4. Immigration et fondation d’une famille : données récentes et implications

Alicia Adsera
School of Public and International Affairs, Université de Princeton
Marcela Valdivia
OCDE

Le taux de fécondité est en chute libre dans tous les pays de l’OCDE depuis plusieurs dizaines d’années. Cette baisse, qui est plus ou moins rapide selon les pays, dépend du niveau de sécurité économique et financière, de l’existence ou non de politiques de soutien à la famille, des perspectives d’emploi, mais aussi de l’évolution de la conception qu’ont les jeunes femmes de leur rôle dans la société (D’Addio et Mira d’Ercole, 2005[1] ; OCDE, 2023[2]). Conjuguée à la hausse de l’espérance de vie, la baisse du taux de fécondité contribue au vieillissement des populations, c’est-à-dire à l’augmentation de la part de personnes âgées dans la population générale, un vieillissement qui est lourd de conséquences économiques et sociales : montée des tensions budgétaires, baisse des niveaux de productivité, diminution de l’épargne ou encore augmentation des dépenses publiques (Nagarajan, 2015[3]). Il reste toutefois à établir dans quelle mesure la seule hausse du taux de fécondité peut éviter de tels scénarios (OCDE, 2023[2]).

Dans ce contexte, le comportement des immigrés en matière de fécondité constitue un aspect important de la dynamique démographique qu’il convient d’analyser, notamment dans les pays de forte immigration. Malgré leur faible contribution à l’indicateur conjoncturel de fécondité, les enfants d’immigrés (à la fois ceux nés dans le pays de destination et ceux qui arrivent avec leurs parents) pourraient jouer un rôle important dans la prévention du déclin de la population (González-Ferrer et al., 2017[4]). Il faudrait toutefois que les flux d’immigration atteignent des niveaux exagérés et donc peu réalistes et que le taux de fécondité des femmes immigrées soit durablement élevé pour compenser le vieillissement dans la majorité des pays développés, car non seulement la part d’immigrés reste modeste par rapport à la population globale, mais la fécondité dépend aussi largement de la composition des cohortes d’immigrés1 (Fihel, Janicka et Kloc-Nowak, 2018[5]). De surcroît, comme le montre ce chapitre, le taux de fécondité des immigrés est actuellement inférieur au seuil de renouvellement des générations2 dans la majorité des pays de l’OCDE et converge fortement avec celui de la population native au fil du temps, ce qui signifie que ses effets s’inscrivent dans la durée.

  • Premièrement, le comportement des immigrés en matière de procréation influence sur leur intégration socioéconomique dans le pays de destination. Maternité et activité sont en effet intimement liées (chapitre 5) : d’un côté, les besoins économiques des foyers et, partant, la nécessité pour leurs membres de travailler, augmentent avec la présence d’enfants ; de l’autre, la maternité peut retarder ou réduire l’offre de main-d’œuvre, comme on le verra au chapitre suivant. Parallèlement, la situation du marché du travail peut influencer la décision des femmes de fonder une famille selon leur niveau de formation ou leurs aspirations professionnelles. Au niveau agrégé, l’emploi et l’activité des femmes sont devenus positivement corrélés au taux de fécondité dans la zone OCDE depuis les années 1990 (Adsera, 2005[6]), mais cette corrélation dépend fortement de la vitalité de l’économie et des politiques de soutien à la famille, lesquelles varient d’un pays à l’autre. Le fait que ces politiques de soutien à la famille ne soient pas toujours accessibles aux femmes immigrées (chapitre 5) rend plus complexe le rapport entre fécondité et emploi, qui continue dans l’ensemble, pour les immigrées, de dépendre fortement du contexte. Dans certains pays, les femmes immigrées qui ont peu de perspectives d’emploi et d’aspirations professionnelles choisissent parfois d’avoir des enfants au lieu de travailler. Dans d’autres, elles attendent d’avoir un emploi pour avoir des enfants (Alderotti et al., 2022[7]).

  • Deuxièmement, les normes et les comportements liés à la famille et à la maternité étant souvent adoptés socialement dès le plus jeune âge, un changement de préférences en matière de fécondité, et plus particulièrement la convergence avec les préférences de la population née dans le pays, peut être le signe de profondes mutations culturelles chez les immigrés sous l’influence de la société d’accueil (Carlsson, 2023[8]). Il n’est pas étonnant que les chercheurs aient reconnu l’importance d’étudier le comportement en matière de fécondité en tant que dimension essentielle de l’intégration (Adsera et Ferrer, 2015[9] ; Milewski et Mussino, 2019[10]).

  • Troisièmement, les préférences et les comportements en matière de fécondité sont étroitement liés aux attitudes à l’égard de l’activité des femmes et de leur rôle dans la société, de manière plus générale. Ces attitudes pouvant varier selon les pays d’origine et de destination et, dans certains cas, persister parmi les enfants d’immigrés, les écarts de fécondité et d’attachement au marché du travail entre la population née dans le pays et celle née à l’étranger, risquent de conduire à des inégalités sociales persistantes (Milewski et Adserà, 2022[11]).

Le présent chapitre vise à fournir des données factuelles pour nuancer le débat public sur la fécondité des populations immigrées et ses implications.

Trois questions ont guidé la recherche sur les schémas de fécondité des immigrés : les différences de comportement des populations immigrées et de celles nées dans le pays en matière de procréation ; la convergence ou non de ces comportements au fil du temps ; et les effets de l’immigration sur ces comportements (Del Rey et Parrado, 2012[12]). Pour y répondre, les chercheurs ont mobilisé un large éventail d’indicateurs, bien que pour la plupart imparfaits et ne livrant qu’une image incomplète de la vie reproductive des immigrés (Tønnessen et Wilson, 2020[13]).

