Chapitre 2. Accélérer la diversification et la transformation de l’économie ivoirienne

Ce chapitre aborde la question de la transformation structurelle et de la diversification de l’économie ivoirienne, indispensables pour atteindre l’émergence en 2020. La première section de ce chapitre présente un état des lieux de la structure économique actuelle. La deuxième section dresse la liste des opportunités pour mener à bien la transformation structurelle. Le choix des produits et secteurs proposés répond au double objectif de création d’emplois et de hausse de la valeur ajoutée, et se base sur les capacités existantes de l’économie ivoirienne. La dernière section présente les contraintes à lever et les conditions favorables à mettre en place pour permettre la réalisation des opportunités proposées. La faible concurrence dans l’économie, l’important secteur informel, la réduction du coût des intrants, la réforme foncière, le renforcement des capacités des acteurs, les progrès à réaliser en matière de facilitation du commerce, ou encore le rôle des technologies y sont abordés.

  

Pour atteindre l’émergence, l’économie ivoirienne aura à se déplacer vers des activités qui offrent à la fois une plus forte valeur ajoutée et un potentiel de création d’emplois. Les politiques visant à soutenir la transformation structurelle devront atteindre un objectif double : le pays nécessitera une croissance soutenue de la productivité pour générer des revenus plus élevés pour la population, tout en créant plus d’emplois afin de rendre la croissance inclusive. L’économie devra donc évoluer vers de nouvelles activités permettant d’atteindre ces deux objectifs.

Après avoir présenté les caractéristiques de l’économie ivoirienne aujourd’hui, ce chapitre examinera les transformations structurelles qui contribueraient à conduire le pays à l’émergence. L’agro-industrie, l’industrie légère, l’industrie textile et les activités de services présentent un potentiel important pour l’économie ivoirienne. Le gouvernement devrait étudier ces activités en profondeur et dialoguer avec le secteur privé afin de faciliter le processus de valorisation de ces produits et services.

La transformation structurelle aura lieu uniquement si les conditions pour améliorer la compétitivité de l’économie actuelle sont réunies. Actuellement, de nombreuses inefficacités et des obstacles entravent la productivité. Les rendements agricoles sont en deçà des niveaux internationaux car les petits agriculteurs manquent d’accès aux services et de capacités performantes. Les secteurs secondaire et tertiaire souffrent d’un accès cher et limité à l’électricité et aux transports. Beaucoup d’entreprises n’utilisent pas encore les technologies de l’information et des communications (TIC), lesquelles pourraient pourtant augmenter la productivité et stimuler la croissance, en particulier des petites et moyennes entreprises (PME) et des entreprises de services. Enfin, une économie émergente exigera une concurrence dynamique, une amélioration de la qualité des produits et une plus grande intégration dans le commerce mondial. Tous ces développements nécessiteront une meilleure intégration dans les marchés régionaux et mondiaux afin que le secteur privé ait accès aux intrants et que les débouchés pour les produits ivoiriens soient multipliés. La revalorisation et la diversification passeront par un équilibre entre politiques et réformes générales et ciblées, condition préalable essentielle pour accélérer la croissance et réaliser la transformation structurelle.

La structure économique ivoirienne actuelle, la productivité et le niveau d’emploi ne permettent pas d’atteindre l’émergence d’ici 2020

La structure économique actuelle n’est pas adaptée pour une croissance inclusive et durable

L’économie ivoirienne est relativement diversifiée, mais elle doit poursuivre sa transformation structurelle. Au cours des cinq dernières années, l’agriculture a représenté en moyenne 26 % de la valeur ajoutée, même si les parts de l’industrie (25.5 %) et des services (48.7 %) sont supérieures à ce que l’on observe dans des pays comparables (graphique 2.1). Parallèlement, le secteur agricole reste le principal employeur du pays. Il existe ainsi un potentiel important pour doper la productivité à travers un transfert de la main-d’œuvre vers des emplois industriels ou de services plus productifs que les activités agricoles, mais cette transformation nécessite aussi une création d’emplois.

Graphique 2.1. L’économie ivoirienne est fortement tributaire de l’agriculture et des services
Valeur ajoutée en % du PIB (moyenne 2008-13)
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Source : Banque mondiale (2014), http://data.worldbank.org/products/wdi.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329102

De nombreuses activités des secteurs secondaire et tertiaire n’offrent qu’un potentiel de croissance et de création d’emplois restreint. L’organisation actuelle du secteur industriel ivoirien dépend en partie de l’exploitation des ressources naturelles, une activité assez peu créatrice d’emplois. Du côté des services, il s’agit actuellement de prestations de faible envergure et souvent informelles qui n’offrent guère de perspectives de croissance. Par conséquent, un mouvement vers les services plus productifs sera nécessaire. C’est pourquoi, à moyen terme, les autorités doivent impérativement promouvoir le développement du secteur privé de manière à accélérer la croissance des revenus pour la population et la création d’emplois.

Depuis 2013, l’économie a connu une relance des investissements du secteur privé (nationaux et des investissements directs étrangers [IDE]) mais la création d’emplois peine à s’accélérer. Le nombre et la valeur des investissements ont augmenté entre 2013 et 2014, laissant présager une tendance similaire pour 2015 (jusqu’à fin avril au moins), mais le nombre d’emplois créés reste bien en dessous du niveau de 2013. Par ailleurs, en 2014 la part des secteurs commerce et bâtiments et travaux publics (BTP) était en hausse, alors que les activités TIC et agriculture étaient en baisse. Le graphique 2.2 (panel B) met aussi en évidence le potentiel d’emploi des services (commerces, prestations des services divers), en croissance en 2014.

Graphique 2.2. La relance des investissements contribue peu à la création d’emplois
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Note : Les données 2015 vont jusqu’à fin avril.

Source : CEPICI (2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329118

La transformation structurelle de la Côte d’Ivoire sera affectée par les changements démographiques. La croissance de la population peut être perçue comme un défi majeur pour la Côte d’Ivoire, l’augmentation de la population pouvant ralentir la croissance du revenu par habitant. Toutefois, si la population peut être employée de manière productive, la croissance économique peut s’accélérer, sous réserve de politiques visant à la création d’emplois et au développement d’industries intensives en main-d’œuvre. En Côte d’Ivoire, la part de la population active continuera progressivement à augmenter (voir encadré 2.1).

Encadré 2.1. Les politiques socio-économiques ivoiriennes s’inscrivent sur fond de dividende démographique

Les changements dans la structure d’âge de la population, se traduisant par une hausse de la croissance économique nommée « dividende démographique », devraient profiter à la Côte d’Ivoire, sous réserve de politiques socio-économiques adaptées. La transition démographique, caractérisée par la combinaison de la baisse des taux de mortalité (dont infantile), la hausse de l’espérance de vie et la réduction des taux de fécondité, se traduit par une augmentation de la population en âge de travailler. L’accroissement de la population active réduit les taux de dépendance et ouvre une « fenêtre d’opportunité démographique », qui, sous réserve d’être accompagnée de politiques publiques adaptées, peut se traduire en retombées positives pour la croissance. On parle alors de « dividende démographique ». Les canaux de transmission sur l’économie sont multiples : i) augmentation du revenu des ménages et du produit intérieur brut (PIB) par habitant grâce à la hausse de la part de la population active employée dans des emplois productifs ; ii) hausse de la participation des femmes dans le marché du travail en lien avec la réduction du taux de fécondité ; iii) augmentation de la productivité du travail accompagnant l’amélioration des investissements en capital humain ; iv) dynamisation des investissements grâce à la hausse du taux d’épargne.

Les gains à la réduction du taux de dépendance sont certains, mais devraient intervenir plus tardivement que prévu en Côte d’Ivoire : alors que des études montraient ses impacts positifs sur la croissance dès 2030, la stagnation du taux de fécondité à un niveau élevé (cinq enfants par femmes) ne permettra pas de réduire le taux de dépendance à moins de 60 % (niveau considéré comme s’apparentant à un pays émergent) avant 2050 (graphique 2.3, panel A). Au-delà de la mise en place de mesures de réduction du taux de fécondité, et afin de maximiser les avantages liés à une vaste jeunesse et population active principalement urbaines (graphique 2.3, panel B), il sera impératif pour la Côte d’Ivoire de dégager des moyens financiers pour mettre en place des politiques socio-économiques. D’une part, la création d’emplois productifs pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail sera indispensable afin de lutter contre le sentiment d’exclusion et ainsi limiter la probabilité de crises sociales. Ainsi les politiques pourront être axées sur la flexibilité du marché du travail, la formalisation de l’économie et le développement de secteurs compétitifs et créateurs d’emplois. D’autre part, l’amélioration des systèmes d’infrastructures (routes en bon état, électricité suffisante, logements salubres, etc.) et de l’offre d’éducation et de santé, devront également être au cœur des priorités de politiques publiques. Enfin, le développement des systèmes financiers permettra de mieux capter l’épargne de la population active, contribuant ainsi à une meilleure intermédiation financière au sein de l’économie.

Graphique 2.3. La population ivoirienne continuera à croître
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Note : Projections pour les années 2010-2050 avec l’hypothèse d’un taux de fécondité moyen.

Source : Nations Unies, World Population prospect http://esa.un.org/unpd/wpp/Download/Standard/Population/.

L’axe de gauche indique la population en milliers, l’axe de droite indique la part de la population urbaine dans la population totale.

Nations Unies, World Population prospect, http://esa.un.org/unpd/wup/CD-ROM/.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329128

Sources : AFD (2014) ; FMI (2015).

Le secteur agricole contribue à l’emploi mais reste en dessous de son potentiel productif

Malgré une baisse relative de son poids, le secteur agricole occupe encore 34 % de la population active en 2014 en Côte d’Ivoire (contre 44 % en 2004), et génère des emplois indirects. Les activités agricoles sont dominées par de petits exploitants (superficie moyenne de 4 hectares pour une famille de 4 à 5 personnes). La production du cacao occupe plus de 800 000 ménages agricoles (OCDE, 2016). Dans le cas de l’hévéa, environ 60 % de la production ivoirienne est issue des plantations villageoises gérées par de petits producteurs (MINAGRI, APROMAC, BNETD, 2013). Par ailleurs, les activités de production agricole génèrent un nombre important d’emplois indirects, tels que les pépiniéristes.

Les performances agricoles de plusieurs produits clefs sont inférieures à leur potentiel. En Côte d’Ivoire, la quasi-totalité des grandes filières agricoles a subi un très fort recul de compétitivité durant les dix années de crise politique (graphique 2.4). Les pertes de performances sont d’autant plus marquées que la crise politique a eu lieu dans un contexte où, pour beaucoup de filières agricoles, les nouveaux acteurs privés n’avaient pas encore eu le temps de mettre en œuvre les programmes de développement convenus dans le cadre des politiques de libération agricole (période 96-97). C’est particulièrement le cas dans le secteur du palmier où les rendements agricoles ont chuté de 1.9 tonnes à l’hectare par rapport à 1999. Si cette baisse constante de la productivité des exploitations persiste, elle serait de nature à compromettre la compétitivité ivoirienne dans un contexte international marqué par une forte concurrence.

Graphique 2.4. Rendements agricoles de dix grands produits en Côte d’Ivoirecomparés à la moyenne mondiale (1980-2013)
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Source : Auteurs, calculs sur la base de données FAOSTAT (consulté en mai 2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329137

La compétitivité des producteurs ivoiriens a reculé par rapport aux autres pays. En l’espace de 20 ans, alors que le Viet Nam a augmenté sa valeur agricole nette par hectare de 675 USD (dollars, chiffre exprimé en parité pouvoir d’achat [PPA] constant de 2004-2006), la Côte d’Ivoire ne l’a augmenté que de 174 USD (graphique 2.5). Les revenus issus des filières agricoles n’ont progressé que grâce à l’augmentation des surfaces cultivées et la bonne tenue des cours mondiaux. Bon nombre d’agriculteurs utilisent des techniques agricoles peu perfectionnées (AGRICI, 2014) et la modernisation agricole, qui se situe au centre de la problématique de réduction de la pauvreté dans le pays, doit encore progresser (FAOSTAT, 2014).

Graphique 2.5. Les performances d’usage des terres agricoles progressent en Côte d’Ivoire, mais plus lentement que dans les pays de référence
Évolution de la valeur nette par hectare entre 1993 et 2013 (en USD exprimés en PPA constant 2004-2006)
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Note : Les valeurs nettes sont exprimées en dollar international constant de 2004-2006, c’est-à-dire en parité de pouvoir d’achat constant. Sur la même période, la Corée (non représentée sur le graphique) a progressé de 986 USD pour atteindre 3440 USD par hectare.

Source : Auteurs, calculs sur la base de FAOSTAT (2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329140

Le Plan national d’investissement agricole (PNIA) se fixe pour objectif de stimuler la croissance de la productivité des activités agricoles et la création de 2.4 millions d’emplois. Ces objectifs ambitieux restent toutefois entravés par le peu d’attractivité du secteur auprès des jeunes, notamment éduqués, réduisant ainsi le niveau de qualification de la main-d’œuvre. Par ailleurs, la part des investissements agricoles dans le budget national est modérée, ralentissant la modernisation du secteur. Or, beaucoup de petits producteurs n’ont pas le capital de départ et/ou le fonds de roulement suffisant pour être plus performants. Par exemple, la plantation et l’entretien correct d’un nouvel hectare d’hévéa sur les sept premières années nécessite un capital de départ de 1.2 millions FCFA (MINAGRI, APROMAC, et BNETD, 2013). Dans le cas du palmier à huile, il faut un total de 800 000 FCFA pour les trois premières années (MINAGRI, AIPH, et BNETD, 2013). Ce manque les conduit souvent à une sous-utilisation des fertilisants et autres intrants, ou à une faible application des bonnes techniques d’entretien et de lutte contre les maladies.

Cependant, il existe des programmes prometteurs qui favorisent le double objectif de modernisation et de création d’emplois. Les entreprises leaders dans le secteur agricole, qui cherchent de plus en plus à construire des sources d’approvisionnement durables, s’engagent dans l’appui aux agriculteurs. Le projet Vision pour le changement (V4C), initié par l’entreprise Mars en coopération avec le gouvernement et des agences ivoiriennes, aide les jeunes entrepreneurs du secteur du cacao. Les entrepreneurs sont formés aux techniques modernes agricoles et aux compétences entrepreneuriales, et bénéficient d’un financement pour démarrer leur entreprise dans les zones rurales locales (projet pilote dans la région de Soubré). Le projet vise à atteindre 150 000 agriculteurs d’ici 2020, qui bénéficieront d’un meilleur accès aux intrants et aux techniques agricoles afin d’accroître la productivité des agriculteurs locaux (Adjehi, 2014). Les groupes comme SIFCA, Nestlé, Olam, Cargill, ou encore Unilever fournissent aux producteurs des intrants et du matériel végétal, et financent les services d’encadrement technique des planteurs. En 2012 par exemple, Cargill et Solidaridad ont fourni 600 000 plants de cacao à des producteurs regroupés en 34 coopératives (Wageningen UR, 2014) pour environ 26 000 producteurs. Mais ces initiatives restent conditionnées à l’existence préalable d’une garantie foncière sur les terres agricoles.

Le secteur industriel constitue une part importante de l’économie, mais il est dominé par la transformation des ressources naturelles d’une valeur ajoutée limitée

La Côte d’Ivoire dispose d’un éventail de produits manufacturés plus large que bon nombre d’autres pays africains mais elle est encore loin d’atteindre la cible de 40 % du PIB. Les dernières données disponibles (2012) montrent que la plupart des activités manufacturières reposent sur les abondantes ressources naturelles du pays (mines et agriculture). Les autres activités manufacturières ne contribuent que faiblement à la création de valeur ajoutée, puisque les produits chimiques ne représentent que 6.2 % du PIB et la fabrication de machines et de véhicules de transport 3.5 %.

L’industrie ivoirienne est dominée par les activités agro-alimentaires et fournit seulement un petit nombre d’emplois formels. Selon les statistiques nationales, les activités de fabrication représentaient 28 % du PIB en 2012, dont plus de 50 % étaient liées aux matières premières agricoles. Comme le montre le graphique 2.6, le secteur de l’agro-alimentaire contribue de loin à la plus grande partie de la valeur ajoutée et de l’emploi, mais à travers un petit nombre d’entreprises. Le secteur de la fabrication comptait moins de 1 300 entreprises et moins de 100 000 emplois en 2012, illustrant la nécessité de l’industrialisation si la croissance durable doit être atteinte. En outre, la productivité du travail (mesurée en valeur ajoutée par travailleur) était plutôt limitée par rapport à la plupart des pays de référence, à l’exception du Viet Nam (graphique 2.7).

Graphique 2.6. Le secteur manufacturier est dominé par l’agro-alimentaire
Nombre d’employés, nombre d’entreprises et valeur ajoutée (en millions de FCFA) par activité en 2012
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Source : Institut national de la statistique (INS) (2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329155

Graphique 2.7. La productivité de la main-d’œuvre est relativement faible par rapport aux économies émergentes
Productivité de la main-d’œuvre dans le secteur secondaire (valeur ajoutée par salarié en USD) en 2010
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Note : Une comparaison de la productivité du travail entre les pays peut être problématique en raison des différences des mesures de la production et des intrants, de la qualité de la valeur ajoutée, et des différents prix d’entrée.

Source : ONUDI, https://stat.unido.org/, et INS (2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329167

Pour accélérer la transformation de l’économie ivoirienne, il faudrait tenir compte du contenu des activités en valeur ajoutée et de l’intensité en emplois directs et indirects. La transformation du cacao (produit dominant en Côte d’Ivoire) ne sert que peu le double but de création de valeur ajoutée et d’emplois (graphique 2.8, panel A) : les pays producteurs du cacao (Ghana, Indonésie, Côte d’Ivoire) se trouvent en bas et à gauche du quadrant, soit présentant une faible valeur ajoutée et une faible intensité en travail. À l’inverse, d’autres activités pourraient contribuer à la création de valeur ajoutée et d’emplois. À titre d’exemple, la Côte d’Ivoire gagnerait à étendre rapidement ses capacités productives dans la transformation de certains produits comme les sacs à mains et articles de voyages, les produits textiles intermédiaires, les meubles et le bois de construction, les produits de beauté, et même d’autres produits agro-alimentaires, comme l’huile et le sucre (graphique 2.8, panel B). D’autres industries à fort potentiel économique sont par exemple le montage, la réparation navale ou la fonderie. Ces activités offrent toutes davantage de contenu en valeur ajoutée et en emplois que le segment final de la transformation du cacao. Par ailleurs des effets d’entraînement importants existent autour de certaines de ces activités (par exemple la transformation agro-alimentaire sur l’industrie de l’emballage).

Graphique 2.8. De nombreuses activités industrielles génèrent plus de valeur ajoutée et d’emplois que la transformation du cacao
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Note : Pour plus de lisibilité, certains noms d’activités de transformation et fabrication ont été raccourcis.

Source : Graphiques élaborés par les auteurs à partir de calculs de l’ONUDI (2014) et sur la base de données de l’INS (2012).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329174

Les ressources naturelles sont encore sous-exploitées mais peuvent générer des effets catalyseurs importants

Les ressources du sous-sol et la production d’énergie (gaz, pétrole, raffinage, électricité et activités minières) sont deux piliers essentiels de l’économie ivoirienne. Si le pays veut rejoindre le club des nations émergentes, les ressources du sous-sol pourront jouer un triple rôle en tant que : i) intrants indispensables aux autres activités (particulièrement pour la production d’électricité) ; ii) source de recettes publiques pouvant contribuer au financement des investissements du pays en faveur du développement ; et iii) pourvoyeurs potentiels de croissance et d’emplois, même si ces effets seront sans doute limités dans la mesure où ces secteurs sont traditionnellement très intensifs en capital.

En 2011, le pays a reçu des investissements importants dans le secteur des hydrocarbures, mais la création d’emplois était limitée. Les investissements se sont élevés à 27 milliards FCFA avec, à la clef, la création de 81 emplois. En 2012, ils ont représenté 44 milliards FCFA pour 71 emplois, ce qui signifie qu’en moyenne, un milliard d’investissement équivaut à la création de deux emplois (CEPICI, 2015) – sachant que, cette année-là, le secteur a fourni au total 769 emplois (ITIE, Moore Stephens, 2014). Si ces chiffres témoignent d’un regain d’intérêt de la part des investisseurs, ils révèlent aussi le faible impact de ces projets en termes de création d’emplois, étant donné l’intensité capitalistique du secteur. Dans le même temps, les activités liées au pétrole ont rapporté 326 milliards FCFA au gouvernement en 2012, ce qui montre bien l’importance des mécanismes de partage des bénéfices (ITIE, Moore Stephens, 2014).

Le secteur ivoirien de la production d’énergie a connu des réformes en 2010, afin d’améliorer la performance financière. Le dernier Code de l’électricité, adopté en mars 2014, libéralise le transport, la distribution, la commercialisation et les activités d’import-export relevant de différents régimes juridiques (van Kempen, 2014). Pour autant, le secteur de l’électricité reste fragile sur le plan financier et vulnérable (OCDE, 2016). Il devra impérativement assurer la fourniture d’énergie à l’économie nationale, une fonction qui dépend étroitement des investissements dans les infrastructures de production et du respect des délais de construction (voir chapitre 3).

Le secteur minier de Côte d’Ivoire est encore embryonnaire, mais il offre un immense potentiel pour le développement économique et, de toutes les activités extractives, est celui qui devrait créer le plus d’emplois. Le nouveau Code minier, adopté en 2014, devrait attirer de nouveaux investissements. Les activités se cantonnent actuellement à la prospection et l’exploitation des ressources naturelles mais plusieurs projets devraient élargir la chaîne de valeur à la transformation. Le nouveau Code minier fixe des limites spatiales et temporelles aux permis d’exploration (400 kilomètres carrés [km²] pour une durée de sept à dix ans) et exige des entreprises qu’elles s’engagent dans une convention minière et des dispositifs de développement des communautés locales. Cependant, de tels projets se heurteront à des difficultés, y compris une faible contribution à la création d’emplois. En 2014, le secteur a employé 6 640 personnes, sachant que la demande d’investissements en 2012 s’était élevée à 3 milliards FCFA avec, à la clef, 21 emplois (soit sept postes par milliard investi).

Les activités du secteur tertiaire créent toutes de l’emploi et de la valeur ajoutée, mais leur ampleur varie

Quelques filières importantes au sein des services (vente au détail et transport) devraient continuer de tirer la croissance (CAPEC/PNUD, 2014b) et contribuer fortement à la création d’emplois. Les principaux pourvoyeurs d’emplois ont été les services aux entreprises et le commerce, et les filières ayant le plus contribué en termes de valeur ajoutée sont le commerce, le transport et les communications (graphique 2.9). Cependant, les services business et commerce notamment ne comptent qu’un petit nombre d’entreprises, plutôt de petite taille, tandis que dans le transport et les communications, les performances en matière de valeur ajoutée et d’emplois sont le fait d’un nombre très restreint d’entités.

Graphique 2.9. Les contributions en termes de valeur ajoutée et d’emplois varient selon les activités de services
Nombre d’entreprises et de salariés, et valeur ajoutée par secteur en 2012
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Sources : INS (2012) et Timmer et al. (2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329182

Cependant, la productivité du travail dans le secteur des services en Côte d’Ivoire n’est pas très élevée. Les données relatives à la production de services étant rarement disponibles, la gamme des pays de comparaison est limitée et biaisée en faveur des économies plus avancées. Néanmoins, le graphique 2.10 montre que la productivité de la Côte d’Ivoire a encore beaucoup de marge d’amélioration dans plusieurs activités. Bien que parfois légèrement supérieure à celle de l’Indonésie, elle reste en deçà du Brésil ou de la Corée.

Graphique 2.10. La marge d’amélioration de la productivité dans les entreprises de services est très nette
Valeur ajoutée par salarié dans les activités tertiaires (en USD) en 2009
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Note : Une comparaison de la productivité du travail entre les pays peut être problématique car il est difficile de prendre en compte les différences de mesure de la production et des intrants, ainsi que les différents prix auxquels les pays peuvent faire face. Dans les services qui sont moins commercialisés sur une échelle globale, les différences de prix et de qualité de la valeur ajoutée sont encore plus difficiles à prendre en compte que dans la fabrication.

Sources : INS (2012) et Timmer et al. (2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329190

Les opportunités pour la transformation structurelle et la diversification reposent sur la mise en valeur des avantages comparatifs actuels de la Côte d’Ivoire

Les opportunités de diversification devront être accompagnées de politiques générales de facilitation

Deux approches permettant d’orienter les stratégies de diversification dans le secteur industriel et manufacturier suggèrent que la Côte d’Ivoire devrait essayer d’étendre son agro-industrie et de s’engager dans de nouvelles activités de fabrication. L’approche « Growth Identification and Facilitation Framework » (GIFF, ou Cadre d’identification et de facilitation de la croissance) mise au point par Lin et Monga (Lin et Monga, 2011) fournit une liste de produits exportés par des pays de comparaison, liste que la Côte d’Ivoire pourrait envisager pour diversifier son économie. Cette liste est complétée par la méthodologie de l’Espace des produits, qui élabore une liste plus restreinte des produits voisins des avantages comparatifs actuels de la Côte d’Ivoire. Les choix de diversification devront être accompagnés de politiques générales de facilitation et d’un dialogue continu avec le secteur privé.

Le gouvernement peut prendre des mesures pour soutenir le secteur privé basées sur les produits et les activités identifiés comme a priori appropriés pour la diversification. Les analyses GIFF et de l’Espace des produits fournissent une première idée de choix possibles parmi les activités industrielles. Par ailleurs, la classification des services (Eichengreen et Gupta, 2013) et les analyses des données récentes sur l’évolution des activités de services (Institut national de la statistique, 2013-2014) peuvent orienter plus précisément encore la stratégie de développement des activités de services. Un processus de consultation systématique avec le secteur privé pourrait éclairer les décideurs politiques sur les options les plus attrayantes pour les entreprises et les conditions préalables devant être remplies. Les entreprises opérant déjà dans les secteurs potentiellement visés, ou qui gravitent autour d’eux, seront probablement capables d’apprécier le potentiel commercial de nouvelles activités et peuvent également contribuer à identifier les éventuels obstacles. Le gouvernement devrait établir un comité de consultation, inviter des représentants des entreprises clefs dans le secteur privé pour préciser la liste et obtenir une meilleure idée de la situation sur le terrain.

