14. Capital naturel

L’érosion de la biodiversité et les pressions exercées sur les services écosystémiques font partie des défis environnementaux les plus urgents auxquels le monde est aujourd’hui confronté, et l’évolution de l’occupation et de la couverture des sols figure parmi les premiers facteurs responsables. Depuis 1992, 2.7 % des espaces de végétation naturelle ou semi-naturelle (c’est-à-dire les surfaces boisées, les prairies, les zones humides, les maquis et la végétation clairsemée) dans le monde, soit deux fois la superficie de l’Espagne, ont été remplacés par d'autres types de couverture. Plus de la moitié de ces espaces perdus se trouvent dans des pays de l’OCDE ou du G20, principalement le Brésil, la République populaire de Chine, la Fédération de Russie, les États-Unis et l’Indonésie (OCDE, 2019[1]).

Dans l’ensemble de l’OCDE, 75 % des sols étaient recouverts de végétation naturelle ou semi-naturelle en 2015. Ce pourcentage varie de moins de 30 % en Israël, au Danemark et en Hongrie, à plus de 85 % en Colombie, en Irlande, en Australie et en Nouvelle-Zélande (Graphique 14.2). Entre 2004 et 2015, la superficie totale des espaces de végétation naturelle et semi-naturelle est restée stable dans les pays de l’OCDE. Toutefois, outre les variations du stock net d’espaces naturels, il importe également d’examiner séparément les pertes et les gains, car les pertes peuvent se traduire par la disparition d’habitats riches en biodiversité (par exemple de forêts vierges ou primaires) qui peut ne pas être compensée par une augmentation d’espaces semi-naturels pauvres en biodiversité. La Corée, Israël, le Portugal et la Slovénie ont perdu plus de 2 % de leurs espaces naturels depuis 2004 (Graphique 14.3). À l’exception de la Slovénie, il s’agit de pays où les stocks étaient déjà inférieurs à la moyenne de l’OCDE.

Les indicateurs généraux de couverture des sols ne donnent pas d’informations sur la valeur des espaces perdus ou gagnés du point de vue de la biodiversité. Les paysages forestiers intacts sont un exemple d’écosystèmes de très grande valeur : ce sont des étendues non fragmentées d’écosystèmes naturels sans signes d'activité humaine télédétectés, et suffisamment vastes pour que toute la biodiversité indigène puisse y être maintenue (voir l’Encadré 14.1). Seuls 11 pays de l’OCDE possèdent encore des paysages forestiers intacts – et 3 pays seulement parmi ceux représentés sur le Graphique 14.4 (la Fédération de Russie, le Brésil et le Canada) possédaient près des deux tiers de la superficie mondiale de paysages forestiers intacts en 2000 (Potapov et al., 2017[2]).

Entre 2000 et 2016, la superficie totale de forêts intactes dans l’OCDE a reculé (c’est-à-dire a été dégradée) de 6 %. Cela représente une dégradation de 263 600 kilomètres carrés de forêts, une superficie supérieure à celle du Royaume-Uni (Graphique 14.4). Parmi les pays de l’OCDE, les dégradations la plus importantes (en pourcentage) durant cette période ont été observées en Australie (-34.4 %), aux États-Unis (-9.1 %), au Canada (-5.8 %) et au Mexique (-4.6 %). Par comparaison, les pertes ont été inférieures ou égales à 1 % en Norvège et en Finlande, et nulles au Japon. Depuis 2010, la superficie forestière intacte a aussi reculé de 10 % en Fédération de Russie, de 8 % au Brésil et de 3.1 % au Costa Rica.

L’un des moyens employés par les pouvoirs publics pour préserver la biodiversité consiste à créer des aires protégées. En milieu continental, celles-ci vont des réserves naturelles intégrales et des zones de nature sauvage aux parcs nationaux, aux paysages terrestres ou marins protégés et aux aires de gestion des habitats ou des espèces ; en mer, la gamme d’aires protégées va des réserves marines intégrales et des zones de non-prélèvement (« sanctuaires marins ») aux réseaux d'aires marines protégées, moins restrictifs. Aujourd’hui, les aires protégées couvrent en moyenne 16 % des espaces terrestres (Graphique 14.5) et 25 % des espaces marins dans l’OCDE (Graphique 14.6), des chiffres en hausse par rapport aux 13.5 % de 2010 pour ces deux indicateurs. Entre 2010 et 2019, le pourcentage d’aires marines protégées a doublé dans 10 pays de l’OCDE (Canada, Portugal, Espagne, Suède, Mexique, Lituanie, Royaume-Uni, Chili, Australie et France) et dans 2 pays partenaires (Afrique du Sud et Brésil). Sur la même période, le pourcentage d’aires terrestres protégées a progressé d’au moins 1 point de pourcentage dans neuf pays de l’OCDE (Canada, Colombie, Nouvelle-Zélande, Belgique, Allemagne, République slovaque, Norvège, Australie et Luxembourg).

