Chapitre 1. Opportunités et défis pour l’émergence de la Côte d’Ivoire

Ce chapitre présente une synthèse des résultats des trois volumes de l’Examen multidimensionnel de la Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire vise l’émergence en 2020, ce qui nécessite de fixer des objectifs ambitieux, d’éviter les erreurs du passé et de construire des bases de développement solides. Le développement économique reposera sur un modèle économique équilibré pour une croissance inclusive et durable, en tablant sur une transformation structurelle générant emplois et valeur ajoutée additionnels. Par ailleurs, de meilleures coopération et intégration régionales joueront un rôle capital pour la bonne réalisation des opportunités à travers tous les secteurs. L’émergence nécessitera également des infrastructures performantes et durables, et un meilleur accès au financement. La main-d’œuvre devra bénéficier d’une éducation de qualité et de compétences adaptées. Une politique fiscale bien adaptée au financement de biens et services publics de qualité sera une condition préalable.

  

L’objectif général de l’Examen multidimensionnel de la Côte d’Ivoire est de soutenir le pays dans ses efforts pour élaborer une stratégie de développement menant à l’émergence en 2020. La conception d’une stratégie de développement est complexe. Il s’agit d’identifier les obstacles majeurs à la croissance durable et équitable et au bien-être des citoyens, de les aborder de façon systématique et de déterminer les priorités. Une analyse approfondie des différentes facettes de l’économie ivoirienne, des institutions et de la société doit être accompagnée d’une comparaison et d’une appréciation des meilleures politiques économiques et sociales.

Ce document est le troisième rapport de l’Examen multidimensionnel de la Côte d’Ivoire. Le graphique 1.1 illustre les domaines traités dans l’Examen multidimensionnel de la Côte d’Ivoire, qui s’organise autour de trois phases, donnant lieu à trois rapports. Basé sur la méthodologie des Examens multidimensionnels (annexe 1.A1), le premier rapport fournit un diagnostic de l’économie. Il évalue les défis et les opportunités auxquels fait face la Côte d’Ivoire et identifie les principales contraintes à lever pour renforcer le potentiel de développement du pays (phase I). Il se concentre sur les objectifs à atteindre pour l’émergence que sont la transformation structurelle et le bien-être des citoyens.

Graphique 1.1. L’Examen multidimensionnel accompagne la Côte d’Ivoire dans la réalisation de l’émergence en 2020
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Source : Auteurs.

Le deuxième rapport analyse en détail les principales contraintes identifiées lors de la première phase, sélectionnées pour leur impact sur l’économie et leur nature transversale. Ce deuxième rapport élabore des recommandations d’orientation des politiques adaptées qui pourront s’intégrer à la stratégie de développement de la Côte d’Ivoire, et met en avant les nombreuses opportunités de diversification dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et des services (phase II). La troisième phase de l’Examen multidimensionnel soutient le gouvernement dans son effort de mise en œuvre des recommandations et de sa stratégie de développement, et propose des plans d’action détaillés, un tableau de bord et une stratégie de mise en œuvre des réformes (phase III).

L’objectif de développement de la Côte d’Ivoire est d’atteindre l’émergence en 2020

L’histoire de la Côte d’Ivoire montre que la croissance économique passée n’a pas été suffisamment durable pour permettre au pays d’atteindre l’émergence. La forte croissance économique de la période du miracle ivoirien (1960-70) a été suivie d’un long déclin. De l’indépendance en 1960 à la fin des années 70, le produit intérieur brut (PIB) par habitant de la Côte d’Ivoire a doublé. Cependant, quinze ans plus tard, au milieu des années 90, il est redescendu à son niveau de 1960 pour ne plus guère en bouger jusqu’au redécollage récent.

Depuis 2011, la croissance économique repart, mais ne se traduit pas par une hausse du bien-être de la population ivoirienne. L’économie a fortement rebondi depuis la fin du conflit, en 2011. Après avoir atteint –4.4 % en 2011, le PIB ivoirien a renoué avec des taux de croissance avoisinant les 10 %, similaires aux taux de la période postcoloniale, contribuant à restaurer la confiance dans l’économie et ses entreprises. Pourtant, la forte croissance économique ne se matérialise pas par une hausse du bien-être des populations. La satisfaction des populations à l’égard des conditions de vie a été sérieusement ébranlée pendant la période de crise post-électorale et a profondément affecté la qualité de vie des Ivoiriens. Le niveau de satisfaction à l’égard de la vie reste donc faible (graphique 1.2). Désormais, les autorités de Côte d’Ivoire affichent la volonté de relancer durablement une croissance économique équitable et visent l’objectif d’émergence en 2020.

Atteindre l’émergence en 2020 nécessite de fixer des objectifs ambitieux, d’éviter les erreurs du passé et de construire des bases de développement solides. L’histoire de la Côte d’Ivoire a montré que les épisodes économiques prospères ne suffisaient pas à garantir une croissance durable et inclusive et soutenir le processus d’émergence. Les premiers succès économiques ont été fragiles parce que manquants : i) d’une structure économique capable de résister à des changements dans le paysage économique international ; ii) d’infrastructures sociales pouvant assurer les améliorations nécessaires dans les secteurs de l’éducation et de la santé face à une croissance démographique soutenue ; et iii) de capacités suffisantes des autorités locales pour identifier et mettre en œuvre des stratégies adaptées aux défis à surmonter. Ainsi, la durabilité et la soutenabilité du développement dépendent d’une ambition plus large de construire des bases solides, et d’allier transformation économique et institutions civiques et sociales efficaces.

Graphique 1.2. La Côte d’Ivoire affiche des performances limitées en matière de bien-être
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Note : La méthodologie liée au cadre d’évaluation du bien-être est expliquée en annexe 1.A2.

Sources : Calculs des auteurs sur la base de : Gallup Organization (2013), http://www.gallup.com ; Transparency International (2013), https://www.transparency.org/cpi2013 ; PNUD (2013), http://hdr.undp.org/fr/content/indice-de-d%C3%A9veloppement-humain-idh ; Unesco (2014), www.education-inequalities.org/ ; OMS (2014), http://apps.who.int/gho/data/view.main ; Banque mondiale, http://data.worldbank.org/products/wdi.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933345742

Une vision partagée par tous, adaptée aux réalités ivoiriennes et rassemblant les efforts des autorités sera indispensable pour mener la Côte d’Ivoire à l’émergence en 2020

Réaliser l’objectif de transformer la Côte d’Ivoire en un pays émergent à l’horizon 2020 nécessite une vision claire et une stratégie cohérente. L’émergence dépasse l’ambition de réitérer le modèle de croissance du passé, mais vise à une redéfinition du cap, plus ambitieuse et plus complète, qui relève des priorités et préférences locales. Pour parvenir à l’émergence, la Côte d’Ivoire doit donc adopter une démarche multidimensionnelle qui réponde aux principaux obstacles au développement. La définition de l’émergence à l’horizon 2020 doit intégrer deux éléments essentiels : la définition d’objectifs liés au bien-être des populations et au développement économique ; et des bases économiques, institutionnelles et sociales solides, qui corrigeront leurs faiblesses passées et assureront des progressions durables.

