Avant-propos

Les « chaînes de valeur mondiales » (CVM) ont considérablement accru les possibilités qui s’offrent aux individus et aux nations de tirer parti de la mondialisation. Des travailleurs de différentes parties du monde peuvent désormais contribuer à la fabrication d’un même produit, offrant même aux petits pays et petites entreprises des possibilités sans précédent de pénétrer les marchés mondiaux et de créer de nouveaux emplois, et générant de nouveaux gains de productivité qui profitent aux consommateurs. Cependant, les CVM peuvent faire des laissés-pour-compte. Si de nombreux emplois en dépendent, les CVM sont synonymes de pertes d’emploi pour certains travailleurs, et de revenus qui stagnent depuis dix ans pour beaucoup d’autres.

Il est donc important de réaliser qu’au cœur des chaînes de valeur mondiales, il y a des hommes et des femmes : depuis les concepteurs d’un nouveau produit jusqu’aux consommateurs qui l’utilisent, en passant par ceux qui élaborent, assemblent et transportent le produit et ses différents composants. La facilité avec laquelle les individus vont pouvoir se connecter aux chaînes de valeur mondiales dépendra largement de leurs compétences. C’est le sujet de l’édition 2017 des Perspectives de l’OCDE sur les compétences.

Les travailleurs doivent posséder de solides compétences à l’écrit, en mathématiques et en résolution de problèmes, savoir utiliser les technologies, avoir des aptitudes sociales et émotionnelles, telles que des capacités de gestion et de communication, et ils doivent avoir la volonté d’apprendre. Lorsqu’ils maîtrisent l’ensemble des compétences qui répondent aux besoins des secteurs les plus avancés d’un point de vue technologique, et lorsque leurs diplômes et qualifications reflètent réellement ce qu’ils sont capables de faire, les pays peuvent obtenir un avantage comparatif en se spécialisant dans ces secteurs. Les travailleurs qui possèdent les compétences nécessaires sont également mieux armés face aux conséquences potentiellement néfastes des CVM : avoir le sens de la communication et la capacité de prendre des décisions rend moins vulnérable au risque de délocalisation.

Cependant, de nombreux adultes ne possèdent pas ces compétences. L’Enquête sur les compétences des adultes, fruit du Programme de l’OCDE pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC), montre qu’environ un adulte sur quatre a un niveau faible à l’écrit ou en mathématiques. Dans la mesure où la production comme l’enseignement dépassent désormais les frontières nationales, les pays peuvent coopérer pour concevoir des programmes d’enseignement et de formation à même de renforcer les compétences des travailleurs et pour valider les aptitudes utiles à partir d’une définition commune des diplômes et qualifications des travailleurs.

Plus que toute autre chose, les pouvoirs publics doivent examiner l’ensemble de leurs politiques structurelles pour surmonter les défis que pose la mondialisation. Cet ouvrage met l’accent sur le rôle particulier des compétences et des politiques qui s’y rapportent pour tirer pleinement parti des chaînes de valeur mondiales, mais ces politiques doivent être harmonisées avec d’autres domaines d’action, notamment la politique commerciale, les politiques de l’innovation et de l’investissement et la politique industrielle. En d’autres termes, une approche interministérielle est nécessaire. L’OCDE se tient prête à œuvrer avec les gouvernements pour faire face aux défis qui se posent et tirer parti des avantages de la mondialisation.

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Andreas Schleicher

Directeur de la Direction de l’éducation et des compétences, et conseiller spécial du Secrétaire général, chargé de la politique de l’éducation

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Andrew Wyckoff

Directeur, Direction de la science, de la technologie et de l’innovation