Pour réussir sa transformation structurelle, la Côte d’Ivoire devrait étendre son espace productif en fonction de ses capacités et de ses atouts actuels

Le cadre GIFF permet de conceptualiser l’identification d’activités industrielles appropriées. Beaucoup de pays en développement ont rencontré des difficultés à bien faciliter la politique industrielle, en grande partie parce qu’ils ont ciblé des secteurs inadaptés à leurs structures de dotation ou à leurs capacités. La logique du GIFF repose ainsi sur l’idée que, historiquement, la plupart des pays ayant déployé des politiques industrielles réussies ont ciblé des activités typiques de pays légèrement plus riches qu’eux mais présentant les mêmes structures de dotation (nombre de pays d’Asie se sont ainsi inspirés des succès des industries japonaises entre 1960 et 1980).

Le cadre GIFF apporte des éléments utiles à l’identification de filières ou d’activités industrielles adaptées à tel ou tel pays, en fonction de son niveau de développement et de sa dotation actuelle. L’entrée dans de nouvelles filières industrielles ou le développement de nouvelles filières (pour un pays ou une entreprise) est parfois lié à des coûts d’information et peut être associé à différentes exigences en termes d’intrants. Ainsi, une nouvelle activité peut faire appel à un type particulier ou un niveau supérieur de capital et de compétences, de transport, ou d’approvisionnement électrique qu’une entreprise seule aura peut-être du mal à se procurer. Les pouvoirs publics peuvent inciter les entreprises à se lancer dans ces nouvelles filières industrielles en les « dédommageant » pour ces coûts (à travers la dissémination des informations, par exemple, ou d’autres mesures comme l’organisation de l’éducation, des infrastructures et des marchés, ou même le financement de travaux de recherche).

La première étape d’une analyse reposant sur le cadre GIFF consiste à identifier les biens exportés par des pays dynamiques offrant les mêmes structures de dotation que la Côte d’Ivoire, mais avec un niveau de revenu supérieur. Recommandation est faite de privilégier un niveau de revenu par habitant 100 % à 300 % supérieur à celui de la Côte d’Ivoire, les produits ayant fait la preuve de leur efficacité pour ces pays-là pouvant aider la Côte d’Ivoire à relancer la dynamique économique et induire un changement structurel permanent. La liste des produits identifiés pendant cette étape est ensuite réduite par itérations successives en fonction de plusieurs critères, dans le but : i) de repérer les produits qui auront toujours la faveur des marchés mondiaux ; ii) d’identifier les produits qui étaieront la transformation structurelle de la Côte d’Ivoire ; et iii) de tenir compte des avantages comparatifs et des dotations du pays.

Les pays de comparaison sont choisis selon un niveau de PIB élevé et des caractéristiques structurelles adaptées à l’exercice (graphique 2.11). Le Viet Nam est le seul pays de l’échantillon à afficher un PIB par habitant relativement proche du niveau ivoirien ; il est aussi celui qui bénéficie de la plus forte croissance annuelle moyenne du PIB depuis 2000. Bien qu’il ne soit guère doté en ressources naturelles, il est utile pour l’exercice de comparaison parce qu’en plus d’être un important exportateur de produits agricoles, il a su se faire une place dans les industries légères et les activités d’assemblage. Enfin, son économie intense en main-d’œuvre attire un volume conséquent d’IDE. Le Maroc est aussi intéressant puisqu’il possède un important secteur primaire mais a su attirer des IDE et se doter d’une politique industrielle axée sur la création d’emplois et les nouvelles technologies. La Colombie a, comme la Côte d’Ivoire, un important secteur pétrolier qui domine ses exportations, une forte activité de caféiculture et des ressources minières (du charbon notamment). Seul pays d’Afrique subsaharienne de la sélection, l’Afrique du Sud possède un important secteur minier et agricole et a su diversifier son économie à travers des activités offrant une valeur ajoutée supérieure. La Thaïlande enfin, le pays le plus riche du lot, est elle aussi un important exportateur de pétrole raffiné et de caoutchouc naturel, et a su appuyer sa transformation structurelle sur l’agriculture.

Graphique 2.11. Les pays de référence affichent des niveaux supérieurs de revenu
Niveau et croissance du PIB en Côte d’Ivoire et dans les cinq pays de référence
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Source : Banque mondiale (2014), http://data.worldbank.org/products/wdi.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329209

La méthodologie GIFF suggère une large gamme de produits de fabrication que la Côte d’Ivoire pourrait cibler pour la mise à niveau et la diversification de son économie. L’analyse montre que la Côte d’Ivoire pourrait cibler des produits basés sur les matières premières, telles que le cuir et le bois, ainsi que des produits chimiques reposant sur des activités existantes, et des activités de l’industrie légère, comme les équipements de transport. Tous ces produits satisfont les critères clefs : ils sont exportés avec succès par d’autres pays et créent plus de valeur ajoutée et des emplois.

Encadré 2.1. Quel potentiel pour la Côte d’Ivoire dans la chaîne de valeur textile ?

Avant la crise, la Côte d’Ivoire était engagée dans toutes les étapes de la chaîne de valeur textile (décrite ci-dessous). La crise a diminué ses capacités, et le pays concentre désormais ses efforts dans la récolte du coton et la teinture de tissus importés.

Graphique 2.12. Chaîne de valeur textile
picture

Source : Auteurs.

Seul 20 % du coton produit est transformé localement tandis que les 80 % restant sont exportés en tant que matières premières, ce qui entraîne une valeur ajoutée très limitée pour la Côte d’Ivoire. Pour combler l’écart entre la production de matières premières et leur transformation, il est important que la Côte d’Ivoire identifie ses avantages comparatifs, les obstacles à la production et la partie de la chaîne de valeur pour laquelle ses capacités sont limitées et où elle doit concentrer ses efforts. Par exemple, la Côte d’Ivoire manque de capacités dans la filature du coton/l’égrenage et le tissage/tricotage et a ainsi une capacité très limitée dans la couture et la production de vêtements.

Afin de restaurer la compétitivité de la chaîne de valeur textile, différents niveaux d’intrants et de technologie peuvent être ciblées. La filature du coton par exemple, est hautement consommatrice d’énergie et peut nécessiter une abondante main-d’œuvre selon le processus de filature employé. Les machines à filer à rotor sont plus rapides et exigent moins de main-d’œuvre tandis que les machines à filer à anneaux, plus simples, nécessitent une main-d’œuvre moins qualifiée. Le tricotage/tissage, comme la filature du coton, est intensif en capital et dépend d’un approvisionnement en énergie fiable. La teinture, quant à elle, a besoin de grandes quantités d’eau et de plusieurs traitements chimiques.

Il sera impératif que la Côte d’Ivoire engage le secteur privé dans une concertation pour identifier les productions les plus adaptées compte tenu du niveau de développement de l’industrie. Des machines efficaces, une fourniture d’énergie, d’eau et de main-d’œuvre à coût réduit sont des éléments essentiels pour la survie de l’industrie textile ivoirienne. Pour maximiser le potentiel de ce secteur, il faudra donc soutenir l’abondance d’une main-d’œuvre compétente à coût réduit, et de continuer à fournir un accès à l’énergie à des prix compétitifs.

L’Inde et le Pakistan sont des exemples de la façon dont les pays peuvent profiter de leurs avantages comparatifs et participer à la chaîne de valeur textile. L’Inde, deuxième exportateur mondial de vêtements et de textiles, a réussi à moderniser la chaîne de valeur du textile en mettant l’accent sur la modernisation du secteur filature, le tissage et la confection. Le Pakistan, quatrième plus grand producteur de graine de coton, a quant à lui profité de son accès aux matières premières (coton) et de l’abondance de sa main-d’œuvre pour développer son secteur de la filature.

Sources : ACET (2013) ; Gherzi/ONUDI (2011).

L’aptitude de la Côte d’Ivoire à élargir son espace des produits repose sur ses avantages comparatifs dans l’agro-industrie et l’industrie chimique

Les biens que la Côte d’Ivoire produit actuellement déterminent dans une large mesure les « nouveaux » biens qu’elle sera susceptible de fabriquer à terme (Hidalgo et Hausmann, 2009). À un moment donné de son histoire, un pays dispose d’un ensemble de capacités qu’il combine pour produire tel ou tel type de biens. La théorie de l’espace des produits suppose que si deux biens sont proches, parce qu’ils mobilisent des capacités et des connaissances globalement identiques, ils auront tendance à être produits ensemble, contrairement à des biens plus distants les uns des autres. D’où l’idée que la structure productive d’un pays est définie par la présence d’intrants ou de capacités (actifs matériels, comme les infrastructures ou les terres ; et actifs immatériels, comme les institutions, les normes, les connaissances pratiques et théoriques, etc.) et engendre des schémas de spécialisation et des compétences de production clefs. La notion d’espace des produits rejoint alors celle de complexité économique, qui tente de classer les biens en fonction des capacités à mobiliser pour les fabriquer et qui sont mesurées, pour les pays, par l’indice de complexité économique (ICE) et, pour les biens, par l’indice de complexité du produit (ICP)1 .

Graphique 2.13. La Côte d’Ivoire pourra élargir sa gamme des produits
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Note : Les cercles représentent les catégories de produits identifiés par la méthodologie GIFF comme convenant pour la mise à niveau. La taille des cercles indique le nombre de produits de cette catégorie qui ont été identifiés, et la couleur indique la catégorie.

Source : Calculs de l’auteur (2015) sur la base des données des Nations Unies Comtrade 2000-2011 (classification SITC 3), http://comtrade.un.org/.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329210

Le degré de complexité d’un pays est déterminé par l’ensemble des connaissances utiles qui lui sont propres. L’ensemble unique des capacités mobilisées pour produire chaque bien implique que les pays auxquels il manque une partie de cet ensemble sont incapables de fabriquer certains biens. Pour Hausmann et al. (2011), la complexité économique s’exprime par la composition des produits fabriqués par un pays et reflète les structures productives nécessaires pour contenir et associer les connaissances requises à cet effet. Ces auteurs estiment aussi que chaque pays doit renforcer sa complexité économique pour pouvoir conserver et exploiter un volume grandissant de connaissances productives. Le niveau de complexité économique d’un pays se déduit de la gamme de produits (donc de sa structure productive) qu’il est en mesure de fabriquer.

Finalement, le potentiel de diversification d’une économie dépend aussi de la proximité entre les produits. La mesure de proximité est basée sur l’hypothèse que la capacité d’un pays à produire un certain produit dépend de sa capacité à produire d’autres produits (Hidalgo et al., 2007). Un indicateur de niveau pays, qui reflète la façon dont chaque produit est situé par rapport à la production actuelle d’un pays (compétences de base), est donc calculé en utilisant l’avantage comparatif révélé (voir l’annexe 2.A1).

La Côte d’Ivoire a connu un effritement progressif de la complexité économique du pays depuis le milieu des années 90 et occupe la 106e place sur les 128 pays couverts par l’indice de complexité économique en 2013. Une comparaison de l’ICP de la Côte d’Ivoire dans les catégories de produits se situant dans la moyenne de l’indice révèle que l’essentiel des compétences clefs du pays affichent un niveau de complexité relativement faible. Les produits les plus complexes recouvrent la fabrication de véhicules automobiles pour le transport public de passagers, le chocolat et autres préparations alimentaires contenant du cacao, les panneaux de bois contreplaqué ou d’autres bois sciés, les tabacs manufacturés et les produits de parfumerie et de beauté. L’économie ivoirienne concentrant essentiellement ses compétences clefs dans le secteur primaire, la plupart des capacités productives sous-jacentes sont liées à des facteurs géographiques uniques plutôt qu’à des compétences complexes présentant un fort potentiel de développement du capital humain ou des compétences technologiques. Cette observation est corroborée par l’analyse du degré de complexité des produits réalisée ici, qui laisse apparaître que les perspectives de diversification dans l’espace des produits pourraient se révéler limitées.

La position actuelle de la Côte d’Ivoire dans l’espace des produits est marginale. Une représentation de l’espace des produits échangés dans le monde montre la place des 41 compétences clefs de la Côte d’Ivoire – soit sa structure productive – matérialisée par un carré noir (graphique 2.14). Chacun des nœuds représente un produit, la couleur du nœud étant fonction de son secteur d’activité. Les activités de fabrication simple (machines, textiles, bois, etc.) sont donc au cœur de l’espace produit mondial, tandis que les produits alimentaires et les combustibles sont à la périphérie de cet univers. La taille des nœuds est proportionnelle à la part du produit dans le commerce mondial, la longueur des lignes étant quant à elle fonction de la proximité (« parenté ») des produits entre eux. Pour ne tenir compte que d’un niveau réaliste de parenté, le seuil de proximité a été fixé à 0.55 (probabilité conditionnelle par paires). L’exercice débouche sur un espace des produits constitué de 396 biens (nœuds) différents et de 1 106 liens individuels entre produits (lignes).

Graphique 2.14. La position de la Côte d’Ivoire dans l’espace des produits est relativement marginale
Position dans l’espace des produits et proximité avec les autres produits
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Source : Calculs de l’auteur (2015).

L’espace des produits confirme que la plupart des compétences clefs de la Côte d’Ivoire se situent dans des zones peu denses, là où les perspectives de diversification sont moindres. Le réseau entier s’articule autour d’un « cœur », constitué par les métaux, les machines-outils et les produits chimiques, tandis que les industries textiles, les produits électroniques ainsi que les produits agricoles et les ressources naturelles se situent en « périphérie », dans les parties moins denses. La Côte d’Ivoire n’y est présente qu’avec un nombre restreint de nœuds plutôt marginaux.

La base productive actuelle du pays, relativement limitée, implique également que le potentiel immédiat de revalorisation est faible, la Côte d’Ivoire ne pouvant offrir qu’un ensemble restreint de capacités. La probabilité de produire de nouveaux produits dépend de la proximité de ce produit (reflétée par une mesure de distance quantitative) avec sa structure de production actuelle. Le graphique 2.14 donne un aperçu de ces perspectives par secteur d’activité. La taille de la bulle représente le nombre de produits identifiés comme offrant des perspectives réalistes de diversification dans chaque secteur. La relation négative entre la distance par rapport aux perspectives de diversification et le degré de complexité du produit est mise en lumière, de sorte que les perspectives liées à un niveau supérieur de complexité du produit sont « encore plus éloignées » de la structure productive actuelle du pays. Elles se résument à 41 pistes réparties en six secteurs d’activité (le graphique 2.14 n’en présentant que 32), notamment dans la transformation de produits primaires, de produits alimentaires et d’origine animale ainsi que dans les machines, le matériel de transport et, dans de moindres proportions, les produits chimiques. L’axe horizontal indique la distance moyenne par rapport aux perspectives de diversification de la structure productive actuelle du pays (ses compétences clefs), tandis que l’axe vertical indique la complexité moyenne du produit par rapport aux perspectives de diversification.

Seules 11 des 41 compétences clefs de la Côte d’Ivoire présentent un potentiel de transfert de capacités productives vers de nouveaux produits. Les 41 compétences constituent le point de départ des trajectoires de diversification au sein du réseau de l’espace des produits. La plupart de ces compétences sont donc relativement isolées et présentent un faible degré de parenté avec d’éventuels produits nouveaux. Le graphique 2.15 illustre le réseau d’opportunités pour la Côte d’Ivoire, décrivant les 27 nouveaux produits potentiels directement liés à l’ensemble actuel de compétences clefs du pays (carré central). La taille des nœuds est proportionnelle au niveau de complexité du produit (ICP) pour chacune des opportunités de diversification. La longueur des lignes est proportionnelle à la mesure de proximité (degré de parenté).

Graphique 2.15. Le spectre de diversification de la Côte d’Ivoire est à l’heure actuelle plutôt restreint
Potentiel de diversification par nombre de produits et secteurs pouvant être valorisés (codes couleurs)
picture

Source : Calculs de l’auteur (2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329228

La transformation de la structure productive de la Côte d’Ivoire implique la diversification vers des produits à ICP supérieur. Il s’agit donc de revaloriser ces produits. Les valeurs d’opportunité calculées pour 27 produits permettent un classement par potentiel de revalorisation. Ce classement mesure la proximité du produit par rapport à de nouveaux produits plus complexes et quantifie les perspectives inexploitées du pays en s’appuyant sur le niveau de complexité des produits que la Côte d’Ivoire ne fabrique pas pour l’instant, pondéré par leur proximité avec la structure productive actuelle du pays dans l’espace des produits (voir l’annexe 2.A2 et Hausmann et al. [2011] pour la méthode de calcul de cette mesure). Un produit présentant une opportunité supérieure offre un meilleur potentiel pour la revalorisation de la structure productive du pays.

La diversification en faveur des produits imprimés, des produits pharmaceutiques et des véhicules à moteur pour le transport de passagers est celle qui offre le meilleur potentiel de revalorisation. Un tableau exhaustif de produits identifiés classés par valeur d’opportunité est disponible en annexe. Le tableau 2.1 présente les 5 premières et les 3 dernières opportunités de diversification en fonction de leurs valeurs d’opportunité respectives. Il montre également à quelles compétences clefs actuelles ces opportunités sont liées. Ces résultats sont largement en accord avec ceux de l’approche plus générale de GIFF, mais donnent une liste plus précise des produits qui pourraient être ciblés.

Tableau 2.1. Classement des opportunités de revalorisation de la Côte d’Ivoire

Opportunité de revalorisation

Lien avec les compétences clefs de la Côte d’Ivoire

CTCI

Description du produit

Valeur d’opportunité

ICP

Classification type pour le commerce international (CTCI)

Description du produit

Cinq produits présentant les plus grandes opportunités de diversification

8921

Livres, brochures, ouvrages cartographiques, globes

0.42

0.42

5530

Produits de parfumerie ou toilette préparés et cosmétiques; etc.

5417

Médicaments pour la médecine humaine ou vétérinaire

0.19

0.76

5530

Produits de parfumerie ou toilette préparés et cosmétiques; etc.

7810

Automobiles pour le transport des personnes

0.18

0.70

7831

Automobiles pour transport en commun

7821

Automobiles pour le transport de marchandises

0.16

0.61

7831

Automobiles pour transport en commun

6353

Ouvrages de menuiserie, constructions démontables en bois

0.13

0.40

6341

Bois simplement scié, feuilles de placage, etc.

6342

Bois contreplaqué constitué exclusivement de « feuilles de placage »

Trois produits avec les dernières opportunités de diversification

6589

Autres articles confectionnés en textiles, n.c.a.

-0.52

-1.06

6581

Sacs et sachets d’emballage en matières textiles

545

Autres légumes et plantes potagères, frais ou réfrigérés

-1.50

-1.50

579

Fruits frais ou séchés, n.c.a.

2472

Bois autres que de conifères, pour sciage ou placage

-1.82

-1.82

2483

Bois autres que conifères scié/raboté/rainé/langueté, etc.

Note : n.c.a. signifie non classé ailleurs.

Source : Calculs de l’auteur (2015).

L’agro-alimentaire recèle un potentiel particulièrement profitable pour les années à venir

Les marchés de l’alimentaire et des boissons en Afrique amorcent une expansion, grâce notamment à un fort développement en zone rurale. Tirés par l’augmentation rapide de la demande intérieure et régionale, les marchés de l’alimentaire et de la boisson devraient tripler pour atteindre 1 000 milliards USD de chiffre d’affaires d’ici 2030 (Byerlee et al., 2013). Ces effets d’agglomération suscitent l’intérêt croissant de grandes multinationales qui multiplient les initiatives d’implantation. Les marchés intérieurs de consommation alimentaire se développent rapidement dans les villes secondaires et en milieu rural. En utilisant les enquêtes nationales sur la consommation des ménages effectuées entre 2003 et 2009 dans 11 pays de l’Afrique de l’Ouest et 2 pays d’Afrique Centrale, une étude conjointe CIRAD-Afristat-AFD (Bricas et al., 2014) montre que plus de 50 % de la consommation alimentaire des ménages ruraux2 provient des marchés (75 % dans les villes secondaires). Ainsi, dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, la taille des marchés alimentaires nationaux serait désormais équivalente à environ trois fois les flux d’importations alimentaires observés.

Le dynamisme des marchés ouest-africains dans l’agro-alimentaire transformé ouvre des possibilités pour un leadership ivoirien. Les importations de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sont plus dynamiques que la moyenne mondiale pour tous les groupes de produits alimentaires (graphique 2.16). Certains produits sont particulièrement importants, comme le riz-blanchi (3.1 milliards USD par an en moyenne entre 2011 et 2013), les farines de blé (2.6 milliards USD), et le sucre (1.6 milliard USD). Le regroupement des produits alimentaires en fonction de leur niveau de transformation manufacturière permet de voir la forte progression des produits entièrement transformés (de 1.6 milliards USD de chiffre d’affaires en 2000 à 9.2 milliards USD en 2013). Actuellement, la Côte d’Ivoire est faiblement présente sur ce marché florissant de l’agro-alimentaire. Pour certains produits, comme le café ou les bananes, la Côte d’Ivoire est un fournisseur important de la zone CEDEAO, mais dans des volumes nettement plus faibles que la production ivoirienne. De nombreux produits considérés comme stratégiques ne sont pas exploités par la Côte d’Ivoire, et la part des importations CEDEAO est souvent largement inférieure à 1 %. La Côte d’Ivoire est toutefois le premier fournisseur d’huile de palme de la zone, avec une part d’environ 30 % des importations (tableau 2.2).

Graphique 2.16. Les opportunités de diversification de la Côte d’Ivoire reposent largement sur les produits primaires
Réseau d’opportunités par secteur d’activité (codes couleurs), complexité (taille) et proximité (distance)
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Source : Calculs de l’auteur (2015).

Tableau 2.2. Part des importations CEDEAO provenant de la Côte d’Ivoire pour une sélection de produits alimentaires en 2011-13

Code- 4 chiffres

Description du produit (CITC, 4 chiffres)

Importations mondiales des pays de la CEDEAO (moyenne pour la période 2011-13, en millions USD)

Part des importations CEDEAO provenant de la Côte d’Ivoire

4222

Huile de palme et ses fractions

529.3

28.8 %

0713

Café (extraits, essences et concentrés, et préparations)

55.7

61.7 %

0483

Pâtes alimentaires (macaronis, spaghettis...)

44.1

34.1 %

4313

Acides gras, huiles acides et résidus

40.6

33.2 %

0573

Bananes (y compris plantains)

11.3

79.9 %

0423

Riz-blanchi (y compris le riz en brisures)

3 117.5

0.1 %

0412

Autres froments non moulus (y compris l’épeautre) et méteil

2 557.7

0.0 %

0989

Préparations alimentaires, n.c.a.

2 274.2

0.1 %

0342

Poissons congelés (à l’exception des filets de poisson et du poisson haché)

1 994.3

0.1 %

0222

Lait et crème de lait, concentrés ou sucrés

1 126.4

0.1 %

0611

Sucres bruts, à l’état solide

1 037

0.0 %

0612

Autres sucres et saccharose

513.6

1.1 %

0567

Préparations ou conserves de légumes, n.c.a.

311.8

0.0 %

1110

Boissons non alcooliques, n.c.a.

260.7

0.1 %

Source : Calculs des auteurs sur la base de Nations Unies, Comtrade (2015) http://comtrade.un.org/.

La Côte d’Ivoire dispose d’une marge de progression considérable dans la transformation de plusieurs produits agricoles

La transformation des céréales de grande consommation et la distribution alimentaire ont un potentiel de développement important pour répondre à la demande croissante des villes ouest-africaines. Malgré des records de production pour plusieurs produits agricoles en Côte d’Ivoire en 2013-14, le secteur agricole et agro-industriel n’a pas encore exprimé son plein potentiel. Les secteurs de la transformation agricole et de la distribution alimentaire peuvent attirer de grandes entreprises internationales en Côte d’Ivoire, facilitant ainsi des politiques de développement des secteurs en amont. Les politiques devraient davantage cibler les marchés de produits à forte demande dans la région.

Graphique 2.17. Les importations agro-alimentaires de la zone CEDEAO sont plus dynamiques que la moyenne
Importations agro-alimentaires CEDEAO (millions USD) et croissance des importations CEDEAO et monde sur 10 ans
picture

Notes : L’axe de gauche représente le facteur par lequel les échanges se sont multipliés en l’espace de 10 ans, c’est-à-dire le ratio (valeur moyenne de 2001-03)/(valeur moyenne de 2011-13). Cela montre que les importations de la zone CEDEAO sont plus dynamiques que la moyenne mondiale.

Source : Calculs des auteurs sur la base de Nations Unies, Comtrade (2014) http://comtrade.un.org/ (STIC. rev3, aggrégée au niveau 2 digits).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329232

Dans le cas du riz, la Côte d’Ivoire devrait attirer des entreprises de transformation afin d’augmenter la valeur et de servir le marché local. Le riz blanchi représente de loin le premier poste d’importation alimentaire dans la zone CEDEAO avec 14 % du total des importations en 2013. Si la Côte d’Ivoire veut profiter de cette aubaine régionale, elle gagnerait à attirer des entreprises de transformation de riz pour servir le marché local et transfrontalier. Une telle politique peut se faire sans extension de la production locale : le riz existe déjà localement en grande quantité en Côte d’Ivoire et dans les deux pays de l’arrière-pays (Mali et Burkina Faso) avec une production de près de 4.5 millions de tonnes en 2013, dont 1.9 million de tonnes en Côte d’Ivoire (2.05 millions de tonnes en 2014, Office national de développement de la riziculture [ONDR], 2015). Toutefois, faute de transformation qui réponde aux goûts des consommateurs, il n’attire pas la demande urbaine. Un accord-cadre avec les entreprises leaders dans la transformation pourrait produire un effet levier sur les rendements agricoles et réduire l’écart actuel par rapport aux géants asiatiques.

Amplifier la transformation industrielle du manioc serait bénéfique mais il s’agira d’abord d’améliorer les conditions de stockage et d’emballage. Les produits dérivés du manioc bénéficient à la fois d’une demande croissante au niveau régional (atiéké, gari, amidon pour la boulangerie, et tapioca) et de l’existence de petits acteurs locaux expérimentés dans le processus de transformation. De plus, les mêmes normes de fabrication, d’étiquetage, d’emballage et de circuits de distribution peuvent servir à la transformation d’autres céréales. Mais actuellement ce potentiel peine à s’exprimer. Le manioc est un produit assez périssable qui perd beaucoup de potentiel au bout de trois ou quatre jours. Or les producteurs ivoiriens ont très peu de facilités de stockage dans de bonnes conditions, et les petits acteurs dans la transformation ont des capacités individuelles de stockage limitées. En 2013, la Côte d’Ivoire a exporté seulement 45 tonnes de produits dérivés du manioc, soit moins de 1 % de sa production nationale, alors qu’en Thaïlande3 (deuxième producteur mondial), 90 % de la production de manioc est transformée et exportée (Nations Unies, Comtrade, 2015 et FAOSTAT, 2015).

