Chapitre 3. Que signifie concrètement ne laisser personne de côté ?

Ce chapitre présente des données, statistiques et analyses sur ce que signifie être laissé de côté au regard de huit défis essentiels à relever pour réaliser les Objectifs de développement durable (ODD) au bénéfice de tous : mettre fin à l’extrême pauvreté ; résorber les inégalités de revenu croissantes ; tirer le meilleur parti des bienfaits induits par l’action menée pour remédier à la fragilité ; favoriser une gouvernance inclusive ; répondre à l’impératif de l’action climatique pour ne laisser personne de côté ; faire avancer l’égalité entre les sexes et l’autonomisation économique des femmes ; garantir l’inclusion dans le développement durable des quelque 1.2 milliard de jeunes de la planète ; et faire en sorte que les personnes en situation de handicap ne soient plus laissées de côté.

Le chapitre propose également des « Points de vue » émanant de Winnie Byanyima, Directrice exécutive, Oxfam International, qui pose la question suivante : « Est-il possible de ne laisser personne de côté dans un monde aussi inégalitaire ? » ; Katja Iversen, Présidente-directrice générale de Women Deliver, selon laquelle « lorsque le monde investit en faveur des filles et des femmes, il gagne sur tous les tableaux » ; et Ulla Tørnæs, ministre de la Coopération pour le développement du Danemark, qui préconise de « travailler autrement à l’articulation entre action humanitaire, développement et paix, de sorte qu’aucune fille ne soit laissée de côté ».

    

Introduction

L’engagement de ne laisser personne de côté est universel : il influe sur tous les aspects du développement durable et fait sienne la nécessité de centrer sur l’humain les politiques et les investissements pour les générations actuelles et futures. Toutefois, si l’on veut appréhender avec précision ce que signifie concrètement ne laisser personne de côté, on ne saurait se contenter d’étudier des moyennes nationales : elles masquent en effet une grande diversité de situations et de besoins, de même que les éléments qui déterminent la discrimination, la marginalisation ou l’exclusion. Les analyses présentées ci-après adoptent des perspectives spécifiques selon les thématiques traitées pour aborder ce que signifie ne laisser personne – aucune femme ou homme, aucun jeune, aucune personne handicapée, aucun électeur, aucun citoyen, aucun habitant d’un pays ou d’un contexte fragile donné – de côté. S’il n’existe aucune formule magique ou remède universel pour concrétiser cet engagement, les contributions à ce chapitre montrent que la situation à laquelle se heurtent tous ceux qui sont laissés de côté présente des points communs ou des points de rencontre essentiels.

Pauvreté

Geoffrey Gertz et Homi Kharas, Brookings Institution1

Principaux messages

  • Ces 20 dernières années, l’extrême pauvreté dans le monde a diminué à un rythme inégalé dans l’histoire de l’humanité, à la faveur d’une croissance moyenne élevée dans certains pays très peuplés.

  • Les voies à suivre pour parvenir à mettre totalement fin à l’extrême pauvreté (10 % de la planète se trouvent encore en situation d’extrême pauvreté) dépendront des progrès accomplis par les 31 pays le plus en retard dont les taux de pauvreté atteindront au moins 20 % en 2030. Au nombre de ces pays figurent 23 pays d’Afrique subsaharienne.

  • Les stratégies des donneurs doivent s’adapter à cette nouvelle réalité. Les pays le plus en retard abritent 66 % de la population mondiale vivant dans des conditions d’extrême pauvreté. Or, 22 % et 24 % seulement des affectations bilatérales et multilatérales, respectivement, consenties au titre de l’aide programmable par pays (APP) ont été dirigés vers ces pays en 2016.

  • L’efficacité de l’aide est réduite dans les pays le plus en retard du fait de la fluctuation annuelle des apports d’aide, ce qui rend difficile la mise en œuvre de stratégies de développement à long terme.

  • Les évaluations montrent que les projets menés dans les contextes difficiles se caractérisent par un niveau de réussite égal à ceux menés dans d’autres pays en développement. Les donneurs devraient porter les réussites ponctuelles, liées à un projet donné, à plus grande échelle dans ces pays afin d’obtenir davantage d’impact et de favoriser des progrès durables et porteurs de transformations.

La nature du défi de la pauvreté mondiale évolue. Ces 20 dernières années, l’extrême pauvreté a diminué dans le monde à un rythme inégalé dans l’histoire de l’humanité. Le premier des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), visant à réduire de moitié le taux d’extrême pauvreté entre 1990 et 2015, a été atteint plusieurs années avant la date envisagée. Fort de cet accomplissement, en 2015, le monde s’est uni autour de l’objectif d’une élimination totale de l’extrême pauvreté d’ici à 2030, soit le premier des Objectifs de développement durable (ODD).

Une simple extrapolation à partir des progrès déjà accomplis laisse penser que cet objectif est à notre portée. Entre 1990 et 2015, la part de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté a diminué d’environ un point de pourcentage par an. Selon des estimations de la Banque mondiale, environ 10 % de la population du globe vivait avec moins de 1.90 USD par jour en 2015. Par conséquent, si la tendance se poursuit, on pourrait s’attendre à une élimination totale de l’extrême pauvreté vers 2025.

Ce type de calcul rapide ne doit néanmoins pas faire illusion. En réalité, la nature de la lutte contre l’extrême pauvreté évolue et le chemin à parcourir pour atteindre l’ODD 1 sera qualitativement différent de celui qui a été suivi à l’époque des OMD. En effet, la réalisation des OMD avait alors été propulsée par une croissance moyenne élevée dans plusieurs économies comptant l’essentiel de la population pauvre mondiale – notamment la République populaire de Chine (ci-après la « Chine »), l’Inde, l’Indonésie, le Bangladesh, le Viet Nam et l’Éthiopie. Or, ces pays sont pour la plupart en passe d’éliminer l’extrême pauvreté, et leur poids dans les statistiques globales de la pauvreté dans le monde régresse rapidement. Aujourd’hui, l’extrême pauvreté est de plus en plus concentrée dans une poignée de pays qui ont accompli des progrès limités en termes de développement au cours des dernières décennies et qui semblent avoir peu de chances de connaître une croissance rapide.

L’OMD relatif à la pauvreté a été atteint malgré de très faibles progrès des pays les plus pauvres. Or, la réalisation des ODD dépendra précisément de l’évolution de ces pays, qui sont les plus susceptibles d’être laissés de côté. Les partenaires au développement bilatéraux et multilatéraux doivent donc concentrer leurs efforts sur ces pays s’ils veulent maximiser la probabilité de mettre fin à l’extrême pauvreté à l’échelle de la planète d’ici à 2030.

Trente-et-un pays sont très en retard pour ce qui est d’éliminer l’extrême pauvreté

Aux fins du présent chapitre, les pays le plus en retard sont les pays qui sont le plus exposés au risque d’être laissés de côté. Afin de déterminer quels sont ces pays, nous nous concentrons sur les pays qui, selon toute vraisemblance, afficheraient en 2030 des taux de pauvreté par habitant de plus de 20 %. Il ne s’agit pas là d’un seuil « magique », et loin de nous l’idée que les pays se situant juste au-dessus de ce seuil seraient très différents de ceux qui se situent juste en-dessous2 . Nous pensons toutefois que c’est un point de départ raisonnable pour déterminer quels pays sont le plus en retard pour atteindre l’ODD 1. Il s’agit d’un seuil très prudent : il exclut de nombreux pays qui afficheront des taux de pauvreté par habitant de moins de 20 % mais qui n’auront toutefois pas atteint l’objectif d’une élimination totale de la pauvreté d’ici à 2030. Il permet néanmoins de faire ressortir les pays qui, dans un scénario de statu quo, seront encore très loin d’avoir mis fin à la pauvreté – c’est-à-dire les pays qui doivent fondamentalement infléchir leur trajectoire de pauvreté.

Pour calculer le nombre de pauvres jusqu’en 2030, nous combinons les enquêtes sur la pauvreté des ménages et les estimations relatives à la croissance future de la consommation des ménages. Gertz et Kharas (2018[1]) décrivent cette méthodologie dans le détail. Si la qualité et le degré d’actualité des enquêtes auprès des ménages s’est améliorée ces dernières années, force est de reconnaître que la capacité statistique est minimale dans les pays où les capacités de l’État sont globalement faibles ou qui se trouvent en situation de conflit – précisément ceux qui nous intéressent le plus. De plus, certains pays choisissent de ne pas réaliser d’enquêtes ou de ne pas en communiquer les résultats ; dans ce cas, nous modélisons les taux estimés de pauvreté à partir du produit intérieur brut (PIB) par habitant et des effets régionaux.

Nous estimons également la croissance future de la consommation des ménages jusqu’en 2030 à l’aide d’une combinaison des prévisions du Fonds monétaire international et des évolutions passées. Comme pour toute prévision à long terme, les incertitudes sont nombreuses, en particulier dans un monde qui semble connaître une augmentation des guerres commerciales, des conflits, des catastrophes naturelles et d’autres chocs. Enfin, au regard là encore de l’expérience passée, nous ne projetons aucune variation des niveaux d’inégalité au sein des pays. S’il s’agit là d’une hypothèse extrême, nous tenons à souligner que contrairement à la croissance globale de l’économie, les changements de répartition jouent un rôle mineur dans la réduction de la pauvreté.

Selon nos projections, et si les tendances actuelles se poursuivent, 31 pays afficheront des taux extrêmes de pauvreté, c’est-à-dire des taux supérieurs à 20 % en 2030 (Figure 3.1) Sur ces 31 pays, 23 se situent en Afrique subsaharienne. Beaucoup figurent en bonne place sur la liste des États fragiles, ce qui n’est peut-être pas surprenant. Ainsi, 10 des 15 pays qui sont considérés comme « extrêmement fragiles » dans le Cadre de l’OCDE sur la fragilité (Figure 3.5) font partie des pays qui sont le plus loin d’atteindre l’ODD 1 ; 15 autres sont considérés comme « fragiles » (OCDE, 2018[2]). Il convient néanmoins de noter que tous les États fragiles n’affichent pas nécessairement des taux particulièrement élevés d’extrême pauvreté (voir par exemple l’Iraq et le Soudan) et que, de même, certains pays ont des niveaux de pauvreté élevés mais sont relativement stables (le Lesotho, par exemple).3

Graphique 3.1. Pays le plus en retard
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Note: Entrent dans la catégorie des pays le plus en retard les pays suivants : l’Afghanistan, l’Afrique du Sud, l’Angola, le Bénin, le Burundi, le Congo, Cuba, l’Érythrée, le Royaume d’Eswatini, la Guinée équatoriale, la Guinée-Bissau, les Îles Marshall, les Îles Salomon, le Lesotho, Madagascar, le Malawi, le Mali, le Mozambique, le Niger, le Nigéria, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la République populaire démocratique de Corée, la Somalie, le Soudan du Sud, le Tchad, le Timor-Leste, le Togo, le Yémen et la Zambie.

Source: Auteurs.

La liste des pays le plus en retard comprend des pays qui connaissent un recul de la pauvreté, mais à partir de niveaux initialement extrêmement élevés. Ainsi, les perspectives du Togo en matière de développement se sont améliorées ces dernières années et, entre 2011 et 2015, la proportion de la population vivant avec moins de 1.90 USD par jour a régressé de 5 points de pourcentage. Pour autant, le Togo demeure l’un des pays les plus pauvres au monde, avec un peu moins de la moitié de sa population vivant en situation d’extrême pauvreté. Même si nos projections tendent à indiquer que le pays continuera à faire des progrès impressionnants dans les années à venir (en supposant que les récentes tensions politiques disparaissent), selon nos estimations, près d’un tiers de la population sera en situation d’extrême pauvreté en 2030.

Figurent également sur la liste des pays le plus en retard des pays où la pauvreté est modérée mais dont on n’attend aucun progrès, ou alors des progrès minimes, dans les prochaines années. Ainsi, l’Afrique du Sud figure sur cette liste, alors qu’il s’agit d’un pays à revenu intermédiaire qui compte une classe moyenne importante. Cette situation s’explique par le fait que le taux d’extrême pauvreté suit une tendance à la hausse depuis quelques années, passant de 16 % de la population en 2010 à 19 % en 2015. Par ailleurs, d’après les projections, l’expansion économique de ce pays peinera à suivre le rythme de la croissance démographique, ce qui entraînera une stagnation des revenus par habitant. Par conséquent, nos résultats suggèrent que si l’Afrique du Sud poursuit sa trajectoire actuelle, le taux de pauvreté extrême par habitant se situera juste au-dessus de 20 % en 2030.

Un simple calcul permet de comprendre pourquoi les pays le plus en retard sont en première ligne de la lutte contre l’extrême pauvreté. D’après nos estimations, 371 millions de personnes vivent aujourd’hui dans une situation d’extrême pauvreté dans ces 31 pays, ce qui représente 59 % du total mondial. Notre analyse tend à indiquer que d’ici à 2030, le nombre total de pauvres dans les pays le plus en retard s’accroîtra de 22 %, tandis que le nombre de pauvres dans les autres pays confondus se réduira de 66 %. Les pays le plus en retard représenteront alors 84 % de la population mondiale vivant avec moins de 1.90 USD par jour. Alors que les autres pays progressent sur la voie de l’élimination de l’extrême pauvreté, les pays le plus en retard sont laissés de côté.

Les donneurs doivent s’adapter à la nouvelle géographie de la pauvreté

Étant donné que les pays le plus en retard sont au cœur des efforts visant à éliminer la pauvreté, on s’attendrait à ce que tous les donneurs accordent une attention particulière au volume et à la qualité de l’aide qu’ils leur apportent. Or, en réalité, seuls 22 % de l’aide-pays programmable (APP) octroyée par les donneurs bilatéraux du Comité d’aide au développement (CAD) et 24 % de l’APP octroyée par les donneurs multilatéraux sont dirigés vers les pays le plus en retard4 . Par conséquent, le volume d’aide par personne pauvre reçu par les pays le plus en retard est bien inférieur à celui reçu par les autres pays. Qui plus est, alors qu’ils représentent une part de plus en plus importante des pays pauvres, les pays le plus en retard reçoivent toujours la même part d’aide par rapport au volume total d’APP attribué ; l’aide qu’ils reçoivent des donneurs bilatéraux du CAD affiche même une tendance à la baisse depuis quelques années. En d’autres termes, malgré les déclarations de principe du New Deal pour l’engagement dans les États fragiles (International Dialogue, 2011[3]) et les déclarations faites par les donneurs du CAD concernant leur volonté d’accroître l’aide à ces contextes (OCDE, 2018[2]) rien n’indique à ce jour que les donneurs réorientent effectivement leurs budgets au regard de la nouvelle géographie de la pauvreté dans le monde.

L’aide dirigée vers les pays le plus en retard fluctue également fortement d’une année sur l’autre, ce qui réduit son efficacité. Dans beaucoup d’entre eux, l’APP affiche des écarts annuels – à la hausse ou à la baisse – de 25 %, voire plus, ce qui rend difficile la mise en œuvre des stratégies de long terme (Figure 3.2). Cette situation est particulièrement problématique dans les pays le plus en retard, compte tenu du temps nécessaire pour améliorer les institutions. Si, dans certains cas, le caractère fluctuant de l’aide est lié à l’instabilité politique qui règne dans les pays destinataires, très souvent, cette fluctuation découle des politiques nationales des pays donneurs et d’un manque de stabilité de la programmation de l’aide. Enfin, des travaux de recherche récents montrent qu’il existe des variations géographiques importantes dans la manière dont l’aide est dépensée au sein même des pays et qu’en général, l’aide profite de manière disproportionnée aux régions où les habitants sont plus riches (Briggs, 2017[4]) (Briggs, 2018[5]).

Graphique 3.2. L’aide aux pays le plus en retard fluctue énormément (sélection de pays)
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Source: auteurs.

 StatLink http://dx.doi.org/10.1787/888933912789

Certes, quelques pays très en retard ont reçu des volumes d’aide par habitant considérables ; l’Afghanistan, le Libéria et le Lesotho par exemple sont des « enfants chéris de l’aide ». Mais d’autres, tels que l’Érythrée, l’Angola ou la République populaire démocratique de Corée, sont largement négligés par les donneurs et sont des « orphelins de l’aide ». Environ la moitié du volume total d’aide-pays programmable dirigé vers les pays le plus en retard est destinée à quatre pays seulement, à savoir l’Afghanistan, le Nigéria, le Mozambique et la République démocratique du Congo.

Pourquoi les donneurs ne dirigent-ils pas leur aide vers les pays le plus en retard ?

Deux arguments à décharge peuvent être invoqués pour justifier le choix éventuel des donneurs de ne pas diriger leur aide vers les pays le plus en retard, malgré l’importance centrale de ceux-ci pour la réduction de la pauvreté à l’échelle mondiale. En premier lieu, les donneurs sont tiraillés de toutes parts et doivent donc relâcher leur concentration sur la réduction de la pauvreté absolue. En deuxième lieu, la mise en œuvre des projets de développement dans les contextes fragiles est trop difficile, avec une forte probabilité d’interventions inefficaces.

Nous ne sommes convaincus par aucun de ces arguments. Tout d’abord, même si le champ d’action des donneurs s’est élargi (du changement climatique au financement mixte), ce n’est pas pour rien si l’élimination de la pauvreté constitue le premier des ODD et l’objectif fondamental de nombre d’organismes de développement. L’existence de priorités multiples ne doit pas entraîner un relâchement des efforts ciblés sur l’élimination de la pauvreté absolue. À vrai dire, les stratégies intégrées d’aide au développement (c’est-à-dire qui s’attaquent simultanément à la pauvreté et à d’autres défis de développement) sont sans doute celles qui sont le plus efficaces. La Suède, par exemple, parvient à diriger près d’un tiers de son APP vers les pays le plus en retard, tout en intégrant des priorités telles que la lutte contre le changement climatique et la problématique femmes-hommes dans sa stratégie d’aide au développement.

Ensuite, même si les pays le plus en retard constituent des contextes difficiles pour les donneurs, il ressort de données issues d’évaluations de projets d’aide effectuées par la Banque mondiale qu’en moyenne, les chances de réussite d’un projet sont aujourd’hui à peu près les mêmes dans les pays le plus en retard que dans les autres pays en développement (Figure 3.3).5 Alors que dans les années 90, une proportion beaucoup plus élevée de projets menés dans les pays le plus en retard recevait une évaluation négative par rapport aux projets menés dans d’autres pays en développement, cet écart s’est nettement resserré depuis le début des années 2000 – un constat qui bat en brèche l’argument selon lequel il est tout simplement trop difficile d’exécuter des projets de développement dans les pays le plus en retard. Les donneurs n’ont pas nécessairement à choisir entre efficacité de l’aide et concentration des fonds là où les besoins sont les plus grands.

Graphique 3.3. Les résultats issus d’évaluations de projets menés dans les pays le plus en retard sont comparables à ceux des projets menés dans d’autres pays
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Note: On calcule d’abord la moyenne de chaque pays à partir de ses moyennes mobiles sur trois ans, puis la moyenne de tous les pays confondus.

Source: Adapté de Groupe de la Banque mondiale (2017[7]), notation de la performance des projets attribuée par le Groupe d’évaluation indépendant (GEI) de la Banque mondiale, Groupe de la Banque mondiale, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/ieg-world-bank-project-performance-ratings.

 StatLink http://dx.doi.org/10.1787/888933912808

Certes, l’obtention de résultats positifs en matière de développement ne sera pas chose facile dans les pays le plus en retard. En effet, le succès ponctuel de certains projets ne saurait laisser croire qu’il sera aisé, globalement, de stimuler la mutation de ces pays – en réalité, il s’agit là d’une véritable gageure, qui nécessitera non pas des années mais des décennies. En particulier, les interventions destinées à contribuer au renforcement de la capacité de l’État – sans doute l’ingrédient le plus important pour assurer un développement à long terme dans les pays le plus en retard – exigent maintes expérimentations, ainsi que des adaptations et un processus itératif (Andrews, Pritchett et Woolcock, 2017[6]). Or, un tel procédé est souvent difficilement conciliable avec les incitations, pour les organismes donneurs, à démontrer de manière explicite qu’ils ont obtenu des résultats mesurables, rapides et peu coûteux d’un point de vue administratif, et qu’ils utilisent de manière optimale les ressources disponibles. De même, il est parfois plus facile pour les donneurs de susciter la volonté politique nécessaire pour intervenir en cas de crise ou de conflit que d’investir en amont dans des mesures de résilience et dans la prévention des crises – même si cet investissement se révèle bien moins coûteux sur le long terme. S’ils veulent réellement s’engager à nouer des partenariats avec les pays le plus en retard, les donneurs devront revoir certaines de leurs pratiques de gestion des risques. En effet, celles-ci s’attachent trop souvent à réduire au maximum le coût potentiel, au plan politique et de la réputation, des projets susceptibles d’échouer, au lieu d’investir dans des initiatives à même d’avoir un impact transformateur optimal sur le long terme.

Conclusion

Notre monde évolue. Alors qu’auparavant, la pauvreté était concentrée dans de grandes économies qui connaissaient une croissance rapide, elle est aujourd’hui de plus en plus concentrée dans des économies qui se heurtent à de profondes difficultés structurelles et auxquelles s’offrent peu de perspectives de développement. Ces pays sont très loin d’atteindre l’objectif d’élimination de l’extrême pauvreté d’ici à 2030 et, sauf changement radical, resteront probablement à l’écart des efforts visant à mettre fin à la pauvreté à l’échelle mondiale.

À ce jour, les donneurs ne semblent pas avoir adapté leurs stratégies à cette nouvelle réalité. Au cours de la dernière décennie, l’aide aux pays le plus en retard a pour l’essentiel stagné ; en pourcentage de l’aide globale destinée aux pays en développement, elle est même aujourd’hui plus faible qu’en 2009. De même, les donneurs ne dirigent pas non plus leur aide vers les pays où le nombre de personnes vivant dans une situation d’extrême pauvreté est le plus élevé, ni vers des projets visant les régions les plus pauvres d’un pays donné.

Selon nous, les donneurs peuvent et devraient apporter une aide plus soutenue aux pays qui sont le plus en retard. Il est permis d’être optimiste, puisque les microdonnées (relatives aux projets bénéficiant d’une aide du secteur public mais aussi aux investissements du secteur privé) montrent que les interventions à l’appui du développement dans ces contextes peuvent être efficaces et rentables, tout comme dans les autres pays en développement6 . Le défi, cependant, consiste à obtenir un impact à grande échelle, c’est-à-dire à passer de réussites ponctuelles, liées à un projet donné, à des progrès durables et transformateurs. Cette question est sans doute la plus importante en matière de développement aujourd’hui.

Inégalités de revenu

Alexandre Kolev, Centre de développement, OCDE

Principaux messages

  • Les inégalités économiques au sein des pays ont fortement augmenté et ont entrainé une fragmentation des sociétés. Les inégalités de patrimoine sont plus prononcées dans les pays qui ont connu un transfert des actifs du secteur public au secteur privé.

  • On estime aujourd’hui que les 50 % les plus pauvres de la population mondiale perçoivent moins de 9 % du revenu mondial, tandis que les 1 % les plus riches en perçoivent plus de 20 %.

  • L’ampleur des inégalités de patrimoine est phénoménale : 50 % de la richesse mondiale est aujourd’hui détenue par les 1 % les plus fortunés de la population mondiale.

  • L’aggravation des inégalités de revenu et de patrimoine a coïncidé avec celle des inégalités de salaire, une évolution qui exclut, sur le plan économique, de plus en plus d’employés faiblement rémunérés.

  • Les pays en développement interviennent dans un système international largement influencé par les pays et les entreprises multinationales de l’OCDE.

  • Les stratégies de coopération pour le développement devraient être davantage axées sur les inégalités de revenu, qui menacent la cohésion sociale, mais préserver les investissements visant à réduire les inégalités des chances et les inégalités d’accès entre groupes de population.

L’adoption en 2015 des ODD, qui comportent un objectif indépendant consacré aux inégalités de revenu (ODD 10) et qui font spécifiquement référence à leurs liens avec la société, l’économie et l’environnement dans le cadre de l’objectif d’une consommation et d’une production durables (ODD 12), fournit aux partenaires au développement des éléments de motivation puissants pour s’engager activement dans la lutte contre les inégalités (OCDE, 2001[8]) (OCDE, 2001[9]) (ONU, 2016[10]). L’engagement de ne laisser personne de côté reprend le concept d’inclusion au sens large et englobe pour la première fois la réduction de toutes les formes d’inégalités au sein des pays, que ce soit entre les individus ou les ménages (inégalités verticales) ou entre les groupes présentant des caractéristiques communes (inégalités horizontales).

Des progrès ont été accomplis ces dernières années dans la maîtrise des inégalités de revenu entre les pays, et des inégalités horizontales au sein des pays (en particulier entre les femmes et les hommes). Il n’en est toutefois pas de même pour les inégalités économiques verticales au sein des pays, qui ont massivement augmenté dans de nombreuses régions du monde. Cette hausse des inégalités de revenu et de patrimoine se traduit par des sociétés plus fragmentées, une inégalité des chances et une mobilité sociale moindre, et représente un défi colossal en matière de développement.

Le présent chapitre s’intéresse particulièrement à la brusque augmentation des inégalités économiques au sein des pays. Il s’emploie à dégager les raisons pour lesquelles il est si difficile d’inverser la tendance actuelle, et à définir la contribution que pourrait apporter la coopération pour le développement dans ce sens.

Où les inégalités économiques sont-elles les plus prononcées ?

La hausse des inégalités de revenu et de patrimoine représente une menace indéniable pour le développement durable, et touche des pays affichant des vitesses et des niveaux de développement différents (Bourguignon, 2015[11]) (Klasen et al, 2016[12]) (Milanovic, 2012[13]). Elle est due en grande partie aux écarts de salaire et à une distribution inégale de la propriété du capital (World Inequality Lab, 2018[14]).

Géographie des inégalités de revenu

Depuis 1980, les inégalités de revenu se creusent rapidement en Amérique du Nord, en Chine, en Inde et en Fédération de Russie (ci-après la « Russie ») (Keeley, 2015[15]). En revanche, elles n’ont que modérément augmenté en Europe, et se sont stabilisées – bien qu’à un niveau très élevé – en Amérique latine et dans les Caraïbes, probablement sous l’effet amortisseur des politiques relativement inclusives en matière d’éducation, de marché du travail et de protection sociale (Bergh, Kolev et Tassot, 2017[16]), (Cornia, 2014[17]) (Tornarolli, Ciaschi et Galeano, 2018[18]).

Aujourd’hui, on estime que les 50 % les plus pauvres de la population mondiale perçoivent moins de 9 % du revenu mondial, tandis que les 1 % les plus riches en perçoivent plus de 20 % (World Inequality Lab, 2018[14]). La majeure partie de la population mondiale pauvre vit en Afrique et en Asie (Chine non comprise).

Géographie des inégalités de patrimoine

Cette hausse des inégalités de revenu va de pair avec un creusement des inégalités de patrimoine qui se généralise à l’échelle mondiale. L’ampleur de ces inégalités est phénoménale : 50 % de la richesse mondiale est désormais détenue par les 1 % les plus fortunés de la population mondiale (PNUD, 2014[19]). Dans une large mesure, cette hausse des inégalités de patrimoine est due à une distribution inégalitaire de la propriété du capital et à la modification de l’équilibre entre richesse privée et richesse publique, deux phénomènes qui entrainent une concentration de la puissance économique aux mains d’un plus petit nombre de personnes.

Les graphiques montrent qu’au cours des dernières décennies, la valeur totale du patrimoine détenu par des particuliers dans un pays a fortement augmenté, du fait de l’importance des transferts de fonds et d’actifs du secteur public au secteur privé dans pratiquement tous les pays, qu’ils soient riches ou émergents (World Inequality Lab, 2018[14]). Parallèlement, la richesse publique nette (à savoir, les actifs publics moins la dette publique) régresse dans presque tous les pays depuis les années 80. En Chine et en Russie, par exemple, la richesse publique nette est passée de 60-70 % de la richesse nationale à 20-30 %. La richesse publique nette est même devenue négative ces dernières années aux États-Unis et au Royaume-Uni, et n’est que légèrement positive au Japon, en Allemagne et en France.

