Avec l’essor des activités spatiales et leur intégration croissante dans l’économie et les services publics, les gouvernements ont besoin de données solides pour en évaluer les avantages, les risques et les enjeux pour l’action publique. Le Panorama de l’économie spatiale 2026 présente une analyse synthétique et comparative des évolutions récentes. Fondé sur les indicateurs et les analyses de l’OCDE, il examine le rôle des acteurs publics et privés, les budgets et la R‑D spatiale, les financements, l’entrepreneuriat, les marchés, les applications satellitaires et la mesure de l’empreinte économique du secteur. Il montre que les gouvernements restent essentiels à la création de marchés et au développement de capacités stratégiques, malgré le poids croissant des acteurs commerciaux. Il souligne également les défis liés à l’encombrement orbital, aux débris, à la concentration des marchés, aux dépendances d’approvisionnement, à l’accès aux données et à la résilience des infrastructures. Le rapport aide ainsi les gouvernements à mettre en place des politiques favorisant une économie spatiale innovante, compétitive, sûre et responsable, au bénéfice de l’économie et de la société.
Panorama de l’économie spatiale 2026
Description
Synthèse
L’empreinte économique des activités spatiales s’accroît et gagne en visibilité
Copier le lien de L’empreinte économique des activités spatiales s’accroît et gagne en visibilitéLongtemps considérée comme un domaine de niche, l'économie spatiale constitue désormais une force industrielle en pleine expansion, qui contribue à l'innovation, au développement de nouveaux services et à la réalisation d'objectifs essentiels de politique publique. Malgré des différences de périmètre et de méthodologie, les estimations sectorielles convergent vers un même ordre de grandeur : les recettes mondiales liées aux activités spatiales ont atteint environ un demi-millier de milliards USD en 2025, couvrant des segments très divers de l'économie spatiale. Estimée entre 550 et 600 milliards USD de recettes annuelles, l'économie spatiale se rapproche désormais de la taille de l'industrie mondiale des semi-conducteurs, évaluée à environ 620 milliards USD en 2024.
L'économie spatiale constitue une composante de plus en plus mesurable de l'activité économique nationale. Les comptes harmonisés de l'économie spatiale montrent qu'aux États-Unis, le secteur a généré 142.5 milliards USD de PIB en 2023, soit 0.5 % du PIB total du pays, ainsi qu'une production brute de 240.9 milliards USD et 373 000 emplois dans le secteur privé. En Italie, deuxième pays à avoir élaboré de tels comptes, les activités spatiales ont représenté 0.14 % du PIB, généré 8 milliards EUR de production et soutenu plus de 23 000 emplois. L'OCDE accompagne les pays dans l'élaboration de comptes comparables afin de mieux mesurer la contribution des activités spatiales aux économies nationales.
La plus grande part de la valeur économique se situe en aval, où les données, les signaux et les services satellitaires sont de plus en plus intégrés aux activités économiques courantes et aux services critiques. Dans les économies de l'OCDE, les systèmes spatiaux contribuent au fonctionnement de plus de la moitié des infrastructures et services le plus souvent désignés comme critiques, depuis les communications et les transports jusqu'à l'énergie, la gestion des urgences et la surveillance des risques météorologiques. Cette dépendance est économiquement significative et, dans certaines économies avancées, elle soutiendrait près d'un cinquième du PIB (soit environ 18 % du PIB au Royaume-Uni en 2022). Les satellites fournissent également plus de 90 % des observations assimilées dans les systèmes modernes de prévision météorologique.
La valeur créée en aval est encore amplifiée par une disponibilité accrue des données satellitaires et par l'expansion rapide de la connectivité par satellite. Environ 70 % des données issues des missions actives d'observation de la Terre sont désormais librement accessibles, ce qui permet aux entreprises, quelle que soit leur taille, de développer de nouvelles applications dans l'agriculture, les transports, la finance, la gestion des infrastructures et les interventions d'urgence. En 2023, le haut débit par satellite ne représentait encore que 0.7 % des abonnements au haut débit fixe dans les pays de l'OCDE. Toutefois, les constellations en orbite terrestre basse accélèrent le développement de la connectivité en améliorant la latence, le débit et la couverture des services.
