1. Tendances récentes des migrations internationales et inclusion des immigrés sur le marché du travail

L’immigration permanente dans les pays de l’OCDE a fortement diminué en 2020, de plus de 30 %, pour s’établir bien en deçà de 4 millions de personnes (Graphique 1.1). Il s’agit du niveau le plus bas depuis 2003 et de la baisse la plus marquée jamais enregistrée, tant en chiffres absolus que relatifs. Néanmoins, ce chiffre ne s’explique qu’en partie par le ralentissement réel des migrations internationales, et ce pour deux raisons. Premièrement, et c’est le plus important, l’immigration permanente comprend non seulement les nouvelles entrées, mais aussi les changements de statut, à savoir le passage d’un statut temporaire à un statut permanent. Ces changements de statut à l’intérieur des pays ont été beaucoup moins touchés par les fermetures de frontières et les autres mesures liées à la pandémie - comme la fermeture des bureaux des visas à l’étranger - que l’immigration en provenance de l’étranger. La baisse réelle du nombre de nouvelles entrées a donc été beaucoup plus importante que ne le montre le graphique pour l’immigration permanente. Selon des estimations préliminaires, la baisse réelle des entrées permanentes (hors changements de statut) pourrait être supérieure à 40 % en moyenne.

Deuxièmement, plusieurs pays de l’OCDE gèrent leurs statistiques sur les migrations selon des exercices budgétaires qui ne correspondent pas aux années civiles. C’est notamment le cas de l’Australie. En conséquence, la baisse des flux migratoires au cours de l’année civile 2020 ne se retrouve que partiellement dans les statistiques migratoires de 2020 pour ces pays. Pour l’Australie, des données partielles semblent indiquer que la baisse en glissement annuel du nombre de nouvelles arrivées depuis l’étranger en 2020 a été de l’ordre des deux tiers, soit plus de quatre fois le chiffre indiqué dans le Tableau 1.1 qui se fonde sur l’exercice budgétaire de 2020 et qui inclut les changements de statut sur le territoire national.

Avec 576 000 nouveaux immigrés permanents légaux enregistrés, soit 44% de moins qu’en 2019 et le niveau le plus bas depuis 2000, les États-Unis restent le premier pays d’immigration de l’OCDE (Tableau 1.1). Sur la base d’estimations préliminaires, la baisse des flux d’immigration a largement dépassé les 50 % si l’on ne prend pas en considération les changements de statut. L’Allemagne a accueilli 460 000 immigrés permanents en 2020, soit une baisse relativement modeste par rapport aux autres pays de l’OCDE (-26 %), tendance en partie imputable à la part importante des flux migratoires en provenance d’autres pays de l’UE, qui n’a diminué que de 15 %. Vient ensuite le Royaume-Uni avec un peu moins de 250 000 nouveaux immigrés permanents, soit environ 30 % de moins qu’en 2019. Parmi les cinq principaux pays de destination de l’OCDE, la France a enregistré la baisse la moins marquée (-21 %) et a accueilli 230 000 nouveaux immigrés en 2020, ce qui la place au cinquième rang des pays de destination. Ces chiffres sont du même ordre de grandeur que la moyenne des entrées annuelles observées au début des années 2010. L’immigration en Espagne, qui avait augmenté de façon continue entre 2015 et 2019, a connu une forte baisse en 2020 pour s’établir à peine au-dessus des 200 000 admissions (-38 %).

Le Canada, qui avait enregistré un nombre record d’entrées permanentes en 2019, a connu l’une des baisses les plus marquées des pays de l’OCDE en 2020 (-46 %), avec à peine plus de 180 000 admissions de résidents permanents. D’après des chiffres provisoires, les flux migratoires en direction de l’Italie ont été quasiment divisés par deux, s’élevant à 100 000 admissions en 2020, du jamais vu depuis la fin des années 1990. Les conséquences des mesures de lutte contre le COVID-19 ont également beaucoup influencé les flux migratoires en direction du Japon. L’immigration y a en effet augmenté rapidement jusqu’en 2019, les chiffres ayant doublé en cinq ans, mais la baisse de 37 % l’a ramenée à 86 000 admissions en 2020.

Les Pays-Bas ont enregistré une baisse relativement modeste des entrées permanentes en 2020 (-20 %, s’établissant à 121 000 admissions), après un niveau record en 2019. La Belgique et le Luxembourg ont connu des tendances analogues, à savoir une baisse plutôt modérée en 2020 après une forte immigration en 2019. En Suède, seuls 80 000 nouveaux immigrés permanents ont été enregistrés en 2020, soit une baisse de 21 % également par rapport à 2019. Il s’est agi de la quatrième baisse consécutive depuis 2016, ce qui donne à penser que ce phénomène est également lié à d’autres facteurs, notamment une baisse tendancielle des migrations humanitaires. Les flux d’immigration en Suisse ont été particulièrement stables en raison du nombre élevé de changements de statut comptabilisés dans les entrées permanentes. Depuis 2010, ils restent en effet dans une fourchette étroite (115 000-135 000 admissions) et, en 2020, ils se sont établis à 117 000 admissions, soit une baisse de seulement 4 % par rapport à 2019. La Nouvelle-Zélande n’a elle aussi enregistré qu’une baisse modérée (-7% et 36 000 admissions), même si les chiffres pour 2019 étaient les plus bas depuis 20 ans. Après l’Italie et le Canada, Israël a enregistré la troisième baisse la plus marquée du nombre d’admissions permanentes (-41 % et 20 000 admissions).

Selon les données nationales, la Hongrie a accueilli 44 000 nouveaux immigrés en 2020. Malgré une baisse de 21 %, ce chiffre est bien supérieur aux valeurs annuelles enregistrées avant 2018. L’immigration au Chili a chuté de 39 % en 2020 pour s’établir à 155 000 entrées.

Le Mexique est le seul pays de l’OCDE à avoir enregistré une hausse de l’immigration permanente en 2020. Le pays comptait plus de 54 000 nouveaux immigrés permanents, soit l’un des chiffres les plus élevés jamais enregistrés, à la suite d’une forte augmentation des admissions pour motifs humanitaires.

En ce qui concerne le nombre d’entrées par habitant, ce sont les pays relativement petits de l’OCDE qui restent en tête du classement (Graphique 1.2). Après une forte augmentation ces dernières années, un certain nombre de pays d’Europe centrale et orientale membres de l’OCDE se situent aujourd’hui bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE. À l’inverse, après la forte baisse enregistrée, le Canada affichait un nombre d’admissions permanentes inférieur, pour la toute première fois, à la moyenne de l’OCDE.

Les migrations familiales constituent depuis longtemps la principale catégorie d’immigration dans les pays de l’OCDE (Graphique 1.3), et ce constat est resté vrai en 2020. Il s’agit cependant de la catégorie qui a le plus pâti du recul de l’immigration permanente, avec une baisse de plus de 35 %, selon des données partielles. En 2019, les migrations familiales étaient relativement élevées, représentant 36 % du total des flux migratoires en direction de l’OCDE, mais la pandémie a ramené cette part à environ un tiers. Cette baisse globale s’explique principalement par le recul de 50 % enregistré aux États-Unis, qui comptent pour une part importante des migrations familiales en direction des pays de l’OCDE (43 % du total en 2019). En 2020, le Canada a également accueilli beaucoup moins de migrants familiaux qu’en 2019 (-46 %). À contrecourant de la tendance générale à la forte baisse des migrations familiales, quelques pays ont connu d’importantes hausses, notamment le Danemark (+24 %), le Mexique (+21 %) et la Nouvelle-Zélande (+17 %).

Les migrations de travail en direction des pays de l’OCDE, en hausse entre 2015 et 2019 (Tableau d’annexe 1.A.1) ont diminué en 2020, mais légèrement moins que les migrations familiales, en partie en raison des changements de statut des immigrés temporaires déjà sur place, lesquels concernent de nombreuses personnes relevant de cette catégorie. Si les pays de l’OCDE ont accueilli moins de travailleurs immigrés (-24 %) en 2020 qu’en 2019, leur part dans le total des flux migratoires a augmenté d’un point de pourcentage pour s’établir à 15 %. Cette tendance mondiale masque des situations très disparates dans l’ensemble des pays. De fait, dans de nombreux pays, les migrations de travail ont été largement perturbées par la crise du COVID-19. Par exemple, aux Pays-Bas, en France et en Norvège, le nombre de travailleurs immigrés a diminué d’environ un tiers. Aux États-Unis, toutefois, le nombre de nouveaux résidents permanents légaux admis pour des raisons professionnelles a peu diminué. Cela peut s’expliquer par le fait que la plupart de ces permis permanents sont délivrés sur le territoire national, à la suite d’un changement de statut. Pour la même raison, la baisse a également été plus modeste parmi les travailleurs immigrés que parmi les autres catégories d’immigrés en Australie et au Canada.

Les déplacements au titre de la libre circulation n’ont que modérément ralenti en 2020 (-17 %). Dans l’Union européenne, si tous les pays ont observé une réduction de cette catégorie de migrations, la baisse n’a pas dépassé les -24 % enregistrés en Autriche. Malgré un recul de 15 %, l’Allemagne est restée de loin le principal pays de destination des Européens en 2020. Les flux au titre de la libre circulation entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont été plus largement entravés que les déplacements à l’intérieur de la zone de libre circulation de l’Union européenne.

