2. Les régions dans la mondialisation

La relance économique en cours ouvre une nouvelle voie pour la place des régions et des territoires dans la mondialisation. La France, un des pays les plus touchés par la crise, est aujourd’hui engagée dans une active relance économique tout comme de nombreux pays de l’OCDE1 (Inspection générale des finances, France Stratégie, 2021[1]). En France, cette reconstruction économique vise à faire progresser la transition verte et numérique, à stimuler une croissance durable et inclusive, à renforcer la cohésion des territoires, à augmenter la résilience économique et à mettre en place des politiques pour la jeunesse (Gouvernement français, 2021[2]).

Des investissements sans précédent sont prévus par la France et l’UE afin atteindre ces objectifs. La France recevra par exemple 40 milliards d’euros en subventions européennes dans le cadre de la facilité, un instrument de financement du plan de relance de l’Union européenne (UE), NextGenerationEU (Gouvernement français, 2021[2]) (Encadré 2.1). Le gouvernement consacre 100 milliards d’euros à son plan France Relance, tout comme il a annoncé l’investissement de 30 milliards d’euros dans l’innovation sur 5 ans à travers le plan France 2030 (Gouvernement français, 2021[3]).

Les régions sont inscrites dans la mondialisation selon une diversité de connexions reflétant leur internationalisation et peuvent chercher à y améliorer leur position et son impact via des politiques d’attractivité tournées vers des cibles mobiles – investisseurs, talent et visiteurs – et des produits locaux auprès des marchés étrangers (exportations). Ces politiques s’appuient sur les leviers spécifiques disponibles dans leur territoire. La crise du COVID-19 a brutalement impacté les échanges mondialisés et pourrait accentuer une tendance de long terme au tassement de la mondialisation. De nombreux goulets d’étranglement concernant matières premières, biens intermédiaires et circuits logistiques portuaires affectent en effet des chaines de production mondiales, concourent à l’inflation et obèrent la dynamique de relance industrielle. Dans le cadre de cette étude, la question n’est ainsi pas celle du « plus ou moins » de mondialisation mais bien plutôt du « comment être mondialisé tout en préservant potentiel économique, qualité environnementale et cohésion sociale » ?

La crise a révélé à la fois les disparités territoriales en matière d’impact et de dépendance internationale très forte pour ce qui concerne des produits, segments ou matières premières essentiels à la réponse sanitaire et à la reprise. À titre d’exemple, les prix d’un ensemble de métaux et de minéraux clés ont grimpé fortement pendant la pandémie : au troisième trimestre 2021, l'indice des prix des métaux et des minéraux de la Banque Mondiale se situe 46% au-dessous de son niveau en 2019 au même moment (Banque Mondiale, 2021[4]). Elle suscite donc une double prise de conscience : celle de l’importance de la dimension territoriale pour comprendre les phénomènes mondiaux, se préparer aux crises à venir et aux réponses qu’il faut y apporter d’une part et, d’autre part, celle de reconsidérer les leviers de l’inscription dans la mondialisation aux profit de politiques d’internationalisation résilientes, inclusives et durables. Cette évolution concernant la prise en compte de la dimension infranationale se manifeste dans plusieurs secteurs. En effet, dans la conjoncture globale qui privilégie la transition écologique et la relocalisation industrielle, l’usage et la qualité du foncier, la disponibilité même de foncier économique, devient un puissant levier d’attractivité territorialisée auprès des investisseurs étrangers. La qualité de vie locale, l’accès à des transports publics et à l’internet sont aussi aujourd’hui des atouts pour des petites collectivités souhaitant attirer des talents de l’étranger. La qualité des universités locales continuera à influencer le choix des entreprises et chercheurs étrangers inscrits dans des réseaux mondiaux d’innovation à venir s’installer en région, et la qualité du cadre de vie locale sera d’autant plus valorisée après la longue période de restriction des interactions sociales.

Le constat de l’OCDE rejoint ainsi les objectifs de développement durable (ODD) fixés par l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) pour l’année 2030. Les ODD prennent acte des défis climatiques et sociaux les plus urgents, tels que la réduction des inégalités et la réduction des gaz à effet de serre. Les trois dimensions de développement durable identifiées par l’ONU – l’économie, l’écologie et le social – incarnent un typique indispensable pour penser l’attractivité territoriale. L’ONU affirme d’ailleurs l’importance des dimensions locales et régionales, et les actions concrètes qui peuvent être entreprises par les collectivités territoriales avec les États, afin d’atteindre les ODD.

Dans cette conjoncture, l’enjeu de la relance est d’identifier et de se saisir de ses dimensions infranationales afin d’engendrer une mondialisation qui ne soit pas un objectif en soi, mais un réel levier pour un développement régional inclusif, durable et résilient. Le contexte de transition est aujourd’hui marqué, au-delà de la relance post crise sanitaire, par le changement climatique, l’automatisation des procédés, des tensions commerciales entre grandes puissances internationales, le besoin de répondre au vieillissement démographique et l’accroissement rapide des inégalités sociales. Or, les périodes de transition font toujours émerger des perdants des changements qu’il convient donc d’accompagner : vers de nouveaux métiers, vers de nouveaux modes d’habitat, de consommation et de transport pour éviter l’accroissement des inégalités et les manifestations de « géographies du mécontentement ». Ces préoccupations se manifestent au niveau territorial et nécessitent donc des solutions sensibles aux différencies territoriales, et portées avec les autorités infranationales en fonction des compétences qui sont les leurs.

Ce rapport s’inscrit dans cette problématique d’ensemble en contribuant à éclairer : 

  • la position internationale des régions2

  • les leviers régionaux d’attractivité auprès des investisseurs, talents et visiteurs ainsi qu’en termes d’exportation ;

  • les politiques d’attractivité inclusives et durables qui sont conduites par les Régions avec l’État, les collectivités locales et les acteurs privés ; et

  • les moyens d’en améliorer l’efficacité dans un contexte pluri-niveaux,

Ce deuxième chapitre fournit les éléments contextuels qui expliquent pourquoi il est nécessaire d’adopter une approche régionalisée de l’internationalisation et de l’attractivité dans le nouvel environnement global. Pour ce faire, le chapitre :

  1. 1. introduit les évolutions marquantes consécutives à la crise et à la relance,

  2. 2. propose une vue d’ensemble de leurs effets territorialisés, et

  3. 3. met en exergue l’importance de développer un diagnostic du positionnement international des régions, ainsi que des outils de compréhension des leviers d’attractivité à leur disposition.

