Résumé

Le contexte de transition, à la fois économique (phases de contraction et d’expansion), environnementale (vers des modèles de consommation et de production plus responsables vis-à-vis du climat et de la biodiversité), technologique (vers des formes numérisées et automatisées des modes de production et de consommation) et sociale (pour accompagner notamment les « perdants » de ces évolutions technologiques et environnementales), a renforcé l’attention portée aux politiques alliant mondialisation et développement régional. Il s’agit en effet de comprendre comment ce phénomène peut contribuer au développement des régions de manière inclusive et durable et en tenant compte de la diversité de leurs territoires et des politiques nationales qui les concernent.

Réfléchir à la possible nouvelle articulation entre développement global et développement local (« le glocal ») conduit à poser plusieurs questions : Quels sont les leviers de l’attractivité et de l’internationalisation des régions ? Quelles sont les politiques qui peuvent renforcer l’attractivité des régions et celle de leurs produits à l’export tout en réduisant les inégalités et en préservant l’environnement ? Comment coordonner l’action des autorités régionales avec les autres niveaux d’action publique (européen, national et local) et les acteurs non-gouvernementaux qui agissent pour améliorer l’attractivité inclusive et durable des territoires ? Ce dernier enjeu – celui de la gouvernance pluri-niveaux – est d’autant plus important que de nombreuses parties prenantes sont concernées par ces politiques complexes qui traversent les périmètres administratifs et les secteurs de l’action publique.

Pour contribuer à répondre à ces questions, une première étude, conduite en étroite collaboration avec les autorités françaises (à l’initiative de son Agence de Cohésion des Territoires, ANCT et en partenariat avec Régions de France) a permis de proposer un outil pour positionner les Régions dans la mondialisation et dresser leur « profil international » (OECD, 2021[1]). Cette collaboration fructueuse avec la France a par la suite bénéficié du soutien de la Direction générale pour l’appui à la réforme structurelle (DG REFORM) de la Commission européenne, et particulièrement du Programme d’appui à la réforme structurelle (PARS) afin de poursuivre le travail engagé. En se fondant sur l’étude des cas et l’implication de trois régions pilotes françaises (Grand Est, La Réunion, Provence-Alpes-Côte-d’Azur), cette deuxième étude, menée à la demande de la France1 et en étroite collaboration avec Régions de France et les Régions partenaires, vise à analyser les déterminants et les opportunités de l'internationalisation des régions françaises pour soutenir les exports et l'attractivité des territoires, dans la perspective d'un développement durable et inclusif et dans un environnement global transformé par la crise. Elle a bénéficié de la mobilisation de nombreux acteurs sur le terrain et au niveau national, réunis notamment dans son Comité de pilotage2. Ce rapport présente la synthèse des travaux conduits dans ce cadre :

Le Chapitre 1 présente le contexte, les principaux résultats et les recommandations proposées aux acteurs. Le Chapitre 2 discute l’impact de la crise liée à la pandémie de COVID-19 sur le positionnement des Régions dans la mondialisation, ainsi que les évolutions récentes dans le contexte de la relance et des autres mégatendances. Ce contexte confirme la nécessité d’adopter une approche régionale pour comprendre ces différents impacts, et concevoir les politiques nécessaires pour y répondre, en particulier en termes d’internationalisation et d’attractivité. Ces concepts qui nourrissent les chapitres suivants y sont précisés, ainsi que l’approche méthodologique adoptée pour cette étude.

Le Chapitre 3 propose deux outils mobilisant les statistiques permettant d’affiner le profil international des régions et d’établir leur profil d’attractivité de manière comparée (entre régions françaises et à l’échelle des régions de l’UE - et parfois de l’OCDE). Ces profils sont complétés par un troisième outil, l’analyse syntaxique des sites internet des Régions, qui met en évidence l’importance relative du sujet international et de l’attractivité dans la stratégie de communication digitale des autorités régionales et de leurs pairs limitrophes.

En complément de ce travail statistique, cette étude s’est appuyée sur la réalisation d’une enquête de terrain dans trois Régions-pilotes. Ce travail de terrain a permis d’identifier des politiques clés pour l’internationalisation et l’attractivité des territoires et la manière dont elles sont mises en œuvre. Les résultats de l’enquête, présentés au Chapitre 4, notamment sous forme de cartographies institutionnelles, donnent à voir la complexité des politiques de l’internationalisation et de l’attractivité. Ce constat résulte tout d’abord d’une mise en œuvre encore partiellement aboutie des réformes d’allocation des compétences aux Régions, contenues dans la loi Notre, et de la complexité résultant de la loi, notamment en matière d’allocation des compétences du tourisme entre les différentes collectivités territoriales. Elles sont aussi dues à la variété de fait, et ceci est vrai quel que soit le contexte institutionnel, des stratégies et acteurs qui composent les politiques d’internationalisation et d’attractivité, à différents niveaux de l’action publique. Au-delà de la clarification du « qui fait quoi », le constat appelle la mobilisation d’outils de coordination efficaces.

