Chapitre 5. Le rôle des écosystèmes médiatiques dans la participation des parties prenantes au Maroc

Les médias en ligne, associatifs et locaux ainsi que le journalisme citoyen jouent un rôle de plus en plus important au sein des écosystèmes médiatiques des pays de l’OCDE. Ce chapitre analyse la manière dont ces médias peuvent accroître la transparence et la participation des parties prenantes au niveau national et local au Maroc, notamment dans le contexte actuel de régionalisation. Il analyse le cadre légal et politique et prend en compte les défis que posent ces médias, en insistant particulièrement sur la désinformation et les discours de haine, tout en explorant certaines réponses qui peuvent être envisagées dans ce domaine, et notamment l’éducation aux médias. Le chapitre formule enfin diverses recommandations en vue d’aider le Maroc à tirer profit des opportunités de dialogue avec le public par le biais de ces médias pour une participation plus inclusive.

    

L’évolution de l’environnement médiatique du Maroc notamment marquée par les réformes de 2002 et 2016 et soutenue par les garanties inscrites dans la Constitution de 2011, en même temps que l’importance croissante du journalisme citoyen et des médias en ligne, médias associatifs et réseaux sociaux ont permis l’apparition d’espaces de dialogue et de contenus nouveaux. Comme dans les pays de l’OCDE, les progrès technologiques et la généralisation de l’Internet et des télécommunications mobiles, ont transformé au Maroc1 l’identité des producteurs de nouvelles et la manière dont elles sont appropriées. Cependant, le fossé qui existe entre régions urbaines et rurales en matière d’usage et d’éducation au numérique préserve le rôle important des médias locaux et audiovisuels. Le processus de régionalisation en cours suppose par ailleurs que l’information soit efficacement diffusée à l’échelle locale et régionale.

Ce chapitre a pour objectif d’analyser la manière dont les changements de l’écosystème médiatique marocain et de son cadre juridique font évoluer l’implication des parties prenantes dans la vie publique, et contribuent aux principes du gouvernement ouvert. Il examine aussi les apports éventuels des médias (y compris des médias en ligne, réseaux sociaux, des médias locaux et associatifs) ainsi que du journalisme citoyen, au renforcement de la transparence et de la participation. Il passe enfin en revue les difficultés existantes, avec une attention particulière sur le discours de haine et la désinformation.

La transformation de l’environnement médiatique et les opportunités offertes à l’expression des citoyens

Les médias sont un acteur clé pour la participation des parties prenantes, en ce qu’ils permettent aux citoyens d’être informés, de faire connaître leurs besoins et d’amener le gouvernement à leur rendre des comptes. Ils représentent un élément essentiel de la démocratie, dans la mesure où ils transmettent des informations du gouvernement vers les citoyens, et inversement, tout en restituant de manière objective et en analysant de manière critique (dans le meilleur des cas) cette information. Pour que les médias jouent leur rôle, cependant, ils doivent, en plus de se conformer aux principes fondamentaux de la professionnalisation et de l’indépendance, représenter et prendre en compte les préoccupations de tous les groupes de la société, permettant ainsi aux citoyens de toutes les régions et tous les milieux sociaux de s’exprimer.

Importance des médias en ligne, des réseaux sociaux et du journalisme citoyen dans le débat public et les défis associés

L’essor des médias en ligne et des réseaux sociaux a créé de nouvelles opportunités de participation citoyenne et de renforcement de la transparence. Ces plateformes ont par ailleurs contribué à la croissance du journalisme citoyen – dans lequel le public produit et diffuse des actualités en lieu et place des journalistes professionnels – et du journalisme civique – qui encourage l’interaction entre médias et public et privilégie l’implication de la population (Lambeth, 1996). De cette manière, le public n’est pas seulement un réceptacle passif de l’information ; ces plateformes permettent aussi une diversification des sources d’information qui tire profit des connaissances de la population et rend possible un cadrage différent des récits (Kurpius, 2002). L’implication du public contribue à la diversité et à l’accessibilité des informations et crée un espace d’expression pour une variété de voix, de signalement des tendances de l’opinion, permettant ainsi d’alimenter la production d’information.

L’implication des citoyens dans la production des actualités est une caractéristique de plus en plus fréquente de la presse classique. Les activités d’interaction avec le public prennent par exemple la forme de commentaires des articles par les lecteurs, de contributions à leur vérification ou de publication de contenus produits par les citoyens sur des sites Internet dédiés comme la plateforme sociale de la BBC DaVinci (Klose, 2014) (voir Encadré 5.1 pour d’autres exemples). Les sites des médias en ligne recrutent par conséquent des « rédacteurs participatifs » et des « rédacteurs communautaires » dans l’objectif de favoriser une implication durable et pertinente de leur public (DeJarnette, 2016). Dans le cadre de ses activités d’implication des citoyens, par exemple, The Economist encourage la conversation autour de thèmes spécifiques, au travers par exemple d’événements comme « Interrogez l’Économiste » sur Twitter, tirant ainsi profit de l’expertise de son public (Zak, 2012). De telles pratiques se généralisent progressivement au Maroc, où les sites des médias en ligne comme Yabiladi permettent aux lecteurs de commenter leurs articles. Outre sa participation aux sites Internet, le public peut intervenir sur les pages des réseaux sociaux du site ou en partageant des articles.

Encadré 5.1. Pratiques d’implication du public dans les médias

Les médias traditionnels ont recours à une diversité d’approches innovantes de l’implication du public. Par exemple :

  • La BBC a créé un poste de chargé de l’implication du public. En partenariat avec IMImobile, elle utilise le réseau social de l’entreprise DaVinci pour permettre aux producteurs d’interagir avec leur public au travers de divers canaux, de suivre le journalisme citoyen et de prendre en compte des commentaires ponctuels du public dans leur émission en direct. La BBC utilise cette plateforme au travers de la radio, de la télévision et des événements en direct, ce qui permet aux équipes de production de gérer sans difficultés les interactions entrantes et sortantes avec le public au moyen de SMS, MMS, courriels, Facebook, Instagram et Twitter. Cette fonctionnalité inclut des services interactifs comme les réseaux sociaux et les sondages par mobiles.

  • Le magazine hebdomadaire The Economist a organisé un canal de discussion sur Twitter au sujet de thèmes et d’événements actuels. Les usagers de Twitter peuvent poser des questions ou faire des commentaires en utilisant le hashtag #askeconomist pour s’adresser aux éditeurs, invités et correspondants du magazine, lorsqu’une discussion particulière est organisée. Cette initiative a rendu le réseau social plus participatif, permettant aux usagers de Twitter de suivre et d’échanger plus facilement sur certains sujets.

  • Le Financial Times a institué une équipe polyvalente chargée de l’implication du public, qui cible une large diversité de lecteurs. Par exemple, en 2015, l’équipe a couvert la question des accusations à l’encontre de membres de la FIFA en produisant une série de visuels et d’images animées, et adapté des messages pour Twitter et les réseaux sociaux afin de faciliter le partage du contenu et l’implication.

Sources :imimobile.com/the-bbc-to-power-mobile-and-social-audience-engagement-with-imimobiles-davinci-social/

www.economist.com/ideasarena/news/ask-the-economist, www.niemanlab.org/2015/06/qa-how-renee-kaplan-the-fts-first-head-of-audience-.

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Les progrès technologiques et les plateformes numériques ont par ailleurs facilité la croissance mondiale du journalisme citoyen. Les journalistes citoyens utilisent prioritairement les blogs, vidéos et réseaux sociaux (Min, 2016), mais aussi des sites Internet dédiés. Le journalisme citoyen est donc un des principaux mécanismes du renforcement des principes du Gouvernement ouvert, dans la mesure où il encourage la production d’informations par les citoyens, sans revêtir les mêmes caractéristiques qu’un médiateur ou un intermédiaire. Parmi les caractéristiques du journalisme citoyen figurent la participation des citoyens à la production d’informations, des structures et processus décentralisés à l’initiative des citoyens, un journalisme sans but lucratif, et la préférence pour la publication de l’information au détriment du filtrage par les intermédiaires (IMS, 2018). Dans certains domaines ou sur certains sujets, il peut par ailleurs être la seule source d’information, ce qui fut le cas dans la région MENA lors des évènements de 2011, lorsque le journalisme citoyen et les réseaux sociaux ont fourni de l’information qui sans cela n’aurait pas été diffusée. Cependant, même que le journalisme citoyen se développe partout, il est particulièrement pertinent en ce qui concerne des sujets spécifiques et des actualités très locales ; le journalisme citoyen ne remplace pas systématiquement les médias classiques, qui sont désireux de davantage impliquer leur public (Jurrat, 2011).

