4. Oléagineux et produits oléagineux

La situation sur les marchés mondiaux des oléagineux et produits oléagineux a entraîné une rapide hausse des prix au deuxième semestre 2020 à la suite des perturbations immédiates provoquées par la pandémie de COVID-19. La vigueur de la demande, en particulier de la demande de soja importé en République populaire de Chine (ci-après « la Chine »), et la croissance limitée de l’offre, notamment d’huile de palme, expliquent ce renchérissement.

La production de soja devrait progresser de 1.1 % par an durant la période de projection. L’accroissement de la production mondiale découlera pour un quart environ de l’expansion des surfaces exploitées, ce qui englobe l’augmentation des superficies fournissant deux cultures par an en Amérique latine. La production de soja devrait atteindre 411 Mt en 2030, soit plus du double de la production cumulée des autres oléagineux (colza, graines de tournesol et arachides), qui devrait s’établir à 179 Mt. La grande majorité des oléagineux (90 % des fèves de soja et 87 % des autres oléagineux) est transformée en tourteaux protéiques, utilisés presque entièrement dans l’alimentation animale, ainsi qu’en huiles végétales destinées à l’alimentation, à l’oléochimie et à la production de biodiesel.

Deux pays, le Brésil et les États-Unis, dominent la production et les exportations de soja. Avec une production intérieure de 149 Mt en 2030 selon les projections, le Brésil devrait devenir le premier producteur mondial grâce à l’amélioration des rendements et à l’intensification des cultures via la double culture du soja et du maïs. La production des États-Unis devrait s’établir à 123 Mt. On s’attend à ce que ces deux pays représentent les deux tiers environ de la production mondiale et plus de 80 % des exportations de soja.

La production des autres oléagineux devrait augmenter de 1.3 % par an durant la prochaine décennie, soit moins vite qu’au cours des dix dernières années. Les incitations en faveur de la hausse de la production seront moindres du fait de la stagnation de la demande d’huile de colza pour la production de biodiesel en Europe, et en raison de la concurrence plus vive avec les céréales pour l’accès aux superficies arables limitées en Chine et dans l’Union européenne. Par rapport aux cultures de soja, celles des autres oléagineux sont généralement beaucoup moins concentrées. La Chine, l’Union européenne, le Canada et l’Ukraine affichent chacun une production comprise entre 20 et 32 Mt.

Dans les présentes Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO, l’agrégat « huile végétale » comprend l’huile obtenue par trituration de graines oléagineuses (55 % environ de la production mondiale d’huile végétale), l’huile de palme (36 %) et l’huile de palmiste, de noix de coco et de coton (Graphique 4.1). Compte tenu d’un ralentissement de l’expansion des superficies en palmiers à huile matures, la croissance de la production devrait être limitée en Indonésie (1.4 % par an) et en Malaisie (0.9 % par an). À l’horizon 2030, ces deux pays devraient néanmoins assurer 83 % de la production mondiale d’huile de palme et 34 % de celle d’huile végétale. En Indonésie, la hausse attendue de la production intérieure de biodiesel ralentira par ailleurs la croissance des exportations d’huile de palme brute à moyen terme. Les projections tablent sur une progression de la demande mondiale d’huile végétale de 33 Mt d’ici à 2030, et les usages alimentaires représenteront alors 68 % de la demande totale.

Le secteur des tourteaux protéiques est dominé par les tourteaux de soja. Par rapport à la décennie écoulée, l’utilisation de tourteaux protéiques devrait moins progresser (1.2 % par an contre 3.8 % par an) en raison d’une augmentation moins rapide de la production mondiale de porc et de volaille. En Chine, la croissance de la demande devrait considérablement ralentir (1.2 % par an au lieu de 5.7 % par an) sous l’effet de l’amélioration de l’efficacité alimentaire et des actions engagées pour abaisser la part des tourteaux protéiques dans les rations alimentaires animales. La Chine devrait néanmoins être à l’origine d’un quart de l’expansion de la demande mondiale de tourteaux protéiques. Dans l’Union européenne, deuxième utilisateur mondial de tourteaux protéiques, la consommation devrait reculer à mesure que la hausse de la production animale ralentit et que la part d’autres sources de protéines s’accroît dans les mélanges fourragers.

