Chapitre 2. Poursuivre la transformation structurelle de l’économie ivoirienne

Pour atteindre l’émergence, la Côte d’Ivoire devra évoluer vers une structure économique génératrice de croissance et créatrice d’emplois pour la population, mettant en avant toutes les régions du pays. Ceci nécessitera une diversification des activités économiques, en tablant sur les avantages comparatifs existants, par exemple dans la transformation des produits agricoles. Un secteur des services dynamique et plus professionnel pourra soutenir le développement des autres secteurs, tout en contribuant directement à la croissance et au développement des petites et moyennes entreprises (PME). La compétitivité repose sur un climat des investissements incitatif, des normes et standards de qualité valorisés, ainsi qu’une concurrence dynamique. Pour conquérir des marchés étrangers, le pays devra faciliter les échanges, notamment l’intégration régionale. Enfin, un régime foncier qui réalise tout son potentiel économique pourra contribuer au développement.

  

La structure économique actuelle de la Côte d’Ivoire est inadaptée pour créer des emplois et renforcer la productivité, et doit être réorientée. Pour atteindre les objectifs de création d’emplois et de renforcement de la productivité, une diversification et une modernisation des activités productives paraissent indispensables. Le graphique 2.1 illustre les éléments à réunir pour que l’économie soit compétitive et engagée dans la transformation structurelle. Une stratégie de croissance à long terme devra tenir compte des principaux atouts économiques du pays. Le secteur agricole pourra contribuer davantage à la croissance en renforçant sa productivité, et le secteur industriel devra se développer pour dégager davantage de valeur ajoutée. Les services, qui emploient déjà une forte proportion de la main-d’œuvre et contribuent à la croissance, doivent se professionnaliser et fournir des prestations de plus haute qualité aux entreprises.

Le chemin vers la transformation structurelle devra prendre en compte les produits présentant des avantages comparatifs existants, ainsi que la demande sur les marchés internationaux et la modernisation des activités centrales pour l’économie. L’analyse menée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) repose sur une double approche pour identifier les principaux moteurs de la croissance. Le rapport de la phase II a ainsi présenté les résultats de l’analyse « Espace des produits », qui identifie les principales opportunités en lien étroit avec les compétences nécessaires déjà présentes dans le pays et le futur potentiel de revalorisation (OCDE, 2016). Par ailleurs, le « Cadre d’identification de croissance et de facilitation » a soutenu cette démarche en comparant le cas de la Côte d’Ivoire avec les expériences d’autres pays, en tenant compte de leurs dotations initiales, de la demande sur le marché international et de la contribution en matière d’emplois et de valeur ajoutée émanant de la transformation des produits. Ces analyses quantitatives ont été complétées par des analyses qualitatives des secteurs et activités clés, résultant de l’identification des activités que la Côte d’Ivoire devrait poursuivre en priorité.

L’identification des produits prioritaires prend en compte leur productivité, les demandes mondiale et régionale, ainsi que leur potentiel de diversification future. Dans le cas de la transformation agricole, la Côte d’Ivoire a régulièrement augmenté sa productivité pour des produits tels que le cacao, le coton, le caoutchouc, l’hévéa et la noix de cajou. D’autres aliments de base importants dans la sous-région, comme le manioc ou les céréales, présentent aussi un potentiel de transformation élevé. Au-delà de l’agro-industrie, le pays doit bâtir la transformation structurelle sur des activités déjà rentables et pouvant bénéficier d’une demande soutenue sur les marchés régionaux, comme les produits chimiques, les produits pharmaceutiques et les matériaux pour le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP). D’autres activités, telles que la production d’emballages, seront capitales pour l’ensemble de l’économie. Attirer les activités de la chaîne d’assemblage sera plus difficile, mais la Côte d’Ivoire pourrait essayer de tirer parti de son emplacement au centre de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), ainsi que de la relance économique récente pour attirer des projets phares.

Graphique 2.1. Une économie émergente : compétitivité améliorée et dialogue stratégique
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Note : Ce graphique est associé aux recommandations et au plan d’action présenté à la fin de ce rapport. « RA 1 » fait référence au résultat attendu numéro 1, et les numéros entre parenthèses font référence aux différentes recommandations qui se trouvent dans le plan d’action.

Source : Auteurs.

L’amélioration des activités de services et leur professionnalisation seront cruciales pour le développement à long terme. Les activités de services détiennent un potentiel de croissance et sont des intrants essentiels dans les activités industrielles, notamment dans le cadre de l’économie numérique, des transports et de la logistique. Les activités de commerce soutiendront le développement de nombreux secteurs. Les activités touristiques prendront un certain temps à se développer car elles nécessitent des investissements à long terme et des campagnes de communication ciblées, mais elles pourraient contribuer à soutenir la réputation du pays à l’échelle internationale.

Le gouvernement doit jouer un rôle de facilitateur pour le développement sectoriel. L’exploitation des avantages comparatifs possibles de la Côte d’Ivoire sera facilitée par des pouvoirs publics proactifs et déterminés. Il ne s’agit pas d’interférer dans les mécanismes de marché, ni de soutenir des activités non rentables, mais d’assumer un rôle d’intermédiaire, de facilitateur et de pourvoyeur de biens publics essentiels, en ayant pour préoccupation première l’instauration des conditions propices à la prospérité. Les autorités ivoiriennes doivent privilégier l’amélioration de l’accès aux infrastructures, surveiller l’évolution des prix et leur influence possible sur les salaires, et poursuivre les réformes du système éducatif. Les mesures sectorielles plus spécifiques devraient être ciblées pour bénéficier à la totalité des entreprises d’un secteur, ou, de manière concurrentielle, pour favoriser les entreprises les plus performantes.

Enfin, les politiques sectorielles ne pourront pas réussir sans réformes fondamentales dans les domaines transversaux. Toutes les activités économiques bénéficieraient d’un meilleur climat des investissements et d’un accès au foncier plus sécurisé. L’amélioration des standards et normes de qualité sera essentielle pour conquérir de nouveaux marchés et faire monter en gamme la production nationale. Le succès des activités productives nécessitant des intrants, ainsi que les activités orientées vers les exportations dépendent de la fluidité du passage portuaire et des procédures de dédouanement. Ces éléments clés, présentés dans la section 2 de ce chapitre, seront essentiels pour le développement et la réussite de la diversification de l’économie ivoirienne.

L’économie est diversifiée et industrialisée

Le secteur agricole est performant et constitue un moteur de la croissance

La productivité du secteur et la capacité des acteurs doivent être rehaussées (recommandations 1, 2 et 3)

Le gouvernement doit assurer une bonne qualité des intrants. La qualité des semences doit faire l’objet de l’attention des autorités tout au long de chaîne de distribution, notamment au niveau des petits commerçants. Le ministère de l’Agriculture prévoit de lancer un projet de création d’une chaîne de distribution intégrée pour les semences de qualité, qui devrait démarrer à titre pilote dans la filière du riz. Ce projet ne tient pas compte du risque de dilution/trafic des intrants en bout de chaîne, or des travaux conduits en Ouganda ont révélé que de nombreux intrants (engrais, semences) sont dilués par les détaillants. Le gouvernement devrait réfléchir à la mise en place d’un mécanisme de contrôle pour remédier à ce problème, mais aussi contribuer à l’amélioration de la qualité des intrants vendus aux petits exploitants, tout en poursuivant le développement des projets de chaînes d’approvisionnement à plus grande échelle. Un tel mécanisme reviendrait à instituer un service dédié (au sein des institutions chargées du contrôle de la qualité) ou à créer une agence spécialisée pour les contrôles sur la qualité alimentaire et pharmaceutique (modèle de la Food and drug administration [FDA] américaine). L’entité serait chargée d’élaborer un plan de contrôle structuré et de prendre les dispositions nécessaires (collecte d’échantillons, évaluation en laboratoire, sanctions). Plus généralement, la Côte d’Ivoire doit assurer des financements suffisants pour les programmes de développement agricole, dont le Programme national d’investissement agricole (PNIA).

Les services agricoles doivent être renforcés. L’Agence nationale d’appui au développement rural (Anader) a un projet de remise à plat des services agricoles. Ce projet devra tenir compte des difficultés actuelles, telles que les problèmes d’accès aux services pour les petits exploitants et la dispersion de ces services dans de nombreuses officines. Une solution pourrait consister à regrouper certains services, idéalement à proximité des principaux fournisseurs d’intrants, pour permettre un accès plus facile aux services et intrants clés. Il serait également utile de revoir le mandat et les critères d’évaluation des performances des coopératives pour soutenir le développement des capacités des acteurs. Les réformes devraient aussi viser à une meilleure structuration des filières prioritaires pour améliorer les capacités des acteurs, notamment des interprofessions, et soutenir l’adoption des nouvelles technologies (Box 2.1).

