Préface

Chaque jour ou presque, nous entendons parler d’une nouvelle percée technologique, que ce soit dans le domaine de l’intelligence artificielle, de l’impression 3D ou de la conduite automatisée. Nous entrons véritablement dans l’ère de la « fabrication numérique » et de la « quatrième révolution industrielle ». C’est donc un plaisir que de présenter l’étude intitulée La prochaine révolution de la production : conséquences pour les pouvoirs publics et les entreprises, dans laquelle l’OCDE analyse de manière approfondie les implications que les technologies nouvelles et émergentes auront à moyen terme pour l’économie et l’action des pouvoirs publics.

Toute évolution de la production rejaillit sur la productivité, l’emploi, les compétences, la répartition des revenus, les échanges, le bien-être et l’environnement. La prochaine révolution de la production influera donc de façon déterminante sur l’action des pouvoirs publics. Il est difficile en effet de nommer ne serait-ce qu’un grand domaine d’intervention qui sera épargné. De la recherche à l’enseignement, en passant par la sécurité des données et les infrastructures, l’avenir de la production occupe à maints égards une place centrale dans les travaux de l’OCDE.

Les nouvelles technologies de production sont en train de redéfinir la disponibilité et la nature du travail. Il est donc important que les stratégies d’inclusion reposent sur une bonne compréhension de ce mécanisme. En fait, les nouvelles technologies de production créent un lien entre la productivité et l’inclusivité. C’est une problématique à laquelle l’OCDE accorde un intérêt prioritaire, car avec la multiplication des défis dus au vieillissement démographique, les pays membres de l’Organisation vont avoir besoin des gains de productivité que promettent ces technologies. Il faut surtout que les travailleurs soient dotés des compétences voulues pour les employer et que les politiques poursuivies soient conçues de manière à ce que les économies et les sociétés parviennent à s’adapter aux ajustements nécessaires.

Depuis cette année, l’OCDE s’intéresse de plus près à la transformation numérique de l’économie et de la société. Le présent rapport montre à quel point le numérique imprègne la production et y joue un rôle important, mais aussi combien son incidence pourrait être plus grande encore s’il était plus largement présent. Ce constat vaut aussi pour des domaines qui ne sont pas habituellement classés parmi ceux du numérique, comme la biotechnologie industrielle et les nouveaux matériaux.

Les nouvelles technologies de production auront également une incidence sur notre action à l’égard du changement climatique et de l’environnement naturel. Elles pourraient influer favorablement sur l’environnement de différentes manières très intéressantes : impression industrielle de produits à partir de matériaux écologiques, écriture d’un code génétique permettant à des micro-organismes de produire des carburants, réduction sensible de la production de déchets dans des usines « zéro défaut ».

La prochaine révolution de la production touche aussi à la question de la confiance accordée aux pouvoirs publics. Si l’opinion manifeste une certaine résistance à l’égard des nouvelles technologies, c’est parce que les autorités scientifiques et réglementaires sont tombées en discrédit. Or, il importe tout particulièrement de pouvoir leur faire confiance à l’heure où certaines technologies nouvelles sont à l’origine de perturbations d’ordre économique ou social. À ce propos, le présent rapport offre une réflexion sur certaines exagérations qui entourent les nouvelles technologies de production.

Un autre point marquant de ce rapport est l’analyse détaillée qu’il donne de l’évolution de la situation en Chine. L’OCDE a travaillé sur la prochaine révolution de la production en collaboration étroite avec la Chine alors que ce pays assumait la présidence du G20. Bien qu’il lui reste de nombreux obstacles à surmonter, tout ce que la Chine réalisera rejaillira sur le reste du monde.

Enfin, dans le sillage des travaux de l’OCDE sur les Nouvelles approches face aux défis économiques (NAEC), la multidisciplinarité reste essentielle pour saisir la réalité du monde dans toute sa complexité. Les nouvelles caractéristiques de la production qui sont communes à plusieurs technologies sont également exposées sous plusieurs angles de l’action publique et à partir de différents éléments et analyses. Mieux les gouvernements comprendront les ressorts de l’évolution de la production, plus ils seront à même de s’attaquer aux nouveaux défis et de réaliser les objectifs fixés dans les sphères économique, sociale et environnementale.

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Angel Gurría

Secrétaire général de l’OCDE