Pour établir si les femmes immigrées ont plus d’enfants que les femmes nées dans le pays, les chercheurs utilisent souvent l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF), c’est-à-dire le nombre d’enfants qu’aurait une femme si les taux de fécondité observés actuellement à chaque âge demeuraient inchangés. Ces taux sont calculés en rapportant le nombre total de naissances de femmes d’un âge donné à la population de femmes appartenant au même groupe d’âge. Il faut savoir que l’ICF n’est pas le résultat d’une observation longitudinale des individus au cours de leur vie, mais un indicateur synthétique fondé sur le nombre annuel de naissances d’une génération fictive de femmes. L’intérêt de l’ICF réside dans le fait qu’il est relativement facile à calculer, donne une idée globale des tendances de fécondité des populations natives et immigrées, livre des informations récentes sur les différentiels entre les populations nées dans le pays et celles nées à l’étranger, et peut donner des indications sur les contributions de ces dernières à l’ICF national (Sobotka, 2008[14]). Il présente toutefois de grandes imperfections, dont il sera question plus bas (Encadré 4.1).

Outre l’ICF, l’analyse de l’historique des événements est utilisée pour étudier le moment des naissances de chaque rang (premier enfant, deuxième enfant, etc.). Elle a pour avantage de donner des indications sur le moment des naissances et de les distinguer les unes des autres. Son principal inconvénient réside dans le fait qu’elle n’apporte pas de réponse aux questions concernant le nombre total d’enfants nés et, surtout, dans le cas des femmes immigrées, sur les différences entre nombre d’enfants nés avant et après l’immigration (Tønnessen et Wilson, 2020[13]).

La descendance finale est un autre indicateur de fécondité couramment utilisé, qui mesure le nombre d’enfants nés de femmes d’une cohorte particulière en fin de vie féconde. Il a pour avantage de livrer des informations sur le nombre effectif d’enfants nés, sans distorsions temporelles. Il n’opère toutefois pas de distinction entre les enfants nés avant et après l’immigration et ne permet donc pas d’établir si la fécondité varie après l’arrivée (Tønnessen et Wilson, 2020[13]). Il ne livre pas non plus d’informations sur les tendances de fécondité actuelles des immigrées et se limite à une génération donnée de femmes (qui ont déjà eu leurs enfants).

Le Graphique 4.3 fait apparaître les différences d’ICF entre les femmes nées dans le pays et nées à l’étranger selon données les plus récentes. En dépit de taux de fécondité plus élevés, dans les deux tiers des pays de l’OCDE, l’ICF des immigrées n’atteint pas le seuil de renouvellement des générations (2.1 enfants par femme), c’est-à-dire le niveau auquel la population se renouvelle exactement d’une génération à l’autre en l’absence d’immigration.

L’« effet net » des immigrées sur l’ICF au niveau des pays (la différence entre l’ICF national observé et l’ICF des femmes nées dans le pays) demeure faible, allant de +0.2 en France, en Belgique et au Luxembourg, à -0.3 en Australie. La moyenne de l’OCDE s’établit à 0.043. En réalité, dans plus de la moitié des pays de l’OCDE pour lesquels on dispose de données, la population née à l’étranger n’est pas assez importante pour infléchir ces taux de plus de 0.1 (effet net neutre). Dans quelques pays, dont l’Australie, le Danemark et l’Islande, les immigrées ont plutôt tendance à faire baisser le taux national (effet net négatif).

Par contre, les écarts de fécondité entre les femmes nées dans le pays et nées à l’étranger sont plus importants et varient considérablement d’un pays à l’autre. Le Costa Rica affiche le plus grand différentiel : un ICF de 3.7 pour les femmes immigrées, mais de 1.4 pour les femmes nées dans le pays, soit un écart de 2.3. Les Pays-Bas affichent le plus faible écart (0.4). Dans neuf pays (Israël, Japon, Hongrie, Islande, Türkiye, Estonie, Australie, République slovaque et Danemark), l’ICF des femmes natives est supérieur à celui des femmes nées à l’étranger. À noter que les différentiels de fécondité entre les pays traduisent, dans une grande mesure, les différences de composition des populations immigrées par pays d’origine, par motif de départ, selon la structure par âge et par sexe.

Les différences d’ICF entre les femmes nées dans le pays et nées à l’étranger, mais aussi entre les femmes nées à l’étranger et les femmes dans le pays d’origine peuvent mettre en évidence :

  • l’importance des normes culturelles et du comportement en matière de fécondité dans le pays d’origine, souvent acquis ou adoptés socialement dans l’enfance (hypothèse de la socialisation). En Norvège et en Italie, par exemple, on sait que les immigrés de certaines régions ont davantage tendance à avoir un troisième enfant lorsque les deux premiers sont des filles, ce qui correspond aux préférences culturelles dans la population du pays d’origine4 (Lillehagen et Lyngstad, 2018[34] ; Ambrosetti et al., 2022[35]).

  • l’importance des normes sociales et des contextes institutionnels auxquels les immigrés sont peu à peu exposés dans le pays de destination (hypothèse de l’adaptation). Les femmes venues de Türkiye, par exemple, affichent un taux de fécondité relativement plus élevé que celles nées dans le pays, mais aussi un taux de primo-maternité légèrement plus bas dans les pays à faible fécondité (Allemagne et Suisse) que dans les pays à plus forte fécondité (France). Ces différences semblent confirmer l’hypothèse de l’adaptation (Milewski, 2011[36]).

  • l’autosélection des immigrées, dont les schémas de fécondité peuvent être différents de la moyenne observée dans le pays d’origine (hypothèse de la sélectivité). La sélectivité des immigrées peut reposer sur des particularités observées (éducation et profession dans le pays d’origine), mais aussi non observées (désir de mobilité ou orientation familiale). Dans le cas de l’immigration mexicaine aux États-Unis, par exemple, les femmes qui immigrent sont relativement plus fécondes que celles qui n’immigrent pas, ce qui conduit à un taux de fécondité plus élevé parmi les immigrées que le taux moyen de fécondité observé chez les Mexicaines (Choi, 2014[37]). Inversement, l’immigration ghanéenne est généralement constituée de femmes qui ont un niveau de formation relativement plus élevé et repoussent leur première grossesse, par rapport aux Ghanéennes dans le pays d’origine (Wolf et Mulder, 2018[38]).

  • la perturbation de la dynamique familiale que peut entraîner l’émigration, notamment à court terme, par exemple en séparant les conjoints, avec d’éventuelles conséquences pour le comportement en matière de fécondité (hypothèse de la perturbation). Dans la majorité des cas, cette perturbation s’est avérée temporaire, mais les femmes qui immigrent en Espagne avant de fonder une famille, par exemple, semblent décaler leur première grossesse encore plus que les femmes nées dans le pays. La majorité d’entre elles ne compensent pas ultérieurement cette perturbation liée à l’émigration (González-Ferrer et al., 2017[4]).

