5. Vers un programme d’action commun pour l’égalité entre les sexes et la protection de l’environnement

Pour exploiter les liens existant entre la problématique femmes-hommes et les enjeux environnementaux, il est nécessaire de concevoir et mettre en œuvre des initiatives autour de trois vecteurs : i) l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes, ii) les politiques intérieures touchant à l’environnement, et iii) les politiques transnationales. La mise en œuvre pourrait s’appuyer sur un certain nombre de normes de l’OCDE, ainsi que sur des mécanismes d’évaluation. Toutefois, il peut être nécessaire de procéder à certains ajustements et révisions des outils existants pour tirer efficacement parti de l’articulation. Il s’agira notamment de:

  • faire progresser les mesures en faveur de l’égalité femmes-hommes en gardant à l’esprit les objectifs environnementaux, étant donné que l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes peuvent contribuer à atténuer l’impact négatif de la dégradation de l’environnement ; permettre aux femmes d’avoir des responsabilités dans les secteurs en lien avec l’environnement, notamment en garantissant l’égalité d’accès à une éducation de qualité, à des soins de santé et à d’autres services sociaux ainsi qu´en éliminant la discrimination à l'égard des femmes et les obstacles juridiques à l'égalité des sexes ; en garantissant l’égalité femmes-hommes dans les politiques d’emploi et les pratiques professionnelles ; et en assurant la parité dans les organes décisionnels dans les secteurs public et privé ;

  • intégrer une dimension sexospécifique dans les stratégies et politiques environnementales, en recueillant des données ventilées par sexe et en tenant compte de la problématique femmes-hommes pour concevoir les stratégies environnementales nationales et les plans d’action en matière de changement climatique, de biodiversité, d’océans et d’économie circulaire ; définir des normes environnementales prenant en considération les impacts sexospécifiques des menaces et risques environnementaux ; adapter les taxes environnementales, les subventions et les outils budgétaires de manière à prendre en compte la ségrégation sexuée, les stéréotypes et les différences culturelles ; introduire une dimension sexuée dans les politiques énergétique, agricole et des transports ; encourager l’autonomisation des femmes et les initiatives vertes portées par des femmes en leur donnant accès à des financements et à des technologies ;

  • intégrer les spécificités femmes-hommes dans les aspects environnementaux des politiques transnationales, par exemple dans le domaine du commerce, de l’investissement direct étranger, de la responsabilité des entreprises et de la coopération pour le développement.

Ces changements profonds doivent aussi s’opérer au niveau international. Un certain nombre d’initiatives et de partenariats sont en train d’être mis en place, entre autres autour de la question des liens entre problématique femmes-hommes et enjeux environnementaux. Toutefois, une approche globale est indispensable pour assurer la collecte et l’analyse d’informations déterminantes.

Comme le montre le présent rapport, la relation entre l’égalité des sexes et la durabilité environnementale demeure un domaine de recherche émergent qui ne fait pas l’objet d’une collecte systématique de données ou d’un suivi des initiatives. En dépit des engagements et de l’impulsion au niveau international, cette relation est souvent négligée par les décideurs, les entreprises et parfois par les femmes elles-mêmes. Pourtant, les données existantes montrent que, à la fois dans les pays développés et en développement, les femmes sont généralement plus vulnérables aux effets de la dégradation de l’environnement, ont plus conscience des risques environnementaux et sont plus sensibles à une gestion durable des ressources naturelles. Ainsi, intégrer la question de l’égalité entre les sexes et les considérations environnementales dans les décisions politiques peut améliorer le bien-être de tous et accélérer la réalisation de l’ensemble des ODD. Les bénéfices apparaissent également clairement d’un point de vue économique puisque cela permet de dynamiser l’emploi des femmes, de promouvoir la recherche et l’innovation dans le domaine des nouvelles technologies et conduire ainsi à une hausse de la productivité.

Comme le souligne le présent rapport, les problématiques de l’égalité femmes-hommes et de la durabilité environnementale se rejoignent en définitive dans le fait que la discrimination et les préjugés défavorables à l’égard des femmes, les facteurs biologiques et comportementaux, et leur rôle dans la société les exposent de manière disproportionnée à un accès inégal au patrimoine, à la pauvreté énergétique, à la production non viable, à un accès inadapté à l’eau et aux services d’assainissement, au dérèglement climatique, à la pollution de l’air intérieur, à la perte de biodiversité, et à d’autres formes de dégradation environnementale. Les femmes sont aussi systématiquement en première ligne des risques naturels et sont les plus touchées par le crime et le stress chronique en lien avec des infrastructures et un développement urbain inadaptés. Dans le même temps, en tant qu’utilisatrices d’énergie et consommatrices durables, les femmes ont tendance à se montrer plus concernées par les problèmes écologiques, environnementaux et sanitaires.

Ces différences quant aux répercussions et aux besoins entre les hommes et les femmes sont particulièrement évidentes dans les pays à faible revenu, où les législations discriminatoires et les normes sociales entravent sérieusement les perspectives économiques des femmes et les exposent d’autant plus aux dégradations de l’environnement perpétuelles et aux aléas climatiques. Dans les pays développés, divers points de convergence entre la problématique femmes-hommes et l’environnement doivent être combattus, comme les conséquences de la pollution de l’air sur les femmes enceintes, l’exposition aux produits chimiques des produits ménagers et l’accès à une infrastructure adaptée, ou encore le rôle des femmes dans la consommation durable et l’amélioration des perspectives économiques pour les femmes dans l’économie verte. Par ailleurs, de par leur présence plus importante dans les secteurs manufacturiers, les hommes sont plus exposés à l’ensemble des risques sanitaires en milieu professionnel, notamment à l’exposition à des substances toxiques.

La principale conclusion de l’analyse de l’articulation entre l’égalité des sexes et la durabilité environnementale est la nécessité d’adopter une approche intégrée de la problématique femmes-hommes et de la durabilité qui tienne compte des besoins, des préférences et du bien-être propres aux femmes et garantisse aussi leur implication dans la prise de décision. Ces deux facteurs se renforcent mutuellement : plus les femmes sont consultées au sujet de projets qui ont un impact environnemental, plus elles occupent des postes à responsabilité, et plus l’action publique et les projets d’investissements auront tendance à prendre en compte les questions d’égalité entre les sexes et environnementales. Cette analyse implique essentiellement que les femmes doivent être profondément autonomisées afin que l’Agenda 2030 puisse être réalisé.

Le présent rapport a mis en évidence deux grands problèmes qu’il faut résoudre pour mettre en œuvre des mesures qui exploitent l’articulation entre l’égalité femmes-hommes et les questions environnementales. Le premier problème est posé par l’absence d’un recueil systématique de données différentiées selon le sexe sur les mesures environnementales et leurs répercussions. Le second porte sur l’absence d’un cadre d’action général réellement intégré pour la réalisation d’objectifs économiques, sociaux et environnementaux, qui pourrait être utilisé pour analyser l’articulation et orienter les choix de l’action publique.