L’Examen multidimensionnel de la Côte d’Ivoire contribue à élaborer une définition ivoirienne de l’émergence. Le concept de l’émergence est subjectif et peut être perçu sous différents angles. Une réflexion commune sur la définition ivoirienne de l’émergence a été menée au cours de l’Examen. Le premier atelier participatif de prospective à Abidjan (septembre 2014) a visé à capter les perceptions des Ivoiriens sur les dimensions de l’émergence afin d’orienter les analyses quantitatives. Le deuxième atelier de travail (mars 2015) a visé à évaluer, pour chaque dimension, les progrès à réaliser par la Côte d’Ivoire d’ici 2020 pour devenir pays émergent (graphique 1.3). Cette approche a montré que l’émergence n’est pas une fin en soi, mais qu’elle est perçue comme une étape transitoire vers un niveau plus élevé de développement.

Graphique 1.3. L’émergence veut dire…
Dimensions clés et scores recueillis au cours de l’atelier de travail en mars 2015
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Source : Basé sur les ateliers de prospective stratégique.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933345753

Les dimensions de l’émergence guident le développement du pays. Une partie des dimensions est relative à la structure de l’économie ivoirienne (bancarisation adaptée aux besoins de l’économie, dynamisme dans la création d’emplois, exploitation du potentiel des ressources naturelles, secteur agricole performant, intégration régionale avancée, esprit d’entreprenariat). D’autres dimensions font référence au bien-être des citoyens : institutions solides et fortes, nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) adaptées, main-d’œuvre compétente, système de santé efficace, attitudes civiques répandues, système d’imposition équilibré, réseaux de transports et énergétique performants.

Transformation structurelle et bien-être des populations apparaissent comme les deux piliers de l’émergence qui s’autoalimenteront au sein d’une dynamique porteuse. La transformation structurelle de l’économie ivoirienne devra déboucher sur davantage d’emplois et de valeur ajoutée grâce au développement de secteurs d’activités porteurs. Ces nouveaux emplois augmenteront les niveaux de revenu de la population. Ainsi, progressivement, l’émergence s’accompagnera de l’avènement d’une classe moyenne qui fera peser des exigences précises sur le secteur privé (demande de biens de consommation), mais aussi sur l’État (éducation, santé, infrastructure), ou encore directement auprès du secteur financier (prêts immobiliers ou à la consommation, produits d’épargne adaptés). Cette classe moyenne se caractérisera par une consommation élevée, qui deviendra l’un des moteurs principaux de la croissance. En parallèle, une amélioration du niveau de bien-être des citoyens, pouvant notamment être entendu comme une meilleure éducation, des compétences accrues ou un niveau de santé supérieur, sous-tendront le processus de transformation structurelle. Une main-d’œuvre mieux formée pourra, par exemple, permettre de saisir de nouvelles opportunités économiques.

La transformation structurelle de l’économie ivoirienne, tirée par de nouvelles opportunités de diversification, permettra de réadapter le modèle économique

La transformation structurelle devra se fonder sur une refonte du modèle de développement et viser à atteindre de nouvelles opportunités économiques. Le modèle économique actuel ne permet pas un développement durable de la Côte d’Ivoire et engendre des risques de dépendance et de vulnérabilité. Il s’agira donc pour la Côte d’Ivoire de diversifier son économie en s’orientant vers de nouvelles opportunités basées sur ses avantages comparatifs. Le rôle du secteur privé sera capital pour la bonne réussite de la transformation structurelle, et la Côte d’Ivoire devra assurer les conditions de son engagement actif et prononcé.

Le modèle économique n’est pas assez équilibré pour une croissance inclusive et durable

Une consolidation de la croissance devra passer par une répartition plus équilibrée entre les moteurs de la croissance que sont les investissements publics et privés. L’effort du gouvernement en matière de capital doit se poursuivre, mais il doit s’accompagner de plus d’investissements privés. Il s’agira de continuer à rétablir la confiance des acteurs et créer des opportunités économiques, encourager les entreprises privées à investir à nouveau dans les outils de production délaissés durant les années de crise, et créer un environnement financier favorable pour plus de crédits aux petites et moyennes entreprises (PME).

La relance des investissements devra s’accompagner de plus de créations d’emplois. Depuis 2013, l’économie ivoirienne a connu une relance des investissements du secteur privé (investissements nationaux et investissements directs étrangers). Le nombre et la valeur des investissements ont augmenté entre 2013 et 2014, laissant présager une tendance similaire pour 2015. Toutefois, la création d’emplois peine encore à s’accélérer et le nombre d’emplois créés en 2014 reste bien en dessous du niveau de 2013 (graphique 1.4). Les nouveaux investissements devront donc être orientés vers les secteurs d’activités les plus à même de créer des emplois supplémentaires.

Graphique 1.4. La relance des investissements contribue peu à la création d’emplois
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Notes : Les données de 2015 s’étendent jusqu’à fin avril ; FCFA signifie francs de la Communauté financière africaine.

Source : Cepici (2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933345767

La transformation structurelle doit être basée sur des opportunités de diversification générant emplois et valeur ajoutée additionnels

L’économie ivoirienne présente une structure relativement diversifiée, mais dispose encore d’importantes marges de manœuvre pour poursuivre sa transformation structurelle. Alors que les secteurs de l’industrie et des services représentent une part importante de l’économie ivoirienne (respectivement 21 % et 57 % en 2014, d’après la Banque mondiale), la majorité des Ivoiriens travaillent toujours dans l’agriculture (33 % de l’emploi, hors agriculture vivrière de subsistance informelle), dont les performances peinent à évoluer rapidement. Le secteur secondaire est largement dominé par des activités à valeur ajoutée limitée (comme l’exploitation des ressources naturelles) et une faible création d’emplois formels. Du côté des services, il s’agit de prestations de faible envergure, souvent informelles, qui n’offrent guère de perspectives en termes de croissance. Il existe ainsi un potentiel important pour doper la productivité, à travers un transfert de la main-d’œuvre vers des emplois industriels ou de services plus productifs que les activités agricoles.