Dans la plupart des régions du monde, la hausse des inégalités de revenu et de patrimoine a coïncidé avec une diminution de la part du travail dans le PIB et une hausse des inégalités salariales, une évolution qui exclut, sur le plan économique, de plus en plus d’employés faiblement rémunérés. D’une part, au cours de la majeure partie de la période postérieure à la crise financière, on a assisté à un fléchissement global de la progression des salaires : de 2.5 % en 2012 à 1.7 % en 2015 à l’échelon mondial, et de 6.6 % en 2012 à 2.5 % en 2015 dans les pays émergents et en développement d’Asie et du Pacifique. D’autre part, dans la plupart des pays, les 10 %, et en particulier les 1 % des plus hauts salaires, ont fortement augmenté au cours de la même période (OIT, 2016[20]). En Europe, les 10 % des employés les mieux rémunérés perçoivent environ 25.5 % du total des salaires versés à l’ensemble des salariés dans leur pays respectif. Cette part des 10 % supérieurs est encore plus élevée dans certaines économies émergentes : 35 % au Brésil, 42.7 % en Inde et 49.2 % en Afrique du Sud, par exemple. Les inégalités dans ces pays et dans de nombreux autres pèsent également sur les perspectives de mobilité sociale (Box 3.1).

Encadré 3.1. Inégalités et mobilité sociale : un ascenseur social en panne ?

Les inégalités de statut économique et social d’aujourd’hui détermineront le niveau d’égalité des chances de demain, ce qui obère les perspectives de mobilité sociale. S’il n’existe aucun consensus entre les pays sur le niveau acceptable d’inégalités de statut, la nécessité de promouvoir l’égalité des chances – à savoir, de donner à tous les mêmes chances dans la vie, indépendamment des conditions initiales – est largement reconnue.

Un rapport récent de l’OCDE intitulé « A Broken Social Elevator? How to Promote Social Mobility » (OCDE, 2018[21]) révèle qu’en effet, la mobilité sociale est limitée. Dans de nombreux pays, les personnes au bas de l’échelle des revenus ont peu de chances de s’élever, alors que celles issues de familles aisées sont presque assurées de conserver leurs privilèges – en d’autres termes, l’ascenseur social ne fonctionne plus. Cette situation a des conséquences néfastes sur les plans économique, social et politique. Ce blocage de la mobilité sociale signifie que l’économie passe à côté de nombreux talents, une perte qui nuit à la croissance économique potentielle. Il porte également préjudice à la satisfaction à l’égard de la vie, au bien-être et à la cohésion sociale. Enfin, les perspectives de mobilité jouent également un rôle dans la cohésion sociale et la participation démocratique.

Pour ce qui est de la mobilité des revenus entre les générations, il faudrait aux enfants du décile inférieur quatre ou cinq générations pour atteindre le revenu moyen (Figure 3.4). On observe toutefois de très grands écarts pour ce type de mobilité. Dans les pays faiblement inégalitaires et à forte mobilité, tels que les pays nordiques, cela prendrait aux personnes nées dans une famille à faible revenu quatre générations au moins pour s’approcher du revenu moyen au sein de leur société. Mais dans les pays fortement inégalitaires et à faible mobilité, comme certains pays émergents – Afrique du Sud, Brésil et Colombie – cette évolution se déroulerait même sur 9 générations ou plus, si les probabilités de mobilité des revenus ne changeaient pas, soit quelque 300 ans.

Graphique 3.4. Quatre ou cinq générations peuvent être nécessaires à un enfant d’une famille à faible revenu pour atteindre le revenu moyen
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Note: ces estimations ont une vocation illustrative et ont été établies sur base de la persistance des revenus (élasticités) entre pères et fils et du niveau actuel de revenu des ménages au décile inférieur et à la moyenne, avec des élasticités constantes. Une famille à faible revenu est définie comme appartenant au premier décile de revenu, à savoir aux 10 % inférieurs d’une population donnée.

Source: OCDE (2018[21]), « A Broken Social Elevator? How to Promote Social Mobility » https://doi.org/10.1787/9789264301085-en.

 StatLink http://dx.doi.org/10.1787/888933912827

Une mobilité sociale réduite rend les fortes inégalités de revenu qu’affichent de nombreux pays de l’OCDE encore moins acceptables sur le plan social. La mobilité intergénérationnelle est généralement plus faible dans les pays où les inégalités de revenu sont élevées. Cette corrélation négative entre inégalités et mobilité sociale s’explique dans une large mesure par la façon dont les inégalités influent sur l’accumulation de capital humain. Dans les sociétés plus inégales, les parents ayant un faible revenu sont en effet moins à même de réaliser des investissements coûteux dans l’éducation et la santé de leurs enfants. Dans le même ordre d’idées, les parents ayant un revenu élevé vivent plus souvent dans des quartiers où sont installés des établissements scolaires de qualité, peuvent payer des frais de scolarité élevés et s’appuyer sur leurs réseaux professionnels pour aider leurs enfants à négocier leur transition entre l’école et la vie professionnelle.

La transmission du désavantage socioéconomique d’une génération à l’autre n’est pas une fatalité. Les amples écarts de mobilité entre les pays tendraient à démontrer que les politiques peuvent rendre les sociétés plus mobiles et protéger les ménages des conséquences néfastes des chocs sur les revenus. Les politiques qui renforcent les dimensions clés du bien-être que sont par exemple l’équité, la sécurité, la redistribution et l’inclusion sont nécessaires, au même titre que celles qui concourent à l’autonomisation et au renforcement des capacités de chacun afin d’alléger le fardeau d’un départ défavorable dans la vie. Il s’agit notamment des politiques visant à assurer l’égalité des chances et à atténuer les conséquences des chocs néfastes sur les revenus.

Pourquoi les inégalités économiques se sont-elles creusées ?

Les responsables de l’action publique et les économistes citent souvent les évolutions qui favorisent certaines compétences – en lien avec les technologies informatiques, par exemple – au détriment d’autres sur le lieu de travail comme l’un des principaux facteurs à l’origine de l’aggravation des inégalités économiques. Il est en effet établi que l’augmentation observée des inégalités de revenu est due en partie à la préférence du monde du travail pour certaines compétences au détriment d’autres (OCDE, 2015[22]). Il est en particulier probable que la libéralisation des échanges et de l’investissement contribue au creusement des inégalités de revenu dans la majorité des pays depuis les années 80, en raison des pressions disproportionnées qu’elle exerce sur les travailleurs moins qualifiés (Bergh, Kolev et Tassot, 2017[16]) (OIT, 2017[23]). La nécessité de réduire les écarts de compétences reçoit par conséquence une grande attention dans le débat public.

Les salaires varient fortement entre les entreprises et au sein des entreprises

Les données concrètes sont toutefois nombreuses à démontrer que les écarts de compétences n’expliquent pas à eux seuls la montée des inégalités économiques. Des recherches ont révélé que la progression des salaires marque le pas par rapport à celle de la productivité du travail, et que les inégalités salariales ne sont pas dues uniquement aux écarts de compétences entre les travailleurs, mais également aux différences des taux de salaire moyens entre les entreprises et à l’inégalité salariale au sein de ces dernières (OIT, 2017[23]).

L’écart entre les gains de productivité du travail et la hausse des salaires est particulièrement prononcé dans les entreprises participant au commerce international. Des données récentes montrent que si les entreprises exportatrices et importatrices semblent plus productives que les autres, et versent en général des salaires plus élevés que les entreprises non soumises à la concurrence internationale, leur prime de productivité est supérieure à leur avantage salarial – de 13 points de pourcentage pour les entreprises exportatrices et de 5 points de pourcentage pour les entreprises importatrices (BIT, 2017[24]). De fait, si dans le monde entier la productivité de certaines catégories de travailleurs n’a cessé d’augmenter, ce sont généralement les revenus du capital et les hauts salaires qui ont profité de cette évolution favorable.

La conception et la commercialisation sont plus lucratives que la production

D’autres analystes estiment que les inégalités ont leur origine dans la répartition de la valeur ajoutée émanant des chaînes de valeur mondiales (BIT, 2017[25]). Si ces chaînes de valeur peuvent avoir des retombées positives considérables pour les entreprises et les pays, notamment au niveau de la croissance de la production et des exportations et, plus important, de la productivité (OCDE, 2015[26]), des données factuelles montrent néanmoins que ce sont avant tout les entreprises intervenant dans la conception et la commercialisation d’un produit, souvent dans les pays les plus avancés, qui en recueillent les fruits. D’après la base de données de l’OCDE et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les échanges en valeur ajoutée, 67 % de la valeur créée dans les chaînes de valeur mondiales reviennent à de grandes entreprises de pays de l’OCDE, contre 25 % à des entreprises de pays émergents et 8 % à des entreprises de pays à faible revenu, où vivent la majorité des travailleurs (Banga, 2013[27]).

Les fusions et acquisitions transnationales freinent la croissance économique dans les pays cibles

L’essor récent de formes très particulières d’investissement direct étranger est un autre facteur à l’origine des inégalités économiques. D’après des estimations réalisées à l’échelle mondiale, la majeure partie de la croissance de l’investissement direct étranger de ces dernières années a été due à des fusions-acquisitions transnationales, et non à des investissements entièrement nouveaux (OCDE, 2007[28]). Il apparaît que l’investissement direct étranger sous la forme de fusions-acquisitions transnationales est en général dépourvu de retombées positives sur la croissance économique (Ekholm, 2017[29]) (Nieto, Brandão et Cerqueira, 2008[30]). Le fait que ces fusions-acquisitions ne sont pas créatrices d’emplois et risquent d’exacerber les inégalités économiques dans le pays où elles ont lieu, pour la raison évidente qu’aucune capacité de production supplémentaire n’y est créée, est également préoccupant (Nieto, Brandão et Cerqueira, 2008[30]). Elles entraînent en outre une concentration du pouvoir économique dans les pays d’accueil et ont des effets anticoncurrentiels pour les pays en développement. Les fusions et acquisitions transnationales sont même parfois utilisées délibérément pour réduire ou éliminer la concurrence (CNUCED, 2000[31]).

Les facteurs économiques et politiques ont grandement contribué au creusement récent des inégalités économiques

Les publications récentes consacrées aux inégalités décrivent de nombreux déterminants des inégalités verticales et horizontales au sein des pays. Il apparaît de plus en plus clairement qu’un certain nombre de facteurs économiques et politiques, qui sont liés entre eux et se renforcent mutuellement, ont joué un rôle clé dans le creusement récent des inégalités économiques. Ces facteurs sont décrits ci-après.

1. Des choix stratégiques caractérisés par un recours excessif au PIB pour mesurer les performances économiques ont porté atteinte à l’équité

Le PIB par habitant reste la mesure privilégiée par les responsables politiques, les spécialistes de macroéconomie et les médias pour évaluer les performances d’un pays. Par conséquent, les gouvernements des pays en développement accordent en général la priorité à la croissance du PIB dans leurs stratégies nationales de développement. Cette importance attachée à la croissance du PIB au détriment des résultats en matière de bien-être peut avoir des effets néfastes sur les progrès socioéconomiques au sens large : en effet, le PIB ne rend pas compte, par exemple, de l’épuisement des ressources naturelles et néglige les évolutions de la répartition des revenus, (Antal et Bergh, 2014[32]) (Boarini, Kolev et McGregor, 2014[33]).

Cette focalisation sur la croissance du PIB au détriment de l’équité sociale est étayée par la courbe de Kuznets, qui part d’une hypothèse largement appliquée selon laquelle les inégalités augmentent avant de diminuer au cours du processus de développement. Ce n’est que récemment que des études ont montré qu’il n’existe aucun lien systématique et automatique entre croissance économique et inégalités, (Beegle et al., 2016[34]) (Deininger et Squire, 1998[35]). Cette absence de lien confirme que ce sont les orientations stratégiques qui déterminent si les performances en matière de croissance seront associées à un recul ou à une aggravation des inégalités.

2. La politique fiscale démontre que l’incapacité à corriger efficacement les défaillances du marché et à compenser les externalités négatives alimente le creusement des inégalités

La fiscalité peut être un instrument puissant de la lutte contre les inégalités et la pauvreté en ce qu’elle permet de compenser les externalités négatives et d’assurer la pérennité du financement des politiques sociales et de l’investissement public (Philippon, 2010[36]), (Piketty, Saez et Stantcheva, 2011[37]), (Rothschild et Scheuer, 2011[38]). Toutefois, sa capacité à promouvoir l’égalité dans les pays en développement reste limitée par plusieurs facteurs, au nombre desquels figurent une base d’imposition étroite, une contribution élevée d’impôts indirects et régressifs qui financent généralement une diminution des taxes sur les échanges, une réticence à imposer les hauts revenus et une faible contribution de l’impôt sur le patrimoine (Martorano, 2018[39]).

Des réformes de la fiscalité ont toutefois été mises en œuvre avec succès dans des pays en développement. Dans certains pays, des réformes fiscales soutenues par la coopération internationale ont entrainé une hausse des recettes fiscales qui ont été utilisées pour financer les besoins en matière de développement – qu’il s’agisse des budgets de l’éducation, de la santé ou du budget global du développement. Au Rwanda, par exemple, l’accroissement de la mobilisation des ressources intérieures a permis au pays de financer son secteur de la santé (ITC et OCDE, 2015[40]). En Indonésie, des subventions régressives à l’énergie ont été réduites et réaffectées aux dépenses sociales et d’infrastructure (OCDE, à paraître[41]).

3. Lorsqu’elles ne sont pas conformes à des principes de responsabilité, les pratiques des entreprises peuvent entraîner des résultats inégalitaires

Des études montrent que les relations de causalité entre les pratiques des entreprises et les inégalités prennent différentes formes. En matière de rémunération, ces pratiques peuvent consister à privilégier les intérêts des actionnaires, à relier la rémunération des dirigeants à l’évolution des marchés financiers, à continuer de dissocier la rémunération des dirigeants de la création de valeur à long terme, et à découpler les salaires de la productivité des travailleurs (Beal et Astakhova, 2016[42]), (Keeley, 2015[15]), (OIT, 2016[20]).

Une autre de ces pratiques a trait à l’évasion et à la fraude fiscales imputables à des entreprises multinationales, qui ont pour effet de limiter la capacité des pays en développement à investir dans des politiques publiques destinées à réduire les inégalités (CNUCED, 2015[43]) (Fuest et Riedel, 2009[44]), (Johannesen, Tørsløv et Wier, 2016[45]), (OCDE, 2013[46]),. Le type de stratégies d’investissement mises en œuvre par les entreprises multinationales influe également sur les résultats en matière de croissance inclusive. Le fait que certains types d’investissement direct étranger, tels que les fusions-acquisitions transnationales, puissent n’avoir aucune retombée positive sur la croissance et nuire à l’emploi et à la concurrence, est également préoccupant (CNUCED, 2000[31]), (Ekholm, 2017[29]) (Nieto, Brandão et Cerqueira, 2008[30]).

4. La captation politique par des groupes puissants – la concentration du pouvoir aux mains d’une élite – est un autre facteur d’inégalité

Il existe une contradiction persistante entre l’équité sociale en tant qu’objectif d’un programme d’action mondial à l’appui du développement durable, et la réalité du processus de développement tel qu’il se déroule dans de nombreux pays. Face à cette opposition, les analystes cherchent de plus en plus à évaluer le rôle des incitations et le pouvoir relatif dont disposent les acteurs visibles et invisibles pour concevoir et mettre en œuvre la politique publique (Acemoglu, Johnson et Robinson, 2002[47]), (Engerman et Sokoloff, 2005[48]). Il est prouvé que la concentration du pouvoir économique aux mains de personnes très fortunées favorise, dans le monde entier, la constitution d’élites qui influencent directement les politiques et risquent de compromettre la capacité des gouvernements à réguler l’économie, redistribuer le revenu et remédier à une aggravation des inégalités (Banque mondiale, 2017[49]).

Il ressort de nombreuses études que les pouvoirs publics ont du mal à engager des réformes qui pourraient s’attaquer aux inégalités de patrimoine (ex. : réformes foncières, de l’éducation et de la santé), améliorer les revenus des pauvres (ex. : politiques salariales) ou renforcer le rôle redistributif de l’État (ex. : politiques fiscales et politiques de protection sociale) car ces réformes auraient pour effet de diminuer les gains nets revenant à un petit groupe d’intérêts (Khemani, 2017[50]). Lorsque des processus de négociations commerciales ou sur l’investissement international sont menées entre gouvernements –dans des conditions de transparence et d’obligation de redevabilité limitées, et auxquels les partenaires sociaux et les organisations de la société civile n’apportent qu’une faible contribution – le risque qu’ils puissent être accaparés par des groupes d’intérêts puissants et aboutir à des résultats inégalitaires suscite également une préoccupation croissante (BIT, 2017[24]) et « Point de vue » de Winnie Byanyima).

Point de vue:Est-il possible de ne laisser personne de côté dans un monde aussi inégalitaire ?

Winnie Byanyima, Directrice exécutive d’Oxfam International

Parler simplement de personnes laissées de côté pour désigner les plus pauvres de la planète peut parfois donner l’impression insupportable de recourir à un euphémisme poli pour ne pas choquer les riches et les puissants.

Je pense aux filles avec lesquelles j’ai grandi en Ouganda et qui, toute leur vie, ont travaillé dur, payé leurs impôts et apporté de l’aide à leur entourage pour finalement rester, tout comme leurs enfants, dans la pauvreté, sans pouvoir bénéficier des services essentiels. Je pense aux femmes vivant dans le dénuement comme Dolores, qui travaille dans une usine de volailles aux États-Unis. Elle et ses collègues portent des couches parce que leur employeur leur interdit de s’interrompre pour aller aux toilettes (Oxfam, 2016[51]).

Ces femmes ne sont pas simplement laissées de côté : elles sont piégées et exploitées tout au bas de l’échelle d’une économie mondialisée.

Les 42 personnes les plus riches du monde possèdent aujourd’hui autant que les 50 % les plus pauvres, soit 3.7 milliards de personnes. L’an dernier, 82 % de la richesse créée ont été accaparés par les 1 % les plus fortunés (Oxfam, 2018[52]). La moitié du bas de l’échelle – qui a contribué à la production de cette richesse – n’a rien reçu. La majeure partie de la population mondiale n’est pas laissée de côté : elle est délibérément empêchée de progresser dans le but de permettre à une élite fabuleusement riche, qui n’a aucun compte à rendre, d’aller encore plus loin.

La croissance des salaires au niveau mondial a ralenti ; les inégalités entre les femmes et les hommes, inextricablement liées aux inégalités économiques, persistent obstinément. Les femmes sont majoritaires dans les emplois les plus précaires et les moins bien rémunérés. Les effets inégaux du changement climatique enferment encore davantage de personnes encore dans la pauvreté.

Les inégalités et le dénuement ne sont une fatalité. Ils sont la conséquence d’occasions manquées et de choix politiques erronés qui ont profondément ancré les inégalités dans notre modèle économique.

C’est pourquoi Oxfam œuvre sans relâche à l’édification d’une économie plus humaine, qui garantisse l’exercice et le respect des droits de la personne. Nous connaissons des moyens éprouvés de faire reculer les inégalités, depuis l’instauration d’un salaire minimum vital jusqu’au combat, aux côtés des citoyens, pour la mise en place de services de santé et d’enseignement de qualité et accessibles à tous, en passant par la lutte contre les normes sociales dommageables.

Les pouvoirs publics disposent d’une ample marge de manœuvre pour réduire les inégalités. Ils peuvent augmenter les salaires des travailleurs, comme ils l’ont fait au Brésil. Ils peuvent imposer davantage les plus riches, comme on l’a vu en Corée du Sud. Ils peuvent dépenser davantage pour la santé et l’éducation, afin d’ouvrir à chaque femme et à chaque homme des perspectives constructives. Forts de ces enseignements, nous avons entrepris, avec Development Finance International, de mettre au point l’Indice de l’engagement à la réduction des inégalités (Development Finance International et Oxfam, 2017[53]), qui sert à mesurer les efforts déployés en matière de dépenses sociales, de fiscalité et de respect des droits des travailleurs dans 157 pays.

Utilisée stratégiquement, l’aide peut faciliter l’édification d’une économie plus humaine. Elle peut contribuer à mettre fin à la pauvreté et à combattre les inégalités dans les pays pauvres. Elle est à même d’assurer des apports de fonds porteurs de transformations profondes des pays riches vers les pays pauvres, favorisant la réduction des inégalités existant entre eux et à l’intérieur de chacun d’eux. S’il fallait donner à l’aide une nouvelle vocation, ce serait celle de lutter contre les inégalités économiques.

Comment ? En dispensant une aide prévisible conçue pour assurer la construction d’un État efficace, en soutenant les budgets publics qui servent à payer les enseignants et les infirmières (OCDE, 2015[54]) (Oxfam, 2014[55]) et en apportant de l’aide humanitaire. En adoptant une approche féministe de l’aide qui permette de s’attaquer en même temps aux inégalités économiques et aux inégalités entre les femmes et les hommes.

L’instauration d’une aide « pourfendeuse des inégalités » exige que les donneurs du CAD prêtent leur appui aux personnes qui sont en première ligne, qu’il s’agisse de membres d’organisations non gouvernementales (ONG), de syndicats ou d’associations de défense des droits des femmes ou encore de journalistes, en poussant les pouvoirs publics à adopter des politiques plus équitables. Les donneurs du CAD doivent aussi contribuer à la protection des droits civiques et politiques de ces personnes, qui sont menacés dans le monde entier.

À long terme, l’aide devra finir par s’effacer. Soutenir les gouvernements dans la mobilisation de recettes intérieures pour la fourniture des services essentiels et veiller à ce que les impôts soient prélevés progressivement et employés de façon responsable, constituent une démarche avisée. Or, en 2016, les donneurs du CAD n’ont investi que 0.18 % de leur aide publique au développement (APD) dans la mobilisation de recettes intérieures (Oxfam, 2018[56]). D’une manière générale, les donneurs du CAD peuvent apporter davantage : l’APD représente 0.31 % de leur RNB, soit moins de la moitié de l’objectif de 0.7 % qu’ils ont promis d’atteindre il y a 50 ans.

Nous savons aussi de quelle façon ne pas utiliser l’aide. Les donneurs ne devraient jamais s’en servir pour empêcher les gens de fuir leur maison en quête de sécurité. Zeid Ra’ad Hussein, ancien Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a ainsi déclaré : « On ne perd pas ses droits de personne humaine uniquement pour avoir traversé une frontière sans visa ». Privatiser les services de santé et d’enseignement, moins parce que les faits ont prouvé l’efficacité de cette mesure qu’en raison d’une foi aveugle dans les marchés, fait encore plus régresser les populations. Des filles douées vivant dans la pauvreté sont toujours perdantes lorsque l’école devient payante.

Au cours des années passées, l’aide salvatrice a joué un rôle déterminant dans la révolution pour la survie des enfants, en réduisant l’écart de scolarisation entre les filles et les garçons et en encourageant la durabilité environnementale. Les donneurs doivent maintenant utiliser l’aide de manière stratégique, afin de favoriser l’avènement, d’ici à 2030, d’une économie plus humaine où pauvreté et inégalités n’auront plus droit de cité.

5. Les politiques budgétaires et commerciales montrent comment le manque de cohérence et les défaillances de la mise en œuvre limitent souvent la promotion de résultats équitables

Dans les pays en développement, une difficulté particulière a trait au fait que de nombreux gouvernements ne disposent pas des capacités administratives, techniques ou financières nécessaires pour mettre en œuvre des politiques et des programmes efficaces à l’appui du développement durable. Ainsi, l’insuffisance des capacités administratives dont dispose un État pour collecter les impôts et s’attaquer à des pratiques d’évasion fiscale extrêmement complexes peut entraîner un sous-investissement dans des domaines clés, tels que l’éducation, la santé ou la protection sociale (BIT, 2017[25]).

En outre, une politique a plus de risques d’échouer lorsque la chaîne de responsabilité de sa mise en œuvre est mal définie, ou en l’absence d’une coordination cohérente. Ainsi, la capacité d’un État à atteindre des objectifs légitimes d’équité sociale risque d’être mise à mal par les volets des accords commerciaux non liés au travail, tels que les dispositions relatives à la protection de l’investissement (OIT, 2016[20]). Ces effets sont encore exacerbés lorsque le système défini pour le règlement des litiges entre États et investisseurs prévoit des arbitres privés dont l’indépendance est compromise par des conflits d’intérêts. À titre d’illustration, en 2013, la compagnie transnationale française Veolia a attaqué en justice le gouvernement égyptien en invoquant une perte sur les bénéfices escomptés en raison de la hausse du salaire minimum en Égypte (Assemblée générale des Nations Unies, Conseil des droits de l’homme, 2015[57]).

La difficulté de concilier les objectifs des politiques fiscale et sociale est un autre exemple d’une situation dans laquelle le manque d’intégration de l’action publique peut aboutir à des résultats inférieurs à ceux escomptés. Si, dans les pays avancés de l’OCDE, les politiques budgétaires (impôts et transferts) ont pour effet de réduire le coefficient de Gini (la mesure statistique des inégalités la plus couramment utilisée) de 15 points en moyenne (OCDE, 2011[58]), dans les pays en développement, elles ne réduisent en général que faiblement les inégalités et accroissent souvent la pauvreté (Lustig, 2017[59]), essentiellement via les impôts indirects.

Comment la coopération pour le développement peut-elle lutter contre les inégalités de revenu au sein des pays ?

La nature des inégalités économiques et leurs déterminants, qui sont examinés dans le présent chapitre, soulèvent la question du rôle de la coopération pour le développement. L’aide financière et technique peut-elle contribuer à inverser la tendance actuelle au creusement des inégalités au sein des pays ? L’inversion de cette tendance peut-elle en outre contribuer à réduire la pauvreté au niveau mondial ? Une chose est sûre, l’ODD 1 – l’élimination de la pauvreté sous toutes ses formes, partout – ne pourra pas être atteint sans une réduction considérable des inégalités au sein des pays.

Les ODD fournissent aux partenaires au développement des éléments de motivation puissants pour s’engager activement dans la lutte contre les inégalités. Cette lutte contre les inégalités s’inscrit dans un cadre global visant à promouvoir la prospérité économique tout en protégeant la planète et en veillant à ne laisser personne de côté, et apparaît en filigrane dans l’ensemble du Programme 2030, aussi bien en tant qu’objectif direct dans l’ODD 10 que décliné dans de nombreux autres objectifs et cibles indirects. La dernière section du présent document fait fond sur les recherches résumées plus haut et propose aux partenaires au développement des moyens à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs des ODD et renforcer leur impact sur le développement.

Améliorer les diagnostics et l’adaptation des réponses

La réduction des inégalités de revenu devrait occuper une place plus centrale dans les stratégies-pays des partenaires au développement. Le creusement des inégalités économiques représente une menace particulière pour la cohésion sociale dans de nombreux pays en développement, et au-delà. Or, l’amélioration de la cohésion des sociétés peut être un moteur du développement durable (OCDE, 2011[58]). De nombreux organismes de développement s’emploient déjà à réduire les inégalités horizontales en aidant les groupes les plus vulnérables, tels que les femmes et les jeunes, à accéder aux services de base (Chapter 9). Toutefois, il faut faire davantage pour lutter contre les inégalités verticales.

La coopération pour le développement devrait par conséquent tenir compte de la nature et de la diversité des obstacles profondément enracinés auxquels font face les pays en développement dans leurs initiatives visant à favoriser l’équité économique. Elle devrait également concilier, dans une démarche cohérente, l’ensemble des actions menées aux différents niveaux d’intervention (national, régional, mondial) et dans les divers domaines (aide publique au développement, politiques des échanges et de l’investissement, politique étrangère). Une analyse de l’économie politique pourrait aider à recenser les facteurs qui entravent l’obtention de résultats économiques équitables, et apporter davantage de clarté sur les mesures susceptibles d’actionner les leviers du progrès, existants ou potentiels (Banque mondiale, 2016[60]).

Les partenaires au développement devraient adapter leurs interventions en se fondant sur des diagnostics bien étayés des problématiques auxquelles est confronté chaque pays en matière d’inégalités. Les outils diagnostiques, tels que les Examens des politiques de cohésion sociale de l’OCDE (voir Box 3.2 sur la cohésion sociale au Viet Nam), aident les partenaires au développement et les pays à améliorer leurs politiques économiques et sociales nationales de manière à promouvoir la cohésion sociale, et notamment l’équité économique. Ces examens visent à rassembler différents acteurs autour d’un dialogue sur la cohésion sociale abordant un large éventail de domaines.

