1. Évolutions récentes des migrations internationales et insertion des immigrés sur le marché du travail

Le nombre d’immigrés à caractère permanent dans l’OCDE a atteint le niveau historique de 6.1 millions en 2022 (Graphique 1.1). Ce chiffre est supérieur de 26 % à celui enregistré en 2021, et de 14 % à celui de 20191. Il convient de noter qu’il ne comprend pas les Ukrainiens bénéficiant d’une protection temporaire, lesquels ne sont pas pris en considération dans cette section compte tenu du caractère provisoire de la protection dont ils bénéficient (voir l’Encadré 1.1).

Les quatre premiers pays de destination (États-Unis, Allemagne, Royaume-Uni et Espagne) ont enregistré de fortes hausses en 2022 (entre 21 % et 35 %). La progression a été moindre au Canada (8 %), qui s’inscrit à la cinquième place (Tableau 1.1). Les États-Unis ont accueilli à eux seuls 1.05 million de nouveaux immigrés permanents, les quatre autres pays entre 440 000 et 650 000 chacun.

Dans ces cinq pays, les flux à caractère permanent ont été plus importants en 2022 qu’en 2019, avant la pandémie, notamment au Royaume-Uni, en Espagne et au Canada (entre +19 % et +38 % sur la période), et supérieurs à ceux observés au cours de chacune des 15 années précédentes.

Il en va de même pour plusieurs autres pays européens de l’OCDE, comme la Belgique, le Danemark, la Finlande, la France, l’Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse, ainsi que pour le Mexique. C’est la Nouvelle-Zélande qui a connu la plus forte augmentation de ces flux, en pourcentage et en évolution annuelle : le nombre d’admissions permanentes y totalise 155 000, soit près du triple du record de ces 15 dernières années. Cette hausse s’explique par l’ouverture d’une filière exceptionnelle d’accès au séjour permanent pour les travailleurs immigrés temporaires en 2021, le « visa de séjour 2021 », qui a été à l’origine de 50 % des migrations à caractère permanent en 2022 pour ce pays2.

Seuls quelques pays (Australie, Corée, Estonie, Japon, Norvège, République tchèque et Suède) ont accueilli en 2022 un nombre d’immigrés permanents inférieur à celui de 2019. Parmi eux, l’Australie constitue un cas à part dans la mesure où les chiffres présentés correspondent aux exercices budgétaires (de juillet de l’année civile précédente à fin juin) et l’évolution résulte de décisions prises dans le cadre de la planification annuelle des niveaux d’immigration. La fermeture des frontières a fait que les entrées effectives ont été reportées pendant la pandémie, tandis que le relèvement des niveaux d’immigration planifiés à compter de la mi-2022 ne transparaît pas encore dans cette série.

Selon des données nationales non standardisées, plusieurs autres pays européens, comme la Hongrie, l’Islande, la Lettonie et la Pologne ont enregistré des niveaux d’immigration historiques.

En 2022, les pays de l’OCDE ont accueilli en moyenne 10 nouveaux immigrés permanents pour mille habitants (Graphique 1.2). Ce ratio n’est supérieur à 15 pour mille que dans les trois pays de l’OCDE les moins peuplés (Estonie [24], Islande [42] et Luxembourg [44]), ainsi qu’en Nouvelle-Zélande (30) et en Suisse (17). Les ratios les plus faibles (0.6 pour mille) sont enregistrés pour la République slovaque et le Mexique.

Dans la plupart des pays de l’OCDE, le rapport des flux d’entrées permanentes à la population a été plus élevé en 2022 qu’au cours de la période 2013-19. C’est notamment le cas en Estonie et en Islande, qui ont accueilli des flux croissants d’immigrés ces dernières années, et de la Nouvelle-Zélande, en raison de la hausse exceptionnelle des entrées à caractère permanent en 2022.

En 2022, l’immigration familiale est restée la première catégorie d’immigration permanente, comptant pour 40 % des flux, soit un pourcentage assez stable dans le temps (Graphique 1.3). L’immigration de travail a vu sa part progresser au fil du temps. Elle a en effet représenté 21 % du total en 2022, contre 16 % seulement en 2019. À l’inverse, le pourcentage des flux migratoires à l’intérieur des zones de libre circulation (au sein de l’UE-AELE et entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande) a fléchi depuis 2020. Il s’est établi à 21 % du total en 2022, contre 28 % en 2019.

L’immigration pour raisons familiales a été la plus importante catégorie d’immigration permanente dans l’OCDE ces dix dernières années et représentait entre 1.7 million et 2 millions de personnes par an avant 2020. Elle a accusé le repli le plus marqué en 2020 du fait de la pandémie de COVID-19, mais est rapidement repartie à la hausse. En 2022, les pays de l’OCDE ont accueilli près de 2.2 millions d’immigrés familiaux, soit 200 000 de plus (9 %) qu’en 2021.

Dans la zone OCDE, les États-Unis demeurent le premier pays de destination de l’immigration familiale. En 2022, 723 000 personnes y ont obtenu le statut de résident permanent légal à ce titre, chiffre en hausse de 14 % par rapport à 2021 mais encore inférieur de 8 % à celui de 2019, et inférieur à celui enregistré chaque année depuis 2005. Les flux à destination des États-Unis ont représenté un tiers de cette immigration vers l’OCDE en 2022, contre 39 % avant la pandémie.

Les admissions pour raisons familiales ont sensiblement augmenté par rapport à 2021 et à 2019 au Royaume-Uni et au Canada, respectivement les deuxième et troisième pays de destination de cette immigration. Le Royaume-Uni a accueilli 242 000 immigrés familiaux en 2022, un cinquième de plus qu’en 2021 et 72 % de plus qu’en 2019. Le Canada a accordé le statut de résident permanent à 217 000 personnes au titre de différentes catégories d’immigration familiale (+ 32 % par rapport à 2021, et + 18 % par rapport au record antérieur de 2019). Les entrées à ce titre ont également accusé une hausse sensible en Nouvelle-Zélande (+229 % par rapport à 2019), au Mexique (+78 %), en Finlande (+51 %) et en Estonie (+29 %).

L’augmentation des flux d’entrée pour raisons familiales constatée en 2022 tient essentiellement aux membres de la famille accompagnant les travailleurs immigrés (Tableau d’annexe 1.A.1) : ils ont en effet constitué 27 % de cette catégorie d’immigration en 2022, alors qu’ils n’en représentaient que 17 % en 2019. Ce phénomène est notamment observé aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande.

La crise du COVID-19 et le retrait du Royaume-Uni de l’UE ont eu une incidence sur les mouvements migratoires à l’intérieur des zones de libre circulation (au sein de l’UE/AELE et entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande), mais ceux-ci sont demeurés supérieurs à 1 million de personnes en 2020 et 2021, et ont atteint 1.1 million en 2022. Au sein de l’UE/EEE, les flux de libre circulation ont progressé d’environ 13 % en 2022, signe d’une accélération du rebond observé après 2020.

La première destination des flux d’immigration à l’intérieur des zones de libre circulation en Europe dans le cadre des accords européens de libre circulation demeure l’Allemagne, qui a accueilli 29 % de ces immigrés (321 000, +3 % par rapport à 2021). D’autres grandes destinations ont vu ces flux croître substantiellement en 2022, notamment la Suisse (+20 %), le Danemark (+19 %), l’Autriche (+16 %), la Suède (+29 %) et l’Irlande (+38 %). Ils ont bondi de 56 % en Islande (10 000 personnes) au cours de l’année écoulée, mais ont en revanche diminué dans plusieurs pays d’Europe centrale et orientale membres de l’OCDE, notamment en République tchèque (-20 % par rapport à 2021), en Hongrie (-14 %) et en Estonie (-15 %).

En Océanie, les flux migratoires relevant de l’Accord transtasmanien (Trans-Tasman Travel Arrangement) entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont doublé en 2022 en raison de l’essor des arrivées en provenance de Nouvelle-Zélande en Australie (+174 %). Les flux de libre circulation y sont malgré tout restés sensiblement inférieurs à ceux de 2019 (-44 %).

Parmi les flux migratoires à caractère permanent de l’OCDE, l’immigration pour raisons humanitaires prend en compte les réfugiés reconnus en vertu de la Convention du HCR de 1951 ou d’autres formes de protection, mais ne comprend pas les Ukrainiens réfugiés en vertu de la Directive sur la protection temporaire dans l’UE ou de régimes similaires dans d’autres pays de l’OCDE (voir l’Encadré 1.1).

Indépendamment de l’afflux important d’Ukrainiens fuyant la guerre d’agression de la Russie contre leur pays, les flux migratoires pour raison humanitaires vers l’OCDE ont augmenté de 40 % en 2022, totalisant 580 000 personnes. L’immigration pour raisons humanitaires est la catégorie sur laquelle la crise du COVID-19 a eu l’incidence la plus faible, et avait déjà progressé de 13 % en 2021. Le nombre d’admissions à ce titre en 2022 ne le cède qu’aux niveaux historiques enregistrés en 2016 et 2017.

