5. Ségrégation résidentielle des immigrés : caractéristiques, déterminants, effets et mesures pour y remédier

Thomas Liebig
Gilles Spielvogel

Ce travail a été réalisé avec le soutien financier du ministère suédois de l’Emploi. Il comprend une contribution d’Anke Windisch (Consultante auprès de l’OCDE).

Il est clairement établi que les immigrés ne sont pas également répartis au sein des pays de l’OCDE et tendent à se concentrer dans certaines zones, surtout dans les grandes villes (OCDE, 2016[1]). Le cadre de vie des immigrés détermine leurs possibilités de nouer des contacts, d’apprendre la langue du pays d’accueil, et d’accéder à des ressources telles que les logements, les écoles, les employeurs potentiels, les nœuds de transport, etc. L’environnement local peut ouvrir de nouvelles perspectives, mais il peut aussi entraver l’intégration. Cela ne vaut pas seulement pour la situation des immigrés juste après leur arrivée mais aussi pour ce qui concerne leurs perspectives d’intégration future et celles de leurs descendants. La ségrégation résidentielle va le plus souvent de pair avec un moins grand nombre de contacts avec la société et avec les normes du pays d’accueil, aussi ses répercussions sur l’intégration sociale et sur la cohésion de la société dans son ensemble sont-elles également devenues un sujet d’étude.

De fait, beaucoup sont d’avis qu’une forte concentration des immigrés représente un obstacle à leur intégration. Une enquête de 2017 a révélé que, au sein de l’UE, plus de la moitié des citoyens considèrent que les interactions limitées entre les immigrés et les natifs constituent un « obstacle majeur » à l’intégration, et que plus de 80 % estimaient qu’un « plus grand brassage » entre les immigrés et les natifs permettrait une meilleure intégration (Commission européenne, 2018[2]).

Plus récemment, dans le contexte de la pandémie de COVID-19, beaucoup de pays de l’OCDE ont constaté que les immigrés étaient plus vulnérables sur le plan sanitaire, comme en attestent leur plus grand risque d’être infectés et leur plus forte probabilité de figurer parmi les cas graves (OCDE, 2020[3]). Des analyses approfondies des facteurs contextuels individuels sont parvenues à la conclusion qu’une partie de ce désavantage est associée à la forte concentration spatiale de certains groupes d’immigrés, même après la prise en compte des conditions de logement et des autres facteurs socioéconomiques.

Quels sont les facteurs qui déterminent la concentration spatiale des immigrés ? Quel est l’impact de cette concentration sur les résultats sur le plan de l’intégration ? Comment les politiques publiques peuvent-elle influer sur la concentration des immigrés et sur ses effets sur les résultats sur le plan de l’intégration ? Pour répondre à ces questions, le présent chapitre passe en revue les profils de concentration des immigrés au sein des pays de l’OCDE selon les régions, les villes et les quartiers, et il se penche sur certains des principaux facteurs qui déterminent les choix de localisation des immigrés, en s’appuyant sur un examen exhaustif de la littérature et sur une analyse des nouvelles données. Il étudie également les répercussions de la concentration et de la ségrégation résidentielle des immigrés sur les résultats et les perspectives en matière d’intégration, ainsi que les politiques mises en œuvre dans les pays de l’OCDE pour s’attaquer à ce problème – en s’appuyant sur un questionnaire envoyé à tous les pays de l’OCDE.

Il s’articule comme suit. La section 2 décrit les profils passés et présents de concentration spatiale des immigrés dans les pays de l’OCDE, à différentes échelles géographiques, y compris la question de la ségrégation résidentielle dans les villes. La section 3 passe en revue les facteurs qui déterminent les choix de localisation des immigrés et leur mobilité. La section 4 étudie les conséquences de la concentration des immigrés sur leur intégration. La section 5 examine dans quelle mesure les politiques publiques favorisent la ségrégation résidentielle ou s’attachent au contraire à y remédier. La section 6 tire pour conclure quelques enseignements à l’intention des pouvoirs publics.

Cette section examine tout d’abord la répartition régionale des immigrés, avant de porter son attention au niveau de la ville pour étudier leur concentration selon les quartiers. Elle décrit les profils historiques et actuels, en gardant à l’esprit que les différences de disponibilité des données selon les pays et les divisions géoadministratives propres à chacun d’eux peuvent limiter la comparabilité internationale.

Dans la plupart des pays de l’OCDE, le pourcentage d’immigrés au sein de la population tend à être plus élevé dans les zones urbaines que dans les zones rurales, ainsi que dans les régions les plus denses et dans les grandes villes. Cet état de fait a déjà été mis en lumière voici un demi-siècle dans les premières analyses empiriques des profils d’établissement des immigrés européens aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Attirés par de meilleures perspectives d’emploi et par la présence de personnes du même pays d’origine qu’eux, les nouveaux immigrants ont eu tendance à s’établir dans les États caractérisés par un pourcentage plus élevé de population urbaine et une plus forte densité démographique (Gallaway et Vedder, 1971[4] ; Gallaway, Vedder et Shukla, 1974[5]). Ce phénomène a également été observé dans plusieurs pays européens. Comme l’a relevé Noiriel (1988[6]) dans le cas de la France, les immigrés avaient déjà tendance à se concentrer dans les plus grandes villes industrielles à la fin du XIXe siècle. Au Royaume-Uni, Londres était le principal pôle d’attraction pour les immigrés : en 1881, la ville accueillait près d’un quart de tous les immigrés qui vivaient en Angleterre et au Pays de Galles, alors qu’elle ne représentait que 15 % de la population (Minnesota Population Center, 2020[7]). Les données montrent que, au début du XXe siècle, au Canada, en Angleterre, en Suède et aux États-Unis, les immigrés étaient systématiquement plus concentrés à l’échelle régionale que ne l’étaient les natifs, et qu’ils vivaient plus souvent en ville (Tableau annexe 5.A.1).

Les profils de localisation des immigrés selon les régions et les villes au cours de la seconde moitié du XXe siècle faisaient également apparaître une importante concentration. Tel était par exemple le cas aux États-Unis dans les différentes régions métropolitaines (Bartel, 1989[8]) et les différents États (Chiswick et Miller, 2004[9]). Comme le montre l’Encadré 5.2, cette tendance reste d’actualité.

Les pays européens se sont également caractérisés pendant des décennies par une forte concentration spatiale des immigrés, principalement dans leurs capitales. En Grande-Bretagne, en France, en Espagne et en Suède, la part de la population vivant dans les régions capitales est restée depuis les années 60 systématiquement plus élevée dans le cas des immigrés que dans celui des natifs (Graphique 5.2). En Grande-Bretagne, entre 1971 et 2020, de 35 % à 40 % de la population immigrée vivait dans le Grand Londres, alors que tel n’était le cas que pour environ 10 % des natifs. En France, la situation était assez similaire, bien que l’écart entre les personnes nées à l’étranger et celles nées dans le pays ait été plus faible. La part de la population née à l’étranger vivant dans la région Ile-de-France (qui englobe Paris et sa périphérie) est passée d’environ 25 % en 1962 à environ 35 % en 2017, alors que le pourcentage des natifs qui habitent dans cette région est resté proche de 17 %. En Espagne, la région de Madrid accueillait près de 19 % des immigrés en 1960, contre 8 % des natifs. Cet écart a quasiment disparu dans les années 90 avant de se creuser de nouveau : en 2001, 21 % des immigrés vivaient dans la Communauté de Madrid, pourcentage qui est redescendu à 19 % en 2020. Dans le cas de la Suède, en 2020, environ 30 % de tous les immigrés vivaient dans le comté de Stockholm, contre environ 20 % des natifs, alors que cet écart avait été sensiblement plus important antérieurement.

Les profils historiques décrits ci-dessus caractérisent encore très bien la situation actuellement observée dans différentes parties de la zone OCDE. Le pourcentage moyen d’immigrés au sein de la population d’âge actif dans les zones rurales de 25 pays européens de l’OCDE était en 2019 d’environ 7 %, contre 18 % dans les zones urbaines. Ce pourcentage plus élevé dans les zones urbaines est observé dans tous les pays européens de l’OCDE, quelle que soit la part totale des immigrés au sein de leur population. Au Canada et aux États-Unis, le pourcentage d’immigrés était également plus élevé dans les régions métropolitaines que dans le reste du pays (Graphique 5.3). L’écart entre les zones urbaines et rurales est bien plus faible dans les pays européens où l’immigration est relativement récente et répondait à des besoins de main-d’œuvre avant la crise économique mondiale de 2008, comme c’est par exemple le cas de l’Espagne, de la Grèce, de l’Irlande, de l’Italie et du Portugal. Il est aussi plus faible au Danemark, en Norvège et en Suède, où l’immigration est plus ancienne, mais qui comptent des pourcentages relativement élevés d’immigrés pour raisons humanitaires dispersés sur l’ensemble du territoire national. Ces trois derniers pays mettent par ailleurs tous en œuvre des politiques relativement vigoureuses pour éviter la concentration des immigrés (voir plus loin l’examen des politiques).

Par ailleurs, on observe généralement une corrélation positive entre le nombre d’habitants des villes et le pourcentage d’immigrés à l’échelle locale, qui est souvent la conséquence de la présence d’une plus forte proportion d’immigrés dans la capitale ou dans la plus grande ville. Tel est le cas dans la plupart des pays européens de l’OCDE, malgré une certaine hétérogénéité (Tableau 5.1.). À titre d’exemple, dans la plus grande zone urbaine française, Paris, le pourcentage de personnes nées à l’étranger était proche de 22 % en 2014, alors qu’il n’était que de 11 % dans toutes les autres zones urbaines françaises prises ensemble. En Espagne, les immigrés comptaient en 2019 pour 19 % de la population dans chacune des deux plus grandes villes, Madrid et Barcelone, alors qu’ils n’en représentaient que 12 % dans les autres villes considérées conjointement. En Suède, cependant, l’écart était moins marqué entre la plus grande ville, Stockholm (25 % d’immigrés en 2018) et les autres zones urbaines du pays (20 % d’immigrés). Dans les pays où les immigrés représentent une part globale plus modeste, leur concentration spatiale dans la plus grande ville peut également être non négligeable. Tel est par exemple le cas en Finlande, où, en 2019, 12 % de la population d’Helsinki était née à l’étranger, alors que ce chiffre n’était que de 5 % en moyenne dans les autres villes. Dans le cas de la Belgique, un récent rapport au gouvernement a mis en lumière que le pourcentage de ressortissants étrangers dans les principales villes était extrêmement variable : il était de 40 % à Bruxelles et de 25 % à Anvers, les deux plus grandes villes, mais seulement de 7 % à Bruges et de 10 % à Namur (SPF Emploi et Unia, 2020[11]). L’Allemagne fait figure d’exception à cette règle : pour des raisons historiques, la plupart des grandes villes ouest-allemandes ont une plus forte proportion d’immigrés que Berlin ; en 2019, 35 % de la population de Francfort était née à l’étranger, alors que tel n’était le cas que de 22 % de celle de Berlin.

On observe également une forte concentration d’immigrés dans les plus grandes villes en Australie, au Canada, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis (Tableau 5.1.). En Australie, en 2016, le pourcentage d’immigrés était plus de deux fois plus élevé à Sydney et dans les autres capitales d’États que dans le reste du pays1. Un phénomène similaire a été observé en Nouvelle-Zélande, où Auckland comptait 42 % d’immigrés en 2018, alors que ceux-ci ne représentaient que 26 % de la population dans les autres grandes zones urbaines. Au Canada, le pourcentage d’immigrés au sein de la population atteignait en moyenne 30 % dans les régions métropolitaines (RMR) en 2016, alors qu’il était inférieur à 8 % à l’extérieur des plus grandes villes. Il était particulièrement élevé à Toronto (49 %), la plus grande ville, et à Vancouver (45 %), la troisième plus grande ville. Aux États-Unis, en 2018, près de 15 % de la population des régions métropolitaines était née à l’étranger, alors que le pourcentage correspondant n’était que de 4 % dans le reste du pays. Le pourcentage d’immigrés était particulièrement élevé dans certaines des plus grandes régions métropolitaines comme celles de New York-Newark-Jersey City (29 %) et de Los Angeles-Long Beach-Anaheim (33 %) – les deux régions métropolitaines les plus peuplées – ou encore celle de Miami-Fort Lauderdale-West Palm Beach (40 %). Dans le même temps, il n’était que de 6.6 % en moyenne dans les régions métropolitaines dont la population se situait entre 75 000 et 500 000 habitants.

Dans les pays de l’OCDE où le pourcentage global d’étrangers ou de personnes nées à l’étranger est bien moins élevé, on observe également une importante concentration d’immigrés dans les plus grandes villes (Tableau 5.1.). Tel est par exemple le cas au Japon où la part des étrangers2 au sein de la population s’élevait en 2018 à 4 % dans la préfecture de Tokyo, alors que le pourcentage était de 2.1 % pour l’ensemble du Japon3. En Corée, en 2015, plus de 65 % de tous les étrangers vivaient dans la Région capitale de Séoul, qui concentrait la moitié de la population totale du pays, les étrangers comptant pour 3.6 % de la population de la région et 2.7 % de celle du pays. Le pourcentage d’étrangers était toutefois inférieur à la moyenne dans les grandes villes extérieures à la capitale, telles que Busan et Daegu, ainsi que dans les autres capitales de province.

En Amérique latine, les immigrés sont souvent concentrés dans les villes frontalières (Tableau 5.1.). Au Chili, la part de la population née à l’étranger était en 2017 de 4.5 % à l’échelle nationale, alors qu’elle atteignait 8.3 % dans la province de Santiago, la capitale. Elle était même supérieure dans les capitales des trois régions septentrionales d’Arica et Parinacota, Tarapacá, et Antofagasta, qui sont frontalières du Pérou et de la Bolivie. Ces chiffres ne tiennent cependant pas pleinement compte des réfugiés vénézuéliens qui sont arrivés au Chili ces dernières années. En 2019, le nombre de ressortissants vénézuéliens qui vivaient au Chili a augmenté de plus de 160 000 personnes, et plus de la moitié des Vénézuéliens nouvellement arrivés dans le pays vivaient dans la région métropolitaine de Santiago, ce qui a eu un effet notable sur la répartition globale des immigrés dans le pays. On observe un phénomène similaire en Colombie : le pourcentage d’immigrés était d’environ 5 % à Bogotá en 2020, alors qu’il était de 13 % dans les plus grandes villes proches de la frontière avec le Venezuela. Au Mexique, en 2020, un quart de l’ensemble des personnes nées à l’étranger vivait à Mexico ou dans la plus grande ville de chacun des six États situés le long de la frontière avec les États-Unis, alors que ces sept villes n’accueillaient conjointement que 13 % de la population totale4.

La relation entre le pourcentage d’immigrés et le nombre d’habitants de la ville présente des différences notables selon le lieu de naissance des immigrés. Le Graphique 5.4 et les résultats présentés au Tableau annexe 5.A.2 le montrent clairement pour les pays européens : la corrélation entre le nombre d’habitants de la ville et le pourcentage d’immigrés est plus faible pour les immigrés nés dans l’UE que pour ceux nés hors de l’UE. Un profil de concentration variable selon les groupes d’immigrés est également observé dans le cas du Canada (Graphique 5.5) et des États-Unis (Graphique 5.6). Pour ce qui est des immigrés nés en Amérique du Nord (c’est-à-dire principalement ceux nés aux États-Unis dans le cas du Canada, et ceux nés au Canada dans celui des États-Unis), on ne constate fondamentalement aucune corrélation entre leur part dans la population totale et la taille des villes. Au Canada, on observe une forte corrélation positive en ce qui concerne les immigrés nés en Asie. De fait, plus des deux tiers de tous les immigrés asiatiques qui vivaient dans des villes canadiennes en 2016 résidaient dans les trois plus grandes villes : Toronto (42 %), Vancouver (19 %) et Montréal (7 %). Ces trois villes accueillaient par contre 55 % des immigrés nés en Europe et seulement 43 % de ceux nés en Amérique du Nord, niveau proche de la part de ces villes dans l’ensemble de la population urbaine du Canada. Aux États-Unis, on constate une corrélation particulièrement forte entre la taille de la ville et le pourcentage d’immigrés nés en Amérique centrale et du Sud et dans les Caraïbes. Près de 35 % des immigrés nés dans cette région qui vivaient dans les zones métropolitaines habitaient dans l’une des trois villes qui accueillaient le plus grand nombre d’immigrés en 2018 (à savoir les régions métropolitaines de New York, Los Angeles et Miami), alors que ce pourcentage était de 27 % pour les immigrés européens ou asiatiques.

Les immigrés ont également tendance à se concentrer dans les villes. Ce point est admis depuis longtemps et a donné lieu à une vaste littérature transdisciplinaire sur la ségrégation résidentielle des immigrés en fonction des quartiers (voir l’annexe pour un examen des problèmes de mesure).

En prenant appui sur la littérature existante, il est possible de décrire certains aspects de la ségrégation résidentielle des immigrés dans plusieurs pays de l’OCDE. Cette description ne pourra être qu’en partie comparative du fait que la ségrégation est souvent mesurée selon différentes dimensions et différentes unités géographiques en fonction des contextes. Par ailleurs, certaines études portent expressément sur les immigrés, alors que d’autres traitent de la question plus large de la ségrégation résidentielle ethnique et prennent également en compte les descendants d’immigrés nés dans le pays.

Dans une récente étude comparative, Andersson et al. (2018[12]) ont analysé les profils de ségrégation résidentielle au niveau des quartiers en 2011, en Belgique, au Danemark, aux Pays-Bas et en Suède. Rogne et al. (2020[13]) ont utilisé exactement la même méthodologie pour ajouter la Norvège à cette comparaison. Ces deux études se sont appuyées sur des données de registre individuelles géocodées issues des cinq pays pour établir des mesures comparatives de la ségrégation résidentielle des immigrés extraeuropéens sur l’ensemble du territoire de chaque pays, à différentes échelles spatiales (depuis les petits quartiers d’environ 200 habitants jusqu’aux zones plus vastes d’environ 51 000 habitants). Au niveau de la plus petite échelle spatiale, qui correspond aux quartiers de 200 habitants, elles constatent que les profils de concentration sont remarquablement similaires pour les quatre premiers pays, alors que la Norvège se distingue par un degré de ségrégation bien plus faible, tel qu’il est mesuré par l’indice de dissimilarité (voir l’Encadré d’annexe 5.A.1 pour la définition). Aux niveaux supérieurs, la Belgique présentait une concentration relativement forte par rapport aux autres pays (Tableau 5.2).

Le cas de la Belgique a en outre été analysé par Costa et De Valk (2018[14]). Ceux-ci ont mis en évidence un processus de regroupement des émigrés défavorisés dans les centres-villes de Belgique. Malgré la position centrale des quartiers où les immigrés et la pauvreté sont fortement concentrés, ils ont constaté une concentration très élevée, tant par son extension que par la densité démographique. Ils ont établi que les facteurs macro tels que la politique du logement constituent les principaux déterminants des profils de ségrégation dans les villes belges. À Bruxelles, en 2016, le pourcentage de personnes d’origine étrangère était bien plus élevé dans les quartiers à plus faible revenu : il atteignait 81 % à Saint-Josse-ten-Noode, Molenbeek, Anderlecht et Schaerbeek (SPF Emploi et Unia, 2020[11]).

Pour l’Allemagne, Buch, Meister et Niebuhr (2021[15]) ont constaté, en s’appuyant sur des données géocodées pour 2007-09, que le degré de ségrégation des ressortissants étrangers était relativement faible dans les villes allemandes, malgré de considérables variations selon les villes tant du point de vue de la ségrégation que de la diversité. Les villes de l’est de l’Allemagne se caractérisaient par un faible pourcentage de travailleurs étrangers au sein de leur population, par une grande diversité du point de vue de l’origine des travailleurs étrangers et par un degré de ségrégation supérieur à la moyenne. Les plus grandes villes de l’ouest de l’Allemagne, ainsi que les principales villes universitaires, présentaient en règle générale une structure démographique diversifiée, assortie de faibles degrés de ségrégation. En revanche, les villes de la vieille région industrielle de la Ruhr se caractérisaient par des degrés de ségrégation supérieurs à la moyenne et par une diversité relativement réduite. Examinant les différences entre les diverses populations de nationalité étrangère présentes en Allemagne, Sager (2012[16]) a évalué la ségrégation résidentielle des immigrés originaires de Turquie, d’Italie, des Balkans et d’Europe orientale, et il s’est tout particulièrement intéressé au lien entre ségrégation sociale et ségrégation selon la nationalité. Il a constaté que ces quatre groupes d’immigrés présentaient tous d’importants niveaux de concentration résidentielle sous la forme d’une surexposition à la population de même origine qu’eux. Son étude mesurait également l’effet de la sélection socioéconomique au niveau du quartier sur la ségrégation résidentielle des ressortissants étrangers. Elle montrait que les différences de revenu, de niveau d’études, de compétences linguistiques et de taille du village ou de la ville pouvaient expliquer de 29 % à 84 % de l’isolement résidentiel de ces quatre groupes de population (voir l’Encadré d’annexe 5.A.1 pour la définition de l’indice d’isolement).