D’après des données partielles et préliminaires, les migrations humanitaires en direction des pays de l’OCDE ont fortement chuté en 2020 (-23 %) et cette contraction a atteint un niveau jamais observé depuis 2003. La part des admissions pour raisons humanitaires dans le total des migrations permanentes est restée inférieure à 10 % en 2020 (Graphique 1.4), mais elle a encore régressé pour s’établir à 8.2 % en 2020. Dans la plupart des pays de l’UE, la baisse du nombre de nouvelles admissions pour raisons humanitaires est restée plus modeste (moins de 20 %), la plupart des admissions relevant de cette catégorie correspondant à des changements de statut octroyés à des demandeurs d’asile déjà présents dans le pays avant la pandémie. De fait, aux Pays-Bas, les admissions pour raisons humanitaires ont été encore plus nombreuses en 2020 qu’en 2019. Ce fut aussi le cas au Mexique. À l’inverse, les États-Unis et le Canada – deux pays où la majeure partie des admissions pour raisons humanitaires se font depuis l’étranger dans le cadre de programmes de réinstallation – ont connu une réduction beaucoup plus marquée de l’immigration pour motifs humanitaires (voir plus bas pour ce qui concerne la réinstallation).

Si la pandémie a mis en évidence le rôle clé joué par les travailleurs immigrés dans des secteurs professionnels très mobilisés ou restés exposés au plus fort de la crise, elle a aussi révélé l’importance du maintien de certaines migrations temporaires de travailleurs. C’est le cas notamment de la catégorie la plus importante à l’échelle de l’OCDE, à savoir les migrations de travailleurs saisonniers. Pré-COVID-19, on note par ailleurs une forte augmentation du nombre de détachements de travailleurs au sein de l’UE/AELE.

Les travailleurs saisonniers internationaux répondent aux besoins temporaires de main-d'œuvre notamment dans l’agriculture ou le tourisme, mais également la construction, les soins à la personne ou l’industrie agroalimentaire, selon les programmes nationaux en vigueur. Au sein de l’UE/AELE, les besoins de main-d’œuvre sont en grande partie satisfaits par la libre circulation. Des accords bilatéraux de recrutement de travailleurs saisonniers ont toutefois été signés dans les dernières années, par exemple entre l’Allemagne et la Géorgie en 2020.

Avec l’arrivée de la pandémie de COVID-19, la fermeture partielle des frontières nationales et les différentes mesures de confinement qui s’en sont suivies, ce sont essentiellement les activités agricoles qui ont nécessité des recrutements internationaux de travailleurs saisonniers dans les pays de l’OCDE.

Globalement, il est important de noter qu’en 2020, les entrées de travailleurs saisonniers n’ont baissé que de 9%, soit nettement moins que les migrations permanentes et que toutes les autres catégories de migrations temporaires (Graphique 1.5). Dans les principaux pays de destination que sont les États-Unis (213 000 travailleurs saisonniers) et la Pologne (137 000 travailleurs saisonniers), on a même constaté une légère progression. En revanche, on note une baisse des arrivées de travailleurs saisonniers au Canada, en Australie et en Norvège, alors même que dans ces pays les flux avaient tendance à augmenter sur la décennie précédente (Tableau d’annexe 1.A.2). La baisse a été particulièrement marquée au Mexique.

Les programmes de vacanciers actifs réservés aux jeunes jouent un rôle important pour répondre aux besoins de main-d’œuvre peu qualifiée en Australie et en Nouvelle-Zélande, là encore dans les secteurs du tourisme et de l’agriculture. Les entrées sur le territoire australien dans le cadre de ce programme ont diminué de 29 % en 2020 (Tableau d’annexe 1.A.2). Par contre, aux États-Unis, second pays de destination des vacanciers actifs en 2019, les jeunes participants au Summer Work Travel Program sont moins actifs dans le secteur agricole et seuls 5 000 jeunes ont été recrutés en 2020 en raison des restrictions liées à la crise sanitaire, contre 108 000 en 2019. Dans les autres pays de destination, le nombre de participants à ces programmes s’est également réduit des deux tiers au moins en 2020.

Les stagiaires internationaux sont particulièrement nombreux au Japon où ils occupent des emplois faiblement ou moyennement qualifiés, essentiellement dans l’industrie. Dans ce pays, les nouveaux recrutements sont passés de 187 000 en 2019 à 79 000 en 2020 (Tableau d’annexe 1.A.2). La même baisse est observée dans les autres pays qui disposent de programmes distincts de recrutement international de stagiaires. On constate également une baisse marquée de la mobilité au sein des multinationales du fait de la pandémie. Ces transferts intra-entreprises ont diminué de 53 % en 2020, seule la Pologne fait figure d’exception avec des entrées en hausse de 14 % cette même année (Tableau d’annexe 1.A.2).

D’autres programmes nationaux permettent le recrutement de travailleurs étrangers (Graphique 1.5). Par exemple, la Pologne a signé avec l’Arménie, le Bélarus, la Géorgie, la Moldavie, la Russie et l’Ukraine des programmes bilatéraux de recrutements simplifiés. La grande majorité des travailleurs employés en Pologne suivant la procédure simplifiée, notamment dans les secteurs de l’industrie manufacturière, de la construction, de l’agriculture ainsi que des services administratifs, provient d’Ukraine. L’économie polonaise a recruté, deux années de suite, au moins un million de travailleurs et la pandémie a faiblement affecté ces flux1. À l’inverse, tous les autres pays de l’OCDE ont enregistré une forte baisse de leurs migrations temporaires de travail, et notamment les plus grands recruteurs après la Pologne : les États-Unis (-37 %), l’Australie (-37 %), le Canada (-43 %), le Japon (-66 %) et la Corée (-57 %) (Graphique 1.5).

En 2019, près de 4.6 millions2 de détachements ont été enregistrés au sein de l’UE/AELE. Ils représentaient alors en équivalent temps plein près de 0.8 % de l’emploi dans la région. Les travailleurs détachés constituent une catégorie légale particulière parmi les mouvements temporaires de travailleurs au sein de la zone de libre circulation de l’UE/AELE. Il s’agit de salariés ou d’indépendants qui vont effectuer un travail dans un autre pays de l’UE/AELE tout en restant affiliés au système de sécurité sociale du pays membre dans lequel ils exercent généralement leur activité (règlement CE n°987/2009). Il s’agit d’une exception à la règle habituelle destinée à limiter les lourdeurs administratives pour les employeurs, travailleurs et organismes de Sécurité sociale pour des missions de courte durée. Les travailleurs salariés peuvent éventuellement se déplacer d’une branche à une autre au sein d’un même groupe ou être employés par une entreprise de travail temporaire. Le détachement doit faire l’objet d’un enregistrement dans le pays d’affiliation, ce qui permet de disposer de statistiques sur ce phénomène.

Il convient de distinguer deux types de détachements. La majorité des détachements (3.1 millions soit sept sur dix en 2019) relèvent de l’article 12 du règlement et sont effectués dans un seul autre pays membre, dont 40 % dans le secteur de la construction en 2019. Ils ne peuvent excéder 24 mois et durent en moyenne 115 jours, avec toutefois de grandes disparités entre les pays. Le Tableau 1.2 présente l’évolution au cours de la dernière décennie de ce type de détachements par pays de destination.

Pour le reste des détachements, seul le pays d’origine est connu car ils sont effectués dans au moins deux pays membres (article 13), le cas de 1.3 millions de détachements, ou régis par des accords multilatéraux (article 16) pour 80 000 détachements en 2019 uniquement. Le transport routier représente 37 % des détachements relevant de l’article 13. Ce type de détachement n’est pas limité dans le temps mais dure en moyenne 312 jours – soit plus du double des détachements qui relèvent de l’article 12. En équivalent temps plein, l’importance économique sur le marché du travail européen de ces travailleurs, dont le pays de réalisation du travail n’est pas connu, dépasse celle des travailleurs présentés dans le Tableau 1.2.

Le recours au détachement a augmenté de façon inédite en 2019 (+57 %), notamment sous l’effet d’une forte hausse du nombre de détachements relevant de l’article 12 (+77 %), tandis que la hausse était jusque-là portée par l’augmentation du nombre de détachements relevant de l’article 13. La hausse mesurée du détachement peut s’expliquer à la fois par un plus grand recours dû à une meilleure connaissance de la procédure de la part des acteurs du marché du travail et par l’introduction dans différentes législations nationales de sanctions en cas de non-respect de la loi sur le détachement.

S’agissant des pays d’origine, tous types de détachements confondus, l’Allemagne est passée en tête en 2019 avec 1.8 million de détachements contre moins d’un demi-million l’année précédente. La hausse est surtout imputable au quadruplement du nombre de détachements relevant de l’article 12. Longtemps en tête des pays d’origine, la Pologne est désormais loin derrière l’Allemagne. Elle a enregistré près de 650 000 détachements en 2019, soit une hausse annuelle de 7 %. Viennent ensuite l’Espagne, l’Italie et l’Autriche dont sont originaires respectivement entre 200 000 et 250 000 détachements en 2019.

La Suisse et l’Autriche ont également connu une forte progression des enregistrements, quoiqu’à des niveaux bien moindres que l’Allemagne, avec respectivement : +152 % (72 000 détachements), +88 % (1 900 détachements), +79 % (198 000 détachements). Seules l’Irlande et la République slovaque ont connu une légère baisse du nombre de détachements en provenance de leurs marchés du travail en 2019.