Encadré 2.1. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) au service du développement

ITC Limited, une société indienne, a lancé E-Choupal en 2000 au sein de sa division agro-industrie pour surmonter les défis dans l’exploitation agricole, et plus particulièrement la nature fragmentée des activités agricoles dans les zones rurales. Le programme a reçu plusieurs prix pour sa conception et son efficacité. Le modèle prend en charge la mise en place de bornes informatiques avec accès à Internet dans les fermes agricoles, qui peuvent ensuite être utilisées par les agriculteurs de la région. Ces bornes sont reliées à un entrepôt dans la région, géré par des professionnels, pour assurer le stockage, l’entretien et le transport. Les coûts d’exploitation d’ITC Limited sont couverts par le propriétaire de la borne, qui est lui-même payé par les autres agriculteurs pour accéder au terminal. La borne donne accès à une meilleure information (prix, conditions météorologiques, pratiques agricoles). ITC Limited fournit également des intrants aux agriculteurs locaux, bénéficie de l’amélioration de la qualité et des coûts de transaction lors de l’achat des récoltes des agriculteurs.

De nombreux autres exemples d’utilisation efficace des NTIC existent. Au Ghana, par exemple, la société Esoko a bâti sur les téléphones mobiles pour fournir des services d’information et de communication aux marchés agricoles (messages texte, offres de vente et d’achat, etc.).

Source : ITC Limited (2015) ; Esoko (2015).

Les filières agro-industrielles au fort potentiel sont des moteurs de la croissance

La transformation des matières premières devra être étendue, en privilégiant des filières clés (recommandation 4)

Les activités agricoles sont confrontées à des contraintes différentes dans la mise à niveau et l’expansion des capacités de transformation. Les capacités de transformation nationales dépassent parfois la production locale (cas de l’huile de palme, par exemple). Il faudrait alors mener des réformes stratégiques pour cibler la productivité agricole à travers un meilleur accès aux intrants de qualité (semences, engrais) et l’amélioration des compétences et des capacités des acteurs locaux. Dans d’autres cas, il faudrait soutenir l’installation de capacités de transformation supplémentaires (exemple de la noix de cajou). Par ailleurs, des politiques d’amélioration de l’environnement des affaires seront nécessaires pour encourager la transformation locale ; elles devront être soutenues par le développement de clusters agricoles et de mesures pour attirer les grands investisseurs internationaux.

La mise en place d’interprofessions dynamiques et coordonnées constitue un facteur clé pour la valorisation des chaînes de valeur. Le gouvernement doit inciter les professionnels à réaliser les mises à niveau nécessaires au développement et à l’accroissement de la production, et les accompagner dans leur recherche de nouveaux marchés (Box 2.2). La structure actuelle des chaînes de valeur, séparées par filière, entrave de telles synergies. Le gouvernement pourrait identifier les régions pilotes qui offrent un potentiel pour quelques filières et soutenir l’établissement de clusters afin de faciliter les échanges d’informations et les liens entre les chaînes de valeur. Les clusters pourraient promouvoir la collaboration en matière d’emballage, de stockage et d’installations de transport, et de financement. Ces regroupements doivent être mis en place avec précaution, les acteurs et les participants doivent être sélectionnés avec soin afin de garantir un niveau suffisant de capacités et d’engagement. Par la suite, pour mobiliser plus de ressources, les clusters pourraient également intégrer les grandes entreprises clientes de certaines chaînes de valeur qui ont un intérêt dans l’amélioration de la qualité et qui pourraient contribuer à financer le lancement de ces initiatives.

Encadré 2.2. Deux approches pour soutenir les progrès dans le secteur agricole : le Maroc et la Chine

Le Maroc a développé et mis en œuvre avec succès une nouvelle stratégie de développement agricole en 2008, visant à accélérer la dynamique du secteur et soutenir l’insertion dans les chaînes de valeur mondiales sur dix ans. Les principaux objectifs étaient de moderniser la production agricole (performance, investissements, etc.) et de promouvoir la solidarité (réduction de la pauvreté, soutien des zones éloignées et périphériques). Le plan a mis l’accent sur la création de partenariats parmi tous les agents en amont et en aval des chaînes de valeur, et le renforcement des associations professionnelles et des coopératives. Le programme a été accompagné de plusieurs réformes du cadre réglementaire, ainsi que d’un suivi et d’une évaluation continus.

La politique de développement de la Chine a depuis longtemps soutenu l’intégration des différents acteurs dans les chaînes de valeur. Elle a reposé sur des entreprises chefs de file (« tête de dragon » [longtou]) comme moyen de connecter les petits agriculteurs avec les grandes entreprises et les marchés modernes. Les entreprises ont été désignées par le gouvernement sur la base de leurs capacités, de leur taille et de leur localisation. Elles ont été encouragées (et parfois subventionnées) à construire des bases contractuelles avec les petits agriculteurs. Les contrats varient considérablement : de l’achat simple au soutien et à l’appui de la société pour les agriculteurs (comme dans des arrangements d’« agriculture contractuelle » entre les grandes entreprises acheteuses et les petits exploitants). Le programme a été mis en œuvre par le Bureau de l’intégration verticale de l’agriculture, mis en place au milieu des années 90 pour superviser les efforts de la Chine en matière d’intégration de son secteur agricole, et a contribué à structurer et moderniser la production locale à petite échelle.

Sources : Schneider (2014), Ministère de l’Économie et des Finances, Maroc (2015).

La Côte d’Ivoire devrait mettre en place des mesures spécifiques selon les besoins des filières et les produits prioritaires, comme décrit dans le plan d’action. En fonction des caractéristiques des produits et de la structure des marchés, il serait important d’améliorer les capacités locales, d’attirer des grandes entreprises phares, de professionnaliser les services en amont et en aval, et de créer des partenariats. La Côte d’Ivoire gagnerait, par exemple, à attirer des entreprises de transformation du riz pour servir les marchés local et transfrontalier. Une telle politique peut se faire sans extension de la production locale, le riz existant déjà en grande quantité en Côte d’Ivoire et dans les deux pays de l’hinterland (Mali et Burkina Faso).

Pour un grand nombre d’autres produits, tels que le manioc, il s’agira d’améliorer les conditions de stockage et d’emballage. Les producteurs ivoiriens ont très peu de bonnes conditions de stockage pour les produits périssables, et les petits acteurs dans la transformation ont des capacités individuelles de stockage limitées. Pour limiter les pertes, il faut donc privilégier les infrastructures rurales de stockage et de transport. De plus, un soutien systématique aux petits entrepreneurs pour professionnaliser leurs compétences en matière d’emballage pour une meilleure conservation apparaît indispensable.

Des partenariats avec des pays concurrents et des réformes dans les ports pourraient renforcer l’insertion dans les chaînes de valeur mondiales. La Côte d’Ivoire pourrait profiter d’un échange continu avec les grands pays concurrents (tels que le Viet Nam ou l’Inde pour la noix de cajou) pour échanger des informations et du savoir-faire en matière de production, de technologies post-récolte, de transformation et d’import/export, tout en facilitant les transactions commerciales entre les deux pays. Plusieurs produits sont en forte demande sur les marchés mondiaux, tels que les produits à base de cacao. Pour profiter de cette opportunité, un renforcement de la participation dans les chaînes de valeur nécessitera une meilleure fluidité du passage portuaire. L’Box 2.3 présente deux exemples d’insertion sur les marchés mondiaux.

Un potentiel important existe dans les fonctions intermédiaires pour des produits comme le café ou le cacao, pour lesquels l’emballage, la collecte ou le marketing font défaut. L’entrée en vigueur du programme qualité-quantité-croissance (2QC) a permis d’améliorer le label Origine Côte d’Ivoire, qui s’était dégradé. Les bénéfices de telles politiques pourraient continuer à se faire sentir dans les années à venir et augmenter à long terme avec la hausse de la demande des négociants et des industriels. Par ailleurs, ils pourraient être renforcés par le développement d’une marque Cacao Côte d’Ivoire, sur le modèle de la marque Café de Colombie pour aider le secteur privé (et notamment les PME) à s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales.