Encadré 3.2. Évaluation de la cohésion sociale au Viet Nam : Examen de l’OCDE des politiques de cohésion sociale au Viet Nam

L’économie vietnamienne a enregistré une croissance soutenue au cours de la dernière décennie, associée à un recul impressionnant de la pauvreté et à l’émergence d’une vaste classe moyenne. Ces réalisations sont largement attribuées à la politique du Doi Moi – un processus de réforme économique entamé en 1986. Cette politique a abouti à une série de changements structurels qui ont transformé le pays en l’une des économies à la croissance la plus rapide du monde, mais qui ont également fait naître des défis en matière de cohésion sociale. Le fait que les politiques sociales, budgétaires, de l’emploi et de l’éducation présentent encore des lacunes et puissent menacer la cohésion sociale suscite en effet des préoccupations.

L’objectif de l’Examen des politiques de cohésion sociale de l’OCDE était d’étayer le dialogue engagé sur la cohésion sociale au Viet Nam, ainsi que la conception des interventions publiques. Au nombre de ses principales conclusions figurent les points suivants :

La cohésion sociale au Viet Nam est à un moment charnière

Le caractère inclusif de la croissance est une source de questionnement. Le Viet Nam affiche une mobilité élevée des revenus absolus et relatifs, une situation qui implique la présence de gagnants et de perdants. Les possibilités de faire jouer l’ascenseur social entre générations d’une même famille (mobilité intergénérationnelle) semble également limitée.

La transformation structurelle a eu un impact négatif sur le capital social – elle a altéré les relations et la confiance entre les individus et à l’égard des pouvoirs publics, alors que les réseaux traditionnels de soutien social semblent s’affaiblir. Des possibilités d’engagement dans la vie publique existent, mais les citoyens n’ont pas forcément les moyens d’exercer un droit de regard sur la politique publique ni de l’influencer. Les normes sociales semblent également avoir des répercussions négatives sur l’équité entre les sexes.

Améliorer la cohésion sociale par des politiques favorables à l’emploi

L’intensité de l’emploi (la façon dont l’emploi varie en fonction de la production économique) au Viet Nam reste faible en dépit de la forte augmentation de la productivité du travail et de la croissance des salaires réels. Il existe également une inadéquation des compétences due à l’évolution rapide de la demande de main-d’œuvre sous l’effet des transformations structurelles. Si des années d’investissements publics dans l’éducation ont contribué à renforcer le capital humain et à alimenter la croissance économique, l’équité reste source de préoccupation et les politiques d’éducation et de formation ne préparent pas suffisamment la main-d’œuvre à l’emploi dans une économie à croissance rapide.

Mettre en place un système inclusif de protection sociale

Le système de protection sociale au Viet Nam a atténué les risques tout au long des réformes structurelles, en contribuant à résorber les inégalités. Toutefois, la couverture sociale varie en fonction du type de protection sociale, et l’évasion fiscale généralisée nuit au développement de dispositifs plus inclusifs. Les programmes ciblés sur des groupes vulnérables sont en général efficaces. Le principal défi consiste à en étendre l’accès aux populations pauvres qui ne peuvent en bénéficier. Contrairement aux programmes d’aide favorables aux pauvres, les dispositifs d’assurance sociale sont concentrés de manière disproportionnée sur les mieux lotis. On observe en outre de vastes inégalités d’accès aux services de soins de santé entre les groupes ethniques et, parmi les personnes âgées, entre les catégories de revenu.

Politique budgétaire et contrat social

Si les niveaux de confiance dans les institutions budgétaires et de civisme fiscal sont globalement élevés au Viet Nam, les entreprises déclarent des salaires inférieurs à la réalité afin de se soustraire aux cotisations de sécurité sociale, une pratique qui nuit à la légitimité budgétaire et au contrat social. L’impôt sur le revenu au Viet Nam semble avoir des effets redistributifs très limités. À condition d’être pleinement mis en application, le régime actuel d’impôt sur le revenu des personnes physiques pourrait contribuer à la lutte contre les inégalités.

Les transferts peuvent eux aussi réduire les inégalités de revenu – plus efficacement que la fiscalité. Les transferts budgétaires des administrations centrales aux administrations locales sont censés être progressifs, mais la nature pro-pauvres de ces transferts ne se traduit pas forcément par une amélioration de la satisfaction à l’égard de la fourniture des services publics.

Source: (OCDE, 2014[61]), Social Cohesion Policy Review of Viet Nam, http://dx.doi.org/10.1787/9789264196155-en.

Soutenir les mécanismes de réglementation internationale, tels les dispositifs fiscaux visant à réduire les inégalités à l’échelle mondiale, et y participer

À bien des égards, les pays en développement interviennent dans un système international largement dicté par les orientations des politiques publiques des pays de l’OCDE. Ce système s’assortit de coûts mais également d’avantages en termes d’inégalités économiques, mais les partenaires au développement peuvent soutenir les processus internationaux qui contribuent à atténuer certains de ces coûts et à optimiser les avantages.

Une initiative utile dans la lutte contre les inégalités économiques est l’ensemble de mesures défini par l’OCDE/G20 sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS), qui vise notamment à réduire la fraude fiscale des particuliers fortunés et des entreprises multinationales. Le BEPS revêt une importance considérable pour les pays en développement compte tenu de la forte dépendance de l’État à l’égard de l’impôt sur les sociétés, en particulier celui des entreprises multinationales.

Une autre initiative connexe est menée par l’OCDE/PNUD au titre des programmes d’Inspecteurs des impôts sans frontières (IISF), qui aident les pays à renforcer leurs capacités de vérification fiscale. Les programmes IISF complètent les initiatives plus vastes menées par la communauté internationale pour renforcer la coopération sur les questions de fiscalité et concourent aux efforts déployés par les pays en développement pour mobiliser les ressources intérieures.

La coopération pour le développement devrait aider les pays en développement à participer au programme d’action international sur la fiscalité en leur proposant un soutien adapté à leurs besoins spécifiques. Elle devrait également, dans le cadre de la coopération avec le secteur privé, prêter appui à la mise en œuvre des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, qui forment l’ensemble de recommandations sur la conduite responsable des entreprises le plus complet que des États aient entériné à ce jour. Les gouvernements qui adhèrent à ces principes directeurs ont pour objectif d’encourager les entreprises multinationales à adopter un comportement responsable. Ce faisant, ils ont la possibilité de réduire le risque que ces entreprises aient un impact négatif sur les droits de l’homme, le travail et l’environnement, que ce soit par leur activité ou leurs chaînes d’approvisionnement.

Fragilité

Rachel Scott, Direction de la coopération pour le développement, OCDE

Principaux messages

  • La fragilité et le fait d’être laissé de côté vont de pair. Il se pourrait qu’en 2030, plus de 80 % des habitants les plus pauvres de la planète vivent dans des contextes fragiles. Dans ces contextes, la réalisation des Objectifs de développement durable se heurte à des obstacles importants.

  • La fragilité est une étiquette unique que l’on applique à un phénomène complexe et multidimensionnel. Le Cadre de l’OCDE sur la fragilité examine une combinaison de risques et de capacités d’adaptation dans cinq dimensions : économique, environnementale, politique, de sécurité et sociétale.

  • Lutter contre la fragilité dans toutes ses dimensions requiert engagement et détermination de la part de tous les acteurs, qui doivent s’attaquer aux racines de la fragilité et œuvrer à des sociétés inclusives, pacifiques et équitables – en commençant par les personnes les plus vulnérables.

  • L’APD dirigée vers les contextes fragiles est en hausse. En 2016, les contextes fragiles ont reçu 68.2 milliards USD d’APD, mais seulement 2 % de cette aide ciblait la prévention des conflits et 10 % la consolidation de la paix.

  • Les financements à l’appui du développement ciblant les déterminants réels de la fragilité, et non uniquement ses symptômes, sont limités, d’où des appels en faveur d’un nouveau principe appelant à investir dans le développement à chaque fois que possible, et dans l’aide humanitaire seulement là où c’est nécessaire.

Pour ce qui est de concrétiser l’aspiration à ne laisser personne de côté, formulée dans le Programme 2030, nulle part le risque n’est aussi grand, ou les bienfaits autant susceptibles de bouleverser la donne, que dans les contextes fragiles. La fragilité doit être prise en compte – pour le bien-être des individus, pour la stabilité et les perspectives de développement des sociétés, de même que pour l’effet qu’elle peut avoir par ricochet sur les régions voisines et sur les pays de l’OCDE.

La fragilité doit être prise en compte parce que c’est dans les contextes fragiles que se trouvent déjà des personnes laissées de côté. Les Objectifs de développement durable (ODD) offrent l’opportunité de remédier aux insuffisances des Objectifs du millénaire pour le développement et d’amener à des progrès plus profonds et plus généralisés en matière de développement dans les contextes fragiles. Pour l’heure, cependant, les contextes fragiles accusent un certain retard sur la voie de la réalisation des ODD. Si la plupart des contextes de fragilité sont en bonne voie pour atteindre l’Objectif 13, relatif au changement climatique, et l’Objectif 17, qui porte sur les partenariats mondiaux, des défis considérables subsistent concernant les avancées en vue de la réalisation d’autres ODD, en particulier de l’ODD 1, relatif à la pauvreté, de l’ODD 2, sur l’alimentation et la nutrition, de l’ODD 3, sur la santé, et de l’ODD 16, qui concerne la paix et la justice (Sachs et al., 2017[62]). Sur 157 pays pour lesquels existent des données relatives aux avancées en matière d’ODD, les contextes fragiles se classent systématiquement dans le dernier tiers. Les pays extrêmement fragiles que sont la République centrafricaine, le Tchad et la République démocratique du Congo sont tout en bas du classement, respectivement à la 157e, 156e et 155e place (Sachs et al., 2017[62]).

D’après les projections établies pour le rapport annuel de l’OCDE États de fragilité (OCDE, 2018[2]), en 2030, plus de 2.3 milliards d’individus, soit environ 27 % de la population mondiale, vivront dans des contextes fragiles, contre 1.8 milliard actuellement. Si aucune action n’est entreprise, on estime que le nombre de personnes vivant en dessous du seuil international de pauvreté dans les situations de fragilité atteindra 620 millions en 2030, contre 513.6 millions en 2015. Autrement dit, il se pourrait qu’en 2030, plus de 80 % des individus les plus pauvres de la planète vivent dans des contextes fragiles. Ces personnes extrêmement pauvres seront essentiellement concentrées dans quatre pays, tous recensés dans le Cadre 2018 de l’OCDE sur la fragilité : le Nigéria (où, d’après les estimations, devraient vivre 130 millions de personnes extrêmement pauvres), la République démocratique du Congo (80 millions), la République-Unie de Tanzanie (ci-après la « Tanzanie », 30 millions) et Madagascar (28 millions) (OCDE, 2018, p. 99[2]).

L’APD dirigée vers les contextes fragiles importe parce que la fragilité doit être prise en considération. Les ressources allouées aux contextes fragiles, lesquels sont davantage tributaires de l’aide, progressent plus rapidement que l’APD ciblant les autres pays en développement. En 2016, l’APD dirigée vers les contextes fragiles s’est élevée à 68.2 milliards USD. Sur ce total, 35.8 milliards ont été apportés par les donneurs du CAD, 9.9 milliards par d’autres donneurs bilatéraux et les 22.4 milliards restants ont été acheminés par l’intermédiaire d’acteurs tels que les banques de développement ou les agences des Nations Unies. Globalement, l’APD ciblant les contextes fragiles a augmenté de 6.4 % entre 2015 et 2016, soit un rythme plus de deux fois supérieur au taux de croissance global de l’APD. De fait, l’APD destinée aux contextes fragiles ne cesse d’augmenter depuis la fin de la crise financière mondiale, et s’est accrue de 26 % en termes réels entre 2009 et 2016. Enfin, l’APD constitue une source importante de financement à l’appui du développement dans les contextes fragiles puisque, du moins à court ou moyen terme, aucun autre moyen ne leur permettra d’accéder à des volumes importants de financement.

Encadré 3.3. Les facteurs de fragilité

La pauvreté n’est pas l’unique raison qui explique que des personnes risquent d’être laissées de côté. Dans les contextes fragiles, plusieurs facteurs menacent le bien-être et entravent le développement durable, notamment :

  • Les inégalités de revenu. Selon le coefficient de Gini, les pays considérés comme extrêmement fragiles, dont Haïti et la République centrafricaine, figurent aussi parmi les pays dont la distribution des revenus est la plus inégalitaire (Sachs et al., 2017, p. 436[62]).

  • Les inégalités femmes-hommes. Huit des dix sociétés présentant les plus fortes inégalités femmes-hommes au monde en 2015 étaient également considérées comme fragiles selon le Cadre 2018 de l’OCDE sur la fragilité. Il s’agit du Yémen, du Tchad, du Niger, du Mali, de la Côte d’Ivoire, de l’Afghanistan, de la République démocratique du Congo et de la Sierra Leone (PNUD, 2016, pp. 214-217[63]).

  • L’espérance de vie. Les pays et contextes figurant dans le Cadre 2018 sur la fragilité affichent une espérance de vie parmi les plus faibles au monde (OMS, 2017[64]). D’après les données de 2015, l’espérance de vie moyenne à la naissance la plus courte était observée en Sierra Leone (50.1 ans), suivie de près par l’Angola (52.4 ans) et la République centrafricaine (52.5 ans) (OMS, 2017, p. 55[64]).

  • Le risque de catastrophe. Pour la période cumulée 1996-2015, six des dix pays ayant enregistré le plus grand nombre de décès liés aux catastrophes en valeur absolue figurent également dans le Cadre 2018 sur la fragilité : l’Afghanistan, Haïti, le Honduras, le Myanmar, le Pakistan et la Somalie (UNISDR et CRED, 2016, p. 15[65]). Les effets des catastrophes sont particulièrement dévastateurs dans les contextes fragiles, qui sont plus fortement exposés aux risques et disposent de capacités d’adaptation insuffisantes pour gérer, absorber ou atténuer ces risques.

  • Les déplacements forcés. En 2016, 55 % de l’ensemble des réfugiés à l’échelle mondiale provenaient de l’Afghanistan, de la République arabe syrienne (ci-après la « Syrie ») et du Soudan du Sud (HCR, 2017, p. 3[66]) – trois pays classés comme extrêmement fragiles dans le Cadre de l’OCDE. De même, six des dix pays ayant accueilli le plus grand nombre de réfugiés en 2016 (HCR, 2017, p. 15[66]) étaient considérés comme fragiles ; il s’agit de l’Éthiopie, de la République islamique d’Iran, du Kenya, de l’Ouganda, du Pakistan et de la République démocratique du Congo. Proportionnellement, les contextes fragiles sont également bien plus affectés par les déplacements internes : huit des dix plus vastes populations de personnes déplacées dans leur propre pays se situent dans des contextes de fragilité (HCR, 2017, p. 36[66]).

  • La fragilité urbaine. Les villes situées dans des contextes fragiles sont particulièrement vulnérables aux conséquences d’une fragilité exacerbée, et risquent, à leur tour, d’aggraver plus encore la fragilité. Ce phénomène s’explique par le rythme de la croissance démographique, le taux de chômage élevé, les inégalités de revenu, le manque d’accès aux services de base, le taux d’homicides, le terrorisme et l’exposition aux risques naturels, en particulier aux catastrophes liées au changement climatique. Trois des quatre villes les plus fragiles – Kismaayo, Merca et Mogadiscio – se trouvent en Somalie. Six des 25 villes les plus fragiles se situent en Iraq, 5 au Yémen et 4 en Afghanistan (Muggah, 2017[67]).

Qui est laissé de côté dans les contextes fragiles ?

La fragilité est un phénomène complexe. Elle touche des contextes variés, à différents degrés d’intensité et pour des raisons diverses. En fait, toutes les sociétés et tous les contextes sont, dans une certaine mesure, fragiles à un moment donné. Partant, un cadre multidimensionnel constitue le meilleur moyen de comprendre de quelle manière et sur quels territoires les personnes vivant dans des contextes fragiles risquent d’être laissées de côté. Un tel cadre favorise en outre une réflexion nouvelle sur les moyens d’obtenir des résultats durables dans les contextes fragiles, pour la présente génération comme pour la prochaine, et sur les nouvelles manières de travailler pour tous les acteurs intervenant à l’articulation entre action humanitaire, développement et paix, comme le souligne Ulla Tørnæs, ministre de la Coopération au développement du Danemark dans son « Point de vue ».

Le Cadre multidimensionnel de l’OCDE sur la fragilité définit ce phénomène comme la conjonction d’une exposition à des risques et des capacités à y faire face dans cinq dimensions : l’économie, l’environnement, la politique, la sécurité et la société (Whaites, 2017[68]).

L’application du Cadre 2018 sur la fragilité aboutit à des résultats qu’illustre le Figure 3.5. Les contextes sont énumérés par niveau croissant de fragilité, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Ce classement n’est toutefois donné qu’à titre indicatif ; il convient de tenir compte de la multidimensionnalité inhérente au concept de fragilité, qui implique que les contextes placés côte à côte dans cette présentation graphique connaissent des formes de fragilité différentes et ne peuvent par conséquent pas être directement comparés l’un à l’autre.

Graphique 3.5. Cadre 2018 de l’OCDE sur la fragilité
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Source: (OCDE, 2018[2]), États de fragilité 2018, https://doi.org/10.1787/9789264308916-fr

Dimension économique de la fragilité

La dimension économique de la fragilité vise à rendre compte de la vulnérabilité vis-à-vis des risques qui découlent des faiblesses existant dans les fondements économiques et le capital humain, prenant en considération différents facteurs dont l’exposition à des chocs macroéconomiques, la croissance inégalitaire, le chômage élevé des jeunes, etc.

Le premier groupe risquant d’être laissé de côté dans la dimension économique de la fragilité est constitué, bien évidemment, des personnes très pauvres. Comme indiqué plus haut, les projections montrent qu’en 2030, 620 millions de personnes vivant sous le seuil international de pauvreté, soit 80 % des habitants les plus pauvres de la planète, vivront dans des contextes fragiles.

Le deuxième groupe exposé à ce risque est constitué des exclus des bienfaits de la croissance économique. Comme le souligne le rapport États de fragilité 2018, de nouveaux risques graves apparaissent quand une croissance économique impressionnante et les attentes qui l’accompagnent ne se traduisent pas par des progrès à proportion en termes de distribution des revenus, de création d’emplois, de plus grandes possibilités de s’exprimer et d’un meilleur exercice de la redevabilité (Whaites, 2017[68]). Il est par conséquent nécessaire de porter une attention accrue non seulement à la croissance, mais aussi à la qualité et à la répartition des bienfaits économiques qui en découlent. Cela étant, ce n’est pas parce qu’un pays aura un revenu plus élevé qu’il sortira de la fragilité. Et de fait, 30 des 58 contextes fragiles selon le Cadre 2018 sur la fragilité sont des pays à revenu intermédiaire (OCDE, 2018[2]).

Point de vue: Nous devons travailler autrement à l’articulation entre action humanitaire, développement et paix, de sorte qu’aucune fille ne soit laissée de côté

Ulla Tørnæs, ministre de la Coopération au développement, Danemark

Nous avons certes enregistré de grands progrès dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités, mais trop de personnes – les plus démunies, les plus désavantagées et celles risquant le plus de subir violence et discrimination – se heurtent toujours à des inégalités substantielles lorsqu’il s’agit de l’accès aux ressources et du respect des droits. Les femmes et les filles sont bien trop souvent en tête de cette liste.

L’engagement à ne laisser personne de côté implique de chercher en priorité à réaliser des progrès pour les plus marginalisés. Il nous presse de nous atteler aux causes structurelles des inégalités et de la marginalisation qui affectent ces personnes, de sorte qu’elles puissent déployer leur potentiel. C’est ce qui guide la stratégie danoise en matière de politique de développement et d’action humanitaire.

L’exposition à une situation de conflit ou de fragilité tend à creuser les inégalités structurelles, ce qui se vérifie en particulier pour les inégalités entre femmes et hommes. Dans les situations de conflit, les petites filles risquent 2.5 fois plus de ne pas aller à l’école que les garçons, et sur les 10 pays affichant le taux le plus élevé de mariage d’enfants, 9 sont considérés comme des États fragiles ou extrêmement fragiles.

Malheureusement, les tendances récentes indiquent que beaucoup risquent de continuer à vivre dans la fragilité ou de faire partie des populations déplacées pendant les années à venir. Nous devons donc veiller à ce que nos interventions soient conçues dès le départ de manière à produire des résultats durables sur le long terme pour les personnes qui en ont le plus besoin. La réflexion sur le développement doit avoir sa place dès la phase d’intervention d’urgence, et nous devons remédier aux inégalités et écarts sous-jacents qui sont à l’évidence reliés entre eux. Il faut pour cela adopter une démarche holistique qui intègre services de santé, éducation et moyens de subsistance. La santé sexuelle et procréative ainsi que les droits des femmes et filles doivent être protégés, afin de sauver des vies et de protéger le droit fondamental de toutes les femmes et de toutes les filles à disposer de leur corps. L’éducation des filles doit être la priorité, y compris dans les contextes humanitaires ; les filles qui vont à l’école pendant sept ans se marient généralement plus tard, bénéficient de meilleures opportunités économiques et ont moins d’enfants.

Voici l’avenir que j’appelle de mes vœux : en 2030, toutes les femmes et les filles auront la capacité de jouir de leurs droits, de déployer leur potentiel et faire leurs propres choix de vie. Aucun des Objectifs de développement durable ne saurait être atteint s’il n’est pas atteint pour tout le monde, y compris les femmes et les filles vulnérables. Ce ne sera pas chose facile. Les personnes à qui il reste le plus de chemin à parcourir sont celles qu’il est le plus difficile de sortir de cette situation. Aussi sera-t-il indispensable de déployer des efforts collectifs, associant responsables de l’action publique, société civile, acteurs humanitaires, organismes de développement, partenaires du secteur privé et communauté des donneurs.

De mon point de vue, cette nouvelle manière de fonctionner donne le ton. Ensemble, nous parviendrons à réduire durablement les besoins, les risques et les vulnérabilités à court et à long terme. Mais seulement si nous sommes tous prêts à travailler et à collaborer en nous plaçant à l’articulation entre action humanitaire, développement et paix.

Un troisième groupe risquant d’être touché par la fragilité économique, mais qui est moins bien appréhendé, est formé des habitants des pays voisins des contextes fragiles. Ceux-ci peuvent observer un recul de leur économie lorsque du capital physique et humain est détruit, que ces pays deviennent moins attrayants pour l’investissement direct étranger et les échanges, ou que les ressources sont réorientées vers des secteurs moins productifs, tels que la défense, le contrôle aux frontières ou la gestion des réfugiés (DFID, 2016[69]) (Dunne et Tian, 2015[70]). C’est pourquoi, par exemple, le ministère du Développement international, au Royaume-Uni, intègre dans sa liste des États et régions fragiles une catégorie de pays voisins de territoires marqués par une « forte fragilité » (DFID, 2016[69]).

Enfin, les personnes qui sont quotidiennement confrontées au fléau de la corruption risquent, elles aussi, d’être laissées de côté. Tous les pays figurant dans le Cadre 2018 de l’OCDE sur la fragilité, à l’exception du Rwanda, se classent parmi les pays où les scores de perception de la corruption sont le plus élevés, selon l’Indice de perception de la corruption de 2016 (Transparency International, 2017[71]). La corruption entrave la croissance économique et accentue la pauvreté, privant les individus d’accès à des services vitaux, tels que les soins de santé, l’éducation ou l’eau et l’assainissement, et exacerbant encore le risque d’être laissé de côté.

Dimension environnementale de la fragilité

La dimension environnementale de la fragilité vise à rendre compte de la vulnérabilité vis-à-vis des risques environnementaux, climatiques et sanitaires qui menacent la vie et les moyens de subsistance des citoyens. Elle comprend l’exposition aux catastrophes naturelles, à la pollution et aux épidémies (voir également dans le présent chapitre la section portant sur le changement climatique).

Le changement climatique est un facteur important qui accroît le risque d’être laissé de côté dans les contextes fragiles. Ses effets s’expriment sous la forme d’une instabilité politique, d’une insécurité alimentaire, d’un affaiblissement de l’économie et de déplacements massifs de populations. Il peut aggraver les tensions, catalyser la violence ou menacer une paix fragile au sortir d’un conflit (Peters et Vivekananda, 2014[72]). Les conflits violents ont eux-mêmes pour effet d’appauvrir les communautés, de diminuer leur résilience et de les placer en moins bonne posture pour faire face aux impacts du changement climatique – ce qui crée un cercle vicieux dont il est difficile de sortir.

Les catastrophes affectent, proportionnellement, davantage les personnes qui sont laissées de côté dans des contextes fragiles, et ce, pour deux raisons : les personnes vivant dans des contextes fragiles sont souvent exposées à des risques plus élevés de catastrophe, et elles ont souvent une moindre capacité à y faire face. Entre 2004 et 2014, 58 % des décès causés par des catastrophes se sont produits dans les 30 États les plus fragiles de la planète (Peters et Budimir, 2016, p. 5[73]).

En 2016, 24.2 millions de personnes ont été déplacées à la suite de catastrophes naturelles soudaines (IDMC, 2017, p. 31[74]). Si des mesures de plus grande ampleur et plus stratégiques concernant la dimension environnementale ne sont pas engagées dans un souci d’anticipation, les personnes vivant dans des contextes fragiles et exposées à des aléas naturels et à des chocs climatiques courent un risque substantiel de se retrouver pris dans un cycle qui, pour l’avenir prévisible, les maintiendra dans la situation de laissés-pour-compte.

Dimension politique de la fragilité

La dimension politique de la fragilité vise à rendre compte de la vulnérabilité aux risques inhérents aux processus, événements ou décisions politiques. Il s’agit de risques pesant sur l’inclusivité politique (élites), sur la transparence (corruption) et sur la capacité des sociétés à accueillir le changement et à éviter l’oppression.

La réduction des inégalités et de l’exclusion, en particulier des femmes et des jeunes, est indispensable à une paix durable (ONU/Banque mondiale, 2018[75]) et donc indispensable pour réduire le risque de laisser quiconque de côté. L’inégalité politique peut revêtir deux formes : verticale ou horizontale. L’inégalité verticale entre les individus ou les ménages (les « nantis » et les « démunis ») peut conduire à une inégalité dans l’accès au pouvoir, et donc à une instabilité politique. L’inégalité horizontale entre différents groupes ethniques, régionaux ou confessionnels induit une perception d’inégalité et d’injustice, et génère, par voie de conséquence, des motifs de mécontentement et de conflit (ONU/Banque mondiale, 2018[75]).

On notera cependant un point assez étonnant : au nombre des personnes laissées de côté dans la dimension politique peuvent également figurer des élites riches, lesquelles ne sont généralement pas les cibles des programmes en faveur du développement. Cela se vérifie particulièrement durant les transitions amenant à une inclusion politique, par exemple après la signature d’un accord de paix. Durant ces périodes charnières, le risque d’instabilité et de violence peut s’accentuer – surtout lorsque les membres des élites lésées, prenant en mauvaise part un changement dans leur statut relatif, mobilisent des groupes afin d’agir sur ce qu’ils perçoivent comme des injustices (ONU/Banque mondiale, 2018[75]).

C’est donc une tâche complexe, dans cette dimension politique, que d’éliminer le risque de laisser qui que ce soit de côté. Les approches traditionnelles du développement, qui se focalisent uniquement sur les relations verticales État-société, le premier étant généralement incarné par l’administration nationale/centrale, ont eu tendance à minimiser l’importance des relations horizontales société-société et de la dynamique locale/municipale. De même, mettre l’accent sur le renforcement des institutions conduit à une vision trop réductrice, axée sur l’État central et formel, et éclipse le rôle des citoyens et de la société dans l’édification des fondements des institutions (OCDE, 2018[2]). Ne pas tenir compte de la vision d’ensemble accroît le risque que les programmes ne répondent pas aux besoins des personnes laissées de côté.

Dimension sécurité de la fragilité

La dimension sécurité de la fragilité vise à rendre compte de la vulnérabilité que la violence sociale et politique induit pour les citoyens. À ce titre, elle comprend des indicateurs de l’exposition des citoyens à des violences politiques et sociales directes.

L’insécurité est un déterminant majeur du risque que des individus demeurent laissés-pour-compte. Ce risque peut se manifester sous différentes formes, notamment la violence qui conduit à des blessures ou à la mort, la souffrance humaine, en particulier celle découlant des déplacements forcés, la destruction des infrastructures clés indispensables aux services de base, et les environnements où la sécurité fait défaut, dans lesquels les secours humanitaires ne peuvent atteindre les personnes qui en ont le plus besoin.