La transformation structurelle devra combiner une hausse de la productivité avec une hausse des emplois dans les trois secteurs de l’économie ivoirienne. Les politiques visant à soutenir la transformation structurelle devront atteindre un double objectif : le pays aura besoin d’une croissance soutenue de la productivité pour générer des revenus plus élevés pour la population, tout en créant plus d’emplois afin de rendre la croissance inclusive. La transformation structurelle passera par : i) une amélioration de la qualité des produits, notamment agricoles ; ii) des activités industrielles avec un plus grand potentiel de création d’emplois et de valeur ajoutée, telles que la manufacture de produits plus complexes ; et iii) une meilleure exploitation du potentiel des activités de services à travers la formalisation et la professionnalisation. Ce processus devra être soutenu par l’accélération de la modernisation et l’amélioration de la productivité du secteur agricole, tout en favorisant la productivité et la compétitivité des industries et des services.

Le potentiel agricole et agro-alimentaire n’est pas assez mis en valeur

Le pays dispose de plusieurs produits agro-industriels à forte demande capables de stimuler de nouvelles activités, mais ces produits ont perdu en compétitivité et nécessitent une revalorisation. La production agricole en valeur est aujourd’hui encore largement dominée par le cacao, qui a toujours représenté la colonne vertébrale de l’économie ivoirienne. Or les stratégies actuelles n’exploitent pas assez les capacités productives de l’agriculture et de l’agro-industrie, qui, si elles étaient diversifiées, gagneraient en compétitivité. Par ailleurs, malgré la hausse de la productivité agricole, certains produits clés sont en difficulté et l’avantage compétitif par rapport à d’autres pays a diminué pour plusieurs produits (graphique 1.5). Le volume 2 de l’Examen multidimensionnel de la Côte d’Ivoire dresse une liste de ces produits (OCDE, 2016).

Graphique 1.5. Les rendements agricoles de 10 grands produits en Côte d’Ivoire diminuent comparés au reste du monde
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Source : Auteurs, calculs basés sur FAOSTAT (base de données), http://faostat3.fao.org.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933345774

Pour tirer le plein potentiel de la filière agro-alimentaire, les capacités de transformation doivent être adaptées au niveau de production des filières. Pour certains produits, les capacités de transformation sont sous-utilisées (huile de palme, par exemple). Pour ces produits, les réformes stratégiques devraient viser à augmenter la production agricole. Pour ce faire, il s’agirait d’accroître la productivité agricole à travers un meilleur accès aux intrants de qualité (semences, engrais) et améliorer les capacités des acteurs locaux. À l’inverse, de nombreux produits agricoles pourraient faire l’objet d’une transformation plus avancée (riz, noix de cajou, coton, manioc), ce qui nécessitera plus d’installations de transformation.

Au-delà de la transformation, les activités agro-alimentaires ont des retombées sur plusieurs filières d’activité qu’il importera de développer. Le développement de l’agro-alimentaire permet d’augmenter la valeur ajoutée et la création d’emplois grâce à l’implication de plusieurs filières d’activité dans la chaîne agro-alimentaire. Dans le cas de nombreux produits agricoles locaux, l’élargissement de la gamme de produits alimentaires et de boissons par leur transformation génère des effets d’entraînement importants sur d’autres secteurs d’activités, tels que les services agricoles, le stockage, l’emballage, les services logistiques, la collecte, ou le marketing. Or ces fonctions intermédiaires font défaut pour de nombreux produits. Par exemple, les producteurs ivoiriens ont peu de bonnes conditions de stockage pour les produits périssables, tels que le manioc ; et les petits acteurs dans la transformation ont des capacités de stockage individuelles limitées. Le marketing est peu mis en avant, bien qu’il permette une meilleure insertion sur les chaînes de valeur régionales et mondiales. Par exemple, le label « Origine Côte d’Ivoire » s’est progressivement dégradé jusqu’à la mise en place du programme qualité-quantité-croissance (2QC).

Les capacités industrielles ne sont pas étendues

Le secteur industriel reste en deçà de son potentiel. La Côte d’Ivoire dispose d’un éventail de produits manufacturés plus large que bon nombre d’autres pays africains, mais l’industrie rencontre certaines contraintes liées à l’accès et au coût des facteurs de production (électricité, NTIC, foncier, etc.). S’ajoutent à cela des difficultés liées à une productivité du travail insuffisante (dans le secteur de la fabrication agro-alimentaire, la valeur ajoutée par travailleur est six fois inférieure à celle du Maroc), ce qui débouche sur une création limitée d’emplois formels. Le secteur de la fabrication comptait ainsi moins de 100 000 emplois formels en 2012, pour moins de 1 300 entreprises formelles.

Une analyse basée sur les statistiques du commerce mondial indique qu’il existe des opportunités dans les grands secteurs en lien avec les capacités et dotations existantes de l’économie ivoirienne. Le secteur ivoirien de la fabrication est dominé par les activités agro-alimentaires qui contribuent de loin à la plus grande partie de la valeur ajoutée et de l’emploi (66 % de la valeur ajoutée du secteur, 72 % de l’emploi). Les produits chimiques représentent 6.2 % du PIB, et la fabrication de machines et de véhicules de transport 3.5 % du PIB. Les analyses du Cadre d’identification et de facilitation de la croissance (Growth Identification and Facilitation Framework, GIFF – Lin et Monga, 2011) et de l’espace des produits (Hidalgo et al., 2007) identifient des secteurs qui exigent des capacités et des compétences plus avancées, sans être trop éloignées, de celles dont dispose actuellement la Côte d’Ivoire et qui contribuent à la création de valeur ajoutée et d’emplois. Les secteurs prioritaires proposés comprennent (détails dans le volume 2 de l’Examen multidimensionnel de la Côte d’Ivoire [OCDE, 2016]) :

  • Les produits chimiques et pharmaceutiques (produits de beauté et produits corporels).

  • Le secteur de l’emballage, pour lequel le pays dispose déjà d’entreprises.

  • Les produits manufacturés basés sur des matières premières. Par exemple, de nouvelles activités peuvent être envisagées en fonction de leur potentiel à établir des chaînes de valeur régionales.

  • Les activités d’industrie légère, notamment de montage et de fabrication (équipements de transports, fabrication ou montage de machines spécialisées, équipements médicaux).

  • Les matériaux de construction (ciment, céramique).

Pour le secteur manufacturier ivoirien, l’assemblage de produits est un point d’entrée dans les chaînes de valeur mondiales qui offre des opportunités d’emplois peu qualifiés et de progression au sein de la chaîne de valeur. L’intégration aux systèmes internationaux de production manufacturière peut jouer un rôle important dans la transformation structurelle de l’économie. Cette intégration peut permettre de créer les nombreux emplois peu qualifiés nécessaires, mais aussi de relever le niveau général des compétences dans l’économie grâce à la diffusion du savoir et la formation des travailleurs. En outre, elle peut favoriser l’accès à des niveaux adjacents de la chaîne, dans les deux directions, tels que le conditionnement (en aval) ou la production de biens intermédiaires et de pièces (en amont).