Compte tenu du volume inédit de demandes d’asile enregistrées en 2022 (voir plus loin) et du délai de traitement de ces demandes, le nombre d’immigrés pour raisons humanitaires atteindra sans doute un nouveau record historique en 2023.

L’Allemagne et les États-Unis ont été les deux premiers pays de destination des flux humanitaires : ils ont accordé la protection internationale à plus d’un tiers des immigrés admis à ce titre dans l’OCDE, soit respectivement 128 000 et 92 000 personnes. Le Canada et le Royaume-Uni ont pour leur part accueilli 74 000 et 54 000 d’entre eux. Ces quatre pays ont vu le nombre de ces réfugiés augmenter sensiblement d’une année sur l’autre : du double environ en Allemagne et aux États-Unis, et de 25 % au Canada et au Royaume-Uni.

Les entrées pour raisons humanitaires ont accusé une hausse par rapport à 2021 en Australie et en Nouvelle-Zélande, renouant avec leur niveau du milieu des années 2010. En Autriche et aux Pays-Bas, ces entrées ont plus que doublé par rapport à leur niveau de 2019. Aux Pays-Bas, seules les années 2015 et 2016 ont vu un afflux plus important d’immigrés de cette catégorie. Leur nombre est resté stable au Mexique, quoique à un niveau 2.5 fois supérieur à celui observé en 2019 et précédemment. Il a en revanche diminué en Suède et en Norvège, atteignant son niveau le plus bas depuis 15 ans en Suède.

L’immigration de travail à caractère permanent à destination des pays de l’OCDE a poursuivi la progression amorcée au milieu des années 2010. On a recensé dans ceux dont les statistiques sont harmonisées plus d’1.1 million d’admissions à ce titre en 2022. Ce chiffre représente une hausse de 36 % en évolution annuelle, et de 53 % par rapport à 2019.

L’immigration de travail a augmenté dans quasiment tous les pays de l’OCDE. Si, en Australie, au Japon ou en Corée, sa progression par rapport à 2021 a marqué un retour aux niveaux observés avant la pandémie, elle a atteint en 2022 son niveau le plus élevé depuis 15 ans dans la plupart des pays européens de l’OCDE et aux États-Unis. Les hausses enregistrées par rapport à l’année antérieure dans les principaux pays de destination sont spectaculaires : le nombre d’entrées permanentes à ce titre a doublé au Royaume-Uni et augmenté de respectivement 59 %, 39 % et 26 % en Allemagne, aux États-Unis et en France. Le décuplement du nombre de travailleurs immigrés en Nouvelle-Zélande tient à la mise en place, en 2021, de la filière exceptionnelle d’accès au séjour permanent précédemment mentionnée. Le Canada compte parmi les rares pays où l’immigration de travail permanente a légèrement diminué en 2022. Elle est toutefois restée plus élevée qu’au cours de toutes les années précédant 2021.

L’OCDE accueille chaque année plusieurs millions de travailleurs immigrés temporaires. Ces flux traduisent généralement les variations à court terme de la demande de main d’œuvre et de compétences. Il existe de très nombreux programmes et filières d’immigration temporaire dans l’OCDE, qui visent des catégories de travailleurs et des secteurs d’activité distincts et offrent des conditions d’entrée et des durées de séjour très diverses.

Les statistiques présentées ici se veulent aussi exhaustives que les données actuellement disponibles le permettent. Outre les catégories « travailleurs saisonniers », « vacanciers actifs », « stagiaires » et « personnes transférées au sein de leur entreprise », elles couvrent d’autres programmes pour travailleurs temporaires étrangers propres à certains pays.

Le Tableau d’annexe 1.A.2 et le Tableau d’annexe 1.A.4 répertorient les programmes nationaux pour travailleurs temporaires étrangers présentés dans cette section. Le cas particulier des travailleurs détachés dans la zone de libre circulation UE/AELE est examiné à la section suivante.

Les pays de l’OCDE (excepté la Pologne) ont accordé plus de 2.4 millions de permis et autorisations de travail, chiffre qui marque une progression de 77 % par rapport à l’année précédente3. Les migrations temporaires ont atteint un niveau supérieur de 14 % à celui de 2019 après une chute sans précédent due à la pandémie du COVID-19 (Graphique 1.6).

Les données concernant la Pologne ne sont pas pleinement comparables car elles comprennent un certain nombre d’autorisations de travail qui ne se sont pas forcément traduites par des entrées dans le pays et couvrent de nombreuses « déclarations de confier un travail à un étranger » (loi de mars 2022) effectuées par l’employeur dans un délai de 14 jours suivant le recrutement d’un salarié (principalement de nationalité ukrainienne). La prise en compte de la Pologne porterait cependant l’afflux total de travailleurs étrangers à plus de 4 millions (Encadré 1.2).

Les États-Unis, qui ont accueilli environ 40 % des travailleurs immigrés temporaires (hors Pologne), en sont devenus le premier pays de destination. Dans tous les grands pays d’accueil, le nombre de permis délivrés a substantiellement augmenté, et a même doublé (ou plus) en Australie, au Canada et au Japon. Dans l’UE, les migrations temporaires de travail ont progressé de 18 % par rapport à 2021, et de 4 % par rapport à 2019.

Les programmes d’immigration saisonnière constituent la principale catégorie de travailleurs étrangers temporaires dans l’OCDE. Pendant la pandémie du COVID-19, le recrutement de travailleurs saisonniers à l’étranger - crucial pour les activités de récolte dans les pays de l’OCDE - a été moins perturbé que celui des autres catégories de travailleurs. Les flux migratoires à ce titre (non compris les flux à destination de la Pologne) ont diminué de 12 % en 2020, et ont augmenté de 29 % en 2021. En 2022, le nombre de saisonniers recrutés dans l’OCDE a de nouveau progressé de 18 %, atteignant près de 650 000 (Graphique 1.8).

Les États-Unis ont été de loin le premier pays d’accueil des travailleurs saisonniers étrangers (300 000 nouveaux visas H-2A destinés aux activités agricoles et 123 000 visas H-2B pour les autres types d’activité), suivis du Canada (37 000) et du Royaume-Uni (34 000). Aux États-Unis, le nombre de nouveaux visas H-2A pour les saisonniers agricoles a crû de 15 %. Celui de visas H-2B (dédiés aux travailleurs temporaires non agricoles afin de satisfaire aux besoins saisonniers et autres besoins temporaires – événements exceptionnels, périodes de pointe ou besoins intermittents par exemple) a augmenté de +30 %. Le Canada et le Royaume-Uni ont également enregistré une hausse substantielle du nombre de travailleurs saisonniers agricoles (respectivement +9 % et +17 %). Des variations considérables ont aussi été observées en 2022 dans d’autres pays de l’OCDE qui appliquent des programmes de moindre envergure – en Autriche (+30 %), en France (estimées à +68 %), en Norvège (+104 %) – mais aussi en Australie (+69 %) et en Nouvelle-Zélande (+6 %). La Corée a instauré un nouveau programme saisonnier en 2022, et accueilli dans ce cadre 8 200 travailleurs étrangers.

Les programmes de vacanciers actifs sont des programmes d’échange qui permettent à des jeunes de voyager et de travailler dans le pays de destination. Dans certains pays de l’OCDE, ils apportent une contribution appréciable à des secteurs importants, comme l’agriculture ou les services d’hôtellerie et de commerce de détail.

En 2022, le nombre de vacanciers actifs a quadruplé dans l’OCDE, s’établissant à 420 000. Néanmoins, compte tenu des fortes baisses enregistrées en 2020 et 2021, le chiffre de 2022 demeure inférieur à celui observé en 2019 (-12 %). Cela a été le cas dans tous les grands pays d’accueil de l’OCDE (Australie, Canada, États-Unis et Royaume-Uni), sauf en Nouvelle-Zélande où il l’a dépassé. Le nombre d’admissions à ce titre en France est demeuré inférieur de moitié environ à celui enregistré en 2019.

Les programmes de stagiaires visent à faciliter les transferts de compétences de courte durée et à familiariser leurs bénéficiaires à des processus ou des équipements spécifiques. Leur objectif premier n’est pas d’employer les stagiaires en tant que salariés ordinaires, mais de perfectionner leurs connaissances et leurs capacités. Même si ces programmes existent dans de nombreux pays, le Japon est de loin le premier pays de destination des stagiaires étrangers.

La pandémie du COVID-19 et la fermeture des frontières ont eu une forte incidence sur le recrutement de stagiaires étrangers. Bien qu’ils aient quadruplé en 2022, leurs flux sont globalement restés inférieurs de 8 % à ceux observés en 2019. Cette progression est alimentée par les flux à destination du Japon, qui accueille plus de neuf stagiaires internationaux sur dix, quasiment tous dans le cadre du programme de « stages techniques internes » (183 000 en 2022, chiffre inférieur de 9 % à celui de 2019).