Le résumé de l’approche méthodologique d’ensemble retenue pour cette étude est enfin indiqué.

Le début de la crise du COVID-19 a interrompu ou tendu les flux de nombreuses chaînes de valeur mondiales (CVM), notamment concernant les produits pharmaceutiques nécessaires pour la lutte contre le virus, mais aussi pour certains produits industriels. Avant la crise, différentes études économiques avaient déjà révélé que la croissance des CVM s’était estompée, et que leur réorganisation était à prévoir. Aujourd’hui des tensions importantes persistent en ce qui concerne l’accès à certains composants clés, en lien notamment avec la reprise économique en cours en Chine et aux États-Unis. Depuis le deuxième trimestre 2021, il existe une forte pression à la hausse des prix de nombreuses matières premières, comme le coton (hausse de 35% depuis 2020) ou le caoutchouc (hausse attendu de 30% depuis 2020) (World Bank, 2021[6]). Le prix de l’énergie est également en pleine flambée en 2021 (augmentation de 79% entre 2020 et 2021) selon les chiffres de la Banque Mondiale, notamment en Europe.

Dans ce contexte, plusieurs pays de l’OCDE ont décidé de soutenir un mouvement de relocalisation (Encadré 2.2). Ces stratégies visent à sécuriser les positions nationales dans les chaines de valeur afin d’assurer la résilience du système productif en cas de nouvelles crises. Elles s’inscrivent aussi dans une démarche territoriale visant à soutenir le développement économique local dans des territoires périphériques. Il est notamment question de réindustrialiser des territoires qui ont perdu des emplois en raison des délocalisations des dernières décennies. Ce mouvement vers la relocalisation est une opportunité pour les régions et les territoires, car il incite à penser l’attractivité locale non en fonction des seuls coûts d’installation, qui n’agissent plus comme le déterminant principal de ce mouvement, mais en termes d’opportunités géographiques, de disponibilité foncière voire de présence d’une main d’œuvre locale qui puisse réaliser le travail technique nécessaire (Charbit et Gatignol, 2022, à paraitre).

En France, la volonté de réindustrialiser des territoires et de sécuriser des CVM remonte à la période pré-pandémique. Cette initiative est issue du constat d’une certaine dépendance de la France envers les pays fournisseurs. En 2020, la balance commerciale de la France est déficitaire de plus de 80 milliards euros, notamment envers les pays voisins, alors que la balance commerciale se rapprochait de l’équilibre en 2000 (Haut-Commissariat au Plan, 2021[7]). En effet, selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), entre 2001 et 2019, la croissance des importations (plus de 75%) a nettement dépassé celles des exportations (54%), faisant évoluer l’économie française vers un modèle tiré par la consommation interne. En dépit de l’affaiblissement du tissu industriel français, le HCP rappelle que 74% des exportations françaises sont toujours issues du secteur industriel. La désindustrialisation est identifiée à la fois comme une cause et un accélérateur de la dégradation de la balance commerciale dans les années 2000. C’est face à ce défi que le HCP a engagé un travail analytique qui vise à positionner les importations et les exportations françaises dans les CVM (Haut-Commissariat au Plan, 2021[7]).

Ces changements dans l’organisation des CVM impliquent aussi des risques et des défis pour les territoires. La hausse constatée du prix des carburants et la volonté de réduire les émissions de gaz à effet de serre peuvent par exemple redistribuer les CVM mais pas forcément d’une façon favorable à l’activité économique au sein de certains territoires et de tous les corps de métiers. Les actions nécessaires menées pour réduire les gaz à effet de serre et atteindre les objectifs de la Conférence des Parties à la Convention de l'Onu sur le climat (COP) peut avoir comme conséquence la restructuration de certaines filières et une éventuelle perte d’emplois, notamment dans les territoires ruraux qui se spécialisent dans l’exploitation de matières premières ou la production industrielle (OECD, 2021[8]). L’augmentation du commerce en ligne est également susceptible d’avoir un effet sur l’évolution des CVM en ouvrant de nouvelles possibilités économiques dans des domaines tels que le transport et la logistique, tout en en exerçant de nouvelles pressions sur les ressources foncières des collectivités, déjà sous tension dans certaines régions.

Le déploiement massif du télétravail pour certaines catégories professionnelles durant les périodes de confinement et de précautions sanitaires a ouvert la voie à de nouvelles possibilités, notamment pour les petites villes ou les zones rurales parfois délaissées par les emplois hautement qualifiées présents dans les métropoles.

Il est possible pour une collectivité de promouvoir sa capacité à recevoir des télétravailleurs - locaux et internationaux - qui souhaitent réaliser leur activité professionnelle à distance afin de profiter d’un autre cadre de vie pendant la durée de leur séjour (régulier ou pas). Bien que le télétravail soit une opportunité pour des territoires jusqu’à présent écartés de l’activité des grandes métropoles, la transition et la dynamisation de l’offre territoriale en matière d’infrastructures d’accueil aux télétravailleurs implique des investissements conséquents afin de l’adapter aux besoins de travailleurs et de visiteurs expatriés, et de leurs familles. Cet accueil implique une disponibilité d'infrastructures digitales adéquates (Internet haut débit) ainsi qu'un cadre 'attractif' pour accueillir des visiteurs (OECD, 2020[11]). Il s’agit par exemple d’un accès à des sites naturels et touristiques, mais aussi des services publics de qualité (transport, santé, éducation), des loisirs et une offre culturelle locale. Ces stratégies doivent cependant être bien pesées pour garantir leur efficacité à long terme. À partir du moment où des tâches peuvent être réalisées à distance il n’est en effet pas exclu que d’autres territoires d’accueil des activités concernées, à l’étranger, proposant des coûts salariaux plus bas puissent devenir attractifs à leur tour et répliquer la segmentation des chaines de valeur mondiales cette fois dans les activités de service. Cette nouvelle donne risque d’accenteur une certaine délocalisation des services, cette fois dans des secteurs qui étaient jusqu’à présent relativement à l’abri de la délocalisation, notamment des occupations hautement qualifiés (ex. comptables, économistes) (Kakkad et al., 2021[12]).