Lorsque de nouvelles mesures économiques sont élaborées, que des villes, des logements, des infrastructures sont conçus, que des accords commerciaux sont passés ou que les ressources naturelles sont utilisées, les effets différentiels sur les femmes devraient être identifiés et recueillis. Les données rassemblées dans le présent document reposent essentiellement sur des études de cas réalisées dans différents secteurs et pays. Globalement, il n’existe pas de collecte de données systématique qui permettrait aux gouvernements et aux entreprises privées de définir leurs stratégies et leurs projets en s’intéressant plus précisément à l’égalité femmes-hommes. De même, très peu d’informations existent sur les effets transfrontières associés à la problématique femmes-hommes et à l’environnement.

L’Agenda 2030, en soi, est relativement détaillé lorsqu’il aborde les objectifs élémentaires d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes et des filles, essentiels pour renforcer leur contribution positive en faveur de l’accomplissement des objectifs environnementaux. Toutefois, l’Agenda ne parvient pas à adopter un point de vue qui tienne compte de la problématique femmes-hommes dans les neuf objectifs de développement durable « environnementaux ». Six d’entre eux proposent des cibles et des indicateurs peu différenciés selon les sexes (ODD 2, 6, 7, 9, 11, 12 et 13) et deux objectifs (ODD 14 et 15) ne tiennent pas du tout compte de cette problématique (voir Tableau 5.1 et annexe A).

Des efforts sont actuellement déployés en vue d’améliorer la collecte de données environnementales ventilées selon le sexe au niveau mondial, coordonnés par la Commission de statistique des Nations Unies, et avec les contributions de différentes entités des Nations Unies, notamment ONU Femmes et le Programme de l’ONU pour l’environnement, et de la Convention sur la diversité biologique (CDB) concernant l’ODD 15. Plusieurs rapports des Nations Unies ont également récemment remédié au déficit de données et identifié une voie à suivre, notamment le Programme des Nations Unies pour l'environnement (UNEP, 2019[1]), ONU Femmes (UN Women, 2018[2])et ONU Femmes (UN Women, 2018[3]). Depuis peu, l’OCDE a également commencé à s’intéresser au manque de données sur la problématique femmes-hommes associée à celle de l’environnement dans le cadre de la plateforme pour l’institutionnalisation de l’objectif d’égalité entre les sexes et des travaux du Comité des politiques d’environnement de l’OCDE. Bien que tous ces efforts soient bienvenus et nécessaires, il reste encore beaucoup à faire.

Bien que le cadre des ODD fixe clairement un large éventail de cibles et d’indicateurs en lien avec des objectifs d’égalité entre les sexes et de durabilité environnementale, il n’aborde que quelques aspects de cette articulation en lien avec la discrimination liée au sexe, l’éducation et la pollution atmosphérique. Il ignore totalement d’autres répercussions environnementales spécifiques aux hommes ou aux femmes, le rôle des femmes dans la protection de l’environnement et la consommation durable, et l’accès à des infrastructures durables.

L’OCDE a développé deux recommandations sur l’égalité hommes-femmes. La Recommandation de 2013 du Conseil sur l’égalité hommes-femmes en matière d’éducation, d’emploi et d’entrepreneuriat énonce un certain nombre de mesures et d’actions à prendre pour s’attaquer aux inégalités entre les hommes et les femmes dans les domaines de l’éducation, de l’emploi et de l’entrepreneuriat (OECD, 2017[4]). Au-delà des initiatives visant à garantir une égalité d’accès à l’éducation (y compris des mesures permettant de rendre les STIM plus inclusives et aussi attractives pour les garçons que pour les filles) et à mettre un terme à la discrimination et au harcèlement sexuel sur le lieu de travail, la recommandation présente des actions visant à favoriser l’emploi des femmes, notamment avec la promotion de mesures favorisant des conditions de travail compatibles avec une vie de famille, et en encourageant les hommes à s’acquitter plus souvent de tâches non rémunérées. Les administrations et les entreprises sont également invitées à mettre tout en œuvre pour favoriser une représentation des deux sexes plus équilibrée aux postes de direction des secteurs public et privé, et pour promouvoir l’entrepreneuriat des femmes.

La Recommandation de 2013 propose une orientation claire sur les différents aspects de l’égalité des sexes appliquée aux politiques d’emploi, d’éducation et d’entrepreneuriat. Tous ces éléments sont essentiels pour pouvoir tirer parti des liens entre la problématique femmes-hommes et l’environnement, notamment lorsqu’il s’agit du rôle des femmes en tant qu’actrices économiques dans la transition vers une économie décarbonée et durable, et en tant que dirigeantes, employées et entrepreneuses.

La Recommandation de 2015 du Conseil sur l’égalité femmes-hommes dans la vie publique indique la nécessité d’« assurer la prise en compte systématique du principe de l’égalité entre femmes et hommes dans la conception, l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques et des budgets publics concernés ». (OECD, 2016[5]). Ceci demande de définir et adopter une stratégie à l’échelle de l’ensemble de l’administration pour assurer une égalité entre les hommes et les femmes et une prise en compte systématique de cette problématique, d’intégrer des évaluations fondées sur des données factuelles concernant l’impact selon les sexes et la problématique femmes-hommes dans les différentes dimensions de la gouvernance publique, d’adopter des mesures permettant d’atteindre une représentation équitable des deux sexes aux postes décisionnels à tous les niveaux du gouvernement. De plus, les données probantes sur lesquelles repose la mesure des progrès accomplis vers une prise en compte de l’égalité des sexes, dans toutes les dimensions des politiques, doivent être systématiquement renforcées.

Ainsi, la Recommandation de 2015 énonce clairement l’objectif général de la prise en compte de la problématique femmes-hommes, du recueil systématique de données et de l’évaluation des répercussions. Toutefois, elle ne formule pas d’orientations spécifiques par domaine de l’action publique et ne propose pas l’élaboration d’un cadre intégré pour l’analyse de l’action publique.

Le cadre d’action de l’OCDE pour les politiques de croissance inclusive (CI) est conçu pour aider les pays à réaliser une croissance économique fondée sur la durabilité qui fait progresser les niveaux de vie tout en restant dans les limites du respect de l’environnement et qui offre à tous les mêmes perspectives en assurant une répartition équitable des fruits de la croissance économique. Le cadre est étayé par un tableau de bord d’indicateurs et articule les principales recommandations de l’OCDE pour l’action publique autour de trois principes : (i) investir dans les personnes et territoires laissés de côté (par exemple grâce à une gestion optimale des ressources au service d’une croissance durable), (ii) stimuler le dynamisme des entreprises et promouvoir l’inclusivité du marché du travail (grâce à l’accès à des emplois de qualité, en particulier pour les femmes et les groupes sous-représentés), et (iii) bâtir des administrations efficientes et réactives (grâce à l’intégration des aspects distributifs au tout début du processus de conception des politiques). Il peut aider les pays à prendre en compte les questions d’équité ex ante dans la conception des politiques publiques (OECD, 2018[6]).