Le cas de la Suède a été étudié en détail par Malmberg et al. (2018[17]). Ceux-ci ont analysé les évolutions de la composition des quartiers suédois à différentes échelles depuis les années 90 jusqu’au milieu des années 2010. Leurs résultats confirment que les immigrés, et plus particulièrement ceux originaires de pays extraeuropéens, faisaient face en Suède à des niveaux élevés de ségrégation. La forte augmentation des populations extraeuropéennes s’est conjuguée à des degrés élevés de ségrégation pour accroître le pourcentage d’immigrés extraeuropéens vivant dans des quartiers qui comptaient déjà de fortes proportions d’immigrés extraeuropéens. Les auteurs ont cependant mis en évidence une tendance à la diminution de la ségrégation mesurée par l’indice de dissimilarité à tous les niveaux d’échelle, depuis 1990 dans le cas des immigrés européens et depuis 1997 dans celui des extraeuropéens.

Les évolutions de la ségrégation des immigrés en France au cours des 40 dernières années ont été examinées par Pan Ké Shon et Verdugo (2015[18]). Tout comme d’autres pays européens, la France a connu une augmentation de la proportion d’immigrés au sein de sa population qui s’est caractérisée par une nouvelle prépondérance de l’immigration extraeuropéenne. Malgré cela, les niveaux moyens de ségrégation sont demeurés modérés. On peut observer une baisse sensible de la ségrégation résidentielle des immigrés depuis la fin des années 60 jusqu’à la fin des années 80, du fait en partie de l’éradication des bidonvilles situés à la périphérie d’un certain nombre de grandes villes françaises, et de la diffusion spatiale associée à des solutions de logement plus diversifiées. Depuis les années 90, la ségrégation résidentielle mesurée par l’indice de dissimilarité est demeurée relativement stable pour la plupart des groupes de même origine. Cependant, le nombre de secteurs de recensement comptant plus de 30 % d’immigrés dans la population a augmenté, en particulier au cours des années 2000. L’étude, qui procédait à une comparaison de la répartition des immigrés et des natifs entre les différents secteurs de recensement en 2007, a montré que les trois quarts environ des natifs vivaient dans des secteurs de recensement comptant au maximum 15 % d’immigrés (de toutes origines). En revanche, seulement un tiers environ des immigrés d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne ou d’Asie de l’Est vivaient dans ces secteurs de recensement, et environ 20 % d’entre eux vivaient dans des secteurs de recensement comptant plus de 30 % d’immigrés.

Une étude récente offre des indications supplémentaires sur les évolutions de la ségrégation résidentielle des immigrés et de leurs enfants en France depuis les années 90 (Botton et al., 2020[19]). Les auteurs ont constaté que les immigrés d’origine européenne présentent une ségrégation faible et stable au fil du temps, telle que mesurée au travers de l’indice de dissimilarité. Ceux d’origine extraeuropéenne, et en particulier leurs enfants, subissent une ségrégation bien plus forte, quoique tel ait été moins le cas en 2015 qu’en 1990. Cependant, compte tenu de l’augmentation de leurs effectifs, les enfants qui vivent avec au moins un parent immigré extraeuropéen ont une plus grande probabilité de vivre dans des quartiers où ils composent la majorité des moins de 18 ans (38 % en 2015, contre 17 % en 1990).

Pour ce qui est des États-Unis, Iceland et Scopilliti (2008[20]) ont examiné l’ampleur de la ségrégation résidentielle des immigrés de différentes origines raciales et ethniques sur la base des données issues des recensements de 1990 et 2000. Leurs conclusions soutenaient pour une large part la théorie de l’assimilation spatiale, qui postule que la mobilité résidentielle est une conséquence de l’acculturation et de la mobilité sociale des individus, qui aboutissent à la dispersion des membres des populations immigrées ou des minorités et à leur déségrégation au fil du temps. Les Hispaniques, les Asiatiques et les Noirs nés à l’étranger paraissaient subir un plus haut degré de ségrégation, par rapport aux Blancs non hispaniques nés dans le pays, que les membres de ces mêmes groupes ethniques nés aux États-Unis. Pour les Hispaniques et les Asiatiques, cette situation pourrait s’expliquer par les caractéristiques moyennes des personnes nées à l’étranger qui sont généralement associées à des degrés de ségrégation plus élevés, tels que de plus faibles niveaux de revenu, de compétences en anglais, et d’accession à la propriété. Les auteurs ont également constaté que les immigrés qui résidaient aux États-Unis depuis plus longtemps subissaient généralement une moindre ségrégation que les nouveaux arrivants. Cependant, les situations étaient également variables selon les groupes de population. Les niveaux de ségrégation étaient bien plus élevés pour les immigrés noirs que pour les immigrés asiatiques, hispaniques, ou blancs. En outre, les immigrés noirs ayant, en moyenne, un statut socioéconomique plus élevé que les Noirs nés aux États-Unis, ces caractéristiques ne pouvaient contribuer à expliquer leur degré très élevé de ségrégation.

Une analyse plus récente porte sur la manière dont la suburbanisation a affecté aux États-Unis la ségrégation résidentielle des populations nées à l’étranger (Farrell, 2016[21]). Si les centres-villes exercent généralement une plus grande attraction que les quartiers suburbains dans la plupart des pays européens, c’est l’inverse qui est vrai aux États-Unis, où les habitants des banlieues des grandes régions métropolitaines ont d’ordinaire des niveaux de revenu plus élevés que les habitants des noyaux urbains. Dans ce contexte, le déménagement du centre-ville vers un quartier de la périphérie est généralement considéré comme un signe d’ascension sociale. Sur la base des données issues du recensement décennal et de l’American Community Survey, couvrant la période 2000-12, l’étude a suivi les profils d’établissement dans les zones suburbaines de 17 groupes de population définis par leur pays d’origine. Ses résultats mettaient en évidence une rapide suburbanisation de la plupart de ces groupes au cours des années 2000, malgré des taux de suburbanisation sensiblement différents selon leur pays d’origine. Les immigrés habitant dans les zones suburbaines subissaient généralement un moindre degré de ségrégation par rapport aux Blancs nés aux États-Unis que les populations de même origine ethnique établies dans les grandes villes. Au niveau de la métropole, la suburbanisation était associée à de plus faibles degrés de ségrégation des immigrés, même après la prise en compte des caractéristiques pertinentes des régions métropolitaines. Ces résultats sont cohérents avec la théorie de l’assimilation spatiale, bien que les évolutions dans le temps évoquent une situation plus complexe. Si les immigrés accèdent aux banlieues, la plupart des groupes subissaient une ségrégation grandissante malgré leur rapide suburbanisation. C’est là une conséquence d’une ségrégation croissante au sein des banlieues, qui compense souvent la diminution de la ségrégation observée dans les grandes villes.

Une étude sur le Canada a également mis en lumière la suburbanisation croissante des immigrés dans les grandes villes (Houle et Vézina, 2017[22]). S’appuyant sur des données issues des recensements de 2001 et de 2006 et de l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011, les auteurs ont montré que l’établissement de la population immigrée dans les municipalités (subdivisions de recensement) situées à la périphérie des municipalités centrales a régulièrement progressé entre 2001 et 2011 dans les régions métropolitaines de Montréal, Toronto et Vancouver. Au cours de cette période, le pourcentage d’immigrés vivant dans la périphérie est passé de 27 % à 33 % à Montréal, de 40 % à 50 % à Toronto, et de 66 % à 72 % à Vancouver. Cette tendance à la suburbanisation des immigrés s’observe non seulement parmi les immigrés établis au Canada depuis plusieurs années et leurs descendants de la seconde génération, mais aussi parmi les immigrés récents installés depuis au maximum cinq ans. Cette évolution du profil d’établissement des immigrés ne signifie toutefois pas que leur concentration spatiale ait diminué. De fait, l’indice de dissimilarité est plus élevé dans les municipalités de la périphérie que dans le centre des trois villes considérées.

Les données démographiques par pays ou région d’origine désagrégées spatialement font clairement apparaître la concentration des immigrés dans certains quartiers d’un large éventail de villes de la zone OCDE. Des exemples en sont fournis pour certaines capitales européennes par le Graphique 5.7, qui présente le quotient de localisation des immigrés extracommunautaires à un niveau spatial très fin, sur la base de la série de données Data for Integration (D4I) publiée par le Centre commun de recherche de la Commission européenne (Alessandrini et al., 2017[23]) (voir la méthodologie à l’Encadré annexe 5.A.2). Les cartes présentées font apparaître que les profils de localisation des immigrés extracommunautaires sont très variés selon les villes européennes. Par exemple, à Berlin, on observe une nette différence entre les anciennes parties occidentale et orientale de la ville, le pourcentage d’immigrés étant bien plus élevé dans la partie occidentale que dans la partie orientale, et plutôt dans le centre-ville que dans les quartiers de la périphérie. Ce profil assez exceptionnel résulte du fait que Berlin était une ville séparée avant la chute du Rideau de fer – certains des districts du centre-ville en constituaient la périphérie avant 1990. À Paris, les immigrés extracommunautaires se trouvent fortement concentrés dans la partie nord et nord-est de la zone urbaine, en particulier dans le département de la Seine-Saint-Denis, ainsi que le long de la Seine au sud-est de Paris. Dans ces quartiers, le pourcentage d’immigrés extracommunautaires au sein de la population est au moins deux fois supérieur à la moyenne de l’ensemble de la zone urbaine. À Londres, le pourcentage d’immigrés extracommunautaires est supérieur à la moyenne dans plusieurs zones de grande ampleur de la ville, en particulier dans le Nord-Ouest et dans l’Ouest (Kenton, Harrow, Wembley, Southall, Hounslow) ainsi que dans le Nord-Est (Ilford, Barking). En revanche, à Rome, les immigrés extracommunautaires sont regroupés dans des zones bien moins étendues éparpillées un peu partout dans la ville.

Dans les pays couverts par la série de données D4I, les villes présentent des degrés de ségrégation très variables (Graphique 5.8). Dans un certain nombre de villes, l’indice de dissimilarité des immigrés extracommunautaires, qui indique le pourcentage des membres de ce groupe qui devrait changer de quartier de résidence pour assurer une répartition homogène, est inférieur à 20 %, alors que dans d’autres il est supérieur à 50 %. Il existe également des différences selon les pays : en moyenne, les villes françaises, allemandes et néerlandaises présentent des degrés de ségrégation résidentielle des immigrés extracommunautaires plus faibles que les villes britanniques, italiennes ou espagnoles. Dans le cas de l’Italie et de l’Espagne, et dans une certaine mesure dans celui de l’Allemagne, il existe une corrélation négative entre le pourcentage d’immigrés extracommunautaires au niveau des villes et leur indice de dissimilarité. En Espagne et en Italie, en particulier, l’indice de dissimilarité atteint des niveaux élevés dans des villes où le pourcentage d’immigrés extracommunautaires est assez faible. En revanche, en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, on n’observe aucune corrélation manifeste entre l’indice de dissimilarité et le pourcentage d’immigrés extracommunautaires.

Pour ce qui est de la Suède, les données disponibles mettent en évidence une augmentation modérée de la ségrégation résidentielle des immigrés dans les trois plus grandes villes (Stockholm, Göteborg et Malmö) entre 2007 et 2017, telle qu’elle est mesurée par l’indice de dissimilarité des personnes nées à l’étranger par rapport à celles nées dans le pays (Fjellborg et Söderhäll, 2021[24]). La ségrégation résidentielle des personnes nées dans le pays de parents étrangers, par rapport à celles nées dans le pays de parents suédois, a cependant enregistré une augmentation bien plus forte et régulière au cours de cette période (Graphique 5.9). À Stockholm, les immigrés nés hors de l’UE sont principalement concentrés dans les banlieues où les grands ensembles locatifs construits au cours de la période 1955-80 occupent une place prépondérante (telles que Rinkeby au nord de Stockholm, Vårberg à Huddinge, etc.). La zone la plus centrale de Stockholm comportant une forte concentration de personnes nées hors de l’UE est Östberga, une vieille banlieue dont l’aménagement avait été planifié dans les années 50. Dans le centre-ville et dans les banlieues composées de maisons individuelles, le pourcentage d’immigrés extracommunautaires est bien inférieur, et une grande majorité de la population est née dans le pays ou au sein de l’UE. Le même profil peut être observé à Göteborg, où les immigrés extraeuropéens se trouvent fortement concentrés dans de vastes banlieues modernistes (comme Angered) (Graphique 5.10).

Au Canada, les données au niveau du secteur issues du recensement de 2016 mettent également en évidence que les personnes nées à l’étranger se trouvent concentrées dans certains quartiers (Graphique 5.12). Par exemple, à Toronto, Scarborough et Markham sont deux quartiers où les immigrés, en particulier asiatiques, sont surreprésentés. À Montréal, de nombreux immigrés haïtiens vivent dans certains secteurs de la ville, tels que Montréal-Nord, où ils représentent plus de 15 % de la population totale dans plusieurs secteurs de recensement.

Une évaluation plus systématique des conditions de vie dans les quartiers canadiens qui comportent un pourcentage élevé d’immigrés peut être obtenue en se penchant sur la corrélation entre les pourcentages des différents groupes d’immigrés au niveau des secteurs et les indicateurs des niveaux de vie à l’échelle locale, tels que le revenu moyen ou le pourcentage de personnes vivant dans des logements inadéquats. Comme le montre le Graphique 5.13, on observe une corrélation négative systématique entre le pourcentage des immigrés originaires de pays africains, asiatiques et américains et les deux indicateurs du niveau de vie à l’échelle du secteur dans les principales régions métropolitaines du Canada. Cette corrélation est cependant absente ou en tout cas moins marquée pour les immigrés européens, ainsi que dans les villes de taille plus modeste. Parmi les grandes villes, Vancouver constitue un cas à part : contrairement aux autres régions métropolitaines, on n’y observe pas de corrélation négative entre le revenu moyen au niveau du secteur et le pourcentage d’immigrés africains ou américains, et le revenu moyen y est sensiblement plus faible dans les secteurs qui comportent une plus forte proportion d’immigrés asiatiques. Il en est probablement ainsi parce qu’il y a relativement peu d’immigrés non asiatiques à Vancouver, par rapport à Toronto et à Montréal. Les Asiatiques constituent donc le seul groupe d’immigrés fortement concentré à l’échelle du secteur à Vancouver, alors qu’il est bien plus fréquent que d’autres groupes se trouvent dans cette situation dans les autres grandes villes.

Dans le cas du Japon, s’appuyant sur des données issues des trois recensements les plus récents, Korekawa (2021[25]) a montré que le pourcentage d’étrangers vivant dans des secteurs de recensement comptant au moins 10 % d’étrangers a rapidement augmenté entre 2010 et 2015 : cette proportion était de 5.4 % en 2010 et de 9.9 % en 2015. En outre, les immigrés brésiliens avaient une bien plus grande probabilité (19.5 %, en 2015) que les ressortissants chinois (3.8 %) de vivre dans ce type de quartiers, ce qui fait apparaître des profils d’intégration spatiale très différents. Dans un certain nombre de préfectures, le pourcentage d’étrangers vivant dans des quartiers caractérisés par une concentration d’immigrés était supérieur à 15 %.

La composition des élèves dans les écoles reflète le degré de ségrégation résidentielle dans la zone correspondante, en particulier lorsque l’école d’affectation est strictement déterminée par le lieu de résidence. La concentration des enfants d’immigrés dans les écoles est chose courante dans tous les pays de l’OCDE. À l’échelle de la zone OCDE, les trois quarts des élèves de 15 ans nés de parents immigrés fréquentent des écoles où au moins un quart de leurs camarades de classe ont également des parents immigrés, et presque un cinquième d’entre eux sont scolarisés dans un établissement où plus des trois quarts de leurs camarades de classe se trouvent dans ce cas. Le pourcentage est naturellement plus élevé dans les pays où la présence immigrée est plus importante que dans ceux où elle est plus modeste. Le Graphique 5.14 présente un indicateur comparable, à savoir le pourcentage d’enfants d’immigrés dont l’école se situe dans le quartile correspondant au degré de concentration le plus élevé.

En moyenne, dans la zone OCDE, plus de la moitié de tous les enfants d’immigrés fréquentent une école du quartile supérieur de concentration. Cette concentration atteint son plus haut niveau dans les pays où les populations immigrées sont relativement modestes, alors que les enfants d’immigrés sont bien plus dispersés dans les pays ayant de forts pourcentages d’immigrés.

Dans le même temps, la concentration des enfants d’immigrés dans les écoles a augmenté dans la plupart des pays de l’OCDE entre 2006 et 2018 (Graphique 5.15). Parmi les 33 pays de l’OCDE qui ont enregistré des pourcentages croissants d’enfants d’immigrés de 15 ans depuis 2006, seuls la Grèce, le Luxembourg, la Nouvelle-Zélande et la Suisse n’ont pas connu une augmentation de leur concentration. Dans tous les autres pays, le pourcentage d’enfants d’immigrés s’est accru, et sa progression a été deux fois plus rapide dans les écoles où leur concentration est plus élevée que dans les autres.

La concentration spatiale des immigrés au niveau régional, ainsi que dans les villes, est le résultat de leurs choix de localisation. Pour comprendre les évolutions de la concentration ou de la ségrégation résidentielle, il faut donc caractériser les choix de localisation initiale des immigrés à leur arrivée dans le pays de destination, ainsi que leur mobilité résidentielle ultérieure. Les immigrés tendent-ils à s’établir dans des zones où une part importante de la population est déjà de même origine qu’eux, ou ont-ils plutôt tendance à quitter ces quartiers ? En outre, la ségrégation résidentielle dans une zone donnée est affectée par les choix de localisation des natifs, même en l’absence de toute évolution des profils de localisation des immigrés. Les natifs tendent-ils à quitter les quartiers à forte concentration d’immigrés ? Et, lorsqu’ils déménagent, choisissent-ils des destinations où il y a moins d’immigrés ?

De nombreuses études ont été consacrées aux choix de localisation initiale des immigrés aux États-Unis, et se sont intéressées aux arrivées enregistrées depuis le milieu des années 60 jusqu’à ces dernières années. S’appuyant sur des données issues du recensement de 1980, Bartel (1989[8]) a montré que les immigrés récemment arrivés tendaient à vivre dans des villes où les immigrés des mêmes pays d’origine étaient déjà présents, ce qui met en évidence dans quelle mesure le réseau social lié à leur pays d’origine contribue à faciliter l’installation et l’intégration des immigrés dans leur pays de destination. Cette variable jouait un rôle similaire pour les immigrés asiatiques et hispaniques, mais s’avérait un peu moins importante pour les immigrés européens. Par ailleurs, le niveau d’études atténuait cette corrélation, ce qui porte à croire que les immigrés ayant un niveau d’éducation élevé étaient moins dépendants du réseau social lié à leur pays origine pour leur installation.

Dans le cas des immigrés arrivés au début des années 2000, Huang et Newbold (2017[26]) ont constaté que la dispersion des groupes de nouveaux immigrés était variable selon leur origine, mais que tous étaient néanmoins attirés par la présence de populations de la même origine ethnique et par l’existence de meilleures conditions du marché du travail dans leur lieu de destination. La concentration ethnique jouait cependant un rôle bien plus important que les conditions du marché du travail dans le choix du lieu de destination, surtout dans le cas des personnes ayant un niveau d’éducation peu élevé. En revanche, la concentration ethnique exerçait un fort effet négatif sur les choix de localisation des nouveaux immigrés ayant un niveau d’éducation élevé.

On observe également d’importantes différences dans les profils d’établissement et de mobilité selon les catégories d’entrants. Par exemple, dans le cadre d’une étude des choix de localisation des nouveaux bénéficiaires d’une résidence permanente légale et des nouveaux réfugiés entre 1989 et 1994, Zavodny (1999[27]) a rapporté que les résidents permanents légaux admis aux États-Unis au titre de préférences fondées sur l’emploi s’établissaient dans des États aux conditions économiques favorables et moins associés à la localisation des autres populations nées à l’étranger que ce n’est le cas pour la plupart des autres catégories d’admission. Par ailleurs, les nouveaux réfugiés et les réfugiés qui obtiennent le statut de résidents permanents à long terme paraissaient avoir une plus grande probabilité de s’installer dans les États offrant les meilleures prestations sociales. Ce fait pourrait cependant être également lié à d’autres facteurs tels qu’une plus grande propension de ces États à accepter les réfugiés. De même, analysant les choix de localisation des immigrés (1971-2000) par catégorie, Jaeger (2007[28]) a constaté que les immigrés avaient une plus grande probabilité de se diriger vers les États dont un plus grand pourcentage de la population est formé d’individus venant de leur région de naissance. Les conditions du marché du travail avaient une incidence sur les choix de localisation des immigrés indépendamment du moment considéré et quelle que soit la catégorie d’admission, mais elles constituaient surtout un important déterminant de la localisation des immigrés pour des raisons liées à l’emploi.

