Mesurer la distance à parcourir pour atteindre les cibles des ODD – France

La France a déjà atteint 20 des 134 cibles des ODD pour lesquelles des données comparables sont disponibles et, sur la base des tendances récentes, elle devrait atteindre 8 cibles supplémentaires d'ici à 2030 (Graphique 1). Comme la quasi-totalité des pays de l'OCDE, la France a déjà atteint (ou est sur le point d'atteindre) la plupart des cibles liées à la satisfaction des besoins fondamentaux et à la mise en œuvre des outils et cadres politiques mentionnés dans le Programme 2030 (voir les détails dans le Tableau 1). Par ailleurs, la France émet un relativement faible niveau de gaz à effet de serre et, grâce à une large redistribution, elle affiche un faible niveau d’inégalité des revenus. Des défis subsitent. Notamment afin de renforcer les compétences de chacun et favoriser la croissance de l'emploi.

Cette fiche pays présente un tour d'horizon de certains des points forts et des défis de la France au regard des cibles des ODD. En tant que tel, il diffère des examens nationaux volontaires ou d'autres processus de communication d'informations. Afin d’assurer la comparabilité au niveau international, cette évaluation s’appuie sur le cadre mondial d’indicateurs et sur des données provenant de la base de données mondiale sur les ODD et des bases de données de l'OCDE. Les examens nationaux volontaires utilisent généralement des indicateurs nationaux qui reflètent la situation du pays et sont plus à jour (voir la section Comment lire ce profil pays ? qui fournit quelques informations méthodologiques sur les profils par pays).

Le niveau élevé de redistribution atteint grâce aux impôts et transferts sociaux contribue à une faible inégalité des revenus. La France dispose d'un système complet de protection sociale (cible 1.3) et l'un des niveaux de redistribution par les impôts et les transferts les plus élevés (cible 10.4). Par conséquent, malgré un faible taux d’emploi et d’autres problèmes liés au marché du travail (cible 8.5), le taux de pauvreté monétaire est bien inférieur à la moyenne de l'OCDE (cibles 1.2 et 10.2) et le revenu des 40 % de la population les plus pauvres augmente depuis peu à un rythme plus rapide que le revenu moyen (cible 10.1). En ce qui concerne les inégalités entre les sexes, même s’il y a encore une marge de progression, la France dépasse souvent la moyenne de l'OCDE. La France est légèrement au-dessus de la moyenne en ce qui concerne son cadre juridique visant à favoriser l'égalité entre les sexes (cibles 5.1 et 5.3) et, même si la parité n'est pas encore atteinte, les femmes sont bien représentées au parlement (cible 5.5). Cependant, la parité est loin d’être atteinte dans les sphères privée et économique. Les femmes consacrent toujours plus de temps aux tâches familiales et domestiques non rémunérées que les hommes – bien que cet écart soit inférieur de 40 minutes à la moyenne de l'OCDE (objectif 5.4) – et seulement un tiers des postes de direction sont occupés par des femmes (objectif 5.5). En ce qui concerne l’impact de la France au-delà de ses frontières, les transferts financiers de la France vers les autres pays sont limités mais supérieurs à la moyenne de l'OCDE. En termes de flux financiers à l'appui du développement, si la France est le cinquième fournisseur d'aide publique au développement (APD), l'APD reste inférieure à l'objectif de 0.7 % du RNB (cible 17.2). De plus, comme dans la plupart des pays de l'OCDE, les coûts élevés des envois de fonds effectués par les immigrés limitent leur plein potentiel sur les perspectives de développement des pays bénéficiaires (cible 10.c).