L’OCDE cherche actuellement à renforcer les liens entre la Stratégie pour une croissance verte et le Cadre d’action pour les politiques de croissance inclusive. Le premier résultat attendu est un rapport qui analyse l’articulation entre environnement et inégalités et décrit les mesures à prendre pour une transition juste et verte qui redistribue équitablement le coût de l’action et de l’inaction dans des trains de mesures bien coordonnés. Il examine l’impact différentiel, par sexe, de la pollution atmosphérique et du changement climatique sur les groupes vulnérables, les travailleurs et les régions, sur quatre des 11 dimensions du bien-être, à savoir le revenu et le patrimoine, la santé, la qualité du travail et de l’emploi, et la sécurité (OECD, 2021[7]).

Ni les femmes ni les hommes ne constituent un groupe uniforme, il est donc essentiel, pour que l’action publique soit mieux ciblée, d’obtenir une meilleure granularité des données sur les besoins et les préférences des femmes et des hommes et de mieux comprendre leur situation au niveau local, y compris les répercussions que les modifications de l’environnement ont sur eux. Il est également nécessaire de dessiner les contours des mesures des pouvoirs publics en fonction des différents indicateurs relatifs au bien-être des femmes et des hommes, comprenant ceux de la santé, de la sécurité individuelle et de la capacité des services de prise en charge des enfants et des personnes âgées. Enfin, il convient de se pencher sur les interactions entre les objectifs et les politiques publiques pour que les gouvernements puissent adopter des mesures qui garantissent une cohérence des politiques et tiennent compte des incompatibilités et des complémentarités.

À partir de ces différentes remarques, un nouvel instrument pour l’action publique pourrait être élaboré afin de prendre en compte spécifiquement les liens existants entre l’égalité femmes-hommes et les enjeux environnementaux, ou d’intégrer d’autres domaines de l’action publique où il est nécessaire d’intégrer la dimension femmes-hommes, comme le commerce, l’investissement et la coopération au service du développement.

Suite à l’analyse des relations entre la problématique femmes-hommes et l’environnement au sein des neuf ODD « environnementaux », le Tableau 5.1 présente les différentes cibles que le cadre des ODD considère actuellement comme étant sexospécifiques, ainsi que celles qu’il serait pertinent d’aborder du point de vue de l’égalité femmes-hommes.

Il est également important d’aller au-delà des données ventilées par sexe et de considérer l’interaction avec d’autres facteurs sources d’inégalités et de discrimination à l’égard des femmes, comme l’origine ethnique, la religion, le statut socio-économique et l’âge, entre autres.

Dans de nombreux pays, principalement non-membres de l’OCDE, le renforcement des capacités est essentiel afin que les autorités statistiques soient assurées de pouvoir élaborer et contrôler des indicateurs ventilés par sexe et de collecter des données. Le renforcement des capacités est également nécessaire pour permettre une meilleure coordination statistique entre les pays, diffuser les bonnes pratiques méthodologiques qui permettent d’obtenir des statistiques de qualité, et favoriser la comparabilité et l’évaluation des performances.

PARIS211, hébergé par l’OCDE, travaille étroitement avec les pays à faible et moyen revenu pour renforcer leurs systèmes statistiques nationaux. Dans une enquête menée en 2017-2018 auprès de 195 États, à laquelle 47 % ont répondu, le secteur environnemental a été identifié comme étant celui qui nécessitait des efforts de renforcement des capacités immédiats pour la collecte de données statistiques (voir Graphique 5.1) (PARIS 21, 2018[8]). Au cours des dix dernières années, les statistiques relatives à l'environnement ont reçu moins de soutien que les statistiques économiques et démographiques, même si ces dernières sont déjà plus développées (PARIS 21, 2018[8]). L'enquête susmentionnée a également identifié la collecte de données ventilées par sexe comme nécessitant un renforcement des capacités, même si elle n'est pas au sommet des priorités (PARIS 21, 2018[8]).

PARIS21 et l’OCDE ont identifié le renforcement des capacités des autorités statistiques nationales comme l’un des points nécessitant une plus grande attention (PARIS 21, 2018[8]) (OECD, 2019[9]). Compte tenu de la rareté des données ventilées par sexe, il est nécessaire de renforcer encore la capacité statistique avec de nouveaux instruments, des méthodologies et des normes récentes pour permettre une collecte des données différentiée selon les sexes. Pour soutenir une élaboration de l’action publique qui tienne réellement compte de la dimension femmes-hommes, ces collectes de données devraient intervenir lors des phases de suivi et d’évaluation, ainsi que lors des phases de diagnostic et de conception des politiques environnementales et liées au climat.

Un nouveau projet de PARIS21, mené dans le cadre du programme phare d’ONU Femmes « Making every woman and girl count », est actuellement en cours, avec pour objectif d’intégrer la problématique de l’égalité femmes-hommes dans le système statistique national du Cambodge, de l’Égypte, d’El Salvador, de la Jordanie, du Kirghizistan, du Lesotho, des Maldives, de la République dominicaine et du Sénégal. Le principal objectif de ce projet est de s’assurer que les systèmes statistiques des pays sont suffisamment équipés pour produire, diffuser et exploiter des statistiques différenciées par sexe de grande qualité et opportunes afin d’étayer l’action publique et de favoriser l’égalité femmes-hommes. La première étape de ce processus est d’évaluer l’état actuel des statistiques différenciées par sexe dans le pays et d’intégrer des objectifs d’égalité femmes-hommes dans les stratégies nationales de développement de la statistique (plans stratégiques sur 5 à 10 ans, hiérarchisation de la collecte des données pour le système statistique national) (UN Women, 2019[10]).

Afin d’induire un changement durable et profond afin de lutter contre les problèmes environnementaux qui touchent les femmes, il est nécessaire d’adopter une approche à l’échelle de l’ensemble de l’administration qui place tous ces objectifs au cœur de l’agenda 2030. L’adoption de mécanismes et d’outils permettant la prise en compte systématique du lien entre l’égalité femmes-hommes et la durabilité, notamment des mesures fiscales et relatives à l’infrastructure, est essentielle pour s’assurer que les administrations acquièrent la culture et la capacité nécessaire pour identifier les besoins spécifiques aux femmes et aux hommes au sein de la population, en matière de gestion des ressources naturelles et des risques environnementaux, et pour y répondre au moyen de mesures, de services et de budgets sexospécifiques.