Bien que la plus grande partie des études portant sur les États-Unis se penchent sur les choix de localisation au niveau des États, Scott, Coomes et Izyumov (2005[29]) ont analysé les choix de localisation au niveau des régions statistiques métropolitaines (MSA) des nouveaux immigrés pour des raisons liées à l’emploi arrivés en 1995. Ils ont constaté que les immigrés économiques étaient généralement attirés par les grandes villes ayant un climat plus chaud, des salaires plus élevés, et une population plus instruite. Ils ont également relevé que la tendance des immigrés à s’établir dans les localités où vivait déjà une plus forte proportion d’immigrés de même origine qu’eux était très variable selon leurs caractéristiques individuelles, telles que l’âge, le niveau d’études et l’état matrimonial.

Bauer, Epstein et Gang (2005[30]) ont étudié les choix de localisation des immigrés mexicains dans les différentes villes ou différents comtés des États-Unis en s’appuyant sur des données d’enquête issues du Mexican Migration Project5, et ils ont constaté qu’ils étaient attirés par les localités où le pourcentage de Mexicains au sein de la population était plus élevé. Cet effet était cependant atténué par la maîtrise de l’anglais : son incidence était plus forte sur les choix de localisation des immigrés ayant les plus faibles compétences linguistiques, alors qu’elle était plus modeste pour ceux qui maitrisaient le mieux la langue.

En dehors des États-Unis, la littérature sur les choix de localisation des immigrés s’est développée plus récemment et demeure limitée aux principaux pays de destination au sein de l’OCDE. Dans le cas du Canada, sur la base des données issues de cinq recensements canadiens successifs couvrant la période allant de 1981 à 2001, Hou (2007[31]) est parvenu à la conclusion que la plus grande partie de la concentration croissante observée dans les années 70 et 80 était imputable à l’augmentation de la concentration au sein de la destination initiale de la plupart des groupes d’immigrés. Dans les années 90, l’augmentation du degré de concentration des immigrés sur leur lieu de destination initial était principalement due à l’évolution constante des régions d’origine des immigrés. Au cours des années 80 et 90, les variations du degré de concentration des immigrés sur leur lieu de destination initial étaient clairement le principal facteur déterminant la répartition géographique des immigrés, alors que l’effet de la mobilité interne postérieure à l’immigration était bien plus modeste.

Dans le cas du Royaume-Uni, une étude a examiné les facteurs qui déterminaient les choix de localisation des immigrés récents en 2007-09 au niveau de la circonscription électorale et du district, en s’appuyant sur le nombre d’inscriptions au système national d’assurance (en Angleterre) (Lymperopoulou, 2013[32]). Il en ressort que le nombre d’immigrés s’installant dans un quartier était d’autant plus important que sa densité coethnique et sa diversité ethnique étaient élevées. La plupart des immigrés avaient également une plus grande probabilité de s’installer dans les quartiers possédant le plus de logements sociaux. Exception faite des ressortissants des pays candidats à l’adhésion à l’UE, les immigrés avaient une plus grande probabilité de s’établir dans les grands districts urbains.

Dans le cas de l’Allemagne, Tanis (2020[33]) a étudié les choix de localisation initiale et ultérieure des immigrés récents originaires de l’Union européenne au niveau du comté (NUTS-3), en s’appuyant sur les données issues du registre fédéral de l’emploi. Les résultats donnaient à penser que les individus avaient des préférences hétérogènes pour ce qui est des caractéristiques régionales. Pour le choix de la localisation initiale, de bonnes conditions du marché du travail paraissaient exercer un fort attrait sur les immigrés, alors que la présence de compatriotes semblait avoir moins d’importance.

Dans une étude sur les choix de localisation des immigrés qui étaient arrivés aux Pays-Bas en 1999, Zorlu et Mulder (2008[34]) ont analysé les profils d’établissement des immigrés de divers pays d’origine entrés dans le pays en qualité de travailleurs immigrés, au titre du regroupement familial ou en tant que demandeurs d’asile. Ils ont identifié des trajectoires d’établissement distinctes pour les demandeurs d’asile et pour les autres immigrés non occidentaux. La présence d’immigrés des mêmes pays d’origine et de leurs descendants, ainsi que d’autres personnes ayant des parents immigrés, mais aussi les caractéristiques socioéconomiques du quartier, paraissaient jouer un rôle important dans le choix de la localisation. Ils ont également observé des différences dans les profils d’établissement et de mobilité spatiale des immigrés présentant divers degrés d’écart par rapport aux personnes nées aux Pays-Bas sur le plan du capital humain et financier, de la maîtrise de la langue ou des langues pertinentes, et de la religion.

Une analyse des choix de localisation des immigrés arrivés en Belgique entre 1994 et 2007 a montré que les facteurs locaux, et notamment les perspectives d’emploi locales, importaient davantage que les effets de réseau produits par la présence d’immigrés de la même origine (Jayet et al., 2016[35]).

Pour le Japon, une analyse des choix de destination des nouveaux immigrés arrivés au Japon au cours de la période 1995-2000 indiquait que les profils étaient, de ce point de vue, très différents selon l’appartenance ethnique. En outre, le pouvoir d’attraction de la préfecture de Tokyo est d’autant plus fort et la dispersion des choix de destination d’autant plus faible que le niveau d’études des immigrés est élevé (Liaw et Ishikawa, 2008[36]). Dans une étude plus récente analysant les choix de destination des nouveaux immigrés au Japon au cours de la période 2005-10, Hanaoka, Ishikawa et Takeshita (2017[37]) ont constaté que trois facteurs expliquent les choix de localisation : les conditions du marché du travail local, l’attraction exercée par les populations de la même origine ethnique, et, dans une moindre mesure, la répartition spatiale des perspectives matrimoniales.

En s’appuyant sur l’American Community Survey et en se concentrant sur les immigrés ayant vécu aux États-Unis depuis moins de deux ans, on peut analyser les corrélats de leurs choix de localisation initiale au niveau des PUMA (Public Use Microdata Area). En 2019, la moitié de tous les immigrés de 20 à 69 ans nouvellement arrivés étaient localisés dans moins de 4 % de toutes les PUMA, qui n’accueillent pourtant « que » 25 % de la population totale de la même classe d’âge.

Une variable est essentielle pour comprendre les profils d’établissement des nouveaux immigrés : le pourcentage d’immigrés de la même région d’origine déjà installés dans la zone, qui rend compte des effets de réseau. Les résultats de la régression montrent que ces effets de réseau sont effectivement d’importants déterminants des décisions de localisation des immigrés nouvellement arrivés : comme il ressort du Tableau 5.3, le nombre de nouveaux immigrés présente une corrélation positive avec le pourcentage d’immigrés de la même origine déjà installés à l’échelle des PUMA. À titre d’exemple, en 2019, une différence d’1 point de pourcentage dans la proportion d’immigrés d’Amérique centrale vivant dans une PUMA donnée amenait, toutes choses égales par ailleurs, 15 nouveaux immigrés supplémentaires originaires de cette région à décider de s’installer dans cette zone. C’est là un effet notable étant donné que, au niveau des PUMA, le nombre moyen d’immigrés d’Amérique centrale nouvellement arrivés était proche de 330. Il convient d’observer que le nombre global d’immigrés nouvellement arrivés présente également une corrélation positive avec le pourcentage total d’immigrés déjà présents au niveau local. Cela met en lumière que, en moyenne, les nouveaux immigrés tendent à s’installer dans les localités où les populations immigrées sont les plus nombreuses, quelle qu’en soit l’origine. La corrélation avec le réseau direct – c’est-à-dire avec la population de la même région d’origine – est cependant au moins trois fois plus forte que cette corrélation globale avec la présence immigrée.

En outre, les nouveaux immigrés tendent à s’installer plus fréquemment dans les quartiers les plus denses, ce qui confirme qu’ils sont attirés par les possibilités économiques et, plus généralement, par les commodités offertes par les grandes villes.

Pour ce qui est du Canada, une analyse réalisée au niveau des régions métropolitaines sur la base des données de recensement montre que, en 2016, 32 % des immigrés de 20 à 69 ans qui étaient arrivés au Canada dans les deux années précédentes vivaient à Toronto (Tableau 5.4). Vancouver comptait également un pourcentage de nouveaux immigrés légèrement inférieur à la part de l’ensemble des immigrés présents dans la ville (12.6 % contre 13.8 %), alors que les proportions d’immigrés récents étaient plus élevées à Montréal, Calgary et Edmonton. Ce profil était remarquablement différencié selon les régions d’origine. Les immigrés latino-américains constituaient le groupe d’immigrés récents le plus concentré, puisque seulement 13 % d’entre eux vivaient ailleurs que dans l’une des cinq grandes villes de destination. Par contre, un tiers des immigrés récents originaires des États-Unis vivaient ailleurs que dans les principales villes. Les immigrés récents asiatiques, qui représentaient environ les deux tiers de tous les immigrés récents (et un peu moins de la moitié de l’ensemble des immigrés), étaient sous-représentés à Toronto comme à Vancouver par rapport aux pourcentages de l’ensemble des immigrés asiatiques présents dans ces villes. Ils étaient toutefois surreprésentés à Calgary et Edmonton. Les immigrés européens, qui constituaient le deuxième groupe par ordre d’importance parmi ceux arrivés à une date récente, étaient largement surreprésentés à Montréal par rapport au pourcentage global de personnes nées en Europe vivant dans cette ville.

La répartition géographique des immigrés récents présentait par ailleurs d’importantes différences selon les catégories d’immigrés, bien que moins marquées que celles observées en fonction des régions d’origine (Tableau 5.5). Par exemple, seulement 5 % des réfugiés récents étaient établis à Vancouver, alors que 19 % d’entre eux vivaient à Montréal. Pour l’ensemble des réfugiés, la répartition géographique était cependant assez différente, puisque 9 % d’entre eux vivaient à Montréal, et 14 % à Vancouver.

Les différences dans la répartition géographique des immigrés récents par rapport à l’ensemble des immigrés peuvent s’expliquer par les différences de choix de localisation initiale ou de composition des diverses cohortes d’immigrés, ou encore par les profils de mobilité des immigrés après leur arrivée au Canada (départ du pays inclus), lesquels seront examinés plus loin. Les paramètres de la politique mise en œuvre influent en outre de plus en plus sur l’installation des nouveaux arrivants au Canada (voir plus loin la section sur la politique migratoire).

Dans le cas de la France, les données du recensement de 2017 montrent que, dans l’ensemble, les immigrés nouvellement arrivés étaient moins concentrés dans les départements qui accueillaient le plus grand nombre d’immigrés que ceux qui vivaient en France depuis plusieurs années (Tableau 5.6). Cependant, 11 % des immigrés âgés de 20 à 69 ans arrivés l’année précédente vivaient à Paris, soit un pourcentage bien plus élevé que pour l’ensemble des immigrés (7.4 %). Les immigrés nés dans l’UE nouvellement arrivés étaient particulièrement surreprésentés (11.7 % contre 6.7 %) dans la capitale, alors que les immigrés nord-africains et subsahariens étaient sous-représentés. Pour ce qui est de l’ensemble des immigrés âgés de 20 à 69 ans, le département accueillant le plus grand pourcentage d’immigrés nord-africains et subsahariens était celui de Seine-Saint-Denis, en banlieue parisienne, qui en regroupait respectivement 7.5 % et 11.1 %. Cependant, le pourcentage d’immigrés nouvellement arrivés de ces deux régions qui vivaient dans ce département était sensiblement plus faible (5.9 % pour les immigrés d’Afrique du Nord et 6.3 % pour ceux d’Afrique subsaharienne).

Comme dans le cas du Canada, cela pose la question de l’origine de la différence entre les profils de localisation des immigrés récents et de ceux arrivés de plus longue date. Le Graphique 5.16 présente une comparaison de la répartition géographique des trois groupes d’immigrés nouvellement arrivés en 2012 et 2017. Les profils de localisation paraissent certes globalement similaires pour les deux cohortes, mais ils présentent de fait des différences non négligeables. Par exemple, le pourcentage de nouveaux immigrés qui se sont établis en Seine-Saint-Denis a diminué de 3 points de pourcentage entre 2012 et 2017 pour ceux arrivés d’Afrique subsaharienne, alors qu’il a augmenté de 2 points de pourcentage pour ceux venus d’Afrique du Nord. Le pourcentage d’immigrés nord-africains qui se sont établis dans le département des Bouches-du-Rhône a de même sensiblement baissé. Dans l’ensemble, le degré de concentration des localisations initiales des nouveaux immigrés a diminué pour les différentes régions d’origine. Cela montre que, du moins dans le cas de la France, d’importantes évolutions des profils de localisation initiale des immigrés dans les différentes régions peuvent se produire, même en un laps de temps relativement court.

Comme dans le cas de la localisation initiale des immigrés, on dispose d’un volume non négligeable de données sur la mobilité résidentielle des immigrés aux États-Unis. Bartel (1989[8]) a procédé à une analyse des migrations internes ultérieures des immigrés arrivés entre le milieu des années 60 et le milieu des années 70, et il a montré que les immigrés les plus instruits et les plus jeunes avaient une plus grande probabilité de déménager. La raison en est sans doute qu’ils bénéficiaient de plus grandes possibilités dans leur premier lieu de résidence, mais aussi qu’ils étaient en outre plus à même de déceler quels endroits pourraient leur ouvrir de meilleures perspectives, et de supporter les coûts d’un déménagement. Kritz et Nogle (1994[38]) se sont également appuyés sur les données du recensement de 1980 et ont constaté que les migrations entre les divers États et au sein de chacun d’eux présentaient un profil différent selon les groupes d’immigrés. Ils ont en outre observé que les immigrés mexicains avaient une moindre probabilité que les natifs de déménager d’un État à un autre ou à l’intérieur d’un même État, et que presque tous les autres groupes de population nés à l’étranger, y compris après la prise en compte des caractéristiques sociodémographiques individuelles. Ils ont avancé que la présence d’une plus forte proportion d’immigrés en situation irrégulière au sein de ce groupe pourrait contribuer à expliquer ce résultat, puisqu’un changement de résidence accroît le risque d’être repéré par les autorités. Partant des données de recensement de 1980 et 1990, Funkhouser (2000[39]) a mis en lumière la tendance des immigrés à quitter les zones à forte concentration d’immigrés originaires de leur propre pays : à mesure que le temps passe, ils ont une moindre probabilité de vivre dans les zones de ce type. Cette étude a montré que ce processus de changement de lieu de résidence pourrait intervenir assez tardivement après l’arrivée dans le pays.

Les données sur les profils de mobilité des immigrés à l’intérieur des différentes villes des États-Unis sont moins abondantes que celles relatives à leurs déplacements d’un État, ou d’une ville, à l’autre. Une analyse des données d’enquête a mis en évidence que la mobilité résidentielle des hispanophones vers des quartiers comportant un plus fort pourcentage de Blancs non hispaniques (autrement dit d’anglophones) était fonction croissante du capital humain et financier dont ils disposaient et de leur usage de l’anglais. La mobilité résidentielle des hispanophones présentait toutefois des variations selon le groupe considéré. À titre d’exemple, les Portoricains avaient une moindre probabilité que les Mexicains de déménager vers des quartiers comptant une population anglophone relativement importante, alors que parmi les Portoricains et les Cubains, une couleur de peau plus foncée constituait un obstacle à la mobilité vers les quartiers anglophones (South, Crowder et Chavez, 2005[40]).

Pour ce qui est du Canada, une analyse de la mobilité interprovinciale des immigrés au début des années 80 a montré que, tout comme les natifs, ceux nés à l’étranger étaient attirés par les destinations qui présentaient une forte croissance de l’emploi, des niveaux de revenu élevés, et une composition culturelle similaire, alors que l’éloignement, le froid et des niveaux de chômage élevés constituaient des facteurs dissuasifs (Newbold, 1996[41]).

Dans le cas de la Suède, Boman (2011[42]) a comparé le comportement migratoire des personnes nées en Suède et des immigrés à la suite d’une suppression d’emploi. Après prise en compte des caractéristiques régionales et individuelles, la propension migratoire des personnes nées à l’étranger n’était pas sensiblement différente de celle des personnes nées en Suède. Il a en outre été constaté que les zones caractérisées par une ségrégation résidentielle des immigrés exercent un important effet d’enfermement sur les immigrés non nordiques et que le fait de vivre dans une grande ville a un fort effet négatif. Il a également été observé que ce dernier effet est plus important pour les immigrés que pour les personnes nées en Suède. Après prise en compte de ces deux effets additionnels, le degré de mobilité des immigrés s’avérait en fait plus élevé que celui des personnes nées en Suède. Une autre analyse a porté sur les choix de localisation d’un échantillon d’immigrés venus d’Iran et de Turquie ayant vécu en Suède entre 1968 et 2001, et elle a examiné si la région d’origine était un meilleur prédicteur des décisions de migration interne que ne l’était le pays d’origine (Aradhya et al., 2017[43]). Les résultats indiquaient que les individus avaient une moindre probabilité de quitter les municipalités ayant une forte présence d’autres immigrés de la même région d’origine, mais qu’ils avaient une plus grande probabilité de quitter les municipalités comportant un grand nombre d’individus de leur pays d’origine.

Dans le cas de l’Espagne, Bosch, Carnero et Farré (2015[44]) ont mené une expérience sur le terrain en vue d’étudier dans quelle mesure la discrimination sur le marché locatif constitue un obstacle à la mobilité résidentielle des immigrés et un facteur à l’origine de la ségrégation résidentielle observée dans les grandes villes. Ils ont constaté que les immigrés font l’objet d’un traitement différentiel lorsqu’ils cherchent à louer un appartement. Les résultats indiquent également que ce traitement défavorable est très variable selon le pourcentage d’immigrés présents dans la zone considérée. Dans les quartiers où les immigrés sont peu présents, le taux de réponse est de 30 points de pourcentage plus bas pour les immigrés que pour les natifs, alors que cet écart tend vers zéro à mesure que le pourcentage d’immigrés s’accroît.

Plusieurs études se sont également penchées sur les choix de localisation des immigrés en France. Rathelot et Safi (2014[45]) ont utilisé des données longitudinales pour mesurer leur mobilité entre les municipalités au fil du temps, et ils ont estimé l’effet qu’exerce sur leur probabilité de départ la composition de la municipalité initiale du point de vue des pays d’origine des immigrés et de leurs descendants directs. Les résultats indiquaient que la présence de personnes ayant des parents de même origine dans leur lieu de résidence était un frein à la mobilité sortante des immigrés. Une analyse similaire basée sur des données de panel à l’échelle du quartier portant sur la période 1990-2013 a constaté que le pourcentage de la population du quartier ayant des parents de même origine exerce un important effet négatif sur la probabilité de départ des immigrés. En revanche, la majorité des Français avait une probabilité d’autant plus grande de quitter ces zones que celles-ci comportaient un nombre plus important d’immigrés, sauf lorsque les modèles prenaient en considération les caractéristiques non observées du quartier (McAvay, 2018[46]). Une autre étude a examiné comment l’offre de logement social au cours des années 70 a influencé les choix de localisation initiale des familles immigrées compte tenu de la situation du marché du travail local. Les villes qui comptaient le plus de logements sociaux attiraient un nombre sensiblement plus élevé d’immigrés avec enfants ; les conditions de logement étaient certes meilleures en moyenne dans ces endroits, mais les perspectives d’emploi y étaient moins favorables (Verdugo, 2016[47]).

Pour ce qui est de l’Allemagne, Tanis (2020[33]) a mis en évidence, dans le cas des immigrés de l’UE arrivés à une date relativement récente, une corrélation positive extrêmement forte entre la concentration ethnique/la densité d’immigrés et l’attractivité régionale. Aussi leur probabilité de quitter leur localisation initiale était-elle d’autant plus faible que la concentration de ressortissants étrangers y était élevée.