  • l’interdépendance générale des migrations et de la fondation d’une famille, en particulier pour les femmes : l’émigration coïncide avec d’autres changements dans la dynamique familiale, comme le mariage, le regroupement familial et la formation d’une union ou d’un ménage (hypothèse du cycle de vie). Les femmes qui émigrent pour rejoindre leur conjoint ont une bien plus forte propension à avoir des enfants après leur arrivée que les femmes qui émigrent pour des raisons d’emploi. Ce phénomène s’observe en Italie, par exemple, où il existe une association manifeste entre le moment où les femmes ont des enfants et la part de permis de séjour délivrés au titre de l’immigration familiale (Mussino et Strozza, 2012[19]).

Tous ces mécanismes ne sont pas exclusifs les uns des autres et font ressortir les spécificités des immigrées à prendre en compte dans l’étude des schémas de fécondité.

Les différences globales observées dans l’ICF des immigrées, dont il est question plus haut, masquent une forte hétérogénéité sur l’ensemble des pays de naissance. En Afrique subsaharienne, le taux de fécondité dépasse nettement le seuil de renouvellement des générations, à 4.6 naissances par femme en moyenne en 2020, mais il est plus proche ou égal au seuil de renouvellement dans la plupart des autres régions (DESA, 2020[43]). Parce que chaque individu porte en lui des éléments de sa culture d’origine, les immigrées d’Afrique et d’autres régions à forte fécondité, comme l’Asie, ont tendance à être plus fécondes que celles en provenance d’Europe et des Amériques.

Les différences de fécondité par région ou pays d’origine reflètent en outre les principales voies d’émigration des femmes (familiale, travail, humanitaire, etc.). En Allemagne, les femmes venues de pays extérieurs à l’Union européenne sont particulièrement susceptibles d’émigrer en étant déjà mariées et de fonder une famille peu après leur arrivée. De même, en Italie, la plus grande part des immigrées au titre du regroupement familial sont originaires du sous-continent indien, d’Afrique du Nord et du Sénégal. Elles se marient plus jeunes et leur descendance finale est plus importante que celle des immigrées indépendantes et primo-arrivantes (arrivées célibataires ou sans conjoint) (Cristina Samper et Kreyenfeld, 2021[44] ; Ortensi, 2015[45]). En Espagne, le taux de fécondité des immigrées d’Amérique latine est inférieur à celui observé dans leurs pays d’origine, constat qui tient en partie à la sélectivité migratoire et au fait que ces femmes ne sont pas toujours accompagnées de leurs enfants. A contrario, les femmes marocaines maintiennent un niveau de fécondité supérieur à celui des femmes nées dans le pays, corrélé avec des schémas migratoires distincts étant donné que la plupart entrent en Espagne par mariage (González-Ferrer et al., 2017[4]).

Le Tableau 4.1 donne un exemple des différences de taux de fécondité par région d’origine dans une sélection de pays de l’OCDE pour lesquels on dispose de données : Australie, Espagne, Danemark, Finlande et Norvège. Tous pays de destination confondus, les immigrées venues d’Afrique ont toujours le plus haut taux de fécondité, bien que celui-ci soit aussi sur une courbe descendante depuis quelques années. En 2021, l’ICF des immigrées venues d’Afrique s’établit à 2.2 en Norvège, par rapport à 3.0 dix ans plus tôt. Des tendances comparables s’observent dans les autres pays de destination. En 2021, le taux de fécondité des immigrées en provenance d’Asie est lui aussi relativement supérieur à celui de la population née dans le pays, mais la région d’origine cache une grande hétérogénéité : le taux le plus élevé est enregistré en Asie du Sud et centrale (Afghanistan, Pakistan, Bangladesh, dans l’ordre décroissant) et le taux le plus bas en Asie du Nord-Est (Corée, Japon, Chine, dans l’ordre croissant). Enfin, le taux de fécondité des immigrées venues des Amériques est inférieur au seuil de renouvellement des générations dans tous les pays de destination et au taux de fécondité des immigrées originaires de l’UE.

En France, les immigrées venues d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et de Türkiye ont également plus d’enfants en fin de vie féconde (descendance finale) que les femmes nées dans le pays (Graphique 4.4). A contrario, les immigrées originaires d’Europe du Sud (Italie, Espagne et Portugal) ont un schéma de fécondité semblable à celui des Françaises. Sur une période de dix ans, la descendance finale est moins importante pour toutes les origines, mais les baisses les plus marquées sont observées chez les immigrées originaires d’Afrique et d’Europe du Sud (-0.7 et -0.6 enfant respectivement).

En Suède, la descendance finale des femmes nées dans le pays entre 1975 et 1980 s’établit en moyenne à 1.9 enfant. À l’exception de trois des principaux pays d’origine (Thaïlande, Iran et Pologne), les femmes nées à l’étranger ont eu plus d’enfants en fin de vie féconde que celles nées dans le pays. Les femmes de Yougoslavie, d’Iraq, de Syrie et de Somalie, qui arrivent généralement pour raisons humanitaires, ont une descendance finale supérieure au seuil de renouvellement des générations (Graphique 4.5). À noter, par ailleurs, que les données se rapportent à une génération de femmes en fin de vie féconde. Les cohortes plus jeunes auront probablement une descendance finale moindre.

Il n’est pas possible, à partir des données transversales, de comprendre les moteurs de l’évolution de l’ICF dans le temps et les régions d’origine, mais les baisses pourraient tenir simultanément à trois facteurs, expliqués plus en détail ci-après :

  • La durée de séjour : la fécondité des immigrées diminue souvent à mesure que le nombre d’années de séjour dans le pays de destination augmente. Par conséquent, toutes choses étant égales par ailleurs, les immigrées qui ont vécu longtemps dans ce pays seront moins fécondes que celles qui sont récemment arrivées. En Norvège, par exemple, (Tønnessen, 2019[51]) montre que, en 2000, les immigrées récentes (0 à 2 ans depuis la migration) venues d’Afrique et d’Asie avaient un ICF de plus de 4 enfants par femme, tandis que les femmes des mêmes régions arrivées dans le pays plus de dix ans plus tôt avaient un ICF d’environ 2. Plusieurs raisons pourraient expliquer le rôle de la durée de séjour, dont la relative augmentation de la fécondité immédiatement après l’arrivée, l’adaptation progressive aux normes locales ou les difficultés à concilier travail et famille qui ralentissent les maternités ultérieures.