Les exportations mondiales de soja, dominées par les Amériques, devraient voir leur croissance ralentir considérablement au cours de la prochaine décennie pour cause de décélération des importations chinoises.

Les huiles végétales font partie des produits agricoles dont la part de la production qui est échangée sur les marchés internationaux est l’une des plus élevées (41 %). L’Indonésie et la Malaisie, qui sont les deux principaux producteurs mondiaux d’huile de palme, continueront de dominer les échanges d’huiles végétales, exportant plus de 70 % de leur production combinée et représentant à eux deux près de 60 % des exportations mondiales. Premier importateur d’huile végétale dans le monde, l’Inde devrait rester sur une forte croissance des importations (3.4 % par an) du fait de la hausse de la demande intérieure et de la marge de progression limitée de sa production.

Si la campagne 2020 a vu les prix dans la filière oléagineuse se redresser après être descendus à leurs plus bas niveaux durant des années, les premières années de la période de projection devraient être marquées par un ajustement à la baisse. Les prix devraient ensuite légèrement augmenter en valeur nominale, mais baisser en valeur réelle, suivant la tendance à long terme qui caractérise les prix des produits agricoles. Plusieurs incertitudes, liées par exemple aux variations météorologiques dans les principaux pays producteurs et à la modification des préférences de la demande, planent sur cette évolution des prix.

Les importations de soja de la Chine ont beaucoup augmenté au cours de la campagne 2020, ce qui s’explique en partie par la relance de la production de porcs après la flambée épizootique de peste porcine africaine (PPA), mais aussi par l’amélioration des relations commerciales avec les États-Unis. La demande future de tourteaux protéiques en Chine dépendra de l’équilibre entre l’intensité d’utilisation des aliments et l’efficacité alimentaire, en particulier dans le secteur de la viande de porc. Le marché des huiles végétales restera dominé par l’huile de palme. En Indonésie et en Malaisie, la marge de progression de la production reposera de plus en plus sur les activités de replantation et sur l’amélioration parallèle des rendements (et non sur l’augmentation des superficies). Les préoccupations concernant la durabilité pèsent également sur le développement de la production d’huile de palme, étant donné que, dans les pays développés, la demande privilégie les huiles non liées à la déforestation et les consommateurs recherchent des huiles végétales certifiées durables. L’utilisation d’huiles végétales pour produire du biodiesel est déterminée principalement par la politique relative aux biocarburants, qui fixe les taux d’incorporation obligatoires.

La situation sur les marchés mondiaux des oléagineux et produits oléagineux s’est traduite par une forte hausse des prix au deuxième semestre 2020, à la suite des perturbations immédiates provoquées par la pandémie de COVID-19. La vigueur de la demande, en particulier de la demande de soja importé en Chine, et la croissance limitée de l’offre, notamment d’huile de palme, expliquent ce renchérissement. La flambée des prix a contribué à la hausse des prix des denrées alimentaires dans de nombreux pays, aggravant les problèmes d'accès à la nourriture résultant des pertes de revenus dues à la pandémie.

Au premier semestre 2020, la pandémie de COVID-19 a provoqué un ralentissement temporaire de la demande et des perturbations à court terme des chaînes d’approvisionnement, ce qui a fait baisser les prix. Dans l’ensemble, les marchés des oléagineux et des produits oléagineux se sont adaptés à la nouvelle situation, et le deuxième semestre 2020 a été placé sous le signe du redressement de la demande. En Malaisie, la récolte de l’huile de palme a pâti en 2020 d’une pénurie de main-d’œuvre qui a été accentuée par les mesures de restriction des déplacements adoptées pour contenir l’épidémie de COVID-19, de sorte que la production totale a diminué.