C’est donc une bonne nouvelle que la prévention des conflits figure au premier plan des préoccupations de la communauté internationale. La mise à disposition des ressources nécessaires au renforcement de la sécurité ne semble toutefois pas occuper la même place dans l’ordre des priorités. En 2016, seulement 2 % de l’APD consacrée aux contextes fragiles, soit environ 1.7 milliard USD, ont été affectés à la prévention des conflits. Les donneurs ont consacré 7.5 milliards USD, soit environ 10 % de l’APD, à la consolidation de la paix (OCDE, 2018[2]).

L’insécurité exerce également une influence grandissante sur le type d’APD que reçoivent les contextes fragiles, ce qui crée des incitations délétères, entravant les efforts déployés pour remédier aux multiples dimensions de la fragilité. Entre 2015 et 2016, l’aide humanitaire à destination de l’ensemble des contextes fragiles s’est accrue de 38 %, quand, dans le même temps, l’aide disponible pour la programmation au service du développement (dite aide-pays programmable – APP) n’a pas augmenté (Chapter 13). Dans les 15 contextes extrêmement fragiles, où les risques en matière de sécurité constituent le défi le plus ardu pour les acteurs internationaux, les volumes d’APP et d’aide humanitaire se situaient, en 2016, plus ou moins au même niveau, l’APP s’établissant à 16 milliards USD et l’aide humanitaire à 15 milliards USD. Il s’ensuit que les financements à l’appui du développement permettant de travailler sur les déterminants réels, et non uniquement sur les symptômes, de la fragilité sont limités, d’où des appels en faveur d’un investissement plus soutenu au service du développement dans les contextes fragiles, grâce à l’application du principe d’une aide au développement à chaque fois que possible, et d’une aide humanitaire seulement là où c’est nécessaire.

Dimension sociétale de la fragilité

La dimension sociétale de la fragilité vise à rendre compte de la vulnérabilité face aux risques affectant la cohésion de la société, notamment à des facteurs tels que les inégalités, aussi bien verticales qu’horizontales, ou les clivages sociaux.

La fragilité est plus ou moins prononcée selon la capacité des différents groupes de la société à travailler ensemble. Lorsque c’est impossible – et la société est rarement une entité unifiée dans les contextes fragiles –, alors les membres des groupes les plus marginalisés courent un risque majeur d’être laissés de côté. Plusieurs facteurs accentuent la fragilité sociétale : le manque de confiance mutuelle, des perceptions différentes de l’histoire, des conceptions différentes de la légitimité des règles et des degrés différents de respect de l’autorité publique (OCDE, 2018, pp. 42-44[2]).

Les processus démocratiques et les élections sont souvent présentés comme une solution pour aboutir à un contrat social efficace. Toutefois, s’ils ne sont pas gérés correctement, ils peuvent aussi se révéler délétères et accroître le risque de marginalisation. Au Sri Lanka, par exemple, la majorité cingalaise a rejeté à plusieurs reprises le type de compromis qui aurait satisfait la minorité tamoule (Uyangoda) (OCDE, 2018[2]). Au Kenya, au Nigéria et en Ukraine, la concurrence électorale pour le pouvoir politique a maintes fois aggravé les divisions sociales au lieu d’y mettre fin. Au Guatemala, la démocratie a échoué à diverses reprises à donner davantage de pouvoirs aux groupes défavorisés (OCDE, 2018[2]).

En outre, le récent rétrécissement du champ d’action de la société civile, dans de nombreux pays, a réduit leurs possibilités d’avoir quelque influence que ce soit sur le renforcement – ou l’affaiblissement – de la cohésion sociale (Chapter 6). Les restrictions auxquelles se heurte la société civile l’empêchent donc de déployer son plein potentiel pour réduire le nombre d’individus laissés de côté dans les contextes fragiles.

Enfin, dans les contextes de fragilité, les relations inégalitaires entre femmes et hommes peuvent être source de conflit et de violence, tandis que la participation active des femmes peut contribuer à une paix durable et à la résilience (voir également la section sur les femmes et les filles dans le présent chapitre). Ces dynamiques ont un impact substantiel, négatif ou positif, sur les personnes laissées de côté. Cependant, une récente étude du Réseau du CAD de l’OCDE sur l’égalité hommes-femmes (GENDERNET) et du Réseau international sur les situations de conflit et de fragilité (INCAF) montre que les politiques et programmes dans les situations de fragilité abordent généralement la problématique femmes-hommes comme un simple ajout technique, jugeant que les femmes et les questions les concernant sont relativement à part des problèmes de la population en général, et s’appuyant sur des stéréotypes selon lesquels les femmes sont vulnérables et non violentes, et les hommes violents et résilients (OCDE, 2017[76]). En découlent bien évidemment des résultats sous-optimaux.

Des actions ambitieuses pour remédier à la fragilité

Le rapport États de fragilité 2018 liste sept ambitions collectives – à l’intention des gouvernements dans les contextes fragiles, des organisations régionales, des acteurs bilatéraux et multilatéraux, de la société civile et du secteur privé – pour remédier autant que faire se peut à la fragilité et, par là même, réduire le risque que des personnes soient laissées de côté, tout en améliorant leurs perspectives en matière de développement durable et de paix. Ces ambitions sont les suivantes :

  1. Lutter contre la fragilité, afin de créer un monde meilleur – et de ne laisser personne de côté.

  2. Tenir compte de la complexité et aborder toutes les dimensions de la fragilité – en comprenant et en utilisant une approche multidimensionnelle de l’action publique, ainsi qu’en opérant une programmation et en travaillant sur tout le spectre des problématiques, y compris celles qui sont délicates et sensibles.

  3. Investir dans une aide plus volumineuse et plus intelligente dans les contextes fragiles – sachant que l’APD revêt une importance énorme dans les contextes fragiles, et qu’elle est le seul apport financier qui génère une croissance plus inclusive et conduit à des sociétés pacifiques et stables.

  4. Intensifier nos efforts en matière de prévention, de paix et de sécurité – en veillant à ce que nos investissements soient à la hauteur des discours de la communauté internationale.

  5. Investir dans les données afin de mieux comprendre les différents états de fragilité, de les anticiper et d’y réagir – en rassemblant des informations sur les problématiques moins bien comprises, telles que les systèmes informels, et en intégrant ces éléments factuels dans les décisions de programmation.

  6. Appuyer la capacité des pouvoirs publics à apporter des solutions inclusives à leurs propres états de fragilité – en prenant acte du fait que la sortie de la fragilité passe nécessairement par un partenariat, dans lequel les gouvernements partenaires aussi bien que la communauté internationale ont une part du travail à réaliser.

  7. Ne jamais perdre de vue l’objectif final, à savoir apporter de l’espoir et une existence meilleure à toutes les personnes vivant dans des contextes fragiles – reconnaissant la nécessité d’aider les individus à construire un avenir meilleur, et offrant de l’espoir pour leurs rêves et leurs aspirations, ainsi que pour une vie meilleure.

Ce sont là de hautes ambitions, et en nous efforçant de toutes les réaliser, nous pouvons en nommer une autre qui, loin d’être additionnelle, est incontournable pour sortir de la fragilité : cibler, avant tout, les personnes les plus défavorisées.

Gouvernance

Catherine Anderson et Marc de Tollenaere, Direction de la coopération pour le développement, OCDE

Principaux messages

  • Les tendances en matière de participation et d’accès des femmes à la vie politique dans les pays les moins avancés montrent que le renforcement de l’accès des femmes à la sphère politique progresse plus lentement que l’amélioration de leur participation à la vie politique.

  • La participation démocratique dans les pays les moins avancés n’a cessé de s’accroître entre 1990 et 2017. Les données relatives à la répartition du pouvoir entre les différentes classes socioéconomiques montrent que la classe aisée a renforcé sa mainmise sur le pouvoir politique au cours de cette même période.

  • La gouvernance inclusive est susceptible de contribuer à des résultats plus équitables en matière de développement lorsque les interventions sont adaptées au contexte, inscrites dans le cadre d’un processus itératif et caractérisées par la flexibilité, et lorsqu’elles permettent d’infléchir les résultats obtenus au niveau des institutions, de la société et des comportements.

  • S’ils veulent favoriser l’instauration d’une gouvernance inclusive, les acteurs de terrain qui œuvrent pour le développement doivent incorporer la dimension des politiques, ce qui nécessite une bonne compréhension du pacte politique en place au niveau local.

Bien avant l’adoption des Objectifs de développement durable (ODD), la participation inclusive, l’engagement citoyen et les mesures de justice sociale faisaient déjà partie des mesures adoptées pour remédier aux asymétries de pouvoir, à l’exclusion sociale et politique et aux problèmes d’inégalité dans le développement. Dans le contexte des ODD, le principe de ne laisser personne de côté renforce le rôle de l’inclusion, en tant qu’instrument mais aussi élément constitutif du développement durable. La communauté du développement mène actuellement une réflexion sur ce que revêt potentiellement la notion d’inclusion et sur les conditions dans lesquelles cette notion peut être mise en pratique le plus efficacement possible, à la lumière de l’expérience empirique acquise en ce qui concerne les conditions requises pour assurer durablement la croissance, la sécurité et la stabilité, et la réduction de la pauvreté.

Gouverner de manière inclusive

Hickey et al. (2015[77]) définissent le développement inclusif en des termes qui peuvent également s’appliquer à la gouvernance inclusive, à savoir comme « le processus par lequel les bénéfices sociaux et matériels sont répartis équitablement en transcendant les clivages sociaux, les groupes de revenu, les sexes, les groupes ethniques, les régions, les groupes religieux et autres ». Cette définition couvre un vaste éventail de bénéfices, des gains économiques et matériels à l’amélioration du bien-être et des capacités, en passant par l’émancipation sociale et politique, et laisse supposer que l’accent est mis sur les groupes marginalisés et vulnérables.

Il est fait mention de l’inclusion dans plusieurs ODD, même si la gouvernance inclusive est plus étroitement associée à l’ODD 16, qui vise d’une manière générale à créer des sociétés plus pacifiques et inclusives afin de favoriser un développement durable, à assurer l’accès de tous à la justice et à bâtir des institutions efficaces, responsables et inclusives à tous les niveaux. Deux cibles de l’ODD 16 portent tout particulièrement sur la gouvernance inclusive : les cibles 16.6 (« Mettre en place des institutions efficaces, responsables et transparentes à tous les niveaux ») et 16.7 (« Faire en sorte que le dynamisme, l’ouverture, la participation et la représentation à tous les niveaux caractérisent la prise de décisions »).

Comprendre le contexte d’exclusion

Une contrainte particulière qui pèse sur les gouvernements et les partenaires au développement dans la programmation d’interventions efficaces en faveur d’une gouvernance inclusive a trait au fait qu’il peut être difficile de déterminer précisément qui est laissé de côté, et comment. En effet, cela dépend du contexte national et il est donc indispensable de bien appréhender celui-ci. À titre d’illustration, des personnes peuvent être exclues des processus décisionnels, mais néanmoins incluses dans les résultats en matière de développement. Lekalake et Gyimah-Boadi (2016[78]) ont montré que dans de nombreux pays africains, les jeunes sont nettement sous-représentés dans les processus de gouvernance, mais qu’ils sont néanmoins en mesure de bénéficier de services de santé et d’éducation améliorés. Autre exemple : en Asie de l’Est, plusieurs pays autoritaires ont dans le passé cherché à atteindre divers résultats inclusifs (une industrialisation génératrice d’emplois et des systèmes universels de protection sociale, par exemple), dont ont profité de larges pans de leurs sociétés (Teichman, 2016[79]).

La prise en compte du contexte amène à s’interroger sur la manière dont la situation géographique, l’histoire, les idées ou les discours sociaux et politiques, ainsi que l’économie politique en place, peuvent avoir une incidence sur le caractère inclusif des structures sociales et des pactes et compromis politiques. La capacité essentielle qu’a le régime au pouvoir de rendre l’administration publique globalement inclusive et accessible revêt également une importance centrale (Hickey et al., 2015[77]).

Étant donné que la gouvernance inclusive revêt de multiples formes et qu’elle est fortement influencée par le contexte socioéconomique et politique, il n’existe pas d’approche modèle permettant de garantir que personne ne sera laissé de côté. Des trajectoires différentes et divergentes sont nécessaires. Comprendre les conditions (institutionnelles/structurelles, sociales, politiques, etc.) et les normes (sociales, culturelles) qui favorisent l’exclusion, ainsi que les raisons sous-jacentes d’une telle exclusion, est un point de départ important pour une programmation efficace.

Il est difficile de créer les conditions d’une gouvernance inclusive

Il est facile de présumer que si les citoyens et les groupes de la société sont davantage représentés dans les processus de gouvernance et en mesure d’influencer la prise de décision, ils tireront également des bénéfices des résultats obtenus. Or, l’expérience concrète des initiatives actuellement menées dans le domaine de la gouvernance, appuyées par l’aide publique au développement (APD), met en lumière les difficultés liées à la mise en place d’une gouvernance inclusive efficace (OCDE, 2018[80] ; Rocha Menocal, 2017[81] ; Hickey et al., 2015[77]). La partie ci-après revient sur certaines de ces difficultés.

Tout d’abord, les États qui s’efforcent d’être plus inclusifs doivent souvent opérer de multiples transformations simultanément – de la violence à la paix, d’un régime de pouvoir personnel à des institutions fondées sur des règles, d’une accumulation de patrimoine par une élite à des opportunités partagées en termes de revenu, d’emploi et de croissance économique, etc. Ces multiples transformations ne se font généralement pas sans heurts, et ont même plutôt tendance à créer des tensions (Rocha Menocal, 2016[82]).

Ensuite, des choix et des compromis difficiles s’imposent, et les progrès enregistrés peuvent souvent s’accompagner de résultats sous-optimaux ou de revers. Les voies qui mènent à une gouvernance inclusive sont souvent non linéaires et certaines formes d’inclusion peuvent progresser plus vite que d’autres. Ainsi, l’inclusion politique peut être plus rapide que l’inclusion économique ou sociale, et inversement, ou certains groupes (les femmes par exemple) peuvent être inclus plus facilement que d’autres. Le Rwanda, par exemple, a obtenu des résultats tangibles en matière d’inclusion, avec une augmentation très nette du taux de scolarisation dans le primaire et du taux de représentation des femmes, mais le pluralisme politique demeure limité et la minorité batwa continue d’être victime d’exclusion (Beswick, 2011[83]).

En troisième lieu, les écueils sont nombreux, qui englobent les mesures purement symboliques, l’inclusion dans des conditions défavorables, l’inclusion inopérante et les risques de nouvelles formes d’exclusion (Cookson et Fuentes, 2018[84]). Une gouvernance plus inclusive peut ralentir la prise de décision ou aboutir à de vains compromis, qui peuvent réduire l’efficacité des progrès accomplis (par exemple, de longues et vastes consultations sur des réformes du secteur public qui ne sont finalement pas mises en œuvre). Les interventions visant à favoriser la gouvernance inclusive peuvent également avoir des effets non souhaités. Le Botswana est souvent salué comme un modèle de stabilité politique et de démocratie en Afrique et figure en première place dans les classements relatifs à la gouvernance régionale. Or, certains analystes affirment que la constitution adoptée par le pays après son indépendance a institutionnalisé un système politique d’exclusion, où le pouvoir politique et l’accès à ce pouvoir sont réservés à une petite partie de la société (Maundeni et Suping, 2013[85] ; Molutsi et Holm, 1990[86]). Les consultations sont purement symboliques et ne représentent pas certains pans essentiels de la société. De même, en Afrique du Sud, une inclusion formelle a certes été réalisée sur le plan politique, mais des segments importants de la population noire continuent d’être victimes d’une exclusion sociale et économique (Marais et Davies, 2014[87] ; Dudouet, Lundström et Rampf, 2016[88]).7

En quatrième lieu, certaines des plus grandes avancées en matière de réduction de la pauvreté et/ou des inégalités ont été accomplies de manière non démocratique ou se sont accompagnées d’effets perturbateurs. Scheidel (2017[89]) affirme que les inégalités économiques sont généralement réduites le plus efficacement à la faveur d’événements cataclysmiques : guerre, révolution, effondrement de l’État ou catastrophe naturelle (Scheidel, 2017[89]). La Chine est parvenue à réduire comme jamais ses niveaux de pauvreté alors qu’elle n’est pas dotée d’un système multipartite, ce qui laisse penser que l’attachement de l’élite au développement inclusif joue un rôle notable. Dans les contextes fragiles ou en situation de conflit, en particulier, les études tendent à indiquer qu’il pourrait être opportun d’instaurer une gouvernance moins inclusive sur le court terme afin de garantir la stabilité politique, et que ce pourrait être un moyen plus efficace d’obtenir des résultats au regard du développement, de stimuler la croissance et d’accélérer la réduction de la pauvreté (Rocha Menocal, 2017[81]). Les enseignements tirés de ces expériences suggèrent que l’ampleur des évolutions potentiellement inclusives en termes de développement dépend de la manière dont les élites (acteurs politiques, économiques ou sociaux) font usage de leur pouvoir et de leur influence : s’en servent-elles pour favoriser un changement progressiste ou au contraire pour conforter leur position privilégiée ? (Rocha Menocal, 2017[81]).

Enfin, on ignore encore comment les processus inclusifs et les résultats inclusifs sont corrélés. Le renforcement de la participation, de la représentation et de la responsabilité ne conduit pas nécessairement à des services plus équitables, à des possibilités économiques ou à l’autonomisation. À titre d’exemple, l’Afrique du Sud affiche un des taux les plus élevés de représentation des femmes dans ses instances dirigeantes, mais aussi un des taux de viols les plus élevés au monde, ce qui montre que la présence de femmes dans les instances dirigeantes ne se traduit pas automatiquement par la protection de leurs droits (Statistics South Africa, 2018[90]).

Par ailleurs, les difficultés associées à la création de conditions propices à l’inclusion ne reflètent pas la préoccupation centrale suscitée par le fait qu’on en sait très peu sur la manière dont nous pouvons passer d’une inclusion limitée à une inclusion ouverte et sur les conditions favorables à une telle évolution (Hickey et al., 2015[77]). À titre d’illustration, même s’il connaît aujourd’hui une tendance au recul, le processus de démocratisation aux Philippines a été le fruit du mouvement social populaire « People Power » et reposait sur une coalition d’élites religieuses, d’élites économiques et de membres de la classe moyenne, ce qui montre l’importance de coalitions à large assise sociale pour contribuer à un développement inclusif (Slater, 2010[91]). Dans l’État plurinational de Bolivie (ci-après la « Bolivie »), les réformes institutionnelles engagées sous l’impulsion d’un mouvement de femmes issues de l’élite, de milieux urbains ou ruraux et des populations autochtones, conjuguée à l’adoption de mesures antidiscriminatoires prenant la forme de quotas, se sont traduites par une augmentation du nombre de députées, passé de 6.9 % en 1997 à 53.1 % en 2014 (Union interparlementaire, 2018[92]). La participation électorale a elle aussi connu une amélioration, passant de 71.36 % en 1997 à 91.86 % en 2014, à la faveur de la mobilisation politique au niveau local (Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale, 2018[93]). Les Philippines et la Bolivie ont connu une certaine régression ces dernières années, ce qui montre que l’évolution n’est pas linéaire et peut connaître des revirements. En définitive, toutefois, les données montrent que les sociétés et les États qui sont plus ouverts et plus inclusifs sont à long terme plus résilients, démocratiques et prospères, avec des inégalités moins prononcées (Rocha Menocal, 2015[94]) . Walton (2010[95]) et Khan (2010[96]) font partie de ceux qui soulignent l’existence d’un lien de causalité direct entre les processus sociaux, économiques et politiques sous-jacents, les institutions et les contrats sociaux et, enfin, les résultats en matière de développement humain.

La mesure des progrès accomplis et l’observation des tendances doivent encore être améliorées

Il n’existe actuellement pas de méthode normalisée, reconnue, pour mesurer les progrès accomplis sur la voie d’une gouvernance inclusive, et des mesures indirectes sont souvent utilisées à cette fin. La démocratie participative, le renforcement de l’engagement citoyen et l’inclusion des populations marginalisées dans les institutions de gouvernance semblent tous révélateurs d’un certain progrès, mais les résultats de ces efforts sont difficiles à quantifier ou à mesurer. Les données peuvent également être contradictoires, certains indicateurs dénotant des progrès, d’autres une tendance négative. À titre d’illustration, les pays ayant adopté le système du suffrage universel (et donc l’inclusion politique) n’ont jamais été aussi nombreux et pourtant, les taux d’abstention aux élections ne cessent d’augmenter (Solijnov, 2016[97]).8

Les mesures permettant d’évaluer les tendances et de suivre les progrès accomplis au titre de l’ODD 16, lequel mentionne explicitement l’inclusion, sont donc incomplètes ou partielles (Table 3.1). Aucun rapport officiel n’a été publié pour présenter les progrès accomplis à l’aune des indicateurs relatifs aux cibles 16.6 et 16.7, spécifiquement axées sur la gouvernance inclusive.

Tableau 3.1. Mesurer les cibles 16.6 et 16.7 de l’ODD

Cible

Indicateurs

Données

16.6 : Des institutions efficaces, responsables et transparentes

  1. Dépenses publiques primaires en proportion du budget initial approuvé, par secteur (ou par code budgétaire ou autre critère similaire)

  2. Proportion de la population dont la dernière expérience avec les services publics a été satisfaisante

  • Indicateur PEFA (dépenses publiques et responsabilité financière), qui mesure les dépenses par rapport aux budgets initiaux

  • Sondage mondial Gallup (à confirmer, pas de données disponibles à ce jour)

  • Indicateur mondial de la Banque mondiale relatif à la qualité de la réglementation (Banque mondiale, 2017[98])

16.7: Le dynamisme, l’ouverture, la participation et la représentation caractérisent la prise de décisions

  1. Répartition des postes (par sexe, âge, type de handicap et groupe de population) dans les institutions publiques (organes législatifs, services publics et organes judiciaires aux niveaux local et national), par rapport à la répartition nationale

  2. Proportion de la population qui estime que la prise de décisions est ouverte et réactive, par sexe, âge, type de handicap et groupe de la population

  • Représentation des femmes dans les instances parlementaires suivie par International IDEA

  • Répartition des pouvoirs par groupe social suivie par V-Dem

Note: Les sources de données et les indicateurs présentés dans ce tableau n’ont pas été officiellement approuvés ni ne sont actuellement utilisés pour la notification des progrès accomplis au titre des cibles 16.6 et 16.7.

Si les mesures indirectes telles que les apports d’APD destinés au gouvernement et à la société civile, l’indicateur « Être à l’écoute et rendre compte » des Indicateurs mondiaux de gouvernance et les indices de Varieties of Democracy (V-Dem) fournissent des informations sur le niveau d’engagement en faveur d’une gouvernance inclusive et sur l’amélioration de la participation et de l’autonomisation, elles comportent néanmoins des limites. L’indicateur « Être à l’écoute et rendre compte » des Indicateurs mondiaux de gouvernance, par exemple, met en évidence la forte corrélation qui existe entre les niveaux de revenu et l’inclusion, sans toutefois renseigner sur la mesure dans laquelle la participation se traduit effectivement par une influence réelle sur la prise de décision (Banque mondiale, 2017[98]). Autre constat intéressant : alors que les pays à faible revenu ont dans une certaine mesure renforcé les libertés politiques et la participation à la vie politique au cours des deux dernières décennies, les pays à revenu plus élevé, eux, ont soit régressé, comme l’ont fait certains pays non membres de l’OCDE, ou affiché des résultats inégaux, à l’instar de pays à revenu élevé membres de l’OCDE.

V-Dem ne se contente pas de mesurer la participation des citoyens dans le cadre des élections par exemple, mais évalue, entre autres dimensions, la mesure dans laquelle les élites politiques fournissent des justifications publiques de leurs décisions fondées sur l’intérêt commun (Coppedge et al. (V-Dem), 2018[99]). Les indices V-Dem renseignent généralement sur les progrès accomplis en matière de représentation, de consultation et de redevabilité. Ils montrent également que l’exercice du pouvoir demeure l’apanage de certains groupes sociaux et classes socioéconomiques. Ainsi, une comparaison des tendances relatives à la participation et à l’accès des femmes à la vie politique dans les pays les moins avancés montre que le renforcement de l’accès à la sphère politique progresse plus lentement que l’amélioration de la participation à la vie politique (Figure 3.7).

Graphique 3.6. Tendances relatives à la participation et à l’accès des femmes à la vie politique, 1990-2017
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Source: (Varieties of Democracy, 2018[100]), ensembles de données actualisées de V-Dem, www.v-dem.net.

 StatLink http://dx.doi.org/10.1787/888933912846

Les indices qui mesurent la participation dans les pays les moins avancés montrent une courbe de progression régulière de 1990 à 2017, tandis que les indices relatifs à la répartition du pouvoir entre les classes socioéconomiques montrent que la classe aisée a renforcé sa mainmise sur le pouvoir politique au cours de cette même période (Figure 3.7.) (Coppedge et al. (V-Dem), 2018[99]).

Graphique 3.7. Tendances relatives à la participation et à la répartition du pouvoir entre les classes socio-économiques, 1990-2017
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Source: (Varieties of Democracy, 2018[100]), ensemble de données de V-Dem, www.v-dem.net.

 StatLink http://dx.doi.org/10.1787/888933912865

Comme l’observe V-Dem, l’amélioration de la participation des citoyens aux processus de gouvernance concorde avec les interventions traditionnelles au titre de l’APD, même si les données de V-Dem montrent également que ces mesures n’ont pas nécessairement entraîné une ouverture du pouvoir politique (Figure 3.8). Si le volume d’APD affecté aux projets et programmes liés à la gouvernance (soit la catégorie « gouvernement et société civile » dans les directives pour l’établissement des rapports statistiques du Système de notification des pays créanciers (SNPC) du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE) a baissé après avoir atteint un sommet en 2009, environ un quart de ces apports d’APD est destiné à appuyer la participation démocratique et la société civile, ainsi que les organisations qui œuvrent pour l’égalité des femmes.9

Graphique 3.8. Apports d’aide publique au développement en faveur du gouvernement et de la société civile, 2008-16
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Source: adapté de (OCDE, 2018[101]), « Système de notification des pays créanciers » (base de données), https://stats.oecd.org/Index.aspx?DataSetCode=crs1.

 StatLink http://dx.doi.org/10.1787/888933912922

Les données et éléments probants dont nous disposons actuellement ne renseignent pas sur les conditions dans lesquelles la gouvernance inclusive peut contribuer à un développement inclusif, du moins pas d’une manière susceptible d’éclairer et d’orienter les programmes de coopération pour le développement axés sur la gouvernance inclusive. Compte tenu de ces déficits empiriques, l’évaluation et le suivi de la gouvernance inclusive exigeront de faire preuve d’innovation dans la réflexion et de s’appuyer sur les analyses effectuées et l’apprentissage acquis dans les différents pays et dans divers contextes de développement.

Enseignements tirés de l’expérience de la gouvernance inclusive

Certains des facteurs déterminants de nature à induire une réorientation positive vers une gouvernance inclusive sont connus, notamment :

  • les luttes politiques

  • la protestation organisée et la contestation sociale

  • une éducation de meilleure qualité et accessible à un plus grand nombre de citoyens10

  • les campagnes de sensibilisation

  • les réformes institutionnelles (par exemple, l’introduction du droit de vote ou l’imposition de quotas de représentation des femmes).

Toutefois, l’existence de ces facteurs ne suffit pas en soi à provoquer un changement. L’important, ce sont les liens qu’ils entretiennent avec l’économie politique nationale en général. Dan Slater (2010[91]) illustre la manière dont les coalitions d’acteurs peuvent soit enrayer avec efficacité toute progression vers une gouvernance plus inclusive, soit faciliter cette progression, selon le contexte.

D’après une enquête récente du Réseau du CAD-OCDE sur la gouvernance, les interventions en faveur d’une gouvernance inclusive produisent des résultats optimaux lorsqu’elles sont axées sur les problèmes à résoudre, susceptibles d’être adaptées et pilotées au niveau local, et lorsqu’elles prévoient un circuit de retour d’information de manière à pouvoir procéder à des ajustements progressifs (Cookson et Fuentes, 2018[102]). Ce constat vient corroborer les conclusions d’études antérieures réalisées par l’Overseas Development Institute (Wild et al., 2015[103]).