  • La baisse du taux de fécondité dans les pays d’origine : même si elles sont originaires des mêmes régions et pays, les immigrées récentes peuvent être plus ou moins fécondes que celles des cohortes précédentes. On observe, dans la majorité des cas, une tendance décroissante du taux de fécondité dans les cohortes d’immigrées récentes. Ce constat tient à la baisse de la fécondité dans les pays d’origine due, entre autres facteurs, aux programmes de régulation des naissances, à l’évolution des préférences ou à des niveaux de formation des femmes plus élevés, lesquels, à leur tour, influencent à la fois la proportion de femmes qui émigrent et les raisons de leur départ (Tønnessen, 2020[52]).

  • Les effets de sélection : les profils sociodémographiques des immigrées originaires du même pays peuvent eux aussi évoluer dans le temps. Si les cohortes sont composées de femmes ayant un faible niveau de formation ou originaires de zones rurales, leur taux de fécondité peut être supérieur à celui de cohortes de femmes d’origine urbaine ayant fait des études plus poussées. Dans le corridor migratoire États-Unis-Mexique, par exemple, les Mexicaines qui ont émigrées après le vote d’une loi d’amnistie massive (IRCA en 1986) affichaient un taux de fécondité supérieur à celui des cohortes précédentes, dû en partie au fait qu’elles étaient plus susceptibles de quitter leur pays une fois la situation du père ou du mari régularisée, ce qui est plus favorable à la fondation d’une famille (Frank et Heuveline, 2005[53]).

Les niveaux de fécondité des populations nées dans le pays et nées à l’étranger convergent au fil du temps, mais il reste généralement un écart, et d’importantes variations s’observent entre les pays (Sobotka, 2008[14]). Cette convergence se produit au niveau individuel (adaptation) ou générationnel (convergence) (Wilson, 2019[54]). Lorsque le niveau de fécondité évolue sur un horizon temporel court, il serait peut-être plus juste de parler d’un processus adaptatif qui ne traduit pas forcément une « acculturation », mais plutôt une adaptation au contexte général, dans lequel la situation politique, sociale et du marché du travail, ainsi que les politiques familiales, influenceraient le comportement en matière de fécondité. Compte tenu de l’importance de ces facteurs dans les décisions de fécondité des femmes nées dans le pays et nées à l’étranger, on ne peut pas s’attendre à des différentiels de fécondité constamment élevés entre les deux populations. En Suède, le nombre de naissances parmi les immigrées est plus élevé dans les deux premières années suivant l’arrivée, mais le taux de fécondité de celles qui résident dans le pays depuis au moins cinq ans est déjà proche de celui de la population née en Suède (Andersson, 2004[17]).

Il apparaît que, sous l’effet de l’adaptation, la fécondité des immigrées venues de pays à forte fécondité diminue avec le temps, et que celle des immigrées originaires de pays à faible fécondité augmente quelques années après le départ (Adsera et al., 2012[55] ; Mussino et Cantalini, 2022[56]). Il faut toutefois noter que de nombreux facteurs nuancent le rythme d’adaptation. Certains d’entre eux sont en rapport avec les particularités des cohortes d’immigrées, dont le pays d’origine, l’âge à l’arrivée, la maîtrise de la langue et le niveau de formation. Par exemple, le comportement en matière de fécondité des immigrées arrivées au Canada avant l’âge adulte (jusqu’à six ans) s’est avéré légèrement inférieur ou identique à celui des femmes nées au Canada, par rapport à celles qui sont arrivées vers la fin de l’adolescence et dont le comportement en matière de fécondité est différent de celui observé dans le pays d’accueil (Adsera et Ferrer, 2013[57]). Ces différences d’une cohorte à l’autre tiennent, entre autres mécanismes, à la maîtrise de la langue. Aux États-Unis également, les immigrées qui arrivent à un jeune âge – et qui maîtrisent donc mieux l’anglais par la suite – ont plus de chances d’assimilation sociale, ce qui signifie qu’elles ont tendance à avoir moins d’enfants que celles qui maîtrisent moins l’anglais (Bleakley et Chin, 2010[58]). Globalement, l’âge au moment du départ pris en compte, les données disponibles indiquent une adaptation du comportement en matière de fécondité : à quelques exceptions près, le taux de fécondité des femmes qui ont quitté leur pays à un très jeune âge est plus proche de celui des femmes nées dans le pays (Adsera et Ferrer, 2015[9]).

L’adaptation du comportement en matière de fécondité est également nuancée par le contexte social et institutionnel du pays de destination. La propension à avoir des enfants est influencée par les conditions macroéconomiques, le taux d’activité et les normes de genre, mais aussi par les politiques familiales et migratoires. Il apparaît, par exemple, que la baisse de la fécondité des immigrées a pu être plus prononcée face à la Grande Récession que celle des femmes nées dans le pays, ce qui indiquerait une plus forte réaction à l’incertitude économique dans les intentions de fécondité des immigrées (Sobotka, 2017[59] ; Alderotti et al., 2022[7]). En Colombie, sous l’effet d’une campagne de régularisation de masse des immigrés vénézuéliens, la propension de ces derniers à avoir des enfants a diminué. Ce phénomène peut être attribué à un meilleur accès aux services publics (y compris aux soins de santé et à la contraception) et à de meilleures perspectives d’emploi (Amuedo-Dorantes et al., 2023[60]). La convergence des niveaux de fécondité dans le temps doit donc être comprise dans le contexte de conditions changeantes dans les pays d’origine et de destination, et de différences entre les cohortes d’immigrés.