La production d’oléagineux et d’huile de palme a augmenté lors de la campagne 2020/21 à la faveur du rebond de la superficie cultivée et d’une hausse des rendements dans les grands pays producteurs. La demande a toutefois progressé plus vite que la production, principalement parce que la Chine a fortement accru ses importations de soja dans le cadre de la reconstitution de son cheptel porcin après l’épizootie de peste porcine africaine (PPA), et parce que ses relations commerciales avec les États-Unis se sont améliorées.

Le prix des oléagineux et des produits oléagineux a augmenté rapidement au second semestre 2020, qui a vu la croissance de la demande mondiale dépasser celle de l’offre. Un ajustement à la baisse est attendu pour les premières années de la période de projection, car on anticipe une amélioration des perspectives de production et une disparition progressive des contraintes logistiques liées à la COVID-19 qui pèsent sur les échanges. Par la suite, les prix devraient légèrement augmenter en valeur nominale, mais baisser en valeur réelle, suivant la tendance de long terme qui caractérise les prix des produits agricoles (Graphique 4.2). La progression du prix réel du pétrole brut et la croissance économique continue à la suite de la reprise post-COVID-19, prises pour hypothèses dans les projections, devraient soutenir le prix des oléagineux et des produits oléagineux durant la période de projection, tandis que l’amélioration continue de la productivité exercera une pression à la baisse sur les prix réels.

D’après les projections, la production de soja devrait croître de 1.1 % par an, contre 4.0 % par an au cours de la dernière décennie. La progression de la production d’autres oléagineux (colza, tournesol et arachide) ralentira pour s’établir à 1.3 % par an, contre 2.5 % par an sur les dix dernières années (2011-20). La croissance de la production découlera pour trois quarts de l’augmentation des rendements. Le soja présente l’avantage d’être une culture à croissance rapide, ce qui permet de pratiquer une double culture, surtout en Amérique latine. Ainsi, la hausse supplémentaire de la superficie récoltée résultera pour une bonne part de la culture séquentielle de soja et de maïs au Brésil, et de soja et de blé en Argentine.

Le Brésil est depuis quelques années le premier producteur de soja et devrait voir sa production progresser de 1.2 % par an au cours de la prochaine décennie – plus vite qu’aux États-Unis, deuxième producteur mondial, où la croissance devrait s’établir à 0.7 % par an. Cela s’explique aussi par la possibilité d’intensification des cultures par le développement de la double culture du soja et du maïs. La production de soja devrait continuer de croître fortement ailleurs en Amérique latine, si bien que l’Argentine et le Paraguay en produiront respectivement 55 Mt et 12 Mt d’ici 2030 (Graphique 4.3). En Chine, on s’attend à ce que cette production reste orientée à la hausse du fait de la diminution du soutien des pouvoirs publics à la culture de céréales. La production de soja devrait également s’accroître en Inde, dans la Fédération de Russie, en Ukraine et au Canada.

Les plus grands producteurs d’autres oléagineux sont la Chine (colza et arachide principalement) et l’Union européenne (colza et tournesol surtout). Leur production annuelle devrait ressortir à 31 Mt et 30 Mt respectivement en 2030. Elle devrait toutefois connaître une croissance limitée (0.9 % par an en Chine et 1.1 % par an dans l’Union européenne) en raison du prix plus élevé des céréales, qui engendrera une forte concurrence entre les deux types de culture alors que la superficie des terres arables est limitée. Le Canada, qui est lui aussi un important producteur et le premier exportateur de colza, devrait voir sa production d’autres oléagineux augmenter de 1.2 % par an pour atteindre 23 Mt à l’horizon 2030. On prévoit par ailleurs une forte croissance de la production d’autres oléagineux en Ukraine et dans la Fédération de Russie, soutenue par l’expansion continue des superficies arables dans la région de la mer Noire.

