une part importante de l’APD n’était pas destinée à une région spécifique. Ainsi, le programme norvégien relatif aux données satellitaires s’adresse à tous les pays dont une portion du territoire est couverte par la forêt tropicale.
Graphique 1.8. La protection de l’environnement et la réduction des risques de catastrophe sont des domaines clés de l’aide publique au développement
Copier le lien de Graphique 1.8. La protection de l’environnement et la réduction des risques de catastrophe sont des domaines clés de l’aide publique au développementFlux entre les principaux donneurs et les secteurs ainsi qu’entre les secteurs et les régions bénéficiaires, de 2010 à 2023
Source : Calculs réalisés à partir de OCDE (2025[10])), « Système de notification des pays créanciers (SNPC) », OECD.stat (base de données), https://data-explorer.oecd.org/s/55y (consulté en juillet 2025).
Le financement privé et la R-D des entreprises redéfinissent les conditions d’investissement
Copier le lien de Le financement privé et la R-D des entreprises redéfinissent les conditions d’investissementLes mécanismes de financement privé en usage dans le secteur spatial se sont largement diversifiés au cours de la décennie écoulée. On y trouve désormais des instruments de capital-risque et de capital‑investissement appliqués aux entreprises en phase de démarrage, des entreprises investisseuses et des investisseurs institutionnels, des instruments de prêts et des marchés publics, notamment des introductions en bourse et des sociétés ad hoc de financement d’acquisition. Des dispositifs complémentaires – partenariats public-privé, contrats de référence et autres mécanismes de partage des risques – jouent eux aussi un rôle clé dans la mobilisation de capitaux privés, en particulier dans les segments du secteur spatial à forte intensité capitalistique.
En 2025, l’afflux de capitaux privés vers le secteur spatial représentait, d’après les estimations, entre 11 et 13 milliards USD, selon le périmètre et la définition retenus, soit le niveau le plus élevé depuis 2021 (Graphique 1.9). L’investissement se concentrait essentiellement sur les entreprises matures et les segments à forte intensité capitalistique, comme la fabrication et le lancement d’engins spatiaux. L’investissement privé s’est en outre diversifié sur le plan géographique. En 2025, 67 % des entreprises bénéficiaires se trouvaient aux États-Unis, 15.6 % en Chine et 12.8 % en Europe. L’origine des investisseurs s’est diversifiée elle aussi : en 2025, 39.6 % des investisseurs étaient situés aux États-Unis, 27.2 % en Europe et 26.5 % en Asie (Brycetech, 2026[11]).
Graphique 1.9. L’accès aux capitaux privés s’améliore, 2016-25
Copier le lien de Graphique 1.9. L’accès aux capitaux privés s’améliore, 2016-25Financement en fonds propres, acquisitions et financement par l’emprunt dans le secteur spatial, diverses estimations
Note : Les producteurs de données n’ont pas de définition uniforme du secteur spatial, des entreprises réunissant les conditions requises et des types d’investissement. 1. L’année 2021 constitue une valeur aberrante en raison des faibles taux d’intérêt qui étaient alors pratiqués et des nombreuses introductions en bourse de sociétés ad hoc de financement d’acquisition.
Source : Adapté de Brycetech (2026[11]), « Start-up Space 2026 », ESPI (2026[12]), « Space venture 2025 », et Seraphim Space (2026[13]), « Seraphim space index: 2025: Q4 », et d’autres rapports analogues publiés les années précédentes.
L’accès au financement privé reste inégal. Les jeunes entreprises du secteur spatial, en particulier dans le domaine de la fabrication et celui du lancement d’engins, doivent souvent compter avec des cycles de développement longs, des risques technologies élevés et des perspectives de gains incertaines, ce qui ne concorde pas nécessairement avec l’horizon habituel des investissements en capital-risque qui se situe aux alentours de cinq ans (OCDE, 2024[14]). Le financement en capital-risque de l’économie spatiale soutenu par les pouvoirs publics s’est développé dans plusieurs pays.
En 2018, le Japon a annoncé qu’une enveloppe de 100 milliards JPY (environ 940 millions USD) serait consacrée sur cinq ans au soutien des entreprises de l’économie spatiale, avec le concours de la Banque de développement du Japon, de l’Organisation pour l’innovation industrielle et d’autres institutions. La même année, l’agence spatiale française (CNES) a créé le fonds CosmiCapital, un fonds de 70 millions EUR consacré au secteur spatial.
