Russie

Après deux années de récession, l’économie devrait renouer avec la croissance en 2017, dans la mesure où la revalorisation des salaires réels stimule la consommation privée, et la baisse des taux d’intérêt favorise l’investissement. Toutefois, les goulets d’étranglement structurels continuent d’entraver la poursuite de la diversification de l’économie. La vigueur de la reprise restera en outre tributaire du rebond du prix du pétrole. L’augmentation du taux de pauvreté, qui est passé de 11 % en 2014 à 13 % en 2015, ralentira progressivement parallèlement au raffermissement du marché du travail et à la baisse de l’inflation.

La politique monétaire restrictive est parvenue à réduire l’inflation et peut maintenant être assouplie davantage pour soutenir la reprise, en particulier l’investissement. La politique budgétaire a, à juste titre, été accommodante pendant la récession. Les projets d’assainissement des finances publiques pour 2017 et 2018 visent à réduire le déficit global d’environ 1 % du PIB par an en moyenne. Nous attendons un assouplissement de la politique budgétaire, dans la mesure où il subsiste d’abondantes ressources économiques inemployées et où les dépenses publiques sont susceptibles d’augmenter au cours du cycle électoral.

Les besoins d’investissements publics sont importants dans l’éducation, l’innovation et les infrastructures. Il sera indispensable d’y répondre pour doper la croissance et veiller à ce que tous les Russes bénéficient des gains de prospérité. Il n’est cependant plus possible de compter sur les seules recettes pétrolières. Des recettes supplémentaires devraient être collectées grâce aux réformes de la TVA, à la taxation des entreprises publiques, à l’augmentation des impôts frappant le secteur des hydrocarbures et à la hausse des droits d’accise. À moyen terme, la réinstauration de règles budgétaires limitant l’utilisation procyclique des recettes pétrolières contribuerait à accroître la marge de manœuvre budgétaire en prévision des périodes difficiles.

Sur la voie de la reprise

La récession atteint son point le plus bas, sachant que les cours pétroliers se sont redressés depuis le début de l’année et que le rouble s’est stabilisé. Le raffermissement du rouble a contribué à ramener l’inflation près de son niveau d’avant-crise. Une reprise de l’activité économique a été observée, comme en témoigne la croissance positive de la production industrielle après 13 mois consécutifs de repli. L’indice des directeurs d’achat est aussi revenu en zone d’expansion, ce qui laisse entrevoir un regain de confiance des entreprises.

Russie
picture

Source : Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 100 ; et Thomson Reuters.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933440141

Toutefois, les fondements d’une reprise solide sont encore fragiles. La croissance des salaires réels est devenue positive et stimule la consommation privée des travailleurs. Dans l’ensemble, les revenus réels ont pourtant continué à diminuer, notamment en raison d’une indexation partielle des retraites et d’un gel des revenus en valeur nominale pour certaines catégories (les travailleurs du secteur public et les retraités qui travaillent).

Demande, production et prix
picture

 http://dx.doi.org/10.1787/888933441559

Le niveau élevé d’utilisation des capacités et des marges bénéficiaires incite à investir. Cela étant, l’accès restreint aux marchés internationaux de capitaux et une grande incertitude continuent à peser sur les décisions des entreprises. C’est en particulier le cas pour les sociétés à participation étrangère, qui représentent environ un quart de l’investissement total en capital fixe dans les secteurs manufacturier et commercial.

Russie
picture

Source : Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 100 ; et Thomson Reuters.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933440157

La croissance des exportations est modeste, le rouble s’étant légèrement apprécié depuis mars, et la dégradation du climat des affaires (notamment une grande incertitude, la corruption et la charge administrative), conjuguée au coût élevé des biens d’équipement importés et aux goulets d’étranglement dans les transports, restreint les possibilités de diversification. Les exportations sont plus dynamiques dans l’industrie chimique, le secteur minier et la construction de machines. Le secteur agricole a quant à lui bénéficié de l’augmentation des prix résultant des mesures mises en œuvre pour parer aux sanctions.

Les politiques budgétaire et monétaire devraient continuer à être assouplies

La politique budgétaire expansionniste se révèle judicieuse au regard des ressources économiques inemployées mais le déficit budgétaire s’est hissé à 3.5 % du PIB. Le financement du déficit à même le Fonds de réserve n’est pas une solution durable puisque le Fonds devrait être épuisé en 2018. Dans le même temps, l’ambitieux programme d’assainissement des finances publiques pour 2017-20, qui suppose un gel des dépenses en valeur nominale et une réduction du déficit budgétaire d’un point de PIB par an, pourrait retarder la reprise. La politique budgétaire devrait être moins rigoureuse que celle prévue en 2017 et 2018. La Russie doit relever un défi majeur, à savoir dégager une marge de manœuvre budgétaire dans le nouveau contexte de cours pétroliers plus bas.

Il serait possible de dégager une marge de manœuvre budgétaire en émettant des obligations d’État afin de profiter de taux d’intérêt bas et d’une dette publique très faible (18 % du PIB). Les mesures visant à lutter contre l’économie souterraine et à augmenter la fiscalité non pétrolière, en particulier les droits d’accise, l’écofiscalité et la TVA, permettraient de collecter durablement des recettes. S’agissant des dépenses, les fortes subventions aux entreprises publiques devraient être réduites au profit de dépenses consacrées à l’éducation et à la santé. À moyen terme, la réinstauration du cadre triennal de dépenses et de la règle de dépenses, qui ont tous deux été suspendus dernièrement, limiterait les dépenses procycliques.

La politique monétaire a été restrictive et l’inflation a reculé de 15 % fin 2015 à 6 % en septembre 2016. Les tensions inflationnistes ont diminué parallèlement à la stabilisation du rouble, et la banque centrale devrait donc se montrer prête à assouplir sa politique sur fond de recul des anticipations d’inflation. Les injections massives de liquidités dans les entreprises publiques et les banques au cours de la récession se sont traduites par une expansion rapide du crédit et par une augmentation de la part des créances douteuses et litigieuses qui mérite l’attention.

L’absence de réformes structurelles limitera l’intensité de la reprise

La croissance économique devrait devenir positive fin 2016 puis s’accélérer un peu les deux années suivantes, sur fond de poursuite de l’amélioration du contexte macroéconomique. Le recul de l’inflation et les hausses plus marquées des salaires, à la faveur d’un regain d’activité économique, stimuleront la croissance de la consommation et la confiance des entreprises. La stabilisation escomptée du taux de change et la baisse des taux d’intérêt doperont l’investissement. La croissance des exportations s’accélérera, profitant de la faiblesse persistante du rouble et du renforcement du commerce mondial. La progression restera toutefois modérée, sachant que l’absence de réformes structurelles et un climat des affaires défavorable font obstacle à la diversification. L’augmentation du taux de pauvreté devrait se stabiliser, parallèlement à l’accélération de la croissance à la fin de la période considérée.

Les prévisions supposent une stabilisation des cours pétroliers au niveau observé à la mi-novembre 2016. Les risques de divergence à la hausse sont liés à une progression des exportations plus soutenue que prévu et au redressement possible des prix pétroliers si les grands pays producteurs d’or noir parviennent à restreindre l’offre. La prévision se fonde aussi sur l’hypothèse de nouvelles sanctions économiques et de l’absence de réformes structurelles d’envergure. Un allégement des sanctions améliorerait le climat des affaires et la croissance potentielle. Un ralentissement plus prononcé en Chine pèserait sur les exportations, et la normalisation de la politique monétaire aux États-Unis va de pair avec le risque d’une accentuation de la dépréciation du rouble et d’une nouvelle flambée d’inflation.