Près de la moitié des pays de l’OCDE de l’UE/AELE ont connu un doublement du nombre de détachements relevant de l’article 12 effectués sur leur territoire en 2019 (Tableau 1.2). L’augmentation générale est de 79 % contre 5 % l’année précédente. L’Allemagne demeure le plus grand pays destinataire de cette catégorie de travailleurs détachés mais présente une plus faible progression que les autres pays. Les principaux corridors de détachements relevant de l’article 12 observés en 2019 se trouvaient entre l’Allemagne et l’Autriche (262 00 détachements), l’Allemagne et la France (214 000 détachements), et entre l’Allemagne et la Suisse (181 000 détachements).

Après avoir augmenté de près de 50 % en moyenne dans les pays de l’OCDE en une décennie, le nombre de nouveaux permis délivrés à des étudiants en mobilité internationale a reculé de façon remarquable en 2020. Le nombre de premiers permis a diminué de près de 70 % aux États-Unis et au Canada et de 51 % au Mexique (Tableau 1.3). Dans les pays européens pour lesquels des données sont disponibles, la baisse avoisinait plutôt les 40 % (en excluant les mouvements internes à l’UE), à l’exception de la France où le nombre d’entrées a baissé de 19 % et de la Suisse où le nombre d’entrées est stable. En Australie, la baisse s’est limitée à 29 %, la rentrée des étudiants ayant eu lieu en février, soit avant le début de l’épidémie. Le nombre d’étudiants en mobilité internationale présents dans les pays de l’OCDE, qui dépassait les 4 millions en 2019, devrait être en recul en 2020.

Les pays les plus attractifs pour les étudiants demeurent les États-Unis, qui comptaient en 2019 près d’un million d’étudiants en mobilité internationale dans leurs établissements du supérieur, ainsi que l’Australie et le Royaume-Uni, avec environ un demi-million chacun (Tableau 1.3). En 2020, par contre, les entrées de nouveaux étudiants étaient deux fois plus nombreuses au Royaume-Uni qu’aux États-Unis.

L’Allemagne, qui a connu une augmentation rapide des flux d’étudiants dans la dernière décennie, compte désormais un tiers de million d’étudiants en mobilité internationale, soit plus que le Canada – où les entrées ont pourtant augmenté également – et que la France. Le Japon est le septième pays d’accueil des étudiants internationaux.

En moyenne dans l’OCDE, les étudiants en mobilité internationale représentaient 6 % des élèves du supérieur en 2019. La concentration en étudiants en mobilité internationale augmente avec le cycle d’études dans tous les pays, à l’exception de l’Australie où les étudiants en mobilité internationale représentent 56 % des étudiants de master et 36 % des étudiants en doctorat (Tableau 1.3). Au Luxembourg, en Suisse et en Nouvelle-Zélande, la majorité des étudiants qui préparent un doctorat sont des étudiants en mobilité internationale contre 22 % en moyenne dans l’OCDE.

En 2019, 60 % des 3.7 millions de détenteurs d’un permis d’études dans les pays de l’OCDE étaient originaires d’Asie, en particulier de Chine (25 %), d’Inde (9 %) et du Viet Nam (3 %) (Graphique 1.6). Dans les pays européens de l’OCDE, la part des étudiants européens parmi les étudiants en mobilité internationale (45 %) dépasse celle des étudiants asiatiques (29 %). Les nationalités allemande (53 000 étudiants), chinoise (52 000 étudiants) et ukrainienne (40 000 étudiants) sont les plus représentées. La France est le seul pays de l’OCDE où plus de la moitié des étudiants en mobilité internationale provient du continent africain.

Parmi les 20 premiers pays d’origine des étudiants inscrits dans un pays de l’OCDE en 2019, les nationalités présentant la plus forte progression depuis 2013 sont la Syrie (effectifs multipliés par dix et 20e nationalité en 2019), le Népal (triplement, désormais la 6e nationalité), le Viet Nam (doublement, 3e nationalité), l’Inde (doublement, seconde nationalité) et l’Ukraine (doublement, 12e nationalité).

La crise du COVID a dans un premier temps entraîné une forte baisse du nombre de demandes d’asile. En effet, le nombre de nouvelles demandes dans les pays de l’OCDE a diminué de 31 % en 2020 pour s’établir à 830 000 (Graphique 1.7). Il s’agit de la diminution la plus marquée depuis la fin de la crise des Balkans au début des années 1990. Toutefois, le nombre total de demandes est resté supérieur à toutes les années antérieures à 2014, à l’exception de 1992. Les données préliminaires pour les premiers mois de 2021 dans les pays de l’UE indiquent que le niveau reste inférieur aux années qui ont précédé la pandémie (Encadré 1.1).

Le tableau général en termes de composition des effectifs de demandeurs d’asile par pays d’origine est resté globalement inchangé malgré la crise du COVID (Tableau 1.4), ce qui porte à croire que cette crise a altéré les déplacements indépendamment de leur provenance. En réalité, la composition a davantage évolué entre 2018 et 2019 qu’entre 2019 et 2020. En 2020, le Venezuela et l’Afghanistan ont en effet continué d’occuper les premiers rangs en termes de pays d’origine des demandeurs d’asile, comme en 2019, et les demandes ont diminué pour tous les pays d’origine.

Trois pays ont cependant enregistré une baisse plus modérée en 2020. La Syrie (-13 %) occupe désormais la troisième place du classement (auparavant la quatrième), la Colombie (-12 %) est montée du neuvième au sixième rang, et Cuba (-11 %) fait désormais partie des 10 premiers pays d’origine. Il est intéressant de noter que le nombre de demandes émanant de ressortissants colombiens en Espagne est resté stable en 2020 et que les demandes de ressortissants cubains aux États-Unis ont augmenté en 2020 par rapport à 2019.

Parmi les 10 principaux pays d’origine en 2019, le Nicaragua et l’Iran ont également connu de fortes baisses (respectivement -61 % et -53 %). En dehors de ce classement, Haïti a été le principal pays à enregistrer une hausse des demandes dans les pays de l’OCDE.

Depuis 2017, les États-Unis sont le pays de l’OCDE qui reçoit le plus grand nombre de demandeurs d’asile. En 2020, plus de 250 000 demandes ont été soumises aux autorités américaines, en baisse de seulement 17 % par rapport aux 300 000 demandes déposées en 2019 (Tableau d’annexe 1.A.4). Plus des trois quarts de ces demandes émanaient de ressortissants de pays d’Amérique latine et des Caraïbes, notamment le Guatemala (36 000), le Honduras (31 000), le Venezuela et El Salvador (23 000 chacun).

Avec 103 000 demandes d’asile, l’Allemagne était le seul autre pays de l’OCDE à recevoir plus de 100 000 demandes en 2020. Les demandes d'asile émanant de ressortissants syriens en Allemagne n'ont enregistré qu'un modeste recul (-7 %) et celles provenant de ressortissants afghans ont même augmenté de 4 %. Pour la première fois depuis que des données sont disponibles, l’Espagne figure parmi les trois premiers pays de destination de l’OCDE, avec plus de 86 000 demandes d’asile. Près de neuf demandeurs d’asile sur dix en Espagne sont originaires d’Amérique latine et des Caraïbes, principalement du Venezuela et de Colombie. En termes de nombre de demandes d’asile, la France suit l’Espagne de près avec 82 000 demandes. En France, si les demandes émanant de ressortissants albanais et géorgiens n’ont représenté qu’un quart de celles enregistrées en 2019, le nombre de demandeurs d’asile originaires d’Afghanistan est resté stable (+2 %). Les autres pays de l’OCDE ayant enregistré plus de 20 000 demandes d’asile en 2020 sont le Mexique (41 200), la Grèce (37 900), le Royaume-Uni (36 000), la Turquie (31 300), l’Italie (21 200) et le Costa Rica (21 100). Parmi les principaux pays d’accueil des demandeurs d’asile en 2019, le Japon (-62 %) et la Corée (-57 %) ont enregistré les plus fortes baisses.

Après un pic à 38 % en 2019, les femmes comptent pour 36 % des demandeurs d’asile dans l’UE. Cette proportion reste relativement importante car, dans l’ensemble, depuis 2008, seul un tiers des demandeurs d’asile dans l’UE étaient des femmes. Ailleurs, leur part est généralement plus élevée, celles-ci représentant 46 % des demandeurs d’asile en Turquie et 41 % au Mexique.

Seuls quatre pays de l’OCDE ont accueilli davantage de demandeurs d’asile en 2020 qu’en 2019. Le premier est l’Autriche (+20 %), où le nombre de demandeurs d’asile de nationalité syrienne a presque doublé. La Colombie a également enregistré une hausse (+12%), imputable à un plus grand nombre de demandes émanant de ressortissants vénézuéliens. Des hausses ont également été observées au Chili et en République slovaque, à des niveaux très bas toutefois en valeur absolue.

Les pays nordiques ont longtemps été les plus grands pays d’accueil pour les demandeurs d’asile. Toutefois, en 2020, ils ont reçu beaucoup moins de nouvelles demandes d’asile que les années précédentes. En effet, l’année 2020 marque le niveau le plus bas depuis une quinzaine d’années pour la Suède, le Danemark, la Finlande et la Norvège. La Suède accueille toujours néanmoins un nombre important de demandeurs d’asile en 2020, tant en valeur absolue qu’en valeur relative (1 350 par million d’habitants). Les ratios observées au Danemark (260), en Finlande et en Norvège (250 pour les deux) sont désormais bien inférieurs à la moyenne de l’OCDE.