Le journalisme citoyen et l’importance croissante des médias en ligne et des réseaux sociaux dans la production et la diffusion des actualités, peut néanmoins présenter un certain nombre de défis, y compris le discours de la haine et la désinformation. C’est le cas lorsque le journalisme citoyen existe sans cadre réglementaire ou sans équipes d’édition, et parce que des pseudonymes peuvent être utilisés et que les comptes rendus ne sont pas toujours vérifiés (IMS, 2018). En outre, les médias en ligne et les réseaux sociaux sont liés à des phénomènes comme les publics de niche ou fragmentés, et les « chambres d’écho » où des conversations sont suscitées dans lesquelles seules des idées et croyances similaires sont partagées et amplifiées ; l’apport des citoyens peut ainsi se réduire à l’expression d’un groupe restreint de personnes (Nielsen, 2012). Les plateformes en ligne sont aussi des espaces qui peuvent alimenter les discours de haine et les incitations à la violence, ce qui complique la définition et la gestion des contenus par les médias. Certaines d’entre elles ont éliminé ou restreint leurs sections de commentaires du public (DeJarnette, 2016). Le journal allemand Spiegel en ligne a pris cette mesure pour certaines informations relatives à l’immigration après avoir reçu des commentaires racistes de la part de lecteurs (Christides et. al, 2018). Les réseaux sociaux posent un problème distinct, puisqu’ils sont considérés comme une source ou une plateforme de journalisme citoyen, sans pour autant faire l’objet d’une régulation comparable à celle des médias. Plus généralement, les technologies émergentes ont introduit d’importants changements du fait du « renforcement considérable de la maîtrise des individus sur le nombre des options disponibles, (de) l’accélération de la réception de l’information par le public et (de) son corollaire, la diminution de l’autorité des intermédiaires représentant l’intérêt général » (Sunstein, 2017). Tandis que la multiplication des options et l’accélération de la diffusion des nouvelles sont positifs, le contrôle personnel accru sur les sources et les sujets peut dans le même temps encourager les personnes à « restreindre leurs horizons et à entretenir leurs intérêts du moment plutôt que de s’en former de nouveaux » (Sunstein, 2017).

Importance des médias locaux et associatifs pour une participation inclusive des acteurs sociaux

Les pays de l’OCDE continuent de reconnaître le rôle clé que jouent les médias locaux pour intégrer les réalités locales dans les débats nationaux, et en permettre la prise en compte. L’Allemagne a par exemple mis en place des autorités réglementaires régionales, afin de de défendre l’intérêt du journalisme local sur le long terme. Le programme du gouvernement du Maroc pour la période 2017-2021 reconnaît le rôle des médias dans la participation des parties prenantes et la promotion de la citoyenneté. Il souligne aussi le rôle de la presse régionale dans le processus de régionalisation (Royaume du Maroc, 2017). Le ministère de la Culture et de la Communication a souligné en avril 2018 la manière dont la presse régionale peut contribuer au développement local et à la promotion de la démocratie, en donnant accès à l’information et en diffusant le concept de citoyenneté (telegramme.info, 2018). D’autres pays MENA qui ont eux aussi entamé un processus de régionalisation reconnaissent également l’importance du rôle des médias. Le Code des collectivités locales tunisien de 2018, par exemple, a créé des commissions municipales sur les médias, la communication et l’évaluation.

Des médias associatifs2 ont également fait leur apparition dans le monde entier et jouent un rôle clé dans la promotion de la participation de divers acteurs. L’objectif de ces médias, aussi qualifiés de médias alternatifs, citoyens, ou de la société civile (Coyer, 2010), est souvent de représenter des groupes donnés. Comme le montrent des exemples de divers pays (par exemple le réseau Radio Campus en France ou des productions de radios produite par des jeunes en Tunisie ; voir Encadré 5.2), ils peuvent jouer un rôle décisif dans la représentation des jeunes, des femmes et d’autres groupes de la société. Ils n’ont pas de but lucratif et sont possédés ou organisés par la communauté qu’ils entendent représenter. Leurs caractéristiques sont notamment de permettre l’implication de leurs membres, d’avoir une portée et un contenu locaux (UNESCO, s.d.), de permettre à la communauté de participer en tant que membres actifs à la production et à la gestion des contenus, et d’être le porte-parole de cette communauté (Coyer, 2010). Ils favorisent par conséquent la prise de parole de groupes marginalisés et leur participation à la vie publique.

Encadré 5.2. Les médias audiovisuels associatifs (Offene Kanäle) en Allemagne, vecteurs de la participation des citoyens

Les discussions sur l’introduction des médias associatifs (appelés Offene Kanäle – chaînes ouvertes) ont été entamées à la fin des années 1970 parallèlement à la décision d’autoriser les médias privés. Dans la mesure où la politique en la matière est définie à l’échelon infranational (celui des Länder), les régions ont adopté des approches différentes. Actuellement, environ 180 médias existent, et notamment : des chaînes ouvertes, des radios locales non-commerciales, des radios et stations de télévision associatives, des radios de campus et d’université, etc. En 2017, ces médias ont reçu 25 millions d’euros des autorités réglementaires indépendantes des médias audiovisuels.

Ces médias permettent aux citoyens de produire leurs propres programmes et contenus à la radio ou la télévision, avec l’autorisation de l’autorité réglementaire. Certains médias associatifs sont dirigés par des associations, avec un financement partiel de l’agence réglementaire, alors que dans d’autres régions, ce sont les radios locales qui sont obligées de consacrer une partie de leur temps d’émission à la programmation associative (Bürgerfunk), ou des stations de radio non-commerciales qui ont été créées.

Un objectif clé des médias associatifs est de permettre à chacun d’exprimer ses opinions, de partager ses intérêts et préoccupations au niveau de la région et de discuter avec d’autres. Ceci répond à l’article 5 de la Loi fondamentale allemande : « Chacun a le droit d’exprimer et de diffuser librement son opinion par la parole, par l’écrit et par l’image, et de s’informer sans entraves aux sources accessibles au public ». Les médias locaux visent à élargir la couverture des actualités pertinentes, d’informer l’opinion publique, de contribuer à l’éducation aux médias et à la formation de cette opinion publique. Ils sont par ailleurs considérés comme l’un des moyens de la démocratie directe.

Source : die medienanstalten (2017), Vom Urknall zur Vielfalt: 30 Jahre Bürgermedien in Deutschland, www.die-medienanstalten.de/publikationen/weitere-veroeffentlichungen/artikel/news/vom-urknall-zur-vielfalt/

L’écosystème médiatique du Maroc

L’écosystème médiatique marocain a connu une évolution au cours des quinze dernières années, avec le rôle et l’importance croissants des médias privés et publics ainsi que des médias en ligne, sociaux, associatifs et locaux. En ce qui concerne les médias en ligne, selon les données de 2017 du ministère de la Culture et de la Communication, il y avait environ 656 sites Internet d’actualités autorisés en 2017 (parmi ceux-ci, 129 utilisaient le nom de domaine du Maroc (.ma), au lieu de 73 en 2016 et 59 en 2015) ; le ministère estimait qu’il existait en fait dans le même temps plus de 4 000 sites d’actualités en ligne dans le pays3. Sur le nombre total de sites autorisés, 325 publiaient en arabe et 27 en français, les autres utilisant les deux langues (Ministère de la Culture et de la Communication, 2018). Le paysage des médias en ligne se répartit en versions électroniques des journaux, radios et télévisions existants (c’est-à-dire la Société nationale de radiodiffusion et de télévision (SNRT), qui est le diffuseur public du Maroc), d’une part, et en sites dédiés qui n’existent qu’en ligne. Il s’agit à titre illustratif : Almorasi, Aloual, Article 19, Aujourd’hui, Bladi, Goud, H24info, Hespress, Huffington Post Maroc, La Marocaine, Lakome2, Le 360, Le Desk, Le Petit Journal Marocain, Maroc Webo, Maroc Press, Médias 24, Menara, et Yabiladi..

La diversité des médias en ligne et des réseaux sociaux a connu un essor et une diversification au Maroc grâce aux connexions plus nombreuses, et du fait que les réseaux sociaux sont la première occupation en ligne des Marocains (Handaoui, 2017). Une étude de Freedom House a conclu que « le changement le plus marqué en ce qui concerne l’usage d’Internet par les Marocains est leur intérêt croissant pour les réseaux sociaux et la production de contenus, ainsi que pour les nouveaux portails d’actualités nationaux » (Freedom House, 2017). Ce rapport relève qu’en 2010, les dix sites Internet les plus visités au Maroc n’incluaient aucun site de presse marocain, alors que c’était le cas en 2017, avec quatre nouveaux portails, dont Hespress, qui se plaçait au troisième rang après Google et YouTube (Freedom House, 2017).

En ce qui concerne les réseaux sociaux, Facebook est central au Maroc. En janvier 2017, le pays comptait plus de 13 millions d’utilisateurs de Facebook, soit environ 38% de la population (Salem, 2017). La majorité des Marocains interviewés dans une étude récente jugeaient le rôle des réseaux sociaux positif pour la liberté d’expression, la lutte contre la corruption et plus généralement la promotion des idéaux de la démocratie (Harraqi, 2017). Dans de nombreux cas, ces plateformes représentent un espace moins directement réglementé que d’autres médias, ce qui favorise les échanges. Par ailleurs, et malgré les problèmes du discours de haine et des bulles de filtre (décrits ci-dessus), la croissance des réseaux sociaux et leur utilisation par les citoyens permettent d’entendre une diversité de voix, principalement en provenance de groupes généralement marginalisés, comme les jeunes. Les jeunes de 15 à 29 ans représentent en effet 70% des usagers de Facebook au Maroc, ce qui met en évidence la forte présence des jeunes en ligne (Salem, 2017).