En 2020, l’Italie a créé Primo Space, le premier fonds de capital-risque dédié à l’économie spatiale en Europe, avec 85 millions EUR de capitaux engagés et la participation du Fonds européen d’investissement et de CDP Venture Capital SGR. Le Luxembourg quant à lui a apporté son soutien à la création d’Orbital Ventures, un fonds de capital-risque doté de 70 millions EUR destiné aux entreprises du secteur spatial.
La Commission européenne a suivi, en 2022, avec le lancement de CASSINI, qui combine un ensemble de mesures de soutien, dont le montant avoisine un milliard EUR, destinées aux start‑ups et PME du secteur spatial sur une période courant jusqu’à 2027. En 2023, l’Italie a renforcé son soutien avec Italia Space Ventures, un fonds d’investissement en capital-risque et de co-investissement géré par CDP Venture Capital et financé par le Fonds complémentaire PNRR. Ce fonds a contribué à la création du centre de transfert de technologies Galaxia et à celle du programme d’accélération Take-Off.
La Corée a elle aussi accru ses investissements spatiaux bénéficiant d’un soutien public. Depuis 2023, son administration aérospatiale gère le New Space Fund. En mars 2026, trois fonds ont été créés avec une dotation globale de 30.1 milliards KRW – l’équivalent de 20 millions USD – tandis que le montant d’un quatrième a été porté, la même année, à 200 milliards KRW – soit 135 millions USD environ.
Cette relative amélioration des conditions d’accès au financement peut être observée au niveau des entreprises également dans quelques pays où celles-ci sont de plus en plus nombreuses à financer elles‑mêmes leurs activités de R-D au moyen de bénéfices non distribués, mais aussi d’emprunts ou de fonds propres. Au Canada, par exemple, les entreprises du secteur spatial font un recours croissant à ces ressources internes en complément des fonds publics. Cette évolution semble avoir contribué à une augmentation de l’intensité de R-D globale, mesurée en pourcentage de la valeur ajoutée brute (Graphique 1.10). Entre 2017 et 2024, la part des dépenses intérieures de R-D des entreprises (DIRDE) financées en interne est passée de 47 % de l’investissement total à 77 %. Au cours de la même période, la part du secteur aval dans les DIRDE est passée de 44 % à 71 %. Ces deux tendances dénotent une expansion de l’écosystème commercial, et une orientation de plus en plus marquée de celui-ci vers les activités spatiales en aval.
Graphique 1.10. Investissements en faveur de la R-D dans les entreprises spatiales canadiennes, 2017-2024
Copier le lien de Graphique 1.10. Investissements en faveur de la R-D dans les entreprises spatiales canadiennes, 2017-2024
Source : ASC (2026[15]), « État du secteur spatial canadien – Rapport 2025 », https://www.asc-csa.gc.ca/fra/publications/2025-etat-secteur-spatial-canadien.asp.
En outre, les introductions en bourse sont devenues un moyen important, quoique dans une mesure variable, de canaliser les financements privés vers le secteur spatial. Si l’on s’en tient à un échantillon restrictif constitué par l’OCDE et formé de 40 entreprises spatiales cotées en bourse aux États-Unis, en Europe et en Asie, les sommes levées sur le marché primaire au cours de la dernière décennie s’élèveraient à 100 milliards USD au bas mot. SpaceX doit être considéré comme un cas à part : son introduction en bourse en 2026 a donné lieu à une levée de fonds de 85.7 milliards USD, cependant l’essentiel de la valeur de l’entreprise est lié aux progrès accomplis, de manière plus générale, dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Cette tendance a élargi l’exposition aux marchés publics à d’autres activités spatiales que celles des opérateurs satellitaires traditionnels. Les entreprises d’observation de la Terre et les entreprises géospatiales représentent la majorité des introductions en bourse de l’échantillon, suivi par les services de lancement, les services d’infrastructure spatiale et les services lunaires, ainsi que par les communications et la connectivité par satellite. La demande d’investisseurs semble plus soutenue dans les segments de marché liés à l’administration, à la défense, au renseignement, à la connectivité et aux infrastructures. L’exposition au domaine spatial a longtemps été le fait de groupes diversifiés dans l’aérospatiale, la défense et les communications, où le spatial ne représente qu’un pan de l’activité parmi bien d’autres. Les nouvelles entreprises spatiales introduites en bourse se caractérisent par une exposition plus directe, mais aussi par un risque de concentration plus élevé, une moindre rentabilité dans de nombreux cas et une plus grande sensibilité aux échéances techniques, aux cadences de lancement, aux marchés publics et aux conditions des marchés boursiers.
