Zone euro

La reprise en cours, modérée, devrait se poursuivre, avec une croissance du PIB qui devrait atteindre 1.7 % en 2017. La poursuite des politiques de relance monétaire et la faiblesse des prix du pétrole conforteront la demande intérieure, mais le ralentissement des économies émergentes pèsera sur les exportations. L’excédent extérieur, d’une large ampleur, devrait donc diminuer légèrement. Le recul du chômage devrait se poursuivre à un rythme modeste, mais des différences perdureront entre les pays de la zone euro. La persistance du sous-emploi conjoncturel des ressources et les effets de second tour de la baisse des prix de l’énergie maintiendront l’inflation bien en deçà de la cible de la BCE, fixée à un peu moins de 2 %.

La politique monétaire devrait rester accommodante jusqu’à ce que l’inflation progresse clairement vers l’objectif. Parachever l’union bancaire permettrait d’améliorer la transmission de la politique monétaire et de renforcer la confiance. Les pays disposant d’une marge de manœuvre devraient mettre en place des mesures de relance budgétaire pour conforter la demande globale, notamment en investissant dans les infrastructures. Des réformes fiscales et des dépenses publiques, par exemple un allègement de la fiscalité du travail et une réorientation des dépenses donnant la priorité à la croissance et à l’équité, permettront de créer des emplois et d’élever les niveaux de vie.

La croissance de la productivité a été très médiocre et a eu tendance à être plus hétérogène entre les entreprises, signe d’une diffusion insuffisante des innovations. Un renforcement des aides publiques à la R-D et une formation des adultes plus efficace favoriseraient la diffusion des connaissances. Toutefois, celle-ci passe aussi par l’investissement, et de meilleures conditions de financement sont nécessaires pour en accroître la dynamique, ce qui nécessite un règlement plus rapide du problème des créances douteuses et litigieuses et des défaillances. L’achèvement du marché unique dans les secteurs de réseau et les services est primordial pour stimuler la croissance de la productivité. La mise en œuvre accélérée du plan Juncker permettrait également de renforcer l’investissement.

Une reprise modérée s’est poursuivie

La croissance s’est poursuivie à un rythme modéré au début de 2016. Comme durant le second semestre de 2015, la demande intérieure a été le principal moteur de l’activité, la consommation privée, la consommation publique et l’investissement affichant tous un certain dynamisme. Toutefois, le ralentissement de la croissance mondiale a pesé sur les exportations. Le chômage a poursuivi son recul, mais demeure élevé. La forte baisse des prix du pétrole et des produits de base a ramené l’inflation globale autour de zéro. Le sous-emploi conjoncturel des ressources, la récente appréciation de l’euro et le recul des anticipations d’inflation ont maintenu l’inflation sous-jacente légèrement en deçà de 1 %.

Croissance et inflation et politiques monétaire et fiscale
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1. L'inflation globale correspond à l'indice des prix à la consommation harmonisé et l'inflation sous-jacente exclut les produits alimentaires, l'énergie, les alcools et tabacs.

2. Variation du solde primaire sous-jacent en pourcentage du PIB potentiel.

3. Estimations à partir de second trimestre 2016 sur la base d'achats mensuels d'actifs de 80 milliards EUR.

Source : Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 99 ; et Thomson Reuters.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933372446

Les résultats économiques sont demeurés inégaux d’un pays à l’autre, avec simplement une légère inflexion des évolutions très divergentes de la production et du chômage provoquées par la crise des dettes souveraines. Parmi les pays les plus durement touchés, seules l’Irlande et l’Espagne ont affiché une croissance clairement supérieure à la moyenne de la zone euro. Les pays les plus fragilisés par la crise ont résorbé largement, sinon intégralement, le déficit de leurs paiements courants, mais ce résultat traduit le plus souvent une faiblesse persistante de la demande intérieure. L’Irlande et l’Espagne se distinguent là encore par le dynamisme accru de leurs exportations, ce qui est primordial pour éviter de voir apparaître de nouveaux déficits extérieurs au fur et à mesure de la reprise.

Emploi, revenu et inflation
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 http://dx.doi.org/10.1787/888933373837

Il faut amplifier les réformes budgétaires, structurelles et financières pour soutenir la croissance et promouvoir l’équité

En dépit d’une légère amélioration des conditions de crédit, la reprise de l’investissement se verra limitée par la perspective d’une croissance modeste, les incertitudes entourant le processus d’intégration européenne et la dette, toujours élevée, du secteur privé. La consommation privée reste freinée par la faiblesse du marché du travail et un haut niveau d’endettement. Par ailleurs, la croissance en demi-teinte des échanges mondiaux limitera le développement des exportations.

Crédit et productivité
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1. Prêts aux sociétés non financières corrigés des cessions et de la titrisation.