Une première phase de travaux (2012-2016)11 menés par le centre de recherche ESID (Effective States and Inclusive Development) a permis de tirer une conclusion majeure, à savoir que les évolutions positives (c’est-à-dire la démocratie, la gouvernance inclusive, le développement durable) surviennent rarement de manière simultanée dans les pays en développement et qu’il convient de faire des compromis dans le choix des « bonnes évolutions » et leur ordre de succession dans le temps. Si ces données sont fondées sur des perceptions et comportent donc des limites, elles sont recueillies par un réseau de plus de 3 000 spécialistes et sont reconnues pour leur crédibilité et leur robustesse. Par ailleurs, les divers indices de V-Dem relatifs à la participation, à la parité et à la répartition du pouvoir ont trouvé confirmation dans les résultats de deux enquêtes sur la gouvernance inclusive réalisées par GovNet en 2017.

Les gouvernements et les donneurs peuvent décider de favoriser la gouvernance inclusive, mais ce n’est pas la seule solution, et c’est, de surcroît, une solution qui demeure parfois partielle (lorsque l’inclusion politique n’est pas assortie d’un développement économique ou lorsque l’inclusion est limitée au domaine de la fourniture de services publics, par exemple). La conjugaison de plusieurs approches peut être justifiée. Enfin, pour progresser sur la voie d’une gouvernance inclusive, les acteurs de terrain qui œuvrent pour le développement doivent incorporer la dimension des politiques, ce qui nécessite une bonne compréhension du pacte politique en place, mais exige également de cesser de considérer les interventions au titre de l’aide comme constituant le seul ou le meilleur moyen de renforcer le caractère inclusif de la gouvernance (Kelsall, 2016[104]).12 Des interventions moins conventionnelles, visant par exemple à faciliter la constitution d’alliances ou de coalitions stratégiques ou l’établissement de contacts et l’échange de connaissances, pourraient se révéler tout aussi utiles, même si, de par leur vision à plus long terme et leur caractère moins tangible (que les projets de gouvernance), elles peuvent être difficiles à concilier avec la pression constante qui pèse sur les donneurs d’atteindre des résultats mesurables sur le court terme. De telles approches exigent également de développer d’autres compétences que celles déployées dans le cadre de la gestion de programmes, mais ces compétences risquent de ne pas être compatibles avec les besoins de visibilité de nombreux donneurs13 .

Conclusion

La concrétisation de l’engagement de ne laisser personne de côté à travers la promotion d’une gouvernance inclusive est une entreprise complexe. Une gouvernance plus inclusive ne se traduit pas automatiquement par des résultats plus inclusifs. En effet, ceux-ci peuvent être obtenus à la faveur de processus non inclusifs. Les progrès dans le domaine de la représentation politique peuvent parfois aller de pair avec une réduction des libertés civiles.

L’expérience acquise à ce jour dans le domaine du développement montre que pour concrétiser l’engagement de ne laisser personne de côté, les acteurs du développement devront se débarrasser de leur prétention et s’attacher à mieux comprendre les implications concrètes de la gouvernance inclusive, ainsi que les conditions dans lesquelles elle peut être effectivement réalisée, en tenant compte de la diversité des contextes nationaux. Afin d’améliorer la programmation axée sur les résultats, il conviendra de remédier aux incongruités et d’évaluer de manière réaliste la marge d’évolution possible, de manière à déterminer le potentiel d’interventions efficaces. Si les trajectoires menant au changement ne sont pas toutes linéaires, à terme, les sociétés qui sont gouvernées de manière inclusive sont plus résilientes, plus égalitaires et plus pacifiques.

Changement climatique

Bérénice Lasfargues, Direction de la coopération pour le développement, OCDE

Principaux messages

  • Le changement climatique est un enjeu mondial dont les effets se font sentir à l’échelle locale. Les populations pauvres sont plus durement touchées et leur capacité à faire face à ce phénomène est moindre.

  • Selon les prévisions relatives aux migrations climatiques, on devrait compter entre 25 millions et 1 milliard de migrants d’ici à 2050, l’estimation de 200 millions étant la plus couramment citée.

  • La coopération pour le développement joue un rôle essentiel pour aider les pays en développement à effectuer leur transition vers des trajectoires de développement à faible émission de carbone et résilientes face au changement climatique.

  • Le financement concessionnel du développement en faveur de l’adaptation aux effets du changement climatique est dirigé vers les pays où les besoins sont les plus grands, tels les pays en développement et les pays à faible revenu.

  • Pour éviter de laisser de côté encore plus de personnes, la coopération pour le développement doit renforcer son appui aux mesures d’adaptation au changement climatique et créer un environnement propice à l’adoption de politiques climatiques justes et inclusives.

Le changement climatique est l’un des plus grands défis de notre époque. Il aura des répercussions sur chacun d’entre nous et il constitue un obstacle à la réalisation du Programme 2030. Ses effets, qui se font déjà sentir, réduiront, voire saperont totalement les acquis du développement et la prospérité, pourtant obtenus de haute lutte. Le changement climatique est également un « multiplicateur de menaces » par excellence, mettant à rude épreuve les systèmes de gouvernance en place et aggravant potentiellement les déplacements de population, l’insécurité alimentaire, l’instabilité politique et les conflits (Rüttinger et al., 2015[105]) (Box 3.4.). Si le changement climatique est en soi un problème de dimension mondiale, ses effets sont par nature distributifs et ne se font pas sentir de la même manière d’un pays à l’autre, ni d’une population à l’autre. De même, les espaces géographiques ou les segments de la société ne disposent pas tous des mêmes armes pour opérer les transformations structurelles que requiert l’abandon de trajectoires de développement à forte intensité de carbone. Les disparités dans la façon dont certains groupes sont touchés découlent souvent d’un ou de plusieurs facteurs croisés tels que la situation géographique, le sexe, le pouvoir, le statut social et l’accessibilité et le contrôle des ressources.

Encadré 3.4. L’articulation entre le changement climatique et d’autres enjeux de taille

À mesure que le changement climatique s’aggrave, la question de son interdépendance avec d’autres enjeux de développement suscite une attention croissante. Plusieurs études se sont efforcées de déterminer le lien entre le changement climatique et d’autres enjeux de taille tels que les migrations, l’insécurité alimentaire et les conflits.

  • Le changement climatique et les migrations : le changement climatique entraînera une élévation du niveau de la mer, modifiera la disponibilité des ressources en eau, contribuera à la pénurie de denrées alimentaires et de ressources et accroîtra la fréquence d’événements météorologiques extrêmes. Ces effets auront des conséquences négatives sur les moyens de subsistance et le bien-être des populations et provoqueront par conséquent des mouvements de population intra- et internationaux. Selon les prévisions relatives aux migrations climatiques, on devrait compter entre 25 millions et 1 milliard de migrants environnementaux1 d’ici à 2050, l’estimation de 200 millions étant la plus couramment évoquée. Ce chiffre est comparable au nombre actuellement estimé de migrants internationaux dans le monde (OIM, 2018[108]).

  • Le changement climatique et la sécurité alimentaire : la modification des régimes climatiques (augmentation des précipitations, élévation des températures, accroissement de la fréquence et allongement de la durée des périodes de sécheresse), ainsi que les événements climatiques extrêmes (ouragans, inondations, etc.), ont des répercussions tant directes qu’indirectes sur la qualité et la disponibilité des terres arables viables et la productivité alimentaire en général, ce qui influe négativement sur la sécurité alimentaire et les chaînes de valeur alimentaires mondiales. Le changement climatique devrait entraîner une baisse du rendement des cultures qui pourrait fréquemment atteindre ou dépasser le seuil de 20 % d’ici 2050 (FAO, 2016[109]). D’un autre côté, l’agriculture, la sylviculture et l’utilisation des sols constituent le deuxième secteur émetteur après celui de l’énergie et représentent environ 24 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale (GIEC, 2014[110]).

  • Le changement climatique et les conflits : plusieurs études affirment qu’il existe un lien entre le changement climatique et les conflits (voir également la section de ce chapitre consacrée à la fragilité). Toutefois, il n’existe pas de consensus dans la littérature sur l’existence d’un tel lien de causalité, ni sur le caractère linéaire d’une telle association, pour autant que son existence soit reconnue (Adams et al., 2018[111]). Les données semblent indiquer que dans certaines situations, le changement climatique peut influer sur les paramètres qui contribuent aux conflits ou les exacerbent, mais on ne dispose à ce jour d’aucune donnée relative à un conflit qui aurait été provoqué par le changement climatique, même indirectement. La mesure dans laquelle un tel lien de causalité sera avéré à l’avenir est difficile à prédire, les chocs climatiques gagnant en fréquence et en ampleur (SIDA, 2018[112]).

1. « On appelle migrants environnementaux les personnes ou groupes de personnes qui, essentiellement pour des raisons liées à un changement environnemental soudain ou progressif influant négativement sur leur vie ou leurs conditions de vie, sont contraintes de quitter leur foyer ou le quittent de leur propre initiative, temporairement ou définitivement, et qui, de ce fait, se déplacent à l’intérieur de leur pays ou en sortent » (OIM, 2018[108]).

En 2015, l’Accord de Paris et le Programme 2030 ont marqué le début d’une nouvelle ère mettant fortement l’accent sur l’interdépendance entre les programmes d’action pour le climat et ceux qui visent à favoriser un développement favorable aux pauvres – ainsi que sur l’obligation essentielle de ne laisser personne de côté dans ce contexte. En préambule, l’Accord de Paris reconnaît expressément « les besoins spécifiques et la situation particulière » des pays particulièrement vulnérables au changement climatique et souligne l’importance de tenir compte « des impératifs d’une transition juste pour la population active et de la création d’emplois décents et de qualité conformément aux priorités de développement définies au niveau national » (CCNUCC, 2015[106]). Il reconnaît que les pays peuvent être touchés à la fois par le changement climatique et par les effets des mesures de riposte à ce changement.

Les retombées positives de l’action climatique en termes de croissance accrue et de développement durable sont patentes (OCDE, 2017[107]). Aussi ce domaine suscite-t-il de plus en plus l’intérêt des acteurs du développement et occupe-t-il une place importante dans les portefeuilles des fournisseurs de coopération pour le développement. Ces derniers jouent un rôle crucial pour aider les pays en développement à effectuer leur transition vers des trajectoires de développement bas carbone et résilientes face au changement climatique. Toutefois, la capacité de l’action climatique d’honorer sa promesse – œuvrer pour le bénéfice de tous et non de quelques-uns – dépendra de la mesure dans laquelle les acteurs du développement, dans le cadre de leurs efforts visant à faire face au changement climatique, parviendront à atteindre ceux qui sont le plus en retard.

Quels sont ceux que le changement climatique et la transition vers une économie bas carbone laissent de côté ?

Ce sont les populations pauvres et vulnérables qui souffrent le plus du changement climatique

Les effets du changement climatique ne sont pas les mêmes partout, ni ne se font sentir de la même manière : certaines zones géographiques et catégories de la société sont plus touchées que d’autres. Au niveau des populations, ce sont les plus pauvres qui souffrent davantage des aléas climatiques et qui y sont plus vulnérables, mais aussi souvent plus exposés. Si la valeur des biens des populations aisées qui se trouvent menacés est certes supérieure, ces populations sont beaucoup mieux armées pour faire face aux effets du changement climatique. Les raisons sont multiples : les populations pauvres dépendent généralement davantage de moyens de subsistance tributaires des conditions climatiques, ont une capacité d’adaptation réduite, peuvent compter sur des filets de sécurité moins solides et sont plus durement touchées par les problèmes de santé potentiels causés par le changement climatique (Hallegatte et al., 2015[113]).

Les chocs climatiques entraînent des pertes relatives plus élevées pour les populations pauvres, qui sont moins en mesure de se relever après des épisodes extrêmes (Figure 3.9.). En outre, les pertes provoquées par les chocs météorologiques liés au changement climatique devraient continuer de s’accroître à l’avenir, en raison de la concentration toujours plus forte de personnes et de biens dans des zones qui présentent un risque élevé, conjuguée à une augmentation de la fréquence et de l’ampleur des chocs et à l’absence d’outils de protection financière adaptés (Campillo, Mullan et Vallejo, 2017[114]). La protection financière a elle-même un caractère distributif : par rapport aux segments plus riches de la population, les pauvres reçoivent moins d’aide de leurs proches et ont moins accès aux nombreux outils financiers et de protection qui pourraient les aider à faire face au changement climatique (Banque mondiale, 2013[115]). Les facteurs socioéconomiques, politiques et autres tels que les inégalités entre les femmes et les hommes ou la fragilité s’associent souvent à la pauvreté, accentuant de ce fait la vulnérabilité face au changement climatique des personnes qui en souffrent déjà le plus. Étant donné que le changement climatique a des répercussions disproportionnées sur les populations déjà vulnérables, les catastrophes climatiques risquent d’aggraver encore les inégalités économiques structurelles croissantes entre les pays mais aussi à l’intérieur des pays, et de contribuer à un découplement de la croissance et de la réduction de la pauvreté.

Graphique 3.9. Les pauvres courent plus de risques d’être touchés par des catastrophes climatiques et sont susceptibles de perdre davantage
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Source: (Hallegatte et al., 2015[113]), Shock Waves: Managing the Impacts of Climate Change on Poverty, http://dx.doi.org/10.1596/978-1-4648-0673-5.

Au niveau des régions géographiques, de grandes disparités existent entre les pays mais aussi à l’intérieur des pays. Ainsi, les petits États insulaires en développement (PEID) représentent les deux tiers des pays qui subissent les pertes annuelles relatives les plus élevées en raison de catastrophes climatiques (OCDE/Banque mondiale, 2016[116]). Chaque année, l’Indice mondial des risques climatiques analyse l’étendue des pertes subies par les pays à la suite d’événements météorologiques liés au changement climatique (tempêtes, inondations, canicules, etc.). Haïti, le Zimbabwe et Fidji sont les pays qui ont été les plus touchés dans le monde en 2016 ; les PEID représentent 25 % des 20 pays les plus touchés au cours de cette même année (Eckstein, Künzel et Schäfer, 2018[117]). À mesure que la fréquence et l’ampleur de ces événements climatiques extrêmes s’accroîtront et que les effets du changement climatique se feront sentir de manière plus concomitante, les budgets publics, déjà mis à rude épreuve, pourraient subir de nouvelles pressions pour financer le développement et pourraient, s’ils sont trop fréquemment réduits, compromettre la croissance des PEID en les exposant à des difficultés cycliques. Les données sur ce phénomène sont de plus en plus nombreuses concernant d’autres pays également. Au Pérou, il a été montré que la survenue d’une catastrophe naturelle supplémentaire par an entraînait une augmentation de 16 à 20 % du taux de pauvreté régional (Glave, Fort et Rosemberg, 2008[118]). En Bolivie, les inondations de 2016 ont eu pour corollaire une augmentation de 12 % du taux de pauvreté dans la ville de Trinidad (Perez-De-Rada et Paz, 2008[119]).

Le passage à des économies sobres en carbone et résilientes face au changement climatique aura des répercussions socioéconomiques profondes sur les communautés qui dépendent d’actifs devenus inexploitables14

La transition vers des trajectoires de développement bas carbone et résilientes face au changement climatique crée des défis pour les sociétés et les économies fondées sur un modèle de croissance économique tributaire des combustibles fossiles. La lutte contre le changement climatique exige d’adopter des politiques porteuses de transformations à l’échelle de l’économie tout entière. Or, ce processus peut créer des tensions entre ceux qui sont susceptibles de bénéficier de telles réformes et ceux qui bénéficiaient traditionnellement de l’ancien modèle de croissance, lesquels, dans un premier temps, s’estimeront peut-être moins bien lotis (OCDE, 2017[107]). En particulier, même si divers modèles de croissance montrent que la transition aura une incidence positive nette modeste sur l’emploi (OIT, IIES, 2012[120]), cette transition risque d’entraîner des évolutions négatives nettes importantes au niveau de l’emploi local à un moment donné. Les emplois créés à la faveur de la transition ne seront peut-être pas assez nombreux dans certains lieux touchés par des pertes d’emplois, ou seront peut-être créés au mauvais moment, ou encore trop progressivement (CCNUCC, 2016[121]). Par ailleurs, l’impact de cette transition devrait s’accentuer au fil du temps, à mesure que les pays mettent en œuvre des programmes de plus en plus ambitieux en faveur du climat. Les régions qui dépendent fortement d’une mono-industrie et dont la capacité de diversification et d’innovation est limitée seront plus vulnérables. On estime que la moitié de la main-d’œuvre mondiale est employée dans des secteurs qui jouent un rôle déterminant dans le changement climatique (Table 3.2). Certains de ces travailleurs devront donc adapter ou élargir l’éventail de leurs compétences.

Tableau 3.2. Emplois directs à l’échelle mondiale dans des secteurs essentiels à la stabilité du climat

Secteur

Emplois

Agriculture

1 milliard

Sylviculture

44 millions

Énergie

30 millions

Manufacturier

200 millions

Bâtiment

110 millions

Transport

88 millions

Total

1.472 milliard

Source: (CCNUCC, 2016[121]), Just Transition of the Workforce, and the Creation of Decent Work and Quality Jobs, https://unfccc.int/sites/default/files/resource/Just%20transition.pdf.

Cela étant, tous les pays ne seront pas également touchés par la transition vers des trajectoires de développement bas carbone et résilientes face au changement climatique. Les pays les plus touchés seront ceux qui disposent d’une infrastructure à forte intensité carbone bien établie. Il s’agit en majorité de pays à revenu élevé ou de pays à revenu intermédiaire. Dans les pays qui peuvent prétendre à l’aide publique au développement, les acteurs de terrain qui œuvrent pour le développement devront accorder une attention particulière aux dimensions politico-économiques de la transition afin de permettre une action climatique plus efficace et plus efficiente. Toutefois, pour les pays qui commencent tout juste à développer leur infrastructure et ne dépendent pas encore des combustibles fossiles, la transition vers une économie bas carbone offre une occasion unique de sauter l’étape d’une infrastructure à forte intensité carbone pour passer directement à des technologies plus propres et plus économes en énergie. Sur fond de baisse des coûts moyens de l’électricité produite à partir de sources renouvelables – avec certaines enchères qui atteignent aujourd’hui un niveau comparable aux solutions carbone, voire inférieur – une telle option semble judicieuse d’un point de vue économique et environnemental. Plusieurs initiatives ont d’ailleurs été créées dans cet esprit, à l’instar de l’Initiative de l’Afrique sur les énergies renouvelables (IAER) qui vise à produire, à l’échelle du continent africain, 300 GW d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelable d’ici à 2030.

Enfin, il est intéressant de mettre en perspective la transition vers un développement bas carbone et résilient face au changement climatique au regard d’autres transitions historiques. Les évolutions et les mutations économiques ont été des facteurs de développement et de création de richesse depuis la révolution industrielle jusqu’à la désindustrialisation et la transformation numérique des économies, en passant par la mondialisation. Elles ont toujours eu pour corollaire des mutations structurelles qui sont venues bouleverser les modèles économiques établis et les emplois traditionnels (dans les pays occidentaux par exemple, les emplois manufacturiers). D’après certains analystes, la transition vers des trajectoires de développement bas carbone et résilientes face au changement climatique est une composante, potentiellement mineure, d’une « quatrième révolution industrielle », également marquée par l’essor de l’intelligence artificielle et l’automatisation intensive (New Climate Economy, 2018[122]). Pour effectuer cette transition, il importera de relever les défis posés par ces mutations, afin de faciliter et d’accélérer la création d’économies bas carbone – une condition essentielle pour préserver le bien-être de la planète.

Le changement climatique et l’engagement de ne laisser personne de côté : vers des politiques plus inclusives et plus justes

Intégrer le principe de ne laisser personne de côté dans les mesures de riposte au changement climatique et les efforts de transition vers une économie bas carbone sera essentiel et supposera de mettre davantage l’accent sur l’adaptation, en veillant à ce que les chocs provoqués par le changement climatique et par la transition elle-même ne touchent pas de manière disproportionnée certains segments de la société. En premier lieu, ce processus exigera d’axer plus fortement l’action publique sur les besoins et les capacités des populations les plus touchées par le changement climatique, en leur permettant d’accéder aux outils dont elles ont besoin pour s’adapter et faire face aux catastrophes climatiques (Box 3.5). L’accès à des données désagrégées sur les effets anticipés du changement climatique au niveau local et les répercussions sociales et écologiques potentielles des mesures adoptées pour y faire face (par exemple, le risque de maladaptation) sera fondamental pour élaborer des politiques efficaces dans ce domaine.

Encadré 3.5. Les outils de protection financière : aider les populations les plus vulnérables à faire face financièrement aux catastrophes climatiques

Les outils et instruments de protection financière (assurances, systèmes de protection sociale, etc.) peuvent réduire la vulnérabilité des populations et des zones géographiques aux chocs climatiques en conservant, partageant ou transférant les pertes financières en cas de survenue d’un événement extrême (Table 3.3).

Tableau 3.3. Vue d’ensemble des outils de protection financière

Outil

Utilisateurs

Avantages

Limites

Mécanisme d’assurance

Échelon national

Secteur privé

Ménages

Transfert immédiat du risque à un tiers

Les primes peuvent tenir compte du risque sous-jacent

Possibilité de mettre à profit l’expertise du secteur privé en matière de gestion des risques

Coût des primes, y compris coûts de transaction

Délais de réception des paiements

Nécessite des infrastructures et des données financières sophistiquées

Obligations-catastrophes

Échelon national

Risque de contrepartie minimal

Transfert immédiat du risque à un tiers

Coût des intérêts

Risque de base pour les produits paramétriques

Coûts fixes et exigences en matière de capacités techniques

Crédit après catastrophe/crédit conditionnel

Échelon national

Rapidité du paiement

Coût réduit en l’absence d’événement météorologique extrême

Convient uniquement aux pays qui peuvent souscrire de nouveaux emprunts

Commissions prélevées aux bénéficiaires

Épargne ou fonds de réserve

Échelon national

Secteur privé

Ménages

Versement immédiat

Les fonds demeurent disponibles même en cas d’absence de catastrophe

Coût réduit par rapport à une assurance, si le risque est neutre

Peut être le seul instrument disponible

Coût d’opportunité lié à la tenue des fonds en réserve

Il faut du temps pour atteindre un niveau de réserve suffisant

Pression pour utiliser les fonds à d’autres fins

Protection sociale ex ante

Ménages

Convient aux personnes pauvres et vulnérables, car il n’y a pas de coût initial pour les bénéficiaires

Prévisibilité

Engagement budgétaire pour l’État

Délais potentiels pour déployer la couverture à la suite d’un événement extrême

Aide humanitaire et indemnisation

Secteur privé

Ménages

Pas de coût initial pour les bénéficiaires

Peut être le seul instrument disponible

Incertitude quant aux paiements reçus

Délais pour prendre contact avec les bénéficiaires

Outre le fait qu’ils renforcent la résilience des populations les plus vulnérables face aux chocs négatifs, ces outils permettent de limiter les coûts de remise en état et de reconstruction, et peuvent contribuer à réduire encore les risques. Malheureusement, ils ne sont pas facilement accessibles ni utilisés là où les besoins sont les plus importants ou par les personnes qui en ont le plus besoin – c’est-à-dire les populations les plus vulnérables et les plus défavorisées. Ainsi, les données montrent l’existence d’une forte corrélation entre le produit intérieur brut par habitant et le taux de pénétration des assurances : d’après l’OCDE (2015[20]), de 2005 à 2014, les assurances ont pris en charge 10 % des pertes provoquées par des catastrophes dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire, contre environ 51 % dans les pays à revenu élevé.

Le recours limité à une couverture d’assurance dans les pays en développement s’explique par la faiblesse des marchés financiers, le coût élevé des coûts de transaction et des frais d’entrée par rapport aux sommes garanties, le manque d’accessibilité économique et l’absence d’infrastructures de marché de base telles que des données permettant l’établissement des primes. La coopération pour le développement a un rôle central à jouer pour supprimer ces barrières et améliorer la disponibilité, la qualité, la diversité et la pertinence des outils permettant de gérer les risques climatiques. Elle est également essentielle pour veiller à un déploiement plus efficace des instruments de protection financière, en adoptant une approche globale et intégrée qui relie les instruments de protection financière aux dispositifs plus généraux d’appui à la réduction des risques de catastrophe et à l’adaptation. Le Partenariat mondial InsuResilience, porté par le G20, est un exemple d’initiative internationale majeure dans ce domaine. Il vise à étendre les dispositifs d’assurance existants, à élaborer de nouvelles solutions de financement et d’assurance du risque de catastrophe et à intégrer le financement du risque dans les cadres plus globaux de gestion des risques de catastrophe et de financement humanitaire, y compris dans les systèmes nationaux.

Source: (Campillo, Mullan et Vallejo, 2017[114]), (OCDE, 2015[123]) (InsuResilience Global Partnership, 2018[124]) (OCDE, 2015[123])

En deuxième lieu, ne laisser personne de côté suppose de gérer la transition d’une manière qui aide les travailleurs et les communautés pénalisés par l’abandon des combustibles fossiles, afin que chacun soit en mesure de tirer les bénéfices de la transition vers une économie bas carbone et résiliente face au changement climatique. Il s’agit également de réduire au minimum toute retombée non intentionnelle que pourraient avoir les principales politiques climatiques. Les politiques de tarification du carbone, par exemple, pourraient entraîner une élévation des prix de l’énergie pour les utilisateurs finaux, ce qui pourrait avoir des conséquences négatives pour les ménages ayant un revenu disponible moins élevé.

Les responsables de l’élaboration des politiques pourraient gagner à appliquer les enseignements tirés de l’expérience déjà acquise des réformes structurelles, en vue d’élaborer des politiques climatiques justes et inclusives, dans leur conception mais aussi leur mise en œuvre. Un soutien ciblé destiné à compenser les pertes économiques pourrait être nécessaire pour gérer les pertes concentrées. Les réformes structurelles visant par exemple à assurer la flexibilité du marché du travail ou à renforcer les systèmes de protection sociale pourraient également contribuer à faciliter la transition. L’analyse politico-économique pourrait servir à comprendre qui a à gagner, ou à perdre, à court terme dans cette transition, et pourrait éclairer l’élaboration de mesures destinées à faciliter le recyclage des travailleurs pénalisés, favorisant ainsi une plus forte adhésion de toutes les catégories de la société à la transition. Les stratégies à long terme d’émission de gaz à effet de serre pourraient être particulièrement efficaces pour gérer cette transition et susciter une telle adhésion. Elles adressent un signal politique à l’ensemble des parties prenantes concernant la nécessité d’une telle transition, tout en leur offrant l’occasion d’échanger, d’étudier ces questions et de faire valoir leurs intérêts.

Quel rôle pour la coopération pour le développement ?

L’action climatique est essentielle pour empêcher que le changement climatique ait des répercussions graves sur les populations les plus vulnérables et pour éviter de laisser encore plus de personnes de côté. Par ailleurs, une transition bas carbone bien menée offre l’occasion de bâtir des sociétés plus justes et plus inclusives. Si ces liens entre le changement climatique, la transition et l’objectif de ne laisser personne de côté sont manifestes, ils ne sont pas toujours pris en compte par les gouvernements et les fournisseurs de coopération pour le développement, qui omettent souvent d’intégrer les effets distributifs dans la conception ou la mise en œuvre des programmes ou politiques climatiques. Or, il est particulièrement important de veiller à ce que ces effets soient pris en compte dans les programmes d’atténuation et d’adaptation, compte-tenu du rôle essentiel que la coopération pour le développement joue en apportant une aide aux pays qui sont les plus vulnérables. Il existe toutefois des signes encourageants.

Encadré 3.6. Les principes d’une transition juste

Reconnaissant la nécessité impérieuse d’une transition vers des économies bas carbone et résilientes face au changement climatique, l’OIT (2015[125]) a élaboré des « Principes directeurs pour une transition juste vers des économies et des sociétés écologiquement durables pour tous ». L’OCDE (2017[107]) résume les principes qui sous-tendent ces lignes directrices :

  • Un solide consensus social sur l’objectif de la durabilité et les voies à suivre pour le réaliser.

  • Des politiques qui respectent les droits fondamentaux au travail.

  • La prise en considération de la forte dimension sexospécifique des perspectives et défis environnementaux, et l’adoption de politiques pour promouvoir l’obtention de résultats équitables.

  • La cohérence des politiques relatives à l’économie, à l’environnement, aux affaires sociales, à l’éducation, à la formation et au travail, de manière à instaurer un cadre propice à la transition.

  • L’anticipation des incidences sur l’emploi, la promotion de la protection sociale face aux pertes d’emplois et aux licenciements, ainsi que le développement des compétences et le dialogue social, y compris l’exercice effectif du droit de s’organiser et de négocier collectivement.