Plusieurs mécanismes institutionnels et politiques doivent être mis en œuvre, y compris un engagement et une impulsion politique, une coordination institutionnelle et de l’action publique (dirigée par les centres de gouvernement ou avec leur appui explicite), un engagement au niveau local et régional, la participation des parties prenantes ainsi que le suivi et le relevé d’informations. La recommandation de l’OCDE sur la cohérence des politiques au service du développement durable fournit des orientations supplémentaires sur les mécanismes de gouvernance et institutionnels qu’il faut adopter afin de réussir à s’attaquer de manière intégrée à la problématique femmes-hommes liée aux questions environnementales et à tirer profit de cette articulation, conformément à ce que prévoit l’Agenda 2030.

Pour réunir des objectifs d’égalité femmes-hommes et de durabilité, il est nécessaire d’instaurer un cadre d’action global et cohérent qui tienne compte des incompatibilités et des complémentarités au niveau local, national et international (retentissement mondial). Les mesures en faveur de l’égalité entre les sexes doivent reconnaître le rôle que jouent les femmes dans la protection des écosystèmes et dans la promotion de schémas de consommation et de production responsables. De même, les politiques de durabilité doivent tenir compte de la problématique femmes-hommes et intégrer les objectifs d’égalité entre les sexes.

Le graphique présenté ci-dessous (Graphique 5.2) résume les vecteurs de l’action publique capables de favoriser l’alignement des priorités de l’égalité femmes-hommes et du développement durable et de concevoir des politiques de manière intégrée. Les décideurs politiques devraient agir simultanément sur ces trois axes et au moyen de mesures transversales : (i) lutter contre tout ce qui fait obstacle à l’égalité femmes-hommes et à l’autonomisation des femmes, (ii) ajuster les mesures nationales en lien avec l’environnement afin de les mettre en conformité avec les objectifs environnementaux, en tenant compte de la problématique femmes-hommes, et (iii) inclure de manière systématique les questions liées à l’égalité entre les sexes et à l’environnement dans les politiques transfrontalières qui concernent directement le fonctionnement des entreprises locales à l’étranger (commerce et investissement étranger) ainsi que la coopération pour le développement.

Un cadre d’action intégré devrait systématiquement tenir compte de ces trois axes, en agissant sur les répercussions nationales et transfrontières et en adoptant une vision intergénérationnelle, conformément à la recommandation sur la cohérence des politiques au service du développement durable.

Les politiques transfrontalières revêtent une importance particulière dans la lutte contre les inégalités entre les sexes et en faveur du développement durable. Ces problématiques d’égalité femmes-hommes et de durabilité devraient notamment être prises en compte dans les mesures relatives au commerce, à l’investissement, à la migration et à la coopération pour le développement.

Il essentiel de renforcer le contrôle des activités des entreprises dans les pays en développement (et, dans une certaine mesure, les pays développés) pour s’assurer que les sociétés encouragent des pratiques professionnelles qui respectent les droits des femmes et l’environnement. En plus de garantir un travail décent et une sécurité sociale aux travailleurs migrants dans les pays développés, les efforts devraient également être multipliés pour que les entreprises prennent davantage conscience de leur empreinte environnementale. Les importations devraient également être considérées du point de vue de la question femmes-hommes et de la durabilité environnementale, en demandant aux importateurs de prendre des mesures de vigilance quant à leurs chaines d’approvisionnement. La mise en œuvre efficace de normes internationales existantes, comme les lignes directrices de l’OCDE sur la conduite responsable des entreprises, nécessite un mécanisme de sanction plus efficace que celui actuellement en place.

L’analyse des liens existants entre la problématique femmes-hommes et l’environnement doit également tenir compte d’une dimension temporelle car les liens de cause à effet entre l’égalité femmes-hommes, le bien-être des femmes et l’environnement mettent parfois longtemps à apparaître. Les effets intergénérationnels, en particulier, font également partie intégrante des objectifs d’égalité femmes-hommes et de durabilité. Les inégalités entre femmes et hommes ont tendance à être tenaces et à se perpétuer de génération en génération, notamment dans des environnements où l’autonomisation des femmes est limitée, comme au sein des ménages à faible revenu où la priorité est généralement donnée aux garçons plutôt qu’aux filles, que ce soit dans le domaine de l’éducation, de la santé ou de la succession. Ceci est particulièrement préoccupant car la mobilité sociale générationnelle a diminué au sein des pays de l’OCDE ces dernières décennies (OECD, 2017[11]). Les dégradations environnementales s’étendent également, par nature, sur plusieurs générations et leur coût réel peut ne se faire sentir qu’après plusieurs années.

Pour tirer parti de l’articulation entre la question de l’égalité femmes-hommes et environnementale, il est nécessaire de concevoir et mettre en œuvre des mesures propres aux trois vecteurs mentionnés précédemment : l’égalité femmes-hommes et l’autonomisation des femmes, les mesures nationales en lien avec l’environnement, et les politiques transfrontalières.

Lors de la mise en œuvre d’un programme d’action en faveur de l’égalité femmes-hommes et de la durabilité fondé sur ces trois vecteurs, les pays peuvent prendre appui sur plusieurs normes de l’OCDE ainsi que sur des mécanismes d’évaluation et de mesure. Les parties qui suivent (parties 5.5.1, 5.5.2 et 5.5.3) listent de manière non exhaustive les normes/outils actuellement disponibles qui peuvent être utilisés dans le cadre du déploiement d’une stratégie en matière d’égalité femmes-hommes et de durabilité. Dans certains cas, il sera nécessaire d’ajuster et rectifier quelque peu la panoplie d’outils existants afin d’exploiter au mieux les liens en question.

La création de mesures en faveur de l’égalité femmes-hommes et de l’autonomisation des femmes constitue la première action à mener et probablement la plus importante pour exploiter les liens entre la problématique femmes-hommes et les enjeux environnementaux, dans la lutte pour la durabilité environnementale et contre les dérèglements climatiques. L’égalité femmes-hommes et l’autonomisation des femmes peuvent contribuer par tous les aspects à réduire les effets négatifs de la dégradation de l’environnement sur les femmes et à faire progresser leur rôle dans la protection de la planète. Certains des aspects de la législation, des mesures et des pratiques en faveur de l’égalité femmes-hommes les plus pertinents pour la durabilité environnementale sont les suivants :

  • L’égalité d’accès à des services d’enseignement, de santé et d’autres services sociaux de qualité, et la fin de la discrimination à l’égard des femmes dans la recherche et l’innovation environnementale ;

  • L’investissement dans l’éducation et la formation des filles et des femmes en ciblant plus particulièrement le développement durable et les STIM, notamment avec la formation professionnelle et l’apprentissage tout au long de la vie ;

  • L’égalité face à la propriété foncière, aux droits de succession, et à l’accès aux biens communs comme les forêts, les rivières et les ressources marines, non seulement d’un point de vue légal mais aussi par une mise en œuvre et une application effective des mesures ;