Les programmes de transferts intragroupe permettent aux entreprises multinationales de muter leur personnel qualifié dans différents établissements à l’étranger. Pour en bénéficier, ces employés doivent généralement travailler dans l’entreprise depuis un an au moins. Ils sont parfois autorisés à séjourner plusieurs années dans le pays d’accueil (d’un à trois ans dans le cadre de la Directive de l’UE, jusqu’à sept ans en vertu du visa L-1 aux États-Unis, et indéfiniment au Japon et en Corée).

La mobilité au sein des multinationales a considérablement fléchi du fait de la pandémie du COVID-19. En 2022, le nombre de permis accordés à ce titre a été deux fois plus élevé qu’en 2021. Il demeure toutefois inférieur de 11 % à celui observé en 2019. Le Canada et l’Allemagne font figure d’exception, le nombre de permis délivrés en 2022 étant respectivement supérieur de 17 % et 31 % à celui de 2019.

Si les États-Unis accueillent le plus grand nombre de personnes faisant l’objet d’un transfert intragroupe (81 000 en 2022), le Royaume-Uni et, à sa suite, le Canada, l’Allemagne et le Japon, sont également des destinations de premier plan.

D’autres programmes nationaux pour travailleurs temporaires étrangers s’appliquent à des profils de compétences et des secteurs divers. En 2022, le nombre de permis délivrés dans leur cadre a augmenté de 84 %, dépassant de 23 % celui observé en 2019. Les trois principaux pays d’accueil - États-Unis, Australie et Canada - sont à l’origine de plus de 700 000 d’entre eux, soit environs deux tiers du total de l’OCDE.

En 2022, le nombre de permis délivrés a plus que doublé en Australie, au Canada ainsi qu’aux États-Unis. Aux États-Unis, trois quarts des visas délivrés aux travailleurs étrangers temporaires (dénommés « visas non immigrants ») relevaient de la catégorie H-1B destinée aux professions spécialisées. Le nombre d’admissions en vertu de ce visa est plafonné. Si le plafond est fixé à 65 000 personnes (plafond normal), auquel s’ajoutent 20 000 étrangers ayant obtenu un master ou un diplôme supérieur aux États-Unis, il existe aussi des exceptions pour les étrangers embauchés par certaines catégories d’employeurs publics et à but non lucratif. Au cours de l’exercice 2021, 123 000 visas H-1B ont été initialement accordés mais, compte tenu des délais de délivrance, 105 300 d’entre eux seulement ont été délivrés à l’étranger au cours de l’année civile 2021, contre 241 500 en 2022.

Au Canada, il existe deux grandes filières d’immigration temporaire : le Programme de mobilité internationale (IMP) et le Programme de travailleurs étrangers temporaires (TFWP). La présente section couvre toutes les sous-filières pertinentes de ces programmes, à l’exception des programmes de vacanciers actifs, de travailleurs saisonniers et de transfert intragroupe, traités plus haut, et de quelques catégories de migrations pour raisons humanitaires, notamment le programme IMP dédié aux Ukrainiens fuyant la guerre. Après la chute du nombre de permis délivrés à de nouveaux arrivés observée en 2020 et 2021, celui-ci a progressé de 22 % entre 2019 et 2022. Cette hausse est essentiellement due à l’assouplissement des modalités de recrutement des immigrés très qualifiés, dans le secteur de la santé notamment.

En Australie, l’augmentation observée tient en partie aux anciens étudiants qui ont obtenu un emploi à l’issue de leurs études ainsi qu’à d’autres changements de statut (visas Temporary Resident Skilled et Temporary Resident – other employment).

En Corée, le nombre de permis délivrés à des travailleurs étrangers temporaires a doublé en 2022. Cette hausse tient à ce que le nombre de permis accordés au titre du système de permis de travail (EPS, ou visa E-9), qui représente les deux tiers des admissions de travailleurs étrangers temporaires, a sextuplé. Les personnes bénéficiant de ce visa sont employées à des postes non spécialisés, essentiellement dans l’industrie manufacturière. Près de 65 000 permis ont été délivrés au titre de l’EPS, chiffre supérieur de 20 % à celui de 2019 et supérieur à toutes les années antérieures.

Le nombre de participants aux programmes de travailleurs étrangers temporaires a également augmenté dans d’autres pays de l’OCDE. C’est par exemple le cas du Japon, qui en a admis plus de 20 000 dans le cadre du programme « travailleur qualifié spécifié » (Specified Skills Worker – SSW). Celui-ci, conçu pour remédier aux pénuries de main d’œuvre dans 12 secteurs admissibles, a été instauré en 2019, mais la fermeture des frontières et le déploiement lent des examens correspondants dans les pays d’origine en raison de la pandémie du COVID-19 ont limité les arrivées en provenance de l’étranger.

Dans les pays de l’UE couverts dans le Graphique 1.9, le nombre de permis délivrés à d’autres travailleurs étrangers temporaires a accusé une hausse de 24 % en évolution annuelle, s’établissant à un total supérieur de 14 % à celui de 2019. Les taux de croissance annuelle les plus élevés ont été enregistrés en Espagne (+48 %) et en France (estimé à +68 %). Au Royaume-Uni, ce chiffre a presque doublé en 2022, principalement en raison des autorisations d’entrées accordées aux travailleurs domestiques et dans le cadre du Programme d’échanges autorisés (Authorised Exchange Programme).

Au sein de la zone UE/AELE, les travailleurs détachés sont définis comme étant des salariés ou des indépendants qui exercent généralement leur activité dans un autre pays membre tout en restant affiliés au système de sécurité sociale de leur pays d’origine. Quand ils sont détachés dans un seul État membre, le détachement ne peut dépasser 24 mois (CE no 987/2009, article 12), alors qu’il n’y a pas de limite pour ceux qui le sont dans deux ou plusieurs États membres (CE no 987/2009, article 13), situation qui intervient essentiellement dans le secteur du transport routier. Il convient de noter que les données de 2021 couvrent encore le Royaume-Uni, conformément à l’Accord de commerce et de coopération signé par ce pays avec l’UE à la fin de 2020.

Le nombre de détachements a fortement augmenté en 2019, ce qui tient essentiellement à la modification de la méthode d’enregistrement. Les données des années antérieures ne sont pas directement comparables. Une baisse prononcée de ce chiffre a depuis été observée. Le repli a été très net en 2020, dans le contexte de la pandémie de COVID-19 mais, contrairement à d’autres flux migratoires permanents et temporaires, les détachements n’ont pas totalement rebondi en 2021.

En 2021, 2.1 millions de détachements relevant de l’article 12 (dans un seul pays) ont été enregistrés en Europe, chiffre en recul de 9 % par rapport à l’année antérieure. S’y ajoutent 1.3 million de détachements relevant de l’article 13 (+8.7 %). Enfin, 91 000 détachements ont été recensés au titre d’autres réglementations, essentiellement des fonctionnaires, des travailleurs relevant de l’article 16 (régis par des accords multilatéraux) et des marins, qui représentent 2.5 % du total.

L’Allemagne est restée le premier pays d’accueil des travailleurs détachés au titre de l’article 12 ; viennent ensuite la France, l’Autriche, la Belgique et les Pays-Bas. Le repli global du nombre de détachements observé en 2021 tient essentiellement à un recul marqué aux Pays-Bas (-61 %) et, dans une moindre mesure, en Suisse (-14 %). Ce chiffre a légèrement diminué en Autriche (-5 %) et augmenté en Allemagne (7 %) et en Europe du Sud. Les flux à destination de la Norvège ont plus que doublé en 2021, le nombre de détachements atteignant le même niveau qu’en Suède.

En moyenne, dans les 19 pays ayant communiqué des données, la durée des détachements dans un seul pays s’est établie à 106 jours et les travailleurs ont été détachés à l’étranger 1.7 fois, ce qui implique qu’ils y ont passé 181 jours en moyenne en 2021. La durée des détachements varie amplement selon les pays, de moins de 70 jours en Belgique et en France à plus de 200 jours en Estonie, en Irlande, en Lettonie, en Pologne, en Slovénie, en Islande et en Norvège, et 484 jours en Croatie.

En 2021, 60 % des détachements (dans un seul pays) visaient à fournir des services aux entreprises (24 % au seul secteur de la construction) et un tiers au secteur des services (la moitié aux secteurs de la finance et de l’assurance, l’autre à ceux de l’éducation, de la santé et de l’action sociale). L’agriculture a compté pour moins de 1 % des détachements relevant de l’article 12.

Bien que leur part de l’emploi total ait été minime (0.4 % en équivalent temps plein) en 2021, les détachements ont des retombées substantielles sur certains marchés du travail nationaux. La Slovénie, par exemple, a envoyé plus de 1 % de sa population active à l’étranger (3.2 %). Cette proportion est également élevée au Luxembourg (3.0 %), en République slovaque (2.0 %), en Croatie (2.0 %) et en Pologne (1.1 %).