La performance environnementale de la France est relativement bonne en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre (GES) et l’éducation au développement durable. Grâce à sa capacité de production d'électricité essentiellement nucléaire, l'intensité des émissions de GES de la France figure parmi les plus faibles de l'OCDE (cibles 9.4 et 13.2). Toutefois, il est possible d'améliorer l'intensité énergétique (cible 7.3), et la part des énergies renouvelables dans la production totale d'électricité ne représente que la moitié de la moyenne de l'OCDE (cible 7.2). La France fait également partie des pays de l'OCDE les plus performants en termes de consommation intérieure de matières (cibles 8.4 et 12.2) grâce à une forte valorisation des déchets municipaux. Toutefois, le gaspillage alimentaire reste élevé (cible 12.3). En ce qui concerne la biodiversité, les zones protégées couvrent un tiers de la surface terrestre et la moitié des zones maritimes, bien au-delà des objectifs d'Aichi 2020 pour la biodiversité. En outre, environ 80 % des zones d'eau douce, terrestres et marines qui sont essentielles pour la biodiversité sont déjà protégées (cibles 14.5, 15.1, 15.4). La France a également mis en œuvre certains des instruments politiques mentionnés dans la catégorie Planète, et elle a intégré l'éducation à la citoyenneté mondiale et l'éducation au développement durable dans les programmes scolaires, les politiques d'éducation nationale, la formation des enseignants et l'évaluation des élèves (cibles 4.7, 12.8 et 13.3).

Des progrès supplémentaires doivent être accomplis pour améliorer les compétences et remédier aux disparités en matière de résultats scolaires. En moyenne, les compétences des élèves français en lecture et en mathématiques à la fin de l'enseignement primaire et secondaire sont loin d'atteindre les niveaux minimaux visés (cible 4.1). Les résultats scolaires dépendent également beaucoup du contexte socioéconomique des élèves, de leur statut au regard de l’immigration, de leur sexe et de leur lieu de résidence (cible 4.5). Par ailleurs, en 2018, la France était le pays qui comptait la plus faible proportion d’enseignants ayant participé à des activités de formation continue au cours des 12 derniers mois (cible 4.c). De plus, un quart environ des adultes ne maîtrisent pas le niveau d'aptitudes minimum en lecture et en calcul (cible 4.6) ; et par rapport à la moyenne de l'OCDE, de nombreux adultes et jeunes ont des compétences insuffisantes s'agissant des technologies de l'information et de la communication (cible 4.4).

La croissance économique atone et les perspectives moroses en matière d'emploi pèsent sur le bien-être. En moyenne, au cours des 15 dernières années, la croissance du PIB et de la productivité du travail a été parmi les plus faibles de la zone OCDE (cibles 8.1 et 8.2), et le marché du travail fait toujours face à de nombreux défis. S’il diminue, le taux de chômage demeure relativement haut (cible 8.5), et la proportion de jeunes sans emploi et sortis du système éducatif dépasse les 15 %. Alors que les services jouent un rôle clé dans l'économie, la part de la valeur ajoutée dans l'industrie manufacturière dans le PIB est faible et en baisse ; à 9 %, elle était en 2020 inférieure de 5 points de pourcentage à la moyenne de l'OCDE (cible 9.2).

Si la France possède de nombreux atouts en ce qui concerne la préservation de l'environnement, les pressions sur la santé humaine et la biodiversité restent importantes. La pollution marine est significative : selon les mesures disponibles, la France se situe au-dessus de la moyenne de l’OCDE en ce qui concerne les déchets en mer et la pollution par les nutriments (cible 14.1). Si elle diminue, la pollution de l’air reste supérieure aux recommandations de l’OMS (cibles 12.5 et 11.6). De par sa position en Europe et dans les territoires d'outre-mer, la France est l'un des premiers pays au monde en termes de biodiversité. Pourtant, près de huit espèces locales sur dix dont le risque d'extinction est connu sont classées comme étant en danger (cible 2.5) et, selon l'indice de la Liste rouge des espèces menacées, la France a connu au cours des deux dernières décennies la deuxième plus forte perte de biodiversité observée parmi les pays de l'OCDE (cible 15.5).