Une étude réalisée en 2016 sur l’usage des réseaux sociaux dans 22 pays arabes donne une idée de la manière dont les citoyens arabes utilisent les plateformes dans leurs interactions avec les gouvernements. Elle montre que 58% les utilisent pour exprimer leurs opinions sur les politiques, même s’ils le font surtout au moyen des fonctions « j’aime » et des emoticons, et non en exprimant leurs opinions personnelles. Facebook est le plus fréquenté des moyens d’expression (Salem, 2017). Globalement, ces conclusions insistent sur l’importance des réseaux sociaux dans la région et sur les interactions, ou à tout le moins la mise en contact, qu’ils facilitent, entre les citoyens, et entre les citoyens et le gouvernement.

En ce qui concerne l’environnement médiatique local et régional au Maroc, et bien qu’il existe plus de 100 quotidiens régionaux, seuls 5,4% des journalistes professionnels (qui détiennent une carte de presse) travaillent pour la presse régionale, ce qui en montre leur rareté. Par ailleurs, seuls 18% des journalistes locaux sont des femmes (Journalismes in bled, 2015). En ce qui concerne les médias audiovisuels, le Maroc compte une chaîne de télévision publique régionale (Laayoûne TV), dix radios publiques locales, 9 radios privées locales et régionales et 7 radios privées diffusant dans plusieurs régions.

Bien qu’il n’existe pas de cadre légal reconnaissant les médias associatifs au Maroc, certaines radios ont en outre été créées sur Internet. Le Forum des alternatives Maroc (FMAS) a lancé la première radio de ce type, E-Joussour, en 2013. Selon une étude de l’UNESCO de 2015, 69 radios du web ont été créées, dont certaines ont disparu depuis l’étude. Une Fédération des radios associatives a été créée au Maroc en 2017 afin de promouvoir leur reconnaissance légale et l’existence des médias associatifs (Délégation de l’Union européenne au Royaume du Maroc, 2017).

Ces médias peuvent efficacement renforcer la participation des parties prenantes. Selon les études réalisées par HACA, les femmes ne représentent que 20% des intervenants des programmes des médias. Le président du comité en faveur de la parité de la chaîne télévisée publique 2M – une initiative qui vise comme son nom l’indique à renforcer l’égalité entre les sexes – a expliqué que la chaîne avait trouvé difficile d’inviter des femmes à prendre la parole, dans la mesure où les partis politiques hésitaient à être représentés par des femmes (Ismaili, 2017). Le Comité sur la parité est l’une des initiatives prises pour répondre à cet enjeu, aux côtés de la Charte nationale pour l’amélioration de l’image des femmes dans les médias (Ministère de la Famille, de la Solidarité, s.d.a) adoptée en 2005, et de la création d’un observatoire dans ce même domaine en 2012 (Ministère de la Famille, de la Solidarité, s.d.b). Les jeunes sont tout aussi sous-représentés dans les médias. Une étude réalisée par le réseau méditerranéen des jeunes (Net Med Youth4) des chaînes télévisées et radio indique que, si les jeunes produisent de l’information, ils sont peu invités aux débats. L’étude indique en outre que les actualités centrées sur les jeunes sont rares à la télévision et la radio (NetMed Youth, 2017). Les radios associatives en ligne du Maroc valorisent au contraire des groupes sous-représentés, comme les femmes, les minorités et les jeunes. De nombreux jeunes hommes et femmes sont d’ailleurs les animateurs de ces programmes, qui privilégient des sujets comme les droits humains et l’éducation à l’environnement, les questions sociales et la démocratie.

Le journalisme citoyen peut également jouer un rôle clé pour renforcer la participation et la redevabilité. Il sert comme une source alternative d’information qui a pour objectif de promouvoir un écosystème des médias pluraliste et de favoriser la reddition des comptes (Mifdal, 2015). Une multitude des sites d’actualités en ligne sont pensés pour des villes et villages particuliers, et souvent édités par des journalistes citoyens. La plupart d’entre eux n’ont toutefois pas l’autorisation de publier, et sont alimentés par des journalistes citoyens et des bénévoles qui n’ont pas de carte de presse. Les conclusions d’un rapport régional de l’Agence française de développement médias – CFI souligne le manque d’opportunité de formation pour les journalistes des médias en ligne, et par conséquent d’une diminution de la qualité des contenus publiés (CFI, 2015). Les initiatives de renforcement des capacités du journalisme citoyen au Maroc et la mise en place de dispositifs incitatifs adéquats encourageant le journalisme citoyen, peuvent contribuer à l’implication des citoyens et à la responsabilité du gouvernement.

Cadre légal et financier

La libéralisation du marché des médias audiovisuels lancée en 2002 a mis fin au monopole de l’État sur les radios et la télévision, et permis la création de nouveaux médias, y compris en ligne. Par la suite, la Constitution de 2011 a permis une avancée de la réforme du secteur en garantissant les libertés de pensée, d’opinion et d’expression, en même temps que la liberté de la presse, en disposant par exemple que la presse « ne peut être limitée par aucune forme de censure préalable ». La Constitution a créé la HACA dans l’objectif de promouvoir le pluralisme des médias5 et garantit en outre le droit d’accès à l’information (comme évoqué au Chapitre 2).

D’autres réformes ont été adoptées en 2016 au moyen de plusieurs lois portant sur l’environnement opérationnel des médias : la Loi n°88-13 du 10 août 2016 relative à la presse et à l’édition, la Loi n°90-13 du 10 mars 2016 créant le Conseil national de la presse, et la Loi n°89-13 du 27 avril 2017 relative au statut des journalistes professionnels. La Loi n°88-136 porte en particulier sur la liberté de la presse et des médias électroniques autorisés (articles 2 et 33)7. La loi a aussi défini les conditions d’exercice des métiers de la presse, les droits des journalistes et de la presse, les règles régissant l’éthique professionnelle des journalistes, la juridiction des tribunaux et les règles régissant la distribution et la publicité.

La Loi n°88-13 fixe par ailleurs un ensemble d’obligations pour les médias en ligne. L’article 16, par exemple, définit les conditions d’exercice pour les opérateurs des sites existants, en exigeant notamment que le directeur des publications détienne au moins un diplôme ou une formation spécialisés dans le secteur de la presse, décernés par une institution d’enseignement supérieur publique ou privée, ou un diplôme jugé équivalent, et qu’il doit être un journaliste professionnel tel que défini par la loi (un amendement est toutefois en cours de discussions au Parlement, qui réviserait ces conditions à la baisse). L’article 21 fixe aussi des conditions pour l’autorisation des médias numériques et l’article 35 impose aux journaux électroniques de demander une autorisation de produire des contenus audiovisuels au Centre cinématographique marocain, qui est l’organisation responsable de la régulation de l’industrie du film au Maroc.

Lors des entretiens menés par l’OCDE, les défis d’obtention des autorisations ont été relevés, comme ceux-ci semblent être élevé pour des médias en ligne récents, de petite taille et moins bien financés ainsi que pour ceux tenus par des journalistes citoyens. Si la législation de la presse a reconnu l’existence de médias en ligne au Maroc, certaines des exigences qu’il crée, peuvent compliquer et même remettre en cause leur existence. Un grand nombre des sites sont tenus par des citoyens et n’ont pas de directeur de la publication, ce qui les rend incapables de recevoir une autorisation. Les entreprises de l’Internet peuvent de ce fait être réticentes à les héberger, compte tenu des amendes auxquelles elles peuvent être condamnées. Selon les termes de la Loi, les médias qui n’ont pas rempli ces conditions peuvent devoir payer une amende ou être interdits de publication (Bigo, 2017). Les entreprises de l’Internet qui hébergent des sites d’actualités qui ne remplissent pas ces conditions, peuvent-elles aussi être sanctionnées par une amende, comme prévu par l’article 24 de la Loi. Selon les organisations de la société civile, beaucoup de sites de journalisme citoyen ont été contraints de fermer leurs portes par la suite.

Modèles financiers

La viabilité et la pérennité financières des médias d’information sont pour eux une préoccupation croissante qui affecte leur capacité de produire des contenus de qualité. Dans la plupart des pays de l’OCDE, par exemple, moins de 15% de la population en moyenne a payé des services d’information en ligne au cours de l’année passée, même si ce pourcentage augmente dans certains pays, particulièrement en Europe du Nord (Newman, 2018). Au Maroc, les médias en ligne utilisent deux principales sources de financement. D’une part, ils peuvent recevoir des financements publics, au travers de subventions ou de publicités du gouvernement. Depuis l’adoption de la Loi n°88-13 du 10 août 2016 relative à la Presse et à l’édition, le nombre des subventions publiques versées aux sites électroniques a augmenté, ce qui reflète la croissance du secteur (Ministère de la Culture et de la Communication, 2016)8. Le financement public ne représente toutefois pas une large part de leurs revenus, l’obligation d’enregistrement ayant en outre empêché la majeure partie d’entre eux d’y accéder, parce que ne remplissant pas les conditions ou susceptibles d’être rejetés.