Le Chapitre 5 y répond en proposant deux autres outils. Un outil de clarification des principaux défis de coordination posés par ces politiques marquées par l’implication de différents niveaux de gouvernement et acteurs (sous la forme d‘une « checklist »). En s’appuyant sur l’analyse de la gouvernance pluri-niveaux proposée par l’OCDE, il donne à voir huit enjeux marquant le contexte de l’internationalisation et de l’attractivité régionales, ainsi qu’une série de propositions et d’exemples français et internationaux permettant d’y répondre. Il constitue un outil de dialogue efficace pour la coordination des parties prenantes aux politiques concernées. Puis, un outil opérationnel pour appuyer les acteurs publics dans le suivi de onze politiques clés d’internationalisation et d’attractivité régionales3 propose cinq indicateurs de suivi et d’évaluation concernant les étapes suivantes dans le domaine en question : intrants, processus, résultats, réalisations et impact de long-terme.

Cette étude de l’OCDE a permis de proposer dix recommandations aux autorités françaises pour soutenir la mise en œuvre des stratégies d’internationalisation et d’attractivité régionales. Un Guide opérationnel pour la mise en œuvre des recommandations pour l’internationalisation et l’attractivité des régions françaises, joint à ce rapport, propose un plan d’action pour la mise en œuvre de ces recommandations. S’appuyant sur les différentes leçons tirées de ce travail et les outils proposés, ce guide peut aider les acteurs publics dans l’élaboration des prochaines stratégies d’internationalisation et d’attractivité, et en particulier des SRDEII.

Références

[6] Bertelsmann-Stiftung (2020), “Attitude on Globalization on the eve of the corona crisis”, Globalization Survey.

[9] Charbit, C. and C. Gatignol (2022 à paraître), “Repenser les stratégies d’attractivité régionale dans le nouvel environnement”, OECD Regional Development Papers.

[5] McCann, P. (2020), “Perceptions of regional inequality and the geography of discontent: insights from the UK”, Regional Studies, Vol. 54, pp. 256-267.

[1] OECD (2021), Les Régions dans la Mondialisation: Une approche originale de l’internationalisation des régions et son application au cas français, https://www.oecd-ilibrary.org/docserver/5c76db6f-fr.pdf?expires=1627893107&id=id&accname=ocid84004878&checksum=B82F227EAFC24B013613C7DA8213BEE1.

[7] OECD (2021), Making trade work for all, https://www.oecd.org/trade/understanding-the-global-trading-system/making-trade-work-for-all/.

[3] Rodríguez-Pose, A. (2018), “The revenge of the places that don’t matter (and what to do about it)”, Cambridge Journal of Regions, Economy and Society, Vol. 11/1, pp. 189-209, https://doi.org/10.1093/cjres/rsx024.

[4] Rodrik, D. (2018), “Populism and the economics of globalization”, Journal of International Business Policy, Vol. 1/1, pp. 12-33, https://drodrik.scholar.harvard.edu/files/dani-rodrik/files/populism_and_the_economics_of_globalization.pdf.

[2] supérieur, D. (ed.) (2020), Économie de la mondialisation : Une reconfiguration en marche, 1re édition, LMD Économie.

[8] Tuccio, M. (2019), “Measuring and assessing talent attractiveness in OECD countries”, OECD Social, Employment and Migration Working Papers, No. 229, OECD Publishing, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/b4e677ca-en.

Notes

← 1. Instituée le 1er janvier 2020, l’ANCT est placée sous la tutelle du Ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. C’est une agence nationale qui dispose d’un délégué territorial dans chaque département, et contribue à la territorialisation des politiques publiques et soutient, y compris en financement et en ingénierie - les collectivités territoriales afin de les aider dans la réalisation de leurs compétences y compris en matière d’internationalisation et d’attractivité.

← 2. Ministère de cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales (DGCL), Ministère de la Culture, Ministère de l’économie, des Finances et de la Relance (DG Trésor), Ministère de l’Europe et des affaires étrangères, Ministère de la Transition écologique (CGEDD), Délégation interministérielle au développement de la vallée de la Seine, Secrétariat Général aux Affaires Européennes (SGAE), Douanes françaises, AFD, Atout France, Bpifrance, Business France, Caisse des Dépôts, CCI France.

← 3. Politiques d’attractivité auprès des investisseurs ; Stratégie de soutien à l’export ; Stratégie de relocalisation/réindustrialisation ; Politique d’attractivité des talents dans les secteurs en tension ; Politique d’attractivité des étudiants et chercheurs étrangers pour soutenir l’innovation ; Soutien au développement d’une offre touristique dans les territoires peu fréquentés ; Soutien à la « dessaisonalisation » de l’offre touristique ; Politique de valorisation du foncier économique ; Politique de lutte contre l’artificialisation des sols ; Soutien au développement des activités logistiques et portuaires ; Soutien à la digitalisation du territoire.

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