Comme dans de nombreux autres pays de l'OCDE, la disponibilité des données reste un obstacle lorsqu'il s'agit de mesurer les distances par rapport aux cibles (voir le chapitre de synthèse pour plus de détails). Pour la France, les données disponibles au niveau des différents indicateurs permettent de couvrir 134 des 169 cibles. Comme indiqué dans le Graphique 2, la couverture des indicateurs est inégale selon les 17 objectifs. La plupart des cibles de dix objectifs (dans les catégories Peuples, Planète et Prospérité) sont couvertes (avec une couverture des indicateurs supérieure à 80 %), mais la couverture est plus faible pour l'objectif 14 sur la vie aquatique, avec seulement 60 % des cibles couvertes. Les lacunes dans les données sont plus flagrantes concernant les indicateurs de performance (c’est-à-dire en excluant ceux fournissant des informations contextuelles). Dans ce cas, la couverture ne dépasse 80 % que pour l'objectif 3 sur la santé, l'objectif 4 sur l'éducation et l'objectif 10 sur la réduction des inégalités. En outre, pour huit objectifs, principalement dans la catégorie Planète (objectifs 12, 13, 14 et 15) mais aussi pour les objectifs 5 sur l'égalité des sexes, 11 sur les villes, 16 sur la paix et 17 sur les partenariats, les données sont insuffisantes pour suivre les avancées accomplies pour plus de deux cibles sur trois.

Si certaines cibles des ODD sont, en moyenne, sur le point d'être atteintes, les performances sont très inégales entre les 17 Objectifs du Programme 2030 pour le développement durable. Le Tableau 1 présente une vue d'ensemble des progrès de la France vers les cibles, sur la base des données disponibles pour chacun des 17 Objectifs. Il montre que les distances par rapport aux cibles et les tendances dans le temps diffèrent considérablement, même si l'on considère un objectif spécifique.

Le rapport de l’OCDE Mesurer la distance à parcourir pour atteindre les cibles des ODD évalue la distance que les pays de l'OCDE doivent parcourir pour atteindre les cibles des ODD pour lesquelles des données sont actuellement disponibles. Il cherche également à déterminer si les pays se rapprochent ou s'éloignent des cibles, et s'ils sont susceptibles de respecter leurs engagements d'ici à 2030, sur la base d'une analyse des tendances récentes et de la volatilité observée des différents indicateurs.

Comme la plupart des auteurs et des organisations internationales, ce rapport adopte un modèle de croissance géométrique plutôt simple pour évaluer la direction et le rythme des changements récents dans le contexte des ODD. Cependant, plutôt que de faire des estimations directes de la valeur de l'indicateur d'ici à 2030, il modélise la probabilité d'atteindre un niveau donné en utilisant une simulation de Monte-Carlo.

Si le rapport propose une vue d'ensemble de la situation actuelle des pays de l'OCDE dans leur ensemble, les profils par pays fournissent quant à eux plus de détails sur les performances et la disponibilité des données pour chaque pays.

Pour progresser vers la réalisation des ODD, il est indispensable d'appréhender parfaitement les points forts et les points faibles des pays au regard des 169 cibles du Programme 2030. Le Graphique 1 montre la progression actuelle (cercle intérieur ; plus la barre est longue, plus la distance qui reste à parcourir est courte) et indique en outre si les pays de l’OCDE sont en bonne voie (ou progressent tout du moins) pour accomplir leurs engagements d’ici 2030 (cercle extérieur).

La longueur de chaque barre indique le niveau actuel de progression vers chaque cible. Comme indiqué dans l’annexe méthodologique, la distance des pays par rapport à la cible est mesurée comme « l’écart normalisé » entre la situation actuelle d’un pays et la cible à atteindre. Pour chaque indicateur, l’unité de mesure normalisée correspond à l’écart-type observé entre les pays de l’OCDE au cours de l’année de référence (c’est-à-dire l’année la plus proche de 2015). Par conséquent, plus la barre est longue, plus la distance restant à parcourir pour atteindre la cible d'ici 2030 est courte. Les couleurs des barres se rapportant aux différentes cibles font référence aux objectifs auxquels elles se rapportent.