En octobre 2021, une instance conjointe OCDE/G20 sur l'érosion de la base d'imposition et le transfert de bénéfices (Cadre inclusif) a finalisé un accord entre 136 États afin d’assurer une taxation minimum de 15% des firmes multinationales (FMN) (OECD, 2021[13]). Dès 2023 cette taxe sera appliquée aux plus grandes entreprises multinationales, dont celles du numérique, selon des critères établis par les États. En plaçant des limites internationales inédites sur la concurrence fiscale, il est possible que l’accord déplace les formes de concurrence pour attirer des investissements étrangers vers d’autres critères. Une fois la fiscalité minimisée en tant que facteur qui guide le choix des entreprises étrangères, d’autres éléments doivent en effet être retenus afin d’évaluer la meilleure localisation pour un investissement. L’attractivité auprès d’un investisseur étranger se traduira concrètement par une plus forte attention portée aux facteurs territoriaux, au sein d’un pays. Cette approche de l’attractivité permet aussi de sortir d’une vision purement nationale afin de privilégier la valorisation des atouts des territoires moins impliqués dans la mondialisation, y compris plus ruraux. L’offre foncière, les compétences de la main d’œuvre locale, voir la qualité de vie offerte pour les talents étrangers accompagnant un projet d’investissement deviennent des facteurs de premier plan dans le choix de localisation d’une entreprise multinationale. L’Irlande conduit par exemple aujourd’hui une réflexion qui vise à identifier des facteurs d’attractivité alternatifs aux avantages fiscaux offerts jusqu’à présent aux entreprises étrangères et pour permettre un développement territorial plus équilibré alors qu’il était jusqu’à présent très centré sur Dublin.

Depuis l’annonce du retrait du Royaume Uni de l’UE, les Régions françaises ont entrepris des efforts particuliers pour attirer des investisseurs étrangers souhaitant quitter le Royaume Uni à la recherche de sites d’implantation au sein du marché de l’UE. Cependant le choix d’implantation géographique des entreprises, motivé par le Brexit, est fortement influencé par les secteurs d’activité dans lesquels elles opèrent. Les activités financières font partie des secteurs les plus vulnérables aux changements de réglementation liés au Brexit, et donc à la possibilité de leur relocalisation au sein de l’UE compte tenu de la mobilité de ces investissements. Ce faisant il est possible de relever un effet différencié du Brexit sur les collectivités françaises.

Grace à son statut de grande métropole européenne et sa concurrence plus directe avec l’offre de l’agglomération londonienne, à fin 2020 l’Île-de-France a pu bénéficier de 184 projets d’implantation, d’investissement ou de relocalisation selon l’agence Choose Paris Region (Choose Paris Region, 2021[14]). La Région francilienne a pu mobiliser ses atouts spécifiques, notamment un écosystème et des infrastructures qui offrent un cadre favorable aux entreprises financières. Comme d’autres Régions, l’Île-de-France a ouvert un guichet unique pour les entreprises souhaitant quitter le Royaume Uni en raison du Brexit afin de leur offrir des conseils adaptés. Les chiffres de l’agence francilienne confirment ce constat: le Brexit a déclenché un départ d’investisseurs du Royaume-Uni notamment dans le secteur financier, qui représente à lui seul presque deux tiers des projets qui se sont implantés en Île-de-France, et 70% des emplois crées en région. Bien que d’autres régions aient pu bénéficier de ce mouvement, les retombées économiques positives restent plus limitées, et parfois en deçà des attentes.

Avant même le début de la pandémie, la participation des régions françaises dans les échanges internationaux variait considérablement d’un territoire à l’autre. Cette réalité révèle des différences importantes concernant les leviers locaux d’internationalisation, en l’occurrence l’accès des entreprises locales à des marchés étrangers.

En effet en 2018, l’insertion commerciale des régions françaises (exports et imports sur PIB) variait de 77,3 points de pourcentage : de 5,5% en Corse à 82,8% en Normandie (pour une moyenne de 43,8%), situant la France parmi les pays ayant une forte disparité inter-régionale en la matière (Graphique 2.1). Contrairement à la France, la différence entre le poids des exports et des imports en part de PIB fluctue de 64,2 points de pourcentage entre régions italiennes, et de seulement 28,2 points de pourcentage au Royaume Uni. Des différences concernant les infrastructures régionales (par exemple présence d’un port) ou simplement des caractéristiques géographiques régionales (par exemple proximité d’une frontière) peuvent expliquer ces différences d’accès, tout comme il existe des différences sectorielles entre régions du fait de la distribution inégale d’activités économiques dans le territoire.

À l’instar des exports, la mobilité internationale des jeunes au niveau régional (étudiants, chercheurs, etc.), était territorialement différenciée avant la pandémie. Les chiffres du programme Erasmus+ (2019) donnent un aperçu des différences inter-régionales (Erasmus+, Régions de France, Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, 2020[15]). Dans l’enseignement supérieur, l’Île-de-France concentrait à elle seule 32% des arrivées d’étudiants dans le cadre d’Erasmus+. L’Occitanie et la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur représentaient 10% et 7% des arrivées respectivement, contre 5% et 3% dans les Pays de la Loire ou en Bourgogne-Franche-Comté respectivement. Ces écarts sont encore plus marqués dans la formation professionnelle, domaine dans lequel l’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine attirent 19% et 17% des arrivées d’étudiants étrangers respectivement, contre seulement 10% en Île-de-France et 11% en Auvergne-Rhône-Alpes. La mobilité des jeunes est un révélateur de l’attractivité d’une région, son dynamisme et les spécificités de ses universités, écoles et établissements de formation professionnelle, et donc de l’écosystème d’innovation. La qualité de la vie locale est également un levier majeur d’attraction des jeunes talents.

Le niveau des exportations, un des principaux leviers de l’internationalisation économique, a dramatiquement chuté entre 2019 et 2020 (20% en France), avant d’afficher une reprise en 2021. Tirée par la demande venant de Chine et des États-Unis, les exportations ont augmenté de 1,3% au deuxième trimestre 2021 par rapport au premier. Le niveau d’exportations en 2021 a ainsi atteint 98% de son niveau de 2019 (OECD, 2021[16]) (Direction générale des douanes et droits indirects, 2021[17]).