Pour les États-Unis, les données issues de l’American Community Survey montrent que les taux moyens de mobilité sont relativement homogènes entre les immigrés de différentes origines, ainsi que par rapport aux natifs. En 2019, 12 % des immigrés avaient déménagé par rapport à l’année précédente, parfois en restant dans le même quartier, et environ 2 % sont partis dans un autre État. Pour les natifs, les pourcentages correspondants étaient un peu plus élevés : 13 % d’entre eux avaient déménagé et 2.3 % étaient partis dans un autre État. La durée du séjour aux États-Unis était toutefois un facteur essentiel de différenciation des immigrés : 27 % de ceux qui se trouvaient dans le pays depuis deux ans au plus avaient déménagé l’année précédente, alors que ce pourcentage était inférieur à 9 % pour ceux présents dans le pays depuis au moins 20 ans. Le même profil a été observé pour ce qui est de la mobilité entre les différents États, les pourcentages correspondants étant de 6 % pour les immigrés arrivés à une date récente et de 1.4 % pour ceux présents dans le pays depuis au moins 20 ans. La région d’origine avait également son importance ; à titre d’exemple, les immigrés centraméricains avaient une moindre probabilité de déménager que les immigrés africains (10 % contre 16 %, respectivement, quel que soit le type de mobilité).

Une première question essentielle concernant les profils de mobilité des immigrés est de savoir s’ils ont une plus grande propension à quitter les zones à forte concentration d’immigrés de la même région d’origine. Une analyse multivariée a montré que, pour les immigrés d’Amérique centrale, d’Asie et d’Europe, il existait une importante corrélation négative entre le pourcentage de la population locale originaire de la même région qu’eux et la probabilité qu’ils quittent leur quartier, alors qu’aucune corrélation de ce type n’apparaissait pour les immigrés sud-américains ou africains. La mobilité des immigrés centraméricains, asiatiques et européens est de fait ralentie par la présence d’un plus grand pourcentage d’immigrés originaires de la même région.

Comme il fallait s’y attendre, la durée du séjour aux États-Unis est un puissant prédicteur de la mobilité interne : les immigrés arrivés à une date récente sont sensiblement plus mobiles que ceux qui étaient présents dans le pays depuis plusieurs années, et ce indépendamment de leur région d’origine (Graphique 5.17).

Les immigrés qui changent de lieu de résidence connaissent une baisse du pourcentage de la population originaire de la même région qu’eux. En moyenne, l’écart brut est de 0.2 point de pourcentage (le pourcentage de la population originaire de la même région étant de 9.4 %). Cependant, les résultats de la régression mettent en évidence une grande hétérogénéité selon les groupes d’immigrés. Pour les immigrés centraméricains, par exemple, le changement de lieu de résidence s’accompagnait d’une diminution d’environ 4 points de pourcentage de la part de la population locale originaire de la même région s’ils vivaient auparavant dans une zone où cette part s’élevait à 20 %, alors que la mobilité peut aller de pair avec une augmentation de la part de la population originaire de la même région pour ceux qui vivent dans une zone comptant peu d’immigrés de même origine. De même, parmi les immigrés asiatiques, la mobilité s’accompagnait d’une diminution de la part de la population originaire de la même région si la zone où ils vivaient auparavant comptait un pourcentage relativement élevé d’immigrés asiatiques.

Un axe de recherche prolifique s’est penché sur la « fuite des natifs », c’est-à-dire sur la manière dont le comportement des natifs influe sur les profils de ségrégation résidentielle au sein des villes. Bien qu’ils ne traitent pas directement de cette question, mais plutôt de celle de la « fuite des Blancs », Card, Mas et Rothstein (2008[48]) ont utilisé des recours aux méthodes de régression par discontinuité et des données relatives aux secteurs de recensement depuis 1970 jusqu’à 2000 pour tester les discontinuités dans l’évolution de la composition raciale des quartiers aux États-Unis. Ils ont clairement constaté que les mouvements de la population blanche mettaient en évidence un phénomène de basculement dans la plupart des villes – c’est-à-dire une accélération du départ des Blancs lorsque leur part dans la population tombait en dessous d’un certain seuil – la distribution des points de basculement allant de 5 % à 20 % de populations minoritaires. S’appuyant sur des données longitudinales, Hall et Crowder (2014[49]) ont examiné comment les comportements migratoires des Blancs et des Noirs nés dans le pays étaient liés aux concentrations d’immigrés à l’échelle locale, et quelles étaient les variations subies par cette relation selon les points d’entrée traditionnels et non traditionnels dans les zones métropolitaines. Les résultats indiquaient que la probabilité que les natifs quittent un quartier était d’autant plus élevée que les immigrés représentaient une part importante de la population locale et que les concentrations d’immigrés dans leur quartier de destination étaient plus faibles que celles qu’ils laissaient derrière eux. Ils ont constaté que cette tendance à s’éloigner des immigrés était particulièrement prononcée chez les natifs, aussi bien noirs que blancs, qui vivaient dans des régions métropolitaines en passe de devenir un important point d’entrée – c’est-à-dire dans des localités ayant connu depuis une date récente une expansion rapide des populations nées à l’étranger. Des résultats qualitativement similaires ont par ailleurs été obtenus par Saiz et Wachter (2011[50]) et Logan et Zhang (2010[51]).

Au niveau des quartiers, Bråmå (2006[52]) a étudié si les profils de mobilité des populations nées à l’étranger ont joué un rôle dans l’augmentation de la concentration des immigrés qui a touché de nombreuses zones résidentielles dans les villes suédoises au cours des années 90. Il en ressort que le principal facteur à l’origine de la production et de la reproduction des zones de concentration des immigrés consistait davantage en un « évitement par les Suédois », c’est-à-dire en des taux de migration entrante assez faibles parmi les Suédois, qu’en une « fuite des Suédois », c’est-à-dire en des taux de migration sortante élevés. Müller, Grund et Koskinen (2018[53]) ont obtenu un résultat similaire à partir des données de registre suédoises sur la mobilité résidentielle dans la municipalité de Stockholm entre 1990 et 2003, qui mettaient en évidence qu’un « évitement ethnique » de la part des Suédois constituait le principal facteur à l’origine de la ségrégation au sein du pays. Andersen (2017[54]) était parvenu à une conclusion analogue dans le cas du Danemark au cours de la période 1985-2008.

Bolt et van Kempen (2010[55]) ont de même suggéré, pour les Pays-Bas, que les Néerlandais de naissance avaient une plus grande probabilité que les immigrés de quitter les quartiers à forte concentration d’immigrés et une moindre probabilité d’emménager dans ces quartiers. Dans le contexte français, Rathelot et Safi (2014[45]) n’ont trouvé aucun indice de « fuite des natifs », mais ils ont montré que les natifs évitaient de s’installer dans des localités à plus fort pourcentage d’immigrés.

Le phénomène de la « fuite des natifs » n’est pas seulement observé dans le cas de la ségrégation résidentielle mais aussi dans celui de la ségrégation scolaire. Les parents les plus aisés préfèrent généralement rester dans l’entre-soi et choisir des écoles qu’ils jugent correspondre à leur statut socioéconomique. Comme dans le cas de la sélection résidentielle, la plupart des études empiriques sur la sélection dans les écoles se sont davantage intéressées à la sélection raciale qu’à la sélection des immigrés, en particulier aux États-Unis (Lankford, Lee et Wyckoff, 1995[56] ; Fairlie et Resch, 2002[57]). Rangvid (2010[58]) et Andersson, Malmberg et Östh (2012[59]) ont trouvé certains indices de « fuite des natifs » dans les écoles danoises et suédoises une fois que le pourcentage d’immigrés au sein d’une école dépasse un certain seuil. Pour l’Espagne, Farre, Ortega et Tanaka (2018[60]) observent également des indices de « fuite des natifs » vers les écoles privées à la suite de l’augmentation des pourcentages d’immigrés dans les écoles publiques. Cascio et Lewis (2012[61]) ont également souligné l’importance du choix de l’école en tant que facteur de « fuite des natifs ». Ils ont pour ce faire examiné si l’immigration aux États-Unis de personnes peu qualifiées a contribué à l’isolement résidentiel des immigrés en réduisant la demande d’écoles publiques émanant des natifs. D’après leurs estimations, entre 1970 et 2000, chaque district scolaire de Californie a perdu en moyenne plus de 14 ménages avec enfants non hispaniques au profit d’autres districts de la même région métropolitaine chaque fois que 10 ménages supplémentaires inscrivaient dans les écoles publiques des enfants hispaniques ayant de faibles compétences en anglais.

Ces études parviennent fréquemment à la conclusion que la politique en matière de choix de l’école et les préférences des parents sont d’importants facteurs de ségrégation scolaire. Les données indiquent par ailleurs que le découpage de la carte scolaire a une incidence directe sur la ségrégation résidentielle. Par exemple, Kauppinen, van Ham et Bernelius (2021[62]) montrent que la ségrégation des immigrés est plus forte parmi les ménages avec enfants que parmi les ménages sans enfants et que la mobilité résidentielle des ménages avec enfants d’origine finlandaise les plus aisés est particulièrement affectée par les limites de la zone de recrutement d’une école.

Aux États-Unis, les natifs qui ont changé de lieu de résidence sont en moyenne allés vivre dans des zones comportant un plus faible pourcentage d’immigrés. En moyenne, si aucune covariable n’est prise en compte, la différence entre la proportion de personnes nées à l’étranger présentes dans leurs zones d’origine et celle observée dans leurs lieux de destination est de 0.4 point de pourcentage (la part moyenne de la population née à l’étranger s’élève à 13.5 % toutes zones confondues). Une analyse multivariée tenant compte des caractéristiques individuelles et des facteurs contextuels montre que, après un changement de lieu de résidence, la diminution du pourcentage d’immigrés présents à l’échelle locale peut atteindre de 15 à 20 points de pourcentage pour ceux qui vivaient auparavant dans des zones où le pourcentage d’immigrés était supérieur à 30 %.

La relation entre la concentration spatiale des immigrés et leur intégration est un sujet controversé. La concentration peut offrir des avantages, en particulier pour les immigrés nouvellement arrivés à la recherche d’un emploi ou d’un logement, mais elle peut également être un obstacle à l’intégration à moyen et long terme en raison d’un moins grand nombre de contacts avec les natifs. Bien que de nombreux arguments théoriques aient été avancés, le résultat net de ces effets contradictoires ne peut être déterminé qu’au moyen d’analyses empiriques, et il sera nécessairement variable selon le contexte et selon les caractéristiques des immigrés eux-mêmes.

Pour certains analystes, une concentration excessive des immigrés dans certaines zones ou certains quartiers témoigne d’un manque d’intégration dans le pays d’accueil (Massey et Denton, 1985[63] ; Alba et al., 1999[64]). Les interactions sociales avec les natifs, ainsi qu’avec les immigrés originaires d’autres pays, seront en effet plus limitées si la plupart des immigrés vivent dans des communautés homogènes de même origine. Une forte concentration peut faire obstacle à une pleine participation à la société, induire une moindre exposition à la langue du pays d’accueil, et réduire les perspectives d’intégration des immigrés et de leurs enfants. Elle peut également entraîner des externalités négatives pour l’ensemble de la société d’accueil. Ces risques pourraient être exacerbés si les immigrés sont concentrés dans des zones caractérisées par des infrastructures médiocres, un accès insuffisant aux services publics et aux marchés, des logements de qualité médiocre, et de manière générale de moindres commodités, ce qui est relativement fréquent dans l’ensemble des pays de l’OCDE.

Cette approche de la ségrégation résidentielle des immigrés considère pour l’essentiel que les choix de localisation des immigrés sont restreints, du moins dans un premier temps. Cela peut être le cas pour des raisons financières si ces zones sont les seules où les immigrés peuvent se permettre de vivre en raison de discriminations sur le marché du logement, ou du fait de la mise en œuvre de politiques réglementant la localisation spatiale de certaines catégories d’immigrés nouvellement arrivés.

Une autre approche de la ségrégation résidentielle relève que les immigrés pourraient eux-mêmes choisir de vivre dans des zones caractérisées par une ségrégation résidentielle des immigrés parce que cela leur procure un certain nombre d’avantages (Bolt, Sule Özüekren et Phillips, 2010[65]). La proximité spatiale avec des personnes du même pays d’origine peut par exemple permettre aux immigrés de trouver plus facilement un logement ou un emploi, surtout à leur arrivée. Une communauté d’origine unie par d’étroits liens de solidarité peut également réduire le coût psychologique supporté par les immigrés loin de leur famille et dans un environnement étranger. Les immigrés qui possèdent une entreprise peuvent également avoir avantage à s’établir dans un environnement à forte demande de « biens ethniques », et les consommateurs bénéficient quant à eux d’une meilleure qualité et de plus bas prix dans un tel contexte. En dernier lieu, lorsqu’elle atteint une masse critique, une communauté peut par ailleurs tirer des avantages d’ordre politique en exerçant une influence sur les orientations des autorités locales et des autres acteurs locaux.

D’un point de vue empirique, il peut cependant être difficile de déterminer si la ségrégation résidentielle des immigrés a un effet préjudiciable ou positif sur leur intégration. Premièrement, rien ne permet de penser a priori que les différents mécanismes décrits ci-dessus s’excluent mutuellement : la ségrégation résidentielle peut offrir des avantages à certains immigrés dans certains contextes (selon la ville, la période, la cohorte ou l’âge, par exemple), et être préjudiciable pour d’autres immigrés – voire les mêmes – dans d’autres situations. Deuxièmement, la constatation d’un impact causal – positif ou négatif – de la ségrégation résidentielle sur un résultat donné du point de vue de l’intégration dans un pays donné n’est pas nécessairement généralisable à d’autres pays ou à d’autres dimensions de l’intégration. Il est en effet probable que, pour un niveau donné de ségrégation résidentielle, les politiques d’urbanisme et d’intégration, tout comme plus généralement le contexte national, soient de puissants facteurs influant sur les possibilités et sur les résultats des immigrés. Troisièmement, la possibilité ou non de donner une interprétation causale à une corrélation estimée entre la ségrégation résidentielle et l’intégration dépend de la nature des processus de sélection et du point de savoir si ceux-ci ont bien été pris en compte. En cas de sélection négative des immigrés (que ce soit ou non de leur propre fait) dans des zones ségréguées, ceux ayant de faibles perspectives d’intégration ex ante finissent par vivre dans des quartiers comportant un fort pourcentage d’immigrés de même origine qu’eux – et ayant peut-être aussi de médiocres perspectives d’intégration. Dans une telle situation, une corrélation négative entre ségrégation et intégration peut en fait masquer un impact causal positif. D’autre part, en cas de sélection positive, les immigrés ayant de bonnes perspectives d’intégration sont attirés vers les quartiers ségrégués, ce qui pourrait induire à tort une estimation positive de l’impact de la ségrégation résidentielle sur les résultats sur le plan de l’intégration.

De même qu’il n’y a aucune raison de penser a priori que l’impact causal est toujours positif ou toujours négatif, les profils de sélection pourraient être différents en fonction des contextes ou des catégories d’immigrés. Il convient donc de faire preuve de la plus grande prudence au moment d’évaluer les effets de la ségrégation résidentielle sur les résultats du point de vue de l’intégration.

L’emploi constitue indiscutablement l’un des plus importants indicateurs de l’intégration socioéconomique des immigrés. Une question essentielle qui se pose s’agissant de la concentration spatiale des immigrés est de savoir si elle améliore ou si elle limite leurs perspectives d’emploi.

Comme cela a été précédemment mentionné, les réseaux sociaux liés à leur origine peuvent aider les immigrés à trouver un emploi (Giulietti, Schluter et Wahba, 2013[66]), et ce mécanisme devrait être particulièrement important pour les immigrés pour raisons humanitaires arrivés à une date récente, dans la mesure où ils ont une plus grande probabilité de ne pas connaître les spécificités du marché du travail de leur pays d’accueil (par exemple quels sont les secteurs ou les entreprises les plus susceptibles de recruter) ; ils peuvent également éprouver des difficultés à faire reconnaître dans le pays d’accueil leurs compétences formelles ou leur expérience professionnelle, ou ils peuvent ne pas parler suffisamment bien la langue pour échanger avec tous les employeurs. La proximité spatiale n’est certes plus une condition indispensable pour que ces réseaux sociaux liés à l’origine remplissent leur fonction, mais elle continue probablement à contribuer à leur efficacité.

À l’inverse, on peut s’attendre à ce qu’une forte concentration spatiale d’immigrés de même origine, surtout s’ils ne sont pas hautement qualifiés et s’ils rencontrent des problèmes d’accès aux moyens de transport, implique des coûts élevés de recherche d’emploi et risque de se traduire par des taux de chômage supérieurs à la moyenne (Dujardin, Selod et Thomas, 2008[67]). En outre, dans un environnement local caractérisé par un chômage élevé, la qualité du réseau d’aide à la recherche d’emploi dont peuvent bénéficier les nouveaux entrants sur le marché du travail risque d’être moins efficace.

Grâce en partie à la disponibilité de données de registre de grande qualité qui permettent de suivre l’évolution dans le temps de la localisation et des résultats sur le plan de l’emploi des différents individus, plusieurs études se sont spécifiquement intéressées aux pays nordiques. Une première analyse a porté sur les réfugiés et s’est servie de la politique de dispersion géographique adoptée par le gouvernement suédois entre 1985 et 1991 en tant que source exogène de variation de leur localisation initiale (Edin, Fredriksson et Aslund, 2003[68]). En tenant compte de l’endogénéité du choix du lieu de résidence, les auteurs ont constaté que, pour les immigrés ayant un niveau d’éducation faible, les revenus étaient fonction croissante du degré de concentration locale des immigrés issus des mêmes pays d’origine et de leurs descendants. Ils se sont également aperçus que les effets positifs des pôles de forte concentration des immigrés étaient amplifiés par leur « qualité » : les immigrés dont le groupe de même origine qu’eux avait un revenu élevé ou un fort taux d’activité indépendante avaient meilleur compte à vivre dans un tel endroit. Cependant, les immigrés dont le groupe de même origine qu’eux disposait de revenus inférieurs à la moyenne risquaient de subir une perte du fait qu’ils résidaient dans cette zone.

Dans le même esprit, Damm (2009[69]) a examiné les effets de la concentration des immigrés de même origine et de leurs descendants sur les résultats obtenus sur le marché du travail par les réfugiés au Danemark au cours de la période 1984-2000. Elle a tenu compte de la sélection des capacités dans les zones caractérisées par une ségrégation résidentielle des immigrés en tirant parti de la politique de dispersion géographique du Danemark, en vertu de laquelle les réfugiés étaient répartis aléatoirement sur l’ensemble du territoire du pays. Ses constatations mettaient clairement en évidence une autosélection des réfugiés ayant des caractéristiques défavorables non observées dans les quartiers à forte concentration d’immigrés de même origine et de leurs descendants. Elle a en outre observé qu’une augmentation du degré de concentration entraînait une hausse des revenus, quel que soit le niveau de compétences. Ses résultats cadraient avec l’idée que les réseaux d’immigrés de même origine et de leurs descendants font circuler les informations sur l’emploi, ce qui permet une meilleure adéquation entre le travailleur et le poste, et par voie de conséquence un meilleur taux de salaire horaire.

Une autre étude sur la Suède a analysé comment le revenu annuel de plusieurs groupes d’immigrés présents à Stockholm, Göteborg et Malmö au cours de la période 1991-2006 variait en fonction du pourcentage d’immigrés de même origine qu’eux au niveau du quartier (Andersson, Musterd et Galster, 2014[70]). Dans l’ensemble, les auteurs ont constaté que les immigrés gagnaient à vivre dans des quartiers comptant de plus fortes proportions d’immigrés de même origine qu’eux et de leurs descendants. Ils ont observé que les hommes immigrés en tiraient en général un plus grand gain que les femmes, et que cet effet était fonction de l’évolution du pourcentage d’immigrés de même origine qu’eux et de leurs descendants présents au sein du quartier, les résultats étant plus positifs pour les immigrés vivant dans des quartiers où le pourcentage de personnes de même origine qu’eux (descendants compris) restait stable ou enregistrait une augmentation.

Portant leur attention sur le degré de prospérité des quartiers, Wimark, Haandrikman et Nielsen (2019[71]) ont offert un point de vue complémentaire sur la manière dont la localisation influe sur les résultats obtenus par les immigrés sur le marché du travail en Suède. Les auteurs se sont appuyés sur des données longitudinales pour étudier l’effet du « point d’entrée », et ils ont montré que les immigrés qui vivaient dans des zones défavorisées à leur arrivée dans le pays avaient une moindre probabilité d’emploi plusieurs années après. Chose intéressante, ils constataient également que les perspectives d’emploi étaient bien meilleures pour les immigrés qui avaient quitté leur quartier de résidence initial. Cette étude n’apporte toutefois aucune indication spécifique quant aux effets qu’entraîne la résidence dans des quartiers à fort pourcentage d’immigrés de même origine. Andersson, Musterd et Galster (2019[72]) ont également examiné l’impact que les quartiers qui constituent des « points d’entrée » exercent sur les résultats ultérieurs sur le plan de l’emploi, en concentrant leur attention sur les réfugiés arrivés d’Iran, d’Iraq et de Somalie entre 1995 et 2004. Ils ont observé que le pourcentage d’immigrés de même origine et de leurs descendants présents dans le quartier de résidence initial a un impact négatif pour les femmes occupant un emploi cinq ans plus tard, mais qu’il n’avait aucun effet notable pour les hommes. L’effet touchait essentiellement les femmes ayant vécu dans des quartiers où les immigrés de même origine et leurs descendants présentaient les plus faibles taux d’emploi.