Le secteur des services possède un potentiel inexploité

Le secteur des services pourrait devenir une force motrice de l’économie. Les services contribuent fortement à l’activité économique et à l’emploi et de nombreuses entreprises opérant dans ce secteur – même informelles – présentent une productivité du travail relativement élevée. Par exemple, les services de communication et de transport ont des niveaux de productivité assez élevés, une enquête d’entreprise suggère d’ailleurs que nombre d’entreprises informelles disposent aussi d’un potentiel de croissance important.

Les services peuvent impulser le développement des secteurs agricole et industriel. Des services dynamiques peuvent entraîner la croissance d’autres secteurs en offrant par exemple des retombées significatives pour les activités de fabrication, les rendant ainsi plus performants et productifs. La professionnalisation et la modernisation des services logistiques et de planification, notamment via l’utilisation des NTIC, pourrait ainsi libérer un potentiel de croissance (les services de transport sont souvent informels et les cargaisons expédiées sur une base peu planifiée) et créer des retombées dans d’autres secteurs (en créant une demande pour les services NTIC, par exemple, ou en abaissant le coût du transport dans le secteur de la fabrication).

Cependant, la Côte d’Ivoire ne dispose pas d’une stratégie de développement des services. Le gouvernement et les organismes du secteur privé devraient analyser en profondeur la situation et le potentiel que revêtent les activités de services. Il s’agirait de développer une stratégie en coordination avec la stratégie de développement industriel afin de tirer parti des synergies et des retombées intersectorielles.

Les activités numériques, le transport et la logistique, le commerce et le tourisme ont été identifiés comme secteurs clés. Ces activités de services bénéficieraient de politiques de soutien général (telles que l’accès aux NTIC et à l’électricité) pouvant être complétées par des politiques plus spécifiques selon les secteurs. Par exemple, le potentiel pour le tourisme pourra être développé sous réserve que des investissements de long terme soient réalisés pour construire des infrastructures de qualité nécessaires à l’accueil des touristes, et qu’une stratégie de communication soit mise en place.

La conquête de nouveaux débouchés et la levée des contraintes entravant la compétitivité de l’économie ivoirienne seront nécessaires pour la réalisation des opportunités de diversification

Les conditions pour tirer parti des opportunités de diversification et le développement des secteurs productifs ne sont pas réunies. Au-delà d’assurer des débouchés pour les produits et services ivoiriens en explorant de nouveaux marchés régionaux et internationaux, plusieurs contraintes pénalisant la compétitivité de l’économie ivoirienne devront être levées. Un accès fiable à des intrants et des biens publics, notamment l’électricité, le transport et les NTIC, sera essentiel pour atteindre des taux de croissance soutenus des entreprises et attirer de nouveaux investissements. Par ailleurs, il s’agira de faciliter l’accès au crédit pour les entreprises et particuliers. À terme, la marche vers l’émergence va également nécessiter plus de compétences et de capacités des acteurs économiques. Enfin, une réforme de fond de la fiscalité devra être mise en place afin de permettre de dégager les ressources financières suffisantes pour soutenir le développement de nombreux secteurs, dont les infrastructures ou le secteur éducatif.

De meilleures coopération et intégration régionales joueront un rôle capital pour la bonne réalisation des opportunités à travers tous les secteurs

La Côte d’Ivoire ne tire pas suffisamment parti de son appartenance à l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) et à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Entre 2002 et 2013, les échanges de la Côte d’Ivoire avec l’UEMOA ont progressé lentement, tandis que le commerce avec le reste du monde s’est montré plus dynamique (graphique 1.6). Il serait particulièrement important pour la Côte d’Ivoire, confrontée à la hausse des tarifs douaniers depuis la mise en place du tarif extérieur commun (TEC) en janvier 2015, et le renchérissement des intrants pour les biens de consommation et les produits intermédiaires, de tirer parti des avantages que l’intégration régionale procure, comme la libre circulation des biens. Il s’agirait ainsi de militer pour le respect des règles communes, les réglementations techniques et les mesures sanitaires et phytosanitaires.

Graphique 1.6. La Côte d’Ivoire peut tirer un meilleur parti des échanges régionaux
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Source : Nations Unies (2015), Comtrade, http://comtrade.un.org/.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933345780

Le cadre institutionnel relatif aux normes et standards de qualité ne bénéficie pas d’efforts suffisants à l’échelle de la sous-région. L’harmonisation régionale dans tous les domaines liés au commerce est encore faible (certificats, normes et standards de qualité). Par exemple, il semble que de nombreux obstacles à l’acceptation réciproque des certifications existent, difficultés renforcées par des décisions parfois arbitraires et non-prévisibles des fonctionnaires, notamment des douaniers.

Les infrastructures ne sont pas assez performantes

Les niveaux d’investissement en infrastructure en Côte d’Ivoire sont faibles. L’investissement public n’a atteint que 6.1 % du PIB en 2013 (FMI, 2014), ce qui est insuffisant compte tenu des dégradations lors du conflit et du niveau optimal des investissements publics en infrastructure en Afrique subsaharienne (entre 9 % et 10 % du PIB d’après Fosu et al., 2011). Une hausse des niveaux d’infrastructures économiques aura un effet de levier sur la croissance et le développement économique en facilitant la transformation et l’émergence de nouvelles industries, ainsi qu’en contribuant à l’amélioration de la productivité des acteurs privés.

La vision de l’émergence, qui incarne à la fois une augmentation du potentiel productif du pays et l’amélioration du bien-être de l’ensemble de la population, permet de guider les choix de développement des infrastructures. Les infrastructures dans les secteurs de l’électricité, des transports (particulièrement les routes) et des télécommunications ont le plus grand impact sur la croissance et la productivité. Dans le souci du bien-être et de la paix sociale, les infrastructures devraient également contribuer au développement régional et à la réduction des inégalités. Au-delà de ces lignes directrices pour guider la planification de l’infrastructure, les ressources financières et humaines peuvent être dirigées là où les écarts entre les besoins et les infrastructures existantes sont les plus importants, tout en préparant le pays pour l’avenir. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) propose ainsi une liste de 18 projets prioritaires à mettre en œuvre (pour une présentation de la méthodologie et la liste des projets prioritaires, voir le volume 2 de l’Examen multidimensionnel de la Côte d’Ivoire [OCDE, 2016]).