Les espèces menacées apportent d'autres renseignements sur les risques relatifs à la biodiversité. L’indice de la Liste rouge (qui évalue le risque combiné d’extinction des oiseaux, mammifères, amphibiens, cycadales et coraux) pour les pays de l’OCDE a faiblement baissé en moyenne depuis 2010 (Graphique 14.7). Les régressions les plus importantes ont généralement été observées dans ceux qui affichaient déjà des taux de risque élevés – Nouvelle-Zélande, Mexique, Corée, Colombie, Chili, Royaume-Uni, Japon, Australie et France.

Le changement climatique constitue une immense menace pour le bien-être futur. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) ont augmenté de 50 % depuis 1990 (OCDE, 2019[1]). Une accélération récente de la consommation d’énergie mondiale a entraîné une hausse record de 1.7 % des émissions de CO2 dues à la consommation d’énergie en 2018 (AIE, 2019[3]). Les concentrations totales de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont augmenté de près de 30 % depuis 1980, passant de 427 parties par million (ppm) d’équivalent CO2 en 2010 à 449 ppm en 2016 (Agence européenne pour l’environnement, 2019[4]). Pour avoir 50 % de chances de limiter la hausse de la température moyenne mondiale à 1.5°C par rapport aux niveaux pré-industriels, on estime que les valeurs crêtes des concentrations ne devraient pas dépasser 478 ppm, un niveau qui (d’après les tendances actuelles) pourrait être atteint dans les 5 à 16 prochaines années (Agence européenne pour l’environnement, 2019[4]). L’acidification des océans représente un autre risque associé aux émissions de carbone : l’océan absorbe environ 30 % du CO2 libéré dans l’atmosphère, et l’on estime que l’acidité des océans a augmenté de 30 % au cours des 200 dernières années (Administration océanique et atmosphérique nationale, 2019[5]).

Dans l’OCDE, le volume total des émissions de GES dues à la production intérieure a régressé de 4.3 % entre 2010 et 2017 – bien que celles-ci se soient stabilisées ces dernières années, et qu’elles risquent de repartir à la hausse compte tenu des augmentations récentes de la consommation d’énergie et des émissions de CO2 associées (OCDE, 2019[1]). La moyenne des émissions de GES par habitant de l’OCDE a diminué d’environ une tonne depuis 2010 où elle s’établissait à 12.9 tonnes, pour s’élever à 11.9 tonnes en 2017. Toutefois, le rythme de réduction des émissions varie sensiblement d’un pays de l’OCDE à l’autre (Graphique 14.8). Certains pays présentant des valeurs d’émissions de GES par habitant relativement élevées les ont fortement réduites depuis 2010 (par exemple, de 28 % au Luxembourg, de 11 % aux États-Unis, de 7 % en Australie), mais d’autres affichant des niveaux plus modérés ont aussi enregistré des baisses importantes (par exemple, de plus de 25 % en Finlande, au Royaume-Uni, au Danemark et en Suède). Les émissions de GES par habitant ont progressé dans deux pays dont les niveaux étaient déjà élevés (de 2.6 % en Corée et de 3.3 % en Fédération de Russie), ainsi qu’au Portugal (5.7 %), en Lituanie (8.1 %), au Chili (14 %) et en Turquie (18 %) – où les émissions par habitant restent encore parmi les plus faibles de l’OCDE.

L’empreinte carbone d’un pays intègre le CO2 contenu dans ses échanges commerciaux internationaux, et rend compte des émissions associées à la demande finale de biens et de services dans l’économie nationale (lesquelles, du fait des importations et des exportations, peuvent différer des émissions dues à la production, évoquées plus haut). L’empreinte carbone par habitant dans les pays de l’OCDE a diminué, passant de 11.8 tonnes en 2010 à 10.8 tonnes en 2015 (Graphique 14.9). Là encore, certaines des baisses les plus marquées se sont produites dans des pays dont l’empreinte carbone de départ était la plus élevée, mais certains pays ayant une empreinte carbone plus modérée ont aussi réussi à la réduire fortement.

Pour pouvoir réduire les émissions de carbone dues à la combustion des énergies fossiles, il est impératif de modifier les modes de production de l’énergie. Dans les pays de l’OCDE, seulement 10.5 % des approvisionnements totaux en énergie primaire viennent de sources renouvelables (Graphique 14.10). Dans certains des pays les plus petits de l’OCDE, tels que l’Islande, la Norvège, la Lettonie et la Nouvelle-Zélande, les énergies renouvelables pèsent pour environ 40 % ou davantage. Entre 2010 et 2018, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique de l’OCDE a augmenté de 2.6 points de pourcentage. Des gains de plus de 7 points de pourcentage ont été observés au Danemark, en Finlande, en Lettonie, au Royaume-Uni et en Norvège – où la part des énergies renouvelables était déjà, pour plusieurs d’entre eux, comparativement élevée en 2010. En revanche, dans les 15 pays de l’OCDE où les énergies renouvelables représentent moins de 10 % des approvisionnements en énergie, on a constaté soit une amélioration, soit une absence de changement et, dans un cas, une diminution de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique.