Dans l’ensemble, les introductions en bourse ont élargi l’accès au financement de nombreuses entreprises spatiales et amélioré la visibilité et les voies de sortie pour les investisseurs tout en accentuant la discipline de marché et la volatilité. La décennie écoulée a ainsi vu l’émergence d’un nouveau régime de financement et non pas une simple succession d’introductions en bourse réussies dans le domaine spatial. Un plus large éventail d’activités spatiales est désormais ouvert aux investisseurs, cependant les résultats sont très inégaux, d’ailleurs la faillite de Virgin Orbit et le retrait d’Astra de l’indice Nasdaq sont des exemples récents illustrant la fragilité du modèle économique de certaines entreprises spatiales cotées en bourse. Les investisseurs doivent par conséquent être capables de bien distinguer entre elles les entreprises historiques matures, celles qui offrent de sérieuses perspectives de croissance et celles qui ont un caractère plus spéculatif.
Ces éléments nouveaux n’enlèvent rien de leur importance aux investissements publics. Bien au contraire, ils changent la nature des interactions entre secteur public et secteur privé. Les contrats publics, les subventions, les accords de cofinancement et les contrats de référence peuvent assurer des recettes prévisibles et être signe de crédibilité technique aux yeux des investisseurs. Le financement privé, quant à lui, peut favoriser l’application à grande échelle des technologies, accélérer leur déploiement commercial et élargir l’éventail d’acteurs du marché. Tout l’enjeu pour les autorités est de veiller à ce que le soutien public suscite des financements privés de qualité, tout en évitant une dépendance excessive à l’égard des cycles financiers à court terme ou de l’investissement spéculatif.
Les pouvoirs publics ont recours à une plus vaste panoplie d’instruments pour soutenir l’entrepreneuriat et la commercialisation dans le secteur spatial
Copier le lien de Les pouvoirs publics ont recours à une plus vaste panoplie d’instruments pour soutenir l’entrepreneuriat et la commercialisation dans le secteur spatialLes pouvoirs publics ont recours à une panoplie d’instruments de plus en plus vaste pour soutenir l’innovation du secteur privé, l’entrepreneuriat et la commercialisation dans le secteur spatial. Les instruments traditionnels que sont, par exemple, les marchés publics de R-D ou les subventions à la R-D, gardent de l’importance, cependant, on assiste depuis 2010 à un redéploiement stratégique de l’action publique dans le sens d’une diversification du soutien en faveur du transfert de technologies, du partage de données du secteur public, des plateformes de collaboration, des services de conseil, des incubateurs et de l’accès au financement sur fonds propres.
La commande publique demeure un moyen privilégié de stimuler l’innovation et la demande. Dans la zone OCDE, des organismes publics redéfinissent leurs liens avec le secteur privé de manière à encourager l’innovation et optimiser l’emploi des ressources publiques (Undseth, Jolly et Olivari, 2021[16] ; OCDE, 2023[7]). Les modèles traditionnels de passation des marchés – caractérisés par l’appropriation publique, des spécifications détaillées et des marchés en régie – sont, de plus en plus souvent, complétés par des dispositifs plus souples qui privilégient les achats de services, le cofinancement, les contrats à prix ferme et définitif et la conservation des droits de propriété intellectuelle par le secteur privé. Ces pratiques visent à rendre les marchés publics plus accessibles aux start-ups et aux entreprises à capitaux privés, tout en mobilisant la demande publique pour stimuler l’activité commerciale de manière plus générale.