Les sites de journalisme citoyen sont principalement financés par les publicités Google et s’appuient sur des bénévoles ; leur fonctionnement est donc peu coûteux. D’autre part, la presse papier peut recevoir des fonds publics, financements qui ont augmenté en ce qui concerne les quotidiens régionaux au cours des dernières années. 11 quotidiens régionaux ont été appuyés par l’État en 2012 (MinCom, 2014), et 19 en 2016 (MinCom, 2016). En 2017, le financement public total de la presse quotidienne régionale s’élevait à 2 277 000,00 Dhs (Ministère de la Culture et de la Communication, 2018). Le financement public est attribué par une commission conjointe qui inclut des représentants du gouvernement et des éditeurs. Cette composition peut remettre en cause l’indépendance éditoriale des médias financés.

La publicité privée reste cependant la principale source de financement. Les investissements dans la publicité privée ont connu une croissance rapide au Maroc, particulièrement dans le secteur des médias numériques, où les dépenses ont augmenté de 40% par an entre 2009 et 2015, en comparaison de 8% et 9% pour la télévision et la radio (Guaaybess, 2015). Une étude de Le Desk et de Reporters sans frontières a relevé que, si les médias en ligne ont pu adopter des modèles de financement fondés sur la publicité, seul un petit nombre d’acteurs dominants étaient à l’origine de ces financements, le financement restant par conséquent un obstacle pour la création de petits médias en ligne et pour les journalistes citoyens. Renforcer la transparence du marché publicitaire, clarifier et simplifier la réglementation, pourrait favoriser leur diversité et réduire le risque de pression par le gouvernement sur la presse (Le Desk et Reporters sans frontières, 2017c).

Opportunités

Voies d’amélioration du cadre légal

Si les réformes du cadre légal ont octroyé davantage de droits à la presse et renforcé la protection des sources, elles ont aussi alourdi les contraintes en matière de droits de diffusion des médias en ligne, ce qui a tout particulièrement affecté les sites de journalisme citoyen. Les bonnes pratiques des pays de l’OCDE, notamment en France et en Allemagne, montrent l’importance de la promotion de la diversité et de la liberté de la presse par la réduction des contraintes administratives (Voir Encadré 5.3). Dans les entretiens réalisés par les équipes de l’OCDE et les rapports des plusieurs organisations internationales, les journalistes ont insisté sur les difficultés d’obtention des autorisations nécessaires pour exister en ligne, surtout pour les petits médias et les médias citoyens en ligne. Les conditions réglementaires incluent l’octroi de permis par diverses autorités, comme le Centre cinématographique marocain pour produire des vidéos et l’Agence nationale de réglementation des Télécommunications pour l’hébergement de sites web (International Media Support, 2018). Les obstacles administratifs sont aussi liés à la nécessité pour les journalistes professionnels d’obtenir une carte de presse du CNP. L’existence estimée de milliers de sites non-enregistrés révèle l’ampleur des contraintes.

Encadré 5.3. Cadre légal régissant les médias en ligne en France et en Allemagne

Les situations des pays de l’OCDE comme la France et l’Allemagne montrent la nécessité de cadres réglementaires inclusifs et accessibles pour promouvoir une meilleure participation dans les médias.

La France a officiellement reconnu les médias en ligne au titre de la Loi régissant la presse n°86-897 d’août 1986 et des articles 27 et 38 de la Loi n°2009-669 de juin 2009. Pour promouvoir une plus grande diversité et la liberté des médias en ligne, la Loi n°2000-719 d’août 2000 a supprimé l’obligation d’enregistrement pour les services de presse, même si la Loi n°2009-1340 d’octobre 2009 a fixé les modalités et conditions de professionnalisation pour la presse en ligne ; elles déterminent la reconnaissance légale, l’accès à des avantages comme les déductions fiscales et les subventions.

Ce type de réglementation est fondé sur la définition d’incitations plutôt que sur une obligation d’enregistrement. Les conditions pour être reconnu sont les suivantes : l’équipe éditoriale doit inclure au moins un journaliste professionnel possédant une carte de presse, que l’objectif principal du site soit de fournir des informations en ligne de nature politique ou générale, et que le site soit intéressant pour un public large. Ces conditions de reconnaissance sont appliquées par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP), qui régit les médias en ligne. L’une des principales incitations pour l’enregistrement est l’accès aux subventions publiques au travers du « fonds stratégique pour le développement de la presse ».

L’exercice de la profession de journaliste n’est pas conditionné par la détention d’une carte de presse. Toutefois, le Code du travail français, Loi n°2008-67 de janvier 2008, dispose que si les médias en ligne veulent solliciter une reconnaissance légale, ou si un journaliste veut être employé plus de 3 mois, une « carte professionnelle » (ou carte de presse) de la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP) est exigée. Ces dispositions sont d’utiles incitations à la professionnalisation et à la promotion d’un écosystème médiatique divers et inclusif, en particulier pour les journalistes citoyens et les petits sites.

Ces pratiques d’enregistrement non-obligatoire sont aussi courantes en Allemagne, où la liberté de la presse et des autres médias est garantie par la Loi fondamentale de l’Allemagne. Il n’existe pas d’autorisations officielles pour les services de presse en ligne. Les normes relatives au contenu sont définies par le Code d’autorégulation du Conseil allemand de la presse. En outre, la législation de l’État fédéral prend en compte les médias en ligne et fixe des exigences en matière de publicité et de protection des données, etc. Les États fédérés coordonnent leurs activités réglementaires dans ce secteur au travers d’une commission conjointe.

Source : http://www.cppap.fr/service-de-presse-en-ligne-dinformation-politique-et-generale/, http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Presse/Dossiers-thematiques/Presse-papier-presse-en-ligne-quel-statut, http://www.aej-bulgaria.org/eng/p.php?post=2438, https://www.presserat.de/fileadmin/user_upload/Downloads_Dateien/Pressekodex13english_web.pdf.

Par ailleurs, le Maroc pourrait envisager de reconnaître les médias audiovisuels associatifs dans le cadre juridique. Des pays comme l’Irlande et la Suède l’ont fait, en conformité avec les normes internationales (voir par exemple l’UNESCO, l’AMARC, le Parlement européen et le Conseil de l’Europe)9 (voir Encadré 5.4). Dans la région MENA, la Tunisie a fait de même.

Encadré 5.4. Définitions et conditions d’octroi des permis de diffusion des médias associatifs dans les pays de l’OCDE

Certains pays de l’OCDE et de la région MENA ont accordé un statut légal aux médias associatifs et élaboré une réglementation qui régit les conditions d’octroi des permis de diffusion.

En Irlande, la Loi sur la diffusion de 2009 fixe les conditions d’octroi d’un contrat de diffusion à une association. Elle dispose que : « Un contrat de diffusion avec 2 membres ou plus d’une communauté locale ou d’un groupe d’intérêt peut être accordé de manière satisfaisante si :

  1. 1. ces membres sont représentatifs du groupe concerné, et responsables devant lui, et

  2. 2. les contenus de programme désigné par le contrat sont fournis dans le seul objectif de :

    1. a) traiter spécifiquement des intérêts du groupe concerné, et chercher à lui procurer un bénéfice social, et

    2. b) en tirer une rémunération monétaire qui ne soit pas supérieure à ce qui est raisonnablement nécessaire pour compenser les dépenses faites aux fins de fournir ce contenu ».

La Loi suédoise sur la radio et la télévision définit elle aussi les conditions d’octroi d’un permis de diffusion radiophonique à une association, en même temps qu’elle décrit la gamme des programmes des radios associatives. Elle dispose qu’« un permis de radiodiffusion associative ne peut être accordé qu’aux entités juridiques suivantes :

  1. 1. des associations à but non lucratif ayant des liens avec la zone de transmission ;

  2. 2. des organisations religieuses enregistrées et leurs composantes, ayant des liens avec la zone de transmission, ou

  3. 3. des associations de radiodiffusion.

Le programme d’une radio associative ne peut inclure que

  1. 1. des émissions portant sur des événements intéressant les détenteurs de la licence ;

  2. 2. une information sur des questions municipales, dans une proportion limitée ;

  3. 3. une information au sujet des programmes et calendriers, ainsi que d’autres informations sur les activités de la radio associative locale, et

  4. 4. des pilotes de programme, produits par des entités juridiques éligibles aux permis de radiodiffusion associative, mais seulement pour trois mois ».