Encadré 2.3. Connecter des entreprises industrielles au marché mondial : le secteur des fleurs en Éthiopie et des ananas au Ghana

L’industrie des fleurs coupées en Éthiopie fournit un exemple de coordination gouvernementale visant à attirer les investissements directs à l’étranger (IDE), et plus largement une illustration d’un équilibre parfait entre initiative du secteur privé et soutien stratégique de l’État. Le projet a misé sur les avantages de l’Éthiopie, notamment une connexion aérienne fiable grâce à la ligne aérienne nationale et une proximité suffisante avec les marchés européens. En 2002, l’association des producteurs horticoles d’Éthiopie et l’Association des exportateurs ont sollicité le soutien du gouvernement. Celui-ci a pris en charge la coordination des transports à travers l’entreprise publique Ethiopian Airlines, amélioré l’accès aux terres et aux financements à des conditions favorables, et supprimé des restrictions à l’importation de pesticides et d’engrais.

Un projet lancé au Ghana en 1998 illustre également la commercialisation de produits agricoles sur les marchés mondiaux et met en avant l’importance de la facilitation du commerce, notamment via un système de transport rapide et fiable. L’entreprise Blue Skies exporte des ananas frais vers l’Europe et s’engage dans la première transformation. L’approvisionnement de Blue Skies se fait au travers de petits exploitants, qui font partie d’un régime élaboré de soutien, d’assistance technique et de crédit.

Source : Gebreeyesus et Sonobe, T. (2012) ; OMPI.

Afin de restaurer la compétitivité de la chaîne de valeur textile, différents niveaux d’intrants et de technologie peuvent être ciblés. La Côte d’Ivoire devrait évaluer son potentiel de réinsertion dans le secteur du textile avec des études poussées et focaliser ses efforts sur les activités qui ont un potentiel de marché. Des machines efficaces, une fourniture d’énergie, d’eau et de main-d’œuvre à coûts réduits, sont des éléments essentiels pour la survie de l’industrie textile ivoirienne. Ainsi, afin de maximiser le potentiel de ce secteur, il sera essentiel de soutenir l’abondance d’une main-d’œuvre à coût réduit avec les niveaux de compétences nécessaires, et de continuer à fournir un accès à l’énergie à des prix compétitifs. Par ailleurs, il sera impératif que la Côte d’Ivoire engage le secteur privé dans une concertation pour identifier les productions les plus adaptées, compte tenu du niveau de développement de l’industrie.

Le secteur industriel est diversifié et générateur d’emplois

Le tissu industriel devra être développé pour une plus grande diversification (recommandation 5)

La Côte d’Ivoire vise à accroître la contribution des activités industrielles dans les cinq prochaines années, ce qui nécessitera un soutien ciblé à des activités à fort potentiel de croissance. Les secteurs prioritaires proposés comprennent : les matériaux de construction en raison d’une forte demande nationale et régionale tirée par les investissements publics et privés ; les produits chimiques ; les produits pharmaceutiques ; et les emballages, pour lesquels le pays dispose déjà d’entreprises rentables. En outre, les activités de montage et de fabrication légère pourraient être développées si le pays met en avant ses atouts : emplacement central à proximité des marchés émergents d’Afrique de l’Ouest, compétences et niveaux de technologie relativement élevés. Enfin, de nouvelles activités peuvent être envisagées pour leur potentiel à établir des chaînes de valeur régionales. Les produits à base de cuir, par exemple, permettent à la Côte d’Ivoire de tirer parti de son expérience dans les activités connexes.

Le gouvernement doit se concentrer sur les réformes qui influencent la facilitation des échanges pour améliorer l’accès à des marchés plus importants dans la sous-région et le coût de la main-d’œuvre locale. Une enquête auprès des investisseurs internationaux montre que les deux principaux facteurs d’attraction pour les investissements sont l’accès aux marchés des consommateurs et les coûts de production locaux (en particulier du travail). En ce qui concerne le coût du travail, il sera important de faire attention aux hausses des coûts de la vie et à la façon dont elles se traduisent dans les négociations, les normes salariales et le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG). Le gouvernement pourrait envisager des projets pilotes pour renforcer la flexibilité des salaires, par exemple dans les zones industrielles. Pour l’accès aux marchés, les réformes du passage portuaire seront également essentielles pour les entreprises industrielles afin de faciliter l’accès aux intrants et d’écouler la production. Une procédure accélérée (fast track) pourrait aider les entreprises clés à contourner les goulots d’étranglement existants dans les ports : certaines entreprises sélectionnées par la Direction générale des douanes (DGD) au cours d’un processus approfondi pourraient bénéficier de procédures préférentielles facilitées (moins de documents à fournir, traitement plus rapide, moins de contrôles).

Les mesures de soutien doivent rester suffisamment larges et accessibles pour une variété d’entreprises, notamment dans le cadre du plan Phoenix et du soutien aux « champions nationaux ». Des exigences de contenu local peuvent favoriser la demande pour les biens et les approvisionnements locaux, mais aussi présenter des risques. Par exemple, si les intrants locaux sont plus chers ou de qualité inférieure aux intrants importés, ils augmenteront le coût global de production, limitant ainsi la compétitivité et augmentant les prix pour les consommateurs. Des exigences de contenus locaux peuvent également rendre un pays moins attractif pour les investisseurs. Ces désavantages sont notamment visibles lorsque des mesures protectionnistes sont mises en place avec une durée illimitée, les entreprises locales s’habituent alors à la protection et n’ont plus d’incitation à devenir plus compétitives.

Les politiques qui encouragent le contenu local doivent rester souples et transparentes. Plusieurs mesures peuvent accompagner les politiques en faveur du contenu local. Les clauses de sauvegarde peuvent intégrer une date de levée des mesures protectionnistes dès leur mise en œuvre. L’évaluation fréquente de l’impact de ces politiques permet d’assurer leur efficacité. D’autres politiques peuvent aussi être envisagées, telles que les droits de douane et les subventions, qui peuvent parfois produire des résultats similaires pour les industries naissantes tout en étant plus transparentes et faciles à quantifier et surveiller à plus long terme. En Côte d’Ivoire, il serait essentiel que les politiques en faveur du contenu local soient bien conçues, et que l’admissibilité au label de « champion national » reste ouverte aux entreprises dans tous les secteurs pour permettre à la concurrence d’émerger. Une coordination étroite et continue, et des discussions avec le secteur privé seront essentielles pour éviter les distorsions.

Le gouvernement devrait poursuivre le dialogue avec les grands investisseurs du secteur privé pour attirer des projets phares. Des études poussées et spécifiques peuvent aider à identifier les opportunités économiques et les principaux obstacles pour les entreprises, ainsi que les politiques de soutien appropriées, concernant notamment le potentiel des clusters et des agglomérations industrielles dans certains secteurs. Par exemple, pour attirer les activités d’assemblage, il sera important de miser stratégiquement sur les atouts de la Côte d’Ivoire, parmi lesquels figurent l’accès facilité aux marchés régionaux, mais aussi la compréhension du fonctionnement et des exigences spécifiques des marchés africains (Box 2.4).

Une vision partagée et un dialogue stratégique entre tous les acteurs devront être développés pour identifier des opportunités de diversification (recommandation 6)

Les autorités publiques peuvent accompagner le secteur privé pour jouer un rôle de moteur du changement structurel. Le gouvernement peut jouer un rôle central de coordination de la mise à disposition des biens et intrants essentiels. Il peut également prendre l’initiative pour développer une approche stratégique et préparer le terrain pour de nouvelles activités. Par exemple, en encourageant les consultations public-privé, ou en définissant une vision partagée de l’évolution de l’économie et des priorités d’ensemble.

La Côte d’Ivoire dispose de multiples options pour diversifier son économie. L’économie ivoirienne, actuellement fortement dépendante du secteur agricole et des activités de service (souvent informelles) à petite échelle, doit diversifier son économie pour assurer une croissance durable. Des approches analytiques, comme la méthodologie de l’espace des produits, permettent d’identifier une palette de produits et d’activités adaptés pour diversifier l’économie. De tels produits doivent exploiter les avantages comparatifs et les capacités de production existants tout en offrant un potentiel accru sur le plan de la valeur ajoutée et de la future création d’emplois.