  • L’égalité femmes-hommes dans les politiques d’emploi et les pratiques professionnelles, en s’intéressant plus particulièrement aux secteurs liés à l’environnement (ressources minières, transport, eau, énergie, produits chimiques, et d’autres industries lourdes) et la fin des pratiques discriminatoires dans l’emploi ;

  • La parité dans les organes décisionnaires, dans les secteurs publics et privés. Une plus grande présence et un engagement significatif des femmes, dans toute leur diversité, sont nécessaires dans le processus décisionnel en matière d'environnement à tous les niveaux, y compris dans la planification, le financement, la budgétisation et l'élaboration des politiques, depuis les négociations internationales sur l'environnement jusqu'aux décisions locales en la matière ;

  • Dans le secteur privé, il est nécessaire de renforcer la représentativité des femmes au sein des conseils d’administration et aux postes de direction des entreprises, notamment dans les secteurs en lien avec l’environnement traditionnellement dominés par les hommes ;

  • La possibilité pour les femmes de faire entendre leur voix lors des consultations publiques au sujet de projets en lien avec l’environnement, notamment des grands projets urbains et de transport, sur l’énergie, l’eau et le développement d’autres infrastructures ;

  • L’égalité d’accès à la justice environnementale pour les femmes tout en renforçant l’appui aux mouvements écologistes féminins et en leur donnant de l’ampleur en favorisant leur participation au sein de la collectivité.

Concevoir des politiques environnementales sous l’angle des spécificités femmes-hommes permet non seulement de répondre aux problèmes liés à l’environnement et aux répercussions qui touchent spécifiquement les femmes, mais c’est aussi le moyen de les rendre plus efficaces. À l’inverse, si la problématique femmes-hommes n’est pas intégrée aux politiques environnementales, cela risque d’accentuer ces inégalités.

Les stratégies nationales pour le développement durable, les plans d’action environnementaux et d’autres documents de planification économique doivent tenir compte des liens existants entre la problématique de l’égalité entre les sexes et de l’environnement en élaborant des objectifs et des actions qui intègrent une dimension sexospécifique. Il devrait s’agir notamment d’évaluer l’impact sur la situation respective des femmes et des hommes pour différentes mesures environnementales en cours d’étude.

Il est également nécessaire d’aborder sous l’angle de l’égalité femmes-hommes les questions environnementales d’ordre général, comme le dérèglement climatique, ainsi que des mesures et des outils environnementaux spécifiques.

Une action efficace face au changement climatique nécessite de mettre en place des plans d’action nationaux mieux adaptés à la problématique femmes-hommes. Pour cela, il convient d’aborder sous l’angle de la problématique femmes-hommes les mesures en faveur de la durabilité qui ciblent les principaux secteurs responsables des émissions de GES : l’énergie, le transport et l’agriculture (voir ci-dessous). Il convient de tenir compte de l’impact des changements climatiques sur les femmes et de leur manière d’aborder cette question.

La 23e session de la Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), COP 23, qui s’est tenue en 2017, a totalement reconnu le lien entre la problématique femmes-hommes et les changements climatiques. Les Parties ont adopté le plan d’action pour l’égalité des sexes afin de soutenir la mise en œuvre de décisions et de mandats en lien avec la problématique femmes-hommes dans le cadre du processus de la CCNUCC (UNFCCC, 2019[12]). L’objectif du plan d’action pour l’égalité des sexes est d’accélérer la mise en œuvre de plus de 60 décisions prises dans le cadre de missions pour l’égalité femmes-hommes adoptées par les Parties entre 2007 et 2017. En outre, les Conventions de Bâle, de Rotterdam et de Stockholm ont élaboré un Plan d’action pour l'égalité des sexes afin de mettre en œuvre l'optique qui vise à faire en sorte que les principes de l’égalité femmes-hommes soient fermement ancrés dans les activités entreprises par le Secrétariat des Conventions de Bâle, de Rotterdam et de Stockholm (BRS, 2019[13]). Par ailleurs, la Convention sur la diversité biologique (CDB), la Convention de Ramsar et la Convention du patrimoine mondial ont lancé des projets similaires.

La préservation de la biodiversité et des écosystèmes constitue un deuxième domaine de la politique environnementale qui nécessite que l’on prenne davantage en compte l'égalité entre les sexes et les difficultés rencontrées par les femmes. Les actions relatives à la gestion des forêts, des réserves naturelles, des parcs et de la vie sauvage devraient comprendre une dimension propre aux spécificités femmes-hommes afin de veiller à ce que le rôle des femmes dans la gestion durable et la consommation de ces ressources, dont elles dépendent, soit bien pris en compte. Il s’agit notamment de comprendre le statut particulier des femmes au sein des communautés tributaires de la forêt, parmi lesquelles se trouvent des groupes autochtones. Dans de nombreux pays en développement, les inégalités d’accès aux ressources de la forêt entre les femmes et les hommes à cause du droit coutumier et des normes sociales, discriminatoires à l’égard des femmes, posent un problème majeur qui doit être résolu. La surexploitation croissante des forêts à des fins commerciales qui se traduisent dans certains cas par un accaparement de terres, de l’abattage illégal et du commerce d’espèces sauvages a contribué à aggraver le problème.

Les gouvernements devraient également poursuivre leurs efforts d’introduction de la prise en compte des spécificités femmes-hommes dans les Stratégies et Plans d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB), le mécanisme clé grâce auquel les pays signataires de la CDB mettent en œuvre leurs objectifs. Les SPANB offrent une occasion formidable pour intégrer la question de l’autonomisation des femmes et des inégalités femmes-hommes dans la gestion de la biodiversité dans les secteurs de l’agriculture, de l’exploitation forestière et de la pêche.

Les administrations ont également besoin de concevoir des mesures de protection des océans qui tiennent compte des spécificités femmes-hommes afin de lutter contre la dégradation des océans qui préoccupe spécifiquement les femmes, touchées notamment par les tempêtes des zones côtières, l’appauvrissement des stocks de poissons et l’augmentation des déchets en mer. Les femmes ont également besoin d’être investies de responsabilités plus importantes pour participer à la préservation des écosystèmes marins, à l’exploitation durable des ressources marines et à la protection des zones côtières (en particulier les marais à mangroves et les récifs coralliens). Leur rôle dans le développement d’une pêche artisanale durable et leur contribution à la survie des communautés locales devraient également être pris en compte.

Un quatrième domaine de la politique environnementale, qui gagnerait à une meilleure intégration de l’égalité femmes-hommes, est celui de la promotion d’une économie circulaire. Alors qu’un volume important de données témoigne des différences de comportement entre les femmes et les hommes, dans leur rapport aux produits écolabellisés et leur mode de consommation (par exemple du prêt-à-porter, des cosmétiques), les stratégies de l’économie circulaire tiennent rarement compte de ces spécificités liées au sexe. Par exemple, le Plan d'action de l'Union européenne en faveur de l'économie circulaire ne rend compte d’aucune action différenciée selon le sexe (EC, 2020[14]).