Après la forte diminution du nombre de permis délivrés à des étudiants en mobilité internationale en 2020 du fait de la fermeture partielle ou complète des frontières dans tous les pays de l’OCDE, les flux d’étudiants étrangers ont rebondi. Plus de 1.9 million de permis de séjour ont été accordés à ce titre à des étudiants de l’enseignement supérieur dans l’OCDE en 2022 (Tableau 1.3). Ce chiffre est supérieur de 24 % à celui de 2019, et le plus élevé jamais enregistré.

Le nombre de permis délivrés à des étudiants en mobilité internationale dans l’OCDE a augmenté de 42 % par rapport à 2021, et de 30 % dans les pays européens de l’OCDE. La hausse a été particulièrement importante dans les pays dont les frontières ont été rouvertes plus récemment, comme le Japon ou la Nouvelle-Zélande.

Les flux d’étudiants internationaux ont atteint en 2022 le plus haut niveau jamais enregistré dans la moitié des pays de l’OCDE environ. Dans d’autres, en revanche, comme l’Estonie, le Portugal, la Suède, le Luxembourg ou la Nouvelle-Zélande, le nombre de permis accordés demeure inférieur aux niveaux prépandémiques.

Pour la quatrième année consécutive, le Royaume-Uni s’inscrit en tête des pays d’accueil des nouveaux étudiants internationaux, devant les États-Unis. Viennent ensuite le Canada, l’Australie et le Japon.

Par rapport à 2012, le nombre de premiers permis accordés à des étudiants internationaux en 2022 a augmenté de 61 % dans l’OCDE, et a plus que doublé en Australie, au Canada, en Corée, au Japon, en Lituanie, en République tchèque et aux Pays-Bas.

En 2021, 4.3 millions d’étudiants en mobilité internationale étaient inscrits dans les pays de l’OCDE, dont 46 % (2 millions) dans un pays européen (Tableau 1.4). Les États-Unis accueillent près de un cinquième de ceux recensés dans l’OCDE. Le Royaume-Uni admet 14 % de l’ensemble des étudiants en mobilité internationale tandis que l’Australie en accueillent 9 %. En dehors des pays anglophones, l’Allemagne et la France sont les principaux pays de destination et accueillent environ 15 % des étudiants en mobilité internationale de l’OCDE, et 30 % de ceux présents dans les pays européens de l’OCDE.

La plupart des étudiants en mobilité internationale dans la zone OCDE viennent d’Asie. En 2020, c’était le cas de près de 60 % d’entre eux, originaires pour la plupart de la Chine et de l’Inde. Leur proportion a augmenté depuis 2014, alors que celle des étudiants originaires d’Europe a diminué. Cette hausse a été particulièrement prononcée dans les pays européens de l’OCDE, où elle est passé de 30 % à 36 %.

Les premiers pays d’origine des étudiants en mobilité internationale dans les pays de l’OCDE sont la Chine (885 000 étudiants), l’Inde (424 000), le Viet Nam (133 000), l’Allemagne (123 000) et la France (101 000). En dehors de l’Asie et de l’Europe, l’Amérique latine est leur première région d’origine en Espagne, au Portugal et dans les pays latino-américains de l’OCDE, l’Afrique étant leur premier continent d’origine en France seulement.

De nombreux pays asiatiques ont vu le nombre d’étudiants en mobilité internationale dans les pays de l’OCDE croître considérablement entre 2014 et 2021. Le nombre d’étudiants venant d’Inde, du Viet Nam et du Népal a plus que doublé. En outre, les effectifs d’étudiants syriens ont presque été multipliés par 10, en partie parce que les études internationales constituent pour les populations déplacées une filière d’immigration complémentaire.

Les étudiants en mobilité internationale représentaient 6 % des étudiants de l’enseignement supérieur en 2021 dans l’OCDE. Les principaux pays de destination, en pourcentage du nombre total d’étudiants, sont le Luxembourg, où les étudiants en mobilité internationale représentent 49 % de l’ensemble des étudiants, l’Australie (22 %) et le Royaume-Uni (20 %).

La concentration des étudiants en mobilité internationale augmente avec le niveau d’études dans presque tous les pays. Font exception la Lettonie, la Lituanie, la République slovaque, la Türkiye et l’Australie, où leur proportion au niveau du master est supérieure à celle des étudiants de doctorat (Tableau 1.4). Dans plus de trois quarts des pays, le nombre d’étudiants internationaux inscrits en doctorat est au moins deux fois supérieur à celui des étudiants inscrits aux premier et deuxième cycles de l’enseignement supérieur. Au Luxembourg, en Suisse, en Nouvelle-Zélande, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, plus de 40 % des doctorants sont des étudiants en mobilité internationale, cette proportion étant de 24 % dans l’ensemble de l’OCDE.

Les demandes d’asile dans l’OCDE ont atteint un niveau historique en 2022. Le nombre de nouveaux demandeurs y a quasiment doublé (+91 %) par rapport à l’année précédente. Plus de 2 millions de nouvelles demandes ont été déposées dans les pays membres en 2022, ce chiffre marquant un record historique, supérieur à celui de 1.7 million enregistré en 2015-16.

Une augmentation considérable, de 64 % en glissement annuel, a également été observée dans l’UE-27, soit près de 900 000 nouveaux demandeurs. Ce chiffre est le troisième plus élevé jamais enregistré, après 2015 et 2016. Selon les chiffres liminaires de l’UE, la hausse se serait poursuivie au premier trimestre 2023, le nombre de demandes étant supérieur de 36 % à celui de la période correspondante en 2022.

L’augmentation notable des demandes d’asile dans les pays de l’OCDE tient à l’envolée de celles déposées aux États-Unis. En 2022, ces derniers en ont reçu à eux seuls plus de 730 000, soit à peu près autant que les cinq pays suivants réunis (Tableau 1.5). Ce chiffre, presque le quadruple de celui enregistré en 2021, est 2.4 fois plus élevé qu’en 2019. Les États-Unis sont le premier pays de destination des demandeurs d’asile dans l’OCDE depuis 2017. Alors que les demandes d’asile enregistrées dans ce pays comptaient pour 17 % de de celles déposées dans l’OCDE en 2021, elles en représentaient 35 % en 2022.

La majorité des demandes déposées aux États-Unis provient de ressortissants cubains (157 000) et vénézuéliens (139 000), dont les effectifs ont été multipliés respectivement par 12 et par 5 par rapport à 2021. Conjointement, ces deux nationalités ont représenté plus de 40 % des demandes d’asile déposées dans ce pays. Les arrivées en provenance de Cuba ont affiché leur niveau le plus élevé depuis des décennies, de nombreux immigrés arrivant par voie terrestre, via le Nicaragua, pays qui a cessé d’exiger un visa d’entrée pour les Cubains à la fin de 2021. Viennent ensuite les ressortissants du Honduras, de Haïti, du Guatemala, du Nicaragua et de la Colombie, dont le nombre de demandes oscille entre 43 000 et 32 000, chiffres qui marquent tous une forte progression par rapport à 2021 (+600 % pour le Nicaragua). Les demandes de ressortissants afghans ont également bondi, se chiffrant à 25 000 en 2022 contre quelques centaines en moyenne au cours des années précédentes. Ces flambées soudaines du nombre de demandes ont dans certains cas conduit à la mise en place de procédures d’exception humanitaire pour des nationalités précises, notamment les Afghans, les Cubains, les Haïtiens, les Nicaraguayens et les Vénézuéliens (voir l’Encadré 1.3).

L’Allemagne, deuxième pays de l’OCDE pour le nombre de demandes d’asile, en a reçu près de 220 000 en 2022. Ce chiffre est bien inférieur aux niveaux sans précédent enregistrés en 2015-16, période au cours de laquelle elle en a reçu plus d’1 million en deux ans, mais supérieur au nombre enregistré les autres années. En 2022, les demandeurs d’asile étaient principalement originaires de Syrie (71 000, +30 % par rapport à 2021), d’Afghanistan (36 000, +55 %) et de Türkiye (24 000, +240 %), les ressortissants de ce dernier pays étant devenus le troisième plus grand groupe de demandeurs, dépassant les Irakiens.

La France a reçu près de 140 000 demandes d’asile en 2022, chiffre qui marque un retour aux niveaux prépandémiques (2019) (Graphique 1.13). L’Afghanistan demeure le premier pays d’origine des demandeurs (23 000, +40 %), mais le nombre de demandes émanant de plusieurs autres groupes a également connu une augmentation rapide, notamment celles des ressortissants du Bangladesh (10 500, +70 %) et de Türkiye (10 000, +100 %).