D’après les projections, les stocks de soja resteront stables, d’où un recul à 10.5 % du ratio stocks/consommation d’ici à 2030. Ce ratio est globalement peu élevé comparé à celui des deux dernières décennies, si bien que le marché pourrait être rapidement confronté à des pénuries en cas de mauvaises récoltes.

À l’échelle mondiale, la trituration est utilisée pour transformer en tourteaux et en huile quelque 90 % du soja et des autres oléagineux produits. La demande de graines destinées à la trituration augmentera plus vite que celle concernant d’autres usages, notamment la consommation directe de soja (substituts des produits laitiers et de la viande, par exemple), d’arachides et de graines de tournesol, ainsi que l’utilisation directe du soja dans l’alimentation animale. La situation géographique des activités de trituration dépend de nombreux facteurs : frais de transport, politiques commerciales, tolérance vis-à-vis des cultures transgéniques, coûts de transformation (main-d’œuvre, énergie, etc.) et infrastructures (ports, routes, etc.).

En valeur absolue, la trituration du soja devrait augmenter de 47 Mt pendant la période de projection, soit bien moins que les 92 Mt enregistrés les dix années précédentes. En Chine, le rétablissement progressif du secteur de la trituration sous l’effet des anticipations de croissance régulière du cheptel porcin devrait se traduire par une hausse de la production intérieure de soja trituré, pour l’essentiel à partir de soja importé. Cette hausse devrait représenter 20 Mt, soit 43 % environ de la progression mondiale. Bien qu’importante, la croissance projetée pour la Chine sera beaucoup plus faible qu’au cours de la dernière décennie, car la hausse de la demande intérieure d’aliments composés pour animaux devrait se tasser sous l’effet du ralentissement de la croissance de la production animale. De plus, la part des tourteaux protéiques dans ces aliments composés a déjà atteint un niveau relativement élevé en Chine et sa marge de progression est désormais faible. Au niveau mondial, la trituration des oléagineux autres que le soja devrait augmenter au rythme de la production, de 21 Mt pendant la période considérée, et s’effectuer plus souvent dans le pays producteur.

La production mondiale d’huile végétale est tributaire d’une part de la trituration d’oléagineux et d’autre part de la production de plantes oléagineuses tropicales pérennes, notamment de palmiers à huile. À l’échelle mondiale, la production d’huile de palme a connu une croissance plus forte que celle des autres huiles au cours de la décennie écoulée. Cette croissance devrait toutefois faiblir en raison de l’attention grandissante portée aux questions de durabilité et du vieillissement des palmiers à huile en Indonésie et en Malaisie. Ces deux pays représentent plus du tiers de la production mondiale d’huile végétale.

Au niveau mondial, l’offre d’huile de palme devrait s’accroître de 1.3 % par an. Le durcissement des politiques environnementales dans les grands pays importateurs d’huile de palme et les normes de production agricole durable (dans le contexte du Programme de développement durable à l’horizon 2030, par exemple) devraient ralentir l’expansion des surfaces plantées en palmiers à huile en Indonésie et en Malaisie. Cela signifie que la croissance de la production tient de plus en plus aux gains de productivité, dont l’accélération des activités de replantation. La production d’huile de palme devrait progresser plus vite dans les autres pays, où elle part, il est vrai, d’un niveau fort bas et alimente essentiellement les marchés intérieurs et régionaux. Ainsi, la Thaïlande, la Colombie et le Nigéria devraient produire respectivement 3.8 Mt, 2.0 Mt et 1.6 Mt en 2030. Dans plusieurs pays d’Amérique centrale, une production de niche d’huile de palme se développe, assortie d’emblée de certifications de durabilité reconnues à l’échelle mondiale, ce qui place la région en situation de trouver un jour de larges débouchés à l’exportation.