Par rapport à leur population totale, les pays de l’OCDE ont en effet reçu au total 623 demandeurs d’asile par million d’habitants en 2020 (Tableau d’annexe 1.A.4). Avec plus de 4 000 nouvelles demandes par million d’habitants, le Costa Rica affiche - comme en 2019 - le ratio le plus élevé en 2020. La Grèce suit de près avec 3 630 nouvelles demandes d’asile par million d’habitants, devant le Luxembourg (2 080), l’Espagne (1 850), la Slovénie (1 670) et l’Autriche (1 440). Parmi les principaux pays de destination, certains ont continué d’afficher des ratios relativement élevés, comme la France (1 250), l’Allemagne (1 220) et les États-Unis (750), tandis que le Royaume-Uni (530), le Canada (500) et l’Italie (350) se situent en dessous de la moyenne de l’OCDE. Dix pays de l’OCDE ont accueilli moins de 100 demandeurs d’asile par million d’habitants. Hormis la Slovénie, tous les pays d’Europe centrale et orientale font partie de cette catégorie, ainsi que la Nouvelle-Zélande, le Portugal, le Chili et le Japon.

Le nombre de personnes s’étant vu octroyer une protection internationale a également beaucoup diminué en 2020 (Tableau 1.5). Ce recul a toutefois été beaucoup plus modeste que pour les demandes d’asile (18 % par rapport à 2019). La baisse a été plus marquée en dehors de l’Europe, notamment en Australie, au Canada et aux États-Unis. Ces deux derniers pays sont à l’origine de plus de la moitié de la baisse totale dans la zone OCDE. Dans le même temps, certains pays ont connu une hausse importante du nombre des octrois de protection internationale, en particulier l’Espagne, la Grèce et le Mexique. Ces trois pays ont en effet accepté en 2020 le plus grand nombre jamais enregistré de demandes de protection internationale.

Entre 2010 et 2019, les programmes de réinstallation ont permis de transférer dans les pays de l’OCDE plus d’un million de personnes ayant besoin d’une protection internationale. Les effets de la crise du COVID sur ces programmes ont été très marqués. Le Graphique 1.9 montre qu’en 2020, seuls 34 400 réfugiés ont été réinstallés, soit deux tiers de moins qu’en 2019 et le nombre le plus faible jamais enregistré.

Les États-Unis, de loin le principal pays de réinstallation, n’ont procédé qu’à 9 600 réinstallations, soit une baisse de près des deux tiers par rapport à 2019. Le Canada se place en 2020 deuxième derrière les États-Unis, avec 9 200 réinstallations (-69 %). Malgré une forte baisse (-80 %), l’Australie est restée au troisième rang avec 3 700 arrivées, soit un peu plus que la Suède (3 200 réfugiés réinstallés, -39 %). Parmi les pays ayant accueilli plus de 1 000 réfugiés réinstallés en 2019, la Suède et la Norvège ont été les seules à parvenir à réaliser au moins la moitié des réinstallations effectuées en 2019. Les baisses les plus marquées en termes relatifs ont été enregistrées au Royaume-Uni (-85 %), en Australie (-80 %), ainsi qu’aux Pays-Bas et en France (-78 % pour les deux).

Les données pour 2020 ne sont malheureusement pas encore disponibles, mais les tendances antérieures à la pandémie montrent une évolution notable de la composition de l’immigration dans les pays de l’OCDE par nationalité. En 2019, la Chine a renforcé sa position en tant que première nationalité d’origine des nouveaux immigrés (Graphique 1.10). Cette année-là, 465 000 immigrés chinois (+35 000 par rapport à 2018) sont entrés dans les pays de l’OCDE, ce qui représente près de 7 % des entrées totales. Cette augmentation est due à la forte hausse du nombre d’immigrés chinois accueillis par le Japon et le Royaume-Uni juste avant la pandémie de COVID-19. Dans les autres principaux pays de destination, le nombre de nouvelles entrées est resté stable, notamment en Australie et au Canada, voire a légèrement diminué, comme aux États-Unis.

L’immigration de ressortissants indiens dans les pays de l’OCDE a continué d’augmenter en 2019 (+53 000 admissions), pour représenter près de 400 000 personnes. Le nombre de nouveaux immigrés indiens a notamment beaucoup augmenté au Royaume-Uni (+30 000), au Canada (+15 000) et, dans une moindre mesure, en Allemagne (+5 000).

Les Roumains sont restés en 2019 à la troisième place du classement, avec des flux généralement stables en direction des principaux pays de destination de l’OCDE, à savoir: l’Allemagne (110 000 nouveaux immigrés) et l’Italie (39 000). Des changements ont été observés dans des pays de destination plus petits comme la Suisse (+86 %, soit 4 500 nouveaux immigrés) et les Pays-Bas (+26 %, soit 12 000 nouveaux immigrés). Dans l’ensemble, les 290 000 immigrés roumains ont représenté 4 % de l’immigration totale dans les pays de l’OCDE en 2019.

Les Ukrainiens se sont hissés à la 4e place, 230 000 ressortissants ayant immigré dans les pays de l’OCDE en 2019 (+21 % par rapport à 2018), la plupart en Pologne (110 000), en République tchèque (22 000) et en Hongrie (21 000). Les ressortissants du Venezuela et du Viet Nam suivent de près les Ukrainiens avec respectivement 227 000 et 225 000 départs vers les pays de l’OCDE, ce qui correspond à une progression à deux chiffres des flux d’émigration vers la zone OCDE.

L’immigration légale de ressortissants mexicains aux États-Unis, qui représente près de 90 % de l’immigration mexicaine totale dans la zone OCDE, a diminué pour la troisième année consécutive pour s’établir à 156 000 admissions. L’immigration de ressortissants des Philippines dans les pays de l’OCDE n’a que légèrement augmenté (+2 %), mais les Philippins ont gagné trois rangs dans le classement des principales nationalités d’origine en raison de la baisse de l’émigration italienne (-5 %), polonaise (-8 %) et iraquienne (-28 %).

Entre autres évolutions notables en 2019, on peut noter la progression continue des arrivées de ressortissants brésiliens, marocains et colombiens, et la baisse constante des flux d’entrée de ressortissants syriens.

La plupart des pays affichant un taux élevé d’expatriation de leurs ressortissants vers les pays de l’OCDE se situent en Europe du Sud-Est (Tableau d’annexe 1.A.5). L’Albanie (18 départs pour 1 000 habitants), la Roumanie (15), la Bulgarie (13), la Bosnie-Herzégovine (12), la Croatie (11) et la Macédoine du Nord (11), ont tous enregistré des ratios supérieurs à 10. Parmi les pays de plus de 20 millions d’habitants, les taux les plus élevés sont observés pour le Venezuela (8), l’Ukraine (5) et le Maroc (4).

La population totale née à l’étranger qui vit dans les pays de l’OCDE a augmenté pour s’établir à 136 millions de personnes en 2020 (Graphique 1.11). En moyenne, cela représente une augmentation de 2.5 % par an depuis 2000. Sur ces 136 millions de personnes nées à l’étranger, un tiers vit aux États-Unis et près de la moitié réside dans un pays européen de l’OCDE. Le taux de croissance a fluctué au cours des deux dernières décennies. Entre 2000 et 2005, la population née à l’étranger a augmenté d’environ 4 % par an, avant de ralentir au rythme de 3 % par an entre 2005 et 2010 et d’environ 2 % par an entre 2010 et 2015 au lendemain de la crise financière mondiale. Le taux de croissance a toutefois rebondi dans les pays européens de l’OCDE en raison de l’afflux de migrants dans la région en 2014-15. Depuis 2015, la population née à l’étranger dans cette région augmente de 3 % par an. Cela correspond à une hausse de la population née à l’étranger d’environ 15 % en 2020 par rapport à 2015.

Ces dix dernières années, la population née à l’étranger a augmenté dans la plupart des pays de l’OCDE. Elle représente en moyenne 14 % de la population de la zone OCDE en 2020, par rapport à 11.9 % en 2010. À l’exception des États baltes et d’Israël, tous les pays ont contribué à cette croissance, et cinq pays ont vu la part de leur population née à l’étranger croître de plus de 5 points de pourcentage au cours de la période. C’est au Luxembourg (9 points de pourcentage de plus), en Islande (8 points de plus) et en Suède (6 points de plus) que la croissance a été la plus forte. Pour l’Islande, cela signifie que la population née à l’étranger a pratiquement doublé entre 2010 et 2020.

Les pays qui comptent depuis toujours une faible part de personnes nées à l’étranger ont également vu progresser cette catégorie de la population. En effet, l’accroissement des effectifs de personnes nées à l’étranger est en général beaucoup plus marqué dans ces pays. Par exemple, le Chili a vu sa population née à l’étranger être multipliée par quatre entre 2010 et 2019 (passant de 2 % à 8 % de la population). En Hongrie, cette part a augmenté de 50 % entre 2010 et 2020 (passant de 4 % à 6 % de la population). Des hausses analogues en termes relatifs ont également été observées dans d’autres pays d’Europe centrale et orientale.