Le gouvernement doit organiser un processus coordonné de consultations avec le secteur privé pour discuter des futures pistes d’activité et des conditions préalables à réunir. Le gouvernement devrait engager un processus de consultations plus systématiques et mieux ciblées autour des (nouveaux) produits et activités susceptibles d’étayer la croissance en Côte d’Ivoire, mais aussi des entraves à l’émergence ou à l’essor de ces produits et activités. Le processus pourrait s’appuyer sur le Comité de concertation État/secteur privé (CCESP), une plateforme au sein de laquelle les parties prenantes abordent des thèmes importants, à l’instar des nouvelles lois et des réformes en cours portant sur le climat de l’investissement (Hausmann, Rodrik et Sabel, 2008). En s’appuyant sur le CCESP, le processus impliquerait la réalisation d’enquêtes auprès des membres des associations professionnelles ivoiriennes sur les secteurs à potentiel, l’identification de domaines clés et de groupes de travail dédiés, chargés d’analyser plus en profondeur le potentiel commercial, les conditions préalables à réunir et les obstacles actuels à l’émergence de ces activités.

Encadré 2.4. Tabler sur les connaissances locales pour construire un champion national de l’assemblage : l’entreprise Haier en Chine

L’exemple de la société de fabrication chinoise Haier illustre la conquête des marchés régionaux et globaux et le développement d’un potentiel d’innovation. Elle illustre également l’importance du rôle du gouvernement dans la fourniture du cadre économique et de l’environnement des affaires, tandis que la prise d’initiative basée sur les connaissances des marchés locaux est laissée au secteur privé.

Au bord de la faillite, Haier s’est recentrée sur son avantage comparatif : la connaissance et l’approvisionnement des marchés locaux. Les lave-linges font partie des produits phares commercialisés par la société. Haier a développé des modèles plus adaptés aux besoins des consommateurs chinois que les modèles standards internationaux (utilisation pour le nettoyage des produits agricoles, par exemple). Grâce à cet effort d’innovation, l’entreprise a conquis les marchés locaux, bâti des compétences et une réputation locale, avant de conquérir les marchés internationaux.

Jusqu’à aujourd’hui, la stratégie d’expansion de Haier repose sur sa connaissance des différents marchés et des besoins des consommateurs, et sa capacité à proposer des appareils adaptés à des clientèles spécifiques. Cela nécessite des efforts de recherche et développement axés sur la connaissance des marchés spécifiques et des modes de vie locaux, ainsi que sur des études de consommation, plutôt que le recours à des technologies sophistiquées. Par rapport aux multinationales offrant un petit nombre de modèles pour chaque type d’appareil, Haier offre des centaines de modèles différents, pour les groupes de clients différents : bord de mer, pays industrialisés, zones agricoles, etc. Sur le plan international, par exemple, il existe des modèles sans détergent pour des pays secs (Australie), de grandes machines pour les robes dans les pays musulmans, des modèles de couleur pour des occasions spéciales en Asie (couleurs traditionnelles de mariage pour les réfrigérateurs, etc.), ou des modèles avec une forte puissance de stockage pour les pays africains qui connaissent des coupures de courant fréquentes.

Source : Danish Industry Foundation et Kata Foundation (2015) ; Khanna et Palepu (2006).

L’accès du secteur productif aux infrastructures essentielles doit être renforcé

La gestion et l’attribution des terrains industriels doivent être améliorées (recommandation 7)

Les zones industrielles doivent fournir aux entreprises les intrants et infrastructures essentiels (électricité, eau, transport, nouvelles technologies de l’information et de la communication [NTIC]). Le gouvernement devra étendre la couverture du réseau des infrastructures sur tout le territoire national à long terme, mais, à court terme, les zones industrielles peuvent fournir ces intrants vitaux à certaines entreprises (surtout dans le secteur secondaire). Pour cela, il faudra impérativement traiter rapidement les demandes de terrains industriels, et améliorer les infrastructures des zones existantes pour justifier la hausse des redevances. Étant donné l’arriéré des dossiers en souffrance et la médiocrité du recouvrement des redevances, l’Agence de gestion et de développement des zones industrielles (AGEDI) et le Fonds de développement des infrastructures industrielles (FODI) devront probablement renforcer leurs effectifs, rationaliser leurs processus et mieux coopérer avec la Direction générale des impôts (DGI), qui est également concernée par la collecte des redevances. Enfin, le gouvernement doit poursuivre ses efforts pour l’aménagement de la zone industrielle PK 24.

Les procédures administratives liées à l’accès aux zones industrielles doivent être rationalisées. Le processus d’évaluation des demandes de terrain et de traitement des documents devra être simplifié pour inciter les entreprises à déposer un dossier (et faciliter l’accès aux terrains) ; pour réduire la charge de travail ; et pour accélérer les délais de prise de décision. En effet, les capacités actuelles d’environ 15 personnes par agence paraissent trop restreintes pour gérer l’afflux de dossiers et de demandes. Les critères (notamment les points attribués en fonction du secteur d’activité) devraient être revus pour s’assurer qu’ils sont conformes aux plans de développement du pays et tiennent compte des possibilités de création de pôles et d’intégration des chaînes de valeur. De même, il faudra simplifier les contraintes administratives (il faut actuellement présenter 20 documents différents, chacun en 10 exemplaires). Enfin, il pourrait être utile de publier les critères de l’AGEDI sur Internet pour rendre le processus plus transparent et pour donner aux entreprises des directives pour remplir les formulaires.

Les contraintes de la DGI en termes de ressources humaines pénalisent la collecte des redevances. La DGI, qui intervient dans la collecte des redevances, n’a guère progressé dans l’établissement d’une liste exhaustive des locataires et des espaces qu’ils occupent, à la suite d’inspections sur le terrain. Le gouvernement devrait réfléchir à des solutions pour augmenter temporairement les effectifs de ces agences afin d’accélérer le processus.

Le gouvernement devrait également renforcer la coopération entre l’AGEDI, le FODI et la DGI pour améliorer l’efficacité globale du recouvrement. La DGI devrait jouir d’une plus grande flexibilité pour répondre aux besoins de l’AGEDI et du FODI. Cela peut passer par la création d’un service administrativement distinct et dédié aux zones industrielles au sein de la DGI, dont le personnel spécialement affecté améliorerait les rapports périodiques avec les deux agences. Cela pourrait aussi permettre d’améliorer le transfert de capacités et de savoir-faire à l’AGEDI/FODI pour que les responsabilités de recouvrement leur soient confiées à moyen terme, ce qui permettrait de contourner la lourdeur administrative de la DGI.

Le développement de nouvelles zones industrielles doit se poursuivre (recommandation 8)

Le gouvernement devrait poursuivre le développement de nouvelles zones industrielles, et envisager (à plus long terme) la privatisation de tout ou partie de la gestion des zones industrielles. Le développement continu de nouvelles zones sera essentiel pour permettre l’accès des entreprises à des terrains et infrastructures de qualité, afin de faciliter les investissements à l’avenir. Le système actuel n’est pas encore pleinement opérationnel, mais une gestion privée améliorerait l’efficacité et l’accès aux terrains publics. Si un tel scénario se concrétisait, il faudrait organiser un appel d’offres avec, au minimum, deux à trois entreprises privées (pour des zones différentes) afin de garantir une concurrence saine.

Le gouvernement pourra considérer l’établissement de zones agro-industrielles dédiées autour de certains produits/filières agro-industriels prioritaires. L’agglomération économique se développe spontanément là où les acteurs peuvent créer des synergies. Dans les pays en développement, et en particulier dans les activités agricoles, l’agglomération est parfois entravée par la nature fragmentée de la production et la petite taille des agents. Ceci justifie parfois le soutien du gouvernement dans le développement de grappes agro-industrielles. Le gouvernement peut soutenir l’évolution des zones dédiées en désignant une localité ; en fournissant les infrastructures de base ; en encourageant les entreprises à s’y localiser ; et en établissant des institutions de recherche dans la zone. Compte tenu des coûts que cela engendre, le gouvernement de la Côte d’Ivoire devrait commencer le processus avec une étude poussée pour évaluer le potentiel économique de telles zones et déterminer leurs structures et les activités à établir avant de planifier des projets spécifiques.

Les ressources minières sont un moteur de la croissance

L’exploitation des ressources naturelles pourra être renforcée (recommandations 9, 10 et 11)

Le secteur minier de Côte d’Ivoire est encore embryonnaire, mais offre un immense potentiel pour le développement économique. Le nouveau Code minier adopté en 2014 devrait attirer de nouveaux investissements. Il fixe des limites spatiales et temporelles aux permis d’exploration, et exige des entreprises qu’elles s’engagent dans une convention minière et des dispositifs de développement des communautés locales. Afin de favoriser la modernisation et le développement de petites entreprises locales, le pays peut s’inspirer du Chili et du Mozambique où, avec le soutien de l’État, les grandes entreprises minières se sont engagées à utiliser leur pouvoir d’achat pour aider au développement des fournisseurs locaux. Les participants du programme ont profité de nouvelles opportunités de revenus, d’une amélioration de leur efficacité, d’innovations, ainsi que d’un meilleur accès aux financements et des marchés diversifiés.