Vogiazides et Mondani (2020[73]) ont également étudié les perspectives d’emploi des réfugiés, et ils ont analysé l’impact de leur contexte résidentiel sur une plus longue période, en évaluant les effets contemporains exercés par leur quartier. Pour les réfugiés hommes et femmes qui avaient immigré en Suède entre 2000 et 2009, ils ont observé que le pourcentage d’immigrés non occidentaux présents dans le quartier exerçait un important effet négatif sur l’accès à l’emploi, mais ils n’ont pas spécifiquement étudié le rôle des immigrés de même origine et de leurs descendants. Ils ont également constaté de profondes différences entre les régions, les réfugiés qui vivent à Stockholm ayant de bien meilleures perspectives d’emploi que partout ailleurs dans le pays.

Dans le cadre d’une analyse des résultats sur le plan de l’emploi enregistrés au cours de la période 2000-10 par les immigrés iraquiens, iraniens, turcs et somaliens vivant à Stockholm, Göteborg, et Malmö, Kadarik et al. (2021[74]) ont introduit une importante distinction s’agissant des effets du quartier en examinant l’impact du pourcentage de personnes du même pays d’origine occupant un emploi présentes au niveau local, tout en tenant également compte du pourcentage de personnes du même pays d’origine dans la population locale, ainsi que du taux d’emploi local. Pour tous les groupes d’immigrés, ils ont constaté que le pourcentage de personnes du même pays d’origine occupant un emploi exerçait un important effet positif sur la probabilité d’emploi. Ce résultat met en lumière à quel point la qualité du réseau local d’information sur l’emploi a une incidence essentielle sur les perspectives d’intégration des immigrés.

Plusieurs études se sont intéressées à l’effet que le contexte local exerce sur l’emploi des immigrés aux États-Unis. Cutler, Glaeser et Vigdor (2008[75]) ont étudié l’impact que la concentration d’immigrés au niveau local entraîne sur les revenus et sur l’inactivité des jeunes immigrés, en s’appuyant sur des données issues du recensement de 1990. Les auteurs ont tenté de remédier à la sélection endogène des immigrés dans les zones où ils font l’objet d’une ségrégation résidentielle, en ayant recours à différents moyens, dont des variables instrumentales, et ils ont constaté que dans ces quartiers la sélection était généralement négative. La correction de cette sélection mettait en évidence que les effets de la ségrégation étaient en moyenne positifs et faisait apparaître une corrélation positive entre le capital humain moyen du groupe et l’impact de la ségrégation.

Zhu, Liu et Painter (2014[76]) ont analysé l’impact de la ségrégation sur les résultats enregistrés sur le marché du travail par les immigrés hispanophones aux États-Unis. Ils se sont appuyés sur les données du recensement de 2000 et sur l’American Community Survey (ACS) de 2008-10 portant sur quatre régions métropolitaines (Atlanta, Washington, D.C., Chicago, et Los Angeles) pour examiner les résultats sur le marché du travail sous trois aspects : la probabilité d’emploi, les salaires, et le temps de trajet entre le domicile et le travail. Leurs résultats ont démontré que résider au sein d’une communauté ethnique accroissait la probabilité de trouver un emploi après la récession, bien qu’au prix d’un allongement du trajet entre le domicile et le travail. En revanche, d’après les estimations effectuées à partir des données du recensement de 2000, les personnes qui vivaient au sein de communautés ethniques dans les centres-villes, les banlieues de la petite couronne ou celles de la grande couronne obtenaient de moins bons résultats sur le marché du travail que celles qui vivaient en dehors de ces communautés. Ce phénomène était plus marqué dans le cas des nouveaux immigrés.

Dans le cas de l’Australie, Kalfa et Piracha (2018[77]) ont évalué les effets exercés par les contacts sociaux et la concentration ethnique sur l’inadéquation entre l’éducation et l’emploi parmi les natifs et les immigrés. S’appuyant sur les données issues de l’enquête sur les revenus des ménages et l’évolution de l’emploi en Australie (Households Income and Labour Dynamics in Australia – HILDA) pour la période 2001-11, ils ont montré que le capital social exacerbait l’incidence de la surqualification, en particulier pour les femmes. Dans le cas des personnes nées à l’étranger, la concentration ethnique accroissait sensiblement l’incidence de la surqualification.

Une étude récente a examiné dans une perspective dynamique comment les réseaux d’immigrés de même origine et leurs descendants influent sur la réussite économique des immigrés en Allemagne (Battisti, Peri et Romiti, 2021[78]). Les auteurs se sont appuyés sur des données longitudinales relatives aux immigrés et pris en compte un large éventail d’effets fixes et de variables de contrôle antérieures à l’immigration afin de remédier à l’éventuelle endogénéité de la localisation initiale, et ils ont constaté que les immigrés qui vivaient dans les districts où les réseaux liés par l’origine de leurs membres avaient le plus d’ampleur avaient une plus grande probabilité de trouver un emploi peu de temps après leur arrivée. Ils ont également observé que cet avantage s’évanouissait au bout de quatre ans, à mesure que les immigrés établis dans des lieux où les réseaux liés par l’origine étaient plus modestes rattrapaient leur retard grâce à de plus grands investissements dans le capital humain. Ces effets étaient plus marqués pour les immigrés peu qualifiés, ainsi que pour les réfugiés et les Allemands de souche (Aussiedler et Spätaussiedler).

La corrélation entre la part d’un groupe d’immigrés à l’échelle locale et les résultats sur le plan de l’emploi peut être évaluée sur la base des données issues de l’American Community Survey de 2019. Il s’agit certes de s’approcher aussi près que possible d’une estimation causale, mais il est par définition difficile d’y parvenir avec des données d’observation transversales.

Lorsqu’il est tenu compte de l’ensemble de l’échantillon d’immigrés de 25 à 64 ans qui vivent dans des régions métropolitaines, outre l’impact positif de la durée de séjour sur la probabilité d’emploi, et l’impact négatif du taux de chômage local, qui étaient prévisibles, on observe une corrélation positive significative avec le pourcentage d’immigrés de même origine présents à l’échelle locale (Tableau 5.7). Une progression de 10 % de la part du groupe de même origine au sein de la PUMA va de pair avec une augmentation de 1.4 point de pourcentage de la probabilité d’emploi pour les immigrés nouvellement arrivés. Cet effet diminue cependant avec la durée de séjour aux États-Unis et disparaît tout à fait après 20 années de présence dans le pays.

Afin d’atténuer le biais imputable à la sélection, un sous-échantillon excluant les chefs de ménage et leurs conjoints est analysé. On peut en effet s’attendre à ce que les individus contenus dans ce sous-échantillon – principalement les enfants du chef de ménage ou d’autres membres de la famille – aient un moindre pouvoir de décision concernant le choix de localisation du ménage, qui est par conséquent plus exogène par rapport à leur situation au regard de l’emploi qu’elle ne l’est pour les principaux décideurs. Les résultats sont qualitativement similaires. Les coefficients de la part du groupe de même origine et de son interaction avec la durée du séjour sont à présent plus faibles, mais restent significatifs. Cela indique que la sélection explique en partie la corrélation entre la part du groupe de même origine et la probabilité d’emploi, mais sans doute pas en totalité.

À leur arrivée, l’apprentissage de la langue du pays de destination est une priorité pour les nouveaux immigrés s’ils n’en ont pas déjà la maîtrise. Une bonne maîtrise de la langue du pays d’accueil est en effet très souvent une condition nécessaire, quoique non suffisante, pour une intégration sociale et économique sans heurts (Chiswick et Miller, 2015[79]). Au-delà des cours de langue, les interactions quotidiennes avec des locuteurs natifs et, plus généralement, l’exposition à la communication écrite et orale peuvent assurément accélérer et améliorer l’apprentissage. Dans les quartiers d’immigrés, où une grande partie de la population vient du même pays d’origine, il est vraisemblable que l’exposition à la langue du pays d’accueil soit en moyenne plus réduite.

Il est également possible que les immigrés qui sont moins désireux ou moins à même d’apprendre la langue du pays d’accueil choisissent délibérément des quartiers où ils auront davantage d’interactions dans leur propre langue. Étant donné que ces deux processus ne s’excluent pas l’un l’autre et peuvent se renforcer mutuellement, une corrélation entre la résidence dans un quartier comptant beaucoup d’immigrés de même origine et la maîtrise par les immigrés de la langue du pays d’accueil n’a pas nécessairement un caractère causal. Un grand nombre d’études de corrélation ont été réalisées dans certains pays, mais seulement quelques-unes ont tenté d’évaluer quelle était l’ampleur de cette sélection ou d’en estimer les effets causals.

Bauer, Epstein et Gang (2005[30]) se sont penchés sur le cas des immigrés mexicains aux États-Unis, et ils ont montré que leurs décisions de localisation étaient fonction de leurs compétences linguistiques. Un pourcentage disproportionné d’immigrés possédant une maîtrise limitée de l’anglais se dirigeaient d’eux-mêmes vers des destinations comptant un nombre appréciable de Mexicains, ce qui leur donnait l’assurance de se retrouver dans un environnement où ils pourraient se débrouiller en parlant espagnol, alors que ceux qui avaient de bonnes compétences en anglais avaient une plus grande probabilité de se tourner vers des endroits comptant une faible proportion d’immigrés. Il s’ensuit que les compétences linguistiques sont endogènes par rapport à la décision de localisation ; il est donc vraisemblable que les études qui montrent que résider dans des zones où les immigrés se trouvent concentrés retarde l’acquisition de la langue surestiment l’effet de la ségrégation résidentielle.

Une approche qui a été adoptée dans la littérature pour tenter d’identifier les effets causals du quartier sur la maîtrise de la langue a consisté à analyser la corrélation entre la concentration au sein du quartier et la maîtrise linguistique selon la durée du séjour. Si la concentration des minorités exerce principalement ses effets sur les capacités linguistiques à travers l’apprentissage, il s’ensuit que l’interaction entre la concentration des minorités et le nombre d’années de résidence devrait contribuer à expliquer le degré de maîtrise de la langue. Si par contre la sélection constitue le seul mécanisme pertinent, cette interaction ne devrait pas être significative.

S’appuyant sur des données issues du recensement de 1990 des États-Unis, Lazear (1999[80]) a montré que le pourcentage d’immigrés présents au niveau du comté avait un important effet négatif sur leur maîtrise de l’anglais et que la durée du séjour dans le pays avait un effet positif, mais que leur interaction n’avait pas d’effet significatif. La sélection était donc le principal mécanisme susceptible d’expliquer une moindre maîtrise dans les zones comportant un plus grand pourcentage d’immigrés. Dans leur analyse du cas du Royaume-Uni en 1993-94, Dustmann et Van Soest (2004[81]) ont obtenu des résultats similaires pour ce qui est de l’impact que la concentration des immigrés d’origine indienne au niveau des quartiers exerce sur leur maîtrise de l’anglais : peu après leur arrivée, les immigrés établis dans des zones à faible concentration de populations minoritaires parlaient mieux l’anglais, une constatation qui ne peut s’expliquer que par l’autosélection.

Pour étudier les effets que le quartier exerce sur l’apprentissage de la langue par les immigrés, Danzer et Yaman (2016[82]) ont appliqué une méthode quasi expérimentale aux « travailleurs invités » en Allemagne au cours des années 60 et au début des années 70, ce qui leur a permis d’éviter l’effet de la sélection. Les auteurs ont fait valoir que, compte tenu de la procédure de placement, la localisation initiale de l’emploi du travailleur invité avait un caractère exogène, d’où il s’ensuit que le résultat peut être attribué aux différences de taux de contact avec les natifs, et non à des différences dans la volonté de s’intégrer. Ils ont constaté que la concentration d’immigrés de même origine exerce un effet négatif de faible ampleur mais persistant sur la maîtrise linguistique des divers sous-groupes d’immigrés.

L’analyse des données issues de l’enquête EU-MIDIS II (qui porte sur une douzaine de pays de l’UE en 2016) fournit des indications intéressantes sur l’influence potentielle du quartier de résidence sur la maîtrise linguistique. Les données ne permettent pas de savoir dans quels quartiers vivent les immigrés, mais les répondants ont été invités à évaluer le pourcentage de personnes de même origine qu’eux présentes dans leur quartier. Les répondants devaient en outre évaluer leur degré de maîtrise de la langue du pays d’accueil.

Un modèle empirique de maîtrise de la langue a été estimé en prenant en considération le niveau de concentration des immigrés tel qu’il était autoévalué, la durée du séjour dans le pays d’accueil, ainsi que l’interaction entre ces deux variables, afin de rendre compte des effets potentiels de sélection et d’apprentissage. Comme on pouvait s’y attendre, la maîtrise de la langue du pays d’accueil est pour tous les immigrés d’autant plus élevée qu’ils vivent dans le pays depuis plus longtemps. Le progrès est toutefois plus lent pour les immigrés qui habitent dans des quartiers à forte concentration d’immigrés de même origine. Le Graphique 5.18 présente des résultats partiels mettant en évidence cet effet. Il n’en demeure pas moins que ces résultats pourraient également être dus à un effet d’éviction sélective en vertu duquel ceux qui acquièrent une meilleure maîtrise de la langue ont une plus grande propension à déménager dans une autre partie du pays et à laisser derrière eux ceux qui ont davantage de difficultés.

Cependant, rien n’indique qu’une telle sélection soit à l’œuvre dans le cas des immigrés turcs et nord-africains arrivés à une date récente : leur degré de maîtrise de la langue est comparable, qu’ils vivent ou non dans des quartiers à forte concentration d’immigrés. À l’inverse, les immigrés venus d’Asie du Sud à une date récente qui résident dans des quartiers à forte concentration maîtrisent moins bien la langue que ceux installés dans des zones à faible concentration, ce qui met en évidence une certaine autosélection dans le cas de ce groupe. Pour ces trois groupes d’immigrés, l’écart observé entre ces deux types de quartiers sous l’angle de la maîtrise linguistique a tendance à s’accroître en fonction de la durée du séjour dans le pays d’accueil. Tel n’est toutefois pas le cas pour les immigrés d’Afrique subsaharienne, pour lesquels aucune différence significative du point de vue de la maîtrise de la langue n’est mise en évidence en fonction des quartiers, et ce quelle que soit la durée du séjour. Dans l’ensemble, sauf pour ce qui est des immigrés d’Afrique subsaharienne, ces résultats suggèrent que la concentration de leur groupe au niveau du quartier a un effet négatif sur l’apprentissage de la langue du pays d’accueil.

Une analyse similaire peut être effectuée pour les États-Unis sur la base de l’American Community Survey, qui comporte une question sur la maîtrise de l’anglais. Parmi les immigrés arrivés aux États-Unis au plus tôt un an avant l’enquête – et qui n’ont pas changé de lieu de résidence –, le pourcentage qui parle bien ou très bien l’anglais est extrêmement variable selon la région de naissance : les immigrés africains et européens sont ceux qui ont la plus grande probabilité de maîtriser l’anglais (86 % et 83 % respectivement), suivis par les immigrés asiatiques (76 %). Les immigrés sud-américains et centraméricains sont ceux qui présentent les moins bons niveaux de maîtrise, puisque seulement 53 % et 44 % d’entre eux parlaient bien l’anglais à leur arrivée (Tableau 5.8).

Pour tous les groupes, les données paraissent indiquer que ceux qui maîtrisent le moins bien l’anglais choisissent de vivre dans des zones où leur groupe représente une plus grande part de la population locale. Par exemple, parmi les immigrés centraméricains, 56 % de ceux qui vivent dans des zones qui ne comportent qu’une part relativement faible d’autres Centraméricains (premier quartile) parlent très bien l’anglais, alors que ce pourcentage n’est que de 29 % dans les zones où la concentration de leur groupe est la plus élevée (quatrième quartile). Cet écart atteint son niveau maximal pour les Centraméricains, mais il est observé pour tous les groupes d’immigrés, ce qui confirme les résultats obtenus par Bauer, Epstein et Gang (2005[30]).

Afin de compléter cette constatation, un modèle empirique est estimé pour étudier la relation entre la maîtrise de l’anglais et la concentration locale du groupe considéré, en tenant compte de la durée du séjour aux États-Unis. Les résultats de ce modèle sont présentés au Tableau 5.9.

La durée du séjour aux États-Unis a un effet positif sur la maîtrise de l’anglais, pour tous les groupes d’immigrés. Comme le laissaient prévoir les résultats descriptifs précédemment examinés, le coefficient de la part du groupe de même origine est significativement négatif pour tous les groupes d’immigrés, bien qu’il soit, après prise en compte des covariables, beaucoup plus élevé pour les immigrés européens que pour les autres groupes. Le modèle prend également en considération la part des autres groupes d’immigrés dans la population locale. Cette variable a un coefficient significativement négatif pour les immigrés sud-américains, asiatiques et européens : ceux qui s’installent initialement dans une zone comportant une forte proportion d’immigrés d’autres régions du monde ont en moyenne une moins bonne maîtrise de l’anglais.

L’interaction entre la durée du séjour aux États-Unis et la part du groupe de même origine est négligeable pour les immigrés centroaméricains et sud-américains, ce qui montre que la sélection spatiale constitue le principal mécanisme qui explique leur degré de maîtrise de la langue. À l’inverse, cette interaction est significative pour les immigrés asiatiques, européens et africains, ce qui indique que l’apprentissage de la langue joue un plus grand rôle pour ces groupes. Ce coefficient est négatif pour les immigrés asiatiques : ceux qui vivent dans des zones où les immigrés asiatiques constituent une part plus élevée de la population auront tendance à apprendre l’anglais moins vite que ceux qui sont établis dans des zones où ils sont proportionnellement moins présents. Ce résultat est similaire à celui obtenu dans le cas des immigrés turcs, nord-africains et sud-asiatiques dans les pays européens. Cependant, pour les immigrés européens et africains aux États-Unis, le signe de l’interaction indique que le quartier exerce des effets positifs : ils ont tendance à apprendre l’anglais d’autant plus vite que le groupe de même origine qu’eux représente une part importante dans la zone où ils vivent. Enfin, l’interaction entre la part des autres immigrés dans la population locale et la durée du séjour n’est significative que pour les immigrés centroaméricains, ce qui met par ailleurs en évidence une certaine externalité positive : les immigrés centroaméricains qui vivent dans des zones où les autres groupes d’immigrés représentent une part plus importante de la population tendent à apprendre l’anglais plus vite. Pour les autres groupes d’immigrés, cela ne fait aucune différence.

Les conditions de logement sont une composante essentielle du bien-être des ménages, et l’accession à la propriété est souvent une étape importante dans le processus d’intégration des immigrés. Il est solidement établi que les immigrés bénéficient en moyenne de moins bonnes conditions de logement que les natifs, et qu’ils sont défavorisés par rapport à ces derniers sur le marché du logement. Le statut socioéconomique souvent plus faible des immigrés les place dans une situation financière plus difficile sur le marché du logement. Cet état de fait a été exacerbé par la hausse générale des loyers observée ces deux dernières décennies dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE (OCDE, 2020[83]). En conséquence, en 2019, presque un immigré sur cinq dans les pays de l’UE consacrait plus de 40 % de son revenu disponible au paiement du loyer, soit une part deux fois plus élevée que les natifs. De même, dans l’ensemble de la zone OCDE, le taux de suroccupation des logements est plus de deux fois supérieur pour les immigrés que pour les natifs (17 % contre 8 %) (OCDE/Union européenne, 2019[84]). Parallèlement, dans près des deux tiers des pays de l’OCDE, les taux de propriété du logement sont plus de deux fois plus élevés pour les natifs que pour ceux nés à l’étranger (OCDE/Union européenne, 2019[84]).

D’après les données issues de l’enquête EU-MIDIS II, en Europe, les ménages immigrés des zones ségréguées vivent dans des logements dont les équipements de base, tels que l’eau courante, une cuisine ou une salle de bains, sont d’un niveau similaire à ceux dont disposent les ménages immigrés des zones non ségréguées. Par ailleurs aucune différence significative n’est observée entre ces deux groupes d’immigrés du point de vue des taux de suroccupation. Cependant, d’après l’évaluation des enquêteurs, les logements des zones de ségrégation résidentielle sont en plus mauvais état que ceux des zones non ségréguées, et leur environnement local se caractérise bien plus souvent par des niveaux élevés de nuisances sonores, de pollution et de violence. Ce résultat reste valable que le degré de ségrégation soit évalué par les répondants eux-mêmes ou par les enquêteurs (Tableau 5.10).