La plupart des études sur l’adaptation s’intéressent aux données transversales lorsqu’il n’est pas possible de distinguer l’effet de la durée de séjour dans le pays de destination avec les effets de cohorte. Le Graphique 4.6 illustre le comportement en matière de fécondité en Suède au cours des 20 dernières années. L’ICF des femmes nées en Suède et des immigrées venues de pays d’Asie, de l’Union européenne et de pays nordiques est resté relativement stable, alors que celui des immigrées venues d’Afrique est très variable, témoignant en partie de changements dans les pays d’origine, mais aussi de périodes de ralentissement économique et de mutations du marché du travail dans le pays de destination (dont la crise financière de 2008).

L’Allemagne est un cas intéressant, car différentes cohortes d’immigrées et leur poids relatif dans la population totale influencent les écarts de fécondité entre les femmes nées en Allemagne et nées à l’étranger d’une part, et l’ICF global du pays d’autre part (Graphique 4.7)5. L’ICF peut cependant faire l’objet de problèmes d’interprétation compte tenu de la force du lien entre les niveaux de fécondité des immigrées et la durée de séjour ou l’âge à l’arrivée, qui n’apparaît pas dans ce graphique (Sobotka, 2008[14]). Certaines tendances sont néanmoins dignes d’intérêt : l’ICF des femmes nées à l’étranger chute en dessous du seuil de renouvellement des générations dès le milieu des années 1990. La baisse du taux de fécondité depuis lors conduit au resserrement de l’écart avec les Allemandes, lequel atteint sa valeur minimale (0.2) en 2008/09, possiblement sous l’effet d’un ralentissement économique global influant sur les intentions de fécondité. Depuis 2010, l’ICF des femmes nées à l’étranger augmente progressivement. Il culmine en 2016 à 2.3 enfants par femme en moyenne et creuse l’écart avec les femmes nées dans le pays jusqu’à son niveau maximal (0.8), ce qui pourrait témoigner des afflux importants d’immigrées humanitaires. L’ICF des Allemandes varie moins, mais la tendance générale depuis le milieu des années 1990 est ascendante. Enfin, la contribution nette des immigrées à l’ICF du pays fluctue considérablement au fil des ans et avoisine aujourd’hui les valeurs atteintes dans les années 1990 (0.10 contre 0.09 respectivement).

La plupart des études consacrées à la fécondité des immigrées ont cherché à comprendre ce qui influence le comportement dans ce domaine. Elles se sont cependant moins intéressées aux changements survenus d’une cohorte d’immigrées à l’autre, lesquels peuvent être indicateurs d’évolutions dans le comportement en matière de fécondité dans le pays d’origine. La fécondité a considérablement diminué dans le monde entier en quelques décennies, et ce, à un rythme accéléré dans un grand nombre de pays d’origine importants (Graphique 4.8). Le taux de fécondité en Türkiye et au Mexique, par exemple, est progressivement passé d’environ cinq et sept enfants par femme respectivement au début des années 1970, à 1.9 en 2020.

Cela signifie que bien que les primo-arrivantes aient grandi dans le même pays que celles qui ont émigré plus tôt, les normes, les schémas et les attentes autour de la fécondité ont évolué (Tønnessen, 2019[51]). Devant le constat du recul de la natalité dans des pays autrefois à forte fécondité, une tendance à la baisse du taux de fécondité des immigrées récentes par rapport aux cohortes antérieures serait à prévoir dans le temps. Le Tableau 4.2 montre l’ICF des principaux pays d’origine des immigrées dans les pays de l’OCDE (d’après les effectifs). Dans la majorité d’entre eux, l’ICF a chuté en dessous du seuil de renouvellement des générations, à quelques exceptions notables près, dont le Pakistan (3.4), l’Algérie (2.9), le Maroc (2.4) et le Suriname (2.4).

Si les chercheurs se sont beaucoup intéressés à la fécondité des immigrées, celle de leur descendance est moins bien comprise. Elle est généralement influencée par les normes sociales dans le pays d’accueil, mais peut aussi l’être par le comportement de la génération précédente dans la mesure où il diffère durablement des normes sociales du pays d’accueil. L’« hypothèse de la sous-culture » suppose que ce dernier effet prime sur le premier. Il apparaît effectivement que les idées concernant le moment approprié pour fonder une famille et l’espacement des naissances ne sont pas les mêmes parmi les enfants d’immigrés et la population native. L’« hypothèse de l’adaptation » suppose quant à elle que l’effet de la société d’accueil prime : les enfants d’immigrés sont influencés par les conditions et les normes dominantes auxquelles ils sont progressivement exposés, par la scolarisation, les médias et les contacts sociaux en dehors de la famille (Pailhé, 2017[66]).

Ayant examiné la fécondité des immigrées dans huit pays européens (Allemagne, Belgique, Espagne, Estonie, France, Royaume-Uni et Suisse), Kulu et al. (2015[67]) concluent que le comportement des descendants d’immigrés en matière de fécondité se situe entre le parcours de fécondité de la génération de leurs parents et celui des populations nées dans le pays.

En France, le comportement de la majorité des enfants d’immigrés en matière de fécondité converge vers celui de la population native : la descendance finale de femmes nées en France de parents immigrés (1.9) est nettement inférieure à celle des immigrées (2.3) et similaire à celle des femmes nées en France de parents nés en France (1.9). On observe, d’autre part, qu’il existe de fortes variations entre les groupes d’origine, mais aussi que les divers schémas d’adaptation dépendent lourdement de l’accès à un niveau de formation supérieur. Parmi les femmes nées dans le pays de parents originaires d’Asie du Sud-Est, d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et de Türkiye, celles qui ont fait peu d’études ont une plus grande propension à avoir un premier enfant. Pour les femmes ayant fait des études supérieures et nées de parents originaires du Maghreb et d’Asie du Sud-Est, a contrario, la propension à avoir un premier enfant est encore plus faible que chez les femmes nées en France (Pailhé, 2017[66]). Des données plus récentes confirment que les niveaux supérieurs de formation nuancent les différences de fécondité entre les descendantes d’immigrées en France : parmi celles qui ont un diplôme d’études supérieur au baccalauréat, les écarts de descendance finale sont les plus étroits entre les descendantes d’immigrées et celles sans ascendance migratoire directe (Graphique 4.9) (Reynaud, 2023[21]).