Les coûts directs et indirects des investissements dans les infrastructures minières sont des obstacles au développement du secteur. Le gouvernement devrait continuer le développement du projet Grand-ouest (construction d’une ligne de chemin de fer et d’autres infrastructures de base pour le développement et l’exploitation des mines). Afin de faciliter l’interaction avec les entreprises du secteur privé, la gestion transparente et prévisible des projets (planification, exécution en temps opportun, processus de communication du gouvernement, marchés publics) est essentielle pour assurer la confiance continue des entreprises (voir le chapitre 3 et les recommandations sur la gestion des projets d’infrastructure). La publication sans retards des rapports annuels de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) pourra également contribuer à la confiance des entreprises et des citoyens.

Le secteur des services accompagne la modernisation de l’économie

Les services pivots et prioritaires doivent être identifiés pour établir une stratégie de développement (recommandation 12)

Les activités numériques, le transport et le commerce ont été identifiés à titre indicatif dans le Volume 2 de l’Examen multidimensionnel de la Côte d’Ivoire pour développer le secteur des services. Le gouvernement devrait soutenir l’émergence d’un tissu solide d’entreprises opérant dans le secteur des services pour soutenir le développement d’autres branches d’activité, comme l’industrie. Les activités de services identifiées dans la phase II bénéficieraient d’un soutien général (voir section suivante) pouvant être complété par des politiques spécifiques. Le gouvernement pourrait ainsi mettre en place des espaces (par exemple des immeubles) réservés aux entreprises du secteur des NTIC pour assurer l’accès à l’électricité et à Internet ; et soutenir les incubateurs ainsi que les partenariats et plateformes de communication. Les transports et le commerce, à leur tour, bénéficieraient d’une plus forte utilisation des NTIC pour devenir plus efficaces et productifs (planification, suivi des cargaisons). Les nouvelles méthodes de géolocalisation offrent également des nouvelles niches et approches pour améliorer la qualité des services logistiques. Par ailleurs, des investissements continus dans les infrastructures et le matériel roulant ferroviaire seraient indispensables pour la mise à niveau des activités. Une meilleure identification des opportunités et contraintes dans le secteur des services nécessitera des données plus détaillées et des études spécifiques en coordination avec le secteur privé, pour ensuite bénéficier de mesures ciblées.

La Côte d’Ivoire dispose également d’un potentiel pour le tourisme. Le démarrage du secteur touristique dépend, d’une part, des investissements continus à long terme pour construire les infrastructures nécessaires et de bonne qualité. D’autre part, il serait important de développer des attractions touristiques et d’élaborer une stratégie de communication pour attirer une nouvelle clientèle de l’étranger. Cependant, le tourisme international est un secteur très compétitif et concurrentiel, qui compte de nombreux pays plus avancés, disposant de meilleures infrastructures de base. Une politique adaptée viserait donc à développer le secteur sur le long terme, en tablant sur un développement général et une stratégie focalisée sur les avantages spécifiques de la Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire pourra s’inspirer de l’exemple de la Colombie (Box 2.5).

Encadré 2.5. Redresser la réputation d’un pays : la stratégie de marque pays de la Colombie

Les stratégies de marque pays se basent sur l’idée qu’un nom peut devenir une marque avec des associations spécifiques, pouvant ainsi aider à changer une réputation internationale, tant sur le plan touristique qu’en termes d’origine de produits. De telles stratégies nécessitent une planification coordonnée et un certain temps avant une matérialisation des résultats. La Colombie a ainsi établi une marque de café de renommée internationale dans les années 60. La Fédération des producteurs de café de Colombie a développé avec succès l’image bien connue de « Juan Valdez », avec son sombrero et un âne – un logo aujourd’hui reconnu partout dans le monde. Après les années de crise et de conflit civil, le pays a aussi réussi à lever son image négative de pays dangereux et amélioré sa réputation internationale. Il a également amélioré ses infrastructures et renforcé la sécurité, notamment des routes. La Colombie a corrigé son image par des slogans et campagnes publicitaires bien conçues, ciblant le tourisme national, puis le tourisme international. La stratégie s’est largement basée sur son potentiel en matière d’éco-diversité, la simplification des procédures de visa, et une campagne de communication internationale pour diffuser la nouvelle réputation. L’identité de marque Colombia es pasión (la Colombie est passion) reprend ainsi la réputation bien établie du pays en tant que producteur de café et ses associations d’idées, comme le climat ou l’hospitalité de ses habitants. La stratégie menée avec une série de réformes supplémentaires a contribué à accroître le nombre de touristes étrangers et les taux d’occupation des hôtels.

Source : Toposophy (2015).

Les PME constituent une base dynamique de l’économie

Les démarches administratives des PME doivent être facilitées (recommandation 13)

Les PME ont des difficultés à accéder aux services des agences de soutien. Les capacités des PME et des entrepreneurs informels en Côte d’Ivoire sont limitées, ce qui freine leur contribution à la croissance économique et à la diversification du secteur privé. Le gouvernement a lancé une série d’initiatives de soutien, dont le plan Phoenix qui vise à renforcer les capacités techniques et managériales, et à développer la culture entrepreneuriale et de l’innovation. Pour parvenir à ces deux objectifs, le plan repose sur un large éventail d’institutions et d’agences, qui vont d’associations professionnelles généralistes (Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire [Cepici], Fédération ivoirienne des petites et moyennes entreprises [FIPME]) à des organismes plus spécialisés (Association pour la promotion des exportations de Côte d’Ivoire [APEX-CI], Bourse de sous-traitance et de partenariat de Côte d’Ivoire [BSTP-CI], Centre pour le développement de l’entreprise [CDE]). Or, de nombreuses PME ne recourent pas à leurs services pour maximiser les retombées de leurs activités car les informations ne sont pas assez disponibles, accessibles et adaptées aux besoins des entrepreneurs.

Le gouvernement devrait coordonner toutes les agences de soutien aux PME, puis fusionner certaines structures pour une plus grande lisibilité. La multiplicité des agences de soutien aux PME éparpille les efforts des autorités sans pour autant faciliter les démarches des entreprises. Le gouvernement devrait donc rationaliser ses multiples interventions en instituant une agence centrale de coordination. Une Agence nationale pour le développement des PME a déjà été envisagée. Elle permettrait de mieux exploiter les synergies et les connaissances des agences, de faciliter les échanges avec la communauté des PME, et de renforcer l’efficacité des programmes d’appui aux PME. À terme, il s’agira plus largement de rationaliser les structures de soutien en fusionnant certaines d’entre elles et en supprimant celles faiblement opérationnelles. La Côte d’Ivoire pourrait s’inspirer de l’expérience de la Malaisie et de la Thaïlande (Box 2.6).

Encadré 2.6. Coordonner des activités de soutien des PME

De nombreux pays ont rationalisé leurs activités de soutien pour les PME au sein d’une seule agence de coordination. C’est le cas de la Malaisie, avec la Small and Medium Enterprise Corporation, ou la Thaïlande. Ces institutions coordonnent toutes les activités des ministères et des agences, élaborent des plans stratégiques et servent de guichet unique pour les entrepreneurs à la recherche d’aide ou d’informations.

Le Bureau de promotion des PME en Thaïlande (Office of SMEs Promotion of Thailand, OSMEP) a été créé en 2001, sous la tutelle du Comité de promotion des PME, pour une meilleure coordination des politiques de soutien aux PME. Ses principales missions sont de coordonner la planification de promotion des PME (plans de formulation, collecte de données, suivi des activités) ; de couvrir des activités plus opérationnelles qui ne sont pas couvertes par d’autres organismes ; et de mettre en œuvre de nouvelles stratégies. L’OSMEP repose sur des plans directeurs pluriannuels et entretient des liens étroits avec d’autres organismes et ministères, et les différents programmes et projets. Malgré les progrès réalisés par l’OSMEP, des défis demeurent en matière de surveillance de l’efficacité des mesures et de rationalisation des projets en cours pour éviter les chevauchements.

Source : OCDE (2011), Office of SMEs Promotion Thailand (2015).