Comme les années précédentes, la proportion de personnes nées à l’étranger est la plus élevée au Luxembourg (48 % de la population totale), suivi de l’Australie et de la Suisse (30 % dans les deux pays), et de la Nouvelle-Zélande (27 %).

Les hommes ont toujours été plus nombreux que les femmes à immigrer, et cela reste le cas même si la situation varie selon les pays de l’OCDE. En 2019, les hommes représentaient en moyenne plus de 56 % des nouveaux immigrés dans la zone OCDE (voir Graphique 1.13). Cette part est identique à celle de l’année précédente, mais légèrement supérieure à celle observée sur la période 2013-18 (+1.5 point de pourcentage). En particulier, les pays d’Europe centrale et orientale, qui comptaient déjà une part disproportionnée d’immigrés de sexe masculin, ont vu leur proportion augmenter encore. Dans le même temps, en 2019, la part des femmes immigrées a été plus élevée que jamais auparavant en Australie et aux États-Unis (54 % pour les deux). La proportion de femmes est également plus élevée que par le passé au Royaume-Uni (52 %).

Les variations de la part des femmes dans les flux d’immigration au fil du temps et selon les pays peuvent s’expliquer en partie par les différentes catégories d’entrée qui caractérisent ces flux. L’immigration aux États-Unis, par exemple, repose en grande partie sur des motifs familiaux – une catégorie au sein de laquelle les femmes sont surreprésentées. Environ 60 % des personnes admises dans l’OCDE au titre des migrations familiales sont des femmes.

Pendant de nombreuses années, les hommes ont représenté la grande majorité des nouveaux immigrés en Italie. Cependant, leur part diminue progressivement depuis 2017. En 2019, un immigré sur deux était une femme. La proportion de femmes a également augmenté en Pologne et en République slovaque ; ces pays ont en effet enregistré une hausse de 3 points de pourcentage par rapport à la moyenne de 2013-18. Malgré l’augmentation observée en Pologne, la part des femmes reste faible (42 %), ce qui s’explique par la prédominance de l’immigration de travail dans des secteurs où les hommes sont largement surreprésentés.

En 2019, c’est en Lituanie que les hommes étaient les plus nombreux parmi les nouveaux immigrés, leur part atteignant 90 %. Dans de nombreux autres pays d’Europe centrale et orientale, la proportion d’hommes parmi les nouveaux immigrés est supérieure à 60 %. C’est le cas en Slovénie et en Lettonie, où la part des hommes est particulièrement élevée (respectivement 74 % et 76 %), ainsi qu’en Hongrie, en République tchèque, en Estonie et en Allemagne. En dehors de l’Allemagne, aucun de ces pays n’est un pays d’immigration de longue date. La forte proportion d’hommes parmi les nouveaux immigrés en Allemagne est liée au fait que les statistiques sur les flux d’immigration dans ce pays incluent un grand nombre de déplacements de courte durée, dans lesquels les hommes sont surreprésentés.

Globalement, seuls six pays de l’OCDE ont accueilli davantage de femmes immigrées que d’hommes : les États-Unis, l’Australie, le Royaume-Uni, Israël, l’Italie et le Canada. En dehors de l’Italie, l’équilibre entre sexes est relativement stable dans ces pays depuis de nombreuses années, ce qui s’explique là encore par l’importance des migrations familiales dans ces pays (à la fois famille accompagnante et regroupement familial).

Les personnes admises pour des raisons familiales ont aussi tendance à rester plus longtemps dans le pays, ce qui explique aussi en partie, en plus de l’espérance de vie plus élevée des femmes en général, pourquoi la proportion de femmes dans la population immigrée totale est plus élevée que dans les flux d’entrée dans la plupart des pays (Graphique 1.14). De fait, si les hommes représentent l’essentiel des effectifs de nouveaux immigrés dans la majorité des pays de l’OCDE, les immigrés établis dans ces pays sont en majorité des femmes. Les disparités entre les pays en termes de composition par sexe sont également beaucoup moins marquées parmi les immigrés résidents que parmi les nouveaux immigrés. En ce qui concerne les immigrés résidents, tous les pays se situent dans une fourchette relativement étroite de 40 à 60 % pour chaque sexe.

Le chiffre annuel global des acquisitions de nationalité se situe autour de 2 millions (Graphique 1.15). En 2019, 2.2 millions de personnes sont devenues des ressortissantes d’un pays de l’OCDE ; ce chiffre, d’un niveau inédit, représente une progression de 12 % par rapport à 2018. Les pays européens de l’OCDE représentent 42 % de ce total (918 000 octrois de citoyenneté) et les États-Unis 38 % (843 000).

En 2019, c’est aux États-Unis que le nombre d’acquisitions de nationalité a le plus augmenté en valeur absolue (+81 600, pour s’établir à 843 000). Parmi les bénéficiaires, 14 % venaient du Mexique, suivi de l’Inde, des Philippines et de la Chine. La nationalité canadienne a également été très demandée en 2019, et le nombre de décisions positives a augmenté pour s’établir à 250 000 (+42 %). Il s’agit principalement d’anciens ressortissants des Philippines, d’Inde et d’Iran.

Une augmentation du nombre d’acquisitions de nationalité a également été observée en Pologne et en Australie. En Pologne, leur nombre a augmenté rapidement, passant de 4 600 en 2018 à 12 900 en 2019. La majorité concernait des ressortissants ukrainiens. Les acquisitions de la nationalité australienne ont progressé de 58 % en 2019 pour s’établir à 127 700. Des données récentes indiquent que le niveau le plus élevé a été atteint en 2020 lorsque 205 000 personnes sont devenues australiennes (en hausse de 60 % par rapport à 2019). Parmi les nouveaux ressortissants australiens en 2019, 14 % étaient nés aux Philippines, 13 % en Inde et 5 % en Iran et en Chine.

D’autres augmentations notables ont été observées en Norvège (+27 %) et aux Pays-Bas (+22 %). En Norvège, plus d'un nouveau ressortissant sur cinq était originaire de Somalie. À l’inverse, le Chili et la Grèce ont enregistré les baisses relatives les plus marquées en 2019 (respectivement -80 % et -41 %). Au cours des deux dernières décennies, l’octroi de la citoyenneté danoise a diminué de façon continue, parallèlement à un durcissement des conditions d’accès à la citoyenneté, et les chiffres ont atteint leur niveau le plus bas en 2019.

Si l’on examine les acquisitions de nationalité en pourcentage de la population étrangère, le Canada est le premier pays de l’OCDE, plus de 10 % de ses résidents étrangers ayant obtenu la citoyenneté canadienne en 2019 (Graphique 1.16). La Suède se classe au deuxième rang en 2019 avec 7.2 %. Avec 5.4 % de sa population étrangère ayant acquis la nationalité au cours de l’année, la Pologne s’est hissée de la 14e à la troisième place. Avec 5 %, le Portugal arrive au quatrième rang, suivi du Luxembourg avec 4 %.

Pour les pays pour lesquels les données de 2020 sont déjà disponibles, le nombre d’acquisitions a diminué de 17 % par rapport à 2019. Toutefois, cela s’explique en grande partie par la forte baisse en valeur absolue du nombre de naturalisations aux États-Unis, où elles ont diminué de 327 000 pour atteindre leur niveau le plus bas depuis 2003, à savoir 520 000. Il semble que cette baisse soit en partie due à des retards dans la gestion des demandes de naturalisation en raison de la fermeture des bureaux pendant la crise du COVID-19, les entretiens de naturalisation ayant été reportés. Les chiffres ont également baissé dans d’autres pays d’immigration de longue date comme l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni.

En revanche, en 2020, le nombre d’octrois de nationalité a augmenté de plus de 25 % dans un tiers des pays pour lesquels des données sont disponibles, notamment l’Australie, le Danemark, l’Espagne, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède.

En 2019, l’Inde a été le principal pays d’origine des ressortissants naturalisés de l’OCDE, avec environ 156 000 procédures. Quatre Indiens sur dix sont devenus américains, environ 20 % canadiens et 20 % supplémentaires britanniques.

Le nombre de ressortissants mexicains ayant acquis la nationalité d’un pays de l’OCDE a fortement augmenté ces dernières années, passant de 71 000 en 2010 à 129 000 en 2019 (+ 81 %). Ils sont à l'écrasante majorité (95 %) devenus américains. Viennent ensuite les ressortissants des Philippines, de la Chine et du Maroc (voir Graphique 1.17). Ces cinq pays figuraient également parmi les cinq premiers pays d’origine en 2010. De légers changements sont intervenus depuis 2010 au bas du classement des 20 premiers pays. Le nombre de Cubains naturalisés a en effet doublé depuis 2010, tandis que les chiffres ont nettement reculé pour les ressortissants turcs et colombiens. En 2019, seuls 38 000 Turcs et 32 000 Colombiens ont été naturalisés dans d’autre pays de l’OCDE (soit 35 % et 37 % de moins respectivement par rapport à 2010).

À la suite de l’afflux de Syriens dans le contexte de la guerre civile en Syrie et des flux humanitaires qui en ont découlé autour de l’année 2015, des effectifs croissants deviennent admissibles à la nationalité de leur pays d’accueil dans la zone OCDE. Ce phénomène a entraîné une forte augmentation des naturalisations de ressortissants syriens. En 2019, environ 41 000 Syriens ont été naturalisés (un sur deux est devenu suédois), contre 6 200 en 2010.

