Éditorial

Le Maroc a l’ambition, exprimée au plus haut niveau, de rejoindre le groupe des pays dits émergents, fort du modèle de développement qui lui est propre. Depuis la fin des années 1990, la croissance économique est soutenue – près de 5 % par an – et moins volatile que par le passé, l’inflation est maîtrisée et un ambitieux programme d’investissement et de réformes a été mis en œuvre. La dynamique de développement a permis au Maroc d’améliorer le bien-être de ses habitants, en éradiquant l’extrême pauvreté, en améliorant sensiblement l’accès aux infrastructures de base et en atteignant la scolarisation primaire quasi-universelle. D’importants défis demeurent cependant pour accélérer la croissance et la rendre plus inclusive. Cela passe notamment par le développement de l’emploi formel, l’accroissement de la productivité et la lutte contre les inégalités.

Le modèle de développement du Maroc peut être caractérisé par le rôle affirmé de l’État à travers l’investissement public, la recherche de la stabilité économique et sociale et le choix de l’ouverture économique. Ce modèle est appelé à se transformer pour faire face aux mutations de l’économie mondiale et aux déséquilibres qui ont vu le jour. Cette transformation est en cours. La mise en place depuis 2005 de l’Initiative nationale pour le développement humain marque une évolution nette de la politique sociale vers des interventions plus ciblées. La réforme du système de subventions des hydrocarbures, menée de 2013 à 2015, représente aussi un jalon important dans l’évolution du modèle de développement, avec de profondes implications pour la politique fiscale et sociale du pays. Du point de vue institutionnel, la réforme constitutionnelle de 2011 et le processus de régionalisation avancée représentent également de profonds changements. D’autres réformes sont en cours, dont la flexibilisation du régime de change.

Le Maroc est engagé dans un processus de réformes, soutenu par une collaboration active avec l’OCDE dans le cadre du Programme-pays Maroc. Ce premier volume de l’Examen multidimensionnel du Maroc établit un diagnostic de la dynamique de développement du Maroc afin d’en identifier les principales contraintes. Il est le fruit d’une collaboration étroite du Centre de développement, du Département des Affaires économiques et de la Direction des Statistiques de l’OCDE avec les autorités marocaines, sous l’égide des services du chef du gouvernement. Fort de la diversité des expertises et outils d’analyses employés, et s’appuyant sur les analyses de diagnostic réalisées dans le pays, le rapport apporte un nouveau regard sur le développement marocain, à partir d’une perspective multidimensionnelle, pour identifier les domaines d’action et réformes clés capables de soutenir un développement fort, inclusif et durable. Le deuxième volume de l’Examen multidimensionnel du Maroc sera dédié à une analyse plus approfondie des principales contraintes et à la formulation de recommandations d’orientation de politiques publiques.

Le rapport identifie dès à présent trois contraintes majeures au développement du pays. Premièrement, malgré des succès notables dans certaines filières, la compétitivité marocaine est aujourd’hui insuffisante pour faire émerger le développement de secteurs capables de tirer la croissance économique, créer davantage d’emplois et entreprendre une transformation structurelle profonde. Deuxièmement, le Maroc a un retard important en termes d’accumulation de capital humain, pénalisant la productivité du travail qui demeure peu élevée. La faiblesse de l’éducation et de la formation de compétences adaptées au marché du travail sont aujourd’hui un handicap majeur pour soutenir la croissance et développer l’emploi de qualité. Troisièmement, les nombreuses politiques sectorielles nécessitent une mise en cohérence tant au niveau de leur élaboration que de leur mise en œuvre, afin de maximiser leur efficacité et celle des investissements publics.

Mario Pezzini

Directeur du Centre de développement de l’OCDE et conseiller spécial auprès du Secrétaire général de l’OCDE chargé du développement

Martine Durand

Statisticienne en chef de l’OCDE et Directrice de la Direction des Statistiques

Catherine Mann

Chef économiste de l’OCDE et Chef du Département des Affaires économiques