La Côte d’Ivoire doit également renforcer ses capacités de production et de transformation pour la filière sucre. Des bénéfices supplémentaires existent dans l’extension de la production agricole de sucre et dans l’augmentation des capacités de transformation. Les rendements ivoiriens sont légèrement supérieurs à la moyenne mondiale, et ne sont pas éloignés de ceux des champions comme le Brésil et la Thaïlande (FAOSTAT, 2015). La demande locale et régionale est forte, et les industriels ont déjà des plans d’extension des capacités de transformation pour les dix prochaines années.

L’huile de palme présente de multiples avantages et sa production agricole pourrait être développée. Les opportunités de débouchés pour l’huile de palme sont importantes : d’une part, la Côte d’Ivoire bénéficie d’un marché régional pour les oléagineux assez important et dynamique sur lequel elle reste le meilleur fournisseur local et, d’autre part, la demande mondiale croissante recèle de bonnes perspectives pour les années à venir, surtout avec l’avènement des biocarburants. Par ailleurs, il existe des possibilités d’extension de la culture d’oléagineux, notamment dans des zones non traditionnelles grâce à des conditions climatiques propices. Enfin, l’existence d’un cadre contractuel solide pour les acteurs à travers l’Association interprofessionnelle de la filière palmier à huile (AIPH), qui renforce le savoir-faire en matière de production agricole, constitue un atout de cette filière. Enfin, d’un point de vue environnemental, le palmier présente un avantage important : le rendement des palmeraies est en moyenne élevé à l’hectare (dix fois supérieur à celui du soja et quatre fois supérieur à celui du colza) et nécessite moins de surface que toute autre plante oléagineuse (MINAGRI-AIPH-BNETD, 2013). Toutefois, depuis 1999, le vieillissement des plantations de palmiers provoque une forte chute des rendements générant des manque à gagner pouvant atteindre 40 % (ONUDI/MINID, 2012).

La culture du palmier est une activité rentable pour les paysans ivoiriens et créatrice de valeur ajoutée, mais le coût de revient industriel est encore très élevé. Le palmier génère en moyenne des marges nettes supérieures à 16 % pour les paysans. Les résultats de l’étude de faisabilité du « 3e Plan Palmier » montrent que les huileries à implanter dans les nouvelles zones sont rentables, avec un taux de rentabilité interne des unités industrielles de 21 % (MINAGRI, AIPH et BNETD, 2013). La Côte d’Ivoire a ainsi développé des forces de production industrielle dans cette chaîne de valeur, mais certaines usines tournent à seulement 60 % de leurs capacités du fait d’une insuffisance chronique de la production agricole. Ce problème oblige les grandes raffineries ivoiriennes à aller se ravitailler en matière première en Malaisie et en Indonésie à hauteur de 76 500 tonnes en 2012 et 34 700 tonnes en 2013 (Nations Unies, Comtrade, 2015). La faible capacité chronique des plantations à suivre le rythme en termes de rendements agricoles et de production résulte en des coûts de revient industriels deux fois supérieurs à ceux en Malaisie et en Indonésie : environ 700 USD la tonne en Côte d’Ivoire contre 350 USD (Ecobank Research, 2014).

Pour la noix de cajou, la Côte d’Ivoire peut compter sur une hausse de la demande sur ses marchés traditionnels, tout en diversifiant ses marchés d’exportation pour générer de nouveaux débouchés. Le pays a prouvé sa capacité à augmenter la production et les rendements agricoles au cours des quinze dernières années. Mais pour l’exportation, la Côte d’Ivoire est actuellement très dépendante des deux leaders mondiaux dans la transformation (le Viet Nam et l’Inde) et elle est quasiment absente des plus grands marchés de consommation (États-Unis et Union européenne, graphique 2.18, panel A). Or, la demande mondiale est croissante, tirée notamment par la Chine, dont la consommation de l’amande de cajou devrait dépasser l’Europe en 2020 (MINAGRI, 2014, graphique 2.18, panel B). La Côte d’Ivoire bénéficierait d’une diversification de ses marchés d’export en développant la transformation des noix, qui est une activité forte en valeur ajoutée (tableau 2.3) et en emplois. L’amélioration de la compétitivité du port d’Abidjan serait à ce titre profitable. De plus, mais dans une moindre mesure, des opportunités pour la production de baume de cajou (ou Cashew Nut Shell Liquid [CNSL]) pourront se multiplier à moyen terme avec le développement de l’industrie de transformation. En 2012, le prix à l’exportation du CNSL était de 800 USD par tonne Franco à bord au Viet Nam et en Inde (AGRER Consortium, 2012). Par ailleurs, à court terme, l’Inde et le Viet Nam vont devoir continuer à importer beaucoup de noix brutes puisqu’ils ont actuellement des surcapacités industrielles. L’Association vietnamienne du cajou a ainsi signé en mai 2014 un accord avec le Conseil coton-anacarde de Côte d’Ivoire dans le but d’échanger des informations et des savoir-faire en matière de production, de technologies poste-récolte, de transformation et d’import/export, et de faciliter les transactions commerciales entre les deux pays.

Graphique 2.18. La Côte d’Ivoire est absente des grands marchés de consommation du cajou
picture

Source : Auteurs, calculs sur la base de données Comtrade, 2015.

Adapté de MINAGRI (2014) sur la base de données RONGEAD.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329248

Tableau 2.3. Répartition moyenne de la valeur ajoutée pour la noix de cajou d’Afrique de l’Ouest

Part (%)

Prix producteur

11.1

Collecte

0.7

Transport zone de production - port

1.8

Frais portuaires/taxes d’export

3.6

Transport Afrique Asie

1.8

Déchargement/transport usine

2.2

Transformation

17.8

Transport usine port/frais de port

0.7

Transport Asie-Occident

0.4

Déchargement/transport usine

0.2

Grillage et salage

17.8

Empaquetage

1.8

Transport usine - distributeur

0.4

Distribution/vente au détail

39.9

Total

100

Source : Adapté de Ricau (2013).

Pour le café ivoirien, en proie à une faible vitalité de sa production et des rendements, la voie de la transformation locale et de la mise en place d’une politique de diversification des marchés s’impose. Troisième exportateur africain de café en 1998 avec 420 000 tonnes, la Côte d’Ivoire a vu sa production baisser à moins de 120 000 tonnes en 2013. Cette forte chute est liée principalement aux effets de la longue crise caféière mondiale (1999-2006) avec une baisse constante des prix du café jusqu’en 2006 et la reconversion spontanée des paysans vers des activités jugées plus rentable (MINAGRI, CCC, 2014a). L’essentiel de la valeur ajoutée potentielle réside dans la transformation et la distribution. Les opportunités de réussite existent, à condition d’opérer les bonnes politiques de distribution. Par exemple, le marché du café instantané est important et dynamique en Afrique : l’Algérie consomme un tiers de la production ivoirienne de café instantané, suivie du Maroc, de l’Afrique du Sud et du Soudan (7 % chacun).

Tableau 2.4. Valeur ajoutée à chaque étape dans la chaîne de valeur du café robusta

Café instantané

Coûts (USD/kg)

Marges (USD/kg)

TOTAL (USD/kg)

Parts du total (%)

Production de café vert

1.40

0.53

1.93

15

Farming

1.06

0.40

1.46

11

Collecte

0.14

0.08

0.22

2

Fermentation/Séchage

0.20

0.05

0.25

2

Commercialisation

0.53

0.22

0.75

6

Frais d’export

0.32

0.05

0.37

3

Taxes

0.12

0.12

1

Frais d’import

0.21

0.05

0.26

2

Torréfaction & marketing

5.08

1.15

6.23

48

Torréfaction

3.00

0.15

3.15

24

Marketing & dist.

2.08

1.00

3.08

24

Vente au détail

2.84

1.22

4.06

31

TOTAL

9.85

3.12

12.97

100

Source : ACET, 2014.

La politique de transformation et de distribution du café devra s’accompagner d’une nouvelle politique de marketing international. La Côte d’Ivoire a déjà une bonne capacité industrielle à travers Nestlé qui entame un nouveau plan d’investissement (encadré 2.3). Le programme qualité-quantité-croissance (2QC) 2014-2023 du gouvernement a pour but d’atteindre un taux de consommation régionale de la production totale de café de 20 % à l’horizon 2023, contre 2-3 % aujourd’hui (MINAGRI, CCC, 2014b). Une telle augmentation nécessitera un marketing actif et de l’innovation produit, ainsi que, très probablement, des partenariats public-privé (PPP) avec de nouveaux distributeurs et supermarchés. Le Brésil, l’Éthiopie et la Colombie sont des exemples de pays qui ont réussi à stimuler leurs marchés intérieurs ou régionaux à travers de telles approches. Ainsi, l’Éthiopie, premier exportateur africain de café, a réussi à renforcer ses parts de marché via la création de plusieurs labels d’origine et en attribuant les licences prioritairement aux torréfacteurs (transformateurs) qui acceptent d’utiliser ces noms d’origine. La Colombie a réussi grâce à la stratégie de label unique doublée d’une stratégie de communication-marketing très active (« 100 % café Colombiano, le meilleur café du monde »).

Encadré 2.3. Plan de relance de la transformation en Côte d’Ivoire

En novembre 2014, un accord-cadre de partenariat a été signé entre Nestlé et le gouvernement ivoirien pour la mise en œuvre du Plan Nescafé en Côte d’Ivoire. Le Plan Nescafé est une initiative mondiale de Nestlé qui vise à favoriser l’approvisionnement durable en café depuis 14 pays au monde. En Côte d’Ivoire, il s’intègre dans le PNIA et fait partie des axes stratégiques de la Plateforme de partenariat public-privé. Il envisage (à travers le Conseil du café-cacao) de :

  • Investir 8 milliards FCFA d’ici 2022.

  • Former 30 000 planteurs aux bonnes pratiques agricoles d’ici 2022 en assurant une qualité correspondant aux normes internationales (13 000 planteurs dans 50 coopératives formés en 2014).

  • Distribuer 27 millions de plants (18 000 hectares) à haut rendement et plus résistants d’ici 2022, développés par le Centre national de recherche agronomique (CNRA) (1.8 million de plants, soit 1 200 hectares, distribués en 2014).

Nestlé est présent en Côte d’Ivoire depuis 1962 et transforme du café vert en café instantané vendu sous la marque Nescafé. Actuellement, son usine basée à Abidjan réalise 14 % de son chiffre d’affaires via le marché local, et le reste en Afrique (53 %) et en Europe (33 %).

Source : Conseil café-cacao (2015) ; Nestlé Central & West Africa (2015).

La bonne répartition spatiale des produits agricoles à forte demande offre au pays l’opportunité d’asseoir un meilleur développement régional. La Côte d’Ivoire possède une base agricole diversifiée (graphique 2.19) avec des produits agricoles à forte demande bien répartis sur l’ensemble du territoire. Des zones climatiques favorables et différents types de terres agricoles permettent en effet de développer plusieurs produits agro-industriels et alimentaires tropicaux à forte demande mondiale (cacao, café, hévéa, palmier, coton, fruits tropicaux) et régionale (banane plantain, riz, maïs, igname, manioc). Par ailleurs l’analyse de la géographie agricole des régions ivoiriennes montre que chacune des régions produit au moins 4 produits à forte demande mondiale ou régionale (tableau 2.5). Les 31 régions offrent donc a priori beaucoup d’atouts pour libérer le potentiel de croissance de l’économie.

Graphique 2.19. La Côte d’Ivoire a l’une des dotations agricoles les plus diversifiées des pays de référence
Indice Herfindahl de la production et part des 5 premiers produits (2011-13)
picture

Note : La Colombie a la base agricole la plus diversifiée, suivie par le Maroc et l’Éthiopie. La Côte d’Ivoire arrive en 4e position.

Source : Calculs des auteurs sur la base de FAOSTAT, http://faostat3.fao.org.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329255

Tableau 2.5. Géographie agricole de 18 régions en Côte d’Ivoire en 2010
Niveau de production en tonnes

Régions administratives

Localités

Cacao

Café

Hévéa

Palmier

Plantain

Manioc

Riz

LAGUNES

Abidjan

60 946

9 465

16 6005

1 054 650

29 923

22 0583

8 122

SUD COMOE

Aboisso

46 964

16 424

29 208

762 270

8 776

26 459

7 101

MOYEN COMOE

Abengourou

88 184

7 072

2 130

-

32 790

39 349

17 801

BAS SASSANDRA

Soubré

374 687

18 840

74 190

853 635

94 413

82 416

74 567

AGNEBY

Agboville

93 516

13 046

1 518

9 240

58 863

94 245

22 438

SUD BANDAMA

Divo

114 545

10 222

147 855

115 372

38914

52811

MARAHOUE

Bouaflé

56 370

5 126

96 540

28 962

52 408

HAUT SASSANDRA

Daloa

150 393

28 422

1 895

97 341

67 916

105 685

N’ZICOMOE

Dimbokro

13 382

4 165

1 223

24 225

39 949

33 030

44 827

FROMAGER

Gagnoa

71 161

6 732

8 810

675

45 587

27 352

37 121

MOYEN CAVALLY

Douekoué

73 112

25 484

5 148

16 770

65 001

101 081

39 307

MONTAGNES

Man

44 850

26 838

-

14 625

68 346

218 342

68 002

LACS

Yamoussoukro

48 936

5 702

11 430

1 279

38 384

8 682

VALBANDAMA

Bouaké

7 241

3 330

5 815

90 429

22 259

ZANZAN

Bondoukou

6 138

62 582

12 481

WORODOUGOU

Touba

45 637

2 753

SAVANES

Korhogo

79 451

6 066

DENGUELE

Odienné

19 681

1 187

TOTAL Zone projet

1 188 109

171 836

290 125

2 883 945

752 902

978 648

530 188

TOTAL NATIONAL

1 244 285

177 538

290 125

2 898 705

766 135

1 314 812

583 615

Zone/National ( %)

95 %

97 %

100 %

99 %

98 %

74 %

91 %

Note : Dans ce tableau, seules quelques grandes cultures à forte demande sont représentées.

Source : Estimation du BNETD, dans MINAGRI, APROMAC et BNETD (2013).

L’exploitation renforcée des ressources minières pourra créer des retombées, notamment financières

Le secteur minier de Côte d’Ivoire est encore embryonnaire car le pays n’exploite que ses réserves d’or et de manganèse (respectivement 18.6 tonnes et 308 401 tonnes en 2014). Cependant, d’autres gisements (minerai de fer, nickel latéritique, cuivre-nickel et diamants) ainsi que les minerais non métalliques et les matériaux de construction (pierres et granit) constituent un potentiel significatif. Le nouveau Code minier, adopté en 2014, devrait soutenir la prospection et l’exploitation des ressources naturelles, et plusieurs projets devraient élargir la chaîne de valeur à la transformation (notamment pour le ferromanganèse).

Par ailleurs, les coûts des investissements directs et indirects (tels que les infrastructures connexes indispensables) sont aussi des obstacles au développement. Le gouvernement défend un projet de développement intégré de l’Ouest (le projet Grand-Ouest) qui combinerait la construction d’une ligne de chemin de fer et d’autres infrastructures de base au développement et à l’exploitation miniers. Mais les études de faisabilité n’ont pas encore été réalisées, ni les plans spécifiques élaborés. Le gouvernement devrait poursuivre les projets prévus et essayer d’intégrer le développement des ressources naturelles avec les besoins d’infrastructure. Afin de faciliter l’interaction avec les entreprises du secteur privé, la gestion transparente et prévisible des projets (planification, exécution en temps opportun, processus de communication, marchés publics) est essentielle pour assurer la confiance et l’intérêt continu des entreprises. Cela ne devrait toutefois pas avoir lieu au détriment d’autres projets essentiels (comme, par exemple, l’amélioration des transports pour les villages secondaires).

D’autres pays, notamment le Botswana et le Chili, sont parvenus à exploiter leur patrimoine naturel pour étayer leur développement. Pour ce faire, ils ont mis en place une fiscalité et une gestion des recettes judicieuses et organisé des retombées positives pour le reste de l’économie par le biais d’activités amont et aval (encadré 2.4). En Côte d’Ivoire, les activités d’exploitation et de transformation en sont encore à leurs débuts. Mais le pays doit s’inspirer des meilleures pratiques et des enseignements des autres pays pour assurer le développement de son propre secteur minier.

Encadré 2.4. L’innovation dans la chaîne de valeur minière chilienne : le World Class Supplier Program de BHP Billiton et Codelco

Plus d’un tiers de la production mondiale de cuivre provient du Chili, premier producteur et exportateur mondial. L’expérience chilienne peut fournir à la Côte d’Ivoire des solutions sur la façon de maximiser les retombées et les effets d’entraînement potentiels que peuvent jouer les ressources naturelles sur son économie. Le Chili a réussi à lier sa forte industrie minière (dominée par les grandes entreprises multinationales et publiques) avec des chaînes de valeur mondiales et des fournisseurs régionaux.

Afin de favoriser la modernisation et le développement de petites entreprises locales, l’Agence de développement de l’État chilien, en collaboration avec le producteur de cuivre public Codelco et le producteur de matières premières BHP Billiton, a adopté et lancé le World Class Supplier Program en 2008. Le programme se concentre sur les différents segments de l’industrie minière du Chili, l’objectif étant de transformer 250 petites entreprises minières locales en fournisseurs de produits miniers conformes aux standards de qualité internationaux et opérant sur la scène internationale d’ici 2020. Le programme vise également à développer les ressources humaines de l’industrie. Fin 2012, plus de 5 000 employeurs et 36 fournisseurs sont impliqués dans le programme, pour un montant de 400 millions USD de ventes.

L’approche s’articule autour de deux axes principaux : i) demander des solutions individualisées pour encourager les PME à innover ; et ii) mettre en place des formations et des conseils d’experts pour les participants sur les compétences nécessaires pour améliorer la gestion, la gouvernance d’entreprise, la planification stratégique et le marketing dans le but de soutenir les processus d’innovation et de promouvoir la performance des entreprises. Il s’agit ainsi d’inciter les fournisseurs locaux à développer des solutions innovantes et de gérer efficacement les opérations et les défis (eau, énergie, ressources humaines, entretien, qualité de l’air, contrôle de brouillard acide) dont la prise en compte est essentielle pour un fonctionnement optimal et le maintien de l’industrie minière.

Pour pouvoir réaliser l’objectif du programme, BHP Billiton et Codelco ont apporté des changements dans les processus internes, tels que l’approvisionnement, conçu pour obtenir les marchandises à coûts réduits et de façon continue. Le programme dépend de l’engagement des entreprises minières à utiliser leur pouvoir d’achat pour aider au développement des fournisseurs locaux. Les participants du programme ont profité de nouvelles opportunités de revenus, d’une amélioration de leur efficacité, d’innovation, d’un meilleur accès aux financements et à des marchés diversifiés.

D’importants efforts pour promouvoir l’innovation associés à une vision partagée, l’engagement du gouvernement, la participation des universités et la collaboration entre les industries ont été les principaux moteurs de la réussite du World Class Supplier Program. Par exemple, 3M, un conglomérat multinational reconnu pour ses produits innovants apporte son savoir-faire pour améliorer les processus d’innovation des fournisseurs et ouvre son réseau pour aider les fournisseurs dans leur internationalisation. L’Agence de développement de l’État chilien a également intégré de nouveaux acteurs avec des compétences dans la recherche et le développement pour soutenir les PME fournisseurs.

L’ONG Fundación Chile joue le rôle du « courtier honnête » entre les mineurs et les fournisseurs, en identifiant les nouvelles opportunités pour les services et en encourageant des projets avec des fournisseurs. Cela permet aux entreprises et aux organisations de partager et d’associer des connaissances et des ressources différentes à travers des secteurs variés.

Le Chili fournit ainsi un bon exemple de la façon de mettre à profit des opportunités communes à plusieurs acteurs, de renforcer la compétitivité de l’économie, et de fournir des possibilités supplémentaires au développement de l’industrie minière tout en stimulant la croissance économique.

Sources : Business in the Community (2015) ; OECD/CEPAL (2012) ; Sharedvalue.org (2015).

Le potentiel de croissance des activités de services est sous-estimé en Côte d’Ivoire

Les services en amont des industries manufacturières ont été à l’origine d’une forte croissance dans certaines économies, mais ce fait est encore peu apprécié dans les stratégies ivoiriennes. Des recherches ont montré que, dans le cas de l’Inde, le secteur tertiaire s’est développé plus rapidement que le secteur industriel dans les années 90 et que cet essor ne reposait pas uniquement sur les technologies de l’information mais, plus largement, sur les services aux entreprises, la communication, la banque, l’hôtellerie et la restauration (Gordon et Gupta, 2004). Cet exemple montre à quel point ce secteur peut être porteur de croissance : à l’époque, les services de distribution/logistique n’ont que légèrement progressé tandis que les services à la personne affichaient un niveau de croissance atteignant jusqu’à 5 %. En Côte d’Ivoire, les services de communication et de transport, par exemple, présentent déjà des niveaux de productivité assez élevés, et une enquête d’entreprises (ENSEA, 2012) suggère qu’un bon nombre d’entreprises informelles ont aussi un potentiel de croissance important. Par ailleurs, des services dynamiques peuvent conduire à la croissance dans d’autres secteurs en engendrant, par exemple, des retombées significatives pour les activités de fabrication, les rendant ainsi plus performantes et productives. Une modernisation des services de transport vers des services logistiques intégrés et plus efficaces pourra aussi encourager la fabrication et la distribution des marchandises nationales. Pour le moment cependant, les stratégies de développement de la Côte d’Ivoire sont entièrement axées sur l’industrialisation, en ignorant la réalité de sa structure économique ainsi que le potentiel de croissance que le secteur tertiaire pourrait fournir.

La distinction des activités de services en Inde met en évidence les différences de contribution, d’évolution et de croissance. Les services peuvent se classer en trois grands groupes : i) les services traditionnels (vente au détail, transport, etc.), qui ont connu un processus de rattrapage et affiché un niveau de croissance supérieur à la moyenne jusqu’à ce qu’ils s’établissent à des taux plus modérés ; ii) des services hybrides, tirés par la hausse de la consommation des ménages, comprenant les services à la personne, mais aussi l’éducation et la santé ; iii) des services aux entreprises modernes (communication, gestion et technologies de l’information) qui ont bénéficié d’une croissance durable sans avoir pour autant d’effets notables sur l’emploi en Inde (Eichengreen et Gupta, 2013). Cette croissance s’explique par une combinaison de facteurs, parmi lesquels une large libéralisation qui a induit une demande industrielle supérieure, et l’adoption des nouvelles technologies, notamment dans les services du groupe 1 (idem).

Les services représentent la part la plus importante de la valeur ajoutée en Côte d’Ivoire, et ont augmenté de façon dynamique au cours des dernières années. Le secteur des services en Côte d’Ivoire comprend une variété d’activités, dont les principales sont, notamment, le commerce en détail et en gros ; la restauration et les services d’hébergement ; ainsi que le transport. Au cours des dernières années, la construction a également connu un fort essor en raison des investissements gouvernementaux. Par ailleurs, les services de télécommunications continuent leur forte croissance, notamment les services de téléphonie mobile (CAPEC/PNUD, 2014b). Les données sur les entreprises montrent que la productivité des activités de service est en moyenne supérieure à celle des activités de fabrication (ENSEA, 2012, voir graphique 2.20), soulignant le potentiel de croissance de ces activités.

Graphique 2.20. Les activités de services présentent une productivité plus élevée que les activités industrielles
Productivité de travail (chiffre d’affaires par effectif) pour toutes les entreprises et pour les entreprises de plus de quatre employés
picture

Note : La productivité de travail est calculée comme le logarithme du chiffre d’affaires par employé.

Source : ENSEA, 2012.

Cependant, les services ne font pas pleinement partie des initiatives du gouvernement pour la relance économique. Compte tenu de la part importante de la population active dans les services, il semble peu probable que cette main-d’œuvre puisse être entièrement déplacée vers l’industrie. En outre, les services présentent un potentiel de croissance intrinsèque et peuvent jouer un rôle moteur pour les activités de fabrication. En Afrique, la part des coûts indirects est souvent très élevée, et les services (y compris les services d’infrastructure et de communication) pourraient aider à faire baisser ces coûts indirects et rendre les entreprises de fabrication plus compétitives. Une étude récente a identifié certains facteurs déterminants de la croissance des services en Afrique (CNUCED, 2015), dont les revenus croissants d’une classe moyenne émergente et la demande pour les services d’infrastructure – facteurs clefs déjà présents en Côte d’Ivoire. Le gouvernement devrait donc accorder une attention plus grande au potentiel de croissance des services et essayer de favoriser la croissance dans des domaines prometteurs. Certains d’entre eux comprennent des activités qui ont un potentiel de croissance considérable en soi (tels que le commerce, l’éducation, la restauration) tandis que d’autres présentent également des effets d’entraînement (tels que les services de transport ou d’affaires). Pour atteindre cet objectif, le gouvernement devrait travailler à obtenir un meilleur panorama du secteur des services afin de préparer une base analytique servant à la mise en place de politiques ciblées, et envisager la levée des contraintes spécifiques rencontrées par les entreprises de ce secteur.

La levée des contraintes et la mise en place de conditions favorables permettront de réaliser les opportunités de diversification

Cette section aborde les conditions préalables à la transformation structurelle de l’économie ivoirienne, ainsi que les réformes politiques nécessaires pour plus de compétitivité à l’échelle mondiale. L’économie ivoirienne présente une productivité limitée. Les activités industrielles et de services auront besoin d’un accès facilité et à moindre coût pour les principaux intrants et les biens publics, tels que l’électricité, les transports et les TIC. La productivité limitée de l’agriculture est largement due à la faiblesse des parties prenantes (organismes et associations) et à l’accès limité aux services essentiels. En outre, le gouvernement devra renforcer la facilitation du commerce afin de mettre en place les conditions préalables à la compétitivité.

Le développement économique dépendra également de l’environnement des affaires, qui conditionne les activités du secteur privé. La Côte d’Ivoire a fortement progressé grâce à des réformes réglementaires dans de nombreux secteurs, mais se classe toujours parmi les économies les moins favorables aux affaires, selon l’édition 2015 du rapport de la Banque mondiale, Doing Business. Si ces classements fournissent un point de référence utile pour mesurer la situation actuelle et suivre l’évolution des réformes, ils ne donnent qu’une vue instantanée de certains sujets en adoptant une approche quantitative. Par conséquent, il est risqué pour les gouvernements de se concentrer sur les réformes faciles à mettre en œuvre, en ignorant leur impact limité dans le temps, comme, par exemple, l’indicateur « temps nécessaire pour enregistrer une entreprise ». Le gouvernement de la Côte d’Ivoire devrait poursuivre la mise en œuvre des réformes. Il devrait également élargir leur portée et regarder au-delà des indicateurs en se focalisant sur des questions plus difficiles à aborder, mais à l’impact important, comme les obstacles informels à l’entrée sur le marché, ou la promotion de la concurrence (pour une discussion approfondie de l’environnement des affaires, voir le chapitre 3 de l’Examen multidimensionnel de la Côte d’Ivoire : Volume 1. Évaluation initiale [OCDE, 2016]).