Les PME doivent se professionnaliser (recommandations 14 et 15)

La nouvelle organisation institutionnelle encadrant les PME devra permettre d’améliorer la collecte et la diffusion des informations. Les documents d’information pour les entrepreneurs sont souvent difficiles d’accès, parce qu’éparpillés sur plusieurs sites Internet et dissimulés derrière des menus complexes. En outre, leur contenu n’est pas toujours présenté de manière pédagogique. L’organisme de coordination devra s’efforcer de collecter tous les documents et informations existants auprès de toutes les parties prenantes, et revoir le contenu de certains d’entre eux grâce à des manuels explicites tenant compte des capacités des entrepreneurs à les exploiter. L’agence pourrait également instaurer et animer des réunions de coordination et s’efforcer d’élaborer une stratégie cohérente de communication avec les PME. Cela impliquerait de créer un site web où les documents recueillis seraient présentés, et de donner une large couverture médiatique à ce site. À moyen terme, la nouvelle agence devrait aussi aider d’autres institutions à rédiger des documents plus accessibles pour les PME, en privilégiant les présentations de type manuel, avec des listes de contrôle, etc.

Les PME pourraient bénéficier d’une nouvelle forme de services de soutien à leurs activités, telles que la mutualisation des honoraires. De nombreuses PME font face à des coûts importants pour des services de base, comme la comptabilité ou l’audit. Une solution pourrait consister à ce que les PME se regroupent par filière au sein d’associations coopératives dont les membres bénéficieraient des services à la carte d’un consultant à plein temps. L’Allemagne a testé avec succès des systèmes de ce type pour les déclarations d’impôts : les coopératives assurent un ensemble de services strictement défini et sont rémunérées par les contributions annuelles des membres. Des modèles de ce type existent aussi aux États-Unis pour les agriculteurs, avec des coopératives qui proposent également des services de conseil.

La création de valeur est portée par l’innovation

Le pays devra développer une planification stratégique (recommandation 16)

Une stratégie d’innovation nationale pourrait être développée en Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire dispose de bonnes compétences dans la recherche, notamment dans le domaine agricole. Le pays pourrait tabler sur ses avantages stratégiques pour renforcer la contribution du secteur agro-industriel et devenir un leader régional qui exporte les connaissances. En ce qui concerne les innovations industrielles et des services, le pays devra clairement identifier ses avantages comparatifs : les entreprises multinationales ont beaucoup de ressources mais peinent à identifier des niches de marché et les besoins spécifiques du marché local.

Plusieurs conditions doivent être réunies avant la mise en place de la stratégie d’innovation. La mise en œuvre d’un cadre juridique équilibré qui assure les droits de propriété intellectuels et reste flexible et adapté au niveau de développement est une des conditions préalables à la mise en place d’une stratégie d’innovation. Les investissements pour établir des centres de recherche de haut niveau devront être poursuivis. Enfin, la coopération étroite avec le secteur privé, partenaire clé dans la recherche, devra être amorcée.

Le gouvernement devrait favoriser les innovations dans des domaines avec lesquels les entreprises occidentales sont peu familières. Par exemple, il s’agirait de développer la recherche de solutions pour les besoins « africains », comme ceux liés au mobile banking ; ou de développer des modèles d’affaires qui contournent des obstacles locaux, comme le faible accès à des services de qualité. La Côte d’Ivoire devrait également profiter du renforcement de la demande future dans les vastes marchés régionaux, comme pour les produits de beauté ou produits alimentaires (Prahalad et Hammond, 2002).

Encadré 2.7. Identifier ses avantages comparatifs pour promouvoir les innovations compétitives

Les pays en développement peinent souvent dans le domaine de l’innovation, car les entreprises du secteur privé sont souvent loin de la frontière technologique de production, et le défi principal est l’adoption des technologies existantes. Néanmoins, il existe un potentiel pour soutenir le développement précoce de l’innovation grâce à des stratégies d’innovation.

Des exemples réussis de développement des innovations des pays ont fréquemment été construits sur une meilleure connaissance des marchés locaux, des goûts et des besoins des clients locaux, ce qui est l’avantage comparatif clé que les entreprises locales détiennent par rapport aux plus grandes multinationales. Les exemples incluent la vente en chaîne de poulet en Afrique du Sud (Nandos) ; la vente des Burgers de saveur soja au Philippines (Jollibee) ; et les lave-linges multifonctionnels (Haier) en Chine. L’innovation devra être guidée et gérée par le secteur privé. Le rôle du gouvernement sera d’établir les bonnes conditions et le soutien aux institutions de recherche, tout en laissant le secteur privé et les chercheurs identifier les besoins du marché et élaborer des solutions.

Source : Khanna et Palepu (2006).

Enfin, il s’agira de poursuivre l’amélioration des compétences en vue des besoins des recherches futures. Il est important de développer des compétences générales en matière de recherche pour permettre au secteur privé d’embaucher des chercheurs en fonction de ses besoins. Les échanges de chercheurs entre les secteurs public et privé peuvent soutenir la communication et la coordination, ce qui requiert des accords spécifiques et la mise en place d’un cadre réglementaire.

La compétitivité doit être améliorée au plan national comme au plan international

Des politiques sectorielles ciblées peuvent soutenir la diversification de l’économie avec des réformes transversales dans des domaines clés. Dans tous les secteurs de l’économie, des réformes fondamentales sont nécessaires pour :

  • Améliorer l’environnement des affaires afin d’assurer les droits de propriété (y compris les droits fonciers) et réduire le fardeau administratif des entreprises.

  • Renforcer le rôle des standards et normes de qualité afin de mieux servir les clients localement et conquérir les marchés internationaux, en menant notamment des réformes institutionnelles dans le domaine du contrôle et de la surveillance de la qualité ; et renforcer les capacités des acteurs.

  • Faciliter les procédures d’échange afin d’améliorer l’accès des entreprises aux intrants importés ; de permettre un stockage et une logistique plus efficaces ; et de faciliter les exportations.

Ces trois axes de réformes pourront faire de la Côte d’Ivoire l’économie la plus compétitive de la sous-région, ce qui stimulera l’activité économique nationale et attirera les investisseurs. Il sera donc essentiel de donner une priorité à ces réformes et d’assurer leur progrès rapide. Ceci soutiendra les politiques sectorielles présentées dans la première section de ce chapitre pour la transformation structurelle de l’économie ivoirienne.

Le climat des investissements est incitatif pour le secteur privé

Le cadre juridique devra faciliter les investissements (recommandations 17 et 18)

La Côte d’Ivoire pourrait mettre en place un Observatoire de la compétitivité pour suivre les progrès des réformes. L’environnement des affaires s’est amélioré, mais de nouvelles réformes sont nécessaires pour accentuer la compétitivité de l’économie. L’Observatoire de la compétitivité pourrait mesurer les résultats des réformes en se basant sur plusieurs sources de données. En effet, les données de mesure de la réglementation des affaires du projet Doing Business de la Banque mondiale présentent de nombreux avantages, mais peuvent aussi encourager les pays à se concentrer sur les réformes les plus faciles à mener pour avancer dans le classement, laissant de côté les vrais défis avec un grand impact potentiel (tels que la bancarisation ou les droits fonciers).

La Côte d’Ivoire bénéficierait d’améliorations des cadres juridiques. Une solution à court terme pour contourner l’insécurité juridique et la méfiance des investisseurs dans les institutions juridiques ivoiriennes pourrait être de recourir à des mécanismes d’arbitrage international. Le gouvernement devrait poursuivre son dialogue avec les investisseurs afin d’identifier les obstacles et les contraintes à l’investissement, et examiner et accélérer les réformes fiscales visant à simplifier la charge fiscale, qui pourront à leur tour rendre le pays plus attractif.

Les normes et standards de qualité sont valorisés

Les infrastructures et le cadre institutionnel relatif aux normes de qualité doivent être renforcés (recommandation 19)

La Côte d’Ivoire devrait s’efforcer de reconstruire sa réputation historique de pourvoyeur de produits de qualité pour soutenir durablement sa croissance. Pendant les années de crise, les normes de qualité se sont dégradées et le pays ne dispose actuellement que de quelques laboratoires en activité, ce qui nuit aux producteurs confrontés à des marchés toujours plus exigeants. Les investissements dans ce domaine seront indispensables à long terme pour garantir l’accès des exportations ivoiriennes aux marchés et préparer la modernisation continue de la production nationale dans les trois secteurs d’activité (produits agricoles, produits industriels et services).

Le déploiement de laboratoires bien équipés, disposant de suffisamment d’effectifs pour traiter des demandes en hausse, est impératif. Le gouvernement devrait poursuivre ses initiatives pour multiplier le nombre de laboratoires. Il devrait passer en revue et harmoniser les règles en matière d’accréditation des laboratoires privés afin d’accélérer la délivrance des autorisations. Cette étape sera aussi nécessaire pour faciliter la mise en œuvre d’autres recommandations, comme le fait de garantir une qualité plus systématique des intrants agricoles.