L’agrégat « huile végétale » comprend l’huile de palmiste, l’huile de coco et l’huile de coton, auxquelles s’ajoutent l’huile de palme et les huiles extraites par trituration de graines oléagineuses, comme analysé plus haut. L’huile de palmiste est obtenue parallèlement à l’huile de palme, sa production évolue donc comme celle de cette dernière. L’huile de coco est produite principalement aux Philippines, en Indonésie et dans les îles océaniennes. L’huile de palmiste et l’huile de coco ont de nombreux usages industriels, et la première est désormais beaucoup plus utilisée que la seconde du fait de la production croissante d’huile de palme. L’huile de coton est un sous-produit de l’égrenage du coton, dont la production est essentiellement concentrée en Inde, aux États-Unis, au Pakistan et en Chine. Dans l’ensemble, les projections indiquent que la production mondiale d’huile végétale devrait augmenter de 1.3 % par an, soit plus rapidement que celle de la plupart des produits agricoles étudiés dans les présentes Perspectives, ce qui s’explique principalement par la demande alimentaire résultant de l’accroissement démographique et de la hausse des revenus dans les pays en développement.

La production mondiale de tourteaux protéiques devrait progresser de 1.2 % par an pour atteindre 406 Mt à l’horizon 2030. Cette production est dominée par le tourteau de soja, qui représente plus des deux tiers du total. Elle est par ailleurs concentrée dans un petit groupe de pays (Graphique 4.4). En Chine et dans l’Union européenne, la majeure partie des tourteaux produits le sont à partir de graines oléagineuses importées, principalement du soja provenant du Brésil et des États-Unis. Dans les autres pays producteurs de premier plan – Argentine, Brésil, Inde et États-Unis –, ce sont des graines oléagineuses produites à l’intérieur des frontières qui constituent la matière première dominante.

La progression de la consommation d’huile végétale alimentaire par habitant devrait retomber à 0.8 % par an, ce qui est bien inférieur aux 2.3 % annuels relevés sur la période 2011-20, en raison de la saturation croissante de la demande alimentaire des pays développés et des marchés émergents. En Chine (29 kg par habitant) et au Brésil (26 kg par habitant), les disponibilités en huile végétale alimentaire par habitant devraient atteindre des niveaux comparables à ceux observés dans les pays développés, où la consommation plafonnera à 28 kg par habitant, soit une hausse annuelle de 0.3 % (Graphique 4.5).

Deuxième consommateur et premier importateur d’huile végétale dans le monde, l’Inde devrait voir sa consommation par habitant continuer de croître au rythme soutenu de 2.6 % par an pour atteindre 14 kg par habitant en 2030. Cette nette progression résultera à la fois d’une augmentation de la production intérieure et de sa trituration, et d’une hausse des importations, principalement d’huile de palme d’origine indonésienne et malaisienne. À mesure que l’urbanisation progresse dans les pays en développement, on s’attend à ce que les habitudes alimentaires et les structures traditionnelles des repas changent pour faire une plus grande place à des aliments transformés contenant davantage d’huile végétale. Dans les pays les moins avancés (PMA), les disponibilités en huile végétale par habitant devraient n’augmenter que de 1.3 % par an pour atteindre 9 kg par habitant en 2030, en raison de la faiblesse du revenu par habitant.

L’utilisation d’huile végétale comme matière première pour produire du biodiesel (qui représente environ 10-15 % de la consommation mondiale d’huile végétale) devrait rester stable dans les dix prochaines années, après avoir augmenté de 6.5 % par an au cours de la décennie précédente avec l’entrée en vigueur de politiques de soutien aux biocarburants (Graphique 4.6). Les hausses prévues en Asie et en Amérique latine seront compensées par des baisses en Europe et en Amérique du Nord, où les objectifs d’incorporation fixes et le recul de la consommation de carburants influeront sur la demande de biodiesel. De manière générale, les objectifs nationaux de consommation obligatoire de biodiesel devraient moins progresser que par le passé. Par ailleurs, la part des huiles usagées, du suif et d’autres matières premières s’accroît dans la fabrication du biodiesel, surtout dans l’Union européenne et aux États-Unis, en raison surtout de certaines mesures publiques (pour plus de précisions sur les biocarburants, voir le chapitre 9). En Argentine, l’industrie des biocarburants, à vocation exportatrice, devrait absorber 2.1 Mt d’huile végétale à l’horizon 2030, ce qui correspond à 66 % de la consommation intérieure du produit. En Indonésie, le volume d’huile végétale utilisé dans la production de biodiesel devrait continuer de progresser fortement et atteindre 7.9 Mt d’ici à 2030 du fait des politiques nationales de soutien. Ce pays sera le principal moteur de l’accroissement de ce type d’usage de l’huile végétale au niveau mondial. L’utilisation d’huile végétale pour produire du biodiesel dépend du cadre réglementaire (chapitre 9) et de l’évolution relative des prix de l’huile végétale et du pétrole brut (voir plus loin).