Il est indispensable de prioriser la qualité et l’efficacité des investissements, et le schéma de gouvernance. Les investissements en infrastructures sont particulièrement vulnérables aux retards de mise en œuvre, aux dépassements budgétaires, aux sous-performances et à la sous-utilisation. Dans certains cas, ils peuvent générer des pertes nettes à l’économie dues à la corruption. La bonne gouvernance, soutenue par un cadre institutionnel solide qui privilégie la transparence et la responsabilité publique, est essentielle à la création et l’exploitation d’une infrastructure de qualité et performante.

En Côte d’Ivoire, un souci pour la concurrence ne semble pas toujours motiver les choix concernant la planification et la gestion des infrastructures. L’application d’une concurrence « pour le marché » est indispensable dans le secteur des infrastructures, caractérisé par des monopoles naturels. Or les processus de passation des marchés ont trop souvent dérogé aux procédures et une proportion trop élevée de marchés publics est attribuée sur des bases non concurrentielles.

L’accès et le prix élevé de l’électricité restent des obstacles pour l’émergence. En 2012, seulement 56 % des Ivoiriens ont accès à l’électricité d’après la Banque mondiale (graphique 1.7). Certaines entreprises considèrent toujours l’approvisionnement électrique comme un obstacle. Quantité de petits villages ne sont pas encore raccordés au réseau, entravant le développement industriel et des services des zones rurales. Des réformes récentes ont entraîné une hausse des tarifs afin de remédier à la fragilité financière du secteur et d’améliorer sa viabilité à long terme, mais le prix de l’électricité (autour de 0.15 USD [dollar des États-Unis] le kilowattheure en 2012) demeure inférieur à ce qui se pratique dans le reste de la sous-région et en Asie.

Graphique 1.7. La Côte d’Ivoire n’a pas encore le niveau d’accès à l’électricité d’un pays émergent
% de la population ayant accès à l’électricité, 2012
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Source : Banque mondiale, Indicateurs de développement dans le monde (2015), http://data.worldbank.org/products/wdi.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933345791

Le réseau routier ivoirien est fortement dégradé. Une bonne qualité et couverture du réseau routier permettent de réduire les coûts de transports et les pertes (notamment dans l’écoulement des produits agricoles), d’améliorer l’accès aux opportunités, la productivité des acteurs économiques et la qualité de vie des populations. Or, le réseau actuel comprend moins de 10 % de routes revêtues (graphique 1.8) et le réseau routier existant n’est pas suffisamment moderne, notamment compte tenu de la pression démographique dans les villes et de l’urbanisation, en particulier à Abidjan.

Graphique 1.8. La Côte d’Ivoire est très déficiente dans la proportion de routes revêtues
Routes revêtues, % du total en 2010
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Source : International Road Federation (2012).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933345802

Le port d’Abidjan est cher, et sa compétitivité faible. Les infrastructures portuaires jouent un rôle clé pour la compétitivité de l’économie ivoirienne et sa connectivité avec les marchés. Le port est encore relativement coûteux en raison des frais des autorités portuaires et des dépenses liées aux services des transitaires, elles-mêmes liées aux procédures de dédouanement. La compétitivité du port est faible et dépend de plusieurs maillons, à la fois au sein du port (remorquage, manutention, procédures administratives, consignation) et dans la chaîne de transport-logistique aval et amont. Par exemple, les conditions d’accès au port sont difficiles, avec des voies de desserte du port congestionnées, ce qui augmente les temps de transit pour les transporteurs.

Une tarification non abordable pour la majorité de la population et un manque d’infrastructures pénalisent l’accès à Internet. L’utilisation d’Internet est bien en deçà de nombreux pays émergents (graphique 1.9). Le niveau élevé des tarifs, relativement au revenu moyen des ménages, constitue le principal obstacle à son expansion. Or, la structure actuelle du marché, avec deux prestataires largement dominants, n’est pas favorable à une réduction des tarifs. Le manque d’infrastructures physiques, surtout dans les régions à l’écart des grandes villes, constitue un autre obstacle.

Graphique 1.9. L’utilisation d’Internet est en deçà de nombreux pays émergents
Nombre d’utilisateurs pour 100 personnes, 2014
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Source : Banque mondiale (2015), http://data.worldbank.org/products/wdi.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933345817

La fourniture de services publics de base, comme l’eau potable et l’assainissement, reste faible pour certaines parties de la population. L’approvisionnement en eau des ménages, surtout en milieu rural, reste assez limité avec 60 % de la population ayant un accès à l’eau potable en 2013. Des contraintes existent également en matière d’assainissement et de traitement des déchets, avec un risque de répercussions sur l’environnement.

L’accès au financement constitue une contrainte pour les entrepreneurs et les particuliers

Le système financier ivoirien n’est pas assez profond pour soutenir pleinement l’économie réelle et le processus de transformation structurelle. Avec 90 % des actifs financiers détenus par les établissements bancaires, le système financier ivoirien est faiblement diversifié. Le rôle d’intermédiation des banques est insuffisant (le crédit au secteur privé s’élève à 20 % du PIB, graphique 1.10) et le manque d’accès au financement constitue une contrainte pour de nombreuses entreprises.

Graphique 1.10. Les crédits bancaires accordés au secteur privé sont largement insuffisants
% du PIB
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Source : Banque mondiale, Indicateurs de développement dans le monde (2015), http://data.worldbank.org/products/wdi.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933345821

Le système financier est peu inclusif. Quelque 70 % des Ivoiriens n’ont pas de compte bancaire, et le faible taux de bancarisation repose en grande partie sur le mobile banking. De nombreuses défaillances existent en termes de services bancaires, qui constituent autant de freins à la bancarisation des individus, tendance d’autant plus forte que la société ivoirienne est caractérisée par une faible éducation financière. Ainsi, l’épargne des ménages est insuffisamment captée par les institutions formelles (13.9 % du PIB en 2014).

Les activités bancaires sont orientées vers l’achat de bons du Trésor générant un effet d’éviction au détriment du secteur privé. Les banques ivoiriennes financent l’achat de bons du Trésor par des emprunts à la Banque centrale. Cette situation génère un effet d’éviction au détriment du secteur privé et des consommateurs ; freine le développement du marché interbancaire ; et menace la stabilité macroéconomique ainsi que la solvabilité des banques en cas de défaillance de l’État.

Le risque de crédit est élevé, ce qui pénalise l’accès au crédit. Dans un contexte de faible concurrence entre les banques et de conditions de refinancement avantageuses, les faibles crédits alloués s’expliquent par la forte perception du risque de crédit des banques. L’asymétrie d’information sur la solvabilité des emprunteurs et le fonctionnement sous-optimal des systèmes de partage d’information contribuent à accroître le risque. En outre, les défaillances dans le fonctionnement du règlement des litiges commerciaux engendrent un sentiment d’insécurité des banques, renforcé par les nombreux projets d’entreprises faiblement viables.

