Brésil

La récession profonde devrait se poursuivre en 2016 et 2017, dans un contexte d’une grande incertitude politique et des révélations continues d’affaires de corruption qui pèsent sur la confiance des consommateurs et des entreprises et provoquent un repli persistant de la demande intérieure. Le chômage devrait continuer d’augmenter sur fond de contraction de l’économie. L’inflation reviendra progressivement dans la fourchette-cible, à mesure que les effets des hausses des prix réglementés et de la dépréciation passée de la monnaie s’estomperont et que les ressources économiques inutilisées s’accroîtront.

De profondes divisions politiques ont réduit la probabilité d’une accélération notable des réformes à court terme, et la dette publique brute continue d’augmenter. L’amélioration de la confiance dépendra de la capacité des autorités à procéder à un ajustement budgétaire d’envergure, y compris à prendre des mesures pour garantir la viabilité du régime de retraite, et à lancer une nouvelle vague de réformes structurelles. Tout en restant restrictive, la politique monétaire sera légèrement assouplie au rythme du recul de l’inflation.

L’accroissement de la productivité sera conditionné par l’adoption de réformes visant à stimuler la concurrence, à abaisser les obstacles aux échanges, à alléger les charges administratives et à simplifier la fiscalité indirecte. Comme les évolutions démographiques se révèleront beaucoup moins favorables que dans le passé, un renforcement de la productivité sera déterminant pour assurer une croissance économique solide à moyen terme.

L’incertitude politique est grande et la confiance en berne

L’économie brésilienne connaît actuellement une grave récession. Sur les 12 derniers mois, près de 2 millions d’emplois formels ont été détruits et la monnaie s’est dépréciée de quasiment 20 %, même si une légère appréciation a été observée ces derniers mois. Les faillites d’entreprises se sont multipliées et leur endettement a augmenté. La confiance des investisseurs et des consommateurs, déjà faible, a continué de baisser sur fond d’incertitude politique grandissante. Une procédure de destitution de la présidente est en cours et un gouvernement de transition a été constitué ; pour autant, l’incertitude et l’instabilité sur le plan politique vont probablement rester d’actualité.

Confiance et défaillance
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Source : Fundação Getúlio Vargas ; Confederação Nacional de Indústria ; Serasa/Experian ; et CEMEC-IBMEC.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933372322

Les résultats budgétaires continuent de se dégrader et l’inflation demeure élevée

Le déficit budgétaire s’est accru et dépasse 10 % du PIB, et le déficit primaire est supérieur à 2 % du PIB, alors que le Brésil a précisément besoin de dégager des excédents primaires pour maintenir sa dette publique sur une trajectoire durablement descendante. Un nouvel abaissement de note est intervenu en décembre et aucune grande agence de notation ne classe aujourd’hui la dette souveraine du Brésil dans la catégorie « investissement ». Cette dégradation s’explique par une diminution des recettes dans le contexte de la récession, sachant que d’autres moins-values de recettes ne sont pas impossibles. Le projet de supprimer progressivement d’importantes exonérations fiscales n’a pas été totalement mis en œuvre, ce qui a encore affaibli la situation budgétaire. Les dépenses restent orientées à la hausse et leur efficience demeure faible. L’inflation en glissement annuel recule lentement, dans la mesure où la récession réduit les tensions inflationnistes et où les fortes hausses des prix réglementés intervenues au début de 2015 commencent à disparaître des calculs sur 12 mois. Cependant, l’inflation se maintient bien au-dessus de la limite supérieure de 6.5 % de la fourchette retenue comme objectif.