Le Costa Rica et le Mexique figurent parmi les cinq pays de l’OCDE qui ont reçu le plus grand nombre de demandes d’asile en 2022 (130 000 et 120 000 respectivement), ce qui confirme l’évolution à la hausse des demandes de protection internationale observée en Amérique centrale et en Amérique du Sud ces dernières années. Au Costa Rica, 92 % des demandes émanent de ressortissants nicaraguayens. Au Mexique, on constate une augmentation notable de celles déposées par des Cubains (+118 % par rapport à 2021), des Vénézuéliens (+140 %) et des Nicaraguayens (+208 %).

À l’instar des États-Unis, le Canada a vu le volume de demandes d’asile quadrupler en 2022 par rapport à 2021, celui-ci atteignant le niveau inédit de 94 000 demandes. Celles-ci proviennent principalement de ressortissants du Mexique, d’Haïti et de Türkiye, et atteignent dans les trois cas des niveaux sans précédent.

La zone OCDE a dans son ensemble reçu quelque 1 500 nouvelles demandes d’asile par million d’habitants en 2022, soit une hausse de 10 % en glissement annuel. Comme les années précédentes, le Costa Rica en a enregistré de loin le plus grand nombre par rapport à sa population (environ 25 000 par million d’habitants). Viennent ensuite l’Islande et l’Autriche (plus de 10 000 demandeurs par million d’habitants), puis le Luxembourg (4 000)4. La Slovénie, la Grèce, la Belgique, l’Irlande, la Suisse et l’Allemagne ont toutes reçu quelque 3 000 demandes d’asile ou moins par million d’habitants. La Suède, qui figurait dans le trio de tête jusqu’en 2019, s’est classée à la 17e place en 2022 avec un ratio de 1 400 par million d’habitants.

En 2022, les principaux pays d’origine des demandeurs d’asile au sein de l’OCDE ont été le Venezuela (221 000), Cuba (180 000), l’Afghanistan (170 000), le Nicaragua (165 000) et la Syrie (126 000) (Graphique 1.14). Le nombre de demandeurs en provenance des dix premiers pays sources a notablement augmenté par rapport à l’année précédente. Cuba est passé de la douzième à la deuxième place, le nombre de demandeurs cubains dans les pays de l’OCDE ayant septuplé. Le Venezuela est arrivé en tête du classement en 2022 du fait que les demandes d’asile de ses ressortissants ont triplé. Le nombre de demandeurs colombiens (88 000) et turcs (72 000) a également triplé par rapport à l’année antérieure. Enfin, l’Inde s’est classée au dixième rang des pays d’origine en 2022, le nombre de demandes déposées dans l’OCDE ayant quintuplé.

Après une lente reprise en 2021, les octrois de protection internationale ont accusé en 2022 une hausse de près de 50 %, atteignant leur plus haut niveau depuis 2017 (Tableau 1.6). Les deux principaux pays d’accueil, l’Allemagne (133 000 réfugiés) et les États-Unis (102 000), ont tous deux accordé la protection à un nombre de réfugiés deux fois plus élevé qu’en 2021. Le Canada, qui se classe au troisième rang, a accueilli 74 000 nouveaux réfugiés (+23 %), suivi du Royaume-Uni (54 000, +23 %) et de la France (39 000, +8 %). En Espagne, le nombre de décisions positives s’est établi à 36 000, soit une augmentation de 73 % par rapport à 2021. Dans plusieurs pays, le nombre de protections accordées a notablement progressé au cours de l’année (Tableau 1.6). Pour certains, dont l’Australie (13 000), la Nouvelle-Zélande (4 000) et les États-Unis, cette hausse marque un retour aux niveaux prépandémiques. Pour d’autres, comme l’Estonie (2 100), le Japon (2000) ou l’Islande (950), ces chiffres relativement élevés sont plus nouveaux.

Si l’on considère la décennie écoulée, l’évolution du nombre de protections internationales accordées dans les principaux pays d’accueil et groupes de pays régionaux présente des similitudes avec certaines des tendances observées pour les demandes d’asile (Graphique 1.15). Vue sous l’angle régional, la poussée générale du nombre de protections internationales accordées par les pays européens de l’OCDE en 2022 est largement le fait de l’Allemagne, même si, lorsque l’on exclut ce pays, ce chiffre a augmenté de 25 % dans le reste de la région.

Les programmes de réinstallation des réfugiés ont pour finalité d’établir une solution durable et un mécanisme de partage des responsabilités au sein de la communauté internationale. Ils visent à transférer les réfugiés les plus vulnérables d’un pays de premier asile vers un autre pays qui leur accordera une protection de longue durée. Depuis 1982, 105 000 réfugiés en moyenne ont été réinstallés chaque année dans les pays de l’OCDE. Au plus fort de la pandémie, les transferts ne pouvaient avoir lieu, si bien que ces programmes ont été interrompus ; ils ont repris en 2021. Les transferts en vue d’une réinstallation ont poursuivi leur rebond en 2022 (+87 % par rapport à 2021, +239 % par rapport à 2020), leur nombre atteignant 117 000, niveau légèrement supérieur au niveau prépandémique de 2019.

Le Canada est resté le premier pays de réinstallation de l’OCDE ; le nombre de réfugiés qu’il a accueilli dans ce cadre en 2022 (48 000) a plus que doublé par rapport à 2021, et représente 40 % des arrivées à ce titre dans les pays de l’OCDE. Le nombre de réinstallations a aussi considérablement augmenté dans les deux pays suivants, les États-Unis (29 000, +112 %) et l’Australie (+17 000, +418 %), cette dernière retrouvant la troisième place après avoir enregistré une baisse particulièrement prononcée en 2020-21. Les admissions au titre de la réinstallation ont en revanche diminué dans certains des grands pays d’accueil européens, comme la Suède (5 000, -21 %), l’Allemagne (4 800, -29 %) et la Norvège (3 100, -14 %). La France est la principale exception, qui compte 3 200 réfugiés réinstallés (+65 %) en 2022.

En 2021, six pays de l’OCDE ont accueilli plus de femmes que d’hommes. Les plus fortes proportions de femmes ont été observées aux États-Unis, en Australie, en Irlande et en Israël, où leur part dans les flux migratoires demeure relativement stable, ce qui témoigne de la prépondérance de l’immigration familiale (Graphique 1.17). Elle est cependant inférieure (près de 40 %) en Allemagne, en Autriche, et dans la plupart des pays d’Europe centrale et orientale.

En 2021, la composition des flux migratoires par pays d’origine est revenue à la hiérarchie observée avant la crise du COVID-19, bien que la Chine (227 000) n’ait pas retrouvé son niveau antérieur et demeure loin derrière l’Inde (407 000) (Tableau 1.7). La Roumanie se classe de nouveau au troisième rang (215 000), juste devant l’Ukraine était déjà le cinquième pays d’origine dans l’OCDE, le nombre d’entrées enregistré se montant à 189 000, sans compter les travailleurs ukrainiens temporaires employés en Pologne.

Les plus fortes augmentations ont été enregistrées par l’Iran (+140 %), l’Ouzbékistan (+120 %) et, dans une moindre mesure, l’Irak (+100 %). À l’inverse, des baisses importantes ont été enregistrées pour le Venezuela, le Viet Nam et le Royaume-Uni.

De toute évidence, les variations entre 2020 et 2021 doivent être considérées avec prudence car elles tiennent en partie aux changements qui ont fait suite à la réouverture des frontières dans les principaux pays de destination, et pas uniquement aux évolutions relatives des facteurs incitatifs dans les pays d’origine.

En 2022, dans l’OCDE, 145 millions de personnes vivaient en dehors de leur pays de naissance, soit un quart de plus qu’en 2012. Les personnes nées à l’étranger représentaient environ 10.6 % de la population des pays membres en 2022, contre 8.9 % une décennie plus tôt.

La majorité des immigrés vivaient en Amérique du Nord (38 %) et dans les pays européens membres de l’OCDE (37 %) (Graphique 1.18). Les États-Unis en accueillaient à eux seuls le tiers. L’Allemagne s’inscrivait au deuxième rang des pays de destination (14 millions,10 %), suivie du Royaume-Uni (9.6 millions, 7 %), de la France et du Canada (6 % chacun).

Parmi les membres de l’Organisation, les deux pays situés dans la région Océanie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, comptaient plus de 6 % des immigrés présents dans la zone OCDE, les quatre pays latino-américains accueillant pour leur part 5.1 millions de résidents nés à l’étranger (4 %), et les deux pays asiatiques, 4.6 millions (3 %). On dénombre 3.2 millions d’immigrés en Türkiye (sans compter toutefois la plupart des réfugiés syriens), et 1.8 million en Israël.

Entre 2012 et 2022, le pourcentage d’immigrés au sein de la population a progressé dans presque tous les pays de l’OCDE (Graphique 1.19), atteignant plus de 10 % dans deux tiers des pays membres. Les plus fortes proportions sont observées au Luxembourg (50 %), en Suisse (31 %), en Australie (29 %), en Nouvelle-Zélande (26 %), au Canada (22 %), en Autriche (21 %), en Irlande et en Suède (20 % chacun).

