Résumé

Après des décennies de progrès économiques et sociaux modestes, le Sénégal renoue avec une dynamique de croissance depuis 2012. Avec presque 40 % de la population vivant sous le seuil international de pauvreté en 2011, le Sénégal vise désormais à relever les défis de la réduction de la pauvreté et de la création d’emplois.

La vision de développement du Sénégal à l’horizon 2035 est celle d’un Sénégal émergent. Cette émergence est définie autour de trois grands axes : la transformation structurelle de l’économie ; l’amélioration des conditions de vie des populations ; et la consolidation de l’État de droit. Dans ce cadre, le Sénégal a mis en place une stratégie décennale, le Plan Sénégal émergent 2014-23 (PSE), décliné en deux volets quinquennaux et trois grands axes.

Les principaux constats

Transformation structurelle de l’économie et croissance (axe 1)

Sur le long terme, la croissance au Sénégal a été principalement tirée par les investissements en capitaux et l’accroissement de la force de travail. L’amélioration de la productivité et la réallocation des ressources vers les secteurs les plus productifs ont été limitées. Les performances économiques récentes poursuivent, dans une certaine mesure, ces tendances. La croissance est désormais fondée sur des améliorations importantes dans la production agricole, mais aussi la mise en œuvre de projets phares du PSE, notamment dans les infrastructures, qui soutiennent la consommation domestique. La part importante des salaires dans les dépenses publiques, un régime fiscal qui pèse lourdement sur un petit nombre de contribuables, et les frais de service de la dette publique en hausse, entravent la capacité à mobiliser plus de ressources publiques. Parallèlement, alors que l’inflation reste bien contrôlée, la faiblesse du secteur financier limite les investissements du secteur privé formel.

La structure économique du Sénégal et ses évolutions récentes indiquent qu’une accélération économique peut être soutenue. Des progrès significatifs ont été réalisés en ce qui concerne le développement agricole, ou la diversification des exportations. Le renforcement de la compétitivité des entreprises est une ambition affichée du gouvernement, avec notamment la volonté marquée de réformer l’environnement des affaires ou d’améliorer l’accès aux infrastructures (transport, énergie). Cependant, de nombreux progrès restent à faire, le Sénégal demeurant loin derrière les économies les plus compétitives.

Capital humain, protection sociale et développement durable (axe 2)

En matière de bien-être des populations, les performances du Sénégal ont été solides dans la santé, les inégalités économiques, ou encore les disparités de genre, même si des efforts substantiels restent encore à fournir, notamment dans le secteur de la santé. À l’inverse, les capacités de consommation doivent être améliorées. Or, la plupart des moyens de subsistance demeurent précaires et localisés dans le secteur informel. De plus, bien que les taux bruts de scolarisation aient progressé et que le taux d’analphabétisme au sein des populations adultes ait diminué, les progrès du Sénégal en matière d’éducation sont insuffisants. Cette offre insuffisante d’une main-d’œuvre formée et compétente se répercute sur le secteur privé en limitant l’expansion des entreprises et les capacités de l’administration.

Gouvernance, institutions, paix et sécurité (axe 3)

L’administration centrale est solide et compétente et l’arsenal législatif bien établi, mais plusieurs défaillances dans le fonctionnement de l’administration montrent les limites des capacités d’impulsion de l’État. Les textes législatifs ne sont pas toujours respectés, ou pas de façon objective. Les procédures de gestion des finances publiques n’assurent pas toujours que les ressources soient disponibles aux points de livraisons des services. L’action publique peut être captée par des intérêts particuliers, ce qui réduit son efficacité. En parallèle, les faiblesses du système judiciaire entravent le climat des affaires. Une politique de décentralisation est en cours pour améliorer la fourniture de services publics de qualité, mais souffre d’un manque de ressources humaines et financières.

Les contraintes prioritaires pour le développement

Se basant sur l’analyse des performances du Sénégal et des projets et réformes engagés jusqu’à présent, l’Examen multidimensionnel a identifié trois contraintes transversales en lien étroit avec les axes du PSE, et sur lesquelles le prochain volet devrait se pencher en priorité :

  1. La faible efficacité de l’État sénégalais, qui ne parvient pas à impulser suffisamment le changement.

    Le fonctionnement de l’administration sénégalaise est relativement lent. Cela se traduit à différents niveaux, qu’il s’agisse de l’avancée des réformes (comme celle sur le foncier), de la délivrance de documents officiels pour les entreprises (licence, permis), de la fourniture de prestations (raccordements aux réseaux), ou de procédures fiscales. Divers groupements d’intérêts contribuent à réduire l’efficacité de la dépense publique et la compétitivité des entreprises. Ils peuvent en effet influencer le fonctionnement des mécanismes étatiques, la façon dont sont utilisées les ressources, ou encore le développement de certaines filières et l’accès aux débouchés pour les entreprises locales.

  2. Les faiblesses du système éducatif, qui affectent la productivité des travailleurs, la croissance économique, la compétitivité des entreprises, mais aussi le bien-être des citoyens.

    Malgré le niveau satisfaisant de dépenses engagées, le système éducatif actuel ne forme pas les Sénégalais en nombre et en qualité suffisants. Les entreprises se trouvent donc limitées par l’offre insuffisante de ressources humaines formées et compétentes. Ceci nuit à l’amélioration de la productivité, et, en fin de compte, au développement des filières, et à la compétitivité de l’économie. De même, les ressources humaines insuffisamment compétentes pénalisent l’action et l’efficacité de l’administration sénégalaise. Enfin, au-delà de la valeur de l’éducation en tant que telle, les défaillances du système éducatif sont également préjudiciables pour le bien-être des populations en termes d’emplois, de revenus, de santé et de liens sociaux.

  3. Les dysfonctionnements du régime fiscal, qui entravent le développement des entreprises et les capacités d’impulsion de l’État via l’impact sur le financement des réformes.

    La problématique de la fiscalité est multifacette. D’une part, le système fiscal ne doit pas être vu comme une entrave aux activités du secteur privé. Or les entreprises formelles apparaissent souvent confrontées à des difficultés relatives à l’application des règles fiscales par l’administration, ce qui ralentit leurs activités et dissuade les firmes informelles de se formaliser. D’autre part, l’État sénégalais a un besoin grandissant de financer ses dépenses, appelées à augmenter pour répondre aux besoins d’infrastructures, de filets sociaux, etc. La fiscalité s’inscrit alors dans le débat plus large du financement de l’État sénégalais et des marges de manœuvre existantes à court, moyen et long terme vis-à-vis des objectifs de développement fixés par le Sénégal, notamment en matière sectorielle.