Le fonctionnement du système des garanties est sous-optimal. Les procédures légales pour la constitution des garanties sont longues et difficiles, et la réglementation prudentielle BCEAO, plus stricte que celle de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada), pénalise les entreprises. Du côté des prêteurs, l’absence de registre des garanties sur les biens meubles maintient une faible transparence sur le marché.

L’éventail des produits financiers est insuffisant. Le crédit-bail ou l’affacturage sont encore peu répandus en Côte d’Ivoire en raison de faibles incitations fiscales, de dispositions légales insuffisantes et d’une expertise financière trop faible. Or, ils constituent des solutions pour des entreprises exclues des schémas de financement traditionnels formels du fait de garanties insuffisantes ou d’absence d’historiques de crédit, notamment dans le cas des PME.

La main-d’œuvre ne bénéficie ni d’une éducation de qualité, ni de compétences adaptées

Ingrédient indispensable de la transformation et de la compétitivité de l’économie, le capital humain doit répondre aux besoins actuels et futurs de l’économie ivoirienne. Pour accéder à l’émergence, la Côte d’Ivoire devra s’appuyer sur un capital humain solide. En effet, sans un investissement approprié dans le capital humain en Côte d’Ivoire, les progrès en matière de productivité ne génèreront pas de croissance. L’économie perdra en compétitivité, et les travailleurs perdront en croissance des revenus.

Le système éducatif ne soutient pas suffisamment le développement du capital humain en raison d’un accès encore difficile et d’une faible rétention des élèves. Trop peu d’individus achèvent le cycle primaire. L’accès au secondaire et au tertiaire ne concerne qu’une minorité d’Ivoiriens, ce qui entrave une bonne insertion sur le marché du travail. En 2013, le nombre d’inscrits au secondaire représentait seulement 47 % de la classe d’âge concernée, et le taux brut de scolarisation du tertiaire était de 4.5 % en 2012 (graphique 1.11). Le gouvernement a pris des mesures pour améliorer ces performances.

Graphique 1.11. Peu d’élèves complètent les cycles scolaires en raison de l’abandon scolaire
Profil de scolarité (nouveaux entrants/population à l’âge de référence, en %)
picture

Sources : Banque mondiale (2009) ; MENET et DPES (2014).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933345835

La faible qualité de l’éducation pénalise le développement du capital humain. Malgré les réformes, beaucoup d’enseignants continuent d’avoir un accès limité aux formations initiales, et ceux en zones rurales ont peu d’opportunités pour rattraper leur retard. Les conditions d’enseignement sont dégradées malgré la hausse des dépenses publiques dédiées (manque de moyens, d’enseignants et d’infrastructures), ce qui alimente un analphabétisme déjà très élevé (41 % en 2012). Enfin, le système éducatif ne garantit pas un accès équitable à l’instruction, notamment pour les filles, les habitants des zones rurales et les personnes les plus démunies.

L’offre de formation ne s’adapte pas suffisamment à la structure de l’économie ivoirienne et devra être orientée sur les besoins futurs générés par la transformation structurelle. L’économie ivoirienne est dominée par l’emploi indépendant informel et le secteur agricole. Or les effectifs de l’enseignement technique et la formation professionnelle (ETFP) à destination de l’agriculture et de l’industrie sont particulièrement faibles. Plus largement, la couverture de l’ETFP reste insuffisante et mal adaptée aux besoins du marché du travail : dans l’enseignement secondaire elle atteint seulement 2.4 % (contre 18 % en Indonésie et 60 % en Chine). Ceci est particulièrement problématique pour les petites entreprises, parfois informelles, qui n’ont pas les moyens de former leur personnel en interne. De plus, la structure de l’offre de formation est essentiellement tournée vers l’emploi salarié, sans tenir compte de la prévalence de l’emploi indépendant. Aussi, plus d’un quart des entreprises formelles déclarent que le manque de qualification de la main-d’œuvre constitue un obstacle majeur à leur activité. À terme, il s’agira d’assurer que les secteurs à fort potentiel de croissance pour l’émergence disposent d’une main-d’œuvre suffisante et qualifiée.

La politique fiscale n’est pas un outil suffisamment adapté pour le financement de biens et services publics de qualité

Les recettes publiques de la Côte d’Ivoire sont insuffisantes au regard de ses besoins croissants en investissements publics. À environ 21 % du PIB en 2014, les recettes de la Côte d’Ivoire sont en deçà des recettes publiques dans la plupart des pays comparés (graphique 1.12). Les recettes fiscales représentent quant à elles environ 15.6 % du PIB en 2013 et se situent en dessous du critère de convergence de l’UEMOA.

Graphique 1.12. Les recettes publiques de la Côte d’Ivoire sont en deçà des recettes dans la plupart des pays comparés
% du PIB en 2014
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Source : FMI, https://www.imf.org.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933345843

La progression vers l’émergence impliquera un rééquilibrage graduel dans la composition des recettes fiscales. Les impôts indirects représentent la plus grande part des recettes fiscales. La structure fiscale de la Côte d’Ivoire est caractéristique des pays en développement, avec un rôle prononcé des droits de douane (28 % des recettes en 2013). Les recettes de TVA représentaient quant à elles 21 % des recettes en 2013, le reste des impôts générant environ 40 % des recettes.

La pression fiscale est concentrée sur un petit nombre de contribuables, ce qui génère de multiples déséquilibres. L’importance du secteur informel implique que la pression fiscale pèse uniquement sur un très petit nombre de contribuables, en particulier sur les grandes entreprises et les employés du secteur formel, ce qui génère des pertes fiscales directes et indirectes. Ainsi, la tendance est à l’augmentation des impôts sur le secteur formel, ce qui accroît les distorsions entre les deux secteurs et, à terme, génère des incitations à rester ou à passer dans le secteur informel. Enfin, cela constitue un facteur de vulnérabilité, les recettes fiscales étant dépendantes des performances économiques d’un nombre restreint d’entreprises.

Les recettes de TVA sont relativement faibles du fait des nombreuses exonérations accordées dans la législation. Malgré une forte reprise de la croissance de l’économie en 2012 et 2013, les recettes de TVA ont stagné à 4.4 % du PIB. Le montant des exonérations de TVA dépasse de loin le montant des exonérations des autres impôts (66 % du montant total des exonérations accordées en 2014).