En 2019, environ 25 000 ressortissants du Royaume-Uni ont obtenu la citoyenneté d’un pays européen de l’OCDE. Ce chiffre, le plus élevé depuis que des données sont disponibles, est quinze fois supérieur à celui de 2015, l’année précédant le referendum sur le Brexit (voir Graphique 1.18). Cette tendance à la hausse s’est accélérée entre 2018 et 2019. Par exemple, l’acquisition de la nationalité allemande a plus que doublé, passant de 6 600 en 2018 à 14 600 en 2019. Elle a également presque triplé en Suède, s’établissant à 5 000, et a augmenté de plus de 50 % en Belgique, atteignant plus de 1 600. La Finlande et l’Autriche ont également enregistré de fortes augmentations, bien qu’à des niveaux inférieurs.

Dans le sens inverse, le nombre de ressortissants de l’UE ayant obtenu la nationalité britannique n’a jamais été aussi élevé qu’en 2019 (48 500 ; Graphique 1.19). Ce chiffre est quatre fois supérieur à celui de 2015. Pour les ressortissants italiens et allemands, le nombre de naturalisations a même été multiplié par 7 entre 2015 et 2019, et par 6 pour les Espagnols et les Français. Les naturalisations de ressortissants polonais et roumains ont également augmenté mais n’ont été multipliées que par respectivement deux et trois à partir de niveaux initiaux plus élevés, toutefois. Les chiffres supérieurs observés pour les ressortissants des premières nationalités citées tiennent en grande partie à l’antériorité de la période d’immigration. Si, par rapport aux chiffres de 2015, l’augmentation du nombre de ressortissants de l’UE ayant acquis la nationalité britannique a été inférieure en 2019 à celle des acquisitions de la nationalité d’un pays de l’UE par les ressortissants britanniques, elle a été plus élevée en chiffres absolus.

En 2020, le monde a dû faire face à sa plus grave pandémie depuis un siècle. Les mesures sanitaires prises par l’ensemble des pays de l’OCDE pour limiter la propagation du COVID-19 ont entraîné une contraction brutale de l’activité économique (OCDE, 2020[1]), qui a touché l’ensemble de la population, mais en particulier les groupes les plus vulnérables, dont les immigrés. Pour ces derniers, la crise économique débutée en 2020 a mis fin à une décennie de progrès sur le marché du travail.

La situation sur le marché du travail des immigrés est plus sensible aux variations conjoncturelles que celle des natifs. En période d’expansion, l’écart entre le taux d’emploi des immigrés et des natifs tend à diminuer. A l’inverse, en période de contraction de l’activité économique, les immigrés sont souvent les premiers à perdre leur emploi et ont plus de difficulté à en retrouver un.

Entre 2000 et 2007/08, le taux d’emploi des immigrés s’est amélioré dans tous les pays. Dans l’UE27, par exemple, il est passé de 57 % en 2002 à 64 % en 2008 (Graphique 1.20), soit un niveau très proche de celui enregistré pour les personnes nées dans le pays (66 %). Le taux de chômage, qui a également baissé, est toutefois resté largement supérieur à celui des natifs (12 % contre 7 %, voir Graphique d’annexe 1.A.1).

À la suite de la crise économique de 2007/08, la situation de l’emploi s’est détériorée rapidement dans la plupart des pays pour les deux groupes. L’évolution des taux d’emploi et de chômage a été relativement du même ordre pour les natifs et les immigrés dans les pays non-européens et au Royaume-Uni. Par contre, au sein de l’UE27, les immigrés ont plus souffert de la crise économique car ils sont en général plus concentrés dans les secteurs les plus sensibles aux variations conjoncturelles (notamment la construction et l’industrie manufacturière en 2007/08), plus souvent sous contrat à durée déterminée et avec une ancienneté plus faible dans l’emploi (OCDE, 2009[2]). L’écart de taux d’emploi entre immigrés et personnes nées dans le pays a en conséquence doublé entre 2008 et 2012. Il est de 4 à 5 points de pourcentage depuis cette période, malgré la reprise de la croissance de l’emploi à partir de 2013.

Depuis 2010/11, on observe une amélioration continue de l’emploi dans la plupart des pays de l’OCDE, assortie d’une réduction des écarts entre immigrés et personnes nées dans le pays. En Europe, le taux d’emploi des immigrés a atteint 65 % en 2019, un niveau jamais observé depuis des décennies. Même constat en Australie où le taux d’emploi des immigrés a atteint 72 % en 2019 et au Canada où il a atteint 73 %. Aux États-Unis, où le taux d’emploi des immigrés est supérieur à celui des natifs depuis 2004, l’emploi immigré a retrouvé le niveau historique de 2006 (72%). Au Royaume-Uni, le taux d’emploi des immigrés de l’UE (82 %) et des pays tiers (70 %) ont atteint leur plus haut niveau depuis l’élargissement de l’UE en 2004.

La crise économique liée à la pandémie de COVID-19 a mis un frein brutal à ces évolutions. Aux États-Unis, le taux d’emploi des immigrés en 2020 est le plus faible enregistré depuis que des données sur cet indicateur sont disponibles (2002). Dans l’UE, le taux d’emploi des immigrés retrouve le niveau de 2009 même s’il reste supérieur à celui du début des années 2000, où la population immigrée était caractérisée par une forte inactivité des femmes. Seul le Royaume-Uni dénote avec une augmentation des taux d’emploi en 2020 (d’après des données provisoires)3, due pour l’essentiel à des départs sélectifs (voir ci-dessous).

En 2020, la situation sur le marché du travail s’est globalement dégradée dans l’ensemble des pays de l’OCDE, que ce soit pour les personnes nées dans le pays ou les immigrés. Toutefois, l’impact de la crise a connu de fortes disparités d’un pays à l’autre, selon le succès et l’importance des mécanismes de soutien à l’emploi. En moyenne, au sein de la zone OCDE, le taux d’emploi des immigrés est passé de 69.2 % à 67.3 %, quand leur taux de chômage a augmenté de 8.3 % à 10 % (Tableau 1.6). Dans l’Union européenne à 27, le taux d’emploi des immigrés est passé de 65.2 % à 63.1 % et leur taux de chômage de 11.1 % à 12.4 %. En moyenne dans l’OCDE en 2020, le taux d’emploi des immigrés est inférieur de 1.8 points de pourcentage à celui des personnes nées dans le pays et le taux de chômage supérieur de 3.4 points. L’écart atteint respectivement 5.2 points et 6 points au sein de l’UE. Ces évolutions sont toutefois moins drastiques que celles observées après la crise de 2007/08, où le taux d’emploi des immigrés avait chuté en 2009 de trois points de pourcentage et le taux de chômage avait progressé de trois points.

Le taux d’emploi des immigrés a significativement reculé dans trois pays de l’OCDE sur cinq et le taux de chômage a significativement progressé pour les trois quarts d’entre eux. La situation s’est particulièrement détériorée dans les pays nordiques (à l’exception du Danemark et de la Finlande), en Europe du sud (sauf en Grèce), en Hongrie et en République slovaque, dans les pays Baltes ainsi que dans les pays de l’OCDE des Amériques (Tableau 1.6). Au Mexique, en Colombie, au Costa Rica, aux États-Unis et au Canada, où les plans de maintien dans l’emploi ont été modestes voire inexistants (OCDE, 2020[3]), le taux d’emploi des immigrés a chuté de 4.7 à 7.1 points de pourcentage – des chiffres notoirement plus élevés que pour les personnes nées dans le pays.

Une nette augmentation de l’écart de taux de chômage selon le lieu de naissance est également visible en Europe, notamment quand les immigrés sont fortement surreprésentés dans les contrats courts. C’est le cas en particulier en Espagne, où le taux de chômage des immigrés a augmenté six fois plus que celui des natifs. On retrouve une situation similaire en Suède avec une augmentation quatre fois plus forte. Une partie de la surexposition des immigrés aux variations conjoncturelles sur le marché du travail peut être imputable à leur concentration sectorielle spécifique (Tableau d’annexe 1.A.6), notamment l’hôtellerie - restauration, secteur le plus touché par la crise économique liée à la pandémie de COVID-19 (Encadré 1.2).

En dépit de la pandémie de COVID-19, il est toutefois à noter que le taux d’emploi des immigrés n’a pas connu d’évolution significative dans deux pays de l’OCDE sur cinq (un quart des pays pour le taux de chômage). En Pologne et en Grèce, les indicateurs du marché du travail des immigrés ont même évolué positivement. En Pologne, pour autant, l’augmentation du taux d’emploi des immigrés est assortie d’une chute du volume total de l’emploi immigré de 15%, du fait de sorties importantes du marché du travail ou du pays, voire d’une baisse des migrations temporaires.

La situation est similaire au Royaume-Uni, où le taux d’emploi des immigrés a aussi augmenté d’un point de pourcentage en 2020 (Tableau 1.6), alors que l’emploi immigré diminuait. Au Royaume-Uni, l’augmentation du taux d’emploi est due en particulier à une augmentation des départs de ressortissants des nouveaux pays membres de l’UE, dans un contexte de crise économique et de sortie du Royaume-Uni de l’UE. La population en emploi née dans les pays d’Europe centrale et orientale a diminué de 17 % en 2020, contre -4 % pour ceux nés hors UE. Toutefois, au Royaume-Uni, le taux de chômage des immigrés est supérieur en 2020 à celui observé en 2019.