Aux États-Unis, la fécondité des immigrées mexicaines et de leur descendance indique une convergence entre les générations. Les recherches menées par Choi (2014[37]) donnent à penser que les immigrées mexicaines ont une plus forte fécondité que les femmes nées dans le pays et que leur niveau de fécondité avoisine celui des Mexicaines des zones rurales. Cela n’est pas surprenant étant donné que les immigrées mexicaines ont tendance à venir de communautés rurales, où les femmes ont généralement plus d’enfants. Choi observe par ailleurs une fécondité accélérée chez les Mexicaines après leur arrivée, qui compense en partie la plus faible fécondité avant l’émigration, mais aussi une tendance générale de la fécondité mexicano-américaine à diminuer au fil des générations, ce qui confirmerait l’hypothèse de la convergence. En mobilisant les données du Centre for Disease and Control Prevention (CDC) et de l’American Community Survey, le Graphique 4.10 confirme cette hypothèse et montre que l’ICF des femmes d’origine mexicaine nées aux États-Unis est voisin de celui des femmes nées dans le pays.

La part de naissances dans la population immigrée donne une indication sommaire de leur importance dans la dynamique démographique. Cet indicateur est fonction des niveaux d’immigration antérieurs, de la structure par âge des immigrées et de leur taux de fécondité (Sobotka, 2008[14]). Les naissances dans la population née à l’étranger correspondent le plus souvent aux accouchements de mères nées à l’étranger, ce qui signifie que si, par exemple, un homme né dans le pays a un enfant avec une femme née à l’étranger dans le pays de l’homme, cet enfant sera comptabilisé avec les enfants nés à l’étranger. En règle générale, le nombre de naissances dans la population née à l’étranger n’est pas très différent lorsque les mères ou les pères nés à l’étranger sont pris en compte6 (Bagavos, 2022[75]).

Comme indiqué au Graphique 4.11, les immigrées contribuent sensiblement au nombre total de naissances dans bon nombre de pays de l’OCDE. Ce constat n’est pas surprenant puisque les femmes nées à l’étranger ont tendance à être plus jeunes que les femmes nées dans le pays, sont plus susceptibles d’arriver en âge de procréer, sont plus fécondes et sont accueillies au titre du regroupement familial (Graphique 4.12). En 2020 au Luxembourg, par exemple, six bébés sur dix sont nés de femmes nées à l’étranger. On constate toutefois d’importantes variations dans la zone OCDE : à l’autre extrême, un bébé sur cent est né d’une immigrée au Japon.

Pour mieux comprendre la dynamique en jeu dans la fondation d’une famille et la part des naissances attribuable aux immigrées, il est utile d’examiner leur structure par âge et leurs canaux d’immigration (la raison du départ donnée par les immigrées dans l’Enquête de l’Union européenne sur les forces de travail 2021 est utilisée ici comme valeur approximative). Dans tous les pays européens de l’OCDE, quatre enfants sur dix nés de femmes natives du pays sont en âge de procréer (15 à 49 ans), contre six enfants sur dix de femmes nées à l’étranger. D’autre part, en 2021, six femmes sur dix (de 15 ans et plus) qui ont émigré vers les pays européens de l’OCDE déclarent l’avoir fait pour des raisons familiales (Graphique 4.12). On peut supposer que pour les femmes admises au titre du regroupement familial, l’immigration et la fondation d’une famille sont des événements interdépendants.

Même si la contribution directe des immigrées à la fécondité globale est modeste, leur contribution indirecte est probablement significative. Leur emploi dans les services d’aide-ménagère et de garde d’enfants a accru la disponibilité de ces services et permis aux mères (très qualifiées) de reprendre le travail après une naissance (voir le chapitre suivant). Ce constat est particulièrement vrai là où les inégalités de revenus sont très prononcées ou les politiques sociales et familiales moins développées. En Espagne et en Italie, compte tenu du manque de services de garde d’enfants, travailler et avoir des enfants est généralement rendu possible par l’aide non rémunérée des grands-parents et le travail de garde des immigrés (Farré, González et Ortega, 2011[79] ; Tobío, 2001[80]).

De même, aux États-Unis, les femmes qui ont fait des études supérieures optent de plus en plus pour la maternité, les flux d’immigration étant associés à une baisse du coût de la garde d’enfants et à d’autres services aux ménages. L’impact est le plus marqué chez les femmes dont les décisions de fécondité seraient le plus probablement affectées par des changements dans le secteur de la garde d’enfants, c’est-à-dire les femmes mariées et les femmes diplômées de l’enseignement supérieur. Un constat logique dans la mesure où les femmes au niveau d’éducation élevé sont les plus susceptibles d’avoir recours à des services de garde d’enfants. Des études antérieures ont déjà montré qu’une baisse du coût des services aux ménages, grâce à la présence d’immigrés peu qualifiés, permet aux femmes nées dans le pays diplômées de l’enseignement supérieur de concilier enfants et travail rémunéré, c’est-à-dire d’accroître leur taux d’activité. En tandem, les deux constats donnent à penser que, même si l’immigration peu qualifiée a surtout pour effet d’accroître l’offre de main-d’œuvre féminine native hautement qualifiée, certaines femmes réagissent en ayant un enfant de plus (Furtado et Hock, 2010[81] ; Furtado, 2015[82]).

Les immigrées ont tendance à avoir des enfants à un plus jeune âge que les femmes nées dans le pays. La recherche a surtout mis l’accent sur l’importance de la culture dans la fécondité précoce, mais il apparaît que certains facteurs institutionnels et liés à l’éducation et à l’emploi exercent une influence fondamentale sur le comportement en matière de fécondité. Andersson et Scott (2007[83]) par exemple, constatent que la majorité des groupes d’immigrées en Suède (de dix pays d’origine différents) ont des enfants plus tôt que les femmes nées dans le pays et que les différences sont surtout déterminées par la durée de séjour depuis le départ et par les liens avec le marché du travail. Les femmes (immigrées et non immigrées) sans emploi stable ont une moindre propension à la maternité, ce que les auteurs attribuent au système de congé parental suédois qui conditionne les prestations financières aux revenus antérieurs. La similarité des schémas observés dans des groupes de nationalité très différents confirme l’idée que divers facteurs institutionnels affectant tous les sous-groupes exercent une influence cruciale sur le comportement en matière de fécondité.