L'économie spatiale change d'échelle grâce au développement des infrastructures, à l'élargissement de la participation internationale et à l'essor des activités commerciales
Copier le lien de L'économie spatiale change d'échelle grâce au développement des infrastructures, à l'élargissement de la participation internationale et à l'essor des activités commercialesCe rôle économique croissant repose sur une expansion rapide des infrastructures spatiales. Plus de 14 000 satellites opérationnels étaient en orbite à la fin de 2025, et leur nombre approchait 15 000 à la mi-2026, après avoir doublé entre 2020 et 2022. Les demandes de coordination de fréquences et de ressources orbitales déposées auprès de l'Union internationale des télécommunications, ainsi que les projets de constellations, laissent entrevoir un potentiel de développement beaucoup plus important au cours de la prochaine décennie, avec plus de 2 millions de satellites envisagés, même si seule une fraction d'entre eux devrait effectivement être déployée. Élaborée avec la contribution de 27 agences spatiales, la Feuille de route mondiale pour l'exploration de 2024 donne un aperçu des ambitions et des priorités que les différentes agences pourraient poursuivre à l'horizon 2050, la Lune constituant l'objectif à court terme, avec des dizaines de missions prévues, et Mars un objectif à plus long terme.
Les activités spatiales ont acquis une dimension véritablement mondiale, mais l'accès aux services de lancement reste concentré. En 2025, 109 pays avaient lancé au moins un satellite, la réduction du coût de l'accès à l'espace grâce aux lancements partagés, aux CubeSats et aux achats de services commerciaux ayant abaissé les barrières à l'entrée. Toutefois, en 2025, les activités de lancement orbital restaient le fait d'un nombre limité d'acteurs, avec notamment 181 tentatives de lancement aux États-Unis, 92 en Chine et 8 en Europe, alors même que quelque 220 projets de petits lanceurs et de microlanceurs sont recensés à l'échelle mondiale.
L'exploitation de l'économie spatiale repose de plus en plus sur des acteurs commerciaux, mais l'activité demeure concentrée autour d'un nombre limité d'acteurs clés. Les opérateurs privés représentaient 88 % des satellites lancés en 2025, contre 23 % en 2010, tandis que les télécommunications représentaient 82 % des satellites lancés en 2025. À lui seul, un opérateur détenait environ 60 % de l'ensemble des satellites actifs. Cette croissance ne se traduit toutefois pas encore uniformément par une amélioration de la rentabilité : certains fabricants émergents du secteur spatial continuent de consacrer plus de 60 % de leurs recettes à la recherche-développement et aux dépenses d'investissement.
La demande publique, les priorités de défense et les capitaux privés façonnent la croissance
Copier le lien de La demande publique, les priorités de défense et les capitaux privés façonnent la croissanceLes pouvoirs publics continuent de jouer un rôle central dans la structuration du marché de l’économie spatiale, en conjuguant une augmentation des budgets et un éventail croissant d’instruments destinés à soutenir la commercialisation. Les budgets spatiaux civils des pays de l’OCDE ont progressé de 15 %, passant de 40.5 milliards USD en 2022 à 46.4 milliards USD en 2025. En parallèle, le portail consacré aux politiques de l’économie spatiale du STIP Compass de l’OCDE recensait, en 2026, 212 initiatives et 289 instruments d’action publique liés à l’espace dans 45 pays, ainsi qu’au sein de l’Agence spatiale européenne et de l’Union européenne. Ces instruments couvrent le soutien à l’entrepreneuriat, le transfert de technologies, l’accès aux données, les incubateurs, les services de conseil et les financements. Ils montrent que les politiques publiques visent de plus en plus à favoriser la commercialisation et une diffusion plus large des services reposant sur des capacités spatiales. Le soutien public se diversifie également sur le plan géographique, avec la création de nouvelles agences et l’apparition d’initiatives stratégiques, de mécanismes d’achat commercial et de réglementations spatiales en Europe, en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient.
La demande publique de capacités spatiales est de plus en plus influencée par les impératifs de défense et de sécurité. Les comparaisons demeurent toutefois difficiles, car de nombreux programmes sont classifiés ou présentent un double usage, civil et militaire. En 2025, les programmes militaires représentaient 46.3 % des dépenses spatiales publiques aux États-Unis, 25 % en France et 14.8 % au Japon. Les dépenses japonaises consacrées aux activités spatiales de défense ont été multipliées par près de sept entre 2022 et 2025, tandis que l’Allemagne a annoncé son intention d’investir 35 milliards EUR dans les capacités spatiales liées à la défense d’ici à 2030.
