Avant-propos

Le Maroc est un pays d’émigration depuis son indépendance en 1956, voire avant, et ce, grâce à une politique de plus en plus ouverte à l’émigration comme outil d’intégration internationale et de développement. À partir de 1990, avec la création de deux institutions publiques chargées d’améliorer ses relations avec sa diaspora, le Maroc a commencé à envisager l’émigration comme vecteur de développement. À bien des égards, il a été un chef de file mondial dans le domaine, produisant plusieurs des premiers projets innovants liant les migrations au développement. L’émigration et les transferts de fonds du Maroc se poursuivent : en 2015, les émigrés représentaient environ 8 % de la population du pays, tandis que les transferts de fonds représentaient environ 7 % du PIB.

La complexité croissante des flux migratoires et le rôle grandissant des transferts de fonds au Maroc ont conduit le gouvernement à réformer le ministère chargé des migrations en 2013 (ministère chargé des Marocains résidents à l’étranger et des Affaires de la migration, MCMREAM), élargissant son rôle lié aux migrations, mais aussi à lancer le programme Sharaka avec l’Union européenne en 2015 afin de mieux intégrer et formuler la politique des migrations. Il est à espérer que ces initiatives permettront au gouvernement de mieux tirer parti des migrations dans une perspective de développement du pays. De nombreuses institutions participent à la gestion des migrations dans le pays, mais rares sont les études apportant une base de connaissances suffisante pour garantir des réponses politiques éclairées et cohérentes dans le domaine des migrations et du développement.

Ce rapport entend combler cette lacune. En 2013, le Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission européenne ont lancé un projet visant à recueillir des données empiriques au sujet des interactions entre politiques publiques, migrations et développement (IPPMD) dans dix pays à travers le monde, dont le Maroc. Les conclusions présentées ici à propos du Maroc sont le fruit de quatre années de travail de terrain, d’analyses empiriques et de dialogue politique, en collaboration avec Thalys Conseil S.A.R.L., sans oublier le soutien actif du MCMREAM.

Ce rapport examine dans quelle mesure les diverses dimensions de la migration affectent des secteurs politiques essentiels au Maroc : le marché de l’emploi, l’agriculture, l’éducation, ainsi que l’investissement et les services financiers. Il analyse par ailleurs l’influence des politiques adoptées dans ces secteurs sur tout un éventail de résultats migratoires, tels que la décision de migrer, et de retourner ainsi que l’utilisation des transferts de fonds des migrants. L’analyse empirique repose sur des travaux de terrain au Maroc, incluant la collecte de données quantitatives auprès de 2 231 ménages et 25 communautés à travers le pays, et la conduite de 30 entretiens qualitatifs auprès de parties prenantes.

Le rapport sur le Maroc est publié en parallèle avec neuf autres rapports nationaux et un rapport comparatif qui met en parallèle les résultats des différents pays et fournit un cadre d’action cohérent, s’appuyant sur les travaux de terrain et l’analyse conduits dans les dix pays partenaires. L’analyse sur le Maroc s’entend comme une boîte à outils permettant de mieux comprendre le rôle joué par les politiques publiques eu égard au lien entre migrations et développement. Elle vise à favoriser le dialogue politique et à proposer une orientation afin d’intégrer au mieux la question des migrations dans les stratégies nationales de développement. Forts des échanges menés avec les principaux intervenants et décideurs du pays, le Centre de développement de l’OCDE et le MCMREAM entendent poursuivre leur coopération en vue de renforcer la contribution positive des migrations en faveur du développement durable du Maroc.

Mario Pezzini

Directeur du Centre de développement et Conseiller spécial auprès du Secrétaire général de l’OCDE sur le développement