Kulu et al. (2015[67]) observent que de piètres perspectives d’emploi pour les populations immigrées peuvent favoriser une fécondité précoce et une descendance finale nombreuse. Les immigrées sans perspectives d’emploi favorables peuvent opter pour la « voie de la maternité », surtout si les politiques familiales encouragent les femmes à rester au foyer avec les enfants. En revanche, une faible ségrégation par l’éducation entre les sous-groupes de population, conjuguée avec des politiques familiales qui encouragent l’emploi des femmes et aident à concilier emploi et enfants, peuvent à leur tour expliquer un manque de fécondité forte parmi les groupes ethniques d’un pays (Kulu et al., 2017[84]).

En Espagne, l’ICF (1.3) est resté relativement stable depuis 2011. La baisse de la fécondité sur le long terme est associé à un décalage progressif de la maternité du fait que les hommes comme les femmes attendent d’avoir un emploi stable avant d’avoir des enfants. Or, le taux de fécondité du pays tient, plutôt qu’au renoncement à la maternité, à un faible taux de passage du premier au deuxième enfant (González-Ferrer et al., 2017[4]). Malgré l’apport net modeste des immigrées au taux de fécondité global en 2020 (+0.07), le Graphique 4.13 montre qu’elles ont tendance à avoir des enfants à un plus jeune âge. En 2021, la première grossesse intervient à 32.1 ans chez les femmes nées dans le pays et à 29 ans chez les femmes nées à l’étranger, soit une différence de 3.1 ans. Les écarts d’âge ne commencent à se resserrer qu’au troisième rang de naissance et à ne s’inverser qu’à partir du quatrième rang , soit un âge moyen de 35.6 ans pour les immigrées contre 34.6 ans dans le cas des femmes nées dans le pays. Ce constat cadre avec les conclusions de Kraus et Castro-Martín (2017[85]) qui montrent, d’un côté, une baisse du taux de fécondité des immigrées d’Amérique latine (l’origine la plus importante en nombre) surtout après la crise de 2008, ce qui a mené à une convergence avec le taux de fécondité de la population native. De l’autre côté, une telle convergence n’a pas été observée concernant le calendrier de fécondité et les femmes latino-américaines ont des enfants en moyenne trois ans plus tôt que celles nées dans le pays.

En Suède, les immigrées de la cohorte née entre 1975 et 1980 fondent une famille plus tôt que les femmes nées dans le pays. L’âge des immigrées à la première naissance varie entre 23.6 ans (nés en Somalie) et 28.6 ans (nés en Iran), à comparer avec 28.9 ans pour les natives de Suède (Tableau 4.3).

La maternité précoce peut réduire la capacité des femmes à suivre des formations ou à exercer un emploi à cause de leurs responsabilités familiales (chapitre 5). Dans d’autres cas, en revanche, les enfants d’immigrées peuvent avoir plus tendance à décaler leur première naissance que les femmes nées dans le pays du fait de leurs aspirations éducatives et professionnelles (Pailhé, 2017[66]).

Le comportement en matière de fécondité peut être le résultat de préférences individuelles, mais il peut aussi faire écho au contexte socioéconomique dans lequel sont prises les décisions de fécondité. Les différences de fécondité entre immigrées et femmes nées dans le pays peuvent, par conséquent, exposer des inégalités sociales et pas nécessairement des différences de normes ou de préférences (Milewski et Mussino, 2019[10]). Les indicateurs sur les intentions des immigrées en matière de fécondité et la taille de leur famille idéale peuvent permettre de comprendre les normes de fécondité qui limitent l’influence des conditions économiques et les perturbations liées au processus migratoire (Mussino et Ortensi, 2019[87]). Dans ce sens, ils sont probablement plus proches des normes personnelles que des comportements réels de fécondité (Carlsson, 2019[88]).

Il ressort des recherches que, à l’instar de la fécondité effective, les idéaux de fécondité sont nuancés par plusieurs facteurs, dont l’âge au moment du départ, le niveau de formation, la ségrégation résidentielle et autres. Ceux qui émigrent enfants ou adolescents ont tendance à afficher des idéaux de fécondité plus éloignés des idéaux du pays d’origine que ceux qui émigrent à un âge plus avancé (Alderotti et al., 2022[7]).

Carlsson (2019[88]), par exemple, constate une adaptation au niveau de fécondité idéal (ou de préférence) d’une génération à l’autre en Suède. Le rythme et l’ampleur de la convergence varient cependant selon le genre, les schémas étant plus clairs chez les femmes, mais aussi selon l’origine, avec un schéma de convergence clair parmi les immigrées d’Europe orientale qui n’est pas observé parmi les immigrées du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Le constat d’une convergence à la fois de la fécondité effective et des intentions de fécondité donne à penser que l’adaptation de la fécondité des immigrées tient non seulement à l’influence du contexte institutionnel et socioéconomique, mais aussi à celle des normes.

Aux Pays-Bas, de Valk (2013[89]) a étudié des familles de différentes origines et constate des différences dans le moment préféré pour avoir un premier enfant et la taille idéale de la famille. Elle trouve cependant aussi des signes de socialisation, car les enfants préfèrent avoir une famille plus petite et plus tard que leurs parents. Ces différences intergénérationnelles ne sont pas plus marquées parmi les familles immigrées. En Espagne, le nombre d’enfants désiré n’est pas différent entre les adolescentes d’origine latino-américaine qui ont émigré à un jeune âge et les adolescentes nées en Espagne, mais les premières souhaitent fonder une famille plus tôt. Or, si on les compare avec leurs parents, l’âge au moment de fonder une famille est nettement plus bas, mettant en évidence l’effet des processus d’adaptation et de socialisation sur les immigrées arrivées jeunes. L’intégration dans la société d’accueil, mesurée par le nombre de meilleurs amis nés dans le pays, réduit l’écart d’âge attendu à la première naissance, tandis que l’âge au moment du départ n’exerce pas d’influence significative (Kraus et Castro-Martín, 2017[85]).