Les tourteaux protéiques sont exclusivement utilisés pour l’alimentation animale et leur consommation devrait continuer d’augmenter de 1.2 % par an, soit une allure bien inférieure aux 3.8 % annuels enregistrés durant la décennie écoulée. Plusieurs facteurs jouent sur le lien entre utilisation de tourteaux dans l’alimentation animale et production animale : l’intensification de cette dernière accroît la demande de tourteaux protéiques, tandis qu’une plus grande efficacité alimentaire fait baisser le volume de tourteaux par unité de production animale. La composition de l’élevage et la taille du troupeau sont d’autres facteurs déterminants.

Le lien entre production animale et consommation de tourteaux protéiques dépend du niveau de développement économique d’un pays (Graphique 4.7). Les pays à faible revenu, où l’élevage se pratique à l’échelle familiale ou artisanale, consomment moins de tourteaux protéiques que les économies à revenu élevé, qui ont recours à des systèmes d’élevage intensif. L’urbanisation rapide et la demande accrue de produits d’origine animale conduisent les pays en développement à se tourner vers des modes de production qui font davantage appel aux aliments pour animaux. La consommation de tourteaux protéiques tend alors à croître plus rapidement que la production animale. Dans les PMA, où les tourteaux protéiques sont encore très peu employés, l’intensification de l’élevage devrait se poursuivre, avec à la clé un plus large recours aux aliments composés. De fait, avec l’intensification, la quantité de tourteaux protéiques utilisée par unité de production animale augmente considérablement, entraînant une croissance rapide de la demande totale.

La Chine est à l’origine de plus d’un quart de la demande mondiale de tourteaux protéiques et influence donc l’évolution de celle-ci. La croissance de la demande chinoise d’aliments composés devrait ralentir par rapport à la décennie précédente, car la production animale progressera moins vite et la part de la production utilisant ce type d’aliments est déjà importante. En Chine, la part des tourteaux protéiques dans les aliments composés devrait se stabiliser après avoir bondi au cours de la décennie écoulée pour dépasser nettement celle relevée aux États-Unis et dans l’Union européenne. Dans le cadre de la reconstitution des effectifs porcins après l’épizootie de peste porcine africaine, des systèmes de production basée sur d’autres aliments que l’herbe ont été déployés à plus grande échelle dans le pays. Il pourrait en résulter une nouvelle évolution de la demande de tourteaux protéiques sous l’effet de l’intensification accrue de la production de viande porcine en Chine.

Aux États-Unis et dans l’Union européenne, où les aliments composés répondent à la majeure partie des besoins en protéines de la production animale, la consommation de tourteaux protéiques devrait progresser plus lentement que la production animale du fait d’une plus grande efficacité alimentaire. En outre, sous l’impulsion des grandes chaînes de distribution, les produits d’origine animale commercialisés dans l’Union européenne, principalement la volaille et les produits laitiers, sont de plus en plus souvent certifiés comme ayant été obtenus sans utilisation d’aliments pour animaux issus de cultures transgéniques ; cela réduit la demande en tourteau de soja.