À l’échelle des régions, de profondes disparités sont toutefois apparues pendant la première année de crise, année pour laquelle il existe des données complètes et comparables internationalement. Si l’interruption des flux internationaux a eu des conséquences majeures pour les régions d’Outre-Mer, dont l’économie repose sur les échanges internationaux (et avec l’hexagone et l’Europe), l’importance de ces échanges a permis une reprise rapide des activités. La Réunion a enregistré une baisse de seulement -7,3% d’exportations en part de PIB entre 2019 et 2020, et les exportations en Guadeloupe ont même augmenté de 4% sur la même période, par rapport à la moyenne française (-16%) (Graphique 2.2). À l’inverse, la Région Occitanie a enregistré la baisse d’exportations (en part de PIB) la plus importante de l’hexagone (-34,6%), pouvant s’expliquer par le poids du secteur aéronautique, gravement touché par la crise (Graphique 2.4). Au Piémont (Italie) ou en Rhénanie-Palatinat (Allemagne), régions frontalières de la France, la baisse des exportations est moindre, seulement -12,7% et -8,7% respectivement.

La prise en compte de la taille des entreprises exportatrices permet de nuancer ces chiffres : dans une majorité de régions françaises, les exportations des petites entreprises (1-19 salariés) ont augmenté de plus de 5% en 2020 par rapport à l’année 2019 (Graphique 2.4). En revanche les exportations d’entreprises comptant plus de 250 salariés ont chuté dans la majorité des régions françaises. Dans les régions d’outre-mer et en Corse la tendance est inversée. Par exemple dans l’outre-mer les exportations des grandes entreprises ont augmenté de 56,5% en 2020, alors que les exportations des entreprises comptant 1 à 19 salariés ont baissé de -10,7% et celles de 20 à 249 salariés de -15,8%.

Au-delà des facteurs sanitaires, l’impact différencié de la crise sur les secteurs économiques, selon leur niveau d’insertion dans les réseaux internationaux, a des conséquences sur l’exposition des régions aux effets de la crise. Ainsi, les régions qui concentrent une part importante d’emploi dans le secteur touristique ou de la restauration sont, par exemple, plus vulnérables aux effets des mesures sanitaires (fermetures, confinements, distanciation sociale, etc.) prises pour freiner le virus. De même les régions spécialisées dans des secteurs qui dépendent d’approvisionnements liés aux chaines de valeur mondiales ont dû faire face à d’importantes interruptions de production et de transport pendant la première vague d’infections et depuis. Ainsi, le niveau d’exposition des régions à la crise, mesuré par la part d’emplois dans des secteurs identifiés comme « à risque », varie en France d’environ 26 points de pourcentage, de 33% en Île-de-France à 7% en Guyane (OECD, 2021[18]) (Graphique 2.5). Dans d’autres pays de l’OCDE, ces écarts sont encore plus importants, et risquent de creuser les inégalités territoriales à l’issue de la crise.

De nombreuses analyses ont souligné que la crise du COVID-19 risque d’accentuer non seulement les inégalités entre territoires, mais aussi entre individus. L’emploi est en effet un déterminant clé de la vulnérabilité face à la crise COVID-19 : les travailleurs moins rémunérés, qui n’ont souvent pas eu recours au télétravail, occupent certains emplois particulièrement touchés par la crise (ex. nettoyage, soin, restauration, transports). Les données de l’OCDE confirment que ces emplois sont concentrés géographiquement à l’intérieur de certaines régions (la restauration et l’hôtellerie en région parisienne , par exemple), ce qui risque d’accentuer la crise sociale dans certains territoires (France Stratégie, 2021[19]).

D’autres groupes - les jeunes, les ménages monoparentaux et les individus peu diplômés – sont également à risque ou très à risque de tomber dans la précarité ou la pauvreté face à une chute de revenu de plus de trois mois (OECD, 2020[20]). Ces conclusions suggèrent que l’emploi et la situation socio-économique sont des éléments importants à retenir dans la mise à jour de stratégies de reconstruction et de reprise, notamment à l’échelle régionale, compétente dans le domaine des politiques de formation et d’insertion professionnelle.

Le tourisme et les secteurs du transport aérien de passagers sont parmi les plus frappés par la crise du COVID-19 (OECD, 2021[18]). En France le nombre de passagers sur des vols internationaux (intra et extra-UE) a diminué de 65% ou plus entre 2019 et 2020 dans toutes les régions (Graphique 2.6), bien que les régions européennes frontalières affichent des baisses plus importantes que leurs pairs français. En Catalogne (Espagne) par exemple, le nombre de passagers sur des vols intra-UE et extra-UE a baissé de -96% et -97% respectivement. Les aéroports d’outre-mer ont enregistré des baisses relatives comparables, le nombre de passagers sur des vols extra-UE ayant décliné de 62% à Mayotte, de 66% en Guadeloupe, de 71% à la Réunion et de 73% en Martinique (Graphique 2.7).

À l’instar du transport aérien, le COVID-19 a provoqué une crise sans précèdent dans le secteur hôtelier, un point d’entrée en France pour les flux internationaux de visiteurs vers les territoires. Toutes les régions françaises ont été touchées par une baisse du nombre de nuitées au sein de leurs établissements d’hébergement touristique entre 2019 et 2020, de -37,8% en Auvergne-Rhône-Alpes à -64,4% en Guadeloupe (Graphique 2.8). Cette baisse est relativement moins importante que la moyenne des régions de l’UE, qui se situe à -52%, mais relativement plus élevée que certaines régions de pays voisins, comme par exemple la Sardaigne, qui a même enregistré une croissance du nombre de nuitées (5,5%) entre 2019 et 2020. L’écart inter-régional de l’évolution des nuitées 2019-2020 est également plus faible en France par rapport à l’Italie et l’Allemagne, des pays où les écarts entre la région la plus touchée et la moins touchée sont de 74,2% et de 45,4% respectivement (Graphique 2.9). Ces écarts pourraient s’expliquer par la décentralisation plus importante des mesures sanitaires dans ces pays.

L’impact de la crise sur le secteur touristique est d’autant plus un enjeu que le secteur représente 6% du PIB français, soit 170 milliards d’euros de dépenses de consommation et 2 millions de salariés directs et indirects (Vie publique, n.d.). Bien qu’une relative reprise du tourisme soit en cours, c’est dans ce secteur que le COVID-19 est susceptible de faire évoluer durablement les profils d’internationalisation des régions françaises.