Le Tableau 4.4 montre la fécondité idéale et l’âge idéal et effectif pour fonder une famille parmi les immigrées et les femmes nées dans le pays, en Espagne. Conformément aux conclusions de Kraus et Castro-Martín (2017[85]), les immigrées préfèrent avoir un premier enfant plus tôt que les natives, la différence étant particulièrement marquée parmi les immigrées d’Afrique et d’Europe orientale. S’agissant des préférences de taille de la famille, aucune grande différence n’est observée entre les immigrées et les femmes nées dans le pays, à l’exception des immigrées de régions à forte fécondité comme l’Afrique. Cette similarité de préférences ne peut pas être mise sur le compte d’un processus d’adaptation aux normes sociales, car le nombre d’enfants préféré par les plus jeunes cohortes de certaines régions d’origine avoisine déjà deux. Enfin, on observe de grandes différences d’idéaux de fécondité selon l’âge à l’arrivée, avec une plus forte convergence des préférences des immigrées arrivées à un jeune âge avec celles de la population née dans le pays.

Du fait que quantité de facteurs contribuent à concrétiser les attentes en matière de fécondité, l’âge effectif à la première naissance ne correspond pas toujours à l’âge idéal. Entre les femmes nées dans le pays et les immigrées d’Europe occidentale en Espagne, l’écart moyen est très réduit, ce qui témoigne peut-être d’une perception plus exacte de la situation économique et des aspirations dans d’autres domaines (concurrents) de la vie, comme l’éducation ou l’emploi. Les immigrées d’Europe orientale et d’Amérique latine ont en moyenne tendance à fonder une famille à un âge plus précoce que l’âge souhaité (Bueno, Lozano et Adsera, à paraître[90]).

La fécondité des immigrés pèse de plus en plus dans la dynamique démographique des pays d’accueil. Or, la plupart des indicateurs ne livrent généralement qu’une image partielle des comportements en matière de procréation et surestiment les écarts entre les femmes immigrées et celles nées dans le pays. La raison en est double. Premièrement, la fécondité a tendance à être relativement élevée immédiatement après l’arrivée dans le pays d’accueil, l’admission intervenant souvent au titre du regroupement familial ou par le biais du mariage. Deuxièmement, la fécondité des femmes qui se préparent à partir vivre dans un autre pays est généralement plus faible qu’elle ne le serait dans d’autres circonstances. Par conséquent, les indicateurs qui s’intéressent uniquement au comportement des immigrées dans leur pays de destination ne prennent pas en considération le taux relativement faible de fécondité dans leur pays d’origine juste avant le départ. Le présent chapitre explique ces éléments en détail. Il fait en outre référence à des études récentes (de la France, en particulier) dans lesquelles les chercheurs calculent la différence d’ICF des immigrées lorsqu’il est possible d’avoir des informations complètes sur leur comportement en matière de fécondité dans les pays d’origine et de destination. Globalement, les schémas de fécondité des femmes immigrées et de celles nées dans le pays ont tendance à converger au fil du temps et des générations. La forte baisse de la fécondité dans la majorité des pays d’origine explique largement cette convergence.

Si la contribution nette des immigrées à la fécondité totale est relativement faible, leur contribution immédiate dans la part des naissances est importante. Ce constat tient en partie au fait que de nombreuses femmes arrivent dans les pays de l’OCDE précisément quand elles sont en âge de procréer. Qui plus est, le comportement des immigrées en matière de fécondité, sur le plan à la fois de leur taux de fécondité et de l’âge auquel elles fondent une famille, a des conséquences importantes pour leur intégration puisqu’il influence leurs liens avec le marché du travail et leur devenir professionnel, comme nous le verrons dans le chapitre suivant. La maternité précoce, plus particulièrement quand elle intervient immédiatement après l’arrivée et que les femmes n’ont pas d’expérience professionnelle antérieure à la maternité dans le pays de destination, empêche les immigrées d’entretenir un lien continu avec le marché du travail après la naissance de leurs enfants. Comme nous le verrons dans le chapitre suivant, les décideurs doivent tenir compte de ces schémas de fécondité au moment d’élaborer les politiques afin de permettre aux femmes d’entrer ou de revenir sur le marché du travail.

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Notes

← 1. La fécondité, la mortalité et les migrations internationales déterminent directement les variations de la structure d’âge d’une population. La fécondité a un effet manifeste et immédiat sur la taille de la plus jeune classe d’âge, mais les effets de la mortalité et des migrations sont bien plus complexes. Premièrement, les décès, l’immigration et l’émigration peuvent survenir à tout âge (contrairement aux naissances). Deuxièmement, si l’émigration et les décès sont comparables en termes de baisse de la population, le parallèle entre immigration et naissances comme processus d’accroissement démographique n’est pas aussi simple compte tenu de l’hétérogénéité des populations immigrées (Fihel, Janicka et Kloc-Nowak, 2018[5]).

← 2. Le seuil de renouvellement des générations correspond au niveau de fécondité auquel une population se renouvelle d’une génération à l’autre. Dans les pays développés, un taux de fécondité égal au seuil de renouvellement des générations peut être considéré comme nécessitant, selon le taux de mortalité actuel et en excluant l’immigration et l’émigration, une moyenne de 2.1 enfants par femme.

← 3. Des études antérieures livrent des résultats comparables. En 2014, l’effet net des immigrées sur l’ICF global de 18 pays de l’Union européenne était de 0.05, avec des variations de 0.17 en France à 0.04 en Norvège (Sobotka, 2017[59]).

← 4. Il ressort de quantité d’études dans différents contextes que les immigrés originaires de pays affichant un déséquilibre filles-garçons à la naissance ont tendance à faire en sorte que leur progéniture compte au moins un garçon. En mobilisant les données des recensements de la population canadienne de 2001 et 2006, (Adsera et Ferrer, 2020[92]) constatent que les femmes sud-asiatiques donnent naissance à une proportion anormalement élevée de garçons après avoir eu une première fille, ce qui correspond aux préférences et aux schémas culturels dans le pays d’origine.

← 5. Sachant toutefois que l’Allemagne publie uniquement les données de fécondité par nationalité, les statistiques présentées ici doivent être considérées comme un indicateur approximatif de la fécondité des immigrées.

← 6. Selon les calculs de Bagavos (2022[75]), la part d’enfants nés de pères nés à l’étranger rapportée au nombre total de naissances en France et au Royaume-Uni aurait été plus forte de moins d’1 point de pourcentage comparée à la part correspondante d’enfants nés de mères nées à l’étranger.

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