Des politiques équilibrées et des mécanismes de consultation avec le secteur privé sous-tendront les choix de diversification

La « nouvelle politique industrielle » adoptée par le gouvernement en 2013 repose sur plusieurs piliers stratégiques dont le but est de moderniser et diversifier la production nationale. Elle vise, entre autres, à favoriser le développement du secteur privé, exploiter de manière optimale les avantages comparatifs du pays et encourager l’industrialisation par des mesures ciblées (qualité et normes, création de zones d’activité ou incitations fiscales, par exemple). Plusieurs études sectorielles en cours cherchent à identifier les principales difficultés dans les secteurs clefs (agro-industrie, industrie pharmaceutique, etc.), le gouvernement prévoyant plusieurs programmes de soutien pour le textile, l’anacarde, etc. (ministère de l’Industrie et des Mines, 2014).

Au cours de la transformation structurelle, le gouvernement se doit de jouer un rôle de facilitateur. L’exploitation des avantages comparatifs possibles de la Côte d’Ivoire sera facilitée par des pouvoirs publics proactifs et déterminés. Il ne s’agit pas d’interférer dans les mécanismes de marché ni de soutenir des activités non rentables, mais d’assumer un rôle d’intermédiaire, de facilitateur et de pourvoyeur d’infrastructures et services publics essentiels, en ayant pour préoccupation première l’instauration des conditions propices à la prospérité.

Chercheurs et praticiens ne sont pas encore parvenus à un consensus sur les mesures à prendre pour soutenir la croissance économique et les transformations structurelles. Quand certains plaident pour des politiques ciblées de soutien aux secteurs prometteurs (Lin et Monga, 2011), d’autres estiment que ces mesures sont sources de distorsions encore plus graves, surtout lorsque les autorités se « trompent » d’industries. Ils en veulent pour preuve l’erreur commise par de nombreux pays africains après leur indépendance, qui ont cherché à tort à se doter d’industries lourdes. Pour être efficaces, les politiques industrielles exigent d’immenses capacités analytiques, un environnement réglementaire optimal et une détermination sans faille des autorités, à l’exemple de la Corée. Mais il s’agit là de conditions préalables difficiles à réunir. Pour toutes ces raisons, il paraît nettement plus judicieux d’opter pour des politiques générales de facilitation profitant à un éventail plus large d’activités et introduisant un minimum de distorsions. Ces restrictions ne doivent toutefois pas empêcher un gouvernement de cerner précisément les marges de revalorisation et de diversification de son économie, afin d’installer effectivement les conditions nécessaires à la croissance dans les secteurs clefs (l’éducation ou les infrastructures).

L’information et une bonne compréhension de chaque activité seront également les clefs pour concevoir les mesures politiques appropriées. Pour les produits et activités choisis avec les représentants du secteur privé, des études approfondies devraient fournir des informations sur : i) les capacités et les intrants nécessaires ; ii) l’état des affaires en Côte d’Ivoire pour ces produits ; et iii) les obstacles potentiels. Le gouvernement, ou l’une de ses agences, doit également prendre l’initiative d’assembler et collecter les informations recueillies lors des processus de consultation et faire la synthèse des éléments pertinents. La diffusion des informations utiles à la prise de décisions commerciales (accès aux intrants, environnements des affaires et juridique, disponibilité des compétences, débouchés potentiels dans la sous-région, etc.) peut aussi inciter les entreprises à s’aventurer sur de nouveaux marchés.

La responsabilité première du gouvernement consistera à mettre en place les conditions d’accès aux intrants (électricité ou main-d’œuvre par exemple). Cette exigence passe cependant rarement par des mesures ciblées, dans la mesure où des politiques trop restrictives peuvent également se tromper de cible. Les autorités ivoiriennes doivent privilégier l’amélioration de l’accès aux infrastructures sur tout le territoire, surveiller l’évolution des prix et leur influence possible sur les salaires, et poursuivre les réformes du système éducatif. Dans ce dernier cas, une coopération plus étroite avec le secteur privé et la formalisation de l’éducation professionnelle peuvent étayer l’essor de nombreuses industries sans risquer d’introduire des distorsions. Ainsi, au lieu de mesures trop ciblées (comme la création de diplômes spécialisés, par exemple), les autorités doivent s’efforcer de renforcer le niveau de compétences et mettre l’accent sur des connaissances transférables dans le but de former une main-d’œuvre capable de s’adapter à l’évolution de son environnement professionnel.

La faible concurrence et l’important secteur informel représentent des contraintes transversales pénalisant la transformation économique

Plusieurs obstacles transversaux entravent le bon développement de la Côte d’Ivoire. La concurrence est parfois atténuée, voire entravée, du fait de défaillances dans le fonctionnement des marchés publics et de pratiques anti-concurrentielles dans le secteur privé. L’importance du secteur informel est une contrainte pour l’économie et induit des retombées négatives dans d’autres dimensions du développement.

Le renforcement de la concurrence nécessite des actions rapides et efficaces des autorités

Il serait essentiel pour le développement de marchés concurrentiels en Côte d’Ivoire de renforcer le rôle et la capacité de la Commission de la concurrence. De nombreux marchés ivoiriens sont caractérisés par les monopoles et les oligopoles avec une faible pression concurrentielle. Par ailleurs, la partie formelle de l’économie est souvent dominée par des structures oligopolistiques avec un petit nombre de grandes entreprises et réseaux de professionnels (tels que le transport, les supermarchés). Les procédures de passation des marchés publics présentent encore des faiblesses et ne sont souvent pas transparentes (voir chapitre 3), conduisant à la hausse des prix ou des produits de moindre qualité, et ce même dans de grands projets d’infrastructure. Ceci, couplé avec une capacité administrative limitée, favorise les cartels et le comportement anti-concurrentiel des acteurs du marché, lequel conduit à des prix plus élevés et d’autres inefficiences de marché.

Afin de promouvoir la concurrence, le gouvernement devrait soutenir la Commission de la concurrence en lui donnant plus de visibilité grâce à une stratégie de communication, et renforçant son budget et ses ressources humaines. Pour devenir un organisme capable d’enquêter et d’analyser le comportement anti-concurrentiel qui sévit en Côte d’Ivoire, la Commission nécessitera plus de personnel, de locaux et de formation. Dans la mesure où ces changements s’inscrivent dans la durée, il pourrait être utile de renforcer la coopération avec la Commission de la concurrence de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour enquêter sur les cas les plus graves ou obtenir un soutien jusqu’à ce que les capacités nationales soient en place.

Les pratiques anti-concurrentielles s’observent aussi dans le secteur informel. La faible concurrence peut s’expliquer par l’importance des petites activités informelles qui échappent facilement à la réglementation et la surveillance régulière (encadré 2.5). Cette situation est aggravée par la configuration des réseaux, parfois marqués par des liens sociaux, ethniques ou régionaux, comme par exemple dans le commerce de certaines marchandises ou le transport. La dualité des marchés (notamment dans le transport) pénalise lourdement l’économie, surtout en termes de respect des normes et de lutte contre les comportements anticoncurrentiels et de distorsions de prix.

Encadré 2.5. La dualité des marchés en Côte d’Ivoire est une contrainte pour la concurrence

Le secteur informel ivoirien se caractérise par des monopoles de fait détenus par certains groupes sociaux ou ethniques. Ainsi, dans certaines localités, les petits restaurants sont majoritairement détenus par des femmes baoulées, réputées pour leurs talents culinaires, tandis que la vente de poulets sera l’apanage des hommes d’ascendance burkinabèe – des schémas entretenus à travers les liens familiaux et sociaux, des mécanismes de cooptation, un accès aux intrants qui crée une barrière implicite à l’entrée, sans parler de l’opinion générale (et donc de celle des clients) vis-à-vis des compétences, aptitudes ou connaissances de chacun. Si la plupart de ces monopoles sont circonscrits à quelques domaines et n’ont que des retombées limitées sur le reste de l’économie, des données empiriques mettent en évidence l’existence de cartels informels de ce type dans le secteur des transports, bien moins neutres pour les autres activités.

Le secteur des transports est foncièrement dual, avec un nombre restreint de grandes entreprises formelles et quantité de prestataires de petite taille et souvent informels. Les grandes entreprises, souvent détenues par des intérêts étrangers, assurent des services de transport professionnels pour des produits de valeur, en particulier les marchandises transitant dans des conteneurs, avec pour principaux débouchés Abidjan et les grands axes commerciaux du pays. Parallèlement, une multitude de sociétés de plus petite taille et souvent non déclarées proposent des services de transport. Elles se concentrent essentiellement sur les biens conventionnels (même si elles peuvent aussi acheminer des conteneurs à l’occasion de contrats de sous-traitance) et opèrent sur tout le territoire ivoirien. À ce titre, ces entreprises constituent un intrant essentiel pour bon nombre d’autres activités du secteur manufacturier, lequel a besoin d’entreprises de transport pour acheminer ses biens jusqu’aux clients (intermédiaires ou consommateurs finaux), ainsi que pour alimenter les commerces. Selon des données empiriques, ce secteur informel des transports est mal régulé et dominé par des cartels ethniques et/ou sociaux, qui fixent les prix.

Source : Lognon (2011) ; entretiens à Abidjan en mars 2015.

Les activités informelles de transport pèsent sur l’économie à plusieurs égards. Le secteur des transports achoppe sur les problèmes de capacités et l’absence d’organisation et de pression concurrentielle. Comme dans de nombreux pays voisins, le secteur des transports fonctionne en général à deux vitesses, avec quelques multinationales proposant des services de qualité pour des biens à forte valeur (acheminés dans des conteneurs) et des milliers de petits transporteurs informels. S’installer à son compte comme transporteur ne requiert aucune qualification ni connaissances particulières et la plupart des entrepreneurs utilisent un nombre restreint de vieux camions. Le gouvernement a lancé des projets pour améliorer le matériel et renforcer les réglementations (par exemple par une base de données en ligne) mais le secteur informel reste par définition difficile à réglementer. Tout d’abord, il n’existe aucun équivalent à l’État parmi les acteurs informels. L’État ne peut donc pas compter sur des soutiens pour faire appliquer la réglementation et mettre fin à la surcharge des camions, aux tracasseries administratives tout au long du parcours, etc. Ensuite, la fixation des prix peut entraîner une surenchère pour le client et freiner l’activité locale, même s’il est difficile d’estimer précisément l’impact de ces facteurs faute d’informations et de données suffisantes.

Les autorités doivent réduire l’informalité dans le secteur des transports. Tout d’abord, le secteur des transports doit progressivement être intégré dans l’économie formelle et se doter de capacités de gestion supplémentaires pour interagir avec le gouvernement. Cela peut recouvrir l’application de règles plus strictes (permis, licences pour les entreprises de transport, contrôles d’accès aux sites de chargement, etc.) et un meilleur contrôle du respect des règles (en créant, par exemple, une unité spéciale au sein des forces de police). Les réformes réussies dans le secteur des transports (comme au Rwanda, voir l’encadré 2.6) se sont appuyées sur des processus multipartites impliquant clients, employés et transporteurs pour concevoir des mesures largement acceptées par les fournisseurs et les clients et, de ce fait, plus facilement respectées. En outre, un soutien au renforcement de l’organisation du secteur (constitution de syndicats, missions des associations) ferait naître des structures pouvant servir d’interlocuteurs pour le gouvernement. Enfin, la Commission de la concurrence doit se pencher sur les modalités de fixation des prix et les comportements des cartels pour, au besoin, prendre des mesures garantissant la libre-concurrence.

Encadré 2.6. Leçons tirées de la comparaison de Kampala et de Kigali dans la formalisation du secteur des transports

Au début des années 2000, Kampala (Ouganda) et Kigali (Rwanda) ont fait des efforts pour réguler le secteur des transports, très informel et caractérisé par des véhicules surchargés, des embouteillages, des accidents, de l’évasion fiscale et le non-respect de la législation du travail. Alors que les deux villes ont adopté des réformes présentant des similitudes, Kampala n’a pas vu d’amélioration dans le fonctionnement du secteur, contrairement à Kigali, qui a réussi à transformer et à réguler le secteur des transports informels.

L’incapacité de Kampala à restructurer le secteur des transports informels peut être expliquée par : i) les difficultés à former une association ou un syndicat pour gérer les affaires du secteur aux niveaux municipal et national ; ii) les niveaux élevés de corruption parmi les agents responsables de l’application des règles ; iii) l’incapacité à contrôler l’expansion rapide de l’industrie ; iv) la forte ingérence politique du Mouvement de Résistance Nationale ; et v) le faible niveau d’alphabétisation de la population du secteur.

Entre 1993 et 2006, trois associations opéraient à Kampala mais sans impact positif sur l’état des affaires dans le secteur. Des difficultés résidaient dans l’obtention d’un consensus sur des questions telles que l’obligation du port du casque ; les conditions d’obtention et la détention des permis de conduire et des licences pour le transport de personnes ; et l’assurance au tiers. Les agents de l’État ont également échoué à assurer l’adoption des mesures de sécurité. Par exemple, au lieu d’exiger une amende formelle de 60 000 à 80 000 UGX (shillings ougandais) en cas d’absence du port du casque ou de présentation des documents du véhicule, certains officiers de police exigeaient une amende informelle (pot-de-vin) de 30 000 UGX pour laisser le conducteur repartir. Les efforts visant à restructurer et réguler le secteur ont par ailleurs souffert d’une certaine incohérence dans les décisions publiques, parfois motivées par des soucis d’électorat. Enfin, le faible niveau d’alphabétisation de la population du secteur a ralenti la compréhension des nouveaux textes et directives et la mise en œuvre des mesures de sécurité.

À Kigali, le gouvernement a pris des décisions plus distinctes des préoccupations électorales, et donc plus cohérentes et déterminées qu’à Kampala. Les autorités de Kigali ont réussi à contrôler l’expansion et limiter l’entrée de nouveaux acteurs dans le secteur du transport. En 2005 par exemple, des mesures strictes ont été prises contre l’utilisation de push-bike taxis, en collaboration avec la police. Ils ont été remplacés par un nombre limité de cyclomoteurs de faible puissance, appelés « mini-motos », que la plupart des motocyclistes n’avaient pas les moyens d’acheter, ce qui a réduit de 6 000 le nombre de motocyclistes. Le recrutement dans le secteur était strict : les individus ne pouvaient travailler dans le secteur qu’après avoir réussi l’enquête de l’association des transporteurs et fourni la preuve d’au moins une année d’expérience de conduite en zone urbaine. Par ailleurs, Kigali a investi dans la formation et la sensibilisation des opérateurs du secteur afin de les familiariser avec leurs obligations en matière d’ordre et de sécurité. Les efforts de collaboration entre le gouvernement, les associations du secteur, la police et le ministère de la Jeunesse ont beaucoup contribué à la réussite de Kigali.

La Côte d’Ivoire peut s’inspirer de l’expérience réussie de Kigali en encourageant la collaboration entre les parties prenantes, en créant une forte association du secteur indépendante des intérêts politiques, en appliquant strictement les règles, et en soutenant la réorganisation du secteur des transports.

Source : Goodfellow (2015).

Le soutien aux PME et entreprises informelles nécessitera des politiques équilibrées en termes de coûts et de bénéfices

De multiples difficultés demeurent pour les PME qui constituent un pan important du secteur privé en Côte d’Ivoire. Elles ont été durement frappées par les années de crise et subissent encore le contrecoup de l’insécurité, du sous-investissement et des destructions de leurs actifs. En outre, les difficultés d’accès aux ressources (financements, intrants, informations) freinent leur contribution à l’accélération de la croissance. Par ailleurs, une large proportion d’entre elles opère dans le secteur informel, ce qui rend impossible un décompte exact.

Une enquête récente de l’Institut national de la statistique (INS) couvrant plus de 30 000 PME révèle que la plupart sont de petite taille, ont des moyens limités et opèrent dans le secteur des services. Quelque 84 % des PME interrogées ont une activité dans le tertiaire relativement récente, puisque la majorité a moins de 10 ans d’existence et près de 40 % d’entre elles ont fait leur apparition depuis 5 ans au maximum. Par ailleurs, la plupart se sont lancées avec un capital initial inférieur à 500 000 FCFA (< 800 euros) pour un effectif inférieur à 5 personnes. Selon cette enquête, les principaux obstacles rencontrés sont : i) l’accès aux financements ; ii) une clientèle et des débouchés trop limités ; iii) les défauts de paiement ; iv) le manque d’équipements ; et v) la corruption. Parmi ces freins, plusieurs sont propres aux PME (débouchés ou manque d’équipements), ce qui souligne un réel manque de capacités chez les entrepreneurs en matière de gestion et de développement d’entreprise. Lors d’entretiens plus approfondis, les entreprises se plaignent également du durcissement général de la concurrence et dénoncent particulièrement le rôle du secteur informel (AIDES, 2014).

Un facteur important qui pourrait améliorer la productivité des PME est l’utilisation des technologies modernes. La couverture du réseau mobile est satisfaisante sur l’ensemble du territoire, mais Internet par ligne terrestre et l’utilisation des e-mails sont encore limités à un petit nombre d’entreprises. Cette situation est partiellement due aux infrastructures et probablement également enracinée dans le manque de connaissances des Ivoiriens en matière de TIC. De nouvelles applications sont en cours de développement, ce qui pourrait créer des opportunités de croissance pour les PME, mais le gouvernement devra soutenir la familiarisation avec les TIC, l’alphabétisation, et la diffusion d’informations, en particulier auprès des petits entrepreneurs.

Les obstacles à la bonne réalisation des affaires dénoncés par les sociétés de services sont très similaires quelle que soit leur taille. L’une des principales entraves aux activités des micro-entreprises (jusqu’à 5 salariés) et des PME est l’accès aux financements. Les petites entreprises (entre 5 et 20 salariés) sont celles qui souffrent le plus des carences en électricité, elles déplorent aussi la faible qualité des transports et de la main-d’œuvre. Pour les grandes entreprises, les seuls obstacles cités sont l’électricité et les transports (un constat qui peut être lié au faible nombre d’entreprises de cette taille dans l’échantillon). Les contraintes qui ressortent des données d’enquête auprès des entreprises sont conformes à d’autres analyses : en 2014, un rapport indiquait en effet que l’accès logistique et son coût étaient des contraintes majeures pour les opérateurs privés ivoiriens (IOS Partners, 2014).

Une comparaison des contraintes citées en fonction des activités met en évidence plusieurs faits intéressants. Pour les hôtels et les restaurants, l’obstacle principal est l’approvisionnement électrique, alors que pour le commerce (de gros et de détail), il s’agit des finances (graphique 2.21). Si l’accès aux financements semble problématique pour tous les secteurs d’activité, il est particulièrement délicat pour les sociétés de services aux entreprises (qui n’ont que peu d’actifs matériels [équipements ou bâtiments industriels] et aucun stock pouvant servir de garantie) et celles opérant dans le domaine de la sécurité, de l’éducation et de la santé. L’accès aux terrains est surtout considéré comme un obstacle par les entreprises relevant de la catégorie « autres » (petites activités de services à la personne), tandis que les entreprises commerciales et celles proposant des services haut de gamme citent surtout les télécommunications. Tandis que l’accès aux financements l’emporte visiblement sur toutes les autres contraintes, les sociétés de services aux entreprises mettent les TIC quasiment sur le même plan, sachant que les entreprises opérant dans l’hôtellerie/restauration et les sociétés de services dans les TIC/finances citent également presque aussi fréquemment l’électricité.

Graphique 2.21. Les principaux freins varient peu selon l’activité des sociétés de services ivoiriennes
Obstacles rapportés par les entreprises du secteur des services (en %), par activité
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Source : ENSEA (2012).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329268

Ces constats montrent l’importance de distinguer les entreprises au moment de concevoir des politiques de soutien au secteur privé. Si l’accès au crédit est un problème important, qui exige que les autorités poursuivent leurs efforts pour y remédier, la fiabilité de l’approvisionnement électrique et l’accès aux technologies modernes à un tarif raisonnable contribueraient aussi fortement à soutenir l’essor des sociétés de services. Le gouvernement doit continuer à améliorer l’accès à l’électricité, aux TIC et aux infrastructures de transport, sachant que les zones industrielles profiteront surtout aux entreprises manufacturières. Les sociétés de services étant situées en différents points du territoire, elles appellent des mesures globales. À Abidjan, l’accès à ces facteurs de production est relativement fiable et bien réparti de sorte que le gouvernement doit cibler ses investissements dans ces domaines sur le reste du territoire, pour soutenir les zones offrant le meilleur potentiel de croissance. Les données d’enquête ont porté sur six grandes villes de Côte d’Ivoire et pourraient servir (sans doute après enrichissement et actualisation) à décider quelles villes offrent le meilleur profil pour devenir des « pôles de croissance », et à identifier les freins les plus importants en termes d’infrastructures.

Beaucoup de sociétés de services informelles présentent une productivité du travail relativement élevée

Le secteur des PME comprend l’important secteur informel ivoirien, ce qui explique les nombreuses entraves à sa croissance. Les entreprises informelles (comme beaucoup de PME) tendent à employer moins de salariés, à créer moins de valeur ajoutée, à faire appel à des technologies moins sophistiquées et à présenter globalement un potentiel de croissance moindre que les entreprises formelles (La Porta et Shleifer, 2014a). En outre, les entreprises informelles contribuent moins aux recettes de l’État (impôts directs) et réduisent le niveau de recouvrement de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), puisqu’elles sont « invisibles ».

Le secteur informel et les PME offrent un réel potentiel pour la croissance mais doivent pouvoir compter sur des mesures politiques judicieusement dosées en termes de coûts et de rentabilité, et n’entraînant pas de nouvelles distorsions. Des études ont montré que les petites entreprises et/ou les entreprises informelles voient souvent le jour par défaut, du fait de l’absence d’options plutôt que par ambition commerciale ou vocation (La Porta et Shleifer, 2014a). Ceci explique en partie le manque de compétences et de capacités entrepreneuriales observé dans bon nombre de petites entreprises, mais aussi le succès limité des programmes de formation et d’appui (Karlan et al., 2014). À la suite d’une enquête auprès des entreprises en Côte d’Ivoire, une étude a tenté d’évaluer la « disposition de formalisation » de ces acteurs. Elle a constaté que les chefs d’entreprise qui s’acquittaient de leurs impôts ou pouvaient présenter un plan d’affaires étaient plus disposés à légaliser leur activité. Si le niveau d’instruction, l’âge et l’expérience ne faisaient pas de vraie différence, les hommes semblaient plus enclins à rejoindre l’économie formelle que les femmes. Les autorités de Côte d’Ivoire devront mettre en place des politiques d’incitation suffisamment vastes pour bénéficier à un large éventail d’entreprises, au lieu de cibler des groupes restreints d’entités ne présentant parfois pas de véritable potentiel pour une croissance durable.

S’il est par essence difficile de mesurer l’activité informelle ou de quantifier les caractéristiques des entreprises qui opèrent dans le secteur informel, une étude réalisée en 2012 met en évidence certains traits distinctifs. Comme le montre le graphique 2.22, les entreprises formelles tendent à employer plus de salariés que les entreprises du secteur informel, et à afficher une productivité du travail supérieure. Les entreprises informelles de cet échantillon non représentatif ont en moyenne 5 salariés (valeur médiane : 3), contre 17 pour les entreprises formelles (valeur médiane : 5). Ces deux types d’entreprises ne dénoncent pas les mêmes freins à l’activité : parmi les entreprises non déclarées, 41 % citent en premier l’accès aux financements, devant l’instabilité politique (20 %) et l’accès à l’électricité (12 %) ; à l’inverse, les entreprises déclarées font de l’instabilité politique leur principale entrave (33 %), devant l’accès aux financements (23 %) et l’électricité (9 %). La corruption et les pratiques des concurrents informels font aussi plus souvent partie des obstacles cités par les entreprises formelles, l’accès aux terrains n’étant en revanche pour elles pas un problème fondamental, contrairement aux entreprises informelles (plus de 2 % classent cet aspect dans les obstacles).

Graphique 2.22. Les entreprises informelles de Côte d’Ivoire sont plus petites et moins productives
Nombre de salariés et productivité du travail, par statut de l’entreprise
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Note : La productivité de travail est calculée comme le logarithme du chiffre d’affaires par employé. La taille de l’entreprise représente le logarithme du nombre d’employés.

Source : ENSEA (2012).

L’informalité est notamment présente parmi les activités de fabrication, où près de 73 % des entreprises ne sont pas immatriculées, contre 39 % dans le secteur tertiaire. Ces chiffres peuvent en partie s’expliquer par des différences d’échantillonnage de l’enquête (ENSEA 2012), mais ils donnent néanmoins une assez bonne idée de la situation. Le graphique 2.23 oppose les entreprises manufacturières (à gauche) et les sociétés de services (à droite) en fonction de la productivité du travail (production par salarié), de la perception qu’elles ont de l’influence de la concurrence informelle sur leur activité, et de leur statut (immatriculation). Dans l’ensemble, les entreprises manufacturières sont moins susceptibles de considérer la concurrence informelle comme un obstacle sérieux, à l’inverse des sociétés de services, même parmi celles qui affichent une productivité du travail supérieure. Les entreprises immatriculées s’inquiètent davantage de la concurrence informelle.

Graphique 2.23. La concurrence informelle est surtout problématique dans le secteur tertiaire
Le poids de la concurrence informelle selon les entreprises, sur une échelle de 1 (pas d’obstacle) à 5 (obstacle sérieux)
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Note : Question: « À quel degré la pratique des concurrents du secteur informel constitue-t-elle un obstacle ? » (1=aucun, 5=sévère). La productivité de travail est calculée comme le logarithme du chiffre d’affaires par employé.

Source : ENSEA (2012).

Bon nombre d’entreprises manufacturières informelles ne sont que peu productives tandis que, parmi les sociétés de services, le différentiel de productivité entre les acteurs formels et les acteurs informels est nettement moins marqué (certaines sociétés très productives restent informelles alors que de nombreuses sociétés officielles sont peu productives). En vue de cette productivité, de nombreux services pourraient développer des liens plus étroits avec d’autres marchés et devenir plus intégrés. Cependant, pour devenir des fournisseurs de services pour les entreprises formelles, nombre de PME nécessiteront un plus haut degré d’organisation et de capacités au sein de petites activités de services.