Le cercle extérieur montre les performances des pays de l'OCDE dans le temps et la probabilité qu'ils atteignent les différentes cibles d'ici à 2030, en se fondant sur les tendances observées pour les différents indicateurs. Il utilise les couleurs des feux de signalisation pour classer la progression vers la cible :

  • sont désignés en vert les pays qui (en fonction de l’évolution récente des différents indicateurs) devraient atteindre la cible en 2030 s’ils maintiennent leur rythme de progression actuel (ce qui signifie que plus de 75 % des projections (aléatoires) pointent vers une cible atteinte) ;

  • sont désignés en jaune les pays dont le rythme de progression actuel est insuffisant pour atteindre la cible d’ici à 2030 (ce qui signifie que moins de 75 % des projections aléatoires atteignent la cible, tandis que le coefficient de corrélation entre l’indicateur et l’année est élevé et statistiquement significatif, ce qui donne à penser qu’une tendance pourrait être dégagée) ; et

  • sont désignés en rouge les pays qui ont stagné dernièrement ou qui se sont éloignés de la cible (ce qui signifie que moins de 75 % des projections aléatoires atteignent la cible, et que le coefficient de corrélation entre l’indicateur et l’année est faible ou non statistiquement significatif, donnant à penser qu’aucune tendance statistique ne peut être dégagée).

Afin d'aider ses pays membres à s'orienter dans le Programme 2030 et à fixer leurs propres priorités d'action, ce rapport s'appuie sur une méthodologie unique pour mesurer la distance que les pays de l'OCDE doivent parcourir pour atteindre les cibles des ODD. L'identification des principaux points forts et défis proposés ici repose uniquement sur les performances actuelles :

  • Une cible est considérée comme un point fort lorsque la distance par rapport à la valeur finale de la cible est inférieure à 0.5 unité normalisée (c’est-à-dire que la distance est considérée comme faible), ou lorsque le pays est plus proche de la cible que la moyenne de l’OCDE. Par exemple, alors que la distance de la Corée par rapport à la cible 2.2 sur la malnutrition est de 1.4 unité normalisée (c'est-à-dire classée dans la catégorie des distances moyennes), la distance moyenne de l'OCDE est de 2.5 unités normalisées. Par conséquent, la cible 2.2 est considérée comme un point fort pour la Corée.

  • Une cible est considérée comme un défi lorsque la distance à la cible est supérieure à 1.5 unité normalisée (c’est-à-dire que la distance est considérée comme grande), ou lorsque le pays est plus loin de la cible que la moyenne de l’OCDE. Par exemple, la distance de l’Estonie par rapport à la cible 4.2 sur l’éducation préscolaire est de 1.1 unité normalisée (soit une distance moyenne), ce qui est supérieur à la distance moyenne de l’OCDE, à 0.24 unité normalisée. La cible 4.2 est donc considérée comme un défi pour la Corée.

Le manque de séries chronologiques cohérentes empêche souvent une évaluation exhaustive des tendances, mais celles-ci sont néanmoins étudiées lorsqu'elles sont disponibles et pertinentes, pour nuancer l'évaluation des performances actuelles.

Au total, ce rapport s'appuie sur 537 séries de données pour 183 des 247 indicateurs énumérés dans le cadre mondial d'indicateurs (ou pour de proches substituts de ces indicateurs). Ces indicateurs couvrent 134 des 169 cibles des ODD. Cependant, la couverture des cibles est inégale selon les 17 objectifs et les pays membres de l’OCDE.

Le Graphique 2 résume la disponibilité des données :

  • Les barres bleu foncé indiquent la part des cibles pour lesquelles au moins un indicateur (y compris les indicateurs fournissant des informations contextuelles) est disponible.

  • Les barres bleu clair indiquent la part des cibles pour lesquelles il existe, dans le ou les indicateur(s) disponible(s), des indicateurs ayant une orientation normative claire (c'est-à-dire permettant de distinguer les bonnes et les mauvaises performances), qui sont les seuls utilisés pour mesurer les distances par rapport aux cibles.

  • Les barres bleu moyen indiquent la part des cibles pour lesquelles les progrès dans le temps peuvent être évalués (c'est-à-dire qu'au moins trois observations sont disponibles sur une période de cinq ans).

Tous les concepts et méthodes sont présentés plus en détail dans l’annexe méthodologique.

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