Les États-Unis ont été des précurseurs en la matière (Graphique 1.10). À partir du début des années 2000, la NASA a procédé à l’externalisation de services commerciaux, avec tout d’abord le programme de service de transport commercial en orbite (Commercial Orbital Transportation Services). Ce modèle a par la suite été élargi au transport de fret et d’équipages en direction de la Station spatiale internationale, au transport de matériel à destination de la Lune et, depuis 2021, au transport en orbite terrestre basse. Les administrations ont par ailleurs été encouragées à acquérir des données sur le marché pour les besoins de missions publiques, et la demande de crédits budgétaires pour l’exercice 2027 prévoit l’abandon progressif du programme civil d’observation de la Terre Landsat au profit d’une solution commerciale. Le Graphique 1.10 retrace l’évolution des pratiques de la NASA en matière de passation de marchés entre le milieu des années 1990 et 2024. En 1996, les contrats à prix ferme et définitif et les contrats en régie avec prime à la performance représentaient, respectivement, 10 % et 72 % du total des obligations financières au titre des marchés publics. Les contrats à prix ferme et définitif sont sans doute plus adaptés aux projets ordinaires, présentant un faible niveau de risque. En 2024, ils représentaient la forme d’adjudication la plus répandue, avec 31 % de l’ensemble des obligations financières, contre 28 % pour les contrats en régie avec prime à la performance (NASA, 2025[17]). Entre 2009 et 2018, la croissance moyenne du coût des projets visés par des contrats à prix ferme et définitif a été de 61 %, contre 46 % pour les projets assortis d’un contrat en régie (Sobel et Tibor, 2022[18]).
Ces modèles exercent une influence sur les stratégies de passation de marchés en Europe et en Asie, bien que leur adoption ait généralement été plus tardive et se soit faite sur une base plus restreinte. L’ESA, le Royaume-Uni et le Japon ont eu recours à des services d’élimination de débris spatiaux, tandis qu’EUTELSAT a commencé à acheter des données météorologiques commerciales. La constellation satellitaire de connectivité sécurisée IRIS² sera déployée par un consortium privé, bien qu’il ne s’agisse pas d’un achat de service au sens strict du terme dans la mesure où des acteurs privés ont pris part au développement du projet.
Les instruments contractuels ont évolué en parallèle. Aux États-Unis, les accords spéciaux (Other Transaction agreements), notamment ceux conclus au titre du Space Act pour les besoins de services de transport orbital commercial, et les Broad Agency Announcements offrent une plus grande marge de manœuvre que les règles fédérales régissant normalement la passation de marchés. En Europe, le Règlement relatif à la passation de marchés adopté en 2025 par l’ESA prévoit la possibilité de conclure des accords de coopération qui laissent davantage de latitude que les cadres traditionnels et mettent davantage l’accent sur le cofinancement et sur les contrats à prix ferme et définitif.
Ces modifications peuvent également favoriser la mobilisation de financements auprès de tiers. Les contrats publics procurent des recettes prévisibles et peuvent constituer un signal de crédibilité technique pour les investisseurs. Les dispositions relatives à la propriété intellectuelle sont particulièrement importantes. Alors que les marchés publics traditionnels prévoient souvent le transfert de cette propriété à la partie publique, les accords conclus au titre du Space Act et les accords de coopération prévus par l’ESA offrent aux inventeurs la possibilité de conserver leurs droits. Des données probantes au sujet de start-ups n’appartenant pas uniquement au secteur spatial donnent à penser que les entreprises détentrices de droits de propriété intellectuelle ont un chiffre d’affaires plus élevé et des perspectives de croissance plus engageantes, raison pour laquelle ces droits constituent un signal important pour les investisseurs (OEB/EUIPO, 2023[19]).
Il faut par ailleurs que les dispositions contractuelles soient adaptées aux caractéristiques des missions, aux profils de risque et à la maturité du marché. Les contrats à prix ferme et définitif sont sans doute plus adaptés à des projets classiques ou relativement peu risqués, tandis que les missions ayant un caractère plus incertain, complexe ou exploratoire pourront nécessiter des accords de partage des risques différents (OCDE, 2024[14]). Le recours croissant aux marchés publics en tant qu’outil au service de l’innovation ne signifie donc pas, pour autant, que l’on privilégie un seul et unique modèle. Bien au contraire, il révèle l’existence d’un ensemble de pratiques diverses en fonction des objectifs des pouvoirs publics, du risque technologique et du degré de maturité commerciale.