Les politiques visant à la formalisation des activités informelles doivent faire face à plusieurs défis, dont le fait de cibler et de promouvoir uniquement les entreprises disposant d’un potentiel de croissance sur le long terme. La formalisation des entreprises passera par un climat des affaires amélioré (fiscalité simplifiée, accès au crédit amélioré, etc.) qui renforcera les incitations à l’enregistrement pour les entreprises. Le gouvernement ivoirien devrait se concentrer sur les politiques à large portée qui profitent à toutes les entreprises. Une amélioration globale de l’environnement des affaires, doublée de l’assouplissement des contraintes réglementaires dans certains domaines clefs (comme la fiscalité) et de l’amélioration de la transparence et de la redevabilité, profitera à toutes les entreprises.

En outre, les politiques devraient essayer de tabler sur les liens existants entre les activités formelles et informelles. Par exemple, l’élaboration et l’application d’une TVA en parallèle d’une professionnalisation des activités informelles peuvent pousser de petits fournisseurs informels à devenir des fournisseurs pour les entreprises formelles, puis à se formaliser (par des incitations de remboursement de TVA, voir le chapitre 6). Des recherches approfondies sur la structure de l’économie informelle, les incitations à y rester, ses liens avec les activités officielles, et les sources des différences de productivité qui ont été expliquées ci-dessus, pourraient être utiles pour guider et mettre en œuvre des réformes politiques plus ciblées.

Réduire le coût des intrants nécessitera une amélioration de l’offre de biens publics, une réforme foncière et le renforcement des capacités des acteurs

Les conditions de financement et les infrastructures freinent les activités du secteur privé, et la main-d’œuvre peut, à terme, devenir un obstacle

Les facteurs contraignants ne manquent pas pour les entreprises en Côte d’Ivoire, liés à la fois à l’accès et au coût des intrants de base, et aux freins réglementaires. Parmi les intrants essentiels, la terre, la main-d’œuvre et les capitaux mais aussi l’accès aux moyens de transport et à l’électricité constituent des obstacles potentiels. Pour autant, l’importance de ces intrants et d’autres obstacles dépend également du type d’activité et varie en fonction de la taille de l’entreprise et de son implantation géographique, comme le montre le graphique 2.24.

Graphique 2.24. Certaines contraintes majeures affectent toutes les entreprises mais de manière spécifique selon qu’elles opèrent dans l’industrie ou les services
Productivité par employé lorsque certains facteurs sont perçus comme un obstacle, sur une échelle de 0 (non contraignant) à 5 (très contraignant).
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Note : Les graphiques présentent toutes les entreprises ayant déclaré un obstacle comme «majeur» ou «sévère» à la question suivante : « à quel degré l’(obstacle) constitue-t-il un obstacle au fonctionnement de l’entreprise ? » La productivité du travail est un logarithme calculé sur la base du chiffre d’affaires par travailleur.

Source : ENSEA (2012).

L’accès aux financements est l’obstacle le plus souvent évoqué par les entreprises. Les difficultés d’accès aux financements semblent problématiques pour toutes les entreprises même si, parmi les plus productives, le problème semble plus aigu pour les entreprises de services que pour les entreprises industrielles (voir chapitre 4 pour une discussion plus approfondie).

Les infrastructures électriques font partie des obstacles auxquels sont confrontées les entreprises. Les entreprises manufacturières qui font de l’électricité un obstacle important sont en général peu productives, probablement parce qu’elles n’ont pas les moyens de contourner ce problème en s’équipant d’un groupe électrogène. Parmi les entreprises indiquant une contrainte d’électricité, plusieurs sont très productives (notamment dans le secteur des services), et pourraient donc bénéficier fortement d’une amélioration des infrastructures électriques. Le chapitre 3 explore plus en profondeur les questions relatives à l’électricité.

Les performances du port d’Abidjan et les coûts élevés du transport intérieur grèvent la compétitivité ivoirienne. Les transports font partie des freins cités par les entreprises des deux secteurs mais, là encore, surtout par les sociétés de services très productives. D’une part, une large part du commerce transite par le port d’Abidjan, or celui-ci constitue un goulet d’étranglement important pour les entrées et les sorties de marchandises. D’autre part, en raison du pic de matières premières transitant sur une courte période, les déficiences dans le système de transport intérieur amènent à la constitution rapide d’un autre goulet d’étranglement, synonyme de pertes de récolte (pouvant atteindre 20 % de la récolte totale d’huile de palme selon Ecobank research, 2014), venant s’ajouter aux pertes liées à la désorganisation de la collecte des récoltes. Le cas des bananes ivoiriennes constitue un exemple de pertes de compétitivité liées au réseau logistique dégradé (encadré 2.7). Le chapitre 3 étudie plus en profondeur les questions relatives aux transports.

Encadré 2.7. Les bananes ivoiriennes : une réussite qui nécessite un meilleur accompagnement logistique et une politique de diversification des marchés pour anticiper l’évolution du marché européen

Les efforts d’investissements de la filière banane durant la période 1999-2009 (drainage profond enterré ou à ciel ouvert, chemin de câbles, haubanage aérien, irrigation généralisée, etc.) et la maîtrise de techniques culturales pointues, ont permis d’obtenir un rendement net moyen exporté par hectare de 35 tonnes (25 tonnes minimum, 55 tonnes maximum), plaçant la Côte d’Ivoire parmi les pays performants dans ce domaine. Par ailleurs, plus de 95 % des bananes ivoiriennes sont de grades « Premium 20 et 19 » et beaucoup proviennent de sites certifiés.

Malgré l’essor des rendements agricoles, les coûts de transports sont élevés et viennent grever la compétitivité ivoirienne. Le coût de revient de la banane ivoirienne à l’arrivée sur le marché européen (350 FCFA le kilogramme en moyenne sur la période 2004-2009) est d’environ 25 % à 37 % plus élevé que celui de ses principaux concurrents, l’Équateur, la Colombie, le Costa Rica et le Panama. Si plusieurs facteurs sont à prendre en compte (comme les différences d’économie d’échelle en fonction de la taille des plantations), c’est d’abord le coût de transport (30 % du coût de revient total, MINAGRI, 2010) qui impacte le coût de revient. Au niveau régional, les coûts de transport par camion représentent jusqu’à 75 % à 80 % du chiffre d’affaires total des bananes exportées vers Bamako ou Ouagadougou (sans compter les droits de douane et les faux-frais).

Graphique 2.25. Rendement agricole des bananes pour la période 1980-2013
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Source : FAOSTAT (2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329270

De nouveaux marchés doivent être développés et organisés dans la sous-région et en Afrique afin d’anticiper l’évolution de l’accès au marché européen. L’Union européenne constitue encore le seul véritable marché d’exportation développé par les acteurs ivoiriens. Or, les avantages liés à l’accès préférentiel (à zéro droit de douanes) en Europe vont se réduire à l’horizon 2017 suite à l’Accord banane du 15 décembre 2009 de l’Organisation mondiale du commerce. Le marché de la banane équitable représente aussi une opportunité de diversification des débouchés.

Graphique 2.26. Pays destinataires des exportations de bananes ivoiriennes
% des volumes en 2013
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Sources : MINAGRI (2010) ; FAOSTAT (2015) ; Nations Unies, Comtrade (2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329286

L’accès aux TIC figure aussi parmi les contraintes. Les difficultés d’accès aux TIC sont particulièrement marquées pour les activités de services et sont indépendantes de la productivité des entreprises industrielles (voir le chapitre 3 pour une étude de l’accès aux TIC).

De façon générale, le recrutement ne fait pas partie des principaux obstacles cités par les entreprises (enquêtes conduites en 2009 et 2012), mais l’absence de politiques appropriées pourrait changer cette perception. Plusieurs grandes entreprises ont indiqué être satisfaites du niveau de qualification de leur personnel, surtout par rapport à d’autres pays de la région. L’accès à la main-d’œuvre qualifiée et les salaires de cette main-d’œuvre ne figurent donc pas parmi les contraintes les plus importantes pour les entreprises en 2012, le pays bénéficiant toujours de ses investissements passés dans l’éducation et d’une abondante main-d’œuvre peu qualifiée. Mais la croissance économique accélérée et la modernisation demanderont des compétences plus avancées et des niveaux d’enseignement supérieurs pour la main-d’œuvre ; de plus, de nouvelles hausses des coûts salariaux pourraient rendre le pays moins attractif pour les investissements. Ainsi, le facteur travail pourrait devenir une contrainte à moyen terme, éventualité qui devra être anticipée par les autorités publiques ivoiriennes (voir le chapitre 5).

Pour accélérer la transformation économique, la Côte d’Ivoire doit encourager les activités plus intenses en main-d’œuvre, sous réserve que celle-ci devienne compétitive, et assurer une main-d’œuvre qualifiée. Environ 25 % des salariés du secteur manufacturier n’ont pas ou peu reçu d’instruction (Banque mondiale, 2015). Selon des données d’enquête de 2011-12, 32 % des employés dans les entreprises industrielles et 13 % des employés dans les sociétés de services n’ont pas eu d’éducation formelle. Cela montre que les entreprises manufacturières offrent de meilleures perspectives d’emploi aux Ivoiriens peu instruits alors qu’à l’inverse, les sociétés de services peuvent subir davantage de contraintes liées aux compétences de la main-d’œuvre. Le gouvernement doit poursuivre ses efforts pour améliorer la formation et les compétences de la population en fonction des besoins des différents secteurs d’activité et en associant un large éventail d’acteurs privés aux consultations (y compris des sociétés de services ; voir le chapitre 5). En raison de l’importance du secteur informel, il semble également essentiel de développer les compétences et la formation dans les PME, en introduisant par exemple des certificats de compétences adaptés aux PME et aux entreprises informelles.

Le coût de la main-d’œuvre en Côte d’Ivoire est élevé et peut freiner la transformation économique. Suite à la révision récente du salaire minimum, le coût du travail en Côte d’Ivoire est probablement supérieur au coût moyen du travail dans de nombreux pays d’Asie, et plus élevé qu’au Ghana, même s’il est difficile de comparer des niveaux de salaire d’un pays à l’autre. Par ailleurs, les effets du salaire minimum ne se limitent probablement pas aux seuls coûts directs car le salaire minimum interprofessionnel garanti est rarement appliqué, ils peuvent induire des ajustements dans la grille globale des salaires pour le personnel plus qualifié afin de maintenir les écarts salariaux, ce qui renchérit davantage le coût du personnel qualifié (Banque mondiale, 2015). Par ailleurs, les rendements de l’éducation et des qualifications sont bien supérieurs à ce que l’on observe dans les pays industrialisés, selon une étude datée de 2010 (Banque mondiale, 2015). Alors que cette étude a été réalisée dans le secteur manufacturier, la plupart des conclusions peuvent probablement convenir au secteur des services. Cependant, le taux d’encadrement dans les entreprises manufacturières s’établissant en général autour de 15 %, l’essentiel de la masse salariale va aux travailleurs peu qualifiés rémunérés au salaire minimum. Pour donner plus de flexibilité au salaire minimum, une option pourrait consister à fixer des niveaux différents en fonction des lieux d’implantation (zones industrielles, par exemple).

Les entreprises manufacturières et les sociétés de services sont soumises à des contraintes semblables, même avec quelques différences importantes. Les sociétés de services affichent en moyenne une productivité par salarié légèrement supérieure à celle des entreprises manufacturières (ENSEA, 2012). Si l’électricité et les transports sont cruciaux pour les entreprises manufacturières, ils jouent aussi un rôle clef dans le développement d’un secteur tertiaire en mesure de participer à la création d’emplois et à la croissance. En outre, une amélioration de l’environnement pour les sociétés de services peut avoir de réelles retombées positives pour les entreprises manufacturières – même si la plupart de ces services (commerce, droit, comptabilité. . .) sont encore embryonnaires en Côte d’Ivoire.

Ces constats sont utiles pour orienter les efforts des pouvoirs publics soucieux d’atténuer ces contraintes. Pour le secteur manufacturier, des bénéfices immédiats peuvent être obtenus à travers la création de zones industrielles, mais cela aura moins d’impact pour les sociétés de services. Étant donné le potentiel des sociétés de services très productives pour la croissance économique, le gouvernement devrait également s’efforcer d’améliorer le raccordement à l’électricité en milieu urbain, où elles sont nombreuses. Dans la mesure où les autorités vont devoir hiérarchiser leurs investissements, il conviendra d’analyser précisément le potentiel de croissance de nombreuses localités secondaires (comme Abengourou, Bouaké ou Korhogo), afin de commencer à améliorer l’accès aux infrastructures (transport, électricité et TIC) là où le potentiel de développement et les retombées pour le secteur tertiaire sont les plus favorables.

Enfin, il serait essentiel d’adopter une approche intégrée et coordonnée pour la planification stratégique et la mise en œuvre des réformes. Par exemple, les investissements en infrastructures bénéficieraient d’une stratégie globale coordonnée afin d’assurer que les villes aient accès aux TIC, à l’électricité et aux transports aux mêmes heures de façon à atténuer véritablement les obstacles. Le gouvernement devrait établir un comité interministériel pour assurer une planification stratégique qui cible les régions et les villes selon leur importance et leur potentiel économique ; et garantir une bonne coordination des investissements en infrastructure. La participation du patronat dans un tel comité serait utile pour assurer la pertinence des choix auprès du secteur privé.

Une réforme foncière sera bénéfique pour tous les secteurs, et tout particulièrement pour l’agriculture

Le sol suscite beaucoup de controverses en Côte d’Ivoire depuis des décennies, ce qui fait de l’accès à cet actif une question délicate pour les entreprises. Trois difficultés majeures sont identifiées :

  1. Le manque d’espace dans les zones industrielles engendre des problèmes d’accès à un site d’implantation pour les nouvelles entreprises.

  2. L’augmentation des loyers dans les zones industrielles a rationalisé la gestion de l’espace, mais elle a aussi renchéri les coûts de production des entreprises qui y sont installées.

  3. Les conflits et les litiges fonciers découlant de la coexistence de droits de propriété coutumiers et modernes créent de l’insécurité pour les petits exploitants, les entreprises installées et les nouveaux-venus.

Dans les pays qui connaissent des contraintes d’infrastructures, les zones industrielles sont un moyen d’offrir, à une échelle limitée, des services optimaux à des entreprises importantes. Elles peuvent attirer de nouvelles entreprises et de nouveaux investisseurs, promouvoir l’entrée sur les marchés et accroître la productivité des sociétés qui y sont installées (Stein, 2012). La Côte d’Ivoire compte aujourd’hui trois zones industrielles autour d’Abidjan et une à San Pedro, pour une superficie totale de 935 hectares. Parallèlement, l’Agence de gestion et développement des infrastructures industrielles (Agedi), de création récente, a reçu des demandes d’attribution d’espace dans les zones industrielles équivalant à 166 hectares en 2013. Soucieux de gérer le développement et la réhabilitation des zones existantes et des zones nouvelles, en partie par le biais de PPP (projets Build-Operate-Transfer [BOT]), le gouvernement a créé une agence dédiée, le Fonds de développement des infrastructures industrielles (Fodi). Des investissements sont notamment envisagés pour remettre en état et étendre plusieurs zones à Abidjan et en créer de nouvelles ailleurs (San Pedro, Bouaké et Yamoussoukro - COMETE, 2014).

Plusieurs difficultés se conjuguent sur les zones industrielles existantes. Tout d’abord, certains lots à vocation industrielle servent de lieux d’habitation ; de plus, le faible niveau des loyers a incité les entreprises à occuper trop d’espace par rapport à leurs besoins, de sorte que certains endroits sont inutilisés ou sous-loués (à un tarif supérieur) ; enfin, les autorités n’ont pas toujours été en mesure de collecter tous les loyers auprès des occupants. De telles failles justifient l’augmentation récente des loyers (graphique 2.27), même si la forte hausse imposée constitue une charge pour de nombreuses entreprises (surtout les plus petites), sans compter que le recouvrement des loyers risque de devenir encore plus difficile (COMETE, 2014).

Graphique 2.27. Dans les zones industrielles, les loyers ont augmenté depuis 2013
Loyer par mètre carré et année de location
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Note : Les loyers 2014 et 2015 pour Koumassi, Vridi et Yopougon tiennent compte du rabais accordé aux entreprises qui paient la totalité de leur loyer en début d’année. Les loyers 2016 sont calculés en fonction de la nouvelle législation.

Sources : COMÈTE (2014) ; Banque mondiale (2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329296

Le gouvernement doit accélérer la création de zones nouvelles et l’optimisation des zones existantes pour répondre aux besoins urgents des entreprises. Le processus en cours de rationalisation des espaces disponibles doit s’accélérer avec, entre autres, un durcissement des contrôles sur les attributions et l’utilisation des terrains, et l’annulation des droits qui contreviennent à la réglementation dans l’objectif de libérer davantage d’espaces à allouer aux entreprises sur la base de critères transparents. Cela peut aussi impliquer de renforcer les capacités de l’Agedi et du Fodi et d’harmoniser les processus de dépôt de dossiers, dans la mesure où les délais d’attente pour l’allocation de nouveaux espaces sont actuellement très longs (COMETE, 2014). Il s’agira ensuite de revoir les contrôles et les procédures de recouvrement des loyers afin d’améliorer les financements. Enfin, le gouvernement devra s’assurer que les mesures de réhabilitation prévues seront mises en œuvre sans retard de sorte que les locataires comprennent, avec l’amélioration des infrastructures, la justification de loyers plus élevés. La mise en œuvre de toutes ces mesures doit se faire en toute transparence, en prévoyant un temps d’adaptation aux nouvelles conditions pour les entreprises (ou un délai pour clôturer leur activité).

Le gouvernement prévoit de créer plusieurs zones industrielles avec, notamment, des incitations à la relocalisation des entreprises dans l’intérieur du pays, au lieu de se concentrer dans Abidjan. S’il importe de rendre l’intérieur des terres plus attractif avec, entre autres, de bonnes infrastructures, il faut éviter d’accorder des incitations sans discernement. Conformément au nouveau système, les loyers à Abidjan seront deux à trois fois plus élevés que dans les autres grandes villes (plus de 60 000 habitants) du pays (Banque mondiale, 2015). Des mesures en fonction des prix semblent être une bonne solution. Cependant, les autorités doivent utiliser avec prudence les exonérations fiscales et autres dérogations souvent associées aux zones industrielles car elles peuvent entraîner une distorsion des marchés tout en pénalisant lourdement l’État (voir le chapitre 6).

À moyen terme, il est aussi important de mettre en place des plateformes d’infrastructures industrielles intégrées (clusters) proches des grandes zones de production agricole. Cela pourrait se faire, par exemple, dans les villes de Bouaké, Korhogo et Oudiéné, ou dans d’autres villes intermédiaires. Ces clusters permettent de réduire les coûts de transport et les délais de transaction, augmentant ainsi la réactivité et la compétitivité de l’économie ivoirienne.

Les conditions d’accès aux terres ont des conséquences sur les activités agricoles et de services. Plusieurs entreprises ont cité l’insécurité judiciaire entourant les droits de propriété en cas de litige comme un frein à leur activité. La terre peut constituer une garantie (surtout pour les entreprises de services, qui n’ont pas de machines à installer) et servir à obtenir des crédits. Dans une économie essentiellement agricole, l’établissement de droits fonciers peut être un facteur déclenchant pour des investissements dans la terre. Des enquêtes récentes montrent que, ni les entreprises, ni les particuliers, ne citent l’accès à la terre comme un problème majeur. Pour autant, la terre est un facteur clef pour la production et les financements, sachant qu’elle peut aussi jouer un rôle additionnel (pour la création d’un marché hypothécaire dans le secteur bancaire, par exemple), de sorte que les pouvoirs publics doivent redoubler d’efforts pour résoudre ce problème en révisant la loi de 1998 pour concevoir une solution globale et durable (OCDE, 2016).

La Côte d’Ivoire doit améliorer son régime foncier pour l’agriculture. Les contestations et les conflits fonciers sont récurrents dans certaines zones de production. La sécurisation foncière grâce à une nouvelle réforme foncière constitue un moyen solide de stimuler l’investissement productif durable dans l’agriculture et de rendre le secteur agricole plus attractif et plus rentable. Il s’agit de faire du foncier un véritable levier de préfinancement pour les producteurs agricoles et d’attraction de nouvelles opportunités (capitaux de la classe moyenne ou diaspora, et épargne oisive nationale) au profit de l’expansion des productions agricoles à haute valeur et à forte demande. Cela permettra de dégager plus de marge de manœuvre pour l’État, qui ne sera plus dans l’obligation de suppléer à chaque fois au manque de financement par des subventions. À titre d’exemple, les subventions d’intrants nécessaires pour la régénération du verger vieillissant de café-cacao et la lutte contre la maladie du Swollen Shoot devraient peser plus de la moitié des coûts du programme qualité-quantité-croissance (2QC) 2014-2023 (MINAGRI, CCC, 2014a).

L’absence de titres fonciers clairement définis et rassurants pour tous les acteurs privés (agriculteurs, entrepreneurs, banquiers) prive la Côte d’Ivoire d’un puissant levier de financement bancaire classique et d’accès aux initiatives offertes par les grandes entreprises. Le droit foncier reste assez mal établi en Côte d’Ivoire du fait qu’il repose encore sur des bases juridiques ambiguës dont les prescriptions sont difficiles à faire respecter. La loi de 1998 sur le foncier rural n’a fait l’objet que de réformes mineures en 2013. De plus l’interposition de deux formes de droits (coutumier et juridique) complique le recours à des voies judiciaires, sachant que les institutions coutumières censées les gérer (les chefs de village notamment) n’ont pas forcément les capacités requises en cas de droits fonciers contradictoires sur la même parcelle. De ce fait, de nombreux agriculteurs dépourvus de titres fonciers ne peuvent pas accéder au financement (absence de garanties). Les banques sont freinées dans leurs décisions d’octroi de crédit en raison de la crainte de se voir confrontées à des hypothèques non saisissables (voir le chapitre 4 sur le financement). La Côte d’Ivoire ne doit donc pas (et ne pourra pas) se contenter de ce statu quo qui entraîne un impact négatif, à la fois sur les possibilités de crédit et sur l’incitation à l’investissement durable dans les parcelles. Certains pays ont obtenu des résultats intéressants en matière de réforme du foncier agricole (encadré 2.8).

Encadré 2.8. Comment réussir la réforme du foncier agricole ?

Le problème du foncier existe dans d’autres pays avec les mêmes conséquences sur le secteur agricole. En Indonésie par exemple, la plupart des ménages ruraux possèdent des droits fonciers non déclarés, acquis par héritage. Cette situation entrave notablement l’accès au crédit. Dans l’est de Java, par exemple, 95 % des agriculteurs n’ont jamais obtenu de crédit auprès d’une banque (OCDE, 2014). En Colombie, l’absence de garantie foncière rend la planification à long terme impossible et décourage les investissements dans la caféiculture, environ 36 % des producteurs n’ayant aucun titre. Cela oblige parfois le gouvernement à dépenser beaucoup pour cette filière comme par exemple le gigantesque programme de replantation de 40 % du total des plantes suite à l’irruption d’une maladie dévastatrice depuis 2008 (coffee leaf rust), jusqu’à fin 2013 (ICO, 2014).

Certains pays ont mis en place des solutions pour résoudre le problème du foncier. L’Éthiopie (voir l’Examen multidimensionnel de la Côte d’Ivoire : Volume 1. Évaluation initiale, OCDE, 2016, encadré 4.1) : le Mozambique, la Tanzanie, ou encore le Viet Nam, sont parvenus à opérer une transition pérenne. Quand bien même chaque pays a ses propres spécificités, les lignes directrices et les procédures de mise en œuvre sont autant d’exemples utiles pour la Côte d’Ivoire. Le Viet Nam a réussi à favoriser l’investissement dans l’agriculture et l’augmentation des rendements en apportant des solutions pragmatiques à la question foncière. En effet, entre 1988 et 1990 les autorités vietnamiennes ont facilité l’accès aux terres agricoles en diminuant la taxe foncière. En 1993, un nouveau régime foncier qui permet d’avoir des droits d’usages sur 20 ans pour les cultures annuelles et 50 ans pour les cultures pérennes est entré en vigueur : (OCDE, 2016). Les détenteurs de ce titre peuvent le transférer, l’échanger, le transmettre, louer ou hypothéquer la terre concernée. En revanche, la surface agricole permise est limité à 3 hectares par personne afin d’éviter les abus. Le décret N° 17 de 1999 permet de faire des concessions et des sous-locations. Les autorités sont récemment allées plus loin encore en 2013 en portant les durées des droits d’usage foncier à 50 et 70 ans respectivement. Cette nouvelle politique foncière, accompagnée d’une série d’innovations en matière de services agricoles intégrés, s’est traduite par une remarquable augmentation des rendements agricoles dans beaucoup de filières agricoles (graphique 2.28)

Graphique 2.28. Au Viet Nam, les politiques agricoles du renouveau se sont traduites par une remarquable augmentation des rendements agricoles
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Source : Auteurs, à partir de FAOSTAT, 2015.

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329302

L’expérience des autres pays montre que, sans même aller jusqu’au titre de propriété définitive (qui est une question très sensible), d’autres solutions sont possibles pour garantir l’accès sécurisé au foncier agricole sur un horizon temporel adapté (le certificat d’usufruit renouvelable par exemple). Par ailleurs, la multiplication des transactions garanties pourrait libérer, à moyen terme, des recettes supplémentaires au profit des collectivités locales chargées de fournir les services sociaux (voir le chapitre 6, sur la fiscalité).

Sources : OCDE (2016) ; OCDE (2015) ; ICO (2014).

Si la Côte d’Ivoire veut permettre aux agriculteurs de bénéficier pleinement du potentiel des terres agricoles et hisser le secteur agricole au niveau de performance des grands pays émergents, un nouveau régime s’impose pour le foncier agricole. Les autorités ivoiriennes devront d’abord doter le pays d’un dispositif unique et fiable pour le foncier agricole, en fusionnant les deux systèmes de droit de façon complémentaire. En particulier, des efforts devraient être faits pour développer un lien systématique entre les deux formes de droit et faciliter ainsi les procédures pré-requises à la reconnaissance légale du droit coutumier. De même, des mesures d’assouplissement devront être engagées en faveur des petits exploitants de droit coutumier reconnus au niveau local, notamment en réduisant les coûts de délimitation et de morcellement des terres. Par exemple, cela pourrait être mis en place en simplifiant les procédures de morcellement grâce à l’autorisation de se faire délivrer des certificats d’usufruit sur les parcelles de terres qu’ils voudront mettre sur le marché. Actuellement, la loi est complexe et les ressources manquent pour son implémentation ; de plus, tous les frais liés à l’enregistrement et à la certification des titres fonciers sont à la charge du demandeur. À cet égard, la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire (CNRCT) instituée en 2014 sur proposition du gouvernement constitue une avancée sur laquelle il faudra capitaliser. Ce statut légal reconnu par l’État est censé renforcer leur capacité à participer davantage à la résolution des problèmes, notamment relatifs à la propriété des terres, en qualité d’intermédiaire entre les citoyens et l’État au niveau des villages. Par exemple, il s’agirait de s’assurer que toutes les délivrances d’actes fonciers sont fiables et inscrites dans un répertoire unique en impliquant la CNRCT. Le nouveau recensement agricole pourrait constituer une bonne base de travail.