Demande, production et prix
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 http://dx.doi.org/10.1787/888933374149

Des réformes structurelles devraient appuyer l’ajustement de l’économie et soutenir une croissance inclusive

Les réformes structurelles peuvent, dans une large mesure, stimuler la croissance. La réduction des coûts du respect des obligations fiscales et des effets de distorsion induits par le morcellement de la fiscalité indirecte se traduirait par une diminution presque immédiate des coûts à la charge des entreprises ; cette réduction pourrait être opéré en regroupant l’ensemble des impôts indirects dans une seule et même taxe sur la valeur ajoutée à large assiette, avec une déductibilité totale pour les intrants intermédiaires et un taux zéro pour les exportations. En outre, abaisser les obstacles aux échanges internationaux allégerait le coût des intrants intermédiaires importés et renforcerait les incitations à accroître la productivité. L’amélioration des infrastructures pourrait aussi réduire les coûts de transport, notamment pour les exportateurs. Une plus forte intégration commerciale profiterait en particulier aux catégories percevant de bas salaires, sachant qu’un développement des secteurs à vocation exportatrice aurait une plus grande incidence sur la demande de main-d’œuvre peu qualifiée. L’amélioration continue du niveau d’instruction pourrait non seulement augmenter la productivité, mais permettrait également à un plus grand nombre de foyers modestes de rejoindre la classe moyenne brésilienne en plein essor.

Politique budgétaire et Inflation
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1. La cible d'inflation est atteinte lorsque l'inflation cumulée de janvier à décembre de chaque année se situe dans la zone de tolérance.

Source : Banque centrale du Brésil ; et IBGE.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933372331

L’économie restera en récession durant la période considérée, mais des facteurs d’ordre politique pourraient entraîner une révision des prévisions à la hausse

Dans le scénario de référence, la situation politique restera très incertaine tout au long de la période étudiée et les niveaux de confiance demeureront très modestes. Dans ce scénario, la croissance sera négative en 2016 comme en 2017 en l’absence de signes tangibles d’un redressement de la demande intérieure. Seule la croissance des exportations restera vigoureuse, sous l’effet d’un taux de change plus compétitif et à mesure que les entreprises se saisiront de nouvelles ouvertures à l’exportation. Les importations devraient diminuer parallèlement à la contraction de la demande intérieure, entraînant une réduction du déficit de la balance courante. Le chômage devrait continuer d’augmenter. L’inflation continuera de reculer en raison de la faiblesse de l’activité et les autorités monétaires seront en mesure d’abaisser le taux directeur. Tout en se maintenant au-dessus de la cible de 4.5 %, l’inflation devrait revenir en 2017 dans la bande de tolérance dont la limite supérieure sera alors de 6 %.

Comme le paysage politique a une forte incidence sur les résultats économiques, il fait peser sur les prévisions un certain nombre de risques de divergence à la hausse comme à la baisse. Si l’incertitude entourant les politiques publiques à venir s’estompe plus rapidement que supposé et si un consensus se dégage autour des réformes, alors la confiance pourrait s’améliorer rapidement et la croissance pourrait même être positive en 2017. Dans le même temps, les profondes divisions politiques pourraient aussi faire durer l’instabilité jusqu’à une période avancée de 2018, si bien qu’il serait très difficile de mettre en œuvre les politiques économiques qui s’imposent pour pérenniser la croissance.

Un retour de l’instabilité sur les marchés financiers internationaux est possible dans le contexte de la normalisation de la politique monétaire des États-Unis, mais ses confortables réserves en devises, qui représentent 351 milliards USD (soit 20 % de son PIB), assurent au Brésil un solide matelas de protection. D’autres risques de divergence à la baisse pourraient provenir du secteur des entreprises, où les effets de la récession en cours deviennent de plus en plus visibles. Les dépôts de bilan se multiplient de la part d’entreprises de toutes tailles et le nombre de défaillances de sociétés pourrait augmenter à l’avenir. Les sociétés cotées ont vu leur endettement financier net progresser de 24 % en 2015, alors que parallèlement, leurs bénéfices reculaient de 29 %, les trois grandes entreprises à capitaux publics (Petrobras, Vale et Electrobras) n’ayant pas été prises en compte. Une nouvelle dépréciation de la monnaie pourrait aider les exportateurs, mais elle pourrait aussi être source de difficultés pour les sociétés emprunteuses, même si près de la moitié de la dette en devises des entreprises est couverte ou financée par des recettes d’exportation. Une poursuite du ralentissement de la croissance en Chine, pays de destination de nombreuses exportations brésiliennes de produits de base, pourrait aussi peser sur la croissance du pays.