En 2012, les personnes nées à l’étranger représentaient moins de 3 % de la population dans sept pays de l’OCDE. En 2022, ce n’était plus le cas que dans trois pays : le Mexique (1 %), le Japon (2.2 %) et la Pologne (2.5 %).

De fortes hausses ont été constatées en Islande (8.4 points de pourcentage) et au Luxembourg (8.3 points). Au Luxembourg, l’accroissement de la part de la population née à l’étranger s’inscrit dans une tendance de plus long terme. Du fait de sa croissance économique, l’Islande a reçu d’importants flux migratoires au titre de la libre circulation et, ces dernières années, elle a également accueilli des immigrés humanitaires.

La proportion d’immigrés a décuplé en Colombie et plus que triplé au Chili au cours de la période considérée, ce qui tient essentiellement à l’afflux de Vénézuéliens. Fin 2022, 2.5 millions de Vénézuéliens avaient rempli un formulaire de préenregistrement en vue d’obtenir une protection temporaire en Colombie. Au Chili, ils constituent désormais la plus importante communauté d’immigrés. D’après les estimations de l’Institut national des statistiques du Chili, le nombre d’étrangers aurait quasiment doublé au cours de la seule période 2017-21.

En 2022, selon des données partielles, le nombre d’acquisitions de la citoyenneté dans les pays de l’OCDE aurait atteint un niveau inédit. Estimé à 2.8 millions, celui-ci est en effet nettement supérieur aux 2.2 millions observés en 2021 et en 2019 (Graphique 1.20).

Ce chiffre marque une augmentation de 25 % des acquisitions de nationalité, et un décalage considérable par rapport aux chiffres relativement stables enregistrés depuis 2010, qui fluctuaient entre 1.8 million et 2.2 millions par an. Le Canada, où le nombre sans précédent de 375 000 nouveaux citoyens a été enregistré en 2022, est à l’origine d’un tiers de cette augmentation (+174 % par rapport à 2021, et +50 % par rapport à 2019). Les principaux pays de naissance des nouveaux citoyens canadiens sont l’Inde (60 000), les Philippines (42 000), la Syrie (20 000) et le Pakistan (15 000).

La deuxième plus forte augmentation en nombre absolu a été observée aux États-Unis, qui ont accordé la citoyenneté à 970 000 personnes en 2022 (+155 000, +19 %), soit le niveau le plus élevé depuis 2008. Plus de 180 000 personnes ont obtenu la nationalité espagnole en 2022, et 167 000 la nationalité allemande (+37 000, +28 %), à savoir le plus grand nombre depuis 2001.

Le nombre d’acquisitions de nationalité par rapport à la population étrangère est en moyenne resté stable dans l’OCDE (2.3 %). La Suède est demeurée en tête du classement, avec un ratio de 9.5 % contre 8.6 % en 2021 (Graphique 1.21) ; la Norvège s’inscrit au deuxième rang (6.8 %, soit le double du ratio enregistré en 2021), suivie des Pays-Bas (5.3 %), du Canada (4.5 %) et du Portugal (4.2 %). En revanche, la République slovaque, les pays baltes et les pays asiatiques de l’OCDE ont accordé la nationalité à moins de 1 % de leur population étrangère.

L’Inde est depuis 2019 le premier pays d’origine des immigrés naturalisés dans les pays de l’OCDE, et ce malgré le repli récemment observé (-15 % par rapport à 2019). En 2021, 133 000 de ses ressortissants ont acquis la nationalité d’un pays de l’OCDE (Graphique 1.22). Comme les années précédentes, la plupart de ces acquisitions sont intervenues aux États-Unis (56 000), en Australie (24 000) et au Canada (21 000). Le Mexique s’est de nouveau classé au deuxième rang en 2021, 118 000 de ses citoyens ayant obtenu la nationalité d’un autre pays de l’OCDE, celle des États-Unis pour la quasi-totalité d’entre eux.

Viennent ensuite la Syrie et le Maroc, qui ont remplacé les Philippines et la Chine aux troisième et quatrième rangs des pays d’origine. De nombreux ressortissants syriens ayant quitté leur pays pendant la guerre au milieu des années 2010 ont atteint la durée de résidence requise par le pays d’accueil pour en demander la nationalité. Plus de 100 000 d’entre eux ont obtenu celle d’un pays de l’OCDE en 2021 (+154 %), dont 31 000 en Suède, 27 000 aux Pays-Bas et 19 000 en Allemagne (48 000 en 2022). Le nombre de Syriens ayant acquis la citoyenneté d’un pays de l’OCDE en 2022 devrait dépasser les 100 000, dont 48 000 en Allemagne. En 2021, 91 000 ressortissants marocains ont été naturalisés : 42 000 ont acquis la nationalité espagnole (55 000 en 2022), 19 000 la nationalité française et 17 000 la nationalité italienne.

Il est bien établi que la situation des immigrés sur le marché du travail est plus sensible au cycle conjoncturel et que, malgré leur surreprésentation dans certains emplois de première ligne, la pandémie de COVID-19 a eu dans la plupart des pays de l’OCDE des conséquences beaucoup plus négatives sur eux que sur leurs homologues nés dans le pays (OCDE, 2020[5]).

Cela dit, les effets de la crise sanitaire sur la situation de l’emploi des immigrés ont maintenant pris fin ; les économies de l’OCDE se sont vivement redressées en 2021, et des pénuries de main-d’œuvre et de compétences sont apparues dans de nombreux secteurs et de nombreux pays. La plupart des pays affichaient un taux d’emploi total plus élevé à la fin de 2022 qu’avant la pandémie de COVID-19, fin 2019 (OCDE, 2023[6]).

Témoignant de la reprise dynamique, déjà sensible à la fin de 2021, intervenue après un déclin brutal (OCDE, 2023[7] ; OCDE, 2022[8]), la situation des immigrés sur le marché du travail a continué de s’améliorer dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE. Leur taux d’emploi moyen y est passé de 69.9 % en 2021 à 72.3 % en 2022, dépassant le niveau enregistré avant la crise dans 25 pays de l’OCDE sur 30 (pays pour lesquels on dispose de données portant sur 2019 et 2022).

De surcroît, dans 17 des 32 pays de l’OCDE disposant de données, le taux d’emploi a atteint son plus haut niveau depuis 20 ans au moins (voir le Graphique d’annexe 1.A.1 portant sur des pays représentatifs). Cette évolution positive a été observée dans de grands pays d’immigration comme l’Australie, le Canada, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, ainsi que dans des pays d’Europe centrale et orientale, notamment la Hongrie et la République tchèque, et dans les pays nordiques (Danemark, Finlande et Suède). Le taux d’emploi des immigrés a notamment dépassé pour la première fois 75 % en Australie, au Canada et en Irlande, et s’est maintenu au niveau élevé de plus de 80 % en Hongrie et en République tchèque. Parallèlement à la croissance de l’emploi, le taux de chômage de cette population a sensiblement diminué, passant de 9.3 % en moyenne en 2021 à 7.6 % en 2022 (Tableau 1.8).

Dans deux tiers des pays de l’OCDE, l’écart entre le taux d’emploi des immigrés et celui des personnes nées dans le pays s’est notablement resserré en 2022. En conséquence, le taux d’emploi moyen des immigrés (72.3 %) dans la zone OCDE a quasiment rattrapé celui de la population née dans le pays (72.7 %), leur taux de chômage moyen demeurant toutefois supérieur de 2.4 points. La résorption de cet écart semble tenir, en partie au moins, à la combinaison d’effets cycliques particulièrement bénéfiques pour les professions dans lesquelles les immigrés sont surreprésentés, d’un accroissement des migrations de retour chez les immigrés récents dont les liens avec le marché du travail sont plus faibles, et d’une plus grande mobilité professionnelle entre secteurs d’activité des immigrés installés (OCDE, 2019[9] ; OCDE, 2022[8]).

Si, dans la plupart des pays de l’OCDE, les immigrés ont vu leur situation au regard de l’emploi évoluer favorablement, l’ampleur de cette amélioration varie, ce qui tient en partie à la situation du marché du travail national et à la composition de la population immigrée. Bien qu’il ait globalement diminué, l’écart entre le taux d’emploi des immigrés et celui des personnes nées dans le pays persiste, en particulier dans des pays d’Europe occidentale comme les Pays-Bas (-13.7 points de pourcentage), l’Allemagne (-9.1 points) et la France (-7.6 points), contrairement à d’autres pays de l’OCDE comme les États-Unis (+3.2 points) et des pays latino-américains où le taux d’emploi des premiers est supérieur à celui des seconds. C’est par exemple le cas au Chili (+15.1 points) et au Costa Rica (+7.6 points). Les taux d’emploi des deux groupes sont maintenant à peu près équivalents en Australie (-0.4 point), au Canada (-0.6 point), au Japon (+0.7) et au Royaume-Uni (0.3). Dans l’ensemble de l’UE-27, celui des personnes nées dans le pays demeure inférieur de 3.5 points à celui des immigrés.