Les financements privés élargissent la base de capitaux de l’économie spatiale. Les investissements privés dans le secteur spatial, y compris le capital-risque, auraient atteint entre 11 et 13 milliards USD en 2025, leur niveau le plus élevé depuis 2021. Les marchés financiers jouent eux aussi un rôle croissant dans le financement du secteur spatial. Un échantillon de l’OCDE portant sur 40 entreprises spatiales récemment cotées montre que celles-ci ont levé plus de 100 milliards USD au cours de la dernière décennie au moyen de nouvelles émissions d’actions et d’obligations. Leurs activités couvrent notamment les services de lancement, l’observation de la Terre, l’analyse géospatiale, la connectivité, les infrastructures en orbite, l’aéronautique et l’espace, ainsi que la fabrication de satellites.
L’innovation spatiale s’accélère, tandis que le développement rapide de l’économie spatiale engendre de nouveaux risques et défis de gouvernance
Copier le lien de L’innovation spatiale s’accélère, tandis que le développement rapide de l’économie spatiale engendre de nouveaux risques et défis de gouvernanceL’innovation spatiale demeure dynamique dans les pays de l’OCDE, alors même que les sciences spatiales deviennent plus multipolaires et que la concurrence s’intensifie sur les plans technologique et industriel. La production scientifique liée à l’espace a plus que doublé depuis 2009, progressant plus rapidement que la production scientifique globale, tandis que le développement technologique reste concentré dans les principales économies de l’OCDE. Les États-Unis représentaient 34.2 % des demandes de brevet liées à l’espace sur la période 2020-23, suivis par l’UE27, le Japon et la Chine. Des régions de premier plan telles que la Californie, le sud du Kantō, l’Occitanie, le Chungcheong et le Colorado demeurent d’importants pôles d’innovation spatiale. La collaboration internationale s’étend également : le nombre de pays participant aux réseaux mondiaux de recherche spatiale est passé de 80 en 2000 à 119 en 2024, tandis que le nombre de liens de collaboration a presque triplé. Parallèlement, la prochaine phase de développement de l’économie spatiale s’oriente vers des technologies stratégiques et à forte intensité de données. Celles-ci comprennent notamment l’analyse satellitaire fondée sur l’intelligence artificielle et sur les données ouvertes d’observation de la Terre, les applications quantiques, les technologies de traitement des débris, les systèmes en orbite ainsi que les technologies avancées dans les domaines de l’énergie et du nucléaire. En 2023, les systèmes d’alimentation électrique des engins spatiaux représentaient 46 % des demandes de brevet liées à l’espace.
L’expansion rapide de l’économie spatiale engendre de nouveaux risques en matière de résilience et de durabilité, liés notamment aux débris orbitaux, à la gestion du trafic spatial, aux cybermenaces, au brouillage et aux vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement. Environ 45 860 débris sont régulièrement suivis en orbite, tandis que plus de 140 millions d’objets de plus petite taille seraient trop petits pour faire l’objet d’un suivi opérationnel, tout en étant susceptibles de provoquer des dommages. Les grands exploitants de constellations font également état de pressions opérationnelles croissantes. Les satellites Starlink ont ainsi effectué plus de 300 000 manœuvres d’évitement de collision en 2025, contre environ 200 000 en 2024, soit une augmentation d’environ 50 % en un an. Ces risques orbitaux sont aggravés par la vulnérabilité croissante des services reposant sur des capacités spatiales. Les interférences affectant les systèmes mondiaux de navigation par satellite, ou GNSS, dans le transport aérien européen ont ainsi été multipliées par plus de 22 entre 2021 et 2025. À cela s’ajoute la concentration des chaînes d’approvisionnement : pour près de la moitié des 29 intrants essentiels au secteur spatial, tels que le titane, le gallium, le germanium et les terres rares, un seul pays assure au moins les deux tiers de la production mondiale.
L'enjeu pour les pouvoirs publics ne consiste donc plus seulement à soutenir la croissance de l'économie spatiale, mais aussi à en gouverner l'échelle et la complexité croissantes. À mesure que les systèmes spatiaux s'intègrent aux infrastructures critiques, les pouvoirs publics devront renforcer les dispositifs de mesure statistique, promouvoir des marchés concurrentiels et résilients, améliorer la coordination du trafic spatial et la réduction des débris, remédier aux dépendances concentrées au sein des chaînes d'approvisionnement et veiller à ce que les services reposant sur des capacités spatiales restent sûrs et accessibles.
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