  • La nécessité de prendre en compte la situation spécifique des pays, notamment leur stade de développement et les secteurs économiques, ainsi que la taille des entreprises – pas de solution unique valable pour tous.

  • L’importance de favoriser la coopération internationale entre les pays.

Source: (OCDE, 2017[107]), Investing in Climate, Investing in Growth, http://dx.doi.org/10.1787/9789264273528-en.

Une analyse des engagements bilatéraux et multilatéraux de financement du développement affecté aux mesures d’adaptation montre que la majorité de ces apports sont destinés à des pays parmi les moins avancés et à d’autres pays à faible revenu, tant en termes de volume que de pourcentage du montant total du financement du développement attribué à chaque groupe de revenu (voir Figure 3.10). La plupart des apports destinés à ces pays sont consentis sous forme de dons, tandis que l’essentiel du financement accordé aux groupes de revenu supérieurs prend la forme de prêts. Cette tendance semble indiquer que les ressources concessionnelles en faveur de l’adaptation sont bien destinées aux pays qui sont le plus en retard en termes d’investissement dans le développement économique. Certes, il s’agit d’une dimension parmi d’autres, et des analyses complémentaires pourraient étudier dans quelle mesure ce soutien cible les personnes handicapées, les jeunes filles ou les jeunes, ou dans quelle mesure il répond aux besoins exprimés par les pays en matière d’adaptation.

Graphique 3.10. Financement du développement affecté à l’adaptation au changement climatique, par groupe de revenu et instrument
Moyenne 2015-16
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Note: En 2015-16, les données correspondant à environ 29 millions USD ont été anonymisées par instrument et par groupe de revenu.

Source: (OCDE, 2018[101]), « Système de notification des pays créanciers » (base de données), https://stats.oecd.org/Index.aspx?DataSetCode=crs1.

 StatLink http://dx.doi.org/10.1787/888933912884

La coopération pour le développement a un rôle important à jouer pour appuyer les pays partenaires dans leurs efforts visant à recenser, à gérer et à réduire au maximum les effets différenciés du changement climatique et de la transition – nécessaire – vers un développement bas carbone et résilient face au changement climatique. Il s’agit notamment dans ce cadre de les aider à créer un environnement propice à l’élaboration et à la mise en œuvre de politiques justes et inclusives qui intègrent la dimension climatique, à renforcer les capacités de toutes les parties prenantes, de sorte que celles-ci soient en mesure de s’adapter au changement climatique et d’effectuer leur transition, et à mobiliser des financements, y compris pour renforcer la résilience, en faveur des populations dont les besoins sont les plus grands.

Les apporteurs de financement devraient expressément inclure et cibler les populations qui sont le plus en retard dans leurs politiques et leurs programmes d’action climatique et de transition. Ils devraient notamment relier de manière plus explicite l’engagement en faveur de la lutte contre le changement climatique, et notamment en faveur de l’adaptation dans les pays concernés qui sont les plus pauvres, au principe de ne laisser personne de côté, et intensifier l’appui aux projets climatiques et de transition qui associent les groupes marginalisés à la prise de décision, à tous les niveaux, et les sensibilisent à leurs droits. Le Système de notification des pays créanciers, qui permet de suivre les activités de financement du développement par projet et de façon comparable, n’offre actuellement aucun moyen direct de recenser et de suivre les apports dirigés vers les populations laissées de côté. Il est donc difficile d’étoffer la base de données relative aux programmes menés dans ce domaine.

L’expertise des fournisseurs de coopération pour le développement dans le domaine de la collecte, de l’analyse et de l’interprétation de données, ainsi que la création de plateformes d’échange de connaissances sur une programmation climatique qui ne laisse personne de côté, peuvent aider les pays à définir des stratégies inclusives pour lutter contre le changement climatique et effectuer leur transition. Il sera notamment nécessaire d’apporter un appui plus prononcé à la collecte de données et de statistiques plus granulaires et de meilleure qualité concernant les effets distributifs des catastrophes climatiques et de la transition bas carbone (Chapter 5). La région géographique, le sexe, l’appartenance ethnique, le handicap, la religion et la situation socioéconomique pourraient être autant de catégories potentielles de désagrégation.

Par ailleurs, l’assistance technique apportée par les fonds internationaux pour le climat et les donneurs bilatéraux et multilatéraux en vue d’évaluer les conséquences sociales des programmes liés au changement climatique peut permettre de garantir que ces programmes n’accentuent pas la paupérisation et la marginalisation des groupes vulnérables, et peut créer une base de connaissances qui suscite une volonté politique d’améliorer la programmation climatique afin de ne laisser personne de côté. Dans l’intervalle, les fournisseurs devraient renforcer leur coordination à l’échelle nationale de manière à éviter tout chevauchement d’activité et devraient mettre à profit leurs avantages comparatifs respectifs pour intervenir dans différents domaines de l’engagement de ne laisser personne de côté, en s’appropriant chacun un maillon de la chaîne de valeur, de la collecte de données désagrégées sur les personnes et les populations laissées de côté à l’élaboration de politiques permettant de concrétiser cet engagement.

Femmes et filles

Jenny Hedman et Lisa Williams, Direction de la coopération pour le développement, OCDE

Principaux messages

  • Le développement durable ne pourra être instauré si la moitié de l’humanité continue d’être privée de la possibilité d’exercer ses droits fondamentaux et d’accéder aux moyens de subsistance. Beaucoup de femmes sont toujours dans l’incapacité d’exprimer leurs préoccupations dans l’espace politique, d’influer sur l’action des pouvoirs publics ou de bénéficier de soins de santé de qualité.

  • Pour faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes, les responsables de l’élaboration des politiques doivent reconnaître qu’elle revêt, avec la santé et les droits sexuels et procréatifs, une importance déterminante pour le développement en général, et assurer leur prise en compte dans l’ensemble des politiques et des programmes nationaux.

  • Les responsables de l’élaboration des politiques doivent allier l’analyse, la budgétisation et la vérification sexospécifiques à l’utilisation d’un cadre de gestion des finances publiques intégrant le principe de l’égalité des sexes, afin d’améliorer la vie des filles et des femmes, et bien au-delà.

  • Les donneurs doivent investir dans un soutien visant spécifiquement l’autonomisation des femmes : l’intégration transversale de la problématique femmes-hommes ne suffit pas.

  • Seulement 4 % de l’aide bilatérale totale sont aujourd’hui spécifiquement consacrés à l’égalité entre les sexes et à l’autonomisation des femmes, ce qui est insuffisant. En 2018, le Conseil consultatif sur l’égalité des sexes pour la Présidence canadienne du G7 a recommandé de viser un objectif d’au moins 20 %.

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 reconnaît que la réalisation de l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes et des filles sont déterminantes pour la concrétisation de tous les ODD. Or, beaucoup de femmes sont toujours dans l’incapacité d’exprimer leurs préoccupations dans l’espace politique, d’influer sur l’action gouvernementale ou de bénéficier de soins de santé de qualité (PNUD, 2016[63]). Le développement durable ne pourra devenir réalité si la moitié de l’humanité est privée de la possibilité d’exercer ses droits fondamentaux et d’accéder aux moyens de subsistance.

Selon Sánchez-Páramo et Munoz-Boudet (2018[126]), pour 100 hommes âgés de 25 à 34 ans 122 femmes du même groupe d’âge vivent dans des ménages pauvres. Malgré les progrès récemment accomplis, les filles restent aussi fortement défavorisées sur le plan de l’éducation. À l’échelle mondiale, la parité entre les sexes a été réalisée à tous les niveaux d’études, sauf dans l’enseignement supérieur ; toutefois, ce constat ne vaut pas pour toutes les régions ni pour tous les groupes de revenu ou tous les pays (UNESCO, 2018[127]). Dans certaines régions, 48 % des filles ne sont pas scolarisées (ONU-Femmes, 2018[128]). Par ailleurs, une femme sur trois subira dans sa vie des violences en raison de son sexe. C’est aussi en grande partie aux femmes qu’il incombe d’assumer le travail familial et domestique non rémunéré, ce qui est préjudiciable à leur santé et à leur bien-être et réduit le temps dont elles disposent pour exercer des activités dans la sphère économique à l’extérieur du foyer.

Le fait de ne pouvoir s’instruire, les possibilités limitées de développement des moyens de subsistance et l’accès restreint à la terre, à la justice ou à la protection des droits fondamentaux sont autant de facteurs qui expliquent pourquoi les femmes et les filles sont touchées de manière disproportionnée par la pauvreté. L’ancienne Directrice exécutive adjointe d’ONU-Femmes a ainsi souligné que l’appel à lutter pour mettre fin à la pauvreté dans le cadre du Programme 2030 constituait aussi un appel à combattre la discrimination et la violence fondées sur le sexe qui ont eu pour effet d’accentuer la féminisation de la pauvreté tant dans les pays développés que dans les pays en développement, et aussi bien dans les zones rurales que dans les zones urbaines. Elle a ajouté que la discrimination et la violence sexistes avaient eu raison des efforts déployés de manière volontariste pour véritablement en finir avec la pauvreté (Puri, 2017[129]).

L’impulsion donnée à l’heure actuelle au niveau mondial par les dirigeants politiques en faveur de l’égalité entre les sexes et de l’autonomisation des femmes et des filles est encourageante. Par exemple, lors du Sommet du G7 qui s’est tenu à Charlevoix en juin 2018, ils ont reconnu que l’égalité entre les sexes était fondamentale pour le respect des droits de la personne, et qu’elle constituait un impératif social et économique. Ils se sont donc engagés à continuer « de travailler à éliminer les obstacles à la mobilisation des femmes au sein des sphères sociales, économiques et politiques et à tenir compte de leur voix au cours de la prise de décisions » (G7, 2018[130]).

Toutefois, il est en même temps nécessaire d’être plus attentif aux besoins des femmes et des filles qui appartiennent à des populations pauvres, marginalisées ou vulnérables. Celles-ci sont en effet confrontées à des formes d’inégalité qui s’ajoutent à celles qu’elles subissent en raison de leur sexe, ce qui fait d’elles les personnes les plus défavorisées de la collectivité (Kabeer, 2016[131]). C’est à ces femmes que ce chapitre est consacré ; il présente des suggestions sur les mesures que pourraient prendre les donneurs afin de mieux les aider et de leur permettre de faire valoir leurs droits.

Les femmes et les filles sont davantage exposées que les hommes et les garçons au risque d’être laissées de côté

Le fait d’être une fille ou une femme rend encore plus défavorable la situation engendrée par d’autres facteurs d’inégalité, comme la classe sociale, la race, l’orientation sexuelle, l’âge, l’origine ethnique, la langue, l’ascendance, la religion, la situation au regard du handicap, la culture, le lieu de résidence ou l’état de santé. La suite de cet exposé rend compte de manière concrète des effets qui s’exercent à l’intersection des différentes situations défavorables que peuvent connaître les femmes et les filles.

Les inégalités dues au handicap

Les femmes handicapées sont deux fois plus exposées à la violence domestique et à d’autres formes de violences sexuelle et sexiste que les femmes valides (Ortoleva et Lewis, 2012[132]). La violence et la maltraitance sont devenues un aspect normal de la vie de beaucoup de femmes et de filles handicapées, à tel point qu’elles songent rarement à recourir à la justice. Lorsqu’elles vont quand même déclarer les actes délictueux qu’elles subissent, leur parole est souvent discréditée (Humanité et Inclusion, 2018[133]). En outre, les besoins des femmes handicapées en matière de santé sont souvent moins bien satisfaits et celles-ci accèdent moins facilement à l’information sur la santé (Vaughan, 2017[134]).

Les inégalités dues à l’orientation sexuelle

Un autre exemple est celui des femmes lesbiennes et bisexuelles, dont les problèmes spécifiques sont ignorés par la société. En règle générale, l’attention se porte avant tout sur la discrimination subie par les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes (Armisen, 2016[135]). Des études montrent qu’en Afrique de l’Ouest, les femmes sont sous-représentées dans le mouvement queer, de sorte qu’il est difficile pour les lesbiennes de faire entendre leur voix.

La discrimination à l’encontre des lesbiennes a souvent pour effet de les empêcher d’accéder aux services de santé sexuelle et procréative (Astraea Lesbian Foundation for Justice, 2017[136]). De plus, elles peuvent être particulièrement visées par la violence sexuelle. En Afrique du Sud, par exemple, des crimes de haine sont commis contre les lesbiennes dans toutes les catégories de la population (Gontek, 2009[137]).

Encadré 3.7. Associer les femmes handicapées aux efforts visant à leur faciliter l’accès aux services de santé sexuelle et procréative

Le projet « W-DARE » a été mené aux Philippines d’avril 2013 à juin 2016. Il a été mis en place par des chercheurs de l’Université de Melbourne, en Australie, et de l’Université de La Salle, aux Philippines, en partenariat avec le Likhaan Center for Women’s Health, la Center for Women’s Studies Foundation de l’Université des Philippines, et deux organisations nationales de personnes handicapées, à savoir Women with Disabilities LEAP to Social and Economic Progress et Persons with Disability Advocating for Rights and Empowerment.

Dans le cadre de ce projet ont été examinées les possibilités d’accès des femmes handicapées aux services de santé sexuelle et procréative. Il a été constaté que beaucoup d’établissements de soins étaient physiquement inaccessibles aux femmes ayant certains types de handicap. Dans ceux qui leur étaient accessibles, elles recevaient souvent un traitement de mauvaise qualité. Certains prestataires de services affichaient des préjugés et des comportements discriminatoires envers les femmes handicapées.

Afin de remédier à cette situation, des interventions ont été organisées en vue de mieux faire connaître les programmes de santé sexuelle et procréative. Elles ont notamment consisté à former des groupes de femmes handicapées à l’animation de groupes d’entraide. Parallèlement, pour accroître l’accès aux services, des activités ont été menées avec les établissements de soins, les prestataires de services et les acteurs et actrices de la lutte contre la violence, afin de s’attaquer aux problèmes de communication, aux attitudes négatives et aux obstacles physiques auxquels se heurtaient les femmes handicapées. L’équipe chargée du projet a collaboré avec l’administration locale en vue de créer des conditions propices à ces interventions, de mettre les femmes handicapées en relation avec les organisations existant dans leur quartier et d’entretenir l’adhésion des décideurs locaux à ces efforts. Les femmes présentes dans les groupes d’entraide ont été associées de manière fructueuse à des actions d’information et de sensibilisation, ainsi qu’à la promotion, auprès des pouvoirs publics et des donneurs, de la mise en œuvre de politiques et de ressources appropriées, ce qui leur a permis de faire entendre leur voix.

Source: (Vaughan, 2017[134]), Women with Disabilities Taking Action on REproductive and Sexual Health, https://wdare.wordpress.com/.

Les inégalités dues à l’âge

Les femmes vivent plus longtemps que les hommes. Cependant, étant donné qu’elles sont défavorisées sur le plan économique leur vie durant, elles se retrouvent, au moment de la vieillesse, avec un revenu inférieur à celui des hommes et des possibilités plus restreintes d’accès à la terre, au logement et à d’autres actifs qui les aideraient à conserver un niveau de vie suffisant. De plus, dans la plupart des pays, les femmes sont moins souvent titulaires d’une pension que les hommes, et lorsqu’elles en perçoivent une, elle est moins élevée (ONU-Femmes, 2015[138]).

Une étude portant sur 250 femmes âgées de 19 pays a mis en lumière les attitudes et les pratiques discriminatoires, nocives et âgistes que subit cette catégorie de femmes (HelpAge International, 2017[139]). Celles-ci sont particulièrement marquées dans le cas des veuves et des femmes âgées seules, qui sont notamment victimes de coutumes dommageables, comme celle qui consiste à les donner en héritage lors du décès de leur mari. Dans certaines sociétés, les veuves âgées sont soupçonnées d’attirer le « mauvais œil », de sorte qu’elles peuvent être exclues des fêtes familiales et autres événements sociaux ou des cérémonies religieuses. Les jeunes femmes sont elles aussi confrontées à des difficultés particulières, qui concernent souvent l’accès aux services de santé procréative et l’exercice des droits en la matière. Katja Iversen présente une analyse lucide de ce problème dans son « Point de vue ».

Point de vue:Lorsque le monde investit en faveur des filles et des femmes, il gagne sur tous les tableaux

Katja Iversen, Présidente-directrice générale de Women Deliver

Cette année, au Kenya, j’ai fait la connaissance d’Elizabeth. La salle des ateliers où nous nous sommes rencontrées était remplie de tableaux à feuilles mobiles et l’un de ses murs couvert de « post-it » et de figures retraçant des parcours de vie. Ceux-ci portaient témoignage des conversations que les mères adolescentes avaient eues alors qu’elles tentaient de guérir les plaies laissées par les épreuves traversées, dont, pour nombre d’entre elles, la violence, la pauvreté et la vie avec le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). En tant que Jeune Leader de Women Deliver, Elizabeth travaille avec Trust for Indigenous Culture and Health (TICAH), organisme sans but lucratif, et ce jour-là, elle était auprès de jeunes femmes venues de cinq quartiers de bidonvilles de la périphérie de Nairobi pour les aider à améliorer leur image d’elles-mêmes et à se fixer des objectifs précis pour la suite de leur chemin, comme retourner à l’école tout en élevant leurs enfants de façon qu’ils soient robustes et en bonne santé.

Lorsque j’ai rencontré Elizabeth et que je me suis entretenue avec ces jeunes femmes courageuses, j’ai vu combien elles étaient fortes, résilientes et puissantes. Malgré tous les obstacles qu’elles ont à surmonter, elles se battent pour qu’elles-mêmes et leur famille connaissent un avenir meilleur. Cet instantané, avec d’innombrables autres, n’a fait que corroborer une affirmation que je sais vraie : les femmes débordent d’énergie et sont des moteurs du changement. Et quand le monde investit pour elles, il y a généralement des répercussions positives sur la famille, le quartier et même le pays tout entier. Les femmes ont certes le pouvoir de faire advenir des transformations, mais pour qu’elles puissent pleinement l’exercer, et pour aller véritablement de l’avant dans ce domaine, il est nécessaire d’investir en faveur de l’égalité entre les sexes et de la santé, des droits et du bien-être des femmes. Comment ?

Tout d’abord, lorsque les filles et les femmes ont les moyens de décider si, quand et avec qui elles auront des enfants, elles parviennent plus aisément à maîtriser leur devenir. Or, elles continuent de se heurter à d’énormes obstacles lorsqu’elles tentent de prendre en main leur santé sexuelle et procréative et d’exercer leurs droits en la matière. Par exemple, dans les régions en développement, il existe un besoin non satisfait de méthodes contraceptives modernes chez 214 millions de femmes en âge de procréer qui souhaitent éviter une grossesse ; de plus, l’avortement pratiqué dans de mauvaises conditions de sécurité demeure l’une des principales causes de mortalité maternelle1. Du point de vue économique, les études montrent que, lorsque les besoins des femmes en matière de contraception sont satisfaits, leur capacité d’agir se renforce, leur niveau d’études s’élève, le fardeau du travail familial et domestique non rémunéré qu’elles assument par rapport aux hommes s’allège et leur taux d’activité augmente2. Afin de progresser dans ce domaine, il est indispensable que les responsables de l’élaboration des politiques reconnaissent l’importance déterminante que revêtent l’égalité entre les sexes et la santé et les droits sexuels et procréatifs pour le développement au sens large, et qu’ils en tiennent compte dans l’ensemble des politiques et des programmes nationaux.

Pour changer la vie des filles et des femmes, il faut dans bien des cas disposer de données précises, ventilées par sexe. Pour qu’elles puissent réellement compter, il est nécessaire de les compter, et de les prendre en compte. Par exemple, il est essentiel d’utiliser des données ventilées par âge et par sexe pour pouvoir définir des orientations pratiques visant à alléger la charge disproportionnée du travail familial et domestique non rémunéré que les femmes doivent supporter. Les données peuvent aider à démontrer combien l’exercice des droits sexuels et procréatifs est important pour la réduction et la redistribution de ce fardeau. Munis de ces précieuses données, les autorités nationales et les acteurs du développement, tout comme celles et ceux qui militent en faveur de cette cause, pourront prendre des décisions éclairées au sujet des politiques et des programmes et suivre leur mise en œuvre. Women Deliver trouve très enrichissant le portail de données innovant de l’OCDE sur l’égalité femmes-hommes, qui rend compte des obstacles à l’égalité entre les sexes dans les domaines de l’éducation, de l’emploi et de l’entrepreneuriat, et met en lumière les actions essentielles à mener pour y remédier.

Disposer de données solides permet aux investissements de l’être d’autant plus. Et quand le monde investit en faveur des filles et des femmes, l’impact produit va bien au-delà de l’individu. Par exemple, si 600 millions de femmes supplémentaires avaient accès à l’internet, le PIB annuel pourrait augmenter de pas moins de 18 milliards USD dans un ensemble de 144 pays en développement3. S’agissant de l’éducation, le fait pour les filles d’effectuer une année de scolarité de plus dans l’enseignement secondaire pourrait accroître leur futur salaire de 10 à 20 %4. L’élimination totale des disparités existant entre les femmes et les hommes dans le domaine du travail pourrait ajouter au PIB annuel jusqu’à 28 000 milliards USD à l’horizon 2025, soit à peu près l’équivalent du volume global actuel de l’économie de la Chine et des États-Unis réunis5. Les responsables de l’élaboration des politiques doivent tenir compte de la problématique femmes-hommes dans leurs processus d’analyse, de budgétisation et de vérification et utiliser un cadre de gestion des finances publiques intégrant le principe de l’égalité des sexes, afin d’améliorer la vie des filles et des femmes, et plus encore.

Qu’il s’agisse de la santé et des droits sexuels et procréatifs, de la production et de l’utilisation de données solides ou d’approches de la budgétisation et de l’investissement tenant compte de la problématique femmes-hommes, nous avons tous un rôle à jouer pour que les filles et les femmes puissent pleinement exercer leurs droits et réaliser leur potentiel. Women Deliver est fière de se tenir aux côtés de l’OCDE et de bien d’autres partenaires de premier plan pour faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes. Nous encourageons les responsables de l’action publique, les investisseurs et autres personnes influentes sur toute la planète à nous accompagner tout au long de ce périple car, lorsque le monde investit en faveur des filles et des femmes, il gagne sur tous les tableaux.

Notes:

1. https://www.guttmacher.org/sites/default/files/factsheet/adding-it-up-contraception-mnh-2017.pdf.

2. https://www.prb.org/womens-economic-empowerment/.

3. https://www.intel.com/content/dam/www/public/us/en/documents/pdf/women-and-the-web.pdf.

4. www5.worldbank.org/mdgs/education.html.

5. https://www.mckinsey.com/featured-insights/employment-and-growth/how-advancing-womens-equality-canadd-12-trillion-to-global-growth.

Les inégalités dues aux conflits

Les conflits et la fragilité n’ont pas le même impact sur les femmes que sur les hommes et font ainsi peser de lourdes contraintes sur les femmes et les filles. Dans les situations marquées par un conflit, les femmes doivent faire face aux effets défavorables de l’imbrication des inégalités entre les sexes et des conditions de vie dans un contexte fragile. Huit des dix pays où les inégalités entre les femmes et les hommes étaient les plus fortes du monde en 2015 étaient aussi classés comme des contextes fragiles selon le Cadre de l’OCDE sur la fragilité (OCDE, 2018[2]).

Encadré 3.8. Les conflits accentuent les disparités existant entre les femmes et les hommes sur le plan de l’éducation, aggravent les problèmes de santé des femmes et les exposent davantage au risque de subir des violences sexuelles et sexistes

Dans les situations de conflit et d’après-conflit, les taux de mortalité maternelle sont près de deux fois supérieurs à la norme mondiale (risque estimé à 1 sur 54) (OMS, 2015[140]), et les filles sont deux fois et demie plus nombreuses à ne pas être scolarisées que dans les pays en développement en général. Les femmes vivant dans des contextes fragiles et appartenant aussi à une population marginalisée subiront donc des inégalités amplifiées par l’interaction de ces situations.

Une étude de l’OCDE portant sur l’Éthiopie, la République démocratique du Congo, le Népal et le Bangladesh montre que les efforts de programmation des donneurs en faveur de l’autonomisation économique des femmes dans les situations de conflit et les contextes fragiles laissent à désirer (OCDE, 2017[76]). Par exemple, certains des programmes examinés comportaient une formation au développement des moyens de subsistance qui ne prenait guère en compte les possibilités et les difficultés réelles des bénéficiaires sur le plan économique et ne prévoyait aucun suivi.

Les activités menées pour améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition au Bangladesh ont toutefois constitué une exception positive. Le programme en question a été mis en œuvre à Cox’s Bazar, où quelque 200 000 réfugiés rohingyas non enregistrés se sont installés depuis le début des années 90, après avoir fui les persécutions religieuses et ethniques perpétrées au Myanmar voisin. L’insécurité alimentaire et la pauvreté se sont aggravées aussi bien pour la population du pays d’accueil que pour les Rohingyas, mais la priorité donnée aux hommes et aux garçons pour la consommation de nourriture, le pouvoir de décision restreint que possèdent les femmes au sein du foyer et d’autres normes sexospécifiques inégalitaires ont aggravé encore l’insécurité alimentaire pour les femmes, les filles et les ménages.

Le programme a pris en compte cette dynamique selon une approche intégrée. Il lui a été expressément donné pour but de favoriser l’autonomisation économique des femmes et le développement de leurs moyens de subsistance, afin de contribuer à renforcer la résilience des ménages, notamment face aux chocs produits par des catastrophes naturelles, par exemple. Ce programme conjuguait le transfert de ressources aux membres féminins des ménages et le développement de leurs moyens de subsistance avec des activités de communication et autres destinées à faire évoluer les comportements et à transformer les normes sexospécifiques inégalitaires qui ont pour effet de perpétuer l’insécurité alimentaire et la malnutrition, comme le mariage précoce et l’absence de pouvoir de décision chez les femmes au sein du ménage. Il visait en outre à aider les femmes à renforcer leurs réseaux sociaux et facilitait leur suivi et leur accompagnement continus après leur sortie du programme.

Ce dernier a été conçu pour être sensible aux situations de conflit. Il était axé sur les populations ultra-pauvres mais restait ouvert s’agissant d’autres caractéristiques (comme la caste, l’origine ethnique, l’appartenance à la population bangladaise/du pays d’accueil ou à la population rohingya). En outre, il a permis d’instaurer une coopération avec les dirigeants locaux, les hommes de la famille et les belles-mères, afin que les femmes ne se retrouvent pas dans une situation de vulnérabilité plus grande ou qu’elles ne subissent pas davantage de violence en raison de leur participation aux interventions.

Source: (OCDE, 2017[76]), Gender Equality and Women’s Empowerment in Fragile and Conflict-Affected Situations: A Review of Donor Support, https://doi.org/10.1787/b75a1229-en.

Agir pour que les promesses deviennent réalité : il est nécessaire d’accroître le financement spécifique et de mieux étayer les programmes sur les faits pour atteindre les femmes et les filles les plus défavorisées

Les donneurs doivent prendre expressément en compte l’imbrication des inégalités subies par les femmes, surtout celles qui appartiennent à une population marginalisée ou vulnérable, et redoubler d’efforts pour les aider à exercer concrètement leurs droits et à jouer pleinement leur rôle de catalyseur du changement. Par exemple, la participation des femmes aux processus de paix contribue à la pérennisation de la paix et de la résilience (OCDE, 2017[76]).

Il est encourageant de constater que l’aide publique au développement orientée vers l’égalité entre les femmes et les hommes dans les contextes fragiles est en augmentation, mais les efforts doivent être encore intensifiés. Il faut à la fois consacrer à cet objectif un financement spécifique et bien étayer les activités de programmation sur les faits dans le cadre des politiques et des stratégies de développement, afin que personne ne soit laissé de côté.

Les donneurs doivent investir dans un soutien qui vise spécifiquement l’autonomisation des femmes : l’intégration transversale de la problématique femmes-hommes ne suffit pas

Les donneurs doivent orienter leurs investissements de manière à garantir que les femmes et les filles ne seront pas laissées de côté, en particulier celles qui subissent plusieurs formes de discrimination. Ils doivent donc s’attacher à accroître sensiblement le financement destiné aux programmes qui visent spécifiquement l’égalité entre les sexes et les droits des femmes en tant qu’objectif premier (OCDE CAD GENDERNET, 2018[141]). En 2018, le Conseil consultatif sur l’égalité des sexes pour la présidence canadienne du G7 a recommandé de cibler au moins 20 % de l’aide sur l’égalité femmes-hommes en tant qu’objectif principal. Il est certes difficile de déterminer ce qui constitue exactement un montant « suffisant », mais il est certain que la part de 4 % de l’aide bilatérale totale qui est actuellement consacrée à l’objectif de l’égalité entre les sexes et de l’autonomisation des femmes n’est pas suffisante (Box 3.9.).

