Préface

Le Panorama de l’environnement 2015 observe que de nombreux pays de lOCDE ont su réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, et quune partie dentre eux a accru la part des renouvelables dans les approvisionnements énergétiques, amélioré la gestion des déchets ou rendu la gestion de leau plus efficiente grâce à linnovation. Données à lappui, il montre quil est possible de découpler la consommation de ressources naturelles, la production de déchets ou les émissions atmosphériques de la croissance économique. Ces évolutions positives sexpliquent tout à la fois par lessor du secteur des services et la délocalisation dactivités de production polluantes et grosses consommatrices de ressources qui la accompagné, par laction des pouvoirs publics et par le progrès technique. La crise économique a également contribué à alléger certaines pressions pesant sur lenvironnement.

Le Panorama de l’environnement met aussi en évidence les domaines dans lesquels les progrès ont marqué le pas ou restent insuffisants. Il existe ainsi une importante marge de progression en ce qui concerne la protection de lair et du climat, la modification des modes de consommation dénergie, la gestion des déchets et des matières, la préservation de la biodiversité et du patrimoine naturel et lapplication de politiques plus intégrées – autant de domaines essentiels pour la croissance verte et le développement durable. Beaucoup dévolutions positives demeurent marginales et la cohérence des politiques laisse encore trop souvent à désirer, ce qui nuit aux efforts de lutte contre les effets dommageables exercés sur lenvironnement.

Le changement climatique figure depuis de nombreuses années au premier rang de nos préoccupations. Il constitue désormais un défi urgent et pourrait bien faire peser des menaces irréversibles sur notre développement économique et notre bien-être. Lintensité carbone de lénergie consommée par les activités humaines na guère diminué depuis 1990, et les approvisionnements énergétiques restent dominés par les combustibles fossiles. Daprès les données de lAgence internationale de lénergie, les émissions de CO2 dues à la combustion dénergie ont augmenté de 36 % dans le monde depuis 2000, ce qui est en phase avec la croissance économique mondiale. En cas de politiques inchangées, on estime quen 2050, les émissions mondiales de CO2 liées à lénergie seront trois fois supérieures au niveau quil ne faudrait pas dépasser pour limiter durablement le réchauffement de la planète à 2 °C. Des estimations plus récentes indiquent pour 2014 un tassement du taux de croissance des émissions de CO2 qui nest pas lié à lactivité économique. Les années qui viennent diront sil sagit là de lamorce dune nouvelle tendance.

Les pays continuent de soutenir de nombreuses façons la production et la consommation dénergies fossiles. En outre, tous les combustibles fossiles ne sont pas traités de la même manière. La transition vers une économie bas carbone est toujours freinée par les variations de la fiscalité énergétique, les signaux-prix inégaux, la faible taxation de combustibles particulièrement dommageables pour lenvironnement et les exonérations de taxes énergétiques accordées à certains secteurs. En règle générale, le charbon est lénergie fossile la moins taxée, alors que cest le combustible disponible pour la production délectricité qui émet proportionnément le plus de carbone. Dans ces conditions, il existe sans doute de vastes possibilités de réformer les systèmes fiscaux nationaux, daligner les politiques et datteindre les objectifs environnementaux de façon plus efficace et économe.

Il est dautant plus important dagir que se profile en décembre 2015 à Paris la 21e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 21), dont les enjeux sont considérables : il sagira de conclure un nouvel accord international juridiquement contraignant pour lutter efficacement contre le changement climatique et maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 2 °C. Pour y parvenir, gouvernements et entreprises devront sattaquer durgence au défi de la transition dun monde gros émetteur de carbone vers un monde où les émissions nettes de carbone seront nulles, et ce alors même que beaucoup font face à des difficultés économiques et des dilemmes douloureux. Une transformation à long terme sera nécessaire, moyennant des ajustements structurels et un engagement total de toutes les grandes économies du monde.

La décarbonation de léconomie mondiale appelle des politiques fortes et prévisibles qui envoient des signaux-prix appropriés et éliminent les formes de soutien de la production et de la consommation dommageables pour lenvironnement, notamment les subventions dans le domaine des énergies fossiles. Une telle action exige une vraie volonté politique et une vision à long terme du développement économique. Elle doit aussi sappuyer sur des données fiables et cohérentes harmonisées au niveau international.

Les pouvoirs publics, les décideurs et la société civile doivent savoir dans quelle mesure leur pays obtient des résultats satisfaisants au fil du temps et comment il se situe par rapport aux autres pays. Cest lune des raisons pour lesquelles lOCDE joue un rôle de premier plan dans les efforts internationaux de construction dindicateurs environnementaux depuis le début des années 90, et dindicateurs de la croissance verte depuis 2011. LOCDE observe en outre la qualité de vie et le bien-être dans le cadre de son Initiative du Vivre mieux. Sachant que les grands problèmes denvironnement peuvent rarement être réglés par un pays qui agit seul, le suivi régulier au moyen dindicateurs permet dencourager la mise en commun des bonnes pratiques entre les pays.

Les informations disponibles pour évaluer les progrès des pays en matière denvironnement peuvent encore être améliorées. Dans beaucoup de domaines, les données laissent à désirer ou sont inexistantes, et il est difficile de suivre les effets des mesures publiques en raison de labsence de séries temporelles fiables. La mission de lOCDE est de travailler de conserve avec les pays pour suivre leurs progrès et en rendre compte, en tenant compte de leur situation particulière. Cest aussi daider les pays à améliorer leurs systèmes dinformation sur lenvironnement et à produire des indicateurs fiables et cohérents.

Nous continuerons de fournir aux gouvernements des indicateurs environnementaux harmonisés, et nous restons déterminés à travailler en étroite collaboration avec les pays et nos partenaires internationaux pour améliorer leur qualité.

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Simon Upton

Directeur, Direction de lenvironnement de lOCDE