Sources : Ministère de la Culture (2010), Loi sur la radio et la télévision, www.mprt.se/documents/styrdokument/radio%20and%20television%20act.pdf ; Code réglementaire de la radiodiffusion de l’Irlande (2009), www.irishstatutebook.ie/eli/2009/act/18/section/64/enacted/en/html#sec64.

Réformer le cadre institutionnel et politique

Compte tenu des conséquences financières de l’octroi ou de la perte d’une autorisation d’émettre, les bonnes pratiques internationales recommandent l’indépendance d’organes réglementaires afin d’empêcher le boycott de médias qui prennent des positions controversées ou critiques. Au vu de cette menace, la Recommandation du Conseil de l’OCDE sur la Politique réglementaire et la Gouvernance affirme que « la création d’une agence réglementaire indépendante du gouvernement et des organismes soumis à la réglementation peut davantage susciter la confiance si ses décisions ont justes et impartiales. Ceci peut être imposé lorsque les décisions de l’agence réglementaire ont des conséquences financières et de marché importantes » (OCDE, 2012) (voir Encadré 5.5 pour un exemple de la façon dont l’Union européenne a soutenu l’indépendance réglementaire du secteur-audiovisuelles). À cette fin, le Maroc pourrait envisager de renforcer l'indépendance des organismes qui octroient et renouvellent les cartes de presse et les accréditations des journalistes et les autorisations allouées aux médias d’information (International Media Support, 2018).

Encadré 5.5. La Directive sur les services de médias audiovisuels de l’Union européenne

La Directive sur les Services de médias audiovisuels (DSMA) régit la coordination des législations nationales relatives aux médias audiovisuels à l’échelle de l’UE. La DSMA fixe aussi les modes d’exercice des autorités nationales chargées de réglementer la radiodiffusion et les services à la demande.

Les objectifs de la DSMA sont notamment de :

  • Fixer des règles permettant d’orienter les évolutions technologiques ;

  • Créer des conditions équitables pour les médias audiovisuels émergents ;

  • Préserver la diversité culturelle ;

  • Protéger les enfants et les consommateurs ;

  • Sauvegarder le pluralisme des médias ;

  • Combattre la haine raciale et religieuse ;

  • Garantir l’indépendance des agences réglementaires nationales des médias.

La DSMA reconnaît le rôle des agences réglementaires indépendantes, qui sont responsables de la mise en œuvre de la réglementation audiovisuelle dans la plupart des États membres. Dans le cadre de la coopération et de l’échange de bonnes pratiques sur l’application de la législation, la DSMA rend possibles des discussions sur les moyens d’améliorer la cohérence des cadres réglementaires à l’échelle de l’UE, afin d’encourager la productivité des marchés des médias audiovisuels.

Source : https://ec.europa.eu/digital-single-market/en/audiovisual-media-services-directive-avmsd.

Les pays de l’OCDE, reconnaissant la valeur des médias locaux pour les processus démocratiques, ainsi que les difficultés financières du secteur, ont aussi mis en place une variété de mécanismes d’appui au journalisme local. En Allemagne, par exemple, les autorités régionales des médias proposent une formation des journalistes et un appui technique et à la programmation, de manière à favoriser le développement des contenus tout en empêchant que l’autorité les influence (Mabb, 2017 et die medienanstalten, 2017). Un autre exemple est celui de la Politique de réglementation de la radiodiffusion du Canada, qui exige que les chaînes de télévision consacrent une quantité donnée d’heures et de ressources financières aux actualités locales. La politique cherche en outre à augmenter le budget alloué à la programmation associative (CRTC 2016).

Bien que la multiplication des médias d’information et la centralité grandissante des sources en ligne aient accru les possibilités de discuter des événements et enjeux politiques controversés sur les réseaux sociaux, le paysage médiatique reste très concentré du point de vue des structures de propriété, ce qui limite la diversité des voix (Freedom House, 2017). Selon les conclusions de l’étude du Le Desk et Reporters sans frontières, des règles sont mise en place pour permettre une plus grande transparence dans ce domaine, mais celles-ci sont cantonnées à « la révélation de l’information sur les investissements, la production et l’acquisition dans les médias », et que par conséquent, elles n’empêchent pas la création de structures complexes de propriété susceptibles de dissimuler d’influents propriétaires et d’éventuels conflits d’intérêts (Le Desk & Reporters sans frontières, 2017b).

Combler le fossé numérique

Renforcer la participation inclusive des parties prenantes au Maroc suppose par ailleurs de combler le fossé numérique et de combattre des taux d’analphabétisme assez élevés. Bien que le fossé numérique se soit réduit, la disparité entre zones rurales et urbaines demeure forte. Selon l’ANRT, 67% des citoyens qui vivent en zone urbaine ont accès à l’Internet, comparé à 43% dans la population rurale (ANRT, 2017). Cet écart a un impact sur la nature de l’information à laquelle les personnes ont accès dans les différentes régions du pays, bien qu’il témoigne de la capacité du Maroc de trouver des solutions. La radio et la télévision continuent en outre d’y jouer un rôle important du fait de l’analphabétisme encore élevé, et la gamme des options et points de vue auxquels les Marocains sont exposés est restreinte. Selon les chiffres de l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme (ANLCA), près d’un tiers de la population est analphabète au Maroc (Khouja, 2018). Si ce taux a diminué, il reste assez élevé chez les femmes (environ 38% des Marocaines étaient analphabètes en 2015), particulièrement dans les zones rurales. Il faut toutefois noter que ce taux est beaucoup plus bas chez les femmes âgées de 15 à 24 ans, puisqu’il est de 6,5% en 2015 (OCDE, 2018a). Pour combattre les problèmes créés par le fossé numérique et les taux d’analphabétisme, et favoriser une égale accessibilité à toutes les sources d’information, le pays doit poursuivre ses efforts pour donner à la population les compétences et les connaissances nécessaires (OCDE, 2018b).

Malgré le potentiel croissant des technologies numériques, combattre le fossé numérique reste une priorité. Le gouvernement a dans cette perspective conçu plusieurs stratégies nationales depuis 2008. Le Maroc a à cette date lancé Maroc Numeric 2013, une stratégie nationale pour la société de l’information et l’économie numérique. Cette stratégie visait à créer un réseau à haut débit, à connecter un foyer sur trois à l’Internet en 2013, et à créer des centres d’accès locaux dans les zones rurales éloignées et les quartiers défavorisés. En juillet 2016, le gouvernement a lancé son programme Maroc numérique 2020, qui tient compte de plusieurs enseignements de la mise en œuvre du précédent plan. Les trois domaines prioritaires du programme sont l’accélération de la transformation numérique de l’économie nationale, le positionnement du Maroc comme plateforme et force d’impulsion régionales, et l’amélioration de l’écosystème numérique national. Les principaux objectifs du plan incluent un accès à 50% des procédures administratives en ligne, la réduction du fossé numérique de 50%, et la connexion de 20% des petites et moyennes entreprises (Benomar, 2017). Conformément aux principes de l’OCDE, le gouvernement a encouragé la consultation des acteurs sociaux en ce qui concerne la formation de la stratégie et la création de la nouvelle Agence du développement numérique (OCDE, 2018b).

Désinformation et discours de haine au Maroc

En réaction au problème que posent partout dans le monde la désinformation et l’information de mauvaise qualité, le Maroc a par ailleurs entrepris de consolider son cadre légal. La Loi n°88-13 inclut des dispositions applicables à la lutte contre la désinformation, particulièrement ses articles 72, 106 et 108, qui punissent la diffusion de fausses nouvelles et la diffamation au détriment de l’État, de l’ordre public, du moral des forces armées, ou des personnes privées. Le ministère de la Culture et de la Communication a cependant plaidé en faveur d’une extension de la loi pour inclure toutes les personnes impliquées dans la diffusion de fausses nouvelles (Ahoungon, 2018).

Le Maroc répond en outre aux problèmes globaux créés par l’évolution des médias en ligne et réseaux sociaux, de manière à assurer que ceux-ci ne servent pas de défouloir permettant d’exprimer des frustrations ni ne renforcent les chambres d’écho, et qu’ils promeuvent au contraire la délibération et la discussion. Les réseaux sociaux étant des espaces privés propices au débat public, des questions se posent au sujet de la responsabilité des acteurs impliqués dans les débats des réseaux sociaux (c’est-à-dire le gouvernement, les médias, les citoyens), ainsi que du rôle des entreprises de réseaux sociaux, en matière de discours de haine et de désinformation. Même si le rôle positif des technologies en ligne a été démontré en ce qui concerne les possibilités qu’elles offrent aux citoyens d’être informés et d’interagir avec les habitants de tout le pays et du monde entier rapidement et continûment, les difficultés suscitées par la désinformation et les discours de haine exigent des approches politiques nouvelles et innovantes.