Un élargissement de la base d’imposition de plusieurs impôts permettrait d’accroître les recettes fiscales. Les nombreuses exonérations accordées par le droit commun, par les Codes des investissements ou les Codes sectoriels réduisent le montant des recettes fiscales. Parmi l’ensemble des incitations fiscales, les congés fiscaux (exonérations fiscales temporaires telles que l’exonération des bénéfices industriels et commerciaux [BIC]) sont les plus coûteux.

La structure fiscale repose pour partie sur des impôts et taxes qui peuvent générer des distorsions. La taxe sur les opérations bancaires aujourd’hui appliquée en Côte d’Ivoire entraîne une double imposition des établissements bancaires et financiers. Le taux de l’impôt sur les sociétés est relativement compétitif, mais d’importantes distorsions existent entre les secteurs. De nombreux petits impôts et taxes à faible rendement pèsent sur les entreprises et ont un fort pouvoir de nuisance.

L’évolution vers un système fiscal plus apte à soutenir l’émergence ne sera efficace que si elle s’accompagne de réformes significatives de l’administration fiscale et d’une sensibilisation au « civisme fiscal ». L’administration fiscale et douanière manque de personnels spécialisés dans certains services. L’informatisation insuffisante des tâches routinières limite l’efficacité des procédures. Par exemple, le paiement et les procédures en ligne ne sont pas assez développés au sein de la direction générale des impôts (DGI). Ainsi, les capacités limitées de l’administration fiscale peuvent constituer une barrière pour les plus petites entreprises, qui disposent de moins de capacités pour répondre aux demandes de l’administration. En outre, l’amélioration de la qualité des services publics délivrés aux populations pourrait contribuer à favoriser le consentement à l’impôt et, plus généralement, la légitimité de l’État.

Des contraintes transversales affectent à différents niveaux plusieurs pans de l’économie ivoirienne

Des contraintes transversales affectent à différents degrés les secteurs productifs, la sphère privée et la réalisation des opportunités économiques. Le développement économique et la cohésion sociale sont menacés par un secteur informel développé à large échelle ; une coordination et une coopération entre les acteurs économiques encore défaillantes à de nombreux niveaux ; un fonctionnement institutionnel qui ne permet pas de fournir des biens et services de qualité à toute la population ; et enfin des réformes foncières dont l’application n’est pas systématique.

Des défaillances dans le fonctionnement des marchés publics et la dualité de certains marchés pénalisent la concurrence. Les projets d’infrastructure à grande échelle ne sont pas toujours soumis à appel d’offres publiques, et de nombreux projets sont exécutés avec des procédures peu transparentes. Les structures oligopolistiques en place – par exemple dans les procédures portuaires, mais aussi dans le secteur du transport informel – entravent parfois les activités du secteur privé, surtout en termes de respect des normes et de lutte contre les comportements anticoncurrentiels et de distorsion de prix. Enfin, des secteurs qui comptent de nombreux acteurs, comme le secteur bancaire, ont des fonctionnements peu concurrentiels.

L’important secteur informel ralentit le développement de certaines branches d’activités. Environ 90 % de l’emploi en Côte d’Ivoire est informel. Beaucoup d’entreprises préfèrent rester informelles en raison de contraintes réglementaires et du coût de la formalisation. Ces entreprises sont plus difficiles à réguler et à encadrer pour les autorités, ce qui se traduit parfois par une qualité de leurs prestations et produits inférieure à celle des entreprises formelles. Dans le secteur manufacturier par exemple, les activités de services informels sont moins susceptibles de créer des retombées positives utiles pour d’autres activités.

Des défaillances dans la coordination et la coopération des acteurs limitent parfois l’impact des réformes. De nombreux domaines et projets souffrent d’un manque de coordination entre les différentes parties prenantes et les acteurs. La Côte d’Ivoire pourrait grandement bénéficier d’une implication plus marquée, systématique et inclusive des parties prenantes et d’une meilleure coordination des projets de grande envergure afin de maximiser les avantages des réformes et des investissements. Par exemple, dans le cas du déploiement des infrastructures sur le territoire, la coordination interministérielle à haut niveau semble faible, alors qu’elle pourrait permettre de maximiser les impacts. En outre, la multitude d’acteurs responsables des infrastructures de transport pénalise la bonne coordination des projets. Dans d’autres domaines, le manque d’implication des acteurs du secteur privé rend souvent marginale leur participation aux décisions publiques. Or la prise en compte des perspectives des entreprises privées pourrait être bénéfique pour conseiller sur l’orientation de la transformation structurelle.

Les difficultés observées sur le plan des institutions, de la gouvernance et des capacités opérationnelles de l’État se traduisent par des services publics de qualité variable. L’action des pouvoirs publics est parfois entravée par une corruption latente, une faible implication des fonctionnaires et des procédures opaques. La qualité de la fourniture de services publics varie d’un service public à l’autre, certains étant jugés particulièrement médiocres (services de police, de douane et de gendarmerie). D’une manière générale, la corruption dans les relations entre le secteur privé et les services publics constitue toujours un obstacle dont le coût est significatif pour les entreprises.

Le sol suscite des controverses en Côte d’Ivoire depuis des décennies, ce qui fait de l’accès à cet actif une question délicate pour les entreprises, la population et la paix sociale. Les conflits et les litiges fonciers découlant de la coexistence de droits de propriété coutumiers et modernes créent de l’insécurité pour les petits exploitants, les entreprises installées et les nouveaux-venus. La nature coutumière des conflits fonciers complique le recours à des voies judiciaires, aggravé par le fait que les institutions censées les gérer n’ont pas toujours les capacités requises.

De nombreuses réformes, qui devront être menées d’ici à 2020 et évaluées régulièrement, constituent la feuille de route de l’émergence

Pour parvenir à la transformation structurelle, ce rapport développe des plans d’action détaillés. Les plans d’action pour chaque contrainte identifiée ont été élaborés par rapport aux recommandations émises dans le volume 2 de l’Examen multidimensionnel de la Côte d’Ivoire. Tous les plans d’action des chapitres sont présentés à la fin du rapport. Dans chacun des plans d’action, des actions sont proposées afin d’obtenir des résultats répondant à une problématique précise. Pour chaque action, une liste d’institutions devant être impliquées dans la mise en œuvre est indiquée, en dissociant l’institution responsable en premier lieu des entités secondaires. Des exemples de pays ayant réussi à mettre en œuvre des réformes similaires et pouvant servir de modèles à la Côte d’Ivoire sont mentionnés.

Pour permettre le suivi des actions et assurer que le pays progresse vers les résultats proposés dans les plans d’action, un tableau de bord comprenant une série d’indicateurs est élaboré. Une stratégie de développement bien conçue doit permettre de suivre et évaluer l’efficacité des politiques publiques en permettant aux décideurs politiques de réévaluer et réajuster régulièrement les réformes entreprises en vue de leur mise en œuvre optimale. Le tableau de bord proposé dans l’Examen multidimensionnel répond à ce but. Il est composé d’indicateurs principaux devant permettre de mesurer la marche vers l’émergence et d’indicateurs secondaires devant permettre un suivi plus précis des réformes. Ainsi, le tableau de bord est un outil de suivi des plans d’action.