Un excédent d’apports azotés d’origine agricole aggrave la pollution de l’eau, des sols et de l’air. Malgré une réduction globale entre 1990 et 2009 (OCDE, 2014[6]), le bilan azoté annuel des sols agricoles a augmenté depuis 2010 dans plusieurs pays de l’OCDE (Graphique 14.11). Près des deux tiers des pays de l’OCDE présentaient un excédent national annuel de plus de 40 kg d'azote par hectare en 2015. Les valeurs sont particulièrement élevées dans plusieurs pays du nord de l’Europe, ainsi qu’en Corée et au Japon.

La consommation d’eau entraîne un stress hydrique dans plusieurs pays de l’OCDE. La consommation d’eau annuelle représente plus de 20 % des ressources hydriques internes dans près d’un tiers des pays de l’OCDE ; dans plusieurs cas, la consommation d’eau en pourcentage du total des ressources renouvelables (y compris les apports d’eau en provenance des pays voisins) s’en rapproche (Graphique 14.12).

L’empreinte matières correspond à l’ensemble des matières premières mobilisées pour satisfaire la demande intérieure. Par habitant, cette empreinte a augmenté dans deux tiers des pays de l’OCDE entre 2010 et 2017 (Graphique 14.13). Les hausses les plus fortes (de 3 tonnes ou plus) ont été enregistrées en Lituanie, en Lettonie, en Estonie, en République slovaque et en Australie – pays dont l’empreinte est supérieure à la moyenne de l’OCDE. À l’inverse, plusieurs pays de l’OCDE ayant une empreinte inférieure à la moyenne sont allés à contre-courant de la tendance générale, notamment l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Irlande, dont l’empreinte matières a diminué de plus de 3 tonnes par habitant depuis 2010.

Les déchets ajoutent aussi aux pressions sur l’environnement naturel. Les taux de recyclage et de compostage des déchets municipaux se sont améliorés dans la majorité des pays de l’OCDE entre 2010 et 2017 (Graphique 14.14). Dans environ un tiers des pays membres, ce taux a progressé d’au moins 5 points de pourcentage. Mais les taux de recyclage ont baissé de plus de 2 points de pourcentage en Belgique et en Autriche – bien que les deux pays soient toujours classés parmi les 5 meilleurs.

Références

[5] Administration océanique et atmosphérique nationale (2019), Ocean acidification, http://noaa.gov/education/resource-collections/ocean-coasts-education-resources/ocean-acidification.

[4] Agence européenne pour l’environnement (2019), Atmospheric greenhouse gas concentrations - indicator assessment, http://eea.europa.eu/data-and-maps/indicators/atmospheric-greenhouse-gas-concentrations-6/assessment (consulté le 8 août 2019).

[3] AIE (2019), Global Energy and CO2 Status Report: The latest trends in energy and emissions in 2018, AIE, Paris, http://iea.org/geco/.

[7] Exton, C. et L. Fleischer (2020), « The Future of the OECD Well-being Dashboard », OECD Statistics Working Papers, Éditions OCDE, Paris.

[9] Haščič, I. et A. Mackie (2018), « Land Cover Change and Conversions: Methodology and Results for OECD and G20 Countries », OECD Green Growth Papers, n° 2018/04, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/72a9e331-en.

[10] Mackie, A. et al. (2017), « Indicators on Terrestrial and Marine Protected Areas : Methodology and Results for OECD and G20 countries », Documents de travail de l’OCDE sur l’environnement, n° 126, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/e0796071-en.

[1] OCDE (2019), Environment at a Glance Indicators, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/ac4b8b89-en.

[8] OCDE (2017), Green Growth Indicators 2017, Études de l’OCDE sur la croissance verte, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/9789264268586-en.

[6] OCDE (2014), Compendium des indicateurs agro-environnementaux de l’OCDE, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/9789264181243-fr.

[2] Potapov, P. et al. (2017), « The last frontiers of wilderness: Tracking loss of intact forest landscapes from 2000 to 2013 », Science Advances, vol. 3/1, https://advances.sciencemag.org/content/3/1/e1600821.

[11] Wiebe, K. et N. Yamano (2016), « Estimating CO2 Emissions Embodied in Final Demand and Trade Using the OECD ICIO 2015 : Methodology and Results », OECD Science, Technology and Industry Working Papers, n° 2016/5, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/5jlrcm216xkl-en.

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