Graphique 1.11. Les contrats à prix ferme et définitif sont désormais l’instrument de passation de marchés le plus courant à la NASA, 1996-2024
Copier le lien de Graphique 1.11. Les contrats à prix ferme et définitif sont désormais l’instrument de passation de marchés le plus courant à la NASA, 1996-2024Ventilation du total des engagements financiers entre les différents instruments en usage à la NASA
Source : NASA (2025[17]), FY 2024: Agency Financial Report, https://www.nasa.gov/wp-content/uploads/2023/11/nasa-fy-2024-afr.pdf, NASA (2023[20]), State of NASA Procurement Report: Fiscal Year 2022 in Review, https://www.nasa.gov/wp-content/uploads/2023/09/state-of-nasa-procurement-2022.pdf?emrc=65cb8e6c1f3fa, et rapports des années précédentes.
Au-delà de la passation de marchés, les pouvoirs publics élargissent leur soutien à l’entrepreneuriat (Graphique 1.12). Le portail thématique sur l’économie du secteur spatial de la base de données CE‑OCDE STIP Compass permet ainsi de recenser 212 initiatives des pouvoirs publics liées au domaine spatial et 289 instruments d’action mis en place dans 45 pays, l’Union européenne et au niveau de l’Agence spatiale européenne en 2026 (CE-OCDE, 2026[21])3. Ces initiatives montrent que l’innovation est de plus en plus souvent appréhendée à travers le prisme de l’entrepreneuriat et qu’une attention croissante est portée au transfert de connaissances, aux services de conseil aux entreprises, aux plateformes de collaboration, à l’accès aux données publiques, aux incubateurs et au financement sur fonds propres.
Différents programmes témoignent de ce changement. Connect by CNES, lancé en 2018, facilite ainsi l’accès des start-ups, entreprises et utilisateurs institutionnels aux données et signaux spatiaux, mais également aux services de vulgarisation technologique et de conseil aux entreprises. Au niveau européen, les centres d’incubation d’entreprises de l’ESA constituent un important levier en faveur des entreprises en phase de démarrage, avec quelque 36 centres en activité dans 23 pays à la fin de 2025. Une initiative analogue existe au Japon, depuis 2018, avec le programme J-SPARC, qui soutient des projets faisant l’objet d’une collaboration entre des entreprises privées et la JAXA. Au Royaume-Uni, le programme UK Space Agency Accelerator a aidé 289 fondateurs à lever plus de 100 millions GBP (133 millions USD) entre 2021 et 2026 (UKSA, 2026[22]).
Les initiatives publiques peuvent viser des activités ou des objectifs précis. Des organismes publics néerlandais et norvégiens financent ainsi des plateformes destinées à faciliter l’accès des utilisateurs nationaux aux données satellitaires du programme européen Copernicus pour développer des applications d’observation de la Terre. Aux Pays-Bas, le portail de données satellitaires comporte aussi désormais des images optiques et radar haute résolution en complément des données Copernicus. En Suisse, le Centre européen d’innovation en deep tech spatiale, créé en 2025, a pour mission d’accélérer l’adoption commerciale de ces technologies de pointe, qui concernent, par exemple, les domaines du quantique, des données et des matériaux.
Graphique 1.12. Les pouvoirs publics élargissent leur palette d’instruments en faveur de l’innovation privée dans le secteur spatial, 2010-2025
Copier le lien de Graphique 1.12. Les pouvoirs publics élargissent leur palette d’instruments en faveur de l’innovation privée dans le secteur spatial, 2010-2025Nombre d’instruments d’action
Note : Le portail sur le domaine spatial compte 212 initiatives des pouvoirs publics. La plupart d’entre elles recouvrent plus d’un instrument d’action ou groupe cible.
Source : Portail thématique sur l’économie du secteur spatial alimenté par la Commission européenne et l’OCDE (2026[21]), STIP Compass : Base de données internationale sur les politiques de la science, de la technologie et de l’innovation (STIP), édition 06/2026, https://stip.oecd.org.
La diversification des instruments d’action est le signe d’une transformation en profondeur de l’économie du secteur spatial. Plus les entreprises privées gagnent en importance dans les domaines du lancement, de la fabrication de satellites, de l’observation de la Terre, des communications et des services en aval, plus les pouvoirs publics doivent doubler le financement direct de mesures destinées à soutenir les écosystèmes, lever les obstacles à l’entrée sur le marché, associer les entreprises aux missions publiques et autoriser l’utilisation à des fins commerciales des données et infrastructures spatiales.