L’OCDE a mis en exergue un ensemble d’évolutions qui sont susceptibles de restructurer le secteur (OECD, 2020[21]). Il est notamment possible que le secteur traverse une baisse de demande durable dû à la perte de confiance d’éventuels visiteurs étrangers. La durée de la crise risque également de changer le comportement de certains visiteurs étrangers dans le long terme, les incitant à favoriser un tourisme de proximité. Les conclusions du G20 sur l’avenir du tourisme confirment que le secteur traversera une transformation importante (reprise, durabilité, inclusion), d’autant plus que les arrivées touristiques internationales ont baissé de 73% en 2020 (OECD, 2021[22]). L’Organisation Mondiale du Tourisme estime que les flux touristiques internationaux mettront entre deux ans et demi et quatre ans avant de retrouver leur niveau d’avant la crise (OECD, 2021[22]). Ce calendrier risque de changer en fonction de l’évolution de la pandémie, et pourrait s’étendre si de nouveaux variants du COVID-19 affaiblissent l’efficacité des campagnes de vaccination et ralentissent la sortie de la crise sanitaire. Si ces tendances se confirment, il est envisageable que la part de touristes nationaux, transfrontaliers ou européens prenne de l’importance dans le schéma touristique des régions françaises, appelant à modifier l’offre touristique et les infrastructures locales (ex. priorité au développement des liens ferroviaires plutôt qu’à l’agrandissement d’aéroports).

L’accélération de certaines mégatendances, les effets de la crise et la conjoncture de relance confirment l’importance de la dimension territoriale de l’internationalisation et de l’attractivité. Ces deux concepts sont définis dans Encadré 2.3. Les seuls facteurs nationaux ne sont plus suffisants pour déterminer l’attractivité internationale auprès des cibles étrangères.

Un ensemble d’informations infranationales est nécessaire afin de répondre aux sensibilités plus larges qui s’expriment dans l’environnement post-crise notamment : quelles sont les différences en termes de qualité de vie entre régions pour un télétravailleur étranger ? L’accès à une connexion de qualité à l’internet haut débit est-elle assurée ? Quels services publics de santé et d’éducation sont disponibles sur place ? Comment le territoire est-il connecté aux réseaux logistiques pour un investisseur ? Quelle est la qualité environnementale et culturelle d’un territoire, pour un visiteur ? Ce faisant ces informations offrent aux acteurs régionaux et territoriaux de nouvelles possibilités d’agir et de se distinguer dans la mondialisation, appuyés par les États afin de soutenir les opportunités et de favoriser les synergies plutôt que la concurrence infranationale.

Dans ce contexte l’OCDE, à la demande de la France (et en lien étroit avec Régions de France, a bénéficié du soutien de la Commission européenne (DG REFORM) pour conduire la présente étude et analyser les déterminants et les opportunités de l’internationalisation des régions françaises pour soutenir les exports et l’attractivité des territoires afin de favoriser un développement régional durable, inclusif et résilient.

Cette étude s’inscrit dans la continuité d’un premier travail de l’OCDE, mené avec la France sur l’internationalisation des régions (OECD, 2021[24]), qui présente une méthodologie novatrice pour l’analyse de l’internationalisation des régions selon quatre familles de connexions internationales et son application au cas français. Les conclusions de ce premier travail sont présentées dans le rapport Les Régions dans la Mondialisation : Une approche originale de l’internationalisation des régions et son application au cas français (voir : (OECD, 2021[24]).

Selon les conclusions de ce premier rapport, il n’existe pas de « région moyenne » en France, mais bien des spécificités territoriales propres tant en termes de tourisme, de recherche et développement que d’intégration dans l’économie mondiale. Par ailleurs, les actions pour l’internationalisation des régions et de leurs partenaires ne se limitent pas aux échanges marchands ou financiers (ou « connexions d’affaires»), mais se conçoivent dans une perspective plus large et plus approfondie du développement territorial. Il s’agit de considérer l’attractivité d’une région selon un ensemble de facteurs qui régissent son insertion dans les différents flux internationaux. Cette approche est retenue dans la présente étude.

Ce premier travail sur l’internationalisation des régions s’articule autour de quatre familles de « connexions » internationales qui caractérisent l’insertion d’une région dans la mondialisation :

  • Les « connexions d’affaires » : les échanges internationaux de biens, de services et de capitaux constituent les connexions internationales d’affaires. Les connexions d’affaires sont souvent les plus retenues parmi un ensemble d’échanges internationaux, elles sont d’ailleurs citées de façon prioritaire par les acteurs de terrain dans leurs activités d’internationalisation, en particulier les exportations des entreprises locales, et l’attraction d’Investissements Directs Étrangers (IDE)

  • Les « connexions humaines » : Les connexions humaines sont constituées des flux internationaux de personnes. Il s’agit principalement des visiteurs et des migrants ;

  • Les « connexions de connaissance » : Les connexions de connaissance concernent les relations internationales entretenues par les acteurs de la R&D : centres de recherche, publics et privés, ainsi que les universités. La collaboration internationale dans le domaine de la recherche et de l’innovation est un élément clé de l’internationalisation et de l’attractivité d’un territoire (OECD, 2021[24]). Ces connexions sont ainsi également incarnés par des flux de chercheurs étrangers et d’étudiants internationaux. Ces flux de connaissance englobent aussi les relations culturelles internationales qu’il est plus difficile d’appréhender statistiquement. Parmi ces connexions de connaissance figure enfin l’action diplomatique des régions et en particulier les échanges liés à la coopération décentralisée.

  • Les « connexions d’infrastructure » : Les connexions internationales d’infrastructure concernent les réseaux physiques et numériques qu’une région met à disposition des acteurs nationaux et internationaux. Ils conditionnent « l’existence et l’intensité des différents flux liant les régions à leurs partenaires internationaux que ce soit en termes humains, financiers, de marchandises ou de données » (OECD, 2021[24]).

Cette méthode fondée sur différentes « connexions » permet de donner à voir des situations internationales diverses selon les régions et de fait consacre la possibilité d’évaluer l’internationalisation selon différentes modalités. Elle offre donc une présentation de la mondialisation potentiellement accessible à un plus grand nombre de territoires. Elle s’appuie en cela sur les approches « place-based », sensibles aux différences géographiques en termes de facteurs économiques, sociaux, politiques et institutionnels locaux ainsi que sur les perceptions des acteurs du terrain dans l’analyse du développement régional (Barca, McCann and Rodríguez-Pose, 2012[25]).

