Avant-propos

Pourquoi considérer nos enseignants et chefs d’établissement comme de grands professionnels ? La plupart d’entre nous avons passé une partie de notre vie sur les bancs de l’école, ce qui nous autorise peut-être à penser que nous savons ce qu’est un « bon » professeur ou un « bon » chef d’établissement. Pourtant, être « bon » est loin de faire de quiconque un véritable professionnel.

Les « professionnels » se distinguent en effet par leur faculté de prendre des décisions, par leur liberté d’appliquer ces décisions et par leur contribution à la constitution du corpus de connaissances spécifiques à leur profession. Leur pouvoir de décision et d’action se fonde sur un socle de connaissances et de compétences spécifiques, qu’ils doivent à leur formation de qualité et à leur collaboration constante avec leurs pairs et d’autres parties prenantes. Pour les enseignants et les chefs d’établissement, la notion de professionnalisme recouvre non seulement la capacité de gérer son travail efficacement, mais aussi de s’employer à améliorer ses compétences, à collaborer avec ses collègues et les parents d’élèves et à faire face aux défis qui se présentent à eux avec créativité.

Cette conception du métier d’enseignant et de chef d’établissement n’est pas figée, elle évolue en permanence pour relever les défis de l’enseignement du XXIe siècle. On en attend toujours plus des enseignants et des chefs d’établissement, par exemple qu’ils favorisent l’acquisition de compétences sociales et émotionnelles et répondent aux besoins spécifiques de chaque élève. Les enseignants sont également censés s’adapter à l’évolution technologique et numérique et utiliser les technologies de l’information et de la communication (TIC) dans leur classe et dans leurs interactions avec leurs collègues. Au XXIe siècle, enseignants et chefs d’établissement sont doués de curiosité intellectuelle, sont capables d’observer et d’analyser ce qui se passe dans leur établissement et dans leur classe, en plus d’être des acteurs du changement. Enseigner aujourd’hui requiert une nouvelle forme de professionnalisme, unique en son genre.

L’Enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage (TALIS) nous offre la possibilité de découvrir ce professionnalisme et d’entendre ce que les enseignants et les chefs d’établissement ont à nous dire sur divers aspects de leur mission. Le premier volume de Résultats de TALIS 2018, Des enseignants et chefs d’établissement en formation à vie, montre qu’il y a partout, dans tous les pays et économies participants, un corps très motivé d’enseignants qui doivent avant tout leur vocation à leur volonté d’avoir une influence sur l’épanouissement des élèves et à venir en aide aux moins privilégiés d’entre eux. Les enseignants débutants sont souvent affectés dans les établissements les plus difficiles, qui accueillent davantage d’élèves ayant des besoins spécifiques ou issus de milieux défavorisés. Bien que les enseignants et les chefs d’établissement participent à des activités de formation continue, il n’en demeure pas moins qu’ils ressentent le besoin d’être mieux formés dans des domaines qui caractérisent l’enseignement du XXIe siècle, par exemple pour pouvoir mieux inculquer des compétences transversales, utiliser les TIC en classe et enseigner en milieu multiculturel ou plurilingue.

Ces constats méritent toute notre attention, car les conditions de travail et les processus à l’œuvre en classe évoluent. Dans de nombreux systèmes d’éducation, les enseignants ont devant eux des élèves venus d’horizons divers, dont les caractéristiques démographiques, le niveau de compétences et le milieu socio-économique sont très différents. Il apparaît dans le même temps que l’école devient de plus en plus bureaucratique et que les enseignants sont accablés de tâches, surtout administratives, sans grand rapport avec leur mission première qui est d’enseigner.

Ce second volume du rapport de TALIS, Des enseignants et chefs d’établissement comme professionnels valorisés, décrit les conditions de travail des enseignants et des chefs d’établissement et évalue la satisfaction et le bien-être que leur procure leur vie professionnelle. Il nous montre comment les établissements scolaires peuvent être propices à des environnements de travail productifs et stimulants où l’apprentissage par les pairs prend toute sa place et où les enseignants sont au cœur des discussions relatives à l’amélioration de l’enseignement.

L’Enquête TALIS nous apprend que la grande majorité des enseignants et des chefs d’établissement aiment leur travail – constat qui invite les systèmes d’éducation à s’appuyer sur leur enthousiasme pour faire de l’école un catalyseur de la stimulation intellectuelle. À défaut, c’est le désenchantement qui guette. Si stress et bureaucratie se combinent, l’enseignement perd tout à coup de son attrait et ne compte plus parmi les professions les plus respectées. Il est important de préciser ici que lorsque le bien-être des enseignants et des chefs d’établissement est pris en compte, ceux-ci sont plus motivés et plus enclins à continuer d’exercer leurs fonctions. À tel point que frustration et mécontentement ne sauraient être ignorés. L’Enquête TALIS identifie les sources de stress en vue de contribuer à atténuer leur impact, et montre que le stress ne doit pas être cette force qui paralyse tant dans les autres métiers.

L’Enquête TALIS nous apprend que si nous attendons des enseignants et des chefs d’établissements qu’ils agissent en véritables professionnels, nous devons commencer par les traiter comme tels. C’est-à-dire dialoguer franchement et ouvertement avec eux et entendre ce qu’ils nous disent, notamment à propos de leurs besoins personnels de formation.

Notre message reste le même : la qualité des systèmes d’éducation ne peut dépasser celle de leurs enseignants et de leurs chefs d’établissement. Néanmoins, le présent volume apporte un éclairage nouveau, car il montre que la qualité des enseignants et des chefs d’établissement ne peut pas non plus dépasser celle de leur formation, de leurs conditions de travail et de leurs possibilités de collaborer et de s’améliorer.

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Andreas Schleicher

Directeur de la Direction de l’éducation et des compétences

Conseiller spécial du Secrétaire général sur les politiques en éducation

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