Dans la plupart des pays de l’OCDE, les immigrés sont également plus susceptibles d’être au chômage que les personnes nées dans le pays, à l’exception des États-Unis (-0.4 point) et l’Australie (-0.3 point). Alors que le taux d’emploi de la population née dans le pays a augmenté et que les taux de chômage ont reculé dans les 33 pays de l’OCDE disposant de données pour les années 2021 et 2022, le taux d’emploi des immigrés a progressé partout sauf en Pologne, où son recul de 5.3 points de pourcentage paraît imputable à l’afflux important de réfugiés en provenance d’Ukraine. De fait, le nombre d’immigrés originaires de pays non membres de l’UE/AELE recensés par l’enquête sur les forces de travail en Pologne a crû de 69 % entre 2021 et 2022.

L’enquête ne faisant pas figurer l’Ukraine séparément parmi les pays d’origine, on ignore dans quelle mesure elle prend en compte ces nouveaux arrivants ; il semble cependant que ce soit le cas, pour le moins en partie. Il ressort toutefois des données disponibles que la plupart des réfugiés ukrainiens, principalement des femmes, ont obtenu un premier emploi dans le pays d’accueil en 2022, signe d’une insertion beaucoup plus rapide sur le marché du travail que la plupart des autres groupes de réfugiés (voir l’Encadré 1.3).

Les plus fortes augmentations du taux d’emploi des immigrés entre 2021 et 2022 ont été observées en Grèce (+6.0 points de pourcentage), en Islande (+5.9 points) et en Irlande (+5.2 points). Dans ces pays, le taux d’emploi de la population née dans le pays a également accusé une hausse particulièrement vigoureuse, témoignant d’une situation de l’emploi plus favorable que l’année précédente.

Le taux d’emploi des personnes nées à l’étranger a progressé dans trois quarts des pays de l’OCDE par rapport à la période pré-COVID-19, le taux de chômage déclinant simultanément dans 80 % d’entre eux. La montée du taux d’emploi de la population immigrée depuis 2019 est particulièrement appréciable en Grèce (+7.6 points), au Danemark (+6.9 points) et en Finlande (+6.2 points). Dans quelques pays seulement, comme l’Allemagne, elle n’a pas été suffisante en 2022 pour compenser les retombées négatives de la crise.

Parmi les pays latino-américains disposant de données pour 2022, le Chili (+1.5 point) et le Costa Rica (+4.8 points) ont vu le taux d’emploi des immigrés progresser davantage que celui des personnes nées dans le pays. Enfin, celui des immigrés résidant en Corée, où l’immigration de travail a été limitée en raison de la fermeture prolongée des frontières (ADBI/OCDE/OIT, 2023[10]), n’a pas encore renoué avec le niveau antérieur à la crise.

Le taux d’activité des immigrés dans les pays de l’OCDE, qui avait fléchi en 2020 en raison de l’accès limité de cette population au marché du travail et des migrations de retour subséquentes dans les pays d’origine, a continué de croître en 2022 pour atteindre 78.2 % en moyenne, taux supérieur de près de deux points à celui de la population née dans le pays. Si le taux d’activité des immigrés est supérieur à celui des personnes nées dans le pays dans près de la moitié des pays de l’OCDE, cet écart est particulièrement important au Chili (+15.1 points de pourcentage), au Luxembourg (+10.5 points), au Portugal (+8.5 points), et au Costa Rica (+7.5 points). Il est en revanche négatif aux Pays-Bas (-12.0 points) et en Allemagne (-7.1 points).

Parmi les immigrés chômeurs, la proportion de ceux qui sont au chômage depuis 12 mois ou plus a diminué dans plusieurs pays européens de l’OCDE, au Canada et aux États-Unis. Les baisses les plus notables ont été enregistrées au Portugal (-11.5 points) et en Irlande (-7.8 points). En revanche, l’inverse a été observé dans plusieurs pays d’Europe centrale et orientale comme la République slovaque (+18 points), la Hongrie (+10 points) et la Slovénie (+9.8 points).

Les immigrés restent plus exposés au risque de chômage de longue durée que les personnes nées dans le pays. Dans six pays de l’OCDE sur dix, le taux de chômage de longue durée des premiers dépassent celui des seconds. L’écart est particulièrement important en Suède (+20.2 points), au Luxembourg (+18.9 points) et en Belgique (+16.7 points).

Dans les pays de l’UE-27, le taux de chômage de longue durée des immigrés a reculé : passé de 4.6 % en 2021 à 3.7 % en 2022, il demeure supérieur à celui de la population née dans le pays. Les femmes immigrées sont plus susceptibles de connaître un chômage de longue durée que leurs homologues masculins.

Alors que le repli des taux de chômage de longue durée a été principalement le fait des femmes immigrées en République tchèque (-14.9 points pour les seules femmes), la Norvège (-9.7 points) et la Lettonie (-8. points), c’est l’inverse qui a été observé au Portugal (-21.6 points pour les seuls hommes), l’Irlande (-15.6 points), la Pologne (-11.3 points) et la Grèce (-8.8 points). Aux États-Unis, 16.8 % des chômeurs nés à l’étranger étaient au chômage depuis plus de 12 mois en 2022, ce qui marque une baisse de 6.4 points par rapport à 2021. Au Canada, le taux de chômage de longue durée des immigrés a plus fortement diminué (-6.5 points) que pour leurs homologues nés dans le pays (-4.8 points).

Le Graphique 1.23 illustre les variations des taux d’emploi selon le genre, l’âge, le niveau d’études et la durée du séjour dans l’UE-27, en Australie, au Canada, en Corée, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni.

S’agissant des écarts entre les genres, le taux d’emploi des femmes immigrées a davantage progressé que celui des hommes dans les pays non européens de l’OCDE ; l’inverse se vérifie dans les pays européens de l’OCDE, malgré une légère amélioration de l’insertion des immigrées sur le marché du travail. L’accroissement du taux d’emploi de ces dernières a été particulièrement sensible dans les pays nordiques - la Finlande (+7.3 points), l’Islande (+8.6 points) et le Danemark (+4.2 points) par exemple ainsi que dans quelques pays d’Europe orientale. Seule la Pologne a vu ce taux diminuer (-7.7 points), baisse imputable à l’afflux de réfugiées en provenance d’Ukraine.

Les taux d’emploi des femmes nées à l’étranger ont atteint les niveaux les plus élevés jamais enregistrés en Australie, au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni. Même là, toutefois, l’écart entre le taux d’emploi des hommes et celui des femmes persiste (Graphique d’annexe 1.A.2). Cela dit, l’écart de taux d’emploi entre les femmes et les hommes issus de l’immigration a diminué dans ces pays, ce qui n’est pas le cas en Europe.

Si l’on considère les taux d’activité, cette tendance est encore plus manifeste (Graphique 1.24). Le taux d’activité des femmes immigrées a augmenté dans pratiquement tous les pays de l’OCDE, à l’exception de la Corée, de la Pologne, du Royaume-Uni, de la Slovénie et de la Suisse. Celui des hommes a également progressé, mais dans un plus petit nombre de pays et dans une moindre mesure. Globalement, le taux d’activité des femmes immigrées a connu une plus forte hausse que celui des hommes dans deux tiers des pays de l’OCDE considérés.

Si ce taux a enregistré un repli notable en Pologne, il a crû de 4 % ou plus au Danemark et en Finlande, d’où une réduction appréciable de l’écart entre hommes et femmes immigrés dans ces pays. En Finlande, la croissance du taux d’activité des femmes immigrées est allée de pair avec un recul de celui des hommes.

Si, en 2021, le taux d’emploi des jeunes immigrés demeurait inférieur à celui observé avant la crise, il s’était complètement redressé à la fin de 2022, dépassant le niveau d’avant-crise de 2019 dans la plupart des pays (Graphique 1.23, partie B). Dans l’UE, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et en Australie, il a augmenté plus rapidement que celui des jeunes nés dans le pays. Font exception le Canada, où les taux d’emploi des jeunes nés à l’étranger et de ceux nés dans le pays ont tous deux progressé, mais davantage pour les seconds, et la Corée, où le taux d’emploi des jeunes immigrés a reculé (passant de 54 % à 50 %).

Dans l’UE, le taux d’emploi des jeunes nés à l’étranger (37 %) dépasse celui des jeunes nés dans le pays (34 %). En Corée, l’avantage substantiel affiché à cet égard par les jeunes nés à l’étranger a diminué (passant de +10 points de pourcentage à +3 points) entre 2021 et 2022. Aux États-Unis comme en Nouvelle-Zélande, le taux d’emploi des jeunes immigrés (47 % et 62 % respectivement) a légèrement dépassé celui des jeunes nés dans le pays en 2022. Au Royaume-Uni et en Australie, il a été inférieur à celui des jeunes nés dans le pays en 2022, l’écart entre les deux étant cependant moins prononcé (10 points et 6.5 points respectivement) qu’en 2021 dans les deux pays. Au Canada, cet écart s’est creusé en 2022 (passant de -5 à -7 points de pourcentage).

