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  • L’Autriche se montre performante depuis une décennie sur le plan de la croissance et de l’emploi. La croissance tendancielle du PIB, à 2.2 %, a été supérieure à la moyenne pour l’UE et le taux d’emploi est l’un des plus élevés en Europe, à 70 % environ. De plus, les disparités régionales pour les revenus et l’emploi restent particulièrement faibles, de même que le risque de pauvreté. Le chômage n’est que de 5½ pour cent environ et l’Autriche se classe dans le peloton de tête de l’UE pour le PIB par habitant. Les performances économiques récentes ont été également meilleures qu’en moyenne dans la zone euro, avec une croissance réelle du PIB de 3.4 % en 2006 et une inflation qui n’a pas dépassé 1.7 %. L’Autriche demeure une économie efficace, qui sait tirer parti de sa situation favorable au centre d’une Europe élargie.

  • L’Autriche a une économie performante et prospère. Mais, pour se maintenir dans le peloton de tête, elle devra régler un certain nombre de problèmes nouveaux : premièrement, malgré les bons résultats de son économie ouverte, il faudra qu’elle sache tirer parti de l’évolution des possibilités et des pressions concurrentielles dans ses relations avec ses voisins directs, les économies d’Europe centrale en voie de rattrapage. Deuxièmement, après avoir mis en place un marché du travail dont le cadre institutionnel est très flexible et très inclusif, elle enregistre des résultats qui se dégradent sur certains segments vulnérables de ce marché. Cette dégradation touche les travailleurs âgés, peu qualifiés ou immigrants et tient à la fois à la vive concurrence des pays à faible coût et aux déficiences de sa fiscalité, de ses régimes de prestations sociales et de son système éducatif. Troisièmement, les nouvelles stratégies ambitieuses en faveur de l’innovation ne semblent pas s’appuyer sur des conditions cadres suffisamment propices, notamment du côté de l’environnement concurrentiel dans les services et les infrastructures éducatives, depuis l’enseignement préscolaire jusqu’à l’enseignement supérieur. Quatrièmement, bien que l’Autriche se trouve dans une situation budgétaire à long terme plus viable que celle de la plupart des autres pays de l’OCDE, le niveau des dépenses publiques et des impôts reste élevé et une série de distorsions ont des effets négatifs sur la qualité et la composition de ces dépenses. On passera en revue dans ce chapitre les tendances économiques à court et long terme en mettant en lumière ces enjeux majeurs, qui seront examinés plus en détail dans les chapitres suivants.

  • L’économie autrichienne a grandement bénéficié du développement de ses relations économiques avec l’Europe centrale et orientale, qui a sensiblement renforcé la croissance, la productivité, la compétitivité et les bénéfices des entreprises, ainsi que l’emploi total – encore que le bilan soit plus mitigé à cet égard. En fait, parmi les anciens États membres de l’Union européenne (UE), c’est l’Autriche qui a tiré le plus grand profit de la transition des pays d’Europe centrale et orientale de l’économie planifiée vers l’économie de marché, puis de l’adhésion des dix nouveaux États membres, situés pour la plupart en Europe centrale et orientale, qui ont rejoint l’UE en 2004. Néanmoins, il semble que ces évolutions aient eu des conséquences préjudiciables sur des segments importants de la population autrichienne, en particulier les travailleurs peu qualifiés et semi-qualifiés du secteur manufacturier. Les pouvoirs publics doivent donc prendre des mesures pour aider les catégories de main-d’oeuvre ayant des difficultés à faire face à la concurrence croissante des pays d’Europe centrale et orientale. En outre, les autorités pourraient déployer davantage d’efforts pour rendre le territoire autrichien plus attractif pour les travailleurs expatriés hautement qualifiés, et aussi pour préserver la position de Vienne en tant que plaque tournante pour les multinationales présentes dans la région. À cet égard, il serait notamment nécessaire de renforcer les voies de communication orientales et de réduire au minimum les obstacles bureaucratiques et les formalités administratives pour les entreprises étrangères qui souhaitent faire de Vienne leur base d’opérations.

  • Le marché du travail autrichien, à la fois intégrateur et performant, s’est traditionnellement caractérisé par des taux d’emploi globalement élevés et des niveaux de salaire équilibrés et compétitifs. Ce succès est aussi attribuable à l’efficacité de la formation du capital humain dans le cadre du système éducatif, une forte proportion de travailleurs ayant au moins achevé le deuxième cycle de l’enseignement secondaire, en particulier grâce à une formation professionnelle de qualité, même si les inscriptions dans l’enseignement supérieur sont moins nombreuses que dans d’autres pays de l’OCDE à haut revenu. Ce système demeure performant pour les travailleurs qualifiés appartenant aux classes d’âge de forte activité, mais est de plus en plus défaillant dans les segments plus marginaux, comme ceux des travailleurs âgés, des travailleurs peu qualifiés, des jeunes ayant une formation insuffisante et des immigrés. L’emploi des femmes ayant de jeunes enfants est lui aussi traditionnellement faible. Le présent chapitre décrit les nouveaux défis posés par la segmentation de plus en plus sensible du marché du travail et les initiatives prises par les autorités pour renforcer l’offre et la demande de travail dans les segments les plus vulnérables. Toute mesure qui, pour atteindre ces objectifs, conduirait à de fortes hausses des salaires minimums, des minima sociaux et des incitations à la cessation anticipée d’activité risquerait de se révéler contre-productive. Ce chapitre s’achève par de nouvelles recommandations concernant notamment le système éducatif, dont l’objet est d’empêcher une pérennisation de la segmentation du marché du travail.

  • Conformément aux politiques européennes prévues par la stratégie de Lisbonne, la stimulation de la croissance par un surcroît d’innovation est devenue une priorité des autorités autrichiennes. On