Les cadres juridiques et réglementaires sont de plus en plus propices aux activités spatiales à caractère commercial
Copier le lien de Les cadres juridiques et réglementaires sont de plus en plus propices aux activités spatiales à caractère commercialLes cadres juridiques et réglementaires jouent un rôle croissant à l’appui de la compétitivité nationale dans le domaine spatial. Puisque les pays et les acteurs privés sont de plus en plus nombreux à s’y investir, les pouvoirs publics ont besoin de règles leur permettant de faciliter l’accès au marché et l’innovation tout en gérant les risques liés à la sûreté, à la responsabilité, à la sécurité, à la durabilité et aux obligations internationales. Le nombre de pays disposant d’une réglementation relative au domaine spatial est en augmentation constante et avoisinait les 60 en 2025 (Graphique 1.12).
Graphique 1.13. Progression du nombre de pays dotés d’une réglementation dans le domaine spatial, 1958-2025
Copier le lien de Graphique 1.13. Progression du nombre de pays dotés d’une réglementation dans le domaine spatial, 1958-2025Nombre cumulé de pays dotés d’instruments de réglementation dans le domaine spatial
Source : Adapté de UNOOSA (2026[23]), « National space law », page web, https://www.unoosa.org/oosa/en/ourwork/spacelaw/nationalspacelaw/index.html.
En parallèle à leurs investissements dans les programmes spatiaux, divers pays se sont dotés de cadres juridiques ou les ont mis à jour. Ainsi, la Nouvelle-Zélande, avec la loi de 2017 sur les activités dans l’espace extra-atmosphérique et en haute altitude (Outer Space and High-Altitude Activities Act), et le Royaume-Uni, avec la loi de 2018 sur l’industrie spatiale (Space Industry Act), ont tous deux entrepris d’encadrer le secteur des vols spatiaux à caractère commercial, secteur émergent à l’échelle nationale. Les instruments mis en place par les pays ont trait principalement à l’enregistrement des systèmes à satellite et à l’octroi de licences relatives aux activités spatiales, mais ils portent aussi, de plus en plus souvent, sur des questions telles que l’assurance et la responsabilité en orbite, les exportations d’images satellitaires, l’exploitation des ressources orbitales et la limitation des débris spatiaux.
Il est toutefois difficile de suivre le rythme du progrès des technologies, qui va accélérant. Les régulateurs doivent tenir compte des risques liés au déploiement de nouvelles technologies tout en favorisant l’innovation. L’imagerie d’observation de la Terre fournit à cet égard un exemple éloquent : l’offre marchande d’images haute résolution s’est considérablement étoffée au cours des cinq à dix dernières années (voir le chapitre 2), cependant seule une poignée de pays de l’OCDE dispose, en 2026, d’une réglementation explicite applicable aux données, dont l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France et le Japon. Cette réglementation fixe les conditions de déclaration ou de diffusion de données du secteur privé à des fins de sécurité nationale, en tenant généralement compte de caractéristiques techniques telles que la résolution temporelle, spatiale et spectrale ou les domaines de fréquences. Pour que leur secteur marchand soit en mesure de faire face à la concurrence internationale sur le marché des données d’observation de la Terre, les États-Unis ont mis en place, en 2020, un nouveau processus d’octroi de licence à plusieurs niveaux pour les systèmes d’observation de la Terre du secteur privé, qui associe la rigueur de la réglementation à l’existence d’une concurrence étrangère ainsi qu’à ses capacités technologiques. La charge du risque est transférée à l’administration et porte davantage sur les comparaisons internationales que sur les spécifications techniques. Dans l’ensemble, il est important qu’une telle réglementation existe, et son efficacité repose sur un réexamen fréquent et une actualisation régulière de ses exigences afin de tenir compte des nouvelles technologies et de l’évolution des conditions de marché. Les cadres réglementaires jouent également un rôle dans la gestion des externalités associées aux activités spatiales, dont les débris orbitaux, les interférences radioélectriques et la durabilité des ressources orbitales. Ces questions sont traitées plus loin dans le présent rapport, mais nous pouvons déjà noter qu’elles occupent une place de plus en plus importante en matière de compétitivité : les entreprises et les pays ont en effet besoin d’un accès sûr, prévisible et durable aux environnements orbitaux, aux fréquences radioélectriques et aux possibilités de lancement.