Dans le cas du Japon, Korekawa (2021[25]) a analysé les profils des immigrés brésiliens et chinois du point de vue de la propriété du logement. Il a constaté que l’écart entre les taux de propriété d’un logement dans les tours en copropriété des citoyens japonais et chinois est quasiment négligeable, ce qui peut s’expliquer par une plus forte préférence pour ce type de logements, surtout parmi les ressortissants chinois ayant un niveau d’éducation élevé. Cependant, les Chinois et les Brésiliens dont le niveau d’études est moins élevé n’ont que rarement accès aux tours en copropriété, ce qui implique que leurs chances d’acheter un logement sont de manière générale plus limitées que celles des Japonais. L’analyse a également révélé que la propriété du logement est liée à une moins grande concentration d’immigrés dans certaines zones, et qu’elle ne varie pas en fonction de la durée du séjour au Japon.

Dans la plupart des pays de l’OCDE, les élèves nés dans le pays de parents immigrés ont de moins bons résultats dans les écoles accueillant les plus fortes proportions d’enfants d’immigrés (Graphique 5.19). Ce handicap représente jusqu’à plus d’un an de scolarité pour les enfants situés dans le quartile supérieur de concentration, dans des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la France, la Grèce, les Pays-Bas et la Suède. Seule une partie de ce handicap s’explique par le fait que les enfants d’immigrés scolarisés dans ces établissements tendent à avoir des parents dont le niveau d’études est moins élevé, et qu’ils sont proportionnellement plus nombreux qu’ailleurs à ne pas parler la langue du pays d’accueil à l’école.

De fait, dans la grande majorité des pays de l’OCDE, la probabilité de ne pas parler la langue du pays d’accueil à la maison est étroitement liée à une forte concentration d’enfants d’immigrés dans les écoles – même après prise en compte du niveau d’études des parents et des autres facteurs. Comme la composition des écoles tend à être à l’image de celle du quartier, cette constatation suggère par ailleurs que, dans les zones où ils sont fortement concentrés, les immigrés ont une moindre probabilité de parler la langue du pays d’accueil à la maison, et donc d’être en contact avec la langue du pays d’accueil. Cependant, dans la plupart des pays, un handicap significatif persiste même après la prise en compte de ces facteurs.

Ce handicap est encore réduit – des deux tiers en moyenne – par la prise en compte du statut globalement défavorisé des parents des élèves (tel qu’il est mesuré par le pourcentage des mères ayant un faible niveau d’études) au sein des écoles à forte concentration. Dans plusieurs pays où il est initialement élevé, comme en Autriche, en Belgique ou en France, le handicap disparaît ou n’est plus statistiquement significatif après prise en compte de l’ensemble de ces facteurs. De fait, parmi les pays comportant d’importantes populations immigrées, le handicap ne demeure notable et statistiquement significatif qu’en Allemagne, au Danemark et aux Pays-Bas.

Dans un certain nombre de pays, aucun handicap n’est observé dès le départ. Parmi les pays comportant d’importantes populations immigrées, tel est le cas de l’Australie, du Luxembourg et de la Norvège. L’Australie et le Luxembourg possèdent tous deux des populations immigrées ayant un niveau d’études élevé, les hauts diplômés étant proportionnellement plus nombreux parmi les immigrés que parmi les natifs. En Norvège, les zones urbaines et les zones rurales présentent d’importantes différences du point de vue des performances du système scolaire, les écoles des zones urbaines – où les immigrés sont concentrés – enregistrant de bien meilleurs résultats.

Tout comme les enfants d’immigrés, ceux des natifs tendent également à subir un handicap dans ces écoles, en particulier aux Pays-Bas mais aussi en République tchèque, en Slovénie, en Grèce, en Estonie, au Luxembourg et en Allemagne (Graphique 5.20). Cependant, à l’exception notable des Pays-Bas, le handicap est plus faible pour les enfants de natifs que pour les enfants d’immigrés.

Qui plus est, dans un certain nombre de pays, fréquenter une école accueillant de fortes proportions d’immigrés peut de fait constituer un avantage6. De surcroît, le handicap est dans la plupart des pays encore largement réduit après la prise en compte du fait que les écoles qui accueillent de fortes proportions d’enfants d’immigrés sont aussi des écoles dont les mères d’une bonne partie des élèves n’ont qu’un faible niveau d’études. À vrai dire, dans un certain nombre de pays, le handicap se transforme en avantage et, en moyenne, aucun handicap n’est plus observé dans le cas des élèves dont les parents sont nés dans le pays.

Le problème de la concentration résidentielle ne concerne pas seulement les immigrés eux-mêmes, mais aussi leurs enfants nés dans le pays. En effet, la localisation des immigrés dans telle ou telle région et dans tel ou tel quartier des villes à différents moments de leur existence déterminera l’endroit où grandiront leurs enfants, l’école qu’ils fréquenteront et quels seront ceux avec qui ils noueront des liens d’amitié. Ces éléments peuvent à leur tour influer sur certains aspects de leur devenir économique et social. Une abondante littérature s’est donc consacrée à l’étude des conséquences intergénérationnelles des choix de localisation des immigrés sur leurs descendants nés dans le pays. Les analyses de ce type doivent mettre en relation des informations individuelles et contextuelles portant sur deux générations, et elles exigent de ce fait de gros volumes de données.

De nombreuses études se sont penchées sur le cas de la Suède. À titre d’exemple, Grönqvist (2006[85]) s’est appuyé sur des données de registre sur les immigrés de première et de deuxième génération qui résidaient en 1982 en Suède et étaient âgés à cette époque de 6 à 15 ans. Son étude examinait les résultats sur le plan de l’éducation et de l’emploi observés en 2001, lorsque les individus de l’échantillon étaient âgés de 25 à 34 ans. Il en ressortait que le pourcentage d’immigrés de même origine et de leurs descendants avait une incidence négative sur la probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires dans le cas des immigrés eux-mêmes, mais pas dans celui de leurs descendants nés dans le pays. La taille du groupe formé par les immigrés de même origine et leurs descendants avait une incidence négative sur la probabilité que les immigrés ou leurs descendants nés dans le pays obtiennent un diplôme universitaire. Neuman (2016[86]) a également analysé les données de registre et porté son attention sur les descendants d’immigrés et de natifs nés en Suède entre 1976 et 1980, dont il a étudié les résultats économiques à court terme, observés en 2000, lorsque les individus étaient âgés de 20 à 24 ans, et les résultats économiques à long terme, observés en 2007, lorsqu’ils avaient de 27 à 31 ans. Il a ainsi constaté que les descendants d’immigrés nés dans le pays qui avaient grandi dans des quartiers à forte densité d’immigrés avaient une moindre probabilité de poursuivre des études supérieures, mais que leurs revenus, leur taux de chômage et leur recours à l’aide sociale n’en étaient pas affectés.

Gustafsson, Katz et Österberg (2017[87]) ont travaillé sur des données de registre portant sur l’ensemble des individus nés en 1974 qui vivaient en Suède métropolitaine tant en 1990 qu’en 2006, afin de voir si les jeunes adultes vivaient dans des quartiers similaires, sous l’angle du revenu moyen relatif des ménages, à ceux où ils avaient grandi. Les auteurs ont constaté une forte corrélation entre les revenus moyens du quartier à ces deux moments de l’existence de l’échantillon. Ils ont également observé que la moitié des enfants des « minorités visibles » avaient grandi dans le quartile des quartiers les plus pauvres, et que près des deux tiers d’entre eux étaient restés dans le quartile des quartiers les plus pauvres une fois parvenus à l’âge adulte.

Dans une étude basée sur des données longitudinales en provenance de France (1990-2008), McAvay (2018[88]) a également étudié dans quelle mesure les immigrés de la deuxième génération et la majorité des Français continuaient de vivre à l’âge adulte dans des environnements semblables à celui de leur enfance. Pour étudier la persistance de la ségrégation résidentielle et du désavantage spatial, l’auteur s’est servi de deux indicateurs de la composition du quartier : le pourcentage d’immigrés et le taux de chômage. Les résultats mettaient en évidence une grande stabilité de caractéristiques des quartiers de résidence tout au long de l’existence, en particulier du point de vue de la composition du quartier sous l’angle du pourcentage d’immigrés de la même origine et de leurs descendants. Ils montraient que les facteurs individuels ne contribuaient guère à rendre compte de cette situation, en comparaison avec les caractéristiques de la ville d’origine.

Zuccotti et Platt (2017[89]) ont utilisé une série de données longitudinales de grande ampleur portant sur l’Angleterre et le Pays de Galles et couvrant une période de 40 ans en vue d’évaluer l’impact de la concentration coethnique du quartier dans lequel les individus ont vécu dans leur enfance sur les résultats obtenus ultérieurement à l’âge adulte sur le marché du travail. Ils ont distingué les cinq principaux groupes minoritaires au Royaume-Uni et ont montré qu’une plus grande concentration coethnique au sein du quartier induisait une participation sensiblement plus faible au marché du travail et un statut socioéconomique moins élevé pour les femmes pakistanaises et bangladaises, mais aussi un meilleur statut socioéconomique pour les hommes indiens.

Abramitzky et al. (2019[90]) ont centré leur attention sur trois cohortes d’immigrés arrivés aux États-Unis au cours du XIXe et du XXe siècles, et ils ont étudié la mobilité intergénérationnelle de leurs enfants. Ils ont constaté que, par le passé comme aujourd’hui, les enfants des immigrés situés au bas de l’échelle des revenus avaient de plus forts taux de mobilité ascendante que les enfants de pères natifs des États-Unis de condition similaire. Ils se sont également aperçus que les parents immigrés avaient une plus grande probabilité que ceux nés aux États-Unis de déménager vers des zones offrant de meilleures perspectives pour leurs enfants, c’est-à-dire de plus grandes possibilités de mobilité ascendante.

Cette section examine les relations entre les politiques publiques et la concentration des immigrés, tant du point de vue de leur impact sur la concentration des immigrés que de leur incidence sur les résultats sur le plan de l’intégration. Outre les politiques migratoires elles-mêmes, trois domaines de l’action des pouvoirs publics présentent un intérêt particulier dans ce contexte : les politiques de l’éducation, du logement et, de manière plus générale, de rénovation urbaine. D’autres domaines, tels que ceux de l’aménagement d’infrastructures ou des transports publics, peuvent également avoir une incidence sur la concentration des immigrés, mais les leviers d’action sont plus indirects.

La politique migratoire n’a qu’une influence directe très limitée sur la concentration des immigrés, et cette influence est variable selon les catégories d’immigrés.

L’immigration pour raisons familiales (formation d’une famille et regroupement familial) est motivée par les liens familiaux, ce qui tend par définition à renforcer la concentration, du moins lorsque le demandeur principal est un immigré. Cependant, si la plupart des pays ont défini des exigences imposant de disposer d’un logement convenable (OCDE, 2017[91]) auxquelles il peut être plus facile de se conformer dans certaines zones (voir ci-dessous), les caractéristiques du quartier telles que le pourcentage d’immigrés ne sont généralement pas considérées comme un motif d’exclusion. Le Danemark constitue la seule exception notable à cet égard. Dans ce pays, le conjoint ou le partenaire du demandeur sera normalement tenu de s’abstenir d’établir son lieu de résidence dans certaines zones spécifiques. La liste de ces zones spécifiques est établie sur la base de divers critères tels que les taux de chômage et de criminalité, ou encore le pourcentage d’immigrés de « pays non occidentaux ».

L’immigration pour des raisons économiques n’est généralement pas restreinte à certains lieux. Aucun pays de l’OCDE n’a défini de critères explicites concernant le degré de concentration des immigrés au niveau local, bien que l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande aient mis en place un certain nombre de programmes incitatifs visant à sélectionner des immigrés qui résideront en dehors des grands centres urbains, compte tenu de la forte concentration d’immigrés dans les régions métropolitaines. Ces politiques n’ont cependant pas pour principal objet d’éviter la ségrégation en elle-même, mais plutôt de faire en sorte que les zones rurales aient également accès à la main-d’œuvre immigrée. Dans le cadre de son système, la Nouvelle-Zélande attribue des points supplémentaires en cas d’installation ailleurs que dans la région métropolitaine de la plus grande ville, Auckland, mais aucune autre différenciation n’est établie entre les zones rurales et les zones urbaines en dehors de celle d’Auckland. L’Australie a pris un certain nombre de mesures visant à favoriser l’immigration économique dans les zones rurales (OCDE, 2018[92]). Il s’agit d’un traitement prioritaire, de programmes d’établissement spécifiques à l’échelle régionale et d’un certain nombre d’incitations afin que les immigrés titulaires de visas temporaires ou provisoires qui vivent en région s’y installent – grâce par exemple à l’octroi de points supplémentaires aux candidats à l’immigration qualifiés qui ont étudié dans une université régionale. Les immigrés qui bénéficient des programmes d’établissement régionaux sont également tenus de rester dans leur zone d’installation pendant les deux premières années. Au Canada, où une nette tendance à la régionalisation de l’immigration économique a été observée ces dernières années (OCDE, 2019[93]), les provinces disposent de leur propre programme en matière d’immigration économique – qui favorise en général l’installation dans les zones rurales. Récemment, le Canada a également lancé un programme pilote rural qui permet aux collectivités locales de parrainer des immigrés économiques. Ces collectivités locales doivent avoir une population maximale de 50 000 habitants et être situées à au moins 75 km du noyau d’une région métropolitaine de recensement, ou avoir une population de 50 000 à 200 000 habitants et être situées loin des autres grandes villes.

Mis à part les pays d’immigration de peuplement, seule la Corée a pris des mesures visant à favoriser l’immigration économique à l’extérieur des grandes villes afin d’assurer une plus large répartition des avantages de l’immigration (OCDE, 2019[94]). Par exemple, les réglementations fixant un pourcentage maximal de travailleurs étrangers au sein du pays sont assouplies pour les entreprises manufacturières situées en dehors des régions métropolitaines.

L’immigration pour raisons humanitaires est la catégorie d’immigration visée par le plus grand nombre de mesures territorialisées en vigueur, souvent avec l’objectif explicite d’assurer une répartition plus égale de ces immigrés sur l’ensemble du territoire. Un tiers environ de tous les pays de l’OCDE ont instauré quelque mécanisme officiel en vue de répartir les demandeurs d’asile sur l’ensemble du territoire du pays (voir Tableau 5.11 ; voir également OCDE (2016[95])). Dans la pratique, la situation est souvent moins tranchée. D’une part, un certain nombre de pays qui n’ont pas adopté de politique explicite de dispersion s’efforcent néanmoins d’éviter une concentration des demandeurs d’asile dans certaines zones, ou d’éviter le regroupement d’importants effectifs en provenance du même pays ou de la même région d’origine, comme c’est par exemple le cas au Luxembourg. D’autre part, dans les pays où leur dispersion est systématique, la concentration à l’échelle locale n’est pas toujours évitée, vu que la répartition des demandeurs d’asile sur l’ensemble du territoire est souvent pour une large part proportionnelle à la taille de la population – comme c’est par exemple le cas en Allemagne. Qui plus est, la disponibilité de services d’appui à l’intégration constitue souvent un paramètre essentiel de la répartition au sein des régions réceptrices – or, ces services sont généralement situés dans des zones caractérisées par une forte présence immigrée. Aux États-Unis, par exemple, la réinstallation est assurée à travers des agences partenaires et la localisation initiale a lieu là où ces agences exercent leurs activités. La disponibilité de logements est également un paramètre essentiel dans la décision de dispersion à l’échelle locale, par exemple en Suède et au Royaume-Uni. Étant donné que les immigrés tendent à vivre dans des zones où les logements sont moins chers, ces paramètres peuvent renforcer la concentration. L’effet net est souvent incertain. Cependant, pour la Suède, Dahlberg et Valeyatheepillay (2019[96]) constatent que les quartiers initiaux des réfugiés auxquels s’applique la politique de dispersion étaient caractérisés par un pourcentage plus élevé de natifs et par une plus faible proportion d’immigrés non occidentaux par comparaison avec les réfugiés arrivés à une époque où ils pouvaient décider par eux-mêmes de l’endroit où ils voulaient s’installer7.

La dispersion systématique des personnes titulaires d’un statut humanitaire – demandeurs d’asile ayant obtenu un permis de séjour humanitaire, réfugiés réinstallés ou bénéficiaires d’autres formes de protection internationale – est un peu moins fréquente que celle des demandeurs d’asile (OCDE, 2016[95]). Cependant, dans la pratique, la dispersion initiale des demandeurs d’asile détermine jusqu’à un certain point leur localisation après l’obtention du statut de réfugié ou d’une autre forme de protection internationale. Que tel soit ou non effectivement le cas dépend de la probabilité que les immigrés pour raisons humanitaires restent dans la zone où ils ont initialement été installés en qualité de demandeurs d’asile. Un certain nombre de pays subordonnent l’octroi d’une aide sociale aux réfugiés au fait qu’ils restent dans la zone qui leur a été assignée. Tel est par exemple le cas en Allemagne, au Danemark, en Norvège et en Suède. Un certain nombre de pays ont défini des objectifs explicites de lutte contre la ségrégation pour ce qui est de l’installation des réfugiés. En Suède, la répartition des réfugiés entre les municipalités prend en compte les conditions du marché du travail local, la taille de la population et le nombre total d’immigrés nouvellement arrivés, de mineurs non accompagnés et de demandeurs d’asile qui vivent déjà dans la municipalité. En Norvège, l’installation des réfugiés dans les municipalités norvégiennes relève de la responsabilité conjointe de l’administration centrale et des collectivités locales. Les municipalités auxquelles il est demandé d’installer des réfugiés sont choisies sur la base d’une série de critères, dont la nécessité d’éviter une installation dans des zones ayant un pourcentage d’immigrés supérieur à 30 %.

Une littérature toujours plus abondante porte sur les effets économiques des politiques de dispersion. La plupart des études ont constaté que la dispersion s’accompagne de taux d’emploi moins élevés (Brücker et al., 2019[97] ; Fasani, Frattini et Minale, 2021[98] ; Damm et Rosholm, 2009[99] ; Edin, Fredriksson et Aslund, 2004[100]). Les études ont par ailleurs systématiquement observé que les déménagements subséquents tendaient à être associés à des taux d’emploi plus élevés pour les réfugiés (Haberfeld et al., 2019[101] ; Azlor, Damm et Schultz-Nielsen, 2020[102] ; Robinson et Andersson, 2003[103] ; Stewart, 2012[104]), ce qui indique que la dispersion ne doit pas être un obstacle à la mobilité ultérieure – surtout si l’emploi en est la motivation. De fait, la plupart des pays qui appliquent des politiques de dispersion autorisent les déménagements ultérieurs s’ils ont pour but d’occuper un emploi. Cependant, ces études doivent être interprétées avec une certaine prudence, car les effets à long terme et les répercussions sur d’autres aspects – dont l’intégration sociale – n’étaient généralement pas pris en compte.

La dispersion ne vise pas toujours à éviter la ségrégation. En Nouvelle-Zélande, par exemple, les réfugiés sont certes répartis sur l’ensemble du territoire, mais dans les zones réceptrices des efforts sont déployés pour faire en sorte qu’ils soient installés dans des secteurs où sont déjà présentes des personnes d’origine similaire.

Plus de la moitié de l’ensemble des pays de l’OCDE a adopté quelque mesure pour combattre la ségrégation scolaire. Comme le montre le Tableau 5.12, la plupart de ces mesures ne s’attaquent pas directement à la concentration des immigrés, mais plutôt à la ségrégation socioéconomique en général, ou aux désavantages définis au sens large, en tenant aussi bien compte de l’origine immigrée que de la situation socioéconomique. Dans la pratique, dans beaucoup de pays, la concentration d’élèves ayant des parents immigrés et celle de désavantages socioéconomiques se recoupent en grande partie. Les données du PISA 2018 montrent que dans 29 pays de l’OCDE, les écoles à forte concentration d’enfants d’immigrés sont surreprésentées parmi les écoles qui accueillent d’importants pourcentages d’élèves défavorisés d’un point de vue socioéconomique. En Allemagne, en Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Suisse et au Royaume-Uni, plus de la moitié de toutes les écoles qui se trouvent dans le quartile supérieur de concentration des enfants d’immigrés figurent également dans le quartile supérieur des écoles défavorisées sur le plan socioéconomique.