La Côte d’Ivoire pourra également envisager les bénéfices d’une restructuration du cadre institutionnel. De nombreux pays ont établi une structure institutionnelle à deux piliers. Elle repose sur une institution dédiée aux normes, procédures, contrôles et suivi des standards pour l’agro-alimentaire et les médicaments ; et une agence ciblant les autres produits (emballages, électroménagers, jouets, etc.). Une étude pourrait être menée en Côte d’Ivoire pour analyser une éventuelle réorganisation institutionnelle dans ce sens.

Parallèlement, le gouvernement devrait poursuivre ses efforts de soutien au respect des normes de qualité dans tous les secteurs d’activité. Cela implique, tout d’abord, de continuer les travaux sur les stratégies qualitatives pour certaines chaînes de valeur agricoles afin d’élargir les débouchés des exportations. L’élaboration d’une politique de traçabilité accompagnée d’un soutien aux petits exploitants serait également utile. Cela exige, ensuite, d’y associer progressivement les activités industrielles et les services. Ces deux secteurs sont d’importants pourvoyeurs d’intrants pour le reste de l’économie, et peuvent donc être à l’origine d’effets de retombée. Une réflexion sur la certification de la qualité pourrait ainsi aider les prestataires nationaux de services à se mettre au niveau des attentes de clients locaux toujours plus exigeants (comme les multinationales), puis à opérer dans d’autres pays de la région. Ces efforts devront être étroitement associés à des réformes de renforcement des capacités des PME et de rationalisation du soutien institutionnel aux PME.

Une concurrence dynamique assure le développement de l’économie

Les institutions de la concurrence doivent être renforcées (recommandation 20)

La concurrence fait partie des conditions préalables cruciales pour garantir que les entreprises fournissent des biens et des services de qualité à des prix compétitifs. Certains biens associés à des monopoles naturels exigent l’adoption de règles pour introduire un certain degré de concurrence. D’autres marchés se prêtent à des comportements anticoncurrentiels. C’est le cas, par exemple, lorsque les réseaux sociaux facilitent la collusion, ou lorsque la nature du produit favorise une concurrence inéquitable au niveau des prix ou du groupement de biens et de services. Pour remédier à ces comportements, les pays doivent se doter d’une commission de la concurrence compétente et efficace, capable d’effectuer des enquêtes et d’imposer des sanctions. Le respect des principes de concurrence profitera aux consommateurs à travers la baisse des prix et l’amélioration de la qualité des biens et des services. Il aura également des retombées indirectes dans le processus de production dès lors que le prix des biens et des services intermédiaires diminuera.

Des failles institutionnelles ont été identifiées dans plusieurs secteurs, conduisant à une faible concurrence entre les acteurs. Pour promouvoir un plus grand esprit de concurrence et des pratiques concurrentielles dans l’ensemble de l’économie, des réformes institutionnelles doivent être menées. Il s’agira de faire de la Commission de la concurrence un organisme opérationnel et efficace, capable de soutenir, promouvoir et faire respecter un comportement conforme aux règles parmi les agents économiques.

Les structures institutionnelles de la Côte d’Ivoire pour étayer et faire respecter la concurrence ne sont pas encore totalement fonctionnelles. Le pays n’a pas procédé aux modifications légales requises pour se conformer aux règlements de l’UEMOA du 23 mai 2002. Cette loi confie à la Commission de la concurrence de l’UEMOA le droit exclusif d’autoriser les enquêtes et de prendre les décisions définitives dans les affaires de comportement anticoncurrentiel, comme l’avait réaffirmé la Cour de justice de l’UEMOA (avis n° 003/2000 du 27 juin 2000). Actuellement, la Côte d’Ivoire est dotée d’une Direction de la concurrence, la consommation et la lutte contre la vie chère (DCCLVC), rattachée au ministère du Commerce, en charge des dossiers de concurrence déloyale individuelle et des questions relatives à la protection des consommateurs. Le pays possède par ailleurs une Commission de la concurrence et de la lutte contre la vie chère (CCLCV) dont le secrétariat général est responsable des enquêtes. Cette commission a repris du service après la crise, en 2013, mais avec un budget et des moyens humains limités, ce qui entrave son efficacité opérationnelle.

À l’heure de réviser le cadre juridique, il convient de conserver à l’esprit les principaux critères basés sur les meilleures pratiques pour créer des commissions de la concurrence. Avant tout, l’indépendance des commissions de la concurrence est un aspect crucial pour garantir la crédibilité auprès des agents économiques et légitimer l’autorité chargée de faire respecter la loi. Elle se traduit par :

  • la non-ingérence, ou une ingérence limitée, de la part du gouvernement dans la nomination et le renvoi des membres, et une large autonomie dans le recrutement du personnel

  • une latitude budgétaire et la sécurisation durable des financements pour minimiser les pressions politiques

  • des procédures transparentes et la publication des résultats des enquêtes.

La Côte d’Ivoire doit envisager de fusionner ses deux agences afin de rationaliser les responsabilités et de profiter des synergies et des connaissances accumulées par les deux organismes. Une Commission intégrée et polyvalente, chargée à la fois du dossier de la concurrence et de la protection des consommateurs, serait la plus adaptée pour tirer avantage des capacités existantes, en tenant compte des réformes requises par l’UEMOA. Pour mettre en place une telle structure institutionnelle, l’actuel secrétariat général de la Commission de la concurrence (CCLCV) de Côte d’Ivoire pourrait conserver son rôle et bénéficier d’une rallonge budgétaire et d’un renforcement de ses effectifs. L’actuelle Direction de la concurrence (DCCLVC) pourrait être séparée du ministère et intégrée dans le secrétariat général. La nouvelle commission bénéficierait ainsi des relations et des synergies entre les deux domaines et pourrait profiter de l’expérience et des connaissances accumulées depuis longtemps par la DCCLVC. Cette nouvelle structure institutionnelle devra intégrer le fait que l’actuelle commission (telle qu’instituée par le décret 2013-467) n’est pas conforme aux meilleures pratiques internationales en termes d’indépendance et qu’elle n’a plus de rôle explicite à jouer puisque le pouvoir de décision a été exclusivement confié à la Commission de la concurrence de l’UEMOA (Cour de justice, avis n° 003/2000 du 27 juin 2000). Le ministère du Commerce devrait traduire ces nouvelles règles dans un décret d’application qui tienne compte du cadre fixé par la loi commune de l’UEMOA, et qui devra être adopté dans les meilleurs délais.

Une fois la nouvelle agence instituée, il faudra garantir son autonomie budgétaire et la doter de moyens suffisants pour accomplir ses missions. Le budget de la commission devra être directement fixé par le Parlement, sans interférence du ministère du Commerce. La commission devra avoir toute latitude en matière de dépenses et d’allocation des fonds dans le cadre de son budget, et se soumettre à des audits réalisés par des institutions elles aussi indépendantes, à l’instar de la Chambre des comptes, afin de garantir sa responsabilité. Le budget actuel de 200 millions FCFA (francs de la Communauté financière africaine) est faible. Même en tenant compte des salaires, qui ne sont pas inclus dans le budget de la commission ivoirienne, le budget actuel de la commission ivoirienne est largement insuffisant pour lui permettre de remplir correctement sa mission (voir Box 2.8 pour les exemples d’autres pays). De plus, conformément aux meilleures pratiques institutionnelles, la commission ivoirienne devrait recruter son personnel en toute autonomie, celui-ci n’étant plus fourni par le ministère du Commerce, mais directement intégré dans le budget.

La facilitation des échanges améliorera l’intégration commerciale

Les PME devront participer pleinement aux échanges commerciaux et à la montée de gamme dans les chaînes de valeur (recommandation 21)

Pour monter en puissance dans les chaînes de valeur mondiales, la participation des entreprises ivoiriennes doit être accrue. La participation des entreprises, en particulier des PME, exigera qu’elles renforcent leurs capacités professionnelles conformément aux recommandations avancées en la matière (voir chapitre 5). En vue des faibles capacités des PME à maîtriser toutes les procédures commerciales, une meilleure diffusion des informations, notamment sur les procédures commerciales et les conditions pour s’insérer sur les marchés étrangers, serait utile.

Encadré 2.8. Des institutions pour soutenir la concurrence, adaptées aux besoins en évolution

Les Commissions de la concurrence dans le monde présentent différentes structures organisationnelles. Deux dimensions clés que la Côte d’Ivoire doit prendre en compte sont le cadre institutionnel (indépendance) et ses capacités, notamment budgétaires, tous deux révélateurs de l’importance qui lui est donnée.