Plus de 42 % de la production mondiale de soja entre dans les échanges internationaux, ce qui est beaucoup par rapport aux autres produits agricoles. L’expansion des échanges mondiaux de soja est directement liée à la croissance des tonnages transformés en Chine et des importations correspondantes, qui devrait faiblir selon les projections. En l’occurrence, les importations chinoises de soja devraient augmenter de 1.2 % par an (contre 7.1 % par an durant la période 2011-20) pour atteindre environ 108 Mt en 2030, soit les deux tiers environ des importations mondiales. Les exportations de soja proviennent principalement du Brésil et des États-Unis. Les États-Unis ont cédé la place de premier exportateur mondial de soja, qu’ils occupaient de longue date, au Brésil, qui voit ses capacités d’exportation croître de façon soutenue et devrait réaliser 50 % des exportations mondiales de soja durant la période de projection.

En ce qui concerne les autres oléagineux, la part de la production mondiale entrant dans les échanges internationaux reste nettement plus faible, à environ 13 %, dans la mesure où les deux premiers producteurs que sont la Chine et l’Union européenne sont des importateurs nets. Les principaux pays exportateurs, à savoir le Canada, l’Australie et l’Ukraine, devraient réaliser plus de 69 % des exportations mondiales d’ici à 2030. Au Canada et en Australie, plus de la moitié des autres oléagineux produits (principalement du colza) sont exportés (Graphique 4.8). Une partie de la production d’oléagineux est en outre triturée dans ces pays et exportée sous forme d’huile végétale ou de tourteau.

Les exportations d’huile végétale, qui représentent 40 % de la production mondiale, restent dominées par quelques pays. L’Indonésie et la Malaisie devraient continuer d’assurer 60 % de ces exportations au cours de la période de projection (Graphique 4.9). Toutefois, la part de la production exportée par ces pays devrait diminuer légèrement en raison de l’augmentation prévue de la demande intérieure d’huile végétale pour l’alimentation, l’oléochimie et surtout la production de biodiesel. Les projections prévoient que l’Inde continuera d’accroître fortement ses importations – de 3.4 % par an – afin de satisfaire une demande en hausse du fait de la croissance démographique, de l’urbanisation et de l’augmentation du revenu disponible. Ces importations devraient ainsi atteindre 21 Mt en 2030, soit environ un quart des importations mondiales d’huile végétale.

Les échanges mondiaux de tourteaux protéiques devraient croître au rythme de 0.8 % par an pendant la période de projection, contre 1.8 % par an durant la précédente décennie. L’Argentine demeurera le premier exportateur de tourteaux, car elle est le seul grand producteur à privilégier sans équivoque les exportations. L’Union européenne est le plus gros importateur. Ses importations devraient diminuer en raison du recul de la demande intérieure de tourteaux protéiques. La quasi-totalité des 8 Mt d’importations mondiales supplémentaires de tourteaux protéiques devrait avoir lieu en Asie, en particulier au Viet Nam, où la sortie de l’épizootie de peste porcine africaine devrait stimuler leur croissance. La capacité de trituration dans les pays d’Asie ne pourra vraisemblablement pas suivre le rythme de la demande de tourteaux protéiques, d’où la nécessité pour le secteur de l’élevage de se tourner vers l’importation d’aliments pour animaux afin de satisfaire ses besoins.

La pandémie de COVID-19 a entraîné une baisse de la mobilité des personnes qui a eu de fortes répercussions sur la consommation alimentaire hors du foyer. Cela pourrait peser sur la demande d’huile végétale, largement utilisée pour les préparations frites dans un bain d’huile. En outre, le recul temporaire de l’activité économique, conjugué à la baisse des prix du pétrole brut, a réduit la demande d’huile végétale pour produire du biodiesel. La majeure partie de la production et de la transformation des oléagineux étant fortement mécanisée, la mobilité de la main-d’œuvre ne revêt pas une grande importance. Des perturbations notables ont néanmoins été rapportées dans la récolte de l’huile de palme et des noix de coco en raison des restrictions affectant la mobilité de la main-d’œuvre. Les conséquences à long terme dépendront de la vitesse de la reprise économique, puisque la consommation d’huile végétale par habitant augmente fortement avec la croissance économique et que les tourteaux protéiques sont utilisés comme aliments dans la production animale, un secteur plus élastique.