Les conflits fonciers liés à la migration et à la crise passée risquent d’être difficiles à résoudre de manière équitable. Dans ces situations, les mécanismes de règlement des litiges (reposant en partie sur les autorités locales) auront un rôle à jouer, la résolution passant sans doute partiellement par des indemnisations. Malgré le poids que ces dépenses feraient peser sur un budget public déjà contraint, cela permettrait de résoudre un certain nombre d’obstacles que rencontre l’économie ivoirienne (voir OCDE, 2016, chapitre 5).

Le renforcement des capacités des acteurs passera par des partenariats d’entreprises et un accès aux services et petits matériels performants pour l’agriculture

Des partenariats stratégiques avec des entreprises internationales dynamiseront les entreprises locales. Ces partenariats pourraient entrer dans le cadre de la responsabilité sociétale des entreprises leaders : 59 % d’entre elles estiment en effet qu’investir dans l’amélioration de l’intégration des fournisseurs locaux dans leur chaîne d’approvisionnement dans les pays en développement est du ressort de leur responsabilité sociétale (OCDE et OMC, 2013).

La prolifération des coopératives à faible performance économique menace l’accès des producteurs aux services performants et conduit à des pertes d’opportunités. Les coopératives agricoles peuvent contribuer à intégrer les petits producteurs et les entreprises agricoles familiales dans la chaîne de création de richesses. Elles peuvent avoir un rôle dans la production comme dans la commercialisation agricole : formation/vulgarisation en vue d’une bonne maîtrise des étapes de production et des circuits de commercialisation ; défense des intérêts corporatistes des agriculteurs (prix rémunérateurs, accès au crédit bonifié, etc.). Mais actuellement, les coopératives ivoiriennes (qui rencontrent des difficultés techniques, financières et de gestion) n’offrent que peu de services à leurs membres et ont un rôle de collecte du produit pour le compte des exportateurs (AGRER Consortium, 2012). Ainsi, en 2010, les organisations professionnelles agricoles ne contrôlaient qu’environ 15 % de la production de cajou (AGRER Consortium, 2012) (encadré 2.9). Le manque d’organisation en coopératives et de services de proximité efficaces réduit les bénéfices des petits producteurs, les empêche de réaliser des économies d’échelle et de saisir des opportunités. Ricau et Konan (2010) estiment en effet que l’organisation efficace de la collecte peut faire augmenter le prix payé aux producteurs de 20 FCFA le kilogramme à 60 FCFA, soit un passage de 15 % à 46 % des coûts de production (130 FCFA le kilogramme). Pour répondre aux besoins des petits producteurs, les services agricoles gagneraient donc à être rassemblés et accessibles à l’ensemble du monde agricole.

Encadré 2.9. Problèmes récents avec les coopératives agricoles en Côte d’Ivoire

Quelque 3 125 coopératives existent en Côte d’Ivoire, dont 2 134 coopératives de café-cacao, 298 coopératives de coton et 189 coopératives d’anacarde. Ces coopératives réalisent environ 242 milliards FCFA de chiffre d’affaires par an, dont 180 milliards FCFA pour le café-cacao. Cependant, d’après l’évaluation de la Direction des organisations professionnelles agricoles du ministère de l’Agriculture, seules 9 % des coopératives seraient efficaces. Ce faible niveau de performance résulte du dysfonctionnement des organisations professionnelles agricoles (dans 83 % des cas) mais aussi du manque de mesures d’accompagnement de la politique du mouvement coopératif (17 %).

Les dysfonctionnements des organisations professionnelles agricoles sont multiples : prolifération des groupements informels dans certaines filières ; mauvaise gestion des coopératives, caractérisée par une transition insuffisante vers les nouvelles pratiques et le manque de cadres spécialisés ou qualifiés en gestion (faible niveau d’éducation des dirigeants des coopératives, rares sessions de formation en gestion, faiblesses dans la tenue des compte) ; mauvaise répartition des excédents entre les membres ; confiscation du pouvoir coopératif par des non coopérateurs ; conflits récurrents au sein des coopératives et politisation du règlement des différends.

La prolifération des coopératives est particulièrement marquée dans certaines filières (la filière coton en compte 26, contre seulement 6 avant la crise). Un projet de restructuration, financé par l’Union européenne et exécuté par l’Association nationale des organisations professionnelles agricoles de Côte d’Ivoire, est actuellement en cours. Il consiste à remettre de l’ordre dans le mouvement coopératif de la filière coton. Dans la filière café-cacao, par exemple, il existe environ 256 coopératives dans la région de Divo, alors que 70 suffiraient pour la région (IOS Partners, 2014). Sur 2 813 coopératives agricoles recensées sur le territoire ivoirien, 2 134 appartiennent à la filière café-cacao, sans compter environ 120 syndicats également répertoriés dans cette filière.

Le financement des activités des coopératives constituent également un obstacle. De nombreuses coopératives ne possèdent pas de camions et en louent à prix élevé à de transporteurs privés. En outre, les coopératives ont de faibles capacités d’autofinancement et connaissent des retards dans l’encaissement des chèques après livraison de leurs produits à l’usine. Ces coopératives ont souvent recours à l’appui de personnes physiques ou morales, en qualité de partenaires financiers, pour préfinancer les opérations d’exportation via des lettres de crédit. L’accompagnement des banques à travers des préfinancements sous la base de crédit documentaire est quasi-inexistant. Enfin, le processus d’inspection, de contrôle et d’encadrement des coopératives pourrait être renforcé.

Source : IOS Partners (2014).

Des prestataires spécialisés pourraient faciliter l’accès aux intrants et aux services agricoles, sous réserve de contrôles pour assurer la qualité des intrants et le professionnalisme des acteurs. Les rendements agricoles en Côte d’Ivoire ont progressé moins vite au cours des dernières années que dans beaucoup d’autres pays, du fait d’une l’utilisation limitée des intrants modernes. Des recherches récentes (Bold et al., 2015) sur l’utilisation des intrants modernes (semences à haut rendement, engrais chimiques, etc.) en Ouganda ont montré que leurs coûts d’accès peuvent limiter leurs impacts positifs. Leur utilisation par les petits exploitants entraîne des rendements négatifs si leur prix élevé n’est pas accompagné d’une qualité du produit suffisante. Ce phénomène peut expliquer le faible niveau d’adoption de cette technologie dans l’agriculture. Le gouvernement ivoirien devrait réaliser une étude similaire pour vérifier si ce phénomène se retrouve en Côte d’Ivoire, et assurer des intrants de qualité pour les petits exploitants. Par exemple, des magasins agrées/certifiés et des mécanismes de contrôle de la qualité des intrants pourraient être mis en place pour éviter la dilution de la qualité et promouvoir l’adoption des technologies agricoles modernes.

La production agricole devrait également bénéficier de liens plus étroits entre les centres de recherche et les fournisseurs d’intrants afin de favoriser la diffusion des innovations technologiques. Par exemple, le CNRA a développé une nouvelle variété de cacao (dite « cacao-mercedes ») dont le rendement est plus élevée que le cacao conventionnel, et le cycle de production plus rapide (18 mois) (MINAGRI, 2013). Beaucoup de vergers de cacao vieillissants devront être remplacés dans les années à venir, un investissement lourd pour les petits agriculteurs, en particulier compte tenu de la longue période d’attente jusqu’à ce que les plants de cacao classiques commencent à produire. Le gouvernement devrait soutenir la recherche par les institutions nationales (comme le CNRA) qui peuvent cibler des défis ivoiriens spécifiques dans l’agriculture et étendre la production et la diffusion de ces technologies locales. Le gouvernement devrait aussi essayer de tirer parti de ces innovations en faisant leur promotion dans d’autres pays (par exemple auprès des cultivateurs de cacao du Ghana) de façon à soutenir les capacités nationales de recherche et développement, et la réputation de la Côte d’Ivoire en tant que fournisseur de technologies innovantes.

Le renforcement des systèmes de traçabilité et de certification, et une meilleure structuration générale des chaînes de valeur, pourraient compléter les outils classiques afin de mieux connecter les coopératives de producteurs aux opportunités internationales. Des progrès ont déjà été enregistrés en matière de structuration et de régulations pour certaines chaînes de valeur, mais de façon sectorielle ou limitée. Dans le cas du café-cacao, le conseil a déjà pu juguler le système de commercialisation incontrôlé qui prévalait avant 2012, et qui avait notamment conduit à la dégradation de la qualité des produits en amont de la filière (dans les zones éloignées, les produits étaient achetés en dessous du prix minimum légal faute de pistes d’accès aux lieux d’achat). Le nouveau système de traçabilité et de contrôle qualité des fèves produit de très bons résultats. À noter aussi l’existence d’un mécanisme de contribution au développement de l’infrastructure rurale dans certaines filières (café-cacao, palmier). Dans le cas du café-cacao, la contribution s’effectue au travers d’une redevance de 0.47 % au Fonds d’investissement agricoles, et de 0.57 % au Fonds d’investissement en milieu rural. Le Conseil coton-anacarde a expérimenté en 2014 un système d’approvisionnement basé sur des magasins installés dans les chefs-lieux de région afin de mieux répondre aux besoins des producteurs en emballage. Au cours de la campagne de 2014, quatorze magasins ont servi à la distribution de plus de deux millions de sacs de jute nécessaires pour le séchage des noix dans de bonnes conditions. Par ailleurs, des mesures pour améliorer la gouvernance, la traçabilité du produit et la fiabilité des circuits sont progressivement mises en place suite au décret n° 2013-809 de novembre 2013.

Pour répondre aux besoins des petits producteurs, cette panoplie d’instruments sectoriels et de services agricoles gagnerait à être intégrée en un réseau accessible à l’ensemble du monde agricole. La mise en place d’une structure unique de régulation par filière (conseils café-cacao et coton-anacarde) et l’existence d’interprofessions dynamiques (hévéa et palmier) constituent des bases solides qui commencent à porter leurs fruits. Cette approche s’apparente à celle du Maroc, où l’approche contractuelle « État/fédérations interprofessionnelles » a été retenue comme principe fondamental du développement d’une agriculture performante. Ainsi dix-neuf filières agricoles bénéficient de contrats-programmes dans le cadre du Plan Maroc Vert. Le rôle du gouvernement consiste à inciter les professionnels à réaliser les mises à niveau nécessaires pour le développement et l’accroissement de la production, et de les accompagner dans la recherche de nouveaux marchés.

Investir davantage dans la planification stratégique pourrait permettre d’asseoir un développement harmonieux de tous les produits agricoles stratégiques. Durant la décennie 2000-10, l’Indonésie a ainsi réussi à augmenter sa production agricole en faisant évoluer de façon stratégique la structure de sa production et celle de ses échanges import-export de produits agro-industriels (encadré 2.10).

Encadré 2.10. L’Indonésie a fait évoluer la structure de son agriculture depuis 1990

Avec une production d’une valeur moyenne de 66 milliards USD au cours de la période 2007-09, l’Indonésie est le 10e producteur agricole mondial, juste derrière la Turquie et la France, et devant l’Allemagne et l’Argentine. Elle est le premier producteur mondial d’huile de palme devant la Malaisie, le deuxième producteur de caoutchouc naturel après la Thaïlande et le troisième producteur de riz après la Chine et l’Inde (FAOSTAT, 2012). Les évolutions indonésiennes sont riches en enseignements pour la Côte d’Ivoire : l’Indonésie a réalisé des performances en termes de production agricole, d’exportations agro-alimentaires ciblées et de diversification des sources d’importations. Toutefois, le pays reste confronté à des défis pour attirer des investissements durables dans le secteur agricole.

Entre 2001 et 2009, la productivité totale des facteurs a davantage progressé dans l’agriculture indonésienne que dans l’économie dans son ensemble (3.7 % par an contre 2.1 %). Elle a été à l’origine de 60 % de la croissance agricole, les 40 % restants s’expliquant par un recours accru aux facteurs de production, notamment les terres (tableau 2.6). Cette tendance a été davantage le fait d’une évolution de la structure de production agricole que d’une hausse des rendements : le secteur s’est en effet diversifié, se détournant des aliments de base au profit de productions à forte valeur ajoutée telles que les cultures pérennes et horticoles ou encore l’élevage. Le pays a aussi su développer ses marchés à l’exportation, notamment au niveau régional. La majeure partie des exportations agro-alimentaires indonésiennes sont destinées à des pays asiatiques, qui en ont absorbé les deux tiers en 2008-10 contre la moitié en 1990-92. Sous l’effet de cette dynamique régionale, la part des produits agro-alimentaires dans les exportations totales a augmenté, passant de 11 % en 2000 à 21 % en 2010. Parallèlement, le pays a diversifié l’origine de ses importations agro-alimentaires. Les principaux produits importés sont le blé, le coton, le soja, les produits laitiers, le sucre, le tabac et le bœuf. Cette physionomie des échanges traduit l’avantage comparatif de l’Indonésie, qui privilégie la production de certaines cultures pérennes tropicales pour l’exportation, et l’importation des produits nécessitant d’importantes surfaces agricoles, tels que les céréales et certains produits animaux.

Tableau 2.6. En Indonésie, la réallocation des surfaces agricoles a porté sur 20 produits agricoles en priorité dans les périodes 1991-93 et 2011-13

Top 10 des augmentations de surface

Variation (en milliers d’hectares)

Top 10 des diminutions de surface

Variation (en milliers d’hectares)

Huile, noix de palme

+5 777

Soja

-921

Riz paddy

+2 696

Haricots secs

-270

Cacao (fèves)

+1 562

Manioc

-231

Caoutchouc naturel

+1 529

Arachide en coque

-118

Maïs

+722

Girofles

-86

Coco

+658

Patates douces

-50

Café vert

+468

Kapok, fruit

-29

Noix de cajou

+413

Plantes sucrières, n.c.a.

-27

Poivre

+101

Légumes frais, n.c.a.

-21

Haricots verts

+98

Ail

-19

Source : Calculs des auteurs sur la base de FAOSTAT (2015).

Toutefois, plusieurs contraintes freinent l’investissement dans le secteur. L’obtention de titres de propriété foncière garantis et dépourvus d’ambiguïté est difficile. La plupart des ménages ruraux possèdent des droits fonciers non déclarés, acquis par héritage. Cette situation entrave notablement l’accès au crédit. Dans l’est de Java, par exemple, 95 % des agriculteurs n’ont jamais obtenu de crédit auprès d’une banque. Pour les grands investisseurs, l’accès aux terrains reste un processus administratif long et incertain. Par ailleurs, après plusieurs décennies de sous-investissement publics et privés, l’Indonésie pâtit aujourd’hui d’infrastructures insuffisantes et de mauvaise qualité. Le réseau d’irrigation est en mauvais état ; les coûts de transport et de logistique sont élevés ; et l’approvisionnement en électricité est peu fiable, ce qui entrave les activités des entreprises et grève la compétitivité des filières agricoles. En outre, une mauvaise mise en œuvre de la stratégie de décentralisation a nui à l’efficacité des services de vulgarisation des techniques agricoles et donc au perfectionnement du capital humain dans l’agriculture. Enfin, en ce qui concerne la politique commerciale, l’Indonésie reste relativement restrictive par rapport à d’autres pays asiatiques en développement. Certains marchés restent fortement contrôlés par l’État, qui a imposé des taxes à l’exportation sur l’huile de palme brute et, plus récemment, sur les fèves de cacao pour encourager l’investissement dans les industries de transformation. Cela peut toutefois avoir un effet dissuasif sur l’investissement dans les cultures pérennes.

Sources : OCDE (2014) ; FAOSTAT (2015).

Pour accéder au statut de pays émergent, la Côte d’Ivoire devra progresser dans la facilitation des échanges commerciaux

L’émergence de l’économie ivoirienne nécessitera un meilleur accès et une meilleure connectivité avec les marchés régionaux et mondiaux. Avec une population d’environ 22 millions d’habitants, le marché intérieur n’est pas suffisamment vaste pour offrir tous les intrants et débouchés nécessaires à la production nationale. Si la Côte d’Ivoire bénéficie d’une position géographique propice à son intégration dans les marchés d’Afrique de l’Ouest à travers l’UEMOA et la CEDEAO, les avancées en ce sens sont nettement plus lentes qu’escompté. En outre, le commerce international via les deux principaux ports du pays (Abidjan et San Pedro) se heurte à de nombreux obstacles. Compte tenu de l’importance du port d’Abidjan, les réformes de facilitation du commerce par cette voie continueront d’être clefs (voir le chapitre 3). Par ailleurs, les réformes de facilitation des échanges devront trouver un équilibre entre baisse du coût des procédures commerciales pour les entreprises et affranchissement progressif du budget de l’État vis-à-vis des recettes tirées du commerce et des douanes. Par ailleurs, l’amélioration de la coopération régionale à travers les nombreux postes frontaliers terrestres jouera également un rôle clef.

Le développement des capacités de prospection et d’adaptation, ainsi que la mise en place de normes de qualité et de certification, amélioreront l’accès des entreprises ivoiriennes aux marchés régionaux et internationaux

L’appui à la création de consortiums d´exportation peut aider à percer sur de nouveaux marchés (PACIR-ITC, 2014). Le consortium d’exportation permet aux entreprises membres de travailler ensemble pour atteindre leurs objectifs stratégiques en se regroupant au sein d’une entité légale séparée, tout en préservant leur identité. Elles gardent leur indépendance financière et légale, leur autonomie de management et de commercialisation de leurs produits sur les marchés locaux. Au sein d’un consortium d’exportation, les entreprises peuvent réduire les coûts et les risques liés à l’exportation, renforcer et partager leurs connaissances et enfin, améliorer leur image et leurs chances de connexion à de nouveaux marchés.

Cette politique d’incitation à l’exportation gagnerait à être renforcée par une panoplie d’instruments complémentaires tels que l’aide à la prospection et à l’établissement de partenariats stratégiques. La faible capacité de prospection à l’international, ainsi que l’identification et l’accès aux réseaux logistiques nécessaires à l’exportation, sont des obstacles en Côte d’Ivoire. Les coopératives et entreprises exportatrices ivoiriennes n’ont pas la capacité d’identifier et d’accéder aux marchés internationaux (PACIR-ITC, 2014) et font face à des difficultés dans la recherche de partenaires et la constitution de réseaux d’affaires (absence de bases de données commerciales, difficultés dans l’interprétation et la rédaction des contrats de vente à l’international, etc). Ces facteurs entraînent une faible fluidité opérationnelle et des pertes à l’international. C’est le cas, par exemple, dans l’habillement, où les nombreux petits acteurs locaux au solide savoir-faire artisanal restent éparpillés dans le secteur informel (Banque mondiale, 2015). De meilleures capacités de prospection et de marketing constituent la clef de la réussite pour percer sur de nouveaux marchés de consommation. Le Viet Nam a ainsi attiré du savoir-faire et des réseaux internationaux pour conquérir de nouveaux marchés du café (encadré 2.11) en encourageant la collaboration commerciale entre le secteur agricole et trois grands groupes (ED&F Man, The Newman Group et Olam).

Encadré 2.11. Viet Nam, une émergence rapide dans le café

Le Viet Nam a rapidement émergé en tant que deuxième producteur mondial de café et premier producteur de café robusta, passant d’une production presque inexistante en 1985 à 42 % de la production mondiale de robusta en 2014/15 (Gro Intelligence, 2014 ; ACET, 2014). En produisant exclusivement du robusta, la production vietnamienne de café a augmenté en moyenne de 21 % par an entre 1980 et 2009, soit 70 % de l’augmentation de la production mondiale de café depuis 1992. Le café vietnamien est majoritairement exporté brut (92 %) sous forme de grains de café vert, vers les torréfacteurs des marchés de consommation étrangers. Un million de Vietnamiens participent directement ou indirectement à l’économie du café dans le pays (ACET, 2014).

L’émergence rapide du Viet Nam comme producteur principal de café dans le monde est due à la transformation de son industrie du café entre 1990 et 2000 sous l’effet d’interventions politiques très actives visant à attirer les savoir-faire et les réseaux internationaux, en complément des politiques rurales. En effet, le gouvernement a opté pour l’encouragement d’entreprises privées prêtes à s’engager dans le transfert de savoir-faire vers les agriculteurs. Des accords privilégiés ont été signés notamment avec trois grands groupes commerciaux (ED&F Man, Newman Group et Olam) disposant des réseaux nécessaires sur marché international du café. Cette politique a motivé les agriculteurs à s’engager dans la production. La collaboration avec ces entreprises leaders a favorisé l’utilisation d’intrants performants, ainsi que la mise en place de systèmes d’irrigation, deux facteurs qui ont contribué à augmenter les rendements qui atteignent 2.5 tonnes par hectare (ha) en 2013 (0.5 tonne/ha en Côte d’Ivoire et 1.4 tonne/ha au Brésil [FAOSTAT, 2015]). Ceci confère au Viet Nam un grand avantage compétitif. De même, la bonne dose de concurrence dans le secteur privé, combinée à une faible charge d’impôts et de taxes, a conduit à une industrie extrêmement efficace avec des coûts de transaction faibles, et où les caféiculteurs reçoivent plus de 90 % des prix à l’exportation (IDH, 2013). Enfin, une monnaie faible et des salaires bas ont contribué à la compétitivité du Viet Nam sur le marché international. Les politiques rurales ont essentiellement consisté à inciter les populations à migrer vers les régions propices à la culture du café en attribuant des droits fonciers aux agriculteurs. Par ailleurs, les autorités ont investi dans les infrastructures rurales.

L’industrie de café vietnamien vise à augmenter la qualité du café en produisant du café arabica, avec comme objectif d’atteindre 8 % de la production totale d’ici 2020. Pour surmonter le problème croissant de vieillissement des plantes, le Western Highlands Agriculture & Forestry Science Institute distribue depuis 2012 des nouveaux plants au rendement amélioré aux caféiculteurs. Ce programme est financé par l’Association vietnamienne du café et Nestlé dans le contexte de son projet global de Plan Nescafé (Ipsos Business Consulting, 2013).

L’expérience vietnamienne montre aussi l’importance d’une planification prudente à long terme : son absence a conduit à une expansion sous-optimale des plantations et à des déséquilibres entre la production et la transformation.

Sources : Gro Intelligence (2014); ACET (2014); Ipsos Business Consulting (2013), IDH (2013).

Pour se développer avec succès sur les marchés internationaux, les entrepreneurs devront accroître leurs compétences managériales. La réussite des entreprises ivoiriennes sur la scène internationale passera par l’apprentissage de la gestion à distance au moyen d’une multiplicité de relations contractuelles formelles et informelles ; la familiarisation avec des réglementations, des coutumes et des langues différentes ; et l’élaboration de solutions spécifiques pour tous les marchés sur lesquels opère l’entreprise (OCDE/APEC, 2006).

Pour développer une politique de transformation locale à destination des marchés internationaux, il est primordial de se poser les bonnes questions sur la gouvernance mondiale du secteur : qui sont les acteurs importants sur ce segment de la chaîne de valeur ? Quels sont les réseaux et les arrangements contractuels selon lesquels ces acteurs achètent et vendent leurs productions et consommations intermédiaires ? Quelles sont les relations financières et de négociation avec les fournisseurs de matières premières et d’intrants dans le processus industriel ? Comment se fait la recherche de marchés et de clients ?

Le manque d’organisation et de capacités de nombreuses entreprises ivoiriennes freine l’adoption de normes de qualité et la standardisation des services et des produits. Les produits agricoles ainsi que les produits de fabrication bénéficieraient de la revalorisation de la qualité. Normes et standards sont de plus en plus nécessaires pour connecter les acteurs locaux aux opportunités internationales dans les chaînes de valeur agro-alimentaires. Selon une enquête récente auprès des importateurs agro-alimentaires, 60 % des entreprises citent la capacité des fournisseurs à respecter les normes de qualité et de sécurité comme le principal facteur influant sur leurs décisions d’approvisionnement (Cattaneo et al., 2013). Tandis que les produits ivoiriens ont parfois du mal à satisfaire aux exigences et normes de qualité imposées par les pays européens importateurs, la barre est placée assez bas pour les exportations au sein de la région, la Côte d’Ivoire jouissant sur ces marchés d’une réputation relativement flatteuse en matière de qualité (Banque mondiale, 2015). Renforcer cette réputation offrirait un avantage comparatif important aux entreprises ivoiriennes.

Les autorités ivoiriennes ont adopté plusieurs mesures pour relever la qualité des produits et mettre en œuvre des systèmes de normalisation. La Stratégie nationale d’exportation 2015-2019 détaille les principales contraintes transversales à l’échelle régionale, lesquelles sont généralement liées au manque de dynamisme des petits acteurs ivoiriens. Le manque de qualité et de traçabilité de leurs produits est un enjeu capital, notamment dans l’agro-alimentaire (PACIR-ITC, 2014). Nombre d’entreprises ivoiriennes méconnaissent en effet les règles d’origine de l’UEMOA et de la CEDEAO. Le ministère de l’Industrie et des Mines a créé la Direction de la promotion de la qualité et de la normalisation (DPQN) et présenté une Loi sur la normalisation qui a été adoptée en 2013. L’association Côte d’Ivoire-normalisation (Codinorm), qui regroupe des entreprises publiques et privées, est chargée de : i) promouvoir des normes nationales de qualité pour les biens et les services ; ii) diffuser des informations ; iii) délivrer des certificats ; et iv) représenter la Côte d’Ivoire à l’étranger. Environ 1 400 normes de qualité sont recensées, mais il n’existe pas de comité de certification dans bon nombre de cas (PACIR-ITC, 2014). L’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) soutien le renforcement des normes et standards pour les filières agro-alimentaires à travers des formations et diagnostics. En outre, une centaine d’entreprises bénéficient de l’assistance technique pour l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies d’accès aux marchés d’exportation.