Plusieurs pays ont fusionné les aspects relatifs à la concurrence et ceux relatifs à la protection des consommateurs dans une autorité polyvalente (Nouvelle-Zélande), tandis que d’autres viennent de réunir au sein d’une autorité indépendante des services jusque-là distincts (Belgique), ou ont renforcé l’indépendance de l’institution (Grèce). En Tanzanie, la commission pour une concurrence équitable est composée de quatre directions couvrant la protection du consommateur et les contrefaçons ; les affaires commerciales ; les pratiques commerciales restrictives ; la recherche, les fusions et la sensibilisation.

De grandes variations existent en matière de dotation budgétaire, toujours bien au-delà des niveaux en Côte d’Ivoire. La commission de la concurrence du Botswana, forte de 33 personnes, disposait d’un budget de 2.4 millions d’euros (EUR) en 2013-14. Quant à la commission tanzanienne, aux attributions plus larges, elle affichait 58 membres du personnel (en deçà de sa cible de 72) pour un budget de 3.5 millions EUR en 2012. Même en tenant compte des salaires, qui ne sont pas inclus dans son budget, le budget de la commission ivoirienne serait largement inférieur. De plus, conformément aux meilleures pratiques institutionnelles, la commission ivoirienne devrait bénéficier d’une autonomie pour recruter son personnel, celui-ci n’étant plus fourni par le ministère du Commerce mais directement intégré dans le budget.

Source : Fels et Ergas (2014).

Le gouvernement devrait également promouvoir le développement d’un label « Made in Côte d’Ivoire » pour ses produits phares, en s’appuyant sur sa réputation historique de producteur de qualité. Les petites entreprises devront se forger leur propre réputation et le gouvernement pourra les y aider en négociant avec de gros producteurs internationaux (pour les produits phares comme le chocolat, l’arachide, etc.) afin d’apposer un label certifiant l’origine de la matière première. Le pays devrait envisager de créer un label identifiable par les consommateurs, mais suffisamment large pour servir à différents produits, ce qui pourrait renforcer la réputation internationale des produits ivoiriens.

Les échanges commerciaux doivent être fluidifiés (recommandations 22, 23 et 24)

Une meilleure intégration commerciale passera par l’accélération des procédures commerciales. Le passage au scanner des conteneurs arrivant en Côte d’Ivoire est le premier goulot d’étranglement dans les procédures portuaires. Des réformes récentes ont réduit le nombre de conteneurs sélectionnés pour subir un balayage, et d’autres procédures d’inspection ont réduit les délais de traitement. Le gouvernement devrait continuer d’améliorer son mécanisme d’inspection fondé sur l’analyse du risque, tout en envisageant d’utiliser l’un des nouveaux scanners pour partager la charge de travail. En ce qui concerne les procédures commerciales, l’accélération des transactions devrait être une priorité pour le gouvernement et nécessite une étude poussée et indépendante sur l’évaluation de tous les intervenants dans le passage portuaire (voir le chapitre 3 sur les infrastructures). Les autorités devraient également poursuivre la formation professionnelle continue des fonctionnaires. L’évaluation régulière de la performance des intervenants sur le terrain, avec un accent sur la qualité des services, pourra améliorer la fluidité des échanges.

La Côte d’Ivoire devrait continuer à développer l’intégration sous-régionale sur le plan politique et en matière de coopération sur le terrain. Par exemple, il sera important de poursuivre les négociations sur la fluidité des procédures liées aux échanges (contrôles sanitaires et phytosanitaires, contrôles de qualité, etc.) et d’atteindre la convergence des normes et standards. Sur le terrain, les postes frontières juxtaposés, l’interconnectivité des systèmes et une plus grande coopération entre les agences (par exemple à travers des programmes d’échanges) pourront également aider la Côte d’Ivoire à tirer le meilleur avantage de l’intégration régionale.

Le potentiel économique du capital foncier est réalisé

Un programme de capitalisation foncière national doit être établi (recommandations 25 et 26)

Le gouvernement devra lancer un projet de réforme foncière pour assurer la meilleure utilisation des terres urbaines et rurales. Il sera essentiel de poursuivre la délimitation des terrains ruraux, de préférence avec un cadastrage informatisé ; d’établir de meilleures bases de données pour le foncier urbain ; et d’améliorer les procédures pour l’obtention des titres fonciers. Plusieurs considérations devront être prises en compte au moment de monter ce projet :

  • Créer un comité de pilotage fonctionnel et ouvert à tous – notamment aux chefs locaux, aux associations d’agriculteurs et aux ministères compétents – et envisager la création d’une structure subsidiaire (un comité de haut niveau) et de comités locaux où les acteurs présents sur le terrain seraient mieux représentés.

  • Instaurer un mécanisme de résolution des conflits lors des transactions foncières afin de faciliter ces opérations.

  • À court terme, réviser les procédures d’obtention des droits fonciers par les particuliers, de manière à inclure les honoraires des géomètres dans le contrat de vente au lieu de les appliquer en amont du processus.

Le développement économique doit mettre en avant toutes les régions

Le pays devra établir une stratégie de développement territorial (recommandation 27)

Une croissance géographique équilibrée repose sur une stratégie de développement territorial. Le centre de gravité de l’économie ivoirienne se trouve à Abidjan. Alors que plusieurs régions du pays possèdent un potentiel important en termes de richesses naturelles (mines, agriculture), aucune activité économique à haute valeur ajoutée ne s’y est développée, ceci expliquant que les populations rurales n’aient pas autant bénéficié de la relance que les populations urbaines. Pour une croissance durable et équitable, le gouvernement doit accorder davantage d’attention aux zones rurales et mobiliser les acteurs régionaux. Il s’agira de tenir compte des avantages comparatifs et des atouts de chaque région pour exploiter leur potentiel de croissance, et envisager des investissements ciblés dans les infrastructures.

Une telle stratégie territoriale passe par un plan stratégique coordonné qui devra s’appuyer sur une évaluation précise et objective du potentiel de chaque région. Le gouvernement doit de toute urgence réfléchir à une stratégie de développement rural et régional qui : privilégie clairement les avantages comparés de chaque région ; intègre tous les acteurs concernés pour assurer une parfaite coordination interministérielle ; et facilite la prise en compte accrue du développement régional dans la stratégie de développement national. Le gouvernement doit organiser des processus adaptés pour conduire des réflexions sur le développement régional et s’assurer que les résultats de ces travaux soient effectivement pris en compte dans les ministères. Ces travaux pourront également développer la géolocalisation pour mieux faciliter l’accès aux services (postes, services publics) des citoyens (Box 2.9).

Encadré 2.9. La géolocalisation comme solution à des problèmes anciens

Dans de nombreux pays en développement, les citoyens n’ont pas d’adresse officielle en raison de la faiblesse des infrastructures et de l’urbanisation rapide non planifiée. Ceci est une contrainte importante au développement car elle ralentit les citoyens dans l’accès aux services publics (comme la réception de courrier et colis) et entrave le travail de l’administration publique. La Côte d’Ivoire peut s’inspirer des nouvelles technologies pour trouver des solutions à ce problème. Par exemple, l’entreprise sociale à but non lucratif Addressing the Unaddressed a lancé des projets en Asie dont l’objectif est d’établir une adresse unique pour les habitants des bidonvilles. La géolocalisation par Global Positioning System (GPS) est utilisée : elle permet d’assigner des coordonnées géographiques qui sont transformées en un code unique en remplacement de l’adresse conventionnelle. Le code peut être fixé à l’extérieur d’une habitation et utilisé comme une référence d’adresse.

Source : Addressing the Unaddressed.

Le gouvernement doit instituer un comité de pilotage qui assurera la conduite stratégique de ces réflexions. Il importera de progresser rapidement avec une telle stratégie pour faire en sorte que les bénéfices de l’émergence soient partagés par l’ensemble de la population ivoirienne. Plusieurs aspects clés devront être pris en compte :

  • Établir un mécanisme de coordination (comité) pour garantir une meilleure coordination interministérielle lors de la planification des infrastructures.

  • Faciliter l’avancement rapide des travaux, par exemple en embauchant des consultants extérieurs et en laissant l’initiative à une agence susceptible de réagir dans les meilleurs délais.

  • Faire le lien entre le développement territorial et les considérations relatives à la gouvernance pluri-niveaux et à la décentralisation. Le gouvernement pourrait à ce titre aider les autorités régionales en leur apportant un soutien de formation.

Références

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