Le tableau de bord suivant est ainsi proposé afin de diagnostiquer la situation internationale des régions en fonction des quatre connexions (Graphique 2.10). Il offre une image des différents liens internationaux d’une région à un temps donné, situation qui peut résulter d’une grande variété de leviers d’attractivité qui seront analysés dans la section suivante. Douze indicateurs ont été retenus parmi la soixantaine disponibles en fonction de leur couverture géographique et la diversité des thématiques qu’ils abordent afin de dresser des profils individuels des régions françaises qui peuvent être représentés graphiquement.

Le tableau complet, disponible en (Annexe A), met en évidence 61 indicateurs qui composent le tableau de bord, y compris ceux qui sont souhaitables mais non disponibles. Des exemples de profils internationaux de régions, ceux des trois Régions pilotes du présent rapport, sont aussi reproduits en (Annexe A).

Cette méthodologie pour l’analyse de l’internationalisation des régions a été validée par le Comité des politiques de développement régional de l’OCDE et les autorités françaises et présentée dans un rapport publié en septembre 2021. La nouvelle étude présentée ici s’appuie sur ce travail et le complète, en actualisant les données initiales et en y ajoutant de nouveaux indicateurs permettant d’approfondir par exemple le diagnostic des connexions internationales de connaissance. L’étude de l’évolution des profils3 précédemment publiés (OECD, 2021), en mobilisant cet ensemble d’indicateurs plus varié, ne permet pas de mettre en évidence des changements majeurs dans les profils internationaux des régions françaises. Ceci confirme que les éléments participant à l’internationalisation des régions sont avant tout structurels et que les indicateurs initialement sélectionnés permettent effectivement de refléter un ensemble large des dimensions de l’internationalisation (encadré 2.4). L’impact et la spécificité des effets de la crise COVID sur les flux internationaux humains, examinés dans ce chapitre, pourraient cependant faire évoluer durablement l’internationalisation des régions.

Le travail d’approfondissement des données d’internationalisation est à présent complété par l’analyse de l’attractivité régionale, afin de disposer d’un panorama complet : de l'examen des connexions qui lient une région à la mondialisation à l'identification des leviers d'attraction d’une région vis-à-vis des cibles internationales. Les résultats de ce travail ont abouti à la production d’un instrument novateur pour le diagnostic de l’attractivité des régions, présenté dans la section suivante. Cette seconde étape s’intéresse désormais à la diversité des expériences régionales et aux bonnes pratiques en matière de politiques d’internationalisation et d’attractivité régionales, ainsi qu’aux défis rencontrés par les Régions et leurs partenaires dans le nouvel environnement global.

Pour ce faire, l’étude a bénéficié de la participation très active de trois Régions pilotes (Grand Est, La Réunion et Provence Alpes Côte d’Azur), du partenariat avec Régions de France et de l’implication continue de l’ANCT. Elle a aussi pu s’appuyer sur le concours d’un Comité de pilotage national qui rassemble, à l’initiative de l’ANCT, outre Régions de France et les trois Régions pilotes, les services et les opérateurs de l’État concernés. Le but de cette étude est à la fois de soutenir l’ANCT dans sa mission transversale d’assistance aux Régions dans leurs politiques de développement et d’internationalisation et d’apporter aux autorités régionales, responsables de l’internationalisation, des outils pertinents pour édifier leurs schémas stratégiques en collaboration avec leurs partenaires (encadré 2.5).

Ce rapport adopte une approche fondée sur une méthodologie originale, axée sur la notion opérationnelle de cible d’attractivité : investisseurs, visiteurs ou talents qu’une Région souhaiterait attirer au sein de son territoire. Les marchés étrangers sont une cible de son internationalisation au moyen des exportations. Les facteurs d’attractivité qui déterminent le choix des cibles sont les éléments qui permettent de dresser (chapitre 3) un diagnostic d’attractivité régionale et des profils d’attractivité des régions, le tout formant une proposition méthodologique complémentaire au diagnostic d’internationalisation (dont le contenu a été élaboré à l’occasion du premier rapport et qui est actualisé ici).

Ce travail développe donc des outils pour la hiérarchisation des priorités en matière d’attractivité et d’internationalisation, en proposant des indicateurs pouvant nourrir le diagnostic partagé des différentes parties prenantes (notamment État et Régions). Le rôle des différents acteurs est ensuite clarifié à l’aide de cartographies institutionnelles (chapitre 4). Un outil d’analyse des enjeux de la gouvernance pluri-niveaux des politiques concernées ainsi qu’un outil de suivi et d’évaluation de ces politiques clés sont ensuite proposés (chapitre 5).

L’ensemble de ce travail s’appuie sur une approche méthodologique à la fois quantitative et qualitative, renforcée par des outils novateurs et uniques qui permettent de positionner les régions selon leur profil international et leur profil d’attractivité, en comparaison de pairs (autres régions françaises et régions européennes essentiellement). Ces profils ne s’appuient pas sur un seul indicateur synthétique et ne visent pas la réalisation de classements mais bien plutôt à offrir aux décideurs publics la variété des informations utiles, concernant les différents leviers sur lesquels ils peuvent agir.

Le pilier quantitatif de l’étude s’appuie sur la collection de données sur l’internationalisation et l’attractivité régionales articulées selon les dimensions principales de l’internationalisation et de l’attractivité. L’application de cette méthodologie aux régions françaises et à certaines régions paires européennes est proposée dans le chapitre 3. Cette approche quantitative est complétée par l’exploration de l’analyse du champ lexical des sites internet des Conseils Régionaux. Cette démarche a permis d’appréhender et de comparer le contenu des sites régionaux en ce qui concerne leur communication vis-à-vis des cibles de l’attractivité (comparaison des régions françaises et des régions étrangères limitrophes).

Le pilier qualitatif s’appuie sur une enquête de terrain concernant trois Régions pilotes.

