Avant-propos

Le phénomène d’émigration existe depuis longtemps en Haïti. Les facteurs politiques, économiques et environnementaux ont favorisé un accroissement de la diaspora des Haïtiens à l’étranger. En 2015, environ 1.2 million d’Haïtiens vivaient en dehors d’Haïti. L’argent envoyé au pays par ces émigrés contribue de manière importante à l’économie et correspond à 25% du PIB d’Haïti, représentant la part la plus élevée parmi les pays partenaires de l’étude « Interactions entre politiques publiques, migrations et développement » (IPPMD). Les transferts de fonds améliorent les conditions de vie de nombreux ménages haïtiens et ont le potentiel de financer la reconstruction et le développement.

Toutefois, un défi majeur pour Haïti est de trouver la façon de mieux gérer et tirer parti des migrations dans une perspective de développement, en particulier dans un contexte où les études empiriques sur les liens entre migrations et développement sont rares. Le rôle de la migration et des transferts de fonds pour le développement n’est toujours pas reflété dans l’agenda politique du pays. Il est possible d’intégrer davantage la migration dans les politiques de développement. Des études apportant une base de connaissances suffisante sont essentielles pour garantir des réponses politiques éclairées et cohérentes dans le domaine des migrations et du développement.

Ce rapport entend combler cette lacune. En 2013, le Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission européenne ont lancé un projet visant à recueillir des données empiriques au sujet des interactions entre politiques publiques, migrations et développement dans dix pays à travers le monde, dont Haïti. Les conclusions présentées ici à propos d’Haïti sont le fruit de quatre années de travail de terrain, d’analyses empiriques et de dialogue politique, en collaboration avec l’Institut interuniversitaire de recherche et de développement (INURED).

Le rapport examine dans quelle mesure les diverses dimensions de la migration affectent des secteurs politiques essentiels en Haïti : le marché de l’emploi, l’agriculture, l’éducation, ainsi que l’investissement et les services financiers. Il analyse par ailleurs l’influence des politiques adoptées dans ces secteurs sur tout un éventail de résultats migratoires, tels que la décision de migrer, l’utilisation des fonds rapatriés et le succès de la migration de retour. L’analyse empirique repose sur des travaux de terrain en Haïti, incluant la collecte de données quantitatives auprès de 1 241 ménages, et la conduite de 41 entretiens qualitatifs auprès des parties prenantes. Ces données ont été collectées du 22 mai au 30 juin 2014, soit un an avant la crise migratoire entre Haïti et la République Dominicaine. Les nouvelles données générées par cette crise ne sont pas incorporées dans ce rapport et, considérant les questions de recherche investiguées, n’affectent ni la validité ni la pertinence de l’analyse.

Le rapport sur Haïti est publié en parallèle avec neuf autres rapports nationaux et un rapport comparatif qui met en parallèle les résultats des différents pays et fournit un cadre d’action cohérent, s’appuyant sur les travaux de terrain et l’analyse conduits dans les dix pays partenaires. L’analyse sur Haïti s’entend comme une boîte à outils permettant de mieux comprendre le rôle joué par les politiques publiques eu égard au lien entre migrations et développement, ceci bien au-delà des tournures conjoncturelles que peuvent engendrer l’absence de politiques publiques articulées autour des migrations et le développement. Elle vise à favoriser le dialogue politique et à proposer une orientation afin d’intégrer au mieux la question des migrations dans les stratégies nationales de développement. Forts des échanges menés avec les principaux intervenants et décideurs du pays, le Centre de développement de l’OCDE et l’INURED entendent poursuivre leur coopération en vue de renforcer la contribution positive des migrations en faveur du développement durable d’Haïti.

Mario Pezzini

Directeur du Centre de développement et Conseiller spécial auprès du Secrétaire général de l’OCDE sur le développement

Louis Herns Marcelin

Chancelier de l’Institut interuniversitaire de recherche et de développement (INURED)