2. PIB réel par personne occupée.

Source : Base de données des Perspectives économiques de l’OCDE, n° 99 ; et Banque centrale européenne.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933372450

La politique budgétaire dans l’ensemble de la zone euro devrait conserver une orientation légèrement expansionniste en 2016 et 2017, contrastant par là même fortement avec la politique d’assainissement de la période 2011-13. Pour autant, il faudra faire davantage pour placer la croissance sur une trajectoire ascendante. Certains pays disposent d’une marge pour assurer un soutien budgétaire supplémentaire. Dans ce contexte, une politique d’investissement dans les infrastructures bien conçue et sélective est intéressante en ce qu’elle produit d’importants effets multiplicateurs à court terme et qu’elle pose les fondements d’une expansion plus soutenue. En outre, une réforme de la politique en matière de prélèvements et de dépenses peut être propice à la croissance et à l’emploi. Alléger la fiscalité du travail, notamment sur les bas salaires, réorienter les dépenses en faveur de l’investissement, de l’éducation et des services de garde d’enfants et accroître l’efficacité des dépenses publiques sont autant de mesures qui contribueraient à stimuler la croissance et à la rendre plus inclusive. Enfin, de nouvelles initiatives pour consolider les cadres budgétaires nationaux sont gages d’une meilleure qualité des finances publiques.

La Banque centrale européenne a pris de nouvelles mesures d’expansion monétaire en décembre 2015 et mars 2016, notamment en abaissant ses taux directeurs, en élargissant le champ et l’ampleur de son programme d’achat d’actifs et en développant les incitations aux prêts bancaires grâce à un nouveau cycle d’opérations ciblées de refinancement à plus long terme. Ces conditions monétaires très accommodantes sont supposées perdurer tout au long de la période considérée. Pour donner un nouveau coup de pouce au crédit et l’orienter en faveur des entreprises productives, il est indispensable d’accélérer le règlement du problème des créances douteuses et litigieuses ; la mobilisation d’outils prudentiels et la mise en place de structures de défaisance, peut-être au niveau européen, pourraient y contribuer. Enfin, pour réduire encore la fragmentation du marché financier et faciliter la gestion des crises, un mécanisme de soutien commun au Fonds de résolution unique et une garantie des dépôts au niveau européen pourraient être utiles.

L’investissement demeure bien en deçà de ses niveaux d’avant la crise dans de nombreux pays, ce qui freine la croissance de la productivité, notamment en entravant la diffusion de l’innovation. Si cette dernière confère un avantage temporaire aux firmes en pointe sur le marché et leur permet de verser des salaires plus élevés, les gains de l’innovation ne sont pleinement réalisés que lorsque celle-ci se diffuse à l’ensemble du marché. L’achèvement du marché intérieur des services et des industries de réseau stimulerait l’investissement en dynamisant la concurrence et en allégeant les obligations réglementaires (en partie grâce à une harmonisation des réglementations). L’intégration du marché bénéficierait quant à elle du déploiement plus rapide des réseaux transeuropéens d’énergie et de transport. Enfin, améliorer l’offre et l’efficacité des formations tout au long de la vie et des formations liées à l’emploi permettrait de renforcer la diffusion des connaissances et le redéploiement de la main-d’œuvre vers les entreprises à haute productivité.

Une croissance modérée est prévue pour les prochains trimestres

Le rythme de croissance du PIB devrait accélérer modestement pour s’établir à 1.7 % en 2017. La relance monétaire et le faible niveau des prix du pétrole devraient continuer de soutenir la consommation et l’investissement du secteur privé, cependant que la politique budgétaire dans l’ensemble de la zone euro ne pèsera plus sur la demande. Quoique se redressant progressivement, la croissance des exportations restera en demi-teinte sur la quasi-totalité de la période considérée et l’excédent courant, d’une large ampleur, ne diminuera que légèrement. Le chômage devrait reculer, mais restera néanmoins élevé dans un certain nombre de pays. En raison du sous-emploi conjoncturel des ressources et de la faiblesse des anticipations d’inflation, l’inflation sous-jacente ne devrait augmenter que marginalement et rester bien en deçà de 2 %.

Une décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne pourrait affaiblir considérablement la croissance dans l’ensemble de la zone euro, du fait d’une majoration des primes de risque, d’un fléchissement des prix des actifs et d’une appréciation de l’euro par rapport à la livre sterling. Des turbulences financières sur les économies de marché émergentes, résultant du fort endettement des entreprises ou d’autres facteurs de vulnérabilité, affaibliraient la demande d’exportations en provenance de la zone euro et pourraient également nuire à l’investissement du fait d’une majoration des taux d’intérêt. Une inflation plus faible que prévu ajouterait aux difficultés que pose le désendettement, mais pourrait stimuler les salaires réels. Des avancées plus rapides dans l’apurement des bilans des banques ainsi que dans les réformes des marchés de produits et des politiques en matière de dépenses et de prélèvements, conjuguées à un nouvel élan de l’intégration européenne, donneraient un coup de fouet à la croissance du PIB.