La désinformation est définie comme « une information fausse, inexacte ou biaisée formulée, présentée ou valorisée de manière à provoquer intentionnellement un dommage public ou à des fins de profit ». Elle ne doit pas être confondue avec la diffamation, les discours de haine ou l’incitation à la violence (Commission européenne, 2018). Il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau, mais son étendue et la rapidité de sa diffusion au travers des médias en ligne et réseaux sociaux sont une des raisons pour lesquelles il représente une menace pour les processus démocratiques, en particulier au moment des élections (Stokel-Walker, 2018). Selon le Baromètre de la confiance Edelman de 2018, près de 7 personnes sur 10 sont inquiètes au sujet de la désinformation (Baromètre de la confiance Edelman, 2018). Voir Encadré 5.6 pour un exemple d’initiative impliquant plusieurs bailleurs soucieux de lutter contre la désinformation. Il faut noter que les discussions sur la manière de répondre à ces difficultés et de tirer profit des opportunités n’en sont qu’à leurs débuts dans les pays de l’OCDE. Certains pays, comme la France et l’Allemagne, tentent d’identifier des réponses légales et réglementaires à ces difficultés. Dans le même temps, le Groupe d’experts de haut niveau de la Commission européenne sur les fausses nouvelles et la désinformation en ligne encourage des réponses non réglementaires et privilégie des initiatives qui renforcent « l’information et l’éducation aux médias, la citoyenneté numérique, une indépendance accrue des médias d’information et un débat numérique sans interférences des autorités publiques et d’acteurs privés puissants » (Commission européenne, 2018). Bien qu’il n’existe pas de consensus sur ce que serait la politique la plus adéquate pour répondre à ces difficultés et tirer pleinement profit des opportunités, une approche globale et coordonnée incluant divers acteurs et politiques est recommandée.

Encadré 5.6. Initiative de vérification des faits dans le cadre de l’élection présidentielle au Mexique

Dans une tentative pour regagner la confiance des citoyens et stimuler leur participation, un regroupement de plus de 90 acteurs nationaux et locaux, parmi lesquels des chaînes de télévision, des journaux et des stations de radio, associés à des universités et des OSC, ont collaboré à une initiative de vérification des faits appelée Verificado 2018. Cette initiative, créée et dirigée par Animal Político, Newsweek en espagnol, Pop up Newsroom et AJ+ Español, visait à déceler les fausses nouvelles et identifier les instances responsables d’un mésusage des informations.

Un élément décisif du succès de l’initiative a été la collaboration entre les 90 partenaires qui ont chacun apporté leurs propres compétences et expertise. Animal Político, par exemple, a centralisé toute l’information, et mis sur pied une équipe de dix vérificateurs et deux coordinateurs travaillant à plein temps pour rechercher l’information et trouver les sources. Verificado 2018 a utilisé un outil de recherche alimenté par l’intelligence artificielle, appelé Krzana, pour suivre la désinformation et les problèmes constatés dans les bureaux de vote lors des élections mexicaines. Chaque nuit, les vérifications du jour étaient envoyées à tous les partenaires. Le lendemain matin, ils publiaient tous l’information de manière simultanée et l’affichaient sur le site Internet Verificado 2018.

Verificado 2018 a en outre renforcé les compétences du public. Pour s’opposer à la rapide diffusion des informations erronées parmi les citoyens, l’initiative a promu l’utilisation des hashtags #Verificado2018 et #EstoSíPasó (#ceciestarrivé) sur les contenus partagés sur la plateforme afin de les certifier. Cette initiative a aussi appuyé les efforts d’éducation aux médias, en formant les lecteurs à identifier les mauvaises informations et à comprendre le rôle des médias.

Source : https://verificado.mx/metodologia/

https://ijnet.org/en/blog/ahead-mexico%E2%80%99s-largest-election-verificado-2018-sets-example-collaborative-journalism.

Certains entretiens menés par l’OCDE au Maroc indiquent que la désinformation n’est pas encore perçue comme une réelle menace dans le pays. Les journalistes interrogés ont cependant affirmé que la réponse la plus efficace au problème, et la meilleure voie de renforcement des organisations des médias de manière plus générale, passaient à leurs yeux par un modèle d’autorégulation. L’émergence de la CNP ira en ce sens. Les personnes interviewées au sein des organisations des médias pensaient aussi que la réglementation actuelle du journalisme suffit à prévenir la généralisation de la désinformation.

La diffusion des discours de haine peut cependant représenter un problème de taille. Bien que le droit international des droits de l’homme n’en propose pas de définition, le concept est défini par de nombreuses législations nationales10. La Constitution marocaine, dans son article 23, traite de la question en affirmant qu’« est proscrite toute incitation au racisme, à la haine et à la violence ». La Loi n°88-13 relative à la presse et à l’édition dispose que le gouvernement sanctionnera « une publication, une publication périodique ou un journal électronique (qui) porte atteinte à la religion islamique ou (…) incite à la discrimination ou à la haine entre les personnes » (Article 71), ou toute personne qui commet une « provocation directe à la haine ou à la discrimination, (une) apologie des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des crimes de génocide ou des crimes de terrorisme » (Article 72).

Comme en ce qui concerne la désinformation, les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle significatif dans les politiques globales qui peuvent être adoptées pour répondre aux discours de haine. Certaines compagnies du secteur ont adopté leurs propres politiques et suppriment des contenus, en permettant aux usagers de signaler des violations. Ces compagnies deviennent par conséquent les gardiens de la liberté d’expression et les acteurs de l’identification des discours haineux (Gagliardone, I., Gal,D., Alves, T. & Martinez, 2015). En Italie, l’ONG Parole O_Stili a proposé une solution axée plutôt sur la sensibilisation : elle a élaboré un Manifeste qui promeut un comportement en ligne plus responsable, en encourageant une prise de parole en ligne respectueuse et responsable (voir Encadré 5.7).

Encadré 5.7. Manifeste pour une communication non hostile

1- Le monde virtuel :

  • Une administration efficace est conditionnée par une bonne communication par internet,

  • Cette communication doit être simple, accessible et transparente.

2- L’identité de la personne se définit par ce qu’elle communique :

  • Les citoyens doivent avoir accès aux documents, données et services publics,

  • Il faut les impliquer aussi dans la prise de la décision.

3- Les mots reflètent les perceptions :

  • Éviter l’utilisation des mots difficiles ou étrangers,

  • Utiliser un langage simple qui est familier au public.

4- Écouter avant de prendre la parole :

  • Écouter les points de vue et les propositions des citoyens,

  • Répondre à leurs questions et proposer des solutions satisfaisantes.

5- Les mots construisent des ponts :

  • Utiliser un langage compris par toutes les classes sociales,

  • S’assurer que le message est lisible et compréhensible.

6- Les mots influencent :

  • Les messages transférés et les actions faites ont un impact sur la vie des citoyens,

  • Se préparer à clarifier un processus, répondre à une question ou fournir des informations.

7- Partager l’information avec pertinence :

  • Mettre à jour les informations et les données, assurer leur disponibilité, et éviter les messages trompeurs,

  • Sensibiliser les citoyens à leur droit.

8- Les idées peuvent être discutées tout en respectant les personnes :

  • Le respect mutuel favorise la coexistence civique et améliore la coopération,

  • S’assurer que la façon de communiquer est respectueuse.

9- Une insulte ne constitue pas un argument :

  • Les insultes blessent à la fois les insultés et ceux qui insultent,

  • Inciter ceux qui insultent à s’exprimer d’une façon différente.

10- Le silence constitue aussi un message :

  • Communiquer seulement si nécessaire,

  • La communication doit être utile et pertinente : il ne faut pas communiquer à des fins de propagande.

Source : http://paroleostili.com/?lang=en.

Au Maroc, la HACA a joué un rôle dans les initiatives de lutte contre les discours de haine. En février 2016, par exemple, elle a participé à un séminaire sur l’échange des expériences et pratiques avec ses analogues de la Tunisie (HAICA), de la Suisse (OFCOM) et de la Belgique (CSA), en ce qui concerne certains aspects de la réglementation. Leurs représentants ont notamment discuté de la manière de concevoir une stratégie commune pour ses contenus audiovisuels, point qui leur a semblé appeler d’autres discussions avec des partenaires réglementaires. En mai 2016, la HACA et ses partenaires en Tunisie (HAICA) et de la Côte d’Ivoire (HACA) ont mené une initiative conjointe pour suivre la propagation des discours de haine, sensibiliser au sujet, et renforcer des capacités en rapport. Les médias écrits du Maroc, sous la conduite du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), ont adopté des normes dans le cadre du Code de conduite de 2001 afin d’encourager une approche d’autorégulation au moyen de la définition de principes et de pratiques éthiques pour la profession journalistique (MedMedia, 2018).

En plus de ces efforts, le Comité national « Non aux discours de haine au Maroc » a rejoint en 2013 le « Mouvement contre les discours de haine » orchestré par la Direction de la jeunesse du Conseil de l’Europe afin de lutter contre les discours de haine et de promouvoir les droits de l’homme en ligne. Le Comité national rassemble plusieurs membres du Parlement, des acteurs de la défense des droits de l’homme, des organisations de la société civile, des universitaires et des journalistes. L’objectif de la campagne nationale est de rassembler les compétences nécessaires parmi les jeunes et les organisations de la jeunesse afin d’identifier et d’agir en ligne contre les discours de haine et le racisme (Alaan, 2016). L’initiative collabore avec les organisations à un niveau local au travers de formations et d’activités de plaidoyer.