Alors qu'elles mettent en avant l’énergie verte dans le contexte des cadres énergétiques, les femmes doivent être considérées comme des agents du changement et pas seulement comme des parties prenantes, et il convient donc d'élargir le rôle que les femmes jouent dans la transition énergétique (Prebble et al., 2017[15]). Les cadres énergétiques des pays développés tendent à mettre en avant une approche sexospécifique en concevant des possibilités pour les femmes en matière de technologie et d’innovation énergétiques, tandis que les pays en développement font état d'opportunités plus diverses pour promouvoir une approche soucieuse de l’égalité femmes-hommes, notamment en luttant contre le manque de temps libre et la pauvreté énergétique dans les zones rurales et urbaines et en favorisant la santé et le bien-être des femmes (Prebble et al., 2017[15]).

Bien que les normes environnementales aient évolué à la hausse avec le temps dans la plupart des pays, les risques environnementaux n’ont pas les mêmes conséquences selon le sexe et cette différenciation n’est pas encore suffisamment prise en compte. Les essais sur les produits chimiques constituent toutefois un des rares domaines dans lequel l’approche est systématiquement sexospécifique. Les lignes directrices de l’OCDE pour les essais de produits chimiques mentionnent précisément la nécessité d’étudier les effets en fonction du sexe pour un grand nombre de tests réalisés, notamment ceux sur les produits chimiques qui perturbent le système endocrinien (OECD, n.d.[16]).

La pollution atmosphérique et la contamination de l’eau sont d’autres risques environnementaux qui doivent prendre en compte les différences entre les sexes, à la fois à cause de l’exposition particulière des femmes à certains milieux (notamment la pollution de l’air intérieur dans les pays en développement), et les effets biologiques spécifiques à la femme. Les décideurs politiques devraient également s’intéresser en particulier aux dangers liés à une exposition élevée à la pollution pour les femmes enceintes et les nourrissons et adopter les mesures préventives qui s’imposent.

Les taxes et subventions environnementales et d’autres instruments de politique environnementale peuvent également avoir des répercussions différentes selon le sexe qu’il convient de prendre en compte dans l’évaluation de l’action publique. De manière générale, les femmes ont tendance à être plus présentent dans les secteurs verts que dans les industries polluantes. Les femmes sont aussi généralement plus présentes dans la pêche et l’agriculture artisanales à petite échelle, tandis que les hommes dominent l’agriculture et la pêche industrielles à grande échelle. (FAO, 2015[17])Par conséquent, les efforts des pouvoirs publics axés sur l’environnement, conjugués à une approche bien structurée de l’égalité femmes-hommes, peuvent avoir un effet positif net sur l’emploi des femmes, en plus de protéger la planète.

Il est crucial de connaître les répercussions différenciées selon le sexe des mesures prises par les pouvoirs publics, des programmes et des budgets, sur l’économie, la société et l’environnement pour que tous les secteurs de l’action publique affichent des résultats équitables qui profitent à tous. Les liens entre problématique femmes-hommes et environnement peuvent être intégrés à la budgétisation au moyen d’une approche axée sur le bien-être ou les ODD.

Parmi les différents secteurs concernés par les priorités d’égalité femmes-hommes et de durabilité, l’infrastructure (en particulier de l’énergie et du transport) et l’agriculture se démarquent comme ayant la capacité d’accélérer la transition nécessaire à l’accomplissement des ODD (OECD, 2017[11]) (OECD/FAO, 2019[18]).

Afin de se diriger vers un modèle de développement de l’infrastructure bas-carbone tout en luttant contre les inégalités d’accès à l’infrastructure et à l’emploi entre les femmes et les hommes, il convient d’intégrer la problématique femmes-hommes et les préoccupations environnementales à l’ensemble du cycle de gouvernance et du financement, notamment avec la planification stratégique, le processus de consultations, la coordination entre les différents niveaux et organes du gouvernement, l’utilisation adaptée des données et la qualité opérationnelle (voir Encadré 5.1).

Une intégration plus marquée de la problématique femmes-hommes est essentielle pour que ces projets obtiennent des résultats durables sur le plan économique et social, grâce à un accès aux infrastructures plus équitable et à une meilleure utilisation de ces dernières, ce qui améliore ainsi les perspectives économiques des femmes et leur participation au marché de l’emploi, y compris à des postes décisionnels. Tenir compte des disparités entre femmes et hommes permet également d’éviter que les femmes et d’autres groupes vulnérables pâtissent de la construction et de la réalisation de certains projets tout en offrant une meilleure protection de l’environnement, conduisant à une amélioration du bien-être pour tous.

Les évaluations d’impact constituent un moyen d’action essentiel pour tous les projets d’infrastructure. Ces évaluations doivent être complètes et menées par des établissements sans lien avec les entrepreneurs du projet. Elles doivent aborder les questions de l’environnement et de l’inclusion de manière intégrée.

Le secteur des infrastructures tend encore à être dominé par les hommes, notamment parce qu’il comporte toujours une part de travail manuel difficile. Mais la présence des femmes dans la gouvernance des infrastructures permet au secteur de bénéficier de leur sensibilité accrue aux risques environnementaux.

Les politiques en matière d’agriculture devraient elles aussi tenir compte de l’articulation entre problématique femmes-hommes et environnement. La lutte contre la discrimination à l’égard des femmes et en faveur de leur autonomisation doit avoir des répercussions qui dépassent les titres de propriété privée et la production agricole et veiller à ce que les femmes aient accès aux ressources partagées issues des forêts, des montagnes, des rivières et d’autres biens communs. Cela est particulièrement important pour les communautés autochtones, qui vivent sur des terres partagées héritées de leurs ancêtres.

Les décideurs politiques devraient également garder en ligne de mire le rôle spécifique joué par les femmes dans l’agriculture traditionnelle et autosuffisante et dans la pêche artisanale et veiller à prendre en compte les répercussions sexospécifiques sur les petits exploitants des mesures relatives à l’agriculture et à la pêche. Cela est d’autant plus pertinent que les femmes jouent un rôle crucial dans le secteur de la pêche, où, selon la FAO, les femmes représentent 50 % de la main-d’œuvre (de 14 à 15 % dans la pêche et jusqu’à 90 % dans la chaîne de valeur après récolte) (FAO, 2015[19]).

Une autre nécessité est de prendre davantage en considération la question des disparités entre les sexes dans les stratégies et plans d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB). Il faut en particulier assurer un équilibre entre les sexes pour ce qui est des prises de décisions, et garantir un accès aux technologies et aux moyens de financement pour les projets conduits par des femmes.