Les trois Régions pilotes sélectionnées sont les suivantes:

  • La Région Grand Est

  • La Région La Réunion

  • La Région Provence-Alpes-Côte-D’Azur

Ces Régions ont été choisies avec l’ANCT et Régions de France pour la complémentarité de leurs profils d’internationalisation, puis, ces Régions ont exprimé leur intérêt à participer à l’étude. Les régions françaises présentent différentes caractéristiques de développement territorial. En 2018, le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET – aujourd’hui ANCT) a identifié quatre grands espaces géographiques: des régions au nord-est fragilisées en termes socio-économiques, un arc méridional-occidental dynamique, la région parisienne qui constitue un profil à part entière, ainsi que les DOM qui se distinguent par leur éloignement géographique de l’hexagone (CGET, 2018[27]). Ainsi, le choix des Régions Grand Est, Provence-Alpes-Côte-D’Azur et La Réunion permet de mobiliser des études de cas représentatives des différentes réalités territoriales françaises et leur expérience peut être utile aux autres régions françaises.

Cette sélection a aussi bénéficié du travail initial conduit par l’OCDE avec l’ANCT et Régions de France qui a permis d’élaborer les profils internationaux des régions françaises et de se pencher sur les premiers SRDEII (OECD, 2021[24]). Ce premier travail a permis de dégager des grandes tendances en ce qui concerne l’internationalisation des régions françaises. Ce faisant, le travail a permis de confirmer et de préciser les dynamiques territoriales identifiées par la CGET en 2018. L’étude a confirmé le profil de la Région Ile-de-France en tant que région moteur et hautement internationalisée, difficilement comparable aux autres régions françaises. Les profils régionaux tels que celui du Grand Est et des Hauts-de-France se sont avérées fortement influencées par leur situation géographique transfrontalière. D’autres encore (ex. Pays de la Loire, Bretagne) semblaient tournées vers une ou deux dimensions internationales.

Le travail réalisé dans le cadre de l’enquête a confirmé la variété des situations et donc l’intérêt de cette sélection initiale.

L’étude des Régions-pilotes s’est appuyée sur des données primaires collectées à partir des sources accessibles, complétées par les échanges avec ces collectivités territoriales et leurs agences (y compris le Conseil régional et ses différents services), des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, du secteur privé, des représentants de la vie civile. Les services, agences et opérateurs de l’État au niveau national, ainsi que leurs délégations territoriales ont également été consultés. Ce faisant, les données primaires collectées sur les sites des collectivités ont permis de préparer les entretiens de terrain afin de poser des questions ciblées, examiner des initiatives régionales ou locales et approfondir les connaissances de l’équipe de l’OCDE sur les stratégies, les écosystèmes et les acteurs d’attractivité à l’échelle infranationale. Au total, 127 acteurs ont été interrogés dans le cadre de ce travail. L’enquête de terrain se fonde elle-même sur trois démarches, qui ont chacune permis de recueillir les informations nécessaires pour enrichir la compréhension des écosystèmes régionaux d’internationalisation.

Dans un premier temps, un questionnaire a été partagé avec les Conseils régionaux des trois Régions-pilotes et les membres du comité de pilotage de ce projet (troisième trimestre 2020). La diffusion de ce questionnaire, nourri d’informations statistiques initiales, auprès des parties prenantes publiques et privées de l’internationalisation et de l’attractivité des trois régions a été rendue possible grâce à la mobilisation des trois Conseils régionaux. Au total, 40 réponses ont été reçues, en priorité venant de divers services des trois entités. Les services régionaux des opérateurs d’État et quelques acteurs privés ont également participé dans le cas des Régions La Réunion et Grand Est. L’analyse des questionnaires complétés a permis d’enrichir et de confirmer un travail préalable d’identification des principaux acteurs de l’internationalisation et de l’attractivité à l’échelle locale, régionale, nationale et supranationale. Les réponses ont également permis d’identifier les principales stratégies d’internationalisation et d’attractivité à l’œuvre ainsi qu’une série de bonnes pratiques dans un contexte directement marqué par la crise.

L’enquête a ensuite bénéficié de l’expérience de 87 acteurs dans le cadre d’entretiens individuels ou en petits groupes. Cet exercice a permis d’approfondir la connaissance des déterminants de l’internationalisation et de l’attractivité des territoires et des stratégies y participant. En particulier, ces entretiens visaient à identifier les éléments suivants :

  1. 1. Stratégies d’internationalisation et d’attractivité à l’œuvre dans le territoire;

  2. 2. Enjeux de gouvernance et bonnes pratiques permettant d’y répondre ;,

  3. 3. Indicateurs mobilisés pour le diagnostic, le suivi et l’évaluation des stratégies à l’œuvre.

Lors des entretiens, l’OCDE a également pu recueillir des documents permettant de mieux évaluer les enjeux dans le domaine en question. Les entretiens se sont déroulés dans leur intégralité de manière virtuelle compte tenu de la situation sanitaire liée à la pandémie du COVID-19 lors de cette phase du projet.

Finalement, l’enquête a donné lieu à une série d’ateliers régionaux et internationaux avec les partenaires et parties prenantes, les Régions et les acteurs ayant participé à l’enquête. Une première séquence d’ateliers a été organisée au printemps 2021 afin de valider les informations collectées et faire émerger des pistes de réflexion. La participation à cette première série d’ateliers s’élève à : 61 participants lors de l’atelier Provence Alpes Côte d’Azur, 51 participants pour La Réunion et 41 participants lors de la rencontre Grand Est.

Une deuxième séquence a été organisé à l’automne 2021 pour discuter des outils proposés par l’OCDE et des suggestions et recommandations. Cette deuxième série a bénéficié également de la participation de pairs étrangers, invités afin de stimuler le partage d’expérience et l’apprentissage par les pairs. Des documents de soutien à la discussion ont été préparés et circulés auprès de l’ensemble des participants avant chaque atelier, en plus d’une note de synthèse suite aux premier ateliers.

Les délais initiaux fixés pour le projet ont été étendus de 5 mois afin de tenir compte de différents aléas affectant sa mise en œuvre, en particulier :

La crise COVID-19 et mesures sanitaires empêchant les rencontres et ateliers en présentiel et en groupe ;

Les élections régionales décalées puis conduites en juin 2021 justifiant de reporter certains ateliers et la présentation des résultats afin de servir les nouveaux exécutifs dans l’élaboration de leur SRDEII ;

Le lancement des plans de relance et de plus long terme, France et UE, impactant les priorités et les stratégies pour l’internationalisation et l’attractivité régionales.

Références

[10] AdCF (2020), Activités industrielles stratégiques : un impératif de relocalisation, https://www.adcf.org/articles-activites-industrielles-strategiques-un-imperatif-de-relocalisation-5200.