La Loi n°88-13 prévoit aussi des mesures politiques formelles pour lutter contre les discours de haine. La législation a adopté des mesures strictes pour tout type de médias ou de publications qui incitent à la discrimination ou à la haine, dans le respect des dispositions de la Constitution marocaine de 2011 et du Pacte international sur les droits civils et politiques (MedMedia, 2018). Il est en outre important de noter que le CNP aura un rôle à jouer contre la généralisation des discours de haine au travers de son pouvoir de retirer les cartes de presse en cas de faute grave.

L’éducation aux médias, une réponse politique envisageable

On considère généralement que l’éducation aux médias est une réponse politique décisive aux problèmes posés par la désinformation et les discours de haine, et le moyen de consolider les effets positifs des médias en ligne et réseaux sociaux. Le Projet d’éducation aux actualités (News Literacy Project), une ONG qui intervient auprès des enseignants et des étudiants, la définit comme l’ensemble des efforts visant à permettre aux personnes de distinguer les informations légitimes, comme celles « rassemblées aux fins de la recherche dépassionnée de la vérité, et les matériaux produits pour convaincre, vendre, induire en erreur ou exploiter » (News Literacy Project, 2018). De telles initiatives « permettent aux citoyens de comprendre le rôle des médias dans leur société, en les amenant à penser de manière critique, à résoudre des problèmes et à affirmer leur autonomie » (Tornero, 2008). Les études réalisées sur ces questions insistent sur le fait qu’un « individu qui connaît les médias se fera plus facilement une opinion bien fondée sur les enjeux sociaux et événements, puis sera mieux à même d’exprimer son opinion, individuellement comme collectivement » (Carlsson et. al., ed.). L’éducation aux médias est donc un élément décisif pour favoriser l’émergence de citoyen impliqués et informés, et de ce fait pour soutenir le gouvernement ouvert, puisqu’elle permet aux citoyens d’accéder à l’information et de l’évaluer ainsi que de prendre la parole.

Les activités d’éducation aux médias et au numérique comprennent deux aspects principaux. D’une part, l’introduction de ces matières dans le système scolaire, qui a conduit au développement de l’éducation et de la formation aux médias. D’autre part, de nombreux pays ont créé un service chargé de promouvoir les compétences en la matière ; ils ont dans ce cadre organisé des campagnes et des initiatives en faveur des personnes de tous âges (Agence européenne, N.D). Ces efforts, et par exemple le Conseil supérieur d’éducation aux médias, fournissent des outils pédagogiques, organisent des sessions de formation et des réunions entre étudiants et journalistes (voir Encadré 5.8 pour d’autres exemples).

Les organisations de la société civile et d’autres groupes d’intérêt public jouent aussi souvent un rôle important dans les initiatives d’éducation aux médias. Outre le News Literacy Project, déjà évoqué, la Community Media Association11 du Royaume-Uni, est un organe représentatif du secteur, qui s’est engagé à promouvoir l’accès de la population aux médias. Enfin, les organisations médiatiques elles-mêmes, particulièrement publiques, sont une source pour les formations, matériels et activités éducatifs.

Les initiatives d’éducation aux médias au Maroc

Les activités d’éducation aux médias ont été au Maroc portées par la communauté internationale, mais ont enregistré une participation croissante de diverses agences gouvernementales et d’OSC. Dans les entretiens réalisés par l’OCDE, les journalistes ont mis l’accent sur l’importance de maintenir et de systématiser ces programmes, qui jouent un rôle toujours plus important d’appui aux médias marocains.

L’UNESCO a notamment conçu des programmes d’éducation aux médias dans l’objectif d’aider les citoyens marocains, et notamment les jeunes, à utiliser l’Internet de manière plus efficace, et en développant des compétences critiques dans leur usage et dans la communication de l’information. Les activités de l’UNESCO au Maroc sont mises en œuvre dans le cadre de son action mondiale de promotion d’un environnement favorable à la liberté d’expression dans les pays arabes ; elles sont financées par l’Agence suédoise de coopération pour le développement international (UNESCO, 2013). En 2011, l’UNESCO a organisé sa première consultation régionale afin de créer un cadre de coopération avec le ministère de l’Éducation nationale. L’objectif en était d’inclure l’éducation aux médias et à l’information dans le système éducatif marocain et d’encourager les jeunes à utiliser l’Internet de manière plus critique.

L’UNESCO travaille en outre avec les organisations de la société civile pour appuyer des initiatives éducatives, dont des efforts pour former les enseignants en coopération avec le ministère marocain de l’Éducation nationale, ainsi que la création d’outils de formation intégrés au programme de formation national des enseignants. Cette initiative conjointe a rendu possible l’adaptation des modules de formation des enseignants et de formation des formateurs. Le cursus proposé par l’UNESCO a été intégré à la formation nationale des enseignants et déployé dans les 15 centres nationaux de formation des enseignants ainsi que dans les 34 centres associés du Maroc (UNESCO, 2013). L’UNESCO a aussi encouragé le dialogue et l’éducation aux médias au travers de l’organisation de plusieurs Semaines de l’information et de l’éducation aux médias.

Plus récemment, les autorités publiques du Maroc ont promu des programmes similaires. À la suite de la Semaine de l’information et de l’éducation aux médias de novembre 2017, par exemple, la HACA a intégré des éléments d’éducation aux médias et au numérique dans son mandat (Lemaizi, 2017). L’objectif de la HACA est de faciliter la production de contenus éducatifs audiovisuels et de mobiliser des acteurs pertinents dans les secteurs concernés.

Encadré 5.8. Efforts multisectoriels de promotion de l’éducation aux médias en Allemagne

Le gouvernement allemand a adopté des initiatives multisectorielles de renforcement des compétences en matière d’éducation aux médias, au travers de son Agence fédérale pour l’éducation civique et du ministère fédéral aux Affaires familiales, aux Personnes âgées, aux Femmes et aux Jeunes. Les activités déployées par l’Agence fédérale pour l’éducation civique (Bundeszentrale für politische Bildung ou BpB), qui comme son nom l’indique est une agence fédérale gouvernementale responsable de l’éducation civique, incluent :

  • L’organisation de plusieurs cours, notamment au travers de publications en ligne, d’événements et de vidéos web comme le Fakefilter, qui donne des orientations sur la manière de traiter les fausses nouvelles et les informations en ligne.

  • La mise en place d’une base de données sur les compétences des médias de la BpB, qui donne un aperçu de la variété des efforts transnationaux, nationaux et régionaux centrés sur le renforcement des compétences des enfants, des jeunes et des adultes. La BpB promeut en outre l’échange et les réseaux entre producteurs médiatiques.

  • La série d’événements Eltern/Pädagogen Online, qui permet aux parents et aux enseignants de renforcer leurs compétences et connaissances en matière de réseaux sociaux sous la conduite d’éducateurs expérimentés. Le BpB offre enfin des matériaux éducatifs gratuits.

  • La publication, en association avec l’Agence d’État de la Basse-Saxe pour l’éducation civique, de la version allemande du jeu vidéo « Contrefais-le pour le faire », qui permet à des jeunes de s’intéresser de manière ludique à la question des fausses nouvelles.

  • La publication du magazine papier de la BpB fluter, qui tente d’atteindre un public plus jeune.

Le gouvernement fédéral allemand appuie par ailleurs différents projets d’éducation aux médias pour les enfants et les adolescents, qui incluent la conception de sites Internet et d’applications pour les enfants. Le gouvernement apporte aussi son soutien au guide des médias Schau Hin! Was Dein Kind mit Medien macht, qui informe les parents et les éducateurs, et les aide à gérer de manière informée les pratiques d’utilisation des médias des jeunes.

Depuis peu, les services du bureau d’initiative Gutes Aufwachsen mit Medien, appuyés par le ministère fédéral aux Affaires familiales, aux Personnes âgées, aux Femmes et aux Jeunes, ciblent les adultes chargés de transmettre des compétences dans le domaine. Le projet soutient des professionnels de l’éducation et des parents. Il propose des brochures et informations conçues sur la base des expériences d’éducation aux médias sous un format accessible, ainsi que des plateformes web centralisées. Lors de conférences en ligne, le bureau d’initiative conseille des spécialistes et acteurs en matière de construction de réseaux locaux de promotion de l’éducation aux médias.

Sources : www.bpb.de/lernen/digitalebildung/medienpaedagogik/medienkompetenz-schriftenreihe; www.fakefilter.de; www.bpb.de/lernen/digitalebildung/medienpaedagogik/206263/medienkompetenz-datenbank.