Les mesures prises pour faciliter l’accès aux financements et à la technologie doivent s’intéresser tout particulièrement aux liens existants entre problématique femmes-hommes et environnement. À cause de pratiques discriminatoires et de préjugés explicites ou implicites, les femmes ne bénéficient pas toujours du même accès aux financements pour les innovations et les start-ups vertes. Au-delà d’une réforme législative destinée à réparer cette discrimination, afin de dépasser les normes et pratiques sociales et les barrières culturelles, il convient de mener des actions positives comme l’élaboration de programmes spéciaux qui ciblent les femmes créatrices d’entreprises vertes et les petites structures dirigées par des femmes.

L’importance d’aborder les politiques commerciales sous l’angle des spécificités femmes-hommes a beau être de plus en plus reconnue, les accords commerciaux tiennent encore peu compte de cette problématique. Il est fondamental que ces accords et les politiques commerciales en général hiérarchisent les priorités selon les différents besoins et droits des groupes défavorisés, en particulier des femmes (pauvres).

Les accords et les politiques commerciales devraient également tenir compte de certains aspects où se rejoignent les questions de l’égalité femmes-hommes et de l’environnement. Par exemple, les initiatives en faveur de la facilitation du commerce peuvent se révéler particulièrement intéressantes pour les PME qui ont tendance à concentrer l’activité économique des femmes. Les mesures pour l’accès au commerce peuvent bénéficier particulièrement aux femmes productrices et aux coopératives de femmes du secteur agricole.

En 2017, les membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont signé une déclaration conjointe sur le commerce et l’autonomisation économique des femmes dont l’objectif est d’accroître la participation des femmes au commerce (WTO, 2017[20]). Plusieurs accords commerciaux bilatéraux et régionaux récents comportent également des chapitres sur le commerce et l’égalité femmes-hommes, ainsi que des chapitres sur le commerce et l’environnement. Il est nécessaire que ces chapitres prennent davantage de place dans les accords commerciaux mais aussi de veiller à une mise en œuvre efficace de ce qui traite de l’égalité entre les sexes et de l’environnement.

Les entreprises qui investissent à l’étranger devraient être contraintes de prendre en compte les liens entre l’égalité des sexes et l’environnement dans leurs choix d’investissements. Les lignes directrices de l’OCDE pour les entreprises multinationales [OECD/LEGAL/0144] présentent un cadre pour l’intégration des questions environnementales et sociales et relatives aux droits de l’homme dans les stratégies et les opérations des entreprises. Ce cadre, ainsi que le Guide de l’OCDE qui l’accompagne sur le devoir de diligence pour une conduite responsable des entreprises (voir OECD/LEGAL/0443), devrait s’appliquer aux choix d’investissements et d’opérations étrangers et faire en sorte d’intégrer des objectifs d’égalité femmes-hommes et environnementaux.

L’OCDE a également élaboré un cadre pour la qualité des investissements directs étrangers (IDE) qui intègre des objectifs d’égalité des sexes et environnementaux. Toutefois, le cadre aborde ces problématiques séparément et ne fait pas référence aux liens qui existent entre elles.

Lorsque les entreprises mesurent les répercussions éventuelles et réelles de leurs opérations sur l’environnement, elles devraient évaluer les effets différenciés par sexe. De plus, les entreprises devraient s’assurer que les groupes féminins sont équitablement représentés lorsqu’elles réalisent des consultations auprès des parties prenantes au sujet d’investissements étrangers.

Si les efforts de coopération pour le développement sont de plus en plus axés sur les ODD, il reste encore beaucoup à faire, comme l’a souligné la récente contribution du G20 au rapport sur l'Agenda 2030 (OECD, 2019[21]). Les secteurs tels que l’agriculture, l’exploitation forestière, la biodiversité et les écosystèmes, la santé et l’eau, qui font l’objet de mesures d’adaptation prioritaires, mériteraient de recevoir une part plus importante des financements du développement. Ce sont en outre des secteurs qui impliquent des répercussions différentes selon le sexe et où les femmes peuvent jouer un rôle crucial dans l’élaboration de solutions plus durables. Il est donc fondamental que la coopération pour le développement adopte une approche qui tienne compte de l’articulation entre égalité femmes-hommes et environnement.

Il est capital que les financements dans le cadre de la lutte pour atténuer les effets des changements climatiques, en particulier pour les infrastructures économiques, comme le transport et l’énergie, intègrent davantage la problématique femmes-hommes. Il est notamment nécessaire de donner la possibilité aux femmes des pays en développement de prendre une part plus active dans l’économie verte. Le Fonds vert pour le climat a adopté une politique sexospécifique dédiée, actualisée en 2019, qui favorise à la fois l’égalité entre les sexes dans la gestion de projet et assure un financement sensible à la problématique femmes-hommes par le biais d’évaluations sexospécifiques et environnementales aux stades de la préparation et de la mise en œuvre du projet (GCF, 2019[22]).

L’égalité entre les hommes et les femmes et la durabilité environnementale ne s’obtiendront pas en restant les bras croisés. Une réelle avancée ne sera possible qu’en envisageant une transformation radicale et grâce à des actions déterminées, une impulsion, une volonté, des ressources et un engagement de la part de tous les acteurs. Les outils pour le suivi ont également besoin d’être approfondis, notamment avec l’introduction de données plus détaillées sur les origines et les répercussions des contributions des femmes à la réalisation des ODD. Cet approfondissement bénéficierait aussi de données spécifiques sur les mesures des pouvoirs publics qui permettent aux femmes de participer pleinement au développement durable.

Les agences de l’ONU, comme ONU-Femmes et le PNUE, et le CCNUCC ont lancé plusieurs partenariats qui tiennent compte plus spécifiquement des liens entre la problématique femmes-hommes et l’environnement que les initiatives plus anciennes telles que le Pacte mondial de l’ONU ou le Global Reporting Initiative (UN Global Compact, 2003[23]). Pourtant, ces initiatives ne proposent ni l’approche intégrée et globale requise de ces liens, ni un recueil efficace des données qui constituent la base des prises de décision.

L’OCDE et plusieurs de ses partenaires ont créé la plateforme « Gender Policy Platform: Accelerating Gender Mainstreaming through the SDGs » réunissant des acteurs du secteur public et privé et de la société civile afin d’atteindre leurs objectifs en matière d’égalité des sexes, d’inclusion et de durabilité de façon intégrée. En s’appuyant dans un premier temps sur les travaux existants sur l’égalité des sexes et les ODD, réalisés dans le cadre des initiatives pour l’égalité femmes-hommes et du plan d’action de l’OCDE pour l’accomplissement des ODD, la plateforme incite les parties prenantes à dialoguer pour faire progresser le recueil de données et l’analyse politique, et recenser les actions et les mesures qui peuvent être prises au niveau mondial, régional, national et des communautés pour :

  • Intégrer parfaitement les dimensions d’égalité des sexes, d’inclusion et de durabilité dans l’élaboration des politiques, de manière globale et cohérente, tout en tenant compte des effets transfrontières et intergénérationnels ;

  • Donner un rôle plus important aux femmes dans le développement durable en les faisant participer à tous les niveaux de la vie politique, sociale et économique, tout en permettant l’accomplissement des objectifs d’inclusion et de durabilité ;

  • Impliquer le secteur privé dans la réalisation des objectifs d’égalité des sexes et de durabilité.