Pour d’autres pays comme la France ou la Suisse, par contre, la stabilité des indicateurs du marché du travail reflète à ce jour l’absence d’impact majeur de la crise sur l’insertion professionnelle des immigrés. Ces deux pays sont parmi ceux qui ont mis en œuvre les plans de maintien dans l’emploi les plus larges : au moins 45 % des salariés en ont bénéficié pendant la pandémie (OCDE, 2020[3]). Une situation similaire est observée dans d’autres contextes au Danemark et en République tchèque.

Dans près de deux pays de l’OCDE sur cinq, les immigrés restent plus souvent en emploi que les natifs. C’est le cas notamment dans les pays où l’immigration de travail de proximité et la libre circulation représentent une forte part des flux, comme en Europe centrale (notamment en Pologne et en République tchèque), au Luxembourg mais également au Portugal, où l’écart atteint plus de 5 points de pourcentage en faveur des immigrés. C’est également le cas en dehors de l’Europe, dans les pays d’Amérique latine et en Nouvelle-Zélande.

Au-delà des variations mesurées par le taux de chômage ou d’emploi, dans des conditions économiques très défavorables et des conditions sanitaires difficiles, un certain nombre de personnes en âge de travailler peuvent se trouver découragées ou empêchées de chercher un emploi, et donc être considérées comme inactives. Cette situation d’inactivité subie, contribuant au « halo du chômage », s’est amplifiée pendant les confinements mis en place pour lutter contre la pandémie.

Le taux de participation a ainsi diminué significativement dans la moitié des pays de l’OCDE entre 2019 et 2020 (Tableau d’annexe 1.A.12). Dans un tiers des pays, les pertes nettes d’emploi se sont majoritairement traduites par des transitions vers l’inactivité, et non vers le chômage. C’est notamment le cas dans les pays d’Amérique latine, d’Europe du sud, en Belgique et en Irlande. Ce phénomène est particulièrement flagrant pour les immigrés en Italie où l’on observe une baisse concomitante du taux d’emploi (-3 points de pourcentage), du taux de chômage (-0.5 point) et du taux de participation (-3.9 points).

À l’inverse, la détérioration soudaine des conditions sur le marché du travail peut conduire certaines personnes précédemment éloignées de l’emploi à rechercher un complément de ressources pour le foyer. C’est ainsi que lors de la crise économique de 2007/08, on avait pu mettre en évidence une hausse du taux de participation des femmes immigrées dans plusieurs pays de l’OCDE (OCDE, 2009[2]). Une tendance similaire semble se dessiner dans plusieurs pays nordiques, dans certains pays baltes, au Royaume-Uni et en Slovénie, où le taux de participation des femmes immigrées a progressé de 1.8 à 3.5 points de pourcentage en 2020, entraînant une augmentation autant de l’emploi que du chômage.

Le Graphique 1.22 présente les variations des taux d’emploi par sexe, âge, niveau d’éducation et durée de séjour dans l’UE 27, en Australie, au Canada et aux États-Unis. Il apparaît ainsi que la détérioration de la situation de l’emploi entre 2019 et 2020 a concerné tous les groupes mais dans des proportions différentes.

La baisse du taux d’emploi observée dans la plupart des pays de l’OCDE semble avoir affecté de manière relativement comparable les hommes et les femmes immigrés, sauf au Canada où le taux d’emploi des femmes immigrées a baissé de plus d’un demi-point de pourcentage de plus que celui de leurs homologues masculins.

La différence de taux d’emploi hommes-femmes est structurellement beaucoup plus forte chez les immigrés que chez les personnes nées dans le pays, avec un écart de plus de 10 points dans la majorité des pays de l’OCDE (Graphique d’annexe 1.A.2). C’est particulièrement le cas aux États-Unis, où le taux d’emploi des femmes immigrées est de 22 points inférieur à celui des hommes (contre 7 points chez les natifs). En Australie, bien que l’écart de taux d’emploi hommes-femmes des immigrés ait atteint son plus bas niveau depuis 20 ans (14 points de pourcentage), il reste près de trois fois supérieur à celui observé chez les natifs (un écart de 5 points, divisé par deux en près de 10 ans). Dans l’UE 27, l’écart hommes-femmes a atteint son plus bas niveau chez les personnes nées dans le pays en 2020 mais reste important (9 points), bien que moins élevé que pour les immigrés (16 points). La pandémie de COVID-19 n’a pas aggravé disproportionnellement la situation des femmes immigrées sur le marché du travail.

Dans la majorité des pays de l’OCDE, quel que soit leur âge, les immigrés ont plus souffert de la détérioration de la situation de l’emploi que leurs homologues nés dans le pays. Les jeunes sont souvent les premiers affectés en période de récession, notamment parce que les transitions du système scolaire à l’emploi sont plus difficiles mais également parce qu’ils sont souvent en contrat à durée déterminée au début de leur carrière professionnelle. Toutefois, en Europe, aux États Unis et en Australie, l’impact de la pandémie sur l’insertion dans l’emploi des jeunes immigrés ne se démarque pas des travailleurs d’âge de pleine activité. Dans ces pays, une partie de l’ajustement sur le marché du travail s’est toutefois opéré sur la marge intensive (le nombre d’heures travaillées) plutôt qu’extensive (le nombre de personnes en emploi). En moyenne dans l’OCDE, le nombre d’heures travaillées des jeunes a chuté de 26 % au deuxième trimestre 2020, soit presque deux fois plus que pour leurs homologues d’âge de pleine activité (OCDE, 2021[5]). Sur l’emploi des jeunes immigrés, le Canada se démarque avec une baisse spectaculaire du taux d’emploi de près de 8 points de pourcentage, soit près de deux fois plus que pour les autres travailleurs. Cela dit, on n’observe pas d’écart significatif entre les jeunes immigrés et jeunes nés dans le pays.

Pour les jeunes de moins de 25 ans, la part de la population n’étant ni scolarisé, ni en emploi, ni en formation (dit taux de NEET) est un indicateur complémentaire utile pour évaluer le risque d’exclusion du marché du travail. En Amérique du Nord, le taux de NEET des jeunes immigrés, en baisse régulière depuis 2010, a fortement augmenté suite à la détérioration de l’emploi entre 2019 et 2020, passant de 13 % à 18 % aux États-Unis et à 19 % au Canada. Il s’agit là des plus hauts niveaux observés au cours des 15 dernières années (Graphique 1.23).

A contrario, le taux de NEET des jeunes immigrés dans l’UE 27 (19 %) et au Royaume-Uni (12 %) n’a que peu augmenté, restant bien en dessous de son niveau du début des années 2010, où il avait atteint jusqu’à 23 % dans l’UE et 15 % au Royaume-Uni. Même s’il reste important (+7 points de pourcentage), l’écart avec les jeunes natifs s’est en réalité même légèrement résorbé en 2020 dans l’UE 27.

Contrairement aux pays d’Amérique du nord, où l’augmentation des NEET a été surtout le fait des pertes d’emploi, en Europe les jeunes ont souvent pu bénéficier des mesures de sauvegarde de l’emploi (OCDE, 2021[6]). L’augmentation du taux de NEET a aussi pu être atténuée par une forte augmentation des inscriptions en formation ou en études pendant la période de pandémie.

L’examen de la situation sur le marché du travail entre 2019 et 2020 montre également que les immigrés plus âgés (55-64 ans) ont connu une dégradation de leur situation d’emploi, mais dans une moindre mesure que leurs homologues moins âgés (Graphique 1.22). Dans ce groupe d’âge également, la baisse du taux d’emploi a été plus marquée pour les immigrés que pour les personnes nées dans le pays, en particulier aux États-Unis et en Australie.

La situation sur le marché du travail s’est détériorée pour tous les niveaux d’éducation, autant pour les personnes nées à l’étranger que pour celles nées dans le pays. Le taux d’emploi des personnes de niveau d’éducation intermédiaire a toutefois été le plus affecté. Le taux d’emploi a globalement moins diminué parmi les diplômés du supérieur, qui dans leur grande majorité ont la possibilité de maintenir une activité en télé-travaillant (Yasenov, 2020[7]).

Le Graphique 1.22 met toutefois en lumière des disparités selon le lieu de naissance, quel que soit le niveau d’éducation considéré. Au Canada, la diminution du taux d’emploi s’est avéré légèrement supérieure pour les immigrés à tous les niveaux d’éducation. C’est le même constat au sein de l’UE, de manière plus marquée. Par exemple, le taux d’emploi des immigrés diplômés du supérieur a diminué de 1.4 point de pourcentage en 2020, alors qu’il est resté quasi-stable pour les natifs. À l’inverse, les immigrés diplômés du supérieur aux États-Unis ont mieux résisté sur le marché du travail que leurs homologues nés dans le pays (-3.1 points contre -3.6 points).

Paradoxalement, les immigrés récents (présents dans le pays d’accueil depuis moins de cinq ans) ont moins souffert de la détérioration de la situation de l’emploi que les immigrés installés de longue date. Au sein de l’UE 27, le taux d’emploi de ces nouveaux arrivants a ainsi chuté d’un point de pourcentage en 2020, quand celui des immigrés installés reculait de 2.3 points (Graphique 1.22). L’écart est du même ordre aux États-Unis, alors qu’au Canada, la diminution du taux d’emploi des immigrés récents (-1.3 point de pourcentage) est quatre fois moindre que celle de leurs homologues installés depuis plus de cinq ans. Le nombre d’immigrés récents en emploi a par contre diminué de près de 10 % en 2020 en Europe, contre -2 % chez les immigrés installés. Ces baisses ont été respectivement de -36 % contre -5% aux États-Unis.