Les inquiétudes des consommateurs concernant le soja sont liées au fait qu’une grande part de la production est obtenue à partir de graines génétiquement modifiées. Dans l’Union européenne en particulier, les dispositifs de certification des produits animaux appliqués par les distributeurs qui garantissent une alimentation animale sans produits génétiquement modifiés prennent de l’ampleur et pourraient entraîner une réorientation de la demande d’aliments pour animaux vers des sources de protéines autres que les tourteaux de soja. Sachant que l’Union européenne représentait 15 % de la demande mondiale de protéines sur la période 2018-20, cette évolution pourrait réduire encore la demande de tourteaux. Les préoccupations environnementales se font également plus pressantes, notamment pour ce qui concerne le lien potentiel entre la déforestation et l’essor de la production de soja au Brésil et en Argentine. Ces inquiétudes ont amené le secteur privé à encourager l’usage de terres déjà défrichées pour agrandir les superficies cultivées, de façon à éviter de nouvelles destructions d’espaces forestiers. En cas de succès, ces initiatives volontaires devraient dissuader les producteurs de soja de défricher des terres pour mener leurs activités.

La marge de progression de la production d’huile de palme en Indonésie et surtout en Malaisie reposera de plus en plus sur les activités de replantation et sur l’amélioration des rendements (et non sur l’augmentation des superficies). Ces dernières années, la croissance de la production a manqué de vigueur en raison de la faible rentabilité du secteur et de la hausse des coûts de main-d’œuvre en Malaisie. En Indonésie, les principales entreprises productrices d’huile de palme ont réalisé certains progrès en matière de replantation. Les préoccupations liées à la durabilité pèsent également sur le développement de la production d’huile de palme, étant donné que, dans les pays développés, la demande privilégie les huiles végétales produites sans déforestation et certifiées durables, que ce soit celles utilisées pour produire du biodiesel ou, de plus en plus, celles destinées à l’alimentation humaine. Plusieurs systèmes de certification sont largement utilisés en Malaisie et en Indonésie.

Les politiques relatives aux biocarburants appliquées aux États-Unis, dans l’Union européenne et en Indonésie demeurent une importante source d’incertitude pour le secteur mondial des huiles végétales, dans la mesure où 14 % environ de sa production est transformée en biodiesel. En Indonésie, l’obligation d’incorporation de 30 % de biodiesel proposée récemment ne pourra pas forcément être respectée, car en plus de nécessiter des subventions publiques, elle risque d’exercer des contraintes sur l’offre à moyen terme. Dans l’Union européenne, les réformes menées et l’arrivée des procédés de production de biocarburants de deuxième génération vont probablement permettre de ne plus utiliser directement des cultures alimentaires comme matières premières. L’évolution des prix du pétrole brut, dont dépend la rentabilité de la production de biodiesel, demeure par ailleurs une source de profondes incertitudes. La plus forte progression de la production de biodiesel est attendue en Indonésie, mais le lien entre les prix de l’huile de palme et ceux du pétrole brut ainsi que l’évolution économique pourraient modifier considérablement la trajectoire de croissance projetée.

Le rythme auquel le secteur porcin chinois se rétablira après les épidémies de peste porcine africaine et de COVID-19 aura une influence considérable sur la demande d’aliments pour animaux, car une reprise plus rapide de la production animale augmentera le besoin de tourteaux protéiques. Ceux-ci rivalisent en partie avec d’autres produits dans la production d’aliments composés et sont de ce fait sensibles à toute variation des prix des céréales. Une modification des mélanges fourragers et des répercussions sur l’utilisation de tourteaux protéiques sont donc possibles.

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