La Plateforme a pour objectif d’élargir ses recherches sur les liens entre problématique femmes-hommes et environnement et d’approfondir la méthodologie proposée dans ce rapport. Une de ses publications, l’étude « Mesurer la distance à parcourir pour atteindre les cibles des ODD » (OECD, 2019[9]) a déjà été élargie afin de respecter l’objectif à atteindre en matière de statistiques permettant de mieux décomposer les mesures des ODD et de donner un aperçu général des grandes forces et des principales difficultés rencontrées lors de la réalisation des cibles des ODD liées aux femmes.

La Plateforme étoffe également ses activités de sensibilisation et s’engage dans des partenariats auprès d’autres organisations internationales, d’entreprises et de membres de la société civile afin d’œuvrer pour une meilleure compréhension, une collecte de données et un établissement de rapports plus efficaces sur l’articulation entre égalité femmes-hommes et durabilité environnementale.

Références

[13] BRS (2019), Gender Action Plan of the Secretariat of the Basel, Rotterdam and Stockholm Conventions (BRS-GAP), http://www.basel.int/Portals/4/Basel%20Convention/docs/meetings/cop/cop9/bali-declaration/BaliDeclaration.pdf;.

[14] EC (2020), A new Circular Economy Action Plan for a Cleaner and More Competitive Europe, https://ec.europa.eu/environment/circular-economy.

[17] FAO (2015), A Review of Women’s access to Fish in Small Scale Fisheries, Food and Agriculture Organization (FAO), Rome, https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwidtaXL44zwAhWrxIUKHTRTAG0QFjAAegQIBRAD&url=http%3A%2F%2Fwww.fao.org%2Ffamily-farming%2Fdetail%2Fen%2Fc%2F385279%2F&usg=AOvVaw0JqLezmjdY-ltoCTzPAkbA.

[19] FAO (2015), The role of women in the seafood industry, http://www.globefish.org.

[22] GCF (2019), Gender Policy, Green Climate Fund, https://www.greenclimate.fund/sites/default/files/document/gcf-gender-policy.pdf (accessed on 7 April 2021).

[7] OECD (2021), “The inequalities-environment nexus: Towards a people-centred green transition”, OECD Green Growth Papers, No. 2021/01, OECD Publishing, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/ca9d8479-en.

[9] OECD (2019), Measuring Distance to the SDG Targets 2019, OECD, https://doi.org/10.1787/a8caf3fa-en.

[6] OECD (2018), Opportunities for All, OECD, https://doi.org/10.1787/9789264301665-en.

[11] OECD (2017), Getting Infrastructure Right, OECD, https://doi.org/10.1787/9789264272453-en.

[4] OECD (2017), Meeting of the OECD Council at Ministerial Level - Report on the implementation of the OECD gender recommendations, https://www.oecd.org/els/2013-oecd-recommendation-of-the-council-on-gender-equality-in-education-employment-and-entrepreneurship-9789264279391-en.htm.

[5] OECD (2016), 2015 OECD Recommendation of the Council on Gender Equality in Public Life, OECD Publishing, Paris, https://www.oecd.org/gov/2015-oecd-recommendation-of-the-council-on-gender-equality-in-public-life-9789264252820-en.htm#:~:text=The%202015%20OECD%20Recommendation%20of,to%20inform%20inclusive%20policy%20decisions.

[16] OECD (n.d.), OECD Guidelines for the Testing of Chemicals, https://www.oecd.org/chemicalsafety/testing/oecd-guidelines-testing-chemicals-related-documents.htm#:~:text=The%20OECD%20Guidelines%20for%20the,assess%20the%20safety%20of%20chemicals.

[18] OECD/FAO (2019), OECD-FAO Agricultural Outlook 2019-2028, OECD Publishing, Paris/Food and Agriculture Organization of the United Nations, Rome, https://dx.doi.org/10.1787/agr_outlook-2019-en.

[21] OECD, U. (2019), G20 Contribution to the 2030 Agenda: Progress and Way Forward, OECD/UNDP, https://www.undp.org/content/dam/undp/library/bpps-spu/OECD-UNDP_G20_Contribution_to_2030_Agenda.pdf.

[8] PARIS 21 (2018), Survey Results - New Approaches to Capacity Development and Future Priorities,, https://paris21.org/capacity-development-40/cd40-survey.

[15] Prebble, M. et al. (2017), Energizing Equality: The importance of integrating gender equality principles in national energy policies and frameworks SEPTEMBER 2017 AUTHORS GRAPHIC DESIGN, http://www.estudiorelativo.com.

[23] UN Global Compact (2003), Global Reporting Initiative, https://www.unglobalcompact.org/what-is-gc/participants/4378-Global-Reporting-Initiative.

[10] UN Women (2019), Making Every Woman and Girl Count: Mid Term Review, https://data.unwomen.org/sites/default/files/documents/Publications/AR2019Annex/Women-Count-Annual-Report-2019_WEB_FINAL.pdf.

[2] UN Women (2018), Gender Equality and Big Data. Making Gender Data Visible.., https://www.unwomen.org/en/digital-library/publications/2018/1/gender-equality-and-big-data.

[3] UN Women (2018), Turning promises into action : Gender Equality in the 2030 Agenda for Sustainable Development, https://www.unwomen.org/en/digital-library/publications/2018/2/gender-equality-in-the-2030-agenda-for-sustainable-development-2018.

[1] UNEP (2019), The Emissions Gap Report 2019,, United Nations Environment Programme, Nairobi, https://www.unep.org/resources/emissions-gap-report-2019.

[12] UNFCCC (2019), Gender Action Plan, UN Climate Change Conference, https://unfccc.int/documents/204536.

[20] WTO (2017), Joint Declaration on Trade and Women’s Economic Empowerment on the Occasion of the WTO Ministerial Conference in Buenos Aires, https://www.wto.org/english/thewto_e/minist_e/mc11_e/genderdeclarationmc11_e.pdf.

Note

← 1. Le Partenariat statistique au service du développement au XXIe siècle (PARIS21) a été instauré en 1999 afin d’aider les pays en développement à améliorer leur utilisation et production des statistiques. Le Secrétariat de PARIS21 est hébergé par la Direction des statistiques et des données de l’OCDE. Pour plus d’informations :https://paris21.org/about-paris21.

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