Les interlocuteurs de l’OCDE ont indiqué que l’Institut supérieur de l'information et de la communication (ISIC) pouvait à leurs yeux jouer un rôle plus net dans l’appui à l’éducation aux médias. Le rôle de l’ISIC, institut placé sous l’autorité du ministère de la Culture et de la Communication, est de former des professionnels du journalisme et de la communication. Renforcer son implication dans ce domaine pourrait d’ailleurs promouvoir l’entrée des femmes dans les médias et médias en ligne, puisque plus de 70% des diplômés de l’ISIC sont des femmes. L’Institut national de la jeunesse et de la démocratie (INJD)12 est quant à lui une institution placée sous l’autorité du ministère de la Jeunesse et des Sports, qui entend renforcer l’intérêt des jeunes pour la politique et les valeurs de citoyenneté ; il pourrait à ce titre poursuivre ces initiatives d’éducation aux médias.

Un rapport de l’Alliance des Civilisations des Nations-Unies (UNAOC) a toutefois relevé que l’éducation aux médias et au numérique devait encore être intégrée au cursus scolaire marocain, et ainsi devenir une composante stable de l’éducation civique (UNAOC, 2016). Malgré les progrès enregistrés, le CNP et la HACA peuvent mieux se coordonner avec les autres partenaires, et notamment le ministère de l’Éducation, de manière à promouvoir une approche globale des efforts d’éducation aux médias. Le rapport de l’UNAOC a recommandé un soutien plus vigoureux de ces programmes par les militants, les politiques et les enseignants, et une promotion accrue de l’expression d’éducation aux médias auprès de la population (UNAOC, 2016).

De nombreuses OSC contribuent à ces efforts au Maroc, mais un changement d’échelle et une coordination plus efficace sont toutefois nécessaires. D-Jil est par exemple un projet régional financé par l’Union européenne, qui a été lancé en avril 2018 avec l’appui de Canal France International. Au Maroc, il s’est associé avec Le Forum des Alternatives Maroc. L’objectif de ce projet est d’accroître l’implication des jeunes dans les médias en ligne et de promouvoir l’accès des jeunes à l’information dans le monde arabe, en se concentrant sur les nouveaux supports en ligne, les médias privés traditionnels et les ONG13.

Le Médiateur pour la démocratie et les droits de l'homme a pour sa part mis en place des programmes d’éducation aux médias, et notamment un projet de 2014 intitulé « Les jeunes pour les médias démocratiques », conçu en collaboration avec le National Endowment for Democracy (NED)14. L’objectif en est d’appuyer la formation d’une génération de jeunes journalistes et professionnels des médias qui pourraient lancer leurs propres sites audiovisuels, consacrés aux actualités et aux questions politiques, sociales, économiques et culturelles. Ils s’apprêtent en outre à lancer la « Jeune Web TV »15 en 2018, en collaboration avec le Fonds des Nations-Unies pour la démocratie. Le Centre de recherches et d’éducation aux médias (CREM), enfin, a été créé en 2016 par un groupe d’enseignants et de professionnels des médias afin de développer l’éducation et la recherche16.

Ainsi, ce chapitre a mis en lumière certaines opportunités que permettent les évolutions de l’écosystème médiatique au Maroc en ouvrant des possibilités nouvelles aux gouvernements pour une meilleure interaction avec les citoyens. De cette manière, les médias en ligne et réseaux sociaux, de même que le journalisme citoyen, sont autant d’outils qui permettraient d’amplifier les effets des réformes du Gouvernement ouvert au Maroc. Il est cependant également nécessaire de s’assurer d’une réponse adéquate du gouvernement vis-à-vis des défis posés par ces médias tels que la prolifération des discours de haine et la désinformation. Bien qu’il n’existe aucune réponse univoque à ces défis, la nécessité d’une coordination et de synergies entre les efforts du gouvernement, des médias et des organisations de la société civile s’impose, afin d’y répondre efficacement.

Recommandations

  • Promouvoir un environnement opérationnel réglementaire et légal encourageant l’existence de la presse en ligne et des journalistes citoyens, notamment au moyen d’une simplification des procédures administratives. Les journalistes et les représentants de la société civile ont noté que l’existence de structures complexes en matière d’enregistrement peut empêcher le pluralisme et l’indépendance des médias. Des efforts peuvent par conséquent être faits en ce qui concerne la simplification et la mise en ligne des procédures, la création de guichets uniques et la clarification des règles et obligations.

  • Renforcer le cadre juridique pour les médias associatifs audiovisuels (comme la radio et la télévision), en reconnaissant leur rôle central dans le renforcement de la participation des parties prenantes et de la visibilité de la parole des groupes sous-représentés et marginalisés. Un tel cadre créerait un espace de dialogue inclusif entre le gouvernement, la HACA et les représentants des médias associatifs.

  • Renforcer les échanges entre les communicants publics et les médias associatifs et locaux.

  • Garantir une indépendance réglementaire des organismes qui accordent ou renouvellent les cartes de presse et fournissent une accréditation et des licences aux fournisseurs d'informations, et des organismes qui octroient les fonds publics à la presse, afin de réduire le risque d'ingérence politique et d'accroître la liberté des médias.

  • Envisager de lancer un dialogue inclusif avec le secteur des médias au sujet des politiques et activités susceptibles d’accroître leur rôle dans le processus de régionalisation en cours.

  • Maintenir et systématiser l’appui aux campagnes d’éducation aux médias et au numérique. Une approche plus stratégique de la mise en œuvre de ces initiatives pourrait être adoptée, afin d’améliorer la coordination entre les ministères concernés par ces activités, d’encourager l’intégration de l’éducation aux médias dans le cursus scolaire national, de promouvoir le rôle des OSC, des médias d’information et des acteurs du développement international proposant des activités de ce type, et de mieux cibler les groupes défavorisés et marginalisés afin de garantir que les médias en ligne leur bénéficient.

  • Reconnaître le potentiel du journalisme civique et citoyen pour améliorer la participation des parties prenantes. Cela pourrait inclure de les contacter dans le cadre des efforts de communication publique et de fournir des possibilités de formation sur ces pratiques journalistiques.

  • S'engager dans un dialogue multipartite, y compris avec les organisations de médias et les régulateurs, ainsi qu'avec les OSC, pour élaborer des politiques ou des initiatives visant à lutter contre la désinformation et les discours de haine. Cela pourrait inclure la sensibilisation aux médias sociaux et la sensibilisation au discours de haine et à ses réglementations.

  • Reconnaitre l’importance de réduire le fossé numérique et lutter contre les disparités entre zones urbaines et rurales en matière de leur capacité d’accéder et utiliser les médias en ligne.

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Notes

← 1. Selon des données de l’ONU, les individus qui utilisent l’Internet (pour 100 habitants) sont passés de 15,1 en 2005 à 57,1 en 2017, et les abonnements de téléphonie mobile (pour 100 habitants) sont passés de 41,1 en 2005 à 126,9 en 2017, http://data.un.org/en/iso/ma.html.

← 2. Ou médias communautaires au sens de l’UNESCO qui définit une communauté comme étant un groupe d’intérêt, culturel ou géographique.

← 3. Comme décrit ci-dessous, un décalage qui s’explique en partie par les problèmes que pose aux médias en ligne la nouvelle réglementation de la presse.

← 4. Réseaux de la jeunesse méditerranéenne (NET-MED Youth) – un projet triennal mis en œuvre par l’UNESCO et financé par l’Union européenne.

← 5. Une traduction en français de la Constitution de 2011 est disponible ici : http://www.wipo.int/wipolex/en/text.jsp?file_id=311565.

← 6. Pour une version française de la loi n°88-13 : /www.wipo.int/edocs/lexdocs/laws/fr/ma/ma069fr.pdf.

← 7. L’article 2 de la Loi définit un journal électronique comme « toute publication (…) qui est régulièrement mise à jour et qui se fait sous un nom de domaine propre au journal électronique et suivant un système de gestion du contenu. Elle est communiquée au public via le réseau Internet et les outils de la nouvelle technologie de l'information ». 


← 8. Le ministère a accordé un total de 460 000 € à la presse électronique en 2017, pour des compléments, voir le Département de la Communication, 27 juillet 2018.

← 9. Parlement européen (avec la résolution du 25 septembre 2008 sur les médias associatifs en Europe), le Conseil de l’Europe (dans sa Déclaration de 2009 du Comité des ministres du Conseil de l’Europe sur les médias associatifs), l’AMARC (et ses Principes pour une Législation démocratique sur la radiodiffusion associative), l’UNESCO (avec ses recommandations du Séminaire international sur la viabilité des médias associatifs).

← 10. Le terme fait généralement référence à des types de discours qui diffusent, incitent à, promeuvent ou justifient la haine raciale, religieuse ou autre (Weber, 2009).

← 11. http://www.commedia.org.uk/.

← 12. https://www.facebook.com/injdmaroc/.

← 13. http://www.cfi.fr/fr/projet/d-jil.

← 14. http://mediateurddh.org.ma/fr/projet/Jeunes-pour-des-medias-democratiques.

← 15. http://www.jeuneswebtv.mediateurddh.org.ma/.

← 16. https://www.facebook.com/crem.maroc/.

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