Malgré les efforts visant à renforcer les normes de qualité et à diffuser des informations aux entreprises, les progrès sont lents. Le pays compte actuellement 5 laboratoires de certification accrédités et le lancement de nouveaux laboratoires certifiés se fait lentement, sachant qu’à ce jour, seulement 120 entreprises ont obtenu la certification. Il s’agit en général d’entreprises internationales à vocation exportatrice. La majorité des entreprises privées (de plus petite taille) ne sont guère au courant de ces dispositions et des aides disponibles, et rechignent donc à investir dans les processus de contrôle qualité et de certification. Parallèlement, les demandes émanant des marchés (Europe, pays voisins) sont perçues comme une charge et la qualité n’est pas considérée comme un avantage compétitif. Sur les 727 entreprises interrogées en 2012, moins de 5 % avaient une certification ISO ou étaient en passe de l’obtenir, l’intérêt étant particulièrement faible hors d’Abidjan. Des inspections sont réalisées périodiquement, mais il s’agit davantage de contrôles administratifs que de visites visant à vérifier le respect des normes (ITC, 2014). Soucieuse de promouvoir les normes de qualité et de les faire mieux connaître, la DPQN a lancé le Prix ivoirien de la qualité, qui comporte plusieurs catégories. Avec le temps, les entreprises de plus grande taille privilégieront certainement des produits de meilleure qualité sans trop d’encouragements, mais les PME auront sans doute besoin d’une aide supplémentaire.

Un bon système d’indication géographique ou d’appellation d’origine peut permettre de réussir une stratégie de différenciation sur des marchés de niche à forte-valeur, notamment dans l’offre agricole (Blackmore et al., 2012). Dans le cas du café-cacao ivoirien, le programme 2QC 2014-23 envisage par exemple : i) la mise en place d’une base de données géo-référencées des vergers et des producteurs de café-cacao ; ii) la détermination de terroirs homogènes et la création de labels pour chaque terroir (cafés de spécialité et cacaos terroir) ; et iii) la formation de 250 000 producteurs de café et cacao par an aux bonnes pratiques de production durable, y compris aux activités post-récolte.

Les autorités ivoiriennes doivent continuer la promotion de la qualité et des normes, et notamment la création de laboratoires, pour répondre aux demandes de certification à venir. La priorité est actuellement donnée à la certification des entreprises, mais la certification des produits sera sans doute plus accessible pour certaines entreprises. À ce titre, la procédure mise en œuvre par le conseil café-cacao semble adaptée aux différentes activités entre la production et l’exportation. Une telle approche gagnerait à être étendue aux filières anacarde, fruits tropicaux, manioc, coton-habillement et caoutchouc-plastique (PACIR-ITC, 2014). Il semble plus réaliste de commencer par cibler les marchés régionaux, aux normes et aux attentes de qualité plus faibles, avant de s’atteler aux exigences plus strictes des marchés européen et américain. La Côte d’Ivoire pourra aussi renforcer et soutenir l’intégration et l’harmonisation des normes dans la sous-région et promouvoir l’acceptation mutuelle des normes et des certificats pour faciliter l’échange de biens et de services. Pour cela, les agences existantes doivent travailler en concertation avec les institutions, comme le ministère de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur.

Les normes devraient être étendues aux industries de services, qui représentent un potentiel considérable pour la croissance économique, d’autant plus que la demande de services certifiés peut être amenée à augmenter. Les services constituent un potentiel de marché important et peuvent agir comme catalyseur pour la productivité des activités de fabrication lorsqu’elles constituent des intrants importants pour les industries (transport, etc.). Le secteur des services bénéficierait ainsi de contrôles de qualité et de certifications afin de promouvoir la modernisation des technologies et la professionnalisation des entreprises. Les institutions concernées (Codinorm, DPQN) doivent se préparer à cette évolution et à une demande croissante des entreprises de services.

Les douanes jouent un rôle majeur dans la facilitation des échanges

La Direction générale des douanes (DGD) joue un rôle pivot pour le commerce extérieur de la Côte d’Ivoire. Divers opérateurs économiques participent aux échanges commerciaux, dont les ports, les entreprises privées et différents ministères. Actuellement, les points de passage principaux sont : les deux ports du pays, l’aéroport, les deux postes frontières du Nord et les deux postes frontières du Sud, ainsi que le point de transit de Bouaké. Près de 80 % des recettes douanières proviennent du port d’Abidjan, 12 % du port de San Pedro, et seulement 5 % des postes frontaliers terrestres (graphique 2.29). Au cours des trois dernières années, les recettes douanières de la plupart des postes frontières ont augmenté, à l’exception de l’aéroport et des postes de Korhogo et Bouaké (un important point de passage, en train, vers le Burkina Faso), à l’intérieur du pays. Le commerce via Aboisso et Abengourou se développe progressivement. Les procédures douanières s’appuient en partie sur le logiciel Sydonia World mais, malgré des projets de coopération avec les administrations des douanes des autres pays, l’interconnexion entre les systèmes n’est pas encore opérationnelle.

Graphique 2.29. L’essentiel des recettes douanières provient des ports
Revenus des échanges (milliards FCFA), 2012-14
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Source : DGD (2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329318

Actuellement, la DGD emploie 2 741 agents (dont 2 088 fonctionnaires douaniers) déployés sur tout le territoire, mais un quasi-doublement de ses effectifs est prévu en 2015 au titre de la réintégration des anciens combattants. Si la hausse des effectifs répondra en partie à la nécessité d’avoir plus d’agents aux postes frontières, elle semble proportionnellement excessive. En effet, les besoins de formation de ces agents risquent de dépasser les capacités de la DGD, qui pourrait être incitée à accroître ses revenus pour financer ce surplus de main d’œuvre. De plus, la mise en place de davantage de contrôles pourrait alourdir la charge administrative du secteur privé, augmentant ainsi le poids des réglementations au moment où le pays doit améliorer le recouvrement des impôts pour affranchir son budget de la dépendance vis-à-vis des recettes commerciales. Les autorités ivoiriennes et la DGD vont devoir surveiller la formation et l’intégration du nouveau personnel, introduire des règles strictes de comportement professionnel, et s’assurer du respect des règlements pour éviter toute attitude discrétionnaire en vue d’un enrichissement individuel.

Graphique 2.30. Les recettes douanières ont augmenté depuis 2013
Recettes douanières par type, en milliards FCFA
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Source : DGD (2015).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329329

Avec le redémarrage de l’économie depuis quelques années, les recettes douanières sont en hausse. Près des trois quarts des recettes douanières proviennent (à parts quasi égales) de la TVA sur les produits d’importation, des droits uniques de sortie (DUS) sur divers produits d’exportation, et d’autres droits à l’importation. Les autorités devraient remettre à plat tous ces tarifs ainsi que les différentes taxes spéciales sur le pétrole, afin de simplifier le régime douanier, et réfléchir à la protection des industries nationales (voir chapitre 6).

Les procédures commerciales sont en cours de rationalisation, mais les résultats ne sont pas encore visibles

Pour faciliter le travail des douanes ivoiriennes, le gouvernement a lancé avec l’entreprise privée Webb Fontaine, un projet visant à réformer radicalement les procédures commerciales et à les rationaliser. À l’occasion de ce projet d’une durée de plusieurs années, tous les ministères émettant des documents en rapport avec une activité commerciale seront connectés à une plateforme en ligne. En 2015, seuls quelques modules sont opérationnels. Le guichet unique du commerce extérieur (GUCE), véritable cœur de la plateforme, a été mis en place dès 2013. En plus de réduire le nombre de documents à présenter, il permet aux entreprises de faire certaines démarches en ligne. Webb Fontaine devra fournir le matériel informatique et les logiciels et assurer la formation des agents et du public (les entreprises qui font du commerce) pendant une période de cinq ans.

Webb Fontaine a également créé un Ruling Centre qui a repris les procédures de certification et de vérification des importations. Ces procédures s’appuient sur les documents reçus avant l’arrivée des marchandises et sont censées compléter le contrôle physique des risques. La vérification et l’évaluation des biens sont liés aux honoraires (redevance procédures import [RPI]), correspondant à 0.75 % de la valeur Free on Board (FOB) du bien, applicables pour une valeur supérieure à un million FCFA. Selon la classification des risques pour la marchandise concernée (qui comporte quatre catégories allant du risque faible au risque élevé), les conteneurs sont soumis à des procédures de contrôle supplémentaires, comme une inspection par rayons X (scanner). Les informations étant encore insuffisantes, il est difficile de savoir si les procédures sont effectivement respectées et quels sont les coûts et les délais associés aux étapes de balayage par rayons X (scannage) et de sécurité. Le projet vise une interconnexion complète entre tous les ministères concernés (y compris ceux qui délivrent les certificats sanitaires et phytosanitaires, par exemple) et les banques pour les paiements, mais certains de ces modules ne sont pas encore opérationnels. En théorie, une plateforme unique de ce type devrait alléger les contraintes administratives pesant sur le secteur privé, mais il n’est pas acquis que le projet aboutira. Lors d’entretiens, plusieurs entreprises ont déploré la complexité de l’évaluation des marchandises, ainsi que les coûts et les retards liés au scannage.

En théorie, le projet de réforme intègre des éléments que la Banque mondiale considère comme relevant des meilleures pratiques mais, concrètement, il est difficile de dire si le système fonctionne suffisamment bien. Les principes de meilleures pratiques mis en œuvre avec le GUCE recouvrent notamment la soumission et, à terme, le traitement électronique des documents mais aussi des contrôles des risques (grâce au scannage par exemple). Toutefois, les améliorations attendues en matière de délais et de coûts ne sont pas toujours évidentes ni suffisantes pour compenser les charges supplémentaires que doivent supporter les entreprises avec la RPI et les procédures de scannage. Ainsi, certains documents électroniques ont du mal à être acceptés par le système. Face à ce problème, le gouvernement doit rapidement planifier et mettre en œuvre un suivi et une évaluation systématique des résultats (durée des procédures et coûts moyens) par une tierce partie (un sous-traitant indépendant ou un bureau d’études comme BNETD), afin de voir comment la situation évolue et de remédier aux éventuels problèmes d’exécution entre la DGD et Webb Fontaine.

Une partie des charges pesant sur le commerce sont liées à des conditions commerciales secondaires, comme les certificats d’origine, les certificats de qualité, les contrôles phytosanitaires, etc. Une étude conduite en 2012 (ITC, 2014c) a constaté qu’en matière de barrières non tarifaires de ce type, les importateurs ivoiriens rencontraient plus de difficultés que les exportateurs. Pour ces derniers, la plupart des conditions sont le fait des pays destinataires (en particulier pour les produits agricoles écoulés sur les marchés des pays occidentaux) mais ce sont les étapes d’exécution et de mise en œuvre en Côte d’Ivoire qui sont les plus laborieuses. Pour les importateurs, les restrictions se rencontrent surtout en Côte d’Ivoire et sont liées aux douanes.

En résumé, le gouvernement devra poursuivre ses réformes de facilitation des échanges s’il veut améliorer l’accès aux marchés et alléger les charges pesant sur le secteur privé dans de nombreux domaines. Le gouvernement doit revoir les tarifs douaniers et envisager de supprimer plusieurs taxes entraînant des charges administratives trop lourdes par rapport au profit qu’en retire le budget de l’État. Les réformes lancées à travers le GUCE devraient contribuer à rationaliser les processus, mais les autorités doivent introduire des procédures de suivi et d’évaluation pour s’assurer que les réformes produisent les avantages attendus (notamment la diminution des formalités administratives et l’accélération du traitement des importations). Elles doivent également s’atteler aux nombreuses conditions non tarifaires pesant sur les importations, réduire leur nombre en les rationalisant, et les intégrer électroniquement dans le GUCE pour simplifier cette activité.

Les infrastructures et la coopération régionale sont en deçà de leur potentiel

La Côte d’Ivoire est membre de la zone de libre-échange de l’UEMOA depuis 2000, laquelle a adopté le tarif extérieur commun (TEC) depuis janvier 2015, après sa fusion avec la CEDEAO. Ce développement vers une union douanière a provoqué une hausse moyenne des droits de douane en Côte d’Ivoire, même si quelques produits (huile brute, tissu wax, oignons et pommes de terre) conservent à titre exceptionnel leurs tarifs initiaux (circulaire n° 1704/MPMB/DGD/DU du 18 février 2015). L’appartenance à l’UEMOA et la CEDEAO implique également l’adoption de règles communes pour l’octroi des permis, les réglementations techniques et les mesures sanitaires et phytosanitaires afin de faciliter la libre-circulation des biens. Dans la pratique cependant, les obstacles sont nombreux (la plupart des produits doivent faire l’objet d’une certification d’origine, par exemple). Ce changement impliquant des démarches administratives, les petits négociants opérant dans plusieurs pays préfèrent souvent acheminer leurs produits en contrebande ou acquitter les droits de douane. D’autant qu’il arrive que des biens accompagnés de tous les documents nécessaires soient refoulés, tous les certificats et autres documents n’étant pas acceptés partout.

Les pays membres de l’UEMOA, dont la Côte d’Ivoire, peinent à assurer une meilleure intégration commerciale. Entre 2002 et 2013, les échanges de la Côte d’Ivoire avec l’UEMOA n’ont progressé que lentement, de 3.7 % pour les exportations et de 12.4 % pour les importations, tandis que le commerce avec le reste du monde s’est montré plus dynamique avec des augmentations de 7.2 % pour les exportations et 11.9 % pour les importations (taux de croissance annuels cumulés, voir graphique 2.31). Il serait particulièrement important pour des pays comme la Côte d’Ivoire, confrontés à la hausse des tarifs douaniers découlant de l’intégration régionale (et donc à un renchérissement des intrants pour les biens de consommation et les produits intermédiaires), de tirer parti des avantages de l’intégration et de militer pour le respect des règles, l’acceptation réciproque et une coopération renforcée. Dans le cas contraire, l’intégration régionale risque d’offrir plus d’inconvénients (financiers) que d’avantages.

Graphique 2.31. Les échanges de la Côte d’Ivoire avec l’UEMOA sont à la traîne par rapport aux échanges avec le reste du monde
Évolution des échanges, en milliards FCFA, 2002-13
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Source : UEMOA (2014).

 http://dx.doi.org/10.1787/888933329333

L’approfondissement de l’intégration régionale constitue un défi délicat dans la mesure où il exige un effort multilatéral. Il est difficile d’identifier aujourd’hui les freins aux échanges dans la région. Si le transport joue certainement un rôle important (voir chapitre 3), des données empiriques pointent également les obstacles administratifs (rejet des formalités), sans oublier les échanges informels ou échappant aux mesures préférentielles. Une évaluation exhaustive de la situation nécessiterait de réunir davantage d’informations sur ces deux derniers obstacles.

Cela fait des décennies que la sous-région œuvre en faveur d’une meilleure intégration dans le domaine des infrastructures également, mais les progrès sont lents. Une autoroute reliant le centre de la Côte d’Ivoire au centre du Burkina Faso est prévue depuis longtemps. Si la Côte d’Ivoire a réuni les financements pour cet investissement, le projet a été reporté car le Burkina Faso peine à trouver les fonds nécessaires. En plus des obstacles infrastructurels, les échanges achoppent sur des obstacles administratifs. Ainsi, des quotas ont été mis en place pour allouer une part du transport de transit à des entreprises non ivoiriennes, mais ils ne sont pas toujours respectés. Dans la mesure où la plupart des cargaisons qui arrivent dans les ports ivoiriens sont destinées à des pays voisins enclavés, les transporteurs font souvent le trajet de retour à vide. Des quotas ont été fixés pour compenser les difficultés que rencontrent les entreprises de transport des pays voisins enclavés, ce qui fausse probablement le marché.

La coopération en matière de facilitation des échanges ne fonctionne pas toujours de façon optimale. Ainsi, personne ne sait actuellement combien de transactions commerciales sont rejetées à un poste frontière parce que les agents des douanes considèrent qu’il manque des documents. Dans ce cas, les négociants acquittent souvent les droits de douane sur place, même si cela leur revient plus cher. Le gouvernement ivoirien et d’autres pays pourraient commencer par recenser ces cas, afin d’en connaître l’étendue. Ce serait un moyen d’identifier les obstacles qui entravent la libre-circulation des marchandises (types de normes, évaluations, etc.).

La compétitivité exigera également le développement de technologies appropriées et l’adoption rapide de technologies innovantes

Le développement et l’adoption de nouvelles technologies spécifiques à la situation africaine ont sous-tendu une partie des progrès récents dans le développement du continent. La diffusion de méthodes de paiement mobiles, telles que M-Pesa au Kenya, constitue un exemple de l’adaptation des nouvelles technologies aux spécificités africaines. La société ghanéenne Esoko a également misé sur la prévalence des téléphones mobiles pour fournir des services d’information et de communication pour les marchés agricoles (messages texte, offres de vente et d’achat, etc.). En Côte d’Ivoire, le fournisseur de télécommunications Orange a soutenu des start-ups dans le domaine de la technologie, dont des services pour faciliter les paiements liés à la santé avec des messages texte. Par ailleurs, le CNRA a récemment présenté une nouvelle variété de cacao qui répond aux besoins de la filière pour remplacer les plants vieillissants, montrant ainsi l’existence d’un potentiel important dans la poursuite de l’innovation agricole.

Encadré 2.12. Le trajet de l’économie malaisienne vers une économie du savoir

La Malaisie souhaite devenir une économie de la connaissance afin de soutenir la croissance économique, améliorer la compétitivité internationale et réaliser son objectif de devenir une nation développée d’ici 2020. L’économie de la connaissance peut se définir comme une économie où l’utilisation intensive de connaissances au sein des secteurs productifs se traduit par une hausse rapide de la croissance et du développement.

En 1996, la Malaisie a mis en place deux de ses principaux plans stratégiques : le Programme national des technologies de l’information (NITA), et le Multimédia Super Corridor (MSC). Ces plans, outils au service de la vision malaisienne, visent à encadrer l’utilisation des TIC. Ils ciblent le développement social et économique nécessaire pour parvenir à une économie de la connaissance. Le NITA se concentre sur le développement des personnes, des structures (réseaux, appareils, systèmes juridiques, environnement favorables à la circulation de l’information) et les applications numériques. Le MSC a, quant à lui, constitué un banc d’essai pour les activités TIC, permettant ainsi à la Malaisie d’attirer travailleurs qualifiés, entrepreneurs en technologie et industries de haute technologie. Le MSC a été divisé en trois phases pour créer un environnement favorable en matière d’information et de multimédia : i) mettre en place des infrastructures TIC de haut niveau pour attirer des entreprises internationales et locales ; ii) relier les cinq cyber-villes malaisiennes (définies comme étant propices au climat des affaires et ainsi susceptibles d’attirer les investisseurs dans les TIC) aux autres villes en Malaisie et dans le monde ; et iii) étendre la connexion en TIC de la Malaisie à l’échelle mondiale. Au-delà de ces programmes, la Malaisie cherche à mettre en place plusieurs initiatives pour répondre aux défis de la fracture numérique : alphabétisation informatique, structures adaptées, intensification de la recherche et développement (R&D), et développement de compétences appropriées à une économie de la croissance.

Pour combler la fracture numérique et renforcer l’alphabétisation informatique, la Malaisie a adopté l’informatisation des écoles rurales afin que les élèves soient tous formés aux TIC. Pour accélérer le développement de structures adaptées, le gouvernement cherche à mettre en place un programme de service universel efficace permettant l’accès aux télécommunications à un coût abordable dans les zones mal desservies. Pour créer un environnement propice à la bonne circulation de l’information, le gouvernement a mis en place un réseau Internet et des kiosques multimédia dans des lieux stratégiques, ainsi que des logiciels en malais faciles d’utilisation.

Pour faciliter et améliorer la qualité de la R&D, son budget a été augmenté ; des aides à l’investissement ont été attribuées aux entreprises multinationales avec une forte capacité de R&D dans des domaines stratégiques ; des groupes d’experts ont été mis sur pied pour évaluer les propositions de recherche ; et les priorités de recherche ont été redéfinies et priorisées grâce à l’identification systématique des domaines en incluant ceux considérés comme porteurs ou stratégiques pour la Malaisie. Pour améliorer la diffusion et la commercialisation des résultats issus de la recherche, le gouvernement cherche à établir une forte collaboration entre les établissements publics de recherche, les universités et les groupes industriels.

Les autorités publiques, en collaboration avec les instituts de formation et le secteur privé, visent à répondre à la question du développement des ressources humaines à travers l’éducation et la formation. Cela se traduit par la révision des contenus des programmes scolaires et des méthodes d’enseignement ; l’augmentation du nombre d’étudiants inscrits à des cours de sciences et techniques dans l’enseignement supérieur ; et l’amélioration de la qualité des enseignants (formation davantage axée sur la créativité, l’originalité, l’innovation et la pensée analytique). Afin de répondre à la demande actuelle de main-d’œuvre, le gouvernement a envisagé d’activer un programme visant à attirer les Malaisiens qualifiés résidant à l’étranger ainsi que le personnel étranger hautement qualifié.

La Côte d’Ivoire pourrait envisager des stratégies similaires pour moderniser son économie et mobiliser le potentiel des services pour le développement économique à long terme. Le pays a déjà investi dans l’accès à Internet (possible pour une grande partie de la population), et dispose d’une couverture de téléphonie mobile quasi-universelle.

Se diriger vers une économie de la connaissance présente de nouvelles opportunités pour les services (innovation, accès à l’information plus rapide, information plus abondante et facilement accessible) et sert de catalyseur à la productivité dans le secteur manufacturier. Pour réaliser cet objectif, la Côte d’Ivoire devrait développer ses capacités en ressources humaines, structures et applications numériques. Il s’agirait donc de réviser une partie de sa politique éducative en la renforçant sur les questions des TIC, en prenant exemple sur la Malaisie. Certaines écoles proposent déjà des formations dans la gestion et le réseau informatique, mais de nombreux progrès restent à faire pour la formation de techniciens et d’ingénieurs. Les projets pilotes en cours dans ce domaine doivent être poursuivis et potentiellement renforcés. Bien que l’intégration des technologies informatiques dans le secteur de l’éducation ait été approuvée en avril 2001, il serait utile pour le pays d’introduire une politique plus large des TIC dans ce secteur.

Selon le Sommet mondial sur la société de l’information (2003) : « L’infrastructure est essentielle pour concrétiser l’objectif d’inclusion numérique, et permettre un accès universel, durable, constant et financièrement abordable des TIC par tous ». Alors que de nets progrès ont été réalisés en matière de couverture de téléphonie mobile, l’extension de l’accès à Internet par lignes fixes progresse lentement. Couplé à des coûts élevés, cela limite ainsi l’utilisation d’Internet par les entreprises du secteur privé.

Pour que la Côte d’Ivoire puisse atteindre une croissance économique rapide et maintenir un avantage concurrentiel à l’échelle mondiale grâce à l’utilisation des TIC, elle devra aussi développer une meilleure stratégie, assurer une politique cohérente et un environnement législatif solide afin d’accélérer le développement de ses ressources humaines et des structures TIC.

Sources : Abdulai, D (2001) ; Fall, B. (2007) ; Tamukong, J. (2007) ; Vestergaard, J. (2007).

La Côte d’Ivoire peut devenir un modèle dans l’adoption de technologies, et contribuer activement à l’élaboration de technologies novatrices. Le pays peut se fonder sur son passé éducatif brillant par rapport à d’autres pays africains et un secteur de services en pleine croissance qui pourra contribuer à l’adaptation des innovations. L’orientation vers une économie de la connaissance (Knowledge Economy) devrait être basée sur une double approche. D’une part, le gouvernement devrait travailler à mettre en place les préconditions indispensables au décollage d’une économie du savoir : population éduquée et familiarisée avec les TIC, environnement des affaires favorable à l’initiative entrepreneuriale, et bonne disponibilité des infrastructures TIC partout dans le pays. D’autre part, le gouvernement devrait favoriser les activités de recherche et développement qui visent à résoudre les problèmes les plus pressants, en apportant un soutien direct aux activités de recherche qui répondent à des besoins réels. Il faudra donc cibler l’innovation agricole, l’ingénierie des technologies de base (électricité, TIC) et les innovations ciblant les besoins spécifiques des marchés locaux et régionaux. Cela permettra au pays de devenir la référence régionale en matière d’innovation technologique et de générer des activités de services axées sur la demande. Il sera essentiel de mener des stratégies tenant compte des limitations actuelles du pays en termes de connaissances, d’infrastructures, ou d’industrialisation.

Recommandations

L’économie ivoirienne devra évoluer vers une structure plus avancée avec un potentiel de création d’emplois augmenté afin d’atteindre l’émergence. Alors que les secteurs de l’industrie et des services représentent une part importante de l’économie ivoirienne, la majorité des Ivoiriens travaillent toujours dans l’agriculture, dont les performances peinent à évoluer rapidement. Actuellement, le secteur secondaire est largement dominé par des activités à valeur ajoutée limitée et une offre insuffisante d’emplois formels. Il sera essentiel de faire évoluer l’économie vers : i) des activités industrielles avec un plus grand potentiel de création d’emplois et de valeur ajoutée, telles que la manufacture de produits complexes ; et ii) d’exploiter davantage le potentiel des activités de services à travers la formalisation et la professionnalisation. Le gouvernement devrait soutenir ce processus en accélérant la modernisation et en améliorant la productivité du secteur agricole, tout en favorisant la productivité et la compétitivité des industries et des services.

Augmenter la productivité des agriculteurs ivoiriens

Une dotation agricole diversifiée et assez bien répartie sur le territoire serait un avantage important dans l’optique de l’émergence, à condition de rendre l’agriculture plus productive et apte à répondre aux nouvelles tendances de la demande. Le renforcement des performances du secteur agricole passera par de meilleures innovations sectorielles, des investissements dans la planification stratégique et une réforme du foncier.

Accroître la performance du secteur agricole et sa capacité à suivre les nouvelles tendances de la demande

Accélérer le rythme de l’innovation agricole pour générer plus de valeur et de productivité.

  • Promouvoir un système de magasins de proximité agréés pour fournir des intrants et des services agricoles dans les régions, et de prestataires agréés de services logistiques.

  • Assurer la qualité des intrants agricoles.

Adopter une approche « intégrée » de services agricoles en incluant des services pré-production et post-récolte comme la sensibilisation aux techniques de certification et le développement des labels de marques.

  • Investir davantage dans la planification stratégique en dotant le programme national d’investissement agricole (PNIA) de ressources sur dix ans. Exemples à étudier : Plan Maroc-Vert ; Thaïlande.

  • Appuyer la mise en place de structures professionnelles dans les filières tubercules et les fruits tropicaux.

  • Généraliser le principe de contractualisation entre l’État et les interprofessions afin d’assurer une meilleure cohérence stratégique (notamment pour des domaines relevant de différents ministères).

Intégrer de nouveaux critères dans l’évaluation des performances des coopératives en leur assignant plus d’objectifs professionnels : services de prospection et de mise en relation au profit des membres ; élaboration de plans de labélisation, de traçabilité et de promotion des produits.

Mener une réforme foncière appropriée pour l’agriculture

Réduire les contestations et les coûts d’authentification des terres agricoles :

  • Mettre en place une commission mixte (État/Chambre nationale des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire/professionnels) pour simplifier les procédures d’enregistrement en faveur des petits exploitants de droit coutumier reconnus au niveau local.