Ces tendances doivent donc être interprétées avec précaution parce qu’elles ne traduisent pas nécessairement une plus grande résilience sur le marché du travail des nouveaux arrivants mais pourraient au contraire refléter des taux de retour plus élevés et sélectifs en cas de perte d’emploi.

La situation des immigrés sur le marché du travail varie fortement selon leur région d’origine. Plusieurs raisons peuvent y contribuer. Les caractéristiques de la population immigrée varient selon les régions d’origine : la composition par sexe, l’âge, le niveau d’éducation et les catégories migratoires sont très hétérogènes d’une région à l’autre (d’Aiglepierre et al., 2020[8]). De plus, la proximité géographique et/ou socioculturelle ainsi que les différences linguistiques ont potentiellement un impact important sur l’intégration des immigrés. D’après les différents indicateurs présentés dans le Tableau 1.7, la grande majorité des immigrés, quelle que soit leur région d’origine, ont connu une détérioration de leur situation sur le marché du travail en 2020. Toutefois, l’ampleur de cette dégradation diffère sensiblement d’une région à l’autre.

Au sein de l’UE 27, les immigrés d’Amérique latine et des Caraïbes ainsi que ceux du Moyen-Orient ont connu une diminution de leurs taux d’emploi d’au moins trois points de pourcentage, en grande partie sous l’effet d’une augmentation du chômage mais aussi suite à une transition vers l’inactivité. Concernant les ressortissants du Moyen-Orient dont le taux d’emploi ne dépasse pas 54 % en 2020, cela suggère que les efforts consentis ces dernières années pour faciliter l’intégration des migrants humanitaires récemment arrivés en provenance de cette région ont buté face aux difficultés engendrées par la pandémie.

À l’inverse, les immigrés d’Afrique du nord et d’Afrique subsaharienne n’ont connu qu’une légère baisse de l’emploi et une baisse de leur taux de chômage. La plupart des pertes d’emploi dans ces groupes a donc entraîné soit une sortie du marché du travail vers l’inactivité soit un retour vers le pays d’origine.

Avec les immigrés du Moyen-Orient, les personnes originaires d’Afrique du Nord restent néanmoins le groupe ayant le plus de difficulté à accéder au marché du travail dans l’UE : à peine plus de la moitié d’entre eux est en emploi en 2020, contre environ les deux tiers de l’ensemble des immigrés. Ils sont plus souvent inactifs (38.1%) et plus touchés par le chômage (17.5 %).

Au Royaume-Uni, le taux d’emploi des immigrés s’est amélioré pour la plupart des groupes sauf pour les Européens (-0.7 point de pourcentage) et pour les ressortissants d’Afrique du Nord (-6 points). À l’inverse, le taux d’emploi des Sud-Américains et des Asiatiques s’est accru de respectivement 4.8 et 3.6 points de pourcentage. Ces tendances contrastées sont pour partie imputables à des effets de composition de la population migrante au Royaume-Uni.

Aux États-Unis, les immigrés ont vu leur taux de chômage au minimum doubler sur la période 2019-20, quelle que soit l’origine (Tableau 1.7). En conséquence, le taux de chômage pour la plupart des migrants est passé au-dessus de celui des personnes nées aux États-Unis. Les immigrés ayant le plus souffert de la dégradation de la situation de l’emploi sont ceux ayant le plus faible niveau d’éducation en moyenne, notamment les personnes nées en Amérique latine et Caraïbes et en Afrique. Le taux d’emploi des immigrés originaires du Mexique a diminué de 5.7 points de pourcentage, s’établissant à 65.3 %. La chute a été encore plus prononcée chez les immigrés d’Amérique centrale, du sud et des Caraïbes, et d’Afrique (-6.5 points pour les trois groupes). Seuls les immigrés originaires du Canada et d’Europe, dont le taux de chômage reste inférieur à 7.5 % en 2020, s’en sortent relativement mieux. En moyenne, les immigrés canadiens aux États-Unis font même mieux que les Canadiens restés dans leur pays.

Contrairement à leurs homologues résidant aux États-Unis, les immigrés d’Amérique latine et des Caraïbes au Canada ont été moins affectés par les conséquences de la COVID-19. Comme eux, les immigrés d’Afrique subsaharienne ont connu une baisse de leur taux d’emploi plus faible que les personnes nées au Canada elles-mêmes (-2.9 points de pourcentage contre -4.4 points). À l’inverse, les immigrés du Moyen-Orient et d’Asie ont connu la plus forte détérioration de la situation de l’emploi. Au final, en 2020, le taux d’emploi des natifs reste supérieur à la plupart des groupes d’immigrés, à l’exception des Européens et des personnes nées en Amérique latine (Tableau 1.7).

En Australie, les immigrés de toutes origines ont des indicateurs du marché du travail relativement similaires, voire meilleurs, que les personnes nées dans le pays. La seule exception à ce constat sont les immigrés du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord dont le taux d’emploi dépasse à peine 50 %, soit plus de 20 points de pourcentage de moins que les autres immigrés et les natifs. Les immigrés venus d’Europe, des Amériques et d’Océanie, ont pour leur part un taux d’emploi qui reste supérieur à 75 % (soit au moins 2 points de pourcentage de plus que les natifs) en dépit des effets de la crise.

Références

[8] d’Aiglepierre, R. et al. (2020), A global profile of emigrants to OECD countries: Younger and more skilled migrants from more diverse countries, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/0cb305d3-en.

[9] De Wispelaere, F., L. De Smedt and J. Pacolet (2020), Posting of workers: Report on A1 Portable Documents issued in 2019, Publications Office of the European Union Luxembourg, http://dx.doi.org/10.2767/487681.

[5] OCDE (2021), OECD Employment Outlook 2021: Navigating the COVID-19 Crisis and Recovery, OECD Publishing, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/5a700c4b-en.

[6] OCDE (2021), “Quelles mesures ont été adoptées par les pays pour aider les jeunes face à la crise du COVID-19 ?”, Les réponses de l’OCDE face au coronavirus (COVID-19), Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/c1d692cb-fr.

[3] OCDE (2020), “Les dispositifs de maintien dans l’emploi pendant la période de confinement de la crise du COVID-19 et au-delà”, Les réponses de l’OCDE face au coronavirus (COVID-19), Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/d315c5f1-fr.

[1] OCDE (2020), Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2020: Crise du COVID-19 et protection des travailleurs, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/b1547de3-fr.

[4] OCDE (2020), Perspectives des migrations internationales 2020, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/6b4c9dfc-fr.

[2] OCDE (2009), Perspectives des migrations internationales 2009, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/migr_outlook-2009-fr.

[10] Office for National Statistics (United Kingdom) (2021), Labour Force Survey weighting methodology, https://www.ons.gov.uk/employmentandlabourmarket/peopleinwork/employmentandemployeetypes/methodologies/labourforcesurveyweightingmethodology.

[7] Yasenov, V. (2020), “Who Can Work from Home?”, IZA Discussion Paper Series 13197, http://www.iza.org (accessed on 15 September 2020).

Notes

← 1. Tous programmes confondus, la Pologne a recruté 980 000 travailleurs de l’étranger en 2019 et en 2020. Ce chiffre ne comprend pas les renouvellements de permis d’une année sur l’autre. Certaines catégories de personnes qui peuvent venir travailler en Pologne sans avoir besoin de demander un permis, telles que les personnes d’origine polonaise détentrices de la carte polonaise (Karta Polaka), ne sont pas non plus comptabilisées.

← 2. Voir De Wispelaere, De Smedt, Pacolet (2020[9]) pour un état complet des statistiques sur les détachements dans l’UE/AELE.

← 3. Les données de l’enquête sur les forces de travail du Royaume-Uni utilisent les poids fournis à Eurostat en octobre 2020. Les données de population utilisées pour estimer les indicateurs du marché du travail sont actuellement révisées par l’ONS (Office for National Statistics), afin de mieux prendre en compte l’évolution des migrations internationales et les autres conséquences de la pandémie de coronavirus (COVID-19). L’ONS a donc développé un nouveau modèle utilisant des informations du système de taxe sur les salaires, afin d’apporter de meilleurs pondérations des effectifs de population sur le marché du travail à partir de 2020. Le modèle a été testé par rapport aux données existantes et sera appliqué dans toutes les publications se référant au marché du travail au cours de la deuxième moitié de l’année 2021. Voir ONS (2021[10]) pour plus de précisions.

Mentions légales et droits

Ce document, ainsi que les données et cartes qu’il peut comprendre, sont sans préjudice du statut de tout territoire, de la souveraineté s’exerçant sur ce dernier, du tracé des frontières et limites internationales, et du nom de tout territoire, ville ou région. Des extraits de publications sont susceptibles de faire l'objet d'avertissements supplémentaires, qui sont inclus dans la version complète de la publication, disponible sous le lien fourni à cet effet.

© OCDE 2021

L’utilisation de ce contenu, qu’il soit numérique ou imprimé, est régie par les conditions d’utilisation suivantes : https://www.oecd.org/fr/conditionsdutilisation.