Les mesures de lutte contre la ségrégation dans le système scolaire peuvent être divisées en deux catégories. La première catégorie regroupe les mesures qui s’efforcent d’éviter ou du moins d’atténuer la ségrégation scolaire (mesures ex ante). La seconde catégorie correspond aux mesures qui visent à atténuer les effets préjudiciables de la ségrégation scolaire grâce à un soutien ciblé en faveur des écoles et des élèves concernés (mesures ex post). Cependant, comme nous le verrons plus loin, il n’est pas toujours possible d’établir une distinction tranchée.

Le processus d’affectation des élèves constitue le principal outil permettant d’éviter la ségrégation scolaire dès le départ. Certains pays ont mis en place un mécanisme édictant les règles de répartition des élèves entre les écoles, alors que d’autres laissent aux parents le soin de choisir une école pour leurs enfants. La méthode la plus répandue pour procéder à cette répartition est fondée sur le lieu de résidence de l’élève. La répartition scolaire fondée sur le lieu de résidence était auparavant prépondérante dans les pays de l’OCDE, mais elle a perdu en importance depuis le début du millénaire. Dans le même temps, les données disponibles donnent à penser que les écoles sont devenues plus sélectives (OCDE, 2019[105]). Cependant, au cours des deux dernières décennies, beaucoup de pays de l’OCDE ont mis en œuvre des réformes destinées à assouplir le lien entre l’adresse du domicile et l’école d’affectation et à accorder une plus grande latitude de choix aux familles (Givord, 2019[106]).

La plus grande latitude de choix de l’école a un effet ambigu sur la ségrégation. D’une part, elle dissocie la ségrégation scolaire de la ségrégation résidentielle ; d’autre part, le choix de l’école peut renforcer des mécanismes de sélection plus subtils, vu qu’il peut être difficile aux familles immigrées de choisir l’école la plus appropriée. Les familles natives, surtout celles ayant un revenu élevé, tendent à être mieux informées sur l’offre scolaire, sur les critères d’admission et sur les différences de qualité entre les écoles. Non seulement les familles immigrées ne disposent souvent pas de ces informations, mais elles peuvent également être gênées par la barrière de la langue. De plus, elles peuvent préférer choisir l’école la plus proche plutôt que celle qui serait par ailleurs la plus adaptée – afin de réduire par ailleurs les coûts de transport autant que faire se peut. En Suède, par exemple, il a été constaté que les élèves nés à l’étranger parcouraient de moins longues distances pour se rendre à l’école, exception faite de ceux dont les parents avaient un niveau d’études élevé (Andersson, Malmberg et Östh, 2012[59] ; Cerna et al., 2019[107]). Certains pourraient par ailleurs préférer envoyer leurs enfants à une école avoisinante accueillant un fort pourcentage d’autres élèves de la même origine, afin de faciliter les contacts.

Le processus de sélection par les écoles qui n’admettent qu’un nombre limité d’élèves peut également contribuer à la ségrégation scolaire. Étant donné qu’il est plus facile d’obtenir de bons résultats d’apprentissage avec les élèves les plus aisés, les écoles tendent à préférer admettre les élèves qui connaissent déjà la langue dans laquelle sont dispensés les enseignements et qui bénéficient d’un soutien intellectuel à la maison. Des données mettant en évidence un écrémage ont été recueillies dans de nombreux pays de l’OCDE tels que l’Angleterre (West, Ingram et Hind, 2006[108]), les États-Unis (Jabbar, 2015[109]), la Suède (Böhlmark, Holmlund et Lindahl, 2016[110]), la Norvège (Haugen, 2020[111]) et la Slovénie (Trnavcevic, 2002[112]). Les résultats scolaires ou les tests d’admission permettent aux écoles d’écrémer les meilleurs élèves, ce qui ne fait qu’accroître la ségrégation scolaire.

La littérature regorge de données mettant en évidence les liens entre le choix de l’école et différents types de ségrégation scolaire (ségrégation socioéconomique : par exemple Burgess et Briggs (2010[113]), ou encore Levin (1998[114]) ; ségrégation selon l’origine raciale ou ethnique : par exemple Urquiola (2005[115]) ; ségrégation en fonction du niveau d’études des parents : par exemple Söderström et Uusitalo (2010[116])). Cependant, la plupart des études ont mis l’accent sur la ségrégation socioéconomique ou sur la ségrégation raciale ou ethnique plutôt que sur la ségrégation des immigrés à proprement parler.

Les mesures destinées à fournir à tous et à chacun des informations exhaustives sur l’offre d’écoles et sur leurs différences de qualité peuvent réduire le manque d’informations dont souffrent les familles immigrées. Au Luxembourg, par exemple, les brochures des écoles sont fournies en différentes langues afin que ces informations soient accessibles pour les familles immigrées.

Les frais d’admission peuvent constituer un obstacle supplémentaire. En Irlande, la loi sur l’éducation (admission à l’école) adoptée en 2018 a réduit les obstacles financiers en interdisant aux écoles n’appliquant pas de frais d’admission de percevoir aucune somme en lien avec l’admission. Cette loi abolit en outre les listes d’attente afin d’assurer une égalité des chances entre les élèves nouvellement arrivés et ceux qui résident là depuis plus longtemps. Plusieurs pays offrent également des subventions de transport afin de compenser les frais supplémentaires.

La Suède est allée plus loin et a interdit de subordonner l’admission aux aptitudes de l’élève ou aux caractéristiques de la famille afin d’éviter un écrémage par les écoles très demandées (Böhlmark, Holmlund et Lindahl, 2016[110]).

L’association des mesures relatives au choix de l’école et des systèmes de financement des écoles peut être un puissant outil permettant de créer des incitations à admettre des élèves défavorisés. Les systèmes de financement pondéré en fonction des caractéristiques des élèves s’attachent avant tout à éviter la ségrégation scolaire. Lorsque le financement est exclusivement fonction du nombre d’élèves et n’est pas différencié selon les caractéristiques des élèves, ou lorsqu’il est déterminé par les résultats d’apprentissage, les responsables de l’admission sont incités à écrémer les meilleurs élèves. Haugen (2020[111]) a mené des entretiens avec des professeurs de différentes écoles d’Oslo et il est parvenu à la conclusion qu’ils décident de l’admission en tenant compte du rapport entre les ressources escomptées et les coûts prévisibles liés à l’élève considéré. Les systèmes de financement qui prennent en considération les caractéristiques de l’élève et l’effort supplémentaire qu’elles imposent à l’école pourraient se heurter à ce type de distorsions. Au Royaume-Uni, par exemple, le système de financement des écoles prend en considération les besoins spécifiques supplémentaires de chaque élève. La « Formule de financement nationale » tient compte des élèves qui ont droit à des repas scolaires gratuits, et elle comporte également un coefficient pour ceux qui ont besoin d’apprendre l’anglais.

Les réglementations imposant des quotas ou les fourchettes cibles concernant le pourcentage d’élèves immigrés auxquelles ils doivent se conformer constituent un moyen plus strict de faire en sorte que les écoles publiques respectent certains critères de diversité. Les fourchettes cibles peuvent réduire l’écrémage et éviter que les écoles dépassent un certain seuil d’élèves immigrés, s’attaquant ainsi aux deux extrémités de l’échelle de concentration. Tel est par exemple le cas en Suède, où les écoles indépendantes pour lesquelles les demandes d’inscription sont supérieures aux places disponibles peuvent utiliser un quota (maximum de 5 %) pour donner la priorité aux élèves arrivés en Suède dans les deux années précédentes, bien qu’il semble que beaucoup d’écoles n’aient pas recours à cette possibilité (Cerna et al., 2019[107]). En Corée, un quota minimum d’élèves issus de milieux défavorisés sur le plan socioéconomique est en place pour les établissements secondaires spéciaux. L’Italie applique une limite supérieure de 30 % d’élèves issus de l’immigration en pourcentage du nombre total d’élèves inscrits, afin d’éviter les fortes concentrations d’immigrés. Cependant, dans les pays où le pourcentage d’immigrés est très variable, ces réglementations imposant des limites constantes peuvent être difficiles à mettre en œuvre. En Belgique (Flandre), le quota varie en fonction de la densité d’élèves défavorisés dans le voisinage.

Quelques pays accordent aux écoles pour lesquelles les demandes d’inscription sont supérieures aux places disponibles la possibilité d’accorder la priorité aux élèves défavorisés. Au Royaume-Uni, par exemple, le « code d’admission dans les écoles » (School Admission Code) permet aux autorités responsables de l’admission de donner la priorité aux élèves défavorisés. Le ciblage sur les enfants ayant des parents immigrés est plus direct en Suède, où les écoles pour lesquelles les demandes d’inscription sont supérieures aux places disponibles peuvent accorder la préférence aux élèves immigrés arrivés dans le pays dans les deux années précédentes.

Une stratégie controversée qui concerne spécifiquement les écoles consiste à disperser les élèves défavorisés des écoles ségréguées en les transférant vers des écoles mieux loties. Au cours du siècle dernier, les États-Unis et le Royaume-Uni ont mis en œuvre des programmes de transport scolaire par autobus visant à déségréguer les écoles en modifiant la composition de leurs élèves. Ces programmes visaient à se conformer à certaines fourchettes cibles de groupes ethniques et raciaux au sein des écoles en dépit de la ségrégation résidentielle. En tant que stratégie de déségrégation, le transport scolaire par autobus a suscité de nombreux problèmes et de nombreuses protestations, car beaucoup ne partageaient pas l’objectif d’intégration raciale et ethnique. Aussi les élèves appartenant à une minorité raciale ou ethnique devaient-ils faire face à des réactions d’hostilité dans le cadre de la mise en œuvre de ces programmes (Bergman, 2018[117]) et étaient-ils souvent victimes de racisme (Bebber, 2015[118]). Aux États-Unis, des effets positifs sur les résultats des élèves issus de minorités qui participaient à ces programmes volontaires ont pu être constatés (Bergman, 2018[117]).

Contrairement à ces programmes qui étaient axés sur les minorités ethniques et qui étaient de nature volontaire, la ville danoise d’Aarhus a expérimenté un système de transport scolaire par autobus obligatoire pour les élèves ayant des parents immigrés. Une étude empirique récente a mis en évidence que cette obligation a des effets négatifs sur les résultats et sur le bien-être des élèves concernés (Damm et al., 2020[119]). Il a été constaté que les résultats aux tests de mathématiques des élèves de troisième et sixième années contraints d’y participer étaient inférieurs à ceux des autres élèves immigrés. Des effets négatifs similaires ont été observés pour ce qui est des résultats obtenus dans le domaine de la lecture en sixième et huitième années.

Ces résultats contrastés pourraient être dus à un biais de sélection dans le cadre du transport scolaire par autobus de nature volontaire, ou autrement dit dans les ambitions quant aux résultats scolaires des élèves qui participent à ces mesures facultatives. Par ailleurs, certains des élèves concernés par le transport scolaire par autobus auraient peut-être préféré rester dans des écoles avec des camarades issus de milieux similaires au leur et pourraient ne pas s’être sentis à leur place dans leur nouvelle école. Un problème connexe tient à la répartition des élèves immigrés nouvellement arrivés (voir Encadré 5.5).

La frontière entre les mesures ex ante et ex post est souvent floue et ces deux catégories de mesures peuvent se recouper partiellement. À titre d’exemple, si les mesures de soutien spécifiquement destinées aux élèves ayant des parents immigrés au sein des écoles à forte concentration peuvent ne pas attirer les élèves dont les parents sont nés dans le pays, un soutien compensatoire d’ordre général en faveur des écoles à forte concentration en vue d’accroître leur qualité peut rendre ces écoles attractives pour un éventail plus large d’élèves.

Pour attirer les élèves issus de familles natives plus aisées, une solution consiste à proposer dans les écoles ségréguées des programmes d’enseignement spéciaux très demandés. En Turquie, certaines écoles ont mis en œuvre des programmes d’enseignement spéciaux afin d’attirer les élèves venus de divers horizons et de créer dans le même temps une ouverture culturelle. Dans le cadre du cours optionnel sur les « langues et dialectes vivants », les élèves peuvent se familiariser avec des cultures différentes. La stratégie de déségrégation mise en œuvre aux États-Unis consiste également à transformer les écoles ségréguées en « écoles aimants » (c’est-à-dire en écoles proposant des cours ou des programmes d’enseignement spéciaux en vue d’attirer un ensemble diversifié d’élèves). Les données relatives à l’effet exercé sur la diversité par la mise en œuvre de ces programmes attractifs sont toutefois contrastées. Riel et al. (2018[120]) estiment qu’un développement des écoles aimants aux États-Unis devrait favoriser une plus grande diversité au sein des écoles et des districts, alors que Saporito (2003[121]), par exemple, a constaté que la sélection selon l’origine et selon le milieu socioéconomique demeure persistante même lorsque les parents envoient leurs enfants dans des écoles aimants.

Le financement des écoles peut dépendre des caractéristiques individuelles des élèves ou de celles de l’établissement lui-même, en fonction de la composition de ses élèves et de sa localisation. Cependant, ces deux méthodes sont étroitement liées, étant donné que la composition des élèves des écoles découle directement des politiques d’admission que celles-ci mettent en œuvre. Un système de financement pondéré par élève crée des incitations à l’admission (voir plus haut), alors que l’octroi aux écoles d’un soutien financier ciblé vise plutôt à compenser les effets négatifs de la ségrégation scolaire déjà existante. C’est pourquoi un certain nombre de pays de l’OCDE fournissent des ressources supplémentaires en vue d’améliorer la qualité des écoles accueillant des pourcentages élevés d’enfants d’immigrés ou d’étrangers (République tchèque, par exemple) ou d’élèves défavorisés sur le plan socioéconomique (Nouvelle-Zélande, par exemple). Les Pays-Bas accordent des fonds supplémentaires aux écoles qui comportent une forte proportion d’élèves ayant des résultats médiocres. Un seuil réglementaire garantit que ces ressources financières sont exclusivement allouées aux écoles qui dépassent un certain pourcentage de jeunes susceptibles d’avoir des résultats médiocres et qui ont donc besoin d’un soutien supplémentaire. Ce type de mesures pose néanmoins un problème : les écoles qui accueillent d’importants pourcentages d’élèves immigrés pourraient certes bénéficier de fonds supplémentaires, mais elles pourraient ne pas toujours les utiliser pour ces élèves-là, à moins que ces ressources financières ne soient assorties de certaines règles ou conditions.

Au Canada, les écoles qui accueillent un grand nombre d’enfants nouvellement arrivés peuvent bénéficier du programme Settlement Workers in Schools (« agents d’intégration dans les écoles »), qui est financé par l’État fédéral. Les mesures mises en œuvre dans le cadre de ce programme varient en fonction de la province, mais elles peuvent aller depuis des activités d’information et d’orientation pour l’inscription à l’école jusqu’à l’apprentissage informel de la langue et des conseils non thérapeutiques et un soutien par les pairs.

Dans les autres pays, le soutien supplémentaire accordé dépend non seulement de l’école elle-même, mais aussi de la zone où elle est située. La Finlande alloue des ressources financières supplémentaires aux écoles situées dans des zones défavorisées sur le plan socioéconomique qui comportent d’importants pourcentages d’habitants allophones et, au Royaume-Uni, les « points froids » de mobilité sociale (c’est-à-dire les zones caractérisées par une faible mobilité sociale ascendante) bénéficient de fonds supplémentaires en vue d’accroître la qualité des écoles situées dans ces quartiers. Outre les ressources financières supplémentaires allouées aux écoles, des hausses de salaire en faveur du personnel enseignant peuvent être un moyen de les dédommager directement du surplus de travail qu’ils ont à supporter et d’inciter les enseignants expérimentés à exercer dans les écoles ségréguées. Le Portugal cible les écoles situées dans des zones défavorisées sur le plan socioéconomique avec son programme axé sur les « territoires éducatifs d’intervention prioritaire » (Territórios Educativos de Intervenção Prioritária – TEIP), qui couvre environ 17 % des groupes d’établissements scolaires portugais (écoles situées au sein de la même zone géographique) et définit des plans d’amélioration en fonction du contexte local correspondant. Ces plans d’amélioration peuvent notamment prévoir une augmentation du nombre d’enseignants, de psychologues ou de travailleurs sociaux, ainsi qu’une offre éducative plus diversifiée.

En France, les écoles situées dans des zones socioéconomiquement défavorisées – au sein desquelles les enfants d’immigrés sont fortement surreprésentés – bénéficient de la politique d’éducation prioritaire. L’éducation prioritaire vise à réduire à moins de 10 % l’écart entre les résultats des écoles des zones défavorisées et ceux des autres écoles à partir d’un certain âge. Elle recouvre différentes mesures d’amélioration de la qualité et s’efforce de répondre aux besoins des élèves de milieux défavorisés. La disponibilité de personnel enseignant supplémentaire permet d’assurer un soutien plus individualisé. De surcroît, la stratégie crée des incitations afin que les enseignants aillent exercer dans ces écoles. Ils bénéficient d’un supplément de rémunération et peuvent accroître leur probabilité d’obtenir un transfert dans l’école de leur choix par la suite. Ce programme tend par conséquent à attirer des enseignants assez jeunes qui partent bien souvent après quelques années. Dans le cadre de cette stratégie d’éducation prioritaire pour les élèves défavorisés, le programme « parcours d’excellence » apporte un soutien aux élèves des établissements d’enseignement secondaire qui aspirent à atteindre des objectifs ambitieux sur le plan des études et de l’intégration professionnelle. Ces élèves peuvent bénéficier de certains avantages tels que des visites culturelles ou un accompagnement personnalisé, mais les effectifs concernés sont réduits.

Des incitations financières pour les écoles et les enseignants, une formation spéciale pour le personnel enseignant ou du matériel supplémentaire peuvent améliorer les conditions d’apprentissage dans ces écoles défavorisées. Au Chili, par exemple, le « programme de préparation à la vie » fournit aux enseignants et aux équipes de direction des outils pour travailler avec des élèves vulnérables dans les écoles comportant des concentrations particulièrement fortes de ce type d’élèves. Pareillement, l’aide des travailleurs sociaux et le soutien psychologique apportés dans le cadre du programme de soutien prioritaire au bien-être éducatif de la Corée aux écoles dépassant un certain seuil d’élèves défavorisés peuvent aider à surmonter les difficultés d’apprentissage.

La Suède inscrit son soutien supplémentaire aux élèves défavorisés dans une « mission compensatoire des écoles » qui devrait garantir l’égalité des chances quelle que soit l’origine des parents, et la Norvège vise à donner à tous les enfants la possibilité de participer à au moins une activité périscolaire et encourage un système de mentorat pour les jeunes à risque (Staver, Brekke et Søholt, 2019[122]).

Pour résumer, rares sont les mesures spécifiquement axées sur la ségrégation scolaire des immigrés, mais un certain nombre d’entre elles ciblent les élèves défavorisés, parmi lesquels les élèves immigrés sont généralement surreprésentés. Le Tableau 5.13 présente une synthèse des mesures de lutte contre la ségrégation examinées dans ce chapitre, en distinguant les interventions au niveau de l’école de celles au niveau de l’élève ou de sa famille.

La politique du logement constitue un domaine d’action essentiel du point de vue de la concentration des immigrés. Au sein de la zone OCDE, le fonctionnement du marché du logement présente de considérables différences selon les pays, aussi l’ampleur des interventions publiques est-elle – tout comme les leviers d’action – extrêmement variable. L’accessibilité et la disponibilité de logements de qualité dans les zones de ségrégation résidentielle sont par ailleurs étroitement liées à la question plus large de la rénovation urbaine (voir Encadré 5.6).

Outre leur statut socioéconomique bien souvent moins élevé, les immigrés pâtissent d’un certain nombre de désavantages spécifiques sur le marché du logement, dont des réseaux plus limités, des discriminations et un manque de connaissance du fonctionnement du marché du logement qui restreignent leurs choix résidentiels.

Ces facteurs sont souvent liés. À titre d’exemple, les conditions des prêts hypothécaires tendent à être moins favorables pour les immigrés arrivés à une date récente, étant donné qu’ils n’ont pas d’antécédents en matière de crédit. Une étude venant des Pays-Bas a montré que, même après prise en compte du statut socioéconomique, le taux d’acceptation des demandes de crédit s’avérait plus faible pour les immigrés que pour les natifs (Aalbers, 2007[126]).