  • Inciter à l’enregistrement des droits coutumiers, notamment en réduisant les coûts de délimitation et de morcellement des terres pendant la période transitoire (qui prendra fin en janvier 2019).

  • Engager des ressources financières et techniques pour amplifier le géo-référencement des terres agricoles. Produits suggérés pour commencer : l’ensemble des filières d’exportation de cultures pérennes (café, cacao, cajou, hévéa, palmier, etc.)

Assurer la fiabilité des actes fonciers et leur consignation dans un répertoire unique :

  • Créer une plateforme d’enregistrement et de référencement des actes fonciers, accessible gratuitement aux professionnels agréés (géomètres, notaires, etc.).

  • Ordonner aux professionnels de reporter systématiquement les coordonnées géographiques des terres sur les actes délivrés.

Adopter un nouveau régime foncier favorable à l’investissement durable dans l’agriculture. Exemples à étudier : Éthiopie, Mozambique, Tanzanie, Viet Nam.

  • Développer un système flexible de droit d’usage offrant plusieurs types de certificats – par exemple de 10, 20 ou 30 ans – laissant la liberté à chacun, sans distinction d’origine ou de nationalité, de choisir celui qui lui convient le mieux.

Éliminer les contraintes pesant sur les activités des entreprises

Le potentiel de modernisation et de diversification de l’économie ivoirienne est important, mais il est lié à l’amélioration de la compétitivité de l’économie et de l’environnement des affaires. La Côte d’Ivoire peut tirer un plus grand bénéfice des avantages de son agro-industrie pour assurer un leadership régional et améliorer son positionnement stratégique international. Un accès fiable à des intrants et des biens publics, notamment l’électricité, le transport et les TIC, sera essentiel pour permettre aux entreprises déjà installées d’atteindre des taux de croissance soutenus, ainsi que pour attirer de nouveaux investissements. Le pays possède également un secteur des services dont le potentiel de croissance directe est sous-exploité, et qui pourra être un moteur pour la croissance.

Asseoir un leadership industriel dans la fourniture de produits transformés à forte demande

Étendre rapidement les capacités industrielles du pays dans les activités de transformation de produits agricoles à forte demande et/ou à fort effet d’entraînement sur l’emploi :

  • Riz : attirer une grande entreprise leader dans la transformation du riz pour servir le marché local et le marché transfrontalier.

  • Manioc : amplifier la transformation industrielle du manioc en soutenant l’installation d’unités industrielles de taille moyenne à l’intérieur du pays.

  • Cajou : renforcer la qualité et les capacités ivoiriennes dans la transformation du cajou en nouant des collaborations commerciales autour des techniques de traitement, d’emballage et de traçabilité (partenariat avec les grands pays : Viet Nam, Inde, Brésil).

Fournir des informations et des orientations pour encourager l’installation de fabricants d’articles fortement demandés par les secteurs agro-industriel et chimique (emballages biodégradables et petit matériel agricole).

Réformer les zones industrielles pour assurer l’accès aux terrains et aux services essentiels pour les nouvelles entreprises industrielles

Améliorer la disponibilité des terrains industriels pour les entreprises manufacturières :

  • Rationaliser au plus vite l’utilisation des terrains existants pour libérer des terrains, et renforcer les contrôles sur leur utilisation.

  • Accélérer la réallocation des terrains et harmoniser les procédures d’allocation (renforcer aussi les capacités des agences).

  • Améliorer la gestion des zones industrielles (ZI), par exemple en augmentant le taux de recouvrement et en assurant leur aménagement (investissements visibles pour justifier la croissance des redevances).

Créer de nouvelles ZI à moyen terme en assurant une bonne gestion des projets (sans retards).

Promouvoir les offres de services pour les PME

Accroître l’aptitude des PME et des micro-acteurs de l’informel à répondre aux grosses commandes de sous-traitance (publiques et privées) :

  • Simplifier les démarches administratives pour les PME en regroupant la « Bourse de sous-traitance et de partenariat » et l’ensemble des institutions chargées des PME au sein d’une agence unique.

  • Développer des offres spécifiques pour les PME et très petites entreprises opérant dans les activités de transformation et de service aux entreprises (formations managériales, financement de fonds de roulement, coût d’accès aux services nécessaires).

Utiliser le potentiel d’Internet à plus grande échelle :

  • Continuer à développer la connectivité dans les villes secondaires et tertiaires.

  • Propager les informations sur les bénéfices et l’utilisation des TIC et soutenir leur adoption (mobile banking, applications agricoles, etc.) à travers les structures existantes, tels que la Fédération ivoirienne des petites et moyennes entreprises (FIPME) et le Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI). Exemple à étudier : l’application Esoko, au Ghana.

Améliorer la compétitivité et la fluidité opérationnelle des services de transports à l’intérieur du pays

Réformer le secteur des transports intérieurs avec pour objectif de :

  • Réduire les coûts et délais de transaction pour offrir plus de réactivité aux exportateurs ivoiriens.

  • Favoriser le développement d’offres logistiques spécialisées afin de réduire les pertes post-récoltes de produits périssables comme le manioc.

Identifier de nouvelles niches et permettre aux entreprises d’être compétitives

Pour atteindre la transformation structurelle, il sera essentiel de développer une vision partagée entre tous les acteurs de l’économie (gouvernement, secteur privé et population) en tablant sur une compréhension commune des défis clefs et des axes prioritaires du développement. Une meilleure coordination entre les acteurs économiques sera indispensable (pour le développement des infrastructures, par exemple). La promotion de la concurrence dans tous les secteurs est également un sujet transversal capital. Enfin, la mise en place et le respect des standards de qualité et des normes permettront à la Côte d’Ivoire de mieux s’insérer dans les chaînes de valeur et de se doter de la capacité de suivre les nouvelles tendances de la demande.

Mettre en place une vision concertée de la transformation structurelle identifiant les principaux avantages comparatifs et la façon de maximiser leurs bénéfices

Démarrer un processus de concertation avec le secteur privé pour la revalorisation et la diversification de l’économie :

  • Établir un comité stratégique avec une représentation du secteur privé afin d’établir un choix de produits et d’activités faisables et prometteuses.

  • Définir les marchés et les destinations prioritaires, en concertation avec les professionnels. Produits suggérés pour commencer : cajou, café, banane et autres fruits tropicaux.

  • Conduire des études de besoins pour les produits identifiés, réaliser des analyses de faisabilité, et identifier les préconditions clefs.

  • Diffuser des informations sur les opportunités et le potentiel économique des nouveaux produits pour attirer les entreprises et investisseurs (engagement CEPICI).

  • Assumer un rôle de facilitateur (éviter les mesures de politique trop étroitement ciblées qui génèrent un risque de défaillance, une mauvaise répartition, des distorsions).

Établir une approche de développement coordonnée pour les zones rurales et les villes secondaires :

  • Assurer la connectivité de toutes les infrastructures au même moment :

    1. Établir un comité interministériel pour la coordination des ministères (électricité, transport, TIC, eau).

    2. Coordonner les stratégies de déploiement dans les localités avec le plus grand potentiel de croissance.

  • Permettre aux réseaux de villes intermédiaires de jouer un effet d’entraînement plus efficace en mettant en place des plateformes d’infrastructures industrielles intégrées (clusters) proches des grandes zones de production agricole.

Renforcer la concurrence

Renforcer les capacités (financières, administratives, etc.) de la Commission de la concurrence.

Promouvoir les normes et standards de qualité

Renforcer les infrastructures et le cadre institutionnel relatif aux normes et à la qualité :

  • Harmoniser et faciliter les procédures d’accréditation des laboratoires.

  • Compléter la stratégie de qualité déjà à l’œuvre dans quelques chaînes de valeur (café-cacao, cajou, banane) en développant des systèmes et des labels d’indication géographique ou d’appellation d’origine.

  • Étendre les normes et standards à d’autres produits et services.

Disséminer des informations sur les normes et standards de qualité parmi les entreprises, notamment les PME :

  • Disséminer le savoir sur les exigences et le potentiel de la certification (notamment parmi les PME) en utilisant les associations professionnelles (FIPME) par le biais d’ateliers, de brochures, des conseils techniques ou de cellules spécialisées au sein de la direction de la promotion de la qualité et de la normalisation (DPQN) pour les PME.

  • Renforcer le dialogue régional pour l’élaboration et l’acceptation mutuelle des standards communs et ainsi faciliter l’échange des biens et services.

Accéder à des marchés plus vastes à l’international

La taille du marché national est insuffisante pour assurer un accès adéquat à des intrants ainsi que des débouchés pour la production nationale. La participation dans les chaînes de valeur mondiales et régionales est limitée du fait d’inefficiences qui affectent à la fois les infrastructures commerciales (ports, routes) et les procédures administratives (dédouanement, certification, normes de qualité). Le gouvernement devrait poursuivre ses réformes de facilitation du commerce et inciter à une plus grande harmonisation à l’échelle régionale dans tous les domaines liés au commerce, notamment les procédures annexes (normes de qualité, certificats, etc.).

Renforcer la capacité des acteurs locaux à accéder aux marchés d’exportation

Encourager et soutenir les regroupements volontaires en consortiums d’exportation (formation de grappes de PME).

  • Aider à la prospection internationale et à l’accès aux réseaux commerciaux à l’exportation.

  • Renforcer l’usage d’emballages de qualité pour mieux positionner les produits ivoiriens sur les marchés (en complément des certifications d’entreprises). Produits suggérés : toutes les filières alimentaires.

  • Appuyer la mutualisation des frais de gestion et d’accès aux prestations de personnels qualifiés (certification des comptes, montage de dossiers, rédaction de contrats de vente à l’international).

  • Établir des partenariats stratégiques avec des entreprises leaders à travers des accords-cadres gouvernements/entreprises leaders/associations d’acteurs locaux dans la chaîne d’approvisionnement.

Faciliter le commerce et l’intégration régionale et renforcer le positionnement à l’international

Adopter une nouvelle politique de marketing international et de montée en gamme dans les chaînes de valeur régionales et mondiales pour les produits connus.

  • Initier de nouvelles approches de marketing auprès des centrales d’achats des grands industriels ou distributeurs (exemple du café au Viet Nam). Produits suggérés : café, cacao, bananes et fruits tropicaux.

Renforcer l’efficacité des douanes :

  • Veiller à la formation du nouveau personnel des douanes.

  • Renforcer la réglementation et surveillance des services des douanes.

Continuer la coopération et l’intégration régionale en termes de procédures de commerce et de normes et standards :

  • Continuer le développement des certificats et des normes de qualité harmonisés à l’échelle régionale.

  • Soutenir une plus grande acceptation mutuelle (règles et normes plus claires pour ce qui doit être accepté, mécanisme de rétroaction pour l’acceptation rejetée) en favorisant les liens entre les différents organismes et en promouvant le dialogue.

ANNEXE 2.A1. Technique du cadre « Espace des produits »

La similitude des produits est mesurée par leur proximité. Cette mesure de la proximité part du principe que l’aptitude d’un pays à produire un bien dépend de son aptitude à produire d’autres biens (Hidalgo et al., 2007). Le concept de proximité rend compte empiriquement de cette notion, définie comme la probabilité pour deux produits d’être exportés parallèlement, grâce à l’avantage comparatif révélé (RCA) détenu.

Aucune donnée détaillée sur la production mondiale n’étant disponible à l’échelle des produits, le RCA se substitue à la production. Le cadre méthodologique complet relatif à l’Espace des produits est disponible dans Hidalgo et al. (2007). Ce document s’appuie sur une autre méthode de mesure, l’indice d’avantage commercial relatif (RTA), pour tous les produits figurant dans la Classification type pour le commerce international (CTCI) à quatre chiffres pour la période 2011-13 (classification CTCI révision 2).

L’indice RTA a été mis au point par Vollrath (1991) et rend compte à la fois des exportations et des importations. Il est considéré comme une bonne variable indicative du degré révélé de spécialisation d’un pays. Une valeur supérieure à zéro implique une spécialisation avérée de la production. Pour identifier les biens produits en Côte d’Ivoire présentant un certain degré de compétitivité (les compétences clefs), il ne faut retenir que les produits ayant un indice RTA supérieur à 1.

Afin de déterminer le degré de spécialisation de l’économie ivoirienne à l’échelle des produits, l’indice RTA a été calculé pour chacun des produits figurant dans la CTCI, comme suit (Vollrath, 1991) :

picture

L’indice RCA est calculé comme suit :

picture

X représente les exportations du produit p par la Côte d’Ivoire (n) ou le monde (w).

L’indice RMA, le pendant du RCA, correspond à l’avantage comparatif révélé pour les importations. Il est exprimé comme suit :

picture

I représente les importations du produit p par la Côte d’Ivoire (n) ou le monde (w). Un indice supérieur à zéro implique un avantage commercial relatif. Pour les besoins de cette étude, cet indice est appliqué de manière plus rigoureuse afin d’identifier les compétences clefs dont est dotée l’économie ivoirienne. De sorte qu’un produit affichant un indice RTA > 1 révèle un niveau élevé de compétitivité en termes de production.

Enfin, l’approche empirique pour estimer la complexité économique repose sur les notions de diversité et d’ubiquité. La diversité correspond au nombre de produits qu’un pays est capable de produire, le principe étant que cette diversité est étroitement liée à un ensemble précis de capacités disponibles dans ledit pays. L’ubiquité correspond à la quantité de capacités requises pour produire un bien. Les produits plus répandus ayant tendance à être plus communs, la quantité de capacités à mobiliser est moindre, de sorte que des produits moins répandus exigent un large éventail de capacités. Hidalgo et Hausmann (2009) et Hausmann et al. (2011) s’appuient sur ces notions pour élaborer une mesure quantitative de la complexité. Pour les pays, on parle alors d’indice de complexité économique (ICE) tandis que pour les produits, on parle d’indice de complexité du produit (ICP). Felipe et al. (2012) estiment que l’ICE est corrélé à l’ensemble de capacités présentes dans une économie, tandis que l’ICP est corrélé à l’ensemble de capacités à mobiliser pour fabriquer un produit.

Tableau 2.A1.1. Opportunités de diversification selon l’approche « Espace des produits »

Opportunité de diversification

CTCI

Description produit

Valeur d’opportunité

ICP

8 921

Livres, brochures, ouvrages cartographiques, globes

0.42

0.42

5 417

Médicaments pour la médecine humaine ou vétérinaire

0.19

0.76

7 810

Voitures automobiles pour le transport de personnes

0.18

0.70

7 821

Voitures automobiles pour le transport de marchandises

0.16

0.61

6 353

Ouvrages de menuiserie, constructions démontables en bois

0.13

0.40

6 912

Constructions et parties de constructions en aluminium

0.12

0.65

6 422

Papiers: Articles de correspondance

0.12

0.48

7 139

Moteurs : Parties et pièces détachées

0.08

1.12

5 543

Cirages/crèmes pour chaussures/encaustique/brillants pour métaux, etc.

0.08

0.25

6 351

Caisses, cageots, cylindres et emballages en bois

0.08

0.63

6 635

Laines de laitier, de scories, de roche et similaire

0.07

1.11

6 416

Papiers et cartons : Plaques pour constructions, en pâte à papier

0.07

0.18

6 921

Réservoirs, foudres, cuves en fonte, fer, aluminium

0.05

0.71

2 482

Bois de conifères sciés, rabotés, rainés, languetés, etc.

0.05

0.20

7 849

Véhicules routiers: Pièces détachées

0.04

1.22

240

Fromage et caillebotte

0.03

0.06

8 932

Objets pour l’hygiène ou la toilette

0.03

0.43

6 428

Papiers et cartons : Ouvrages en pâte à papier, carton ou ouate de cellulose

0.01

0.14

484

Produits de boulangerie

-0.01

-0.04

8 434

Jupes pour femmes en textile

-0.02

-0.73

6 359

Ouvrages en bois

-0.04

-0.24

6 349

Bois simplement façonnés ou travaillés

-0.07

-0.15

6 421

Boîtes, sacs & autres emballages en papier ou carton

-0.09

-0.18

6 611

Chaux ordinaire/hydraulique (sauf oxyde et hydroxyde de calcium)

-0.11

-0.53

6 589

Autres articles confectionnés en textiles

-0.52

-1.06

545

Autres légumes et plantes potagères, frais ou réfrigérés

-1.50

-1.50

2 472

Bois autres que de conifères, pour sciage ou placage

-1.82

-1.82

ANNEXE 2.A2. Méthodologie du Cadre d’identification et de facilitation de la croissance

Beaucoup de pays en développement ont rencontré des difficultés à faciliter la politique industrielle, en grande partie parce qu’ils ont ciblé des secteurs inadaptés à leurs structures de dotation ou à leurs capacités. Le Cadre d’identification et de facilitation de la croissance (Growth Identification and Facilitation Framework, GIFF) mis au point par Lin et Monga (2011) permet de conceptualiser l’identification d’activités industrielles appropriées. Sa logique repose sur l’idée qu’historiquement, la plupart des pays ayant déployé des politiques industrielles réussies ont ciblé des activités typiques de pays légèrement plus riches qu’eux mais présentant les mêmes structures de dotation (ainsi, bon nombre de pays d’Asie se sont inspirés des succès rencontrés par les industries japonaises entre 1960 et 1980).

L’analyse GIFF pour la Côte d’Ivoire repose sur un choix des pays de comparaison sélectionnés selon leur niveau de PIB élevé et des caractéristiques structurelles adaptées à l’exercice. L’analyse procède par étapes à partir d’une liste complète des produits que ces pays de référence ont exportés dans le passé ou exportent actuellement. La liste est ensuite réduite en fonction des critères qui aident à identifier les produits qui : i) ont toujours un potentiel sur les marchés mondiaux ; ii) permettent la croissance de la valeur ajoutée et de l’emploi ; et iii) sont liés aux dotations de la Côte d’Ivoire et à ses capacités productives actuelles. L’analyse s’appuie sur les données d’exportation de la base Comtrade à 4 chiffres pour la période 2000-11 pour 5 économies sélectionnées dans un groupe de 12 pays de référence pour leur structure de dotation relativement comparable et leur dynamisme économique, avec un revenu par habitant supérieur à celui de la Côte d’Ivoire dans des proportions adaptées.

Dans un premier temps, les produits ont été filtrés en fonction de leur progression dans le volume d’échanges mondiaux afin de repérer les plus susceptibles de bénéficier d’une demande régionale ou internationale soutenue. Ensuite, les produits exportés offrant un avantage comparatif révélé (RCA) supérieur à 1 dans au moins l’un des pays de comparaison sur la période 1999-2001 ou 2009-11 ont été conservés, ce qui a permis d’établir une liste des pays de comparaison offrant un certain degré de spécialisation réussie. Le résultat est une liste de 371 produits de la classification à 4 chiffres qui connaissent un développement rapide et ont été exportés avec succès par au moins l’un des pays de comparaison au cours d’au moins l’une des périodes concernées.

L’étape suivante s’attache aux caractéristiques et à la structure économique de la Côte d’Ivoire, pour évaluer les capacités actuelles d’exportation du pays et ses avantages comparatifs. La présence d’entreprises privées obtenant pour certains biens et secteurs des résultats positifs en termes de production et d’exportation peut suggérer des axes de croissance. Les biens sont ensuite classés en trois groupes pour identifier ceux qui sont les mieux adaptés aux capacités productives de la Côte d’Ivoire en fonction de son niveau actuel de développement, sachant que la facilité d’échange entre en ligne de compte : i) des marchandises qui, comme l’or, sont négociées sur des marchés organisés ; ii) des marchandises qui, comme les produits chimiques, se négocient à des prix référencés ; et iii) des produits différenciés, dont les caractéristiques et la qualité peuvent varier et pour lesquels le prix n’est pas un bon indicateur de rareté (Rauch, 1999). Les produits différenciés tendent à être plus complexes et nécessitent de mobiliser des intrants plus complexes. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, les produits fortement différenciés (comme les machines complexes sur demande) ne sont pas forcément une bonne piste en raison des capacités existantes, car le pays risque d’avoir des difficultés à obtenir un avantage comparatif dans ce domaine.

La transformation structurelle de la Côte d’Ivoire devrait, idéalement, viser un double objectif : une croissance économique (hausse de la productivité) inclusive grâce à la création d’emplois. Deux autres critères ont été ajoutés pour saisir ces deux dimensions : i) la valeur ajoutée du produit en pourcentage de la production industrielle totale, et ii) le poids du salaire en pourcentage de la production industrielle totale (informations tirées dans les deux cas des statistiques de l’ONUDI). Ces données de production industrielle ont permis d’apprécier le potentiel de création d’emplois des différents secteurs. En moyenne, et pour tous les produits couverts par la série de données, le poids des salaires est de 13.2 %, contre 10.8 % pour les 371 produits de la première liste. Les produits présentant un poids des salaires supérieur à 9.8 % (soit 10 % en deçà du poids moyen de la liste préliminaire) ont été conservés.

Le tableau 2.A2.1 recense une sélection des produits offrant un certain potentiel, en fonction des critères évoqués ci-dessus. Les produits et les industries identifiés ci-dessous ont tous été associés à la demande mondiale ou régionale au cours des dernières années, et représentent les zones où la Côte d’Ivoire pourrait avoir un avantage comparatif latent, par exemple, parce qu’elle est déjà active dans des activités connexes ou similaires. Les produits et secteurs ainsi identifiés équivalent à des domaines pour lesquels le cadre GIFF pointe un avantage comparatif latent pour la Côte d’Ivoire.

Tableau 2.A2.1. La Côte d’Ivoire pourra se diversifier dans les activités chimiques et la fabrication des machines simples

CITI Rev 3

Description produit

CTCI

1810

Fabrication d’articles d’habillement autres qu’en fourrure

8424, 8442

1912

Fabrication d’articles de voyage et de maroquinerie, d’articles de sellerie et de bourrellerie

8311

1920

Fabrication de chaussures

8511, 8515, 8517

2423

Fabrication de préparations pharmaceutiques, de produits chimiques à usage médicinal et de produits d’herboristerie

5416, 5419, 5422, 5423, 5429

2424

Fabrication de savons et détergents, de produits d’entretien, de parfums et de produits pour la toilette

5531, 5532, 5533, 5534, 5542

2691

Fabrication de produits céramiques non réfractaires autres que pour la construction

6639

2699

Fabrication d’autres produits minéraux non métalliques n.c.a.

5986

2911

Fabrication de moteurs et de turbines (sauf moteurs pour avions, automobiles et motocycles)

7181, 7138

2912

Fabrication de pompes, de compresseurs et d’articles de robinetterie

7189, 7422, 7424, 7425, 7426, 7429, 7438, 7473, 7478, 7479

2913

Fabrication de paliers, d’engrenages et d’organes mécaniques de transmission

7481, 7482, 7484, 7485, 7486, 7489

2915

Fabrication de matériel de levage et de manutention

7442

2919

Fabrication d’autres machines d’usage général

7436

2921

Fabrication de machines agricoles et forestières

7211, 7212, 7224

2922

Fabrication de machines-outils

7351, 7451

2923

Fabrication de machines pour la métallurgie

7372

2924

Fabrication de machines pour les mines, les carrières et la construction

7231, 7232, 7233, 7234, 7239, 7283

2925

Fabrication de machines pour le traitement des produits alimentaires, des boissons et du tabac

7219

2929

Fabrication d’autres machines d’usage spécifique

7284, 7285

3110

Fabrication de moteurs, génératrices et transformateurs électriques

7165

3120

Fabrication de matériel électrique de distribution et de commandes

7724, 7726, 7728

3210

Fabrication de tubes et valves électroniques et d’autres composants électroniques

7763

3220

Fabrication d’émetteurs de radio et télévision, et d’appareils de téléphonie et de télégraphie

7643

3311

Fabrication d’instruments et d’appareils médico-chirurgicaux et d’appareils d’orthopédie

8722, 8723, 8724, 8996

3312

Fabrication d’instruments et appareils pour la mesure, la vérification, le contrôle, la navigation et d’autres usages, etc.

8731, 8743

3330

Fabrication d’horlogerie

8853

3420

Fabrication de carrosseries pour véhicules automobiles; fabrication de remorques et de semi-remorques

7842, 7862, 7863, 7868

3511

Construction et réparation de navires de commerce

7932, 7939

3520

Construction de matériel ferroviaire roulant

7919

3610

Fabrication de meubles

8212

3691

Fabrication de bijoux et d’articles similaires

8973, 8974

3699

Autres activités de fabrication

8972

Source : Calculs de l’auteur.

Références

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ACET (2014), « The Coffee Value-Addition Opportunity in Africa », African Center for Economic Transformation, http://acetforafrica.org/.

ACET (2013), « The cotton agro-processing opportunity in Africa », final draft report, African Center for Economic Transformation, http://acetforafrica.org/.

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AGRER Consortium (2012), « Étude pour la préparation d’une stratégie pour le développement de la filière anacarde en Côte d’Ivoire : Proposition d’une stratégie pour le développement de la filière anacarde : Rapport final », http://hdl.handle.net/2268/131062.

AGRICI (2014), « L’agriculture dans l’économie », www.agrici.net/agriculture/le-monde-agricole-ivoirien/l-agriculture-dans-l-economie.html.

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Notes

← 1. Pour une analyse approfondie de la méthodologie, voir Hidalgo et Hausmann (2009), Hausmann et al. (2011) et Felipe et al. (2012).

← 2. Les auteurs de cette étude conjointe CIRAD-Afristat-AFD (dir. Nicolas Bricas) attirent l’attention sur le fait que la définition du « rural » est très hétérogène d’un pays à l’autre. Pour certains, le milieu urbain correspond à des agglomérations administrativement reconnues centrales dans une zone donnée. Pour d’autres, il correspond à un seuil de population, parfois combiné à un seuil d’activités non-agricoles. Ce seuil varie d’un pays à l’autre : il est de 20 000 personnes au Nigéria, mais de 10 000 habitants au Bénin, en Côte d’Ivoire ou au Sénégal et de 5 000 habitants au Cameroun, au Ghana, en Guinée, au Mali, en Mauritanie et au Tchad. La définition régionale du milieu rural et du milieu urbain n’est donc pas homogène.

← 3. Comme en Côte d’Ivoire, la production en Thaïlande est majoritairement portée par des petits producteurs : environ 2.6 millions d’agriculteurs qui exploitent 1.2 million d’hectares pour 30 millions de tonnes de manioc. En 2013, la Thaïlande a exporté l’équivalent de la production ivoirienne totale, soit 2.4 millions de tonnes pour un chiffre d’affaires légèrement supérieur à 1.1 milliard USD (Nations Unies, Comtrade, 2015), notamment vers la Chine où le produit est largement utilisé dans la production d’éthanol (Gro Intelligence, 2015).