[4] Banque Mondiale (2021), Commodity Market’s Outlook: Urbanization and Commodity Demand, a World Bank Report, https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/36350/CMO-October-2021.pdf.

[25] Barca, F., P. McCann and A. Rodríguez-Pose (2012), “The case for regional development intervention: place-based versus place-neutral approaches”, Journal of Regional Science, Vol. 52/1, pp. 134-152, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1111/j.1467-9787.2011.00756.x.

[27] CGET (2018), Rapportsur la cohésion des territoires, https://franceurbaine.org/sites/franceurbaine.org/files/documents/franceurbaine_org/rapport-cohesion-france_juillet-2018.pdf.

[14] Choose Paris Region (2021), Rapport d’activité, https://www.chooseparisregion.org/sites/default/files/pdf/About%20us/Publications/20210504%20RA%202020%20.pdf.

[17] Direction générale des douanes et droits indirects (2021), Résultats du commerce extérieur de la France - Août 2021, https://www.douane.gouv.fr/actualites/resultats-du-commerce-exterieur-de-la-france-aout-2021.

[15] Erasmus+, Régions de France, Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (2020), Atlas territorial de la mobilité européenne et internationale, https://agence.erasmusplus.fr/wp-content/uploads/2020/11/RAPPORT-REGIONS_210X297MM-4.pdf.

[5] Europe en France (n.d.), Economic, Social and Territorial Cohesion Policy, https://www.europe-en-france.gouv.fr/en/european-funds/economic-social-and-territorial-cohesion-policy.

[19] France Stratégie (2021), L’emploi en 2020 : géographie d’une crise, https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-2021-na-100-emploi-2020-geographie-crise-avril_0.pdf.

[23] Gollain, L. (ed.) (2015), Repenser l’attractivité des territoires : globalisation, durabilité et aménités, CNER, Institut CDC.

[3] Gouvernement français (2021), France 2030 : un plan d’investissement pour la France de demain, https://www.gouvernement.fr/france-2030-un-plan-d-investissement-pour-la-france-de-demain.

[2] Gouvernement français (2021), Plan national de relance et de résilience, https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/plan-de-relance/PNRR%20Francais.pdf.

[7] Haut-Commissariat au Plan (2021), Reconquête de l’appareil productif : la bataille du commerce extérieur, Ouverture, n10.

[1] Inspection générale des finances, France Stratégie (2021), Comité d’évaluation, Premier rapport, https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-2021-rapport-evaluation-plan_france_relance-octobre.pdf.

[12] Kakkad, J. et al. (2021), Anywhere jobs and the future of work, https://voxeu.org/article/anywhere-jobs-and-future-work.

[26] Ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales (2019), Répartition des compétences, https://www.cohesion-territoires.gouv.fr/sites/default/files/2020-09/tableau_de_competences-novembre%202019.pdf.

[28] NEXA (2020), Réunion Conjonctures - 4ème trimestre 2019, http://www.nexa.re/uploads/media/Nexa_Conjonctures_2019T4_01.pdf.

[22] OECD (2021), “G20 Rome guidelines for the future of tourism: OECD Report to G20 Tourism Working Group”, OECD Tourism Papers, No. 2021/03, OECD Publishing, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/d11080db-en.

[13] OECD (2021), International community strikes a ground-breaking tax deal for the digital age, https://www.oecd.org/tax/international-community-strikes-a-ground-breaking-tax-deal-for-the-digital-age.htm.

[16] OECD (2021), International trade statistics: trends in second quarter 2021, https://www.oecd.org/newsroom/international-trade-statistics-trends-in-second-quarter-2021.htm.

[24] OECD (2021), Les Régions dans la Mondialisation: Une approche originale de l’internationalisation des régions et son application au cas français, https://www.oecd-ilibrary.org/docserver/5c76db6f-fr.pdf?expires=1627893107&id=id&accname=ocid84004878&checksum=B82F227EAFC24B013613C7DA8213BEE1.

[8] OECD (2021), OECD Regional Outlook 2021: Addressing COVID-19 and Moving to Net Zero Greenhouse Gas Emissions, OECD Publishing, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/17017efe-en.

[18] OECD (2021), The territorial impact of COVID-19: Managing the crisis across levels of government, https://read.oecd-ilibrary.org/view/?ref=1095_1095253-immbk05xb7&title=The-territorial-impact-of-COVID-19-Managing-the-crisis-and-recovery-across-levels-of-government.

[20] OECD (2020), COVID-19: Protecting people and societies, https://www.oecd.org/inclusive-growth/resources/COVID-19-Protecting-people-and-societies.pdf.

[11] OECD (2020), “Exploring policy options on teleworking: Steering local economic and employment development in the time of remote work”, OECD Local Economic and Employment Development (LEED) Papers, No. 2020/10, OECD Publishing, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/5738b561-en.

[21] OECD (2020), Rebuilding tourism for the future: COVID-19 policy responses and recovery, https://read.oecd-ilibrary.org/view/?ref=137_137392-qsvjt75vnh&title=Rebuilding-tourism-for-the-future-COVID-19-policy-response-and-recovery.

[9] The White House (2021), Building Resilient Supply Chains, Revitalizing American Manufacturing, and Fostering Broad-Based Growth, https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2021/06/100-day-supply-chain-review-report.pdf.

[6] World Bank (2021), Commodity Market Outlook: Urbanization and commodity demand, https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/36350/CMO-October-2021.pdf.

Notes

← 1. La France a subi une chute d’activité économique importante en 2020, enregistrant une baisse de PIB de -18,4% au T3 2020 par rapport à son niveau au T4 2019, une chute comparable à l’Italie et plus importante qu’en Allemagne ou aux États-Unis sur la même période. Le PIB de la France a cependant rebondi fin 2020 et début 2021, se situant à -3,2% au T2 2021 de son niveau au T4 2019, rattrapant la trajectoire du PIB en Allemagne.

← 2. L’OCDE considère qu’une région à l’échelle territoriale TL2 (Eurostat NUTS2) correspond au premier échelon infranational administratif d’un État. Voir : https://www.oecd.org/regional/regional-statistics/territorial-grid.pdfhttps://www.oecd.org/regional/regional-statistics/territorial-grid.pdf.

← 3. Les indicateurs utilisés pour la réalisation des profils d’internationalisation sont les mêmes que ceux mobilisés dans le précédent travail de l’OCDE 2021.

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