Cela dit, l’indicateur le plus pertinent pour les jeunes est la proportion de ceux qui sont déscolarisés, sans emploi, et ne suivant aucune formation (taux de NEET). Ce taux est resté stable entre 2021 et 2022 chez les jeunes nés dans le pays (plus de 10 %) et a modérément décru (passant de 19 % à 17 %) chez les jeunes immigrés, d’où une légère résorption de l’écart entre les deux groupes (Graphique 1.25).

En Europe, c’est en Italie que la plus forte baisse du taux de NEET des jeunes immigrés a été observée (de 31 % à 25 %), ce pays étant toutefois celui où le taux global de NEET demeure le plus élevé. Le taux de NEET des immigrés a également diminué en Allemagne (de 18 % à 15 %), un écart de près de 10 points de pourcentage persistant toutefois dans les deux pays entre les jeunes nés à l’étranger et les jeunes nés dans le pays. Dans certains pays européens, le taux de NEET des immigrés a augmenté en 2022, notamment en Grèce (où il est passé de 12 % à 19 %) et en Suisse (de 18 % à 24 %), creusant ainsi l’écart avec les jeunes nés dans le pays. Au Royaume-Uni, il s’est maintenu aux alentours de 8 % alors que celui des jeunes nés dans le pays a augmenté pour atteindre 10 %. Aux États-Unis, après une amélioration en 2021, le taux de NEET des jeunes immigrés a accusé une légère hausse en 2022 (de 15 % à 16 %), celui des jeunes nés dans le pays ayant en revanche décru. Au Canada, les taux de NEET ont légèrement fléchi, pour les jeunes immigrés comme pour les jeunes nés dans le pays, mais plus lentement pour les premiers (de 13 % à 12 %).

Dans l’UE, au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada, le taux d’emploi des immigrés possédant un niveau d’études élevé, qui s’était déjà quasiment rétabli en 2021, a continué de progresser jusqu’à dépasser en 2022 les niveaux de 2019 enregistrés avant la crise (s’inscrivant dans une fourchette comprise entre 78 % dans l’UE et 86 % au Royaume-Uni). Le taux d’emploi des immigrés ayant un faible niveau d'éducation est presque revenu aux niveaux observés en 2019 au Royaume-Uni et au Canada, et les a dépassés aux États-Unis et dans l’UE (où il est passé de 53 % à 55 %). Comme le montre la partie C du Graphique 1.23, le taux d’emploi des immigrés a augmenté plus rapidement que celui de la population née dans le pays dans la plupart des pays, tous niveaux d’études confondus, exception faite des personnes au niveau d’études intermédiaire au Royaume-Uni et de celles ayant un niveau d’éducation faible au Canada. Parmi la population ayant un faible niveau d'éducation au Royaume-Uni et celle ayant un niveau d'éducation élevé au Canada, le taux d’emploi des immigrés a augmenté, alors qu’il a diminué pour les personnes nées dans le pays. Globalement, en 2022, le taux d’emploi des personnes ayant un niveau d’éducation peu élevé a progressé plus vigoureusement que celui de leurs homologues nées dans le pays au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans l’UE, la parité étant atteinte en Nouvelle-Zélande.

En 2022, le taux d’emploi des immigrés installés a augmenté au Canada (+3.2 points), en Corée (+2.4 points) et aux États-Unis (+2.9 points). Parmi ces pays, toutefois, le taux d’emploi des personnes récemment arrivées ne s’est amélioré qu’au Canada, tandis qu’il a reculé en Corée et aux États-Unis (Graphique 1.23, partie D).

Pour diverses raisons, la situation des immigrés sur le marché du travail varie sensiblement selon leur région d’origine. La catégorie migratoire, la composition par genre, le niveau d’études, la taille de la diaspora et l’ancienneté de l’immigration dans les principaux pays de destination de l’OCDE varient en général notablement selon le pays et la région d’origine.

Le Tableau 1.10 présente l’évolution des taux d’emploi, de chômage et d’activité selon la région d’origine des immigrés en 2022. Dans la plupart des pays de l’OCDE, la situation de cette population au regard de l’emploi s’est généralement redressée au cours de l’année. Cela dit, l’orientation et l’ampleur de cette évolution varient aussi considérablement selon la région d’origine. Si l’on examine l’évolution globale dans les différents pays d’accueil, on constate une amélioration du taux d’emploi de presque tous les groupes dans la quasi-totalité des pays de destination considérés.

Le taux d’emploi des personnes originaires d’Asie a davantage progressé que celui d’autres groupes d’immigrés en Australie, au Canada et au Royaume-Uni. Celui des immigrés nés en Europe a dans l’ensemble augmenté en 2022, sauf en ce qui concerne les personnes nées dans un pays européen non membre de l’UE au Royaume-Uni. Celui des individus originaires d’Amérique centrale, d’Amérique du Sud et des Caraïbes s’est redressé dans tous les grands pays ou régions d’accueil de l’OCDE (UE-27, Royaume-Uni, États-Unis, Canada). Les taux d’emploi des personnes originaires d’Afrique subsaharienne, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ont progressé dans la plupart des contextes examinés (Australie, Canada, UE-27, États-Unis, et partiellement au Royaume-Uni), mais demeurent en général nettement inférieurs à ceux des autres. Par ailleurs, en Corée comme au Japon, les individus originaires de Chine affichent le taux d’emploi le plus bas parmi les groupes considérés.

Aux États-Unis, le taux d’emploi moyen de tous les groupes d’immigrés a été supérieur à celui de la population née dans le pays en 2022, s’inscrivant dans une fourchette comprise entre 75 % environ pour les Canadiens et les Européens et 71 % pour les Mexicains. Tous les groupes ont vu leur taux d’emploi augmenter, sauf les Canadiens, qui continuent toutefois d’afficher le plus élevé. La hausse la plus prononcée a été celle du taux d’emploi des personnes nées en Afrique, passé de moins de 70 % en 2021 à plus de 74 % en 2022.

Au Canada, les taux d’emploi des immigrés en provenance d’Océanie, d’Europe, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud sont restés supérieurs à celui des personnes nées dans le pays (malgré un léger fléchissement pour les personnes venues d’Océanie). En parallèle, malgré une remontée globale, ceux des individus en provenance d’Afrique (75 %-72 %), des États-Unis (72 %) et du Moyen-Orient (67 %) sont demeurés inférieurs à celui des personnes nées dans le pays.

À l’intérieur de l’UE-27, les immigrés intra-UE continuent d’afficher le taux d’emploi le plus élevé (près de 75 %). Celui des personnes en provenance d’Amérique du Nord a atteint un niveau similaire à celui des personnes nées dans le pays (70 %), celui des individus venus d’Amérique centrale et du Sud, d’Asie et de pays non membres de l’UE/AELE étant de l’ordre de 68 %-66 %. Malgré un redressement au cours de l’année, les taux d’emploi des immigrés du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord sont demeurés les plus bas (58 % et 54 % respectivement).

Au Royaume-Uni, près de 83 % des immigrés d’âge actif nés dans l’UE avaient un emploi. Les taux d’emploi des personnes originaires des Amériques et d’Afrique subsaharienne étaient également supérieurs à celui des personnes nées au Royaume-Uni (76 % chacun environ). Si le taux d’emploi de plusieurs groupes d’immigrés a diminué au Royaume-Uni, c’est celui des personnes en provenance d’Afrique du Nord qui a accusé la plus forte baisse parmi les groupes examinés au tableau 2, passant de 64 % en 2021 à 60 % en 2022.

En Australie, les taux d’emploi des individus nés dans les Amériques, en Afrique subsaharienne, dans d’autres pays océaniens et en Europe sont restés supérieurs à celui de la population née en Australie, atteignant ou dépassant tous 80 % en 2022. Le seul groupe fortement désavantagé à cet égard est celui des immigrés d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, dont le taux d’emploi est resté en deçà de 60 %.

Au Japon, le taux d’emploi des immigrés est compris entre 94 % pour ceux en provenance du Viet Nam et 69 % pour ceux venant de Chine, celui des personnes nées dans le pays s’élevant pour sa part à 77 %. En Corée, le taux d’emploi qui a le plus progressé est celui des Coréens ethniques nés en Chine, qui sont aujourd’hui le groupe d’origine dont le taux d’emploi est le plus élevé (77 %). À l’inverse, les autres immigrés nés en Chine continuent d’afficher le taux d’emploi le plus bas (moins de 38 %), malgré une légère amélioration depuis 2021.

Références

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