Le suivi des réformes nécessitera des infrastructures statistiques de qualité qui permettront de fournir des données nationales. Un suivi fiable, reflétant la réalité des réformes et actions entreprises repose sur une collecte de données statistiques de qualité. Cela nécessite des infrastructures statistiques performantes, avec un personnel qualifié. Le tableau de bord prend en compte les défaillances actuelles rencontrées par le système statistique ivoirien et propose des indicateurs de sources internationales. Ceci permet de positionner la Côte d’Ivoire par rapport à un groupe de pays à revenu intermédiaire, et d’évaluer sa marge de progression vers l’émergence. Dans les cas les plus pertinents, les données nationales sont privilégiées.

Des stratégies et moyens de mise en œuvre des réformes sont proposés. La mise en œuvre de réformes structurelles est un exercice difficile pour la grande majorité des pays. C’est pourquoi ce rapport propose la création d’une unité de mise en œuvre de haut niveau capable de piloter l’ensemble des changements, d’assurer la communication et la coordination entre les acteurs, et de réaliser le suivi des progrès.

Références

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ANNEXE 1.A1. La méthodologie des examens multidimensionnels

Les Examens multidimensionnels emploient une multitude d’outils d’analyse et combinent différentes approches pour capter les fondements du développement d’un pays et répondre aux défis complexes et transversaux auxquels les pays sont confrontés. L’analyse quantitative se fonde sur un exercice d’étalonnage d’un large éventail d’indicateurs visant à comparer le pays étudié avec un groupe de pays pairs. Cet exercice contribue à caractériser la performance économique du pays, mettre en lumière des zones de sous-performance et ses capacités à atteindre un niveau plus avancé de développement. En accord avec le gouvernement ivoirien, douze pays de comparaison ont été retenus en raison de leur niveau d’émergence, de leurs caractéristiques d’économie émergente ou de la mise en œuvre de réformes particulièrement réussies (Afrique du Sud, Brésil, Colombie, Corée, Éthiopie, Ghana, Indonésie, Malaisie, Maroc, Nigéria, Thaïlande et Viet Nam).

Cet exercice est complété par des analyses approfondies grâce à des bases de données microéconomiques. Elles sont réalisées en utilisant une gamme d’outils standards de l’OCDE, tels que l’analyse du déplacement de la main-d’œuvre active entre les secteurs, les exercices de comptabilité de la croissance, l’évaluation de la diversification des échanges commerciaux, ou encore la comparaison et l’analyse de données sur la gouvernance et les capacités. Ces analyses permettent d’identifier plus précisément les obstacles fondamentaux à la croissance, tout en déterminant l’importance de sujets transversaux tels que les insuffisances en matière de capacités du gouvernement, la réglementation ou les limites du système financier.

Enfin, les Examens ont recours à une approche informée par la prospective stratégique. Chaque phase des Examens s’accompagne d’un atelier participatif sur la prospective rassemblant diverses parties prenantes nationales. La prise en compte d’éléments de prospective captés au cours de ces ateliers participatifs vise à développer une compréhension plus approfondie du pays, de son contexte, de son histoire, de ses atouts et des défis mais aussi des préférences et priorités des citoyens quant au développement de leur pays. Les ateliers de prospective ont également pour objectif d’assurer que les recommandations émises soient pertinentes par rapport au contexte ivoirien, mais aussi que les autorités puissent bénéficier d’expériences d’autres pays afin d’assurer une mise en œuvre réussie.

ANNEXE 1.A2. La méthodologie de l’évaluation du bien-être

L’OCDE a défini un cadre conceptuel du bien-être. L’OCDE s’intéresse aux questions de la mesure du bien-être et du progrès des sociétés depuis plus de 10 ans et ses travaux se sont concrétisés par le lancement, en 2011, de L’initiative du vivre mieux. Cette initiative porte sur les aspects de l’existence qui sont importants pour les populations et qui, ensemble, déterminent leurs conditions de vie et leurs capacités à vivre ensemble. Dans le cadre de cette initiative, l’OCDE a développé un cadre conceptuel pour mesurer le bien-être actuel sur la base des résultats obtenus dans deux grands domaines : les conditions de vie matérielles et la qualité de vie. Le domaine des conditions de vie matérielles regroupe les dimensions du revenu et du patrimoine, des emplois et des salaires, et du logement, tandis que le domaine de la qualité de vie comprend les dimensions relatives à l’état de santé, l’équilibre vie professionnelle-vie privée, l’éducation et les compétences, les liens sociaux, l’engagement civique et la gouvernance, la qualité de l’environnement, la sécurité des personnes et le bien-être subjectif. Au-delà de la mesure du bien-être actuel, l’OCDE s’intéresse également à la mesure du bien-être futur sur la base de ressources fondamentales qui ont une influence sur l’évolution du bien-être au fil du temps et qui sont systématiquement affectées par les actes accomplis aujourd’hui.

Initialement envisagé pour les pays développés, le cadre du bien-être de l’OCDE a été modifié pour prendre en compte les problématiques propres aux pays émergents et en développement (Boarini et al., 2014). Dans cette nouvelle version, le pilier relatif aux conditions de vie matérielle regroupe : les possibilités de consommation ; l’accès et la qualité du logement et des infrastructures ; ainsi que l’exercice d’un emploi. Le pilier relatif à la qualité de vie comprend : l’état de santé et l’accès aux systèmes de santé ; l’accès à l’éducation et la qualité des compétences ; l’autonomisation et la participation ; les liens sociaux ; les conditions environnementales ; le degré de vulnérabilité ; la satisfaction à l’égard de la vie ; les émotions et le sens de la vie.

Pour chaque dimension, des régressions bivariées sont calculées entre la variable retenue et le PIB. Les résultats sur les indicateurs de bien-être sont considérés comme variables dépendantes et le PIB par habitant est considéré comme variable indépendante. Cela permet de calculer le coefficient de corrélation entre les deux types de variables. Ce coefficient est ensuite appliqué au PIB actuel de la Côte d’Ivoire afin de calculer la valeur attendue des différents indicateurs. Les résultats actuels des indicateurs de bien-être de la Côte d’Ivoire sont exprimés par le ratio du résultat attendu mesuré par le nombre d’écarts types. La comparaison est réalisée sur la base d’un échantillon de 158 pays justifiant d’une population supérieure à un million d’habitants.