Dans l’ensemble, la compétitivité des économies spatiales nationales dépendra dans une mesure croissante de la capacité des autorités à combiner investissements publics ciblés et politiques bien conçues de structuration du marché. Le financement public reste indispensable pour entretenir les capacités stratégiques, soutenir la R-D à long terme et atteindre les objectifs de bien public. Son effet sera démultiplié là où il mobilise les capitaux privés, encourage l’innovation au niveau des entreprises, ouvre des débouchés aux nouveaux acteurs et s’inscrit dans un cadre réglementaire explicite. Les pays capables de garantir une demande stable, des écosystèmes d’innovation efficaces et des règles prévisibles seront les mieux à même de recueillir les fruits – sur les plans économique, scientifique et stratégique – de l’essor de l’économie spatiale.
Conclusion
Copier le lien de ConclusionLa compétitivité dans le domaine spatial tient de plus en plus à la capacité des pouvoirs publics de conjuguer investissement stratégique et politiques efficaces de structuration du marché. Le financement public, le soutien à la R-D et la demande institutionnelle demeurent indispensables pour entretenir les capacités critiques et atteindre les objectifs de bien public, mais leur incidence est toujours plus tributaire de la capacité à mobiliser des financements privés, à encourager l’innovation au niveau des entreprises et à permettre l’arrivée de nouveaux acteurs. Puisque les services spatiaux s’ancrent plus profondément dans les économies, les pays vont aussi avoir besoin de données statistiques plus solides, de cadres réglementaires prévisibles et d’instruments d’action qui mettent en relation missions publiques et débouchés commerciaux. Les pays capables de garantir une demande stable, des écosystèmes d’innovation efficaces et une réglementation proportionnée seront les mieux à même de recueillir les fruits – sur les plans économique, scientifique et stratégique – de l’essor de l’économie spatiale.
Références
[2] Agence spatiale européenne (2026), Report on the space economy 2026, ESA, Paris, https://space-economy.esa.int/.
[15] ASC (2026), État du secteur spatial canadien – Rapport 2025, Agence spatiale canadienne, https://www.asc-csa.gc.ca/fra/publications/2025-etat-secteur-spatial-canadien.asp.
[11] Brycetech (2026), Start-up Space 2026, https://brycetech.com/reports/report-documents/start_up_space_2026.
[23] Bureau des affaires spatiales de l’Organisation des Nations Unies (2026), « National space law », page web, Bureau des affaires spatiales, https://www.unoosa.org/oosa/en/ourwork/spacelaw/nationalspacelaw/index.html.
[21] CE-OCDE (2026), STIP Compass: International Database on Science, Technology and Innovation Policy (STIP), édition 06/2026, https://stip.oecd.org/.
[5] Danmarks Statistik (2025), Enterprises use of satellites and Internet of Things (10 employees), Statistics Denmark,, http://www.statbank.dk.
[6] Danmarks Statistik (2025), Præcisionslandbrug 2025 Nr. 280 [Agriculture de précision 2025 n° 280], Danmarks Statistik, https://www.dst.dk/da/Statistik/udgivelser/NytHtml?cid=52564.
[12] ESPI (2026), Space Venture 2025, European Space Policy Institute, https://www.espi.eu/reports/space-venture-2025/.
[24] ESPI (2026), Space Venture 2025, Institut européen de Politique Spatiale, https://www.espi.eu/reports/space-venture-2025/.
[3] Highfill, T. et A. Rao (2025), Measuring space manufacturing plant utilization and own-account production, WP2025-5, US Bureau of Economic Statistics, https://bea.gov/sites/default/files/papers/BEA-WP2025-5.pdf.
[4] London Economics (2025), Size and health of the UK space industry 2024, étude réalisée à la demande de l’Agence spatiale du Royaume-Uni, https://www.gov.uk/government/publications/size-and-health-of-the-uk-space-industry-2024/size-and-health-of-the-uk-space-industry-2024#wider-impact-of-space-activities.
[17] NASA (2025), FY 2024: Agency Financial Report, US National Aeronautics and Space Administration, https://www.nasa.gov/wp-content/uploads/2023/11/nasa-fy-2024-afr.pdf.
[20] NASA (2023), State of NASA procurement report: Fiscal year 2022 in review, US National Aeronautics and Space Administration, https://www.nasa.gov/wp-content/uploads/2023/09/state-of-nasa-procurement-2022.pdf?emrc=65cb8e6c1f3fa.