Par ailleurs, les données disponibles mettent amplement en évidence l’existence de discriminations sur le marché locatif (pour une présentation d’ensemble, voir la métaétude récemment publiée par Auspurg, Schneck et Hinz (2019[127]). Une autre étude a mis en lumière que les agents immobiliers proposent aux immigrés des logements différents et en moins grand nombre que lorsqu’il s’agit de natifs (Galster et Godfrey, 2005[128]). Outre la discrimination pure et simple de la part des propriétaires, un autre effet supplémentaire se fait par ailleurs sentir du fait de l’impact négatif que les forts pourcentages d’immigrés et de leurs descendants exercent sur l’appréciation des logements (Flippen, 2004[129]). Les données en provenance des États-Unis suggèrent donc que les agents immobiliers fournissent davantage d’informations aux clients blancs nés dans le pays et les orientent vers des quartiers plus blancs et moins pauvres (Galster et Godfrey, 2005[128]). En outre, les immigrés doivent souvent acquitter des prix plus élevés sur le marché immobilier privé. Par exemple, Bayer et al. (2017[130]) ont examiné quatre grandes villes des États-Unis et constaté que les acheteurs hispaniques doivent payer un prix d’environ 2 % plus élevé.

Compte tenu des obstacles auxquels se heurtent les immigrés sur le marché du logement privé, le secteur du logement social joue un rôle particulièrement important dans la lutte contre la ségrégation résidentielle. L’accès au logement social, son ampleur, et les zones où il est assuré constituent autant de paramètres essentiels de la politique du logement qui peuvent exercer une influence directe sur la ségrégation résidentielle des immigrés et plus généralement sur leur intégration.

Le levier d’action que constituent les mesures liées au logement social dépend de la taille du marché du logement social par rapport à celle de l’ensemble du marché du logement. D’après la Base de données de l’OCDE sur le logement abordable (OCDE, 2021[131]), la part du logement social est supérieure à 10 % dans huit pays de l’OCDE : Pays-Bas (38 %), Autriche (24 %), Danemark (22 %), Royaume-Uni (17 %), France (14 %), Irlande (13 %) et Islande et Finlande (11 %). Il existe également d’importantes différences du point de vue du fonctionnement du marché du logement social, notamment sous l’angle des paramètres qui régissent l’accès et la répartition (OCDE, 2020[132]).

Les logements sociaux peuvent aussi bien favoriser que freiner la ségrégation sociale, en fonction de leur taille, de leur localisation et de leur processus d’attribution. En effet, si les grands projets de logements sociaux peuvent être un facteur de ségrégation, ceux de taille plus modeste tendent à réduire l’ampleur du phénomène, étant donné qu’ils ont une plus grande probabilité de disperser les occupants des logements sociaux dans des zones différentes (Verdugo et Toma, 2018[133]). L’une des principales recommandations de l’OCDE en la matière a trait au « zonage inclusif » (Moreno Monroy et al., 2020[134]). D’après la (Banque mondiale, sans date[135]), dans le cadre du zonage inclusif les promoteurs privés sont soit tenus d’intégrer des logements abordables ou des logements sociaux dans leur aménagement du site, soit incités à le faire. Cet objectif peut être atteint en incorporant des logements abordables dans le même ensemble ou en les construisant ailleurs, ou encore en fournissant des financements ou des terrains en vue de la création de logements sociaux ou abordables. La loi française sur le logement social « Solidarité et renouvellement urbain » impose un quota minimum de 20 % de logements sociaux dans chaque municipalité au sein des zones urbaines (Blanc, 2010[136]), et les localités qui ne respectent pas ce pourcentage minimum de 20 % se voient infliger une sanction financière. De même, certaines villes allemandes ont instauré un quota social auquel doit se conformer l’affectation des sols. Cependant, sa mise en œuvre exige souvent beaucoup de temps car les nouveaux logements sociaux doivent être construits ou transformés à partir du stock de logements existant.

Bien entendu, pour que le logement social contribue à réduire la concentration des immigrés, il n’est pas seulement important que le logement social soit déconcentré, encore faut-il qu’il soit accessible pour les immigrés. Dans la majorité des pays de l’OCDE, les résidents permanents tendent à avoir le même accès formel aux logements sociaux que les natifs. Cependant, les immigrés ont des difficultés à accéder à un logement social peu après leur arrivée. Certains pays ont de longues listes d’attente (comme la Belgique ou le Canada) ou exigent que les candidats aient vécu pendant une durée minimale au sein de la région (comme certaines municipalités en Norvège) ou du pays (comme la Nouvelle-Zélande). En outre, les immigrés éprouvent des difficultés à remplir d’autres conditions, comme c’est le cas en Belgique (Flandre), où un certain niveau de néerlandais peut être exigé.

Au lieu de fournir un logement social, il est également possible d’apporter un soutien financier aux ménages dans le besoin afin qu’ils puissent accéder au marché du logement privé. Ce soutien peut être apporté au moyen de dispositifs d’allocation logement, prenant notamment la forme de systèmes de chèques-logement (tels que celui mis en œuvre aux États-Unis pour les ménages à faible revenu), ainsi que d’autres systèmes d’aide financière en faveur des populations défavorisées, qui peuvent être plus spécifiquement ciblés sur les personnes dans le besoin. La plupart des pays de l’OCDE ont mis en place une forme de soutien de ce type pour les ménages à faible revenu, et en règle générale les ménages immigrés peuvent également en bénéficier. Une douzaine environ de pays de l’OCDE (Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, Lituanie, Norvège, Nouvelle-Zélande, République tchèque et Slovénie) ont établi des dispositifs de prêt ou de soutien financier spécifiquement destinés aux réfugiés.

Bien que tous les pays de l’OCDE assurent quelque forme de protection juridique contre la discrimination (OCDE, 2020[137]), seul un petit nombre d’entre eux ont pris des mesures spécifiques ou mis en place des mécanismes de contrôle en vue de combattre la discrimination sur le marché du logement. Au nombre de ces pays figurent les États-Unis, où la loi sur le logement équitable (Fair Housing Act) assure une protection juridique à certains groupes menacés de discrimination du fait de leur couleur de peau, de leur état de personne handicapée, de leur situation de famille, de leur origine nationale, de leur appartenance ethnique, de leur religion, de leur orientation sexuelle ou de leur sexe. Pour faire respecter cette loi et pour surveiller la discrimination, des testeurs de l’égalité dans le domaine du logement (Fair Housing Testers) sont déployés sur l’ensemble du territoire des États-Unis (United States Department of Justice, 2021[138]). Ces testeurs se présentent comme des personnes à la recherche d’un logement, afin de rassembler des informations sur les pratiques discriminatoires sur le marché du logement. Dans les pays européens de l’OCDE, en revanche, le problème de la discrimination sur le marché du logement n’a guère bénéficié d’attention de la part des pouvoirs publics, comme en témoigne la très faible proportion d’actions en justice pour discrimination dans le domaine du logement, comparativement à celles intentées concernant les questions d’emploi (Silver et Danielowski, 2019[139]). Cet écart mérite d’être souligné, puisque la deuxième enquête de l’Union européenne sur les minorités et la discrimination (EU-MIDIS II) montre que, d’après les autodéclarations, la discrimination est tout aussi répandue sur le marché du logement que sur le marché du travail. Cela ne reflète pas nécessairement la discrimination réelle, mais donne à penser que ce phénomène est sous-estimé.

Compte tenu du désavantage dont souffrent les immigrés au regard du fonctionnement du marché du logement, certains pays fournissent des informations et des conseils ciblés – notamment aux réfugiés. Aux Pays-Bas, par exemple, des « journées de facilitation » destinées aux réfugiés leur apportent une aide en ce domaine (Network of Integration Focal Points, 2007[140]), et, en Belgique, la structure d’hébergement des personnes dont le statut de réfugié est nouvellement reconnu les aide à trouver un nouveau logement. Ce soutien prend notamment la forme d’une assistance linguistique, mais aussi de conseils juridiques et financiers et d’une aide à la recherche d’un logement convenable. Certaines villes fournissent des services d’assistance et de soutien pour aider les nouveaux arrivants à trouver un logement abordable.

La forte concentration résidentielle des immigrés est un phénomène universel dans les pays de l’OCDE. Elle est observée à différentes échelles géographiques : au niveau des régions ou des villes comme à celui des quartiers au sein des villes. Certains éléments tendent à mettre en évidence une ségrégation résidentielle croissante des immigrés, mais ils ont principalement trait au système scolaire, alors que les données disponibles au niveau du quartier sont plus contrastées. Cependant, même lorsque les immigrés sont plus largement répartis dans l’espace, il ne s’ensuit pas nécessairement par une diminution du ressenti du problème, et ce pour deux raisons. Premièrement, dans les pays d’immigration de longue date, les descendants d’immigrés nés dans le pays finissent souvent par vivre dans les quartiers d’immigrés « historiques », ce qui crée un sentiment d’ethnicisation des quartiers, même si le pourcentage de personnes nées à l’étranger a de fait diminué au niveau local. Deuxièmement, une répartition plus égale des immigrés entre les différentes villes et régions les rend par ailleurs plus visibles pour une plus grande partie de la population native, qui peut y voir le signe d’une présence encore plus importante des immigrés dans les quartiers précédemment ségrégués.

Les causes et les effets de la concentration des immigrés sont multiples et complexes. Les nouveaux arrivants tendent à emménager dans des zones à forte concentration d’individus de même origine qu’eux, et ce phénomène est souvent lié à des avantages à court terme, en raison de l’aide apportée par les réseaux sociaux locaux à l’heure de rechercher un emploi ou un logement. Cependant, cet avantage initial tend à se transformer en handicap au fil du temps, étant donné qu’une forte concentration d’immigrés s’accompagne d’une familiarisation plus lente avec les institutions et la langue du pays d’accueil.

Il s’ensuit que la décision de vivre dans une zone à forte concentration résidentielle d’immigrés implique un arbitrage entre le pour et le contre : elle présente des avantages à court terme pour les nouveaux arrivants, mais elle implique aussi des coûts à long terme sur le plan de l’intégration. En tout état de cause, il est difficile de remédier à la concentration résidentielle. Non seulement il est ardu de dissuader les immigrés de tirer parti de ces avantages à court terme, mais cela pourrait en outre s’avérer contreproductif. Certains pays ont néanmoins tenté de le faire – notamment pour ce qui est des nouveaux arrivants pour raisons humanitaires – mais les données disponibles portent à croire que cette stratégie n’a souvent pas tenu ses promesses : elle a abouti à des taux d’emploi plus faibles, sans compter que beaucoup d’immigrés ayant fait l’objet des mesures de dispersion sont ensuite revenus s’installer dans les zones ségréguées. En effet, les avantages à court terme tirés de l’installation dans une zone ségréguée tendent à être tout à fait tangibles, alors que les coûts à long terme sont moins certains, en particulier dans les contextes où les immigrés n’ont aucune certitude quant à leurs perspectives de résidence et d’intégration à long terme.

Tant les natifs que les immigrés peuvent partir de ces zones, mais il ne s’ensuit pas nécessairement un renforcement de la ségrégation. Cependant, étant donné que ceux qui partent de ces zones défavorisées jouissent généralement d’une meilleure situation socioéconomique que ceux qui y restent, cela a pour effet d’aggraver le niveau global de désavantage dont souffre le quartier. En tout état de cause, le départ de ces zones ne joue qu’un rôle limité, étant donné que les profils de ségrégation demeurent largement déterminés par la résidence initiale. Il est donc essentiel de rompre la dynamique intergénérationnelle négative à laquelle sont soumis les immigrés, et plus particulièrement les moins instruits d’entre eux, surtout dans les zones à forte concentration résidentielle, mais pas uniquement. Les pouvoirs publics devraient s’intéresser davantage aux moyens de lutter contre les causes de l’immobilité des migrants et de leurs enfants qui vivent dans des zones défavorisées – surtout lorsqu’ils se trouvent dans une situation socioéconomique très fragile.

Dans ce contexte, il conviendrait en particulier de consacrer davantage d’attention à la qualité, à la répartition et à l’accessibilité des logements pour les immigrés – tant pour les nouveaux arrivants que pour ceux déjà installés. C’est là un aspect de l’action publique dont l’importance pour l’intégration est très sous-estimée, bien qu’il soit là encore extrêmement difficile d’obtenir des résultats en ce domaine, en particulier dans les pays qui ne possèdent qu’un stock restreint de logements sociaux. Outre les leviers liés au logement social, un accès plus large au crédit immobilier et la lutte contre la discrimination sur le marché du logement constituent également des domaines d’action sous-estimés mais riches de promesses.

Un autre domaine auquel les pouvoirs publics devraient accorder une plus grande attention est celui de l’intégration des femmes immigrées dans les zones à forte ségrégation résidentielle, du fait notamment de ses retombées sur les résultats de leurs enfants. Les données provisoires présentées dans ce chapitre suggèrent que cette question est en partie liée aux normes sociales différentes en vigueur dans les zones à forte ségrégation, en particulier lorsqu’il s’agit d’immigrés venant de pays d’origine où il existe d’importantes disparités entre les sexes. Cependant, les données disponibles en la matière ne sont pas très fiables, et tant l’impact que la ségrégation résidentielle exerce sur l’égalité des sexes que les liens entre cette ségrégation et les normes sociales en vigueur sont des domaines qui n’ont pas suffisamment fait l’objet de travaux de recherche.

Les travaux de recherche et la politique d’intégration doivent également attacher davantage d’intérêt aux aspects spatiaux des dynamiques intergénérationnelles. Afin de remédier aux interactions plus limitées avec les institutions et avec la langue du pays d’accueil, une autre voie prometteuse pourrait consister à déployer des efforts particuliers de formation en langue et de diffusion d’informations auprès des immigrés dans les zones à forte concentration.

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En vue de mesurer la ségrégation résidentielle d’une région, plusieurs problèmes méthodologiques et conceptuels doivent être réglés. Premièrement, comme la ségrégation résidentielle indique dans quelle mesure les individus de différents groupes vivent dans des quartiers différents, il est nécessaire de clarifier ce que l’on entend par « quartier ». Deuxièmement, il faut choisir une définition conceptuelle de la ségrégation résidentielle. Massey et Denton (1988[141]) décrivent cinq dimensions de la ségrégation : homogénéité, exposition, regroupement, concentration, et centralisation. Les stratégies adoptées pour mesurer la ségrégation résidentielle dépendront de ceux de ces aspects qui seront pertinents en fonction du contexte. Troisièmement, la population par rapport à laquelle la ségrégation doit être mesurée doit être définie (par exemple les pays d’origine).

La plupart des mesures traditionnelles de la ségrégation résidentielle sont dites aspatiales parce qu’elles considèrent implicitement que l’environnement social d’un individu est équivalent à quelque unité territoriale (telle qu’un secteur de recensement), sans tenir compte de la position relative de ces unités dans l’espace. Tous les individus d’un secteur de recensement donné, par exemple, sont considérés comme occupant le même environnement, dont la composition est indépendante de celle des secteurs avoisinants.

Les mesures aspatiales de la ségrégation ont souvent été critiquées dans le contexte de la ségrégation résidentielle du fait de leur incapacité à prendre en compte le découpage spatial des secteurs de recensement (Reardon et O’Sullivan, 2004[142]). En particulier, ces mesures ne tiennent compte ni du « problème du damier » ni du « problème de l’unité spatiale modifiable ».

Le « problème du damier » découle du fait que les mesures aspatiales ne prennent pas en considération la proximité spatiale des quartiers mais se concentrent au contraire sur la seule composition des quartiers. Sur un damier dont chaque case représente un quartier noir ou blanc, si toutes les cases noires étaient déplacées d’un côté du damier et toutes les cases blanches de l’autre, une mesure de la ségrégation devrait voir dans ce déplacement une augmentation de la ségrégation, puisque la plupart des quartiers seraient désormais entourés de quartiers de la même couleur (Graphique d’annexe 5.A.1). Les mesures aspatiales de la ségrégation ne font toutefois aucune distinction entre la première situation et la seconde, étant donné que dans chaque cas la composition des différents quartiers demeure identique.

Le « problème de l’unité spatiale modifiable » (modifiable areal unit problem – MAUP) se pose dans le contexte de la mesure de la ségrégation résidentielle du fait que les données relatives à la population résidente sont généralement collectées et/ou communiquées pour des unités spatiales (telles que les secteurs de recensement) qui ne correspondent pas nécessairement à des divisions sociales ou spatiales pertinentes. Cette forme de collecte des données suppose implicitement que les individus qui vivent à proximité les uns des autres mais dans des unités spatiales distinctes sont plus éloignés les uns des autres que ne le sont deux individus habitant relativement loin l’un de l’autre mais à l’intérieur de la même unité spatiale. Aussi toutes les mesures de la ségrégation spatiale et aspatiale qui reposent sur des dénombrements de la population agrégés au sein de sous-zones sont-elles sensibles aux définitions des limites de ces sous-zones. Le Graphique d’annexe 5.A.1 illustre deux aspects du MAUP : les effets d’agrégation, à l’origine de différences dans la ségrégation mesurée si celle-ci est établie à partir de sous-zones d’échelles différentes ; et les effets de zonage, à l’origine de différences dans la ségrégation mesurée si l’on déplace les limites des sous-zones, même si le nombre et la taille de ces sous-zones demeurent constants.

Lors de la mesure de la ségrégation résidentielle, le problème du damier et le MAUP soulèvent des difficultés conceptuelles. Reardon et O’Sullivan (2004[142]) font valoir que ces problèmes sont dus au fait que le calcul de la mesure de la ségrégation dépend des limites des sous-zones (des secteurs, par exemple). En principe, des mesures de la ségrégation qui s’appuieraient sur des informations tenant compte de la localisation exacte des différents individus et de leur proximité les uns par rapport aux autres au sein de l’espace résidentiel permettraient d’éliminer le « problème du damier » et le MAUP lors de la mesure de la ségrégation résidentielle.

Comme cela a été précédemment mentionné, Massey et Denton (1988[141]) décrivent cinq « dimensions » distinctes de la ségrégation résidentielle, qu’ils ont baptisées homogénéité, exposition, regroupement, centralisation, et concentration. Dans leur formulation, l’homogénéité et l’exposition constituent des dimensions aspatiales, alors que le regroupement, la concentration et la centralisation sont clairement des dimensions spatiales de la ségrégation dont le calcul exige des informations sur les localisations et sur les secteurs de recensement.

Reardon et O’Sullivan (2004[142]) proposent de retenir d’autres dimensions de la ségrégation résidentielle que celles définies par Massey et Denton. Ils préconisent d’adopter en leur lieu et place deux grandes dimensions conceptuelles : l’exposition spatiale (ou l’isolement spatial) et l’homogénéité spatiale (ou le regroupement spatial). L’exposition spatiale indique dans quelle mesure les membres d’un groupe rencontrent les membres d’un autre groupe (ou de leur propre groupe, dans le cas de l’isolement spatial) au sein de leurs environnements spatiaux locaux. L’homogénéité spatiale (ou le regroupement spatial mesure jusqu’à quel point les groupes sont répartis de manière similaire au sein de l’espace résidentiel. L’exposition spatiale constitue, tout comme l’exposition aspatiale, une mesure de l’environnement typique dans lequel évoluent les individus, et elle est en partie fonction de la composition raciale globale de la population au sein de la région considérée. L’homogénéité spatiale, par contre, est indépendante de la composition de la population.

Notes

← 1. Comme cela a déjà été relevé par (Hugo, 2008[143]), « les immigrés ont eu de plus en plus tendance à s’établir dans les grandes villes, en particulier à Sydney et à Melbourne, qui, en 2006, réunissaient 34.1 % de la population née en Australie, mais 53.1 % de celle née à l’étranger. » En 2016, les personnes nées à l’étranger représentaient 35 % de la population de Sydney, et 32 % de celle de Melbourne.

← 2. Pour le Japon et la Corée, les données par lieu de naissance ne sont pas disponibles. Pour ces deux pays, les données correspondent aux personnes de nationalité étrangère.

← 3. Il était également supérieur à la moyenne dans les principaux chefs-lieux de préfecture tels qu’Osaka (5.1 %), Nagoya (3.6 %), Kyoto (3.3 %) ou Kobe (3.1 %). Au total, Tokyo et les 46 chefs-lieux de préfecture accueillaient 47 % de l’ensemble des étrangers qui vivaient au Japon, contre 37 % de la population totale.

← 4. Le pourcentage de personnes nées à l’étranger était particulièrement élevé à Tijuana (4.8 %) et à Juárez (4.5 %), qui réunissaient 18 % de l’ensemble de la population née aux États-Unis résidant au Mexique.

← 5. https://mmp.opr.princeton.edu.

← 6. Cet état de fait a également été confirmé dans les études par pays, par exemple pour le Royaume-Uni (Geay et McNally, 2013[145]).

← 7. Bien que ce ne soit pas lié à l’immigration pour raisons humanitaires mais à l’immigration ethnique, en Israël, la disponibilité limitée de logements, ainsi que l’opposition de la part des résidents de classe moyenne et supérieure dans certains quartiers ont abouti à une ségrégation spatiale des Éthiopiens dans certaines zones, souvent défavorisées (OCDE, 2010[144]).

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