Encadré 3.9. L’aide visant l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes

En 2015-16, 37 % de l’aide bilatérale apportée par les membres du Comité d’aide au développement (CAD) ont été orientés vers l’égalité femmes-hommes, soit en tant qu’objectif principal (spécifique), soit comme objectif significatif (transversal). S’il est encourageant de constater que cette part a augmenté au cours des dernières années et qu’elle avait atteint en 2016 le montant sans précédent de 41.7 milliards USD, la part des concours spécifiquement affectés aux programmes visant l’égalité entre les sexes demeure obstinément faible.

Seulement 4 % de l’aide bilatérale des membres du CAD, soit 4.6 milliards USD, ont été consacrés à la promotion de l’égalité entre les sexes et de l’autonomisation des femmes en tant qu’objectif principal en 2015-16 (OCDE CAD GENDERNET, 2018[141]). Citons, par exemple, les dispositifs ayant pour but premier d’accroître le pouvoir d’agir des filles et de réduire les inégalités existant entre elles et les garçons, comme ceux qui ont tout particulièrement pour objet l’accès des filles à l’éducation et leur réussite scolaire.

Dans le cas des contextes fragiles ou touchés par un conflit, la part du soutien spécifiquement destiné à l’égalité femmes-hommes a été légèrement supérieure, soit de 5 %. Toutefois, si l’on considère uniquement les secteurs économiques et productifs, moins de 1 % de l’aide bilatérale a été affecté à des programmes axés spécifiquement sur l’égalité entre les sexes en tant qu’objectif principal.

Afin de remédier à cette insuffisance du financement consacré aux programmes visant spécifiquement l’égalité entre les sexes, les donneurs pourraient accroître sensiblement le soutien de long terme qu’ils apportent aux associations de défense des droits des femmes implantées dans les pays en développement : en 2015-16, l’aide bilatérale directement affectée aux organisations de la société civile œuvrant en faveur des femmes et installées dans des pays en développement a représenté seulement 225 millions USD.

Graphique 3.11. Aide publique bilatérale au développement au titre de l’égalité entre les sexes et de l’autonomisation des femmes, évolution de 2006 à 2016
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Source: (OCDE CAD GENDERNET, 2018[141]), Aid to Gender Equality and Women’s Empowerment: An Overview, www.oecd.org/dac/gender-development/Aid-to-gender-overview-2018.pdf.

 StatLink http://dx.doi.org/10.1787/888933912941

Accroître le soutien affecté aux programmes visant spécifiquement l’autonomisation et les droits des femmes peut permettre aux donneurs de mieux cerner et de mieux prendre en compte les besoins des femmes et des filles qui, par ailleurs, appartiennent à des populations marginalisées. Par exemple, un dispositif ayant expressément pour but d’améliorer l’accès des femmes et des filles à la santé sexuelle et procréative et l’exercice de leurs droits en la matière pourrait aussi intégrer l’objectif de toucher les femmes handicapées, les femmes LGBTQI ou les femmes âgées.

De plus, un financement spécifique tendra davantage à prendre en compte les obstacles d’ordre structurel et culturel qui s’opposent à l’égalité entre les sexes. Selon une évaluation des efforts de coopération internationale de la Suisse dans le domaine de l’égalité femmes-hommes effectuée en 2018, les projets visant spécifiquement l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes suscitaient davantage de changements structurels allant dans le sens de cet objectif que les projets dont l’égalité femmes-hommes constituait un thème transversal (DDC, 2018[142]).

Si le financement de l’action en faveur de l’égalité entre les sexes et de l’autonomisation des femmes s’inscrit dans une approche consistant à faire simplement de cet objectif une dimension transversale, le risque est de privilégier les femmes les plus faciles à atteindre, à moins que l’ensemble du groupe cible du programme ne soit constitué de personnes appartenant à une catégorie bien précise, comme les personnes handicapées. Par exemple, un programme de santé intégrant la dimension de l’égalité entre les sexes peut certes avoir atteint son but en touchant le même nombre de femmes et d’hommes, mais il n’aura pas pris en compte les besoins des femmes handicapées, des femmes LGBTQI, des femmes jeunes ou des femmes âgées.

Veiller à l’efficacité de la programmation

Pour assurer l’avènement d’un monde où les droits fondamentaux des femmes puissent trouver leur pleine expression, et dont les femmes et les filles soient appelées à devenir des actrices à part entière, même si elles font partie d’une population marginalisée, il faut que les partenaires au développement définissent des approches de la programmation qui permettent de :

  • Promouvoir l’autonomisation des femmes et le respect de leurs droits au moyen d’actions ciblées.

  • Favoriser la création d’un contexte social propice à l’égalité entre les sexes. Autrement dit, il est nécessaire de faire en sorte que les lois, les réglementations, les croyances et les coutumes reconnaissent le droit des femmes à faire entendre leur voix et à prendre part aux processus de décision à égalité avec les hommes, et soutiennent l’exercice de ce droit.

Dans ce contexte, que peuvent faire les donneurs ? Les organismes donneurs doivent tout d’abord renforcer les capacités et les systèmes dont ils disposent de manière à se doter des moyens de comprendre le contexte dans lequel va s’inscrire leur action, de renforcer le pouvoir d’agir des femmes et des filles qui appartiennent par ailleurs à des populations marginalisées, et de les soutenir dans l’exercice de leurs droits. À cette fin, ils devront intervenir dans tous leurs domaines de travail et auprès de toutes leurs équipes, afin que l’approche adoptée soit fondée sur toutes les informations utiles. Pour pouvoir traduire des promesses ambitieuses en résultats concrets, il est nécessaire de faire appel non seulement à des conseillers spécialistes de l’égalité femmes-hommes, mais aussi au personnel non spécialiste qui sera pourvu des connaissances et de la volonté requises pour prendre en compte le problème des inégalités entre femmes et hommes dans ses domaines de responsabilité propres (OCDE CAD GENDERNET, 2014[143]).

Concrètement, les actions spécifiques à mener pour favoriser l’autonomisation des femmes et le respect de leurs droits et pour contribuer à la création d’un contexte social propice à l’égalité entre les sexes, sont notamment les suivantes :

  • Instaurer avec les gouvernements un dialogue stratégique et politique portant sur les droits et les cadres juridiques, et œuvrer en faveur d’une réforme de la législation et de l’action publique qui assure la reconnaissance des populations défavorisées et de la violence sexiste. Les besoins et les stratégies différeront sensiblement d’un pays à l’autre, et ces actions devront être conçues en collaboration avec les femmes et les hommes appartenant aux populations locales.

  • Dispenser aux femmes et aux hommes une formation sur les droits des femmes et faciliter l’initiative des femmes et l’exercice de leur pouvoir de décision, y compris de celles qui appartiennent aussi à une population marginalisée ou vulnérable (Global Disability Summit, 2018[144]). Ces femmes doivent être associées à l’élaboration des programmes, aux activités diagnostiques, comme l’analyse de l’économie politique, et à la mise en œuvre. Aucune décision concernant les femmes ne doit être prise sans elles.

  • Solliciter les hommes et les garçons, ainsi que les responsables locaux et les chefs coutumiers, créer des espaces où les jeunes hommes puissent faire part de leur réflexion et de leurs préoccupations au sujet des stéréotypes sexistes et des normes sociales en vigueur, et favoriser les échanges avec les responsables locaux et les chefs coutumiers à propos de ces normes.

  • Renforcer le pouvoir d’action des organisations nationales de défense des droits des femmes (OCDE CAD GENDERNET, 2016[145]), qui connaissent bien le contexte et les acteurs locaux et sont capables de toucher les populations de femmes les plus marginalisées (Morrison et al, 2017[146]).

  • Soutenir la formation des acteurs du système judiciaire et du système de santé de manière à garantir le respect des droits des femmes et des filles qui appartiennent aussi à une population vulnérable ou à une minorité.

  • Intensifier les efforts de recherche fondés sur l’observation des faits et assurer la collecte de données plus fines sur les divers facteurs qui font tomber les femmes et les filles dans la pauvreté et dans une situation inégalitaire.

Pour suivre les résultats des programmes de développement et les évaluer, et s’assurer que les efforts déployés sont bénéfiques pour les femmes et les filles les plus défavorisées, il faut que les données soient systématiquement ventilées par sexe, mais aussi selon des catégories telles que l’âge, l’origine ethnique et la situation au regard du handicap. Les donneurs peuvent apporter un soutien aux systèmes statistiques des pays.

Le Réseau du CAD de l’OCDE sur l’égalité hommes-femmes (GENDERNET) offre un espace unique en son genre pour l’analyse, l’apprentissage et le dialogue concernant les approches du financement et de la programmation pour la promotion de l’égalité entre les sexes et des droits des femmes dans le cadre du développement. Le GENDERNET continuera d’aider les acteurs du développement à mettre en lumière des approches qui contribuent effectivement à garantir qu’aucune femme ni aucune fille ne sera laissée de côté.

Jeunes

Ji Yeun Rim, Centre de développement, OCDE

Principaux messages

  • Au niveau mondial, la population des jeunes devrait atteindre le chiffre de 1.3 milliard de personnes d’ici à 2030, et elle devrait ainsi augmenter de 42 % en Afrique selon les prévisions, ce qui soulève l’épineuse question de leur accès à l’éducation et à l’emploi.

  • Les jeunes des zones rurales, en particulier les femmes et les travailleurs indépendants, sont les plus défavorisés des jeunes des pays en développement. Les jeunes travailleurs indépendants exercent souvent des activités de subsistance faute d’avoir d’autres possibilités d’emploi.

  • Les jeunes des zones rurales et ceux qui sont peu instruits sont généralement laissés en dehors des processus civiques et politiques, et les cadres juridiques nécessaires à la protection des droits des jeunes sont inexistants ou ne sont pas mis en application.

  • Dans le monde entier apparaissent des formes nouvelles de mouvements sociaux conduits par des jeunes, qui facilitent la participation de ces derniers au dialogue public.

  • Il est nécessaire d’appréhender le bien-être des jeunes selon une approche multidimensionnelle pour ne laisser aucun jeune de côté, en créant des emplois décents, en investissant dans l’économie agricole et l’agroalimentaire local et en faisant entendre la voix des jeunes défavorisés.

À l’heure actuelle, sur l’ensemble de la planète, un nombre sans précédent de 1.2 milliard de jeunes – âgés de 15 à 24 ans – commencent à s’engager dans la vie adulte et la vie active. Quelque 88 % d’entre eux vivent dans des pays en développement d’Afrique et d’Asie. Selon les prévisions, la population mondiale des jeunes devrait atteindre le chiffre de 1.3 milliard de personnes d’ici à 2030, et le nombre de jeunes devrait augmenter de 42 % en Afrique. Sur ce dernier continent, la population des jeunes n’a pas encore atteint son maximum et elle va continuer de croître au moins jusqu’en 2050 (DESA, 2015[147]). Ce sont les jeunes de la génération actuelle qui sont le plus exposés au risque d’être laissés de côté, et ce en grand nombre. Le problème de l’emploi est particulièrement urgent dans les pays où la pression démographique est forte, les possibilités d’emploi salarié rares et la création d’emplois formels insuffisante pour permettre à la majorité des jeunes d’avoir un travail décent.

Entre 2014 et 2018, l’OCDE a travaillé avec neuf pays en développement en vue de cerner précisément les aspirations des jeunes, ainsi que les facteurs qui déterminent leur devenir sur le plan de l’emploi, de la santé, de l’éducation et de la participation à la vie civique. Le but était d’améliorer les politiques nationales concernant les jeunes. Le présent chapitre a été établi à partir des constats dégagés du projet Inclusion des jeunes, qui a servi à étayer la définition de la stratégie de l’Union européenne pour l’autonomisation des jeunes (Box 3.10).

Encadré 3.10. La stratégie de l’Union européenne pour l’autonomisation des jeunes : des emplois décents et durables et une Boîte à outils pour l’enseignement et la formation professionnels

Le nouveau Consensus européen pour le développement (Parlement européen, 2018[162]) définit les jeunes comme l’un des principaux moteurs potentiels de transformations à caractère transversal, dont il est nécessaire de tenir compte dans la planification et l’exécution des activités de coopération extérieure pour le développement. Instrument innovant, le Plan d’investissement extérieur a pour but d’offrir aux investisseurs privés des garanties en vue de la création d’emplois durables et décents pour les populations les plus vulnérables, comme les femmes et les jeunes. Les instruments de cette nature et d’autres interventions permettront d’intégrer la promotion de l’emploi, du travail décent, du développement des compétences et de l’entrepreneuriat dans des domaines essentiels tels que le développement du secteur privé, le développement rural, l’énergie et l’agroalimentaire.

Consciente du fait que l’un des principaux déterminants de l’emploi est l’éducation et, en particulier, l’enseignement et la formation professionnels (EFP), l’Union européenne a lancé la Boîte à outils EFP, nouveau dispositif international destiné à doter les pays partenaires de compétences et d’outils dans des domaines tels que la politique et la réforme de l’EFP, l’information sur le marché du travail, l’engagement du secteur privé dans l’EFP et l’insertion des catégories défavorisées. Le but de cette initiative est d’améliorer l’adéquation des compétences au marché du travail et l’employabilité (UE, 2018[163]).

Les difficultés auxquelles se heurtent les jeunes dans les pays en développement

1. Des aspirations non satisfaites sur le plan de l’emploi

Selon les tendances récemment observées, l’immense majorité des jeunes des pays en développement sont dans l’incertitude quant à leurs possibilités d’emploi, et ils ont peu de chances d’obtenir l’emploi qu’ils souhaitent. D’après l’analyse que nous avons consacrée à des données portant sur le passage de l’école à la vie active dans 32 pays en développement, 80 % des jeunes actuellement scolarisés désirent occuper un emploi très qualifié, selon la définition figurant dans la Classification internationale type des professions (CITP). En même temps, seulement 20 % des jeunes travailleurs de ces pays possèdent un emploi de cette nature. Cet écart est particulièrement marqué en Afrique et en Amérique latine, et il persiste même chez les jeunes ayant fait des études supérieures. L’étude montre que, dans les pays en développement, la moitié environ de ces derniers ont peu de chances d’exercer les emplois très qualifiés qui correspondent à leurs vœux (OCDE, 2017[148]).

2. Inadéquation des compétences et abandon prématuré de l’école

Les écarts observés entre les aspirations et la réalité sont le reflet de facteurs à l’œuvre aussi bien du côté de la demande (création d’emplois insuffisante dans le secteur formel) que de l’offre (pression démographique, inadéquation des compétences). Bon nombre des jeunes concernés n’achèvent pas leur scolarité et peinent souvent à trouver un emploi décent dans un contexte marqué par l’existence d’un secteur informel important, une création d’emplois insuffisante dans le secteur formel et une application peu rigoureuse des normes du travail. L’analyse consacrée par l’OCDE à 32 pays en développement montre que 55.3 % des jeunes occupent des emplois qui ne correspondent pas à leurs qualifications et que 36.4 % sont sous-qualifiés (OCDE, 2017[148]).

Beaucoup de jeunes quittent le système d’enseignement ordinaire trop tôt, c’est-à-dire sans avoir acquis des qualifications appropriées et un niveau suffisant pour prétendre accéder à un emploi rémunérateur sur le marché du travail. Les difficultés financières sont de loin le motif le plus souvent cité pour expliquer cet abandon prématuré de l’école. Par conséquent, ce sont les perspectives en matière d’emploi qui vont déterminer le choix des jeunes de continuer ou non leur scolarité. Dans beaucoup de pays en développement, la possibilité d’avoir de meilleurs résultats sur le plan de l’emploi et du salaire ne constitue pas un motif de poursuite de l’école en raison aussi de la qualité médiocre de l’enseignement. Une étude ayant consisté à comparer ces résultats chez les diplômés et les décrocheurs de l’enseignement primaire et secondaire au Cambodge n’a fait apparaître qu’une légère différence entre les uns et les autres du point de vue du salaire et des conditions de travail (Centre de développement de l’OCDE, 2017[149]). Cette situation incite les parents à prendre la décision de retirer leurs enfants de l’école pour les faire entrer dans la vie active. En Afrique subsaharienne, 58 % des jeunes âgés de 15 à 17 ans ont déjà quitté l’école (UNESCO, 2018[150]).

3. Grossesses précoces et infections sexuellement transmissibles

Dans les pays en développement, les dispositifs destinés aux jeunes font bien moins de place aux questions concernant la santé sexuelle et procréative qu’à celle de l’emploi. Pourtant, à l’échelle mondiale, plus de deux millions de jeunes âgés de 10 à 19 ans vivent avec le VIH et 42 % de l’ensemble des nouvelles infections par le VIH surviennent chez des adolescents et des jeunes (FNUAP, 2013[151]). Dans un contexte marqué par des perspectives médiocres en matière d’éducation et d’emploi, les filles sont particulièrement susceptibles de connaître une grossesse précoce et les garçons de tomber dans une consommation excessive de drogue ou d’alcool. Parmi les neuf pays en développement étudiés par l’OCDE entre 2014 et 2017, les plus forts taux de natalité chez les adolescentes ont été relevés dans des pays tels que la Côte d’Ivoire, le Togo ou le Malawi, où la situation en matière d’emploi laissait aussi à désirer (forte précarité de l’emploi, inadéquation des compétences et importance de l’économie informelle). Les enfants des rues et la consommation de drogue par les adolescents sont aussi des phénomènes en progression rapide en Côte d’Ivoire et au Togo (Centre de développement de l’OCDE, 2018[152]) (Centre de développement de l’OCDE, 2017[153]) (Centre de développement de l’OCDE, 2017[154]).

4. Une faible participation à la vie civique et politique

La participation à la vie civique et politique constitue une dimension importante du bien-être des jeunes. L’engagement citoyen permet aux individus de faire entendre leur voix et de contribuer au bon fonctionnement des institutions politiques de la société dans laquelle ils vivent (OCDE, 2011[155]). Or, dans beaucoup de pays en développement, l’engagement civique et politique est l’apanage d’une minorité de jeunes appartenant à une élite et ayant un niveau d’études élevé. Les jeunes des zones rurales et ceux qui sont peu instruits sont généralement laissés en dehors de ces processus. Dans bien des cas, il n’existe pas de cadre juridique pour la protection des droits des jeunes et ceux qui existent ne sont pas mis en application. Toutefois, on voit apparaître de nouvelles formes de participation qui facilitent l’engagement des jeunes dans un dialogue ouvert. Dans le monde entier, les mouvements étudiants jouent un grand rôle, à travers les conseils de jeunes ou les médias sociaux, dans l’avènement de changements sociaux et politiques majeurs (Centre de développement de l’OCDE, 2018[156]). Mais beaucoup d’efforts restent à faire pour assurer l’instauration d’un dialogue inclusif et la représentation de l’ensemble des jeunes dans les mécanismes de décision.

Graphique 3.12. Aspirations des jeunes et réalité des emplois occupés
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Source: (OCDE, 2017[148]), Youth Aspirations and the Reality of Jobs in Developing Countries, http://dx.doi.org/10.1787/9789264285668-en.

 StatLink http://dx.doi.org/10.1787/888933912903

Qui sont les jeunes les plus défavorisés ?

Les jeunes des zones rurales représentent 54 % de la population mondiale jeune et, dans les pays en développement, cette proportion est souvent beaucoup plus forte (OCDE, 2018[157]). Ces jeunes sont confrontés à des facteurs de vulnérabilité spécifiques à leur âge, en plus des difficultés liées au fait de vivre dans des zones sous-développées. La possibilité qu’ils ont de bénéficier d’un enseignement et d’une formation professionnelle de qualité est limitée, ils n’ont qu’un faible accès à la terre et aux ressources financières et ne peuvent se faire entendre pour influer sur la prise de décision. En analysant les données portant sur 24 pays en développement, l’OCDE a constaté qu’un jeune vivant en milieu rural sur cinq n’avait jamais fréquenté l’école et que près de la moitié des jeunes ruraux avait effectué au mieux des études primaires complètes. Les jeunes ruraux qui font des études supérieures ne représentent qu’une faible proportion (10.5 %, contre 18.1 % pour leurs pairs des zones urbaines). Ce sont les jeunes ruraux des pays d’Afrique subsaharienne et des pays à faible revenu qui ont le plus faible niveau d’instruction. Malgré un niveau d’études moins élevé, les jeunes des zones rurales ont les mêmes aspirations professionnelles que ceux des zones urbaines. Il ressort de l’étude de l’OCDE que 76 % des jeunes ruraux scolarisés aspirent à exercer une profession très qualifiée mais, dans les faits, cette aspiration ne sera probablement satisfaite que chez 12 % d’entre eux environ (OCDE, 2018[157]).

La majorité des jeunes des pays en développement travaillent de manière indépendante. Ils sont parfois dénommés entrepreneurs mais, en réalité, seule une minuscule fraction des jeunes entrepreneurs connaît la réussite, qu’il s’agisse des bénéfices réalisés ou de la création d’emplois. Les entreprises que dirigent des jeunes restent le plus souvent cantonnées dans des activités de subsistance. Le défi majeur réside dans le fait que la plupart des jeunes des pays en développement sont freinés dans leurs aspirations par un faible niveau d’instruction, l’emprise de l’économie informelle, des infrastructures matérielles médiocres et un accès limité aux ressources financières. Ils se tournent vers le travail indépendant faute de meilleures possibilités du côté de l’emploi salarié. Quant aux jeunes entrepreneuses, leur situation est généralement encore plus défavorable (OCDE, 2017[158]). Les jeunes qui réussissent le mieux ont des caractéristiques bien précises : ils ont un niveau d’études élevé, ont accès aux ressources financières et aux réseaux sociaux et exercent leur activité en s’appuyant sur des infrastructures matérielles de qualité. La plupart des jeunes des pays en développement ne correspondent pas à ce profil.

Enfin, dans les pays en développement, les jeunes femmes sont plus défavorisées que les jeunes hommes, mais celles qui vivent en milieu rural se heurtent à des difficultés supplémentaires par rapport aux jeunes femmes des zones urbaines, notamment dans l’accès à l’information, à l’emploi, à l’éducation et aux services de santé. Des normes sociales discriminatoires influent souvent beaucoup sur le devenir de ces femmes en matière d’emploi et sur leur bien-être général. Les forts taux de fécondité relevés chez les adolescentes et les femmes adultes sont associés à un niveau élevé d’inégalité entre les sexes dû aux normes sociales, tel qu’il est mesuré par l’indice Institutions sociales et égalité femme-homme (ISE) de l’OCDE (Centre de développement de l’OCDE, 2014[159]). Par exemple, en Côte d’Ivoire, les grossesses précoces, en progression depuis 2005, ont un impact négatif sur la scolarité des adolescentes et leurs perspectives en matière d’emploi (Centre de développement de l’OCDE, 2017[153]) car elles en viennent à abandonner l’école prématurément et finissent par occuper des emplois peu qualifiés. Plus le niveau d’études est faible, plus la probabilité de connaître une grossesse précoce est forte, situation qui représente un véritable cercle vicieux.

Une politique et des efforts de coopération pour le développement de nature à répondre aux besoins de 1.3 milliard de jeunes à l’horizon 2030

Les responsables de l’action publique commencent à prendre des mesures pour répondre aux besoins des jeunes. Presque deux pays sur trois dans le monde ont ainsi adopté une politique nationale de la jeunesse (Youthpolicy.org, 2018[160]). Mais davantage d’efforts peuvent être faits pour renforcer l’efficience et le caractère inclusif des politiques visant les jeunes et garantir que les investissements publics et privés cibleront les jeunes les plus vulnérables et les plus défavorisés, qui constituent la majeure partie de la jeunesse dans les pays en développement.

Le projet Inclusion des jeunes mis en œuvre par l’OCDE a permis de mettre en lumière huit axes d’intervention à adopter pour progresser :

1. Adopter une approche multidimensionnelle du bien-être des jeunes

L’OCDE s’emploie depuis longtemps à promouvoir la mesure du bien-être, et elle a mis au point la méthodologie de l’examen des politiques en faveur du bien-être des jeunes dans le but d’analyser la situation de ces derniers au regard de cinq dimensions jugées particulièrement importantes pour eux : la santé, l’éducation et les compétences, l’emploi, la participation et l’autonomisation, ainsi que des indicateurs subjectifs se rapportant à la satisfaction à l’égard de la vie et vis-à-vis de l’emploi (OCDE, 2017[161]). Des stratégies nationales de grande portée devront être définies pour les jeunes, afin de garantir que les problèmes les concernant seront systématiquement pris en compte dans les politiques sectorielles.

2. Réduire l’écart entre les aspirations relatives à l’emploi et la réalité

Remédier au décalage qui existe entre les préférences des jeunes en matière d’emploi et la réalité du marché du travail est nécessaire pour améliorer leur bien-être, mais aussi pour accroître la productivité du travail et maîtriser le risque de troubles sociaux que peuvent engendrer leurs aspirations non satisfaites. Les responsables de l’élaboration des politiques nationales devraient privilégier l’adoption d’une stratégie en deux volets consistant à : 1) aider les jeunes à définir leur projet professionnel en s’appuyant sur des informations objectives concernant le marché du travail, afin de ne pas nourrir des attentes irréalistes ; et 2) améliorer la qualité des emplois et les conditions d’emploi qui revêtent de l’importance pour les jeunes. Pour que cette stratégie soit réaliste, elle doit aussi être adaptée au contexte spécifique de chaque pays et tenir compte du fait que la réduction du décalage entre les préférences des jeunes concernant l’emploi et la situation réelle en la matière peut prendre du temps (OCDE, 2017[148]).

3. Promouvoir la mise en place de programmes de vaste portée pour soutenir les jeunes entrepreneurs

Il est certes difficile de mettre en place des dispositifs efficaces en faveur de l’entrepreneuriat, mais un certain nombre de mesures au niveau des programmes et des politiques se sont révélées utiles aux jeunes entrepreneurs. Selon des études d’impact portant sur les programmes en faveur de l’entrepreneuriat des jeunes, les dispositifs de vaste portée offrant une palette complète de services semblent donner de bons résultats. Les services d’appui au développement des entreprises sont désormais bien connus pour favoriser l’amélioration de leurs résultats et la création d’emplois, surtout si les entreprises sont accompagnées sur une période allant du moyen au long terme. Au niveau des politiques, la formation à l’entrepreneuriat, intégrée dans l’enseignement ordinaire, permet de doter les jeunes des divers types de compétences nécessaires pour entreprendre, notamment des compétences techniques et non cognitives et des aptitudes utiles dans la vie courante. En outre, il conviendrait d’être plus attentif à l’acquisition de compétences en matière de développement des entreprises et à la pratique en situation réelle à travers la formation professionnelle, le mentorat et les stages (OCDE, 2017[158]).

Qui ne tente rien n’a aucune chance de réussir. « L’échec » devrait être considéré comme une expérience qui permet de progresser et d’aller encore plus loin. Les jeunes entrepreneurs doivent comprendre que nous vivons désormais à l’ère de l’information. Nous devons oser, innover et nous engager dans les secteurs essentiels pour le développement de nos pays.

Awa Caba, cofondatrice de Sooretul, plateforme de vente en ligne.

4. Investir dans l’agriculture et les infrastructures rurales

Nombre de jeunes des zones rurales partent vers les villes dans l’espoir de trouver un emploi mieux rémunéré et offrant de meilleures conditions de travail, mais la plupart d’entre eux finissent par exercer des activités mal payées dans le secteur informel. Du fait de l’urbanisation rapide et de la lenteur des transformations structurelles, une part importante de la main-d’œuvre urbaine reste piégée dans des activités de services à faible productivité du secteur informel, en n’ayant guère accès aux services publics. Le processus d’urbanisation en cours, en particulier en Afrique, est marqué par des tendances insoutenables et les secteurs non agricoles ne parviendront pas à absorber les nouveaux venus. Les nouveaux emplois requis devront être apportés par l’agriculture ou des secteurs connexes. En effet, il ressort de l’enquête réalisée par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement auprès d’organismes de promotion de l’investissement de pays en développement et de pays en transition, que l’agriculture et l’agroalimentaire constituent une source potentielle d’emplois pour les jeunes dans les zones rurales (CNUCED, 2015[164]). Alors que la majorité des jeunes des pays en développement vivent en milieu rural, bon nombre des programmes qui les visent sont orientés vers les zones urbaines, de sorte qu’ils ne sont accessibles que dans les grandes villes ou uniquement aux jeunes ayant fait des études. Des investissements de grande ampleur vont devoir être consacrés aux infrastructures rurales et aux services publics pour que les jeunes restent heureux de vivre en milieu rural.

5. Promouvoir le développement de chaînes de valeur locales dans le cadre de l’économie agroalimentaire

La mise en place de systèmes alimentaires nationaux plus dynamiques, plus viables et plus inclusifs pourrait bien constituer une solution durable pour l’emploi. L’économie agroalimentaire – production locale, transformation et commercialisation de produits agricoles – recèle un potentiel non négligeable de création d’emplois pour les jeunes des pays en développement, et surtout pour ceux qui vivent en milieu rural. Les activités agroalimentaires nécessitent beaucoup de main-d’œuvre et peuvent être source d’emplois dans les zones rurales et urbaines, et permettre aux pays en développement d’assurer leur sécurité alimentaire. Pour transformer ce potentiel en de vrais emplois, il faut que des investissements nouveaux et importants soient consacrés aux systèmes alimentaires nationaux et régionaux, depuis les mécanismes réglementaires et les infrastructures jusqu’à l’amélioration de la production, de la transformation et du conditionnement, ainsi que de l’accès aux marchés. La transformation des denrées alimentaires est particulièrement propice à la création d’emplois dans les zones rurales, étant donné que les entreprises agro-industrielles tendent, plus que les entreprises d’autres secteurs, à s’implanter dans les petites localités et les zones rurales, offrant des possibilités d’emploi salarié aux jeunes peu qualifiés qui y vivent, actuellement fort nombreux dans les pays en développement (OCDE, 2018[157]).

6. Promouvoir la mise en place de programmes complets en faveur de la santé sexuelle et procréative dans les écoles et au sein des populations locales

Les jeunes ont des exigences et des difficultés concernant leur santé et leur développement qui leur sont très spécifiques. Un mauvais état de santé a pour effet de limiter l’accès à l’éducation et à l’emploi, avec des conséquences qui transforment la vie, en particulier chez les filles. Les programmes scolaires devraient être révisés de manière à y intégrer l’éducation à la santé sexuelle et procréative, et les enseignants, de même que les parents, devraient faire l’objet d’actions de sensibilisation et recevoir une formation dans ce domaine. Les programmes d’éducation par les pairs se sont révélés efficaces pour sensibiliser les adolescents aux comportements à risque et les aider à surmonter les préjugés sociaux (IPPF, 2014[165]).

7. Adopter une optique spécifique aux jeunes lors de la conception des programmes qui leur sont destinés

Les programmes et les politiques visant les jeunes doivent s’inscrire dans l’optique de leurs besoins spécifiques. Parmi les approches fructueuses à cet égard figurent l’apprentissage au contact des pairs, le mentorat, la présentation de modèles identificatoires, l’information des jeunes au sujet des débouchés qui s’offrent sur le marché du travail et des possibilités de formation, le développement des capacités fondamentales de lecture, d’écriture et de calcul et des qualités relationnelles, la mise en place de programmes fondés sur une proximité physique avec les jeunes, et l’organisation d’un accès plus aisé à la terre et aux actifs financiers. Il est avant tout nécessaire de dresser un profil détaillé des jeunes, qui ne constituent pas une population homogène. En cernant les facteurs qui déterminent le degré d’insertion des différentes catégories de jeunes (sexe, appartenance ethnique, ressources, situation au regard du handicap), il sera plus facile de mettre en lumière les freins à prendre en compte pour pouvoir concevoir des programmes bien adaptés à leurs besoins. L’âge constitue aussi un facteur important, étant donné que les jeunes de la tranche 15-17 ans ne se heurtent pas aux mêmes difficultés que les jeunes du groupe des 18-24 ans.

8. Faire davantage entendre la voix des jeunes défavorisés dans le dialogue sur les politiques

La participation des jeunes femmes et des jeunes hommes à la conception et à la mise en œuvre des politiques constitue un moyen important de garantir que leurs besoins et leurs aspirations seront pris en compte. Cette participation s’exerce à différents niveaux : communication d’informations ; consultations à l’initiative des décideurs ; consultations à l’initiative des jeunes ; prise de décision concertée ou cogestion ; et autonomie (DFID-CSO Youth Working Group, 2010[166]). Des consultations de qualité doivent laisser aux jeunes le temps de s’exprimer, aux décideurs celui d’analyser leur contribution, de l’intégrer dans leurs priorités et de rendre compte de ce processus (OCDE, 2011[155]). Les jeunes, et en particulier ceux qui sont défavorisés (jeunes ruraux, jeunes femmes et jeunes en danger), devront acquérir des compétences en communication et développer leur capacité d’initiative, afin d’être à même de participer activement au dialogue sur les politiques. Ces aptitudes ont aussi de l’importance au sein des groupements et des organisations de jeunes (ex. : les conseils nationaux de jeunes) car elles renforcent la confiance et permettent aux jeunes de parler d’une seule voix (Forum européen de la jeunesse, 2014[167]).

Le meilleur moyen de faire participer les jeunes à l’élaboration des politiques nationales ou locales est de développer leur esprit critique et de leur dispenser une éducation politique à l’école. Forts de ces compétences, les jeunes sauront comment s’y prendre pour résoudre les problèmes qui se posent dans leur quartier ou leur pays. Les pouvoirs publics devraient ouvrir dans les écoles des espaces pour l’éducation et le dialogue politiques, afin de développer chez les élèves une culture de la participation.

Ou Ritthy, co-fondateur de Politikcoffee, un forum de discussion politique informel pour les jeunes au Cambodge

L’efficacité de ces actions dépendra, essentiellement, de l’existence d’institutions solides et d’une forte volonté politique. Le bilan des ministères et organismes spécialement chargés de la jeunesse est pour l’heure décevant. Les stratégies nationales en faveur des jeunes se multiplient, mais leur mise en œuvre reste en deçà des engagements. Les pays qui parviennent effectivement à améliorer la vie des jeunes et leur contribution au développement local sont ceux qui mettent en place des politiques globales, à large assise et inclusives, pour soutenir la croissance économique. Pour que les ministères spécialisés puissent faire des stratégies nationales en faveur des jeunes un moteur efficace de promotion du bien-être de ces derniers dans toutes les sphères de l’action publique, il faut accroître la cohérence des politiques, assurer un financement suffisant et renforcer les capacités institutionnelles.

Personnes en situation de handicap

Elizabeth Lockwood, CBM International

Principaux messages

  • Les personnes handicapées représentent environ 15 % de la population mondiale ; plus de 80 % d’entre elles vivent dans la pauvreté, dont 800 millions dans les pays en développement, selon les estimations.

  • L’exclusion des personnes handicapées de l’éducation, de l’emploi, des soins de santé et d’autres services a un coût économique et représente ainsi une perte de 3 à 7 % de PIB dans les pays en développement.

  • Une société qui se veut inclusive s’attache à favoriser l’autonomie des personnes handicapées et à faire en sorte que les bienfaits apportés par la vie économique et sociale soient accessibles à tous les niveaux.

  • Les politiques et les pratiques en matière de coopération pour le développement doivent répondre aux engagements pris en faveur des personnes handicapées en assurant l’investissement dans la collecte et l’utilisation des données requises pour garantir la prise en compte des besoins de ces personnes, ainsi qu’en œuvrant pour faire de leur intégration une priorité clairement affirmée.

  • Tous les donneurs devraient utiliser le marqueur de l’aide en faveur des personnes handicapées récemment mis au point par le CAD de l’OCDE, afin de suivre les apports de fonds destinés à ces personnes et de s’assurer qu’ils contribuent à rendre les divers services accessibles à chacune d’elles.

La Convention relative aux droits des personnes handicapées adoptée en 2006 par les Nations Unies est le fruit de l’action du mouvement mondial en faveur des droits des personnes handicapées, qui s’est formé pour mettre fin à des décennies d’exclusion de ces dernières des politiques, des processus et des efforts de développement menés au niveau mondial. Elle reflète l’abandon de la démarche consistant à appréhender les personnes handicapées selon un point de vue médical, au profit d’une approche fondée sur les droits humains. Elle revêt un caractère inédit en ce qu’elle constitue à la fois une plateforme pour la promotion de leurs droits fondamentaux de personnes humaines et un cadre de développement orienté vers leurs besoins.

En effet, la Convention a offert aux organisations de défense des droits des handicapés un socle sur lequel s’appuyer pour plaider en faveur de la prise en compte de leurs besoins dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et dans ses Objectifs de développement durable (ODD). Le Programme 2030 reconnaît les personnes handicapées comme des membres à part entière de la collectivité, à la vie de laquelle elles contribuent activement, tandis que la promesse de ne laisser personne de côté leur permet de venir se placer au centre des efforts de développement. En faisant expressément état des personnes handicapées, et ce à 11 reprises, le Programme 2030, à l’instar de la Convention des Nations Unies, ouvre à celles-ci la voie vers une participation à égalité. Il leur donne les moyens de s’attaquer aux obstacles d’ordre institutionnel, juridique et psychologique qui les empêchent de prendre pleinement part aux dialogues sur les droits humains et sur le développement.

Les progrès de l’intégration des personnes handicapées restent limités

Il est essentiel d’associer et de faire participer de manière constructive toutes les parties prenantes à la mise en œuvre du Programme 2030, ainsi qu’au suivi et à l’examen des progrès accomplis, afin de pouvoir assurer la promotion des droits de chaque individu. Or, s’agissant des personnes handicapées, force est de constater que, malgré les engagements et les efforts vigoureux des pouvoirs publics, elles continuent d’être laissées de côté en raison de leur invisibilité dans les activités de suivi mondiales et nationales. Par exemple, alors que le cadre d’indicateurs de suivi de la mise en œuvre des ODD cite 11 fois les personnes handicapées, les bureaux statistiques nationaux ne recueillent pas encore de données sur ces dernières pour l’exercice de ce suivi (ONU, 2017[168]) (Chapter 5).

Ce chapitre passe en revue les conséquences que peut avoir l’oubli, par la société, des plus marginalisés, en particulier des personnes handicapées, et présente des recommandations pratiques visant à encourager les fournisseurs de coopération pour le développement à intensifier leurs efforts pour garantir que les besoins des personnes handicapées seront pris en compte dans l’action en faveur du développement durable.

Encadré 3.11. La notion de handicap selon la définition des Nations Unies

La Convention relative aux droits des personnes handicapées qui a été adoptée par les Nations Unies définit le handicap comme une « notion [qui] évolue » et reconnaît « que le handicap résulte de l’interaction entre des personnes présentant des incapacités et les barrières comportementales et environnementales qui font obstacle à leur pleine et effective participation à la société sur la base de l’égalité avec les autres ». De plus, l’Article premier de la Convention indique que « par personne handicapée, on entend des personnes qui présentent des incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensorielles durables dont l’interaction avec diverses barrières peut faire obstacle à leur pleine et effective participation à la société sur la base de l’égalité avec les autres » (ONU, 2006[169]).

La place des personnes handicapées au sein de la collectivité : coût de leur exclusion, avantages de leur intégration

Les personnes handicapées représentent environ 15 % de la population mondiale et plus de 80 % d’entre elles vivent dans la pauvreté (ONU, 2015[170]), dont 800 millions dans les pays en développement, selon les estimations (Banque mondiale, 2018[171]). Elles sont très largement exclues de toutes les sphères de la vie économique, politique, sociale, civique et culturelle, dont l’emploi, l’éducation et les soins de santé. Des études montrent que, dans les pays en développement, le coût de l’exclusion des personnes handicapées de l’éducation, de l’emploi et des soins de santé correspond à une perte de 3 à 7 % de produit intérieur brut (PIB) (Banque mondiale, 2018[171]).

Exclusion de l’éducation

Dans les pays en développement, le fait d’exclure les personnes handicapées de l’éducation peut réduire leurs possibilités d’emploi et leur niveau potentiel de rémunération, ce qui expose davantage ces personnes et leur famille à la pauvreté et limite la croissance économique nationale. Beaucoup d’enfants handicapés vivant dans des pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire ne fréquentent pas l’école primaire (CBM, 2018[172]). En particulier, les filles handicapées sont beaucoup moins souvent scolarisées dans l’enseignement primaire que les garçons handicapés ou que les filles valides. Lorsqu’elles le sont, elles sont moins susceptibles d’aller jusqu’au bout de ce cycle, de passer dans l’enseignement secondaire ou de s’engager dans une formation professionnelle, autant d’acquis propres à accroître leurs chances de devenir autonomes sur le plan matériel (Leonard Cheshire Disability, 2014[173]).

L’accès à l’éducation pourrait contribuer à combler l’écart de pauvreté entre les personnes handicapées et le reste de la population. Il peut aussi entraîner une diminution des taux de crimes et délits, permettre de maîtriser la croissance de la population, améliorer les résultats en matière de santé, accroître la participation à la vie civique et stimuler l’émancipation des femmes (Banks et Polack, 2015[174]). Par conséquent, donner aux enfants handicapés les moyens d’exercer effectivement leurs droits constitue à la fois un investissement pour l’avenir et une condition essentielle pour l’instauration d’un développement durable (ONU, 2012[175]).

Exclusion de l’emploi

Sur l’ensemble de la planète, on relève chez les personnes handicapées des niveaux de sous-emploi et de chômage disproportionnés, ainsi que des échelles salariales inférieures à celles des personnes valides pour l’exercice d’une même activité (Organisation mondiale de la santé, Groupe de la Banque mondiale, 2011[176]). Dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, huit personnes handicapées sur dix sont privées de la possibilité d’exercer leur droit à l’emploi. Cette incapacité d’obtenir un salaire les maintient enfermées dans le cercle vicieux de la pauvreté et du handicap. De plus, elles se voient souvent refuser la formation et le soutien financier indispensables pour pouvoir créer une entreprise et exercer une activité rémunératrice. Il est donc essentiel de donner aux personnes handicapées les moyens de se procurer par le travail un revenu qui leur permette de subvenir à leurs besoins et de sortir de l’engrenage de la pauvreté (CBM, 2018[172]).

Exclusion des soins de santé

Les personnes handicapées qui cherchent à recevoir des soins de santé se heurtent à des obstacles dans le monde entier, mais surtout dans les pays en développement. Par exemple, 85 % des personnes atteintes d’une maladie mentale dans ces pays n’ont pas accès à des services appropriés dans ce domaine (CBM, 2018[172]), et seulement 5 à 15 % des personnes ayant besoin d’aides techniques dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire obtiennent l’équipement dont elles ont besoin (Organisation mondiale de la santé, Groupe de la Banque mondiale, 2011, p. 69[176]). Si les personnes handicapées qui vivent dans ces pays ne peuvent utiliser les services de santé, c’est souvent parce que ceux-ci sont fournis dans des lieux qui leur sont inaccessibles et en raison des frais encourus, de la difficulté d’accéder à l’information et de communiquer (faute d’interprétation en langue des signes, par exemple), ainsi que des attitudes négatives envers elles.

Ne pas assurer la participation des personnes handicapées aux actions de santé publique peut nuire à l’efficacité et à l’efficience des programmes de santé car celles-ci peuvent alors être obligées de supporter, du point de vue médical et/ou sur le plan de la productivité, des coûts qui peuvent être évités. Il se peut par conséquent que le montant global des dépenses publiques soit finalement plus élevé en raison de la nécessité de financer des programmes de soins et de traitement parallèles. Par ailleurs, un mauvais état de santé permanent peut être à l’origine d’un niveau d’études moins élevé, lequel est en forte corrélation avec un moindre potentiel de rémunération tout au long de la vie (Banks et Polack, 2015[174]). Pour répondre à ces problèmes, il faut que les structures où se trouvent les services de santé soient mieux adaptées, que ces derniers fassent l’objet d’une information accessible, qu’ils répondent à une tarification tenant compte de toutes les situations et soient conçus avec la contribution des personnes handicapées, et que des services de santé procréative accessibles soient offerts aux femmes handicapées (CBM, 2018[172]).

Exclusion des infrastructures de services

Sur toute la planète, les personnes handicapées sont souvent privées d’accès aux services urbains de base, comme ceux qui concernent l’information, le logement, les routes, les espaces publics, les transports, l’eau et l’assainissement, ainsi que les interventions en cas de situation d’urgence et de catastrophe. Il est pourtant généralement possible de respecter les règles d’accessibilité pour seulement 1 % du coût total des infrastructures si ces règles et les principes de la conception universelle sont appliqués au moment de la construction de ces dernières. En revanche, la mise en conformité ultérieure des infrastructures avec les règles d’accessibilité sera plus onéreuse et peut ainsi représenter jusqu’à 20 % de leur coût initial (Organisation mondiale de la santé, Groupe de la Banque mondiale, 2011, p. 193[176]).

Impact bénéfique produit pour tous par une société sans exclus

Dans les pays à revenu intermédiaire et à faible revenu, les effets économiques positifs de l’intégration des personnes handicapées consistent notamment en des gains financiers pour l’économie dans son ensemble, des avantages pour les entreprises qui adoptent des pratiques diversifiées, ainsi que des bénéfices pour les personnes handicapées elles-mêmes (OIT, 2015[125]). Citons également l’accroissement de l’autonomie économique et la diminution de la demande d’aide sociale, lorsqu’elle existe, qui entraînent une réduction de la demande globale de programmes pour lesquels les ressources financières sont souvent insuffisantes.

En outre, l’augmentation du taux d’activité des personnes handicapées comme de leurs aidants a pour effet d’élargir la base d’imposition potentielle du pays, ce qui peut entraîner une hausse des recettes publiques. Les entreprises des pays à haut revenu ont constaté, chez les salariés handicapés, des taux de rétention plus élevés, une assiduité au travail plus grande, un meilleur bilan en matière de sécurité, de même qu’une productivité équivalente à celle des salariés valides (Banks et Polack, 2015[174]).

Quelles sont les prochaines mesures à prendre dans le cadre de la coopération pour le développement en vue de garantir que les personnes handicapées ne seront plus oubliées ?

Les recommandations présentées ci-après à l’intention des fournisseurs de coopération pour le développement ont été inspirées par les résultats récemment obtenus. Avec la volonté et les ressources nécessaires, les actions préconisées pourront être réalisées à brève échéance et contribuer ainsi à l’intensification des efforts visant à l’intégration des personnes les plus marginalisées, en particulier celles qui sont handicapées.

Les responsables de l’action gouvernementale devraient investir dans la collecte et l’analyse des données requises pour que leurs politiques et leurs décisions puissent être fondées sur une bonne connaissance des besoins

Les responsables de l’élaboration des politiques doivent assurer la collecte de données par type de handicap en s’appuyant sur la courte liste de questions établie par le Groupe de Washington, tout en consultant les personnes handicapées et les organisations qui les représentent au sujet de la conception, de la mise en œuvre et du suivi des plans d’action relatifs aux ODD (ONU, 2006[169]).

Si, au niveau mondial, les personnes handicapées sont de plus en plus représentées dans la sphère de la défense des droits humains et dans celle du développement, les principales données les concernant manquent (Chapter 5). Ce déficit de données sur les personnes handicapées, tant au niveau national que dans le cas des activités de développement international, reste un obstacle majeur à leur intégration, même si les États membres ont demandé que les indicateurs mondiaux relatifs aux ODD soient ventilés par type de handicap (ONU, 2017[168]). (IATF, 2017[177]).

Le marqueur de la politique d’aide en faveur des personnes handicapées établi par le Comité d’aide au développement de l’OCDE devrait faire l’objet d’une utilisation et d’une notification fréquentes, cohérentes et systématiques

En 2018, le Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE a achevé la mise au point d’un marqueur de la politique d’aide en faveur des personnes handicapées, dont l’application est volontaire. L’OCDE a élaboré ce marqueur dans le but de remédier à l’exclusion généralisée des personnes handicapées et à l’absence d’outil efficace de mesure des investissements qui leur sont consacrés dans le cadre de la coopération pour le développement. Étant donné le coût supplémentaire que représente la prise en compte des besoins des personnes handicapées dans les programmes de développement, promouvoir l’application volontaire d’un marqueur de la politique d’aide en leur faveur constitue une décision constructive. Mais le caractère facultatif de l’utilisation de ce marqueur a pour effet d’amoindrir sa contribution à la concrétisation du principe de ne laisser personne de côté. Pour garantir la prise en compte systématique des besoins des personnes handicapées, il faut que ceux-ci soient intégrés dans toutes les composantes des programmes et projets de développement, y compris les appels à financement, selon une démarche analogue à celle qui est suivie dans le cas de la problématique de l’égalité femmes-hommes ou de celle de l’environnement.

Bien que son application soit volontaire, le marqueur relatif aux personnes handicapées pourra stimuler l’augmentation des ressources financières affectées aux besoins de ces personnes et l’amélioration de la qualité des investissements d’APD qui leur sont consacrés car, à mesure qu’augmentera le nombre des pays à l’utiliser et à faire connaître les données issues de son application, cette forme de financement du développement gagnera en reconnaissance et en visibilité.

S’inspirer des bonnes pratiques et les faire fructifier

Parmi les bonnes pratiques en la matière, il faut citer le cas de la Finlande, qui a contribué à promouvoir la prise en compte des besoins des personnes handicapées dans les situations de crise humanitaire et encouragé la collaboration entre les diverses parties prenantes dans ce domaine (DFAT, 2017[178]). Au Royaume-Uni, le ministère du Développement international (DFID) a instauré le premier Disability Framework en 2014 (Meeks, 2016[179]), et son projet actuel d’intégration des personnes handicapées est guidé par la volonté de faire en sorte que les besoins de ces dernières soient pris en compte de façon cohérente et systématique dans les activités de développement international et d’aide humanitaire. Le 24 juillet 2018, le DFID a organisé, conjointement avec l’International Disability Alliance et les autorités du Kenya, le tout premier Sommet mondial sur le handicap, afin de stimuler les efforts mondiaux de promotion de l’intégration des personnes handicapées dans les pays les plus pauvres, et de marquer l’amorce d’un changement d’envergure dans ce domaine méconnu (International Disability Alliance, 2018[180]). En outre, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) s’est engagée à intégrer les besoins des personnes handicapées dans ses programmes (Shah, 2011[181]).

Il reste des défis à relever, dont en particulier celui de la prise en compte systématique des besoins et des priorités des personnes handicapées dans le cycle des projets et les mécanismes de redevabilité. L’Australie, par exemple, a entrepris de relever ce défi. Il ressort d’une évaluation des efforts qu’elle a déployés à cette fin qu’en influant sur les accords internationaux et sur les politiques et les programmes des autres donneurs, elle a pu à la fois accroître les effets bénéfiques de son aide et produire un impact plus fort et de plus grande ampleur. Ce constat positif montre que, par le dynamisme dont elle a ainsi fait preuve, l’Australie a effectivement contribué aux progrès qui ont récemment marqué les politiques et les programmes concernant les personnes handicapées (DFAT, 2017[178]). D’autres pays peuvent s’inspirer de cette démarche constructive et l’imiter, afin de renforcer l’impact collectif.

Cette évaluation a aussi montré que les gouvernements des pays partenaires devaient enrichir les perspectives qui s’offrent aux personnes handicapées et leur en créer de nouvelles par le biais des cadres stratégiques et législatifs, ainsi que d’une amélioration de la fourniture des services sur le terrain. Les efforts de soutien et de sensibilisation déployés par les donneurs, les institutions, les organisations non gouvernementales et les militants de cette cause au niveau mondial favorisent la création d’un cadre propice au changement. Mais c’est la prise en compte des besoins des personnes handicapées dans toutes les politiques et tous les programmes au niveau des pays qui, en définitive, aidera le plus à changer la donne (DFAT, 2017[178]).

Conclusion

Afin de respecter la promesse de ne laisser personne de côté et dans l’intérêt de l’ensemble de la collectivité, il faut que les besoins des populations les plus marginalisées, en particulier des personnes handicapées, soient pris en compte dans tous les processus et à tous les niveaux, conformément aux engagements pris à l’échelon mondial, par exemple dans la Convention relative aux droits des personnes handicapées adoptée par les Nations Unies.

La collecte de données sur les personnes handicapées est la première condition essentielle à remplir pour pouvoir assurer la prise en compte systématique des besoins de ces dernières et renforcer l’exercice de la redevabilité concernant les efforts en leur faveur. En prenant les mesures nécessaires pour appliquer les recommandations exposées plus haut, ceux qui travaillent sur les politiques et les pratiques en matière de développement pourront contribuer à l’avènement d’une société ouverte qui valorisera la diversité et la participation de tous, assurera l’accessibilité universelle aux infrastructures et aux services, et permettra à chacun de recevoir le soutien dont il a besoin.

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[160] Youthpolicy.org (2018), site web, http://www.youthpolicy.org.

Notes

← 1. Ce chapitre est une adaptation actualisée de Gertz et Kharas (2018[1]). Nous tenons à remercier Brina Seidel pour la précieuse aide aux recherches qu’elle a apportée dans le cadre de ce projet.

← 2. En effet, lorsque nous actualisons nos statistiques à la lumière des dernières enquêtes sur la pauvreté et des prévisions relatives au PIB publiées au cours des six premiers mois de 2018, nous observons de légers changements dans la composition des pays le plus en retard par rapport à la date où nous avons conclu notre analyse, fin 2017. Ces différences mettent en lumière le caractère dynamique de cette liste de pays et la possibilité, de même que la nécessité, de l’actualiser régulièrement.

← 3. Cuba et la République populaire démocratique de Corée constituent d’autres exemples de pays stables où la pauvreté est élevée. Dans notre analyse, nous nous appuyons sur des estimations tirées de la base de données « Maddison Project Database », qui tendent à indiquer que les revenus réels dans ces pays sont bien inférieurs aux estimations officielles.

← 4. D’après une analyse de l’APP ventilable par pays, hors affectations régionales.

← 5. Nous avons obtenu des résultats analogues en soumettant une analyse comparable à l’épreuve des résultats de l’évaluation de projets menés par un éventail plus large de donneurs, en nous appuyant sur des données présentées dans Honig (2018[181]).

← 6. Voir l’analyse présentée dans (Desai, Kharas et Amin, 2017[182]) et l’analyse connexe figurant dans (Gertz et Kharas, 2018[1]).

← 7. Ce constat est tiré d’une étude de cas consacrée à six pays en situation d’après-conflit dans lesquels des tentatives ont été faites de négocier des accords politiques inclusifs, qui a montré que les tendances positives en matière d’inclusion politique ne se traduisaient pas nécessairement par une inclusion socioéconomique plus forte, ni par une évolution des normes culturelles et politiques d’exclusion profondément ancrées dans la société.

← 8. L’abstention dans le monde, établie à 24 % dans les années 80, est passée à 34 % au cours de la période 2011-2015. Parallèlement, le nombre de pays qui ont adopté le suffrage direct pour les élections nationales est passé de 114 à 194.

← 9. Les données du SNPC de l’OCDE montrent une légère augmentation, de 24 % à 25 %, entre 2008 et 2016, dans les deux domaines concernés par rapport au volume total d’APD dirigé vers le gouvernement et la société civile en général.

← 10. L’éducation modifie les rapports de force au sein de la société et au sein des ménages. Elle permet à des groupes auparavant considérés comme inférieurs de faire entendre leur voix et de gagner en confiance (Banque mondiale, 2013[183]).

← 11. On trouve des blogs et des exposés consacrés à la première phase de ces travaux à l’adresse suivante : www.effective-states.org/blog/.

← 12. Tim Kelsall propose un cadre en 3-D pour aider les acteurs de terrain qui œuvrent pour le développement à mieux comprendre le type de pacte politique en place dans l’environnement dans lequel ils interviennent.

← 13. Par exemple, une association qui jouit d’une visibilité et reçoit un soutien extérieur peut exposer les acteurs locaux à des critiques selon lesquelles ils poursuivraient des intérêts étrangers.

← 14. Les actifs devenus inexploitables sont ceux qui ont fait l’objet d’une dépréciation, d’une dévaluation ou d’une conversion en passif non anticipées ou prématurées sous l’effet de divers risques environnementaux. Ces risques sont mal compris et régulièrement sous-évalués, d’où une surexposition importante à des actifs écologiquement non durables dans l’ensemble des systèmes financiers et économiques. Les risques environnementaux actuels et émergents représentent une rupture majeure, qui est susceptible de modifier profondément la valeur des actifs dans une pluralité de secteurs.

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