[25] OCDE (2026), Principaux indicateurs de la science et de la technologie, base de données, dernière mise à jour le 31 mars 2026, https://www.oecd.org/fr/data/datasets/main-science-and-technology-indicators.html.
[10] OCDE (2025), Système de notification des pays créanciers (SNPC), base de données, https://data-explorer.oecd.org/s/553.
[14] OCDE (2024), « Space economy investment trends: OECD insights for attracting high-quality funding », OECD Science, Technology and Industry Policy Papers, n° 166, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9ae9a28d-en.
[7] OCDE (2023), The Space Economy in Figures: Responding to Global Challenges, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/fa5494aa-en.
[9] OCDE (2020), « Space economy for people, planet and prosperity », document de référence pour la réunion des dirigeants du G20 sur l’économie spatiale, 20-21 septembre, Rome, Italie, https://web-archive.oecd.org/pdfViewer?path=/2021-09-17/598502-space-economy-for-people-planet-and-prosperity.pdf (consulté le 4 février 2022).
[19] OEB/EUIPO (2023), Patents, trademarks and statup finance, Office européen des brevets, Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle, https://euipo.europa.eu/tunnel-web/secure/webdav/guest/document_library/observatory/documents/reports/2023_Patents_trade_marks_and_startup_finance/2023_Patents_trade_marks_and_startup_finance_FullR_en.pdf.
[8] OECD (2026), Main Science and Technology Indicators, database, last updated 31 March 2026, https://www.oecd.org/en/data/datasets/main-science-and-technology-indicators.html.
[13] Seraphim Space (2026), Seraphim Space Index, https://seraphim.vc/seraphim-space-index/.
[18] Sobel, L. et E. Tibor (2022), Do firm-fixedc price contracts curb cost growth?, The Aerospace Corporation, https://www.nasa.gov/wp-content/uploads/2023/06/10-do-firm-fixed-price-contracts-curb-cost-growth.pdf.
[1] Space Foundation (2026), The state of the global space economy, rapport élaboré par Bryce Space and Technology Ltd., Colorado Springs, CO, https://www.spacefoundation.org/ (consulté le 3 août 2026).
[22] UKSA (2026), Seeds of scale; Uk Space Agency Accelerator impact report 2026, UK Space Agency, https://www.gov.uk/government/publications/seeds-of-scale-uk-space-agency-accelerator-impact-report-2026/seeds-of-scale-uk-space-agency-accelerator-impact-report-2026.
[16] Undseth, M., C. Jolly et M. Olivari (2021), « Evolving public-private relations in the space sector: Lessons learned for the post-COVID-19 era », OECD Science, Technology and Industry Policy Papers, n° 114, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/b4eea6d7-en.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Ces estimations ne comprennent pas les activités du secteur public, contrairement au compte thématique des États-Unis.
← 2. Le Forum de l’espace de l’OCDE opère un suivi des budgets publics non confidentiels consacrés au spatial civil et à double usage, ce qui permet d’analyser l’évolution des priorités des pouvoirs publics en matière d’activités spatiales et d’opérer une comparaison entre pays. Cet indicateur couvre un large éventail d’activités, notamment le soutien à la R-D, la passation des marchés pour les systèmes spatiaux et leur exploitation, la fourniture d’infrastructures physiques et d’infrastructures de données liées à l’espace et l’utilisation des données/signaux. Il comprend également les contributions à l’Organisation européenne pour l’exploitation de satellites météorologiques (EUMETSAT), à l’Agence spatiale européenne et les contributions estimées au Programme spatial de l’Union européenne. Afin d’améliorer la comparabilité, les activités ayant des objectifs purement militaires ont été exclues.
← 3. Le portail STIP Compass contient des données sur les politiques nationales relatives à la science, à la technologie et à l’innovation réunies sous les auspices du Comité de la politique scientifique et technologique (OCDE) et du Comité de l’Espace européen de la recherche et de l’innovation (Union européenne). En juin 2026, la base de données recensait plus de 8 000 initiatives et 12 000 instruments d’action, mis en place dans 63 pays. Le portail thématique consacré au domaine spatial comptait quant à lui 212 initiatives et 289 instruments, adoptés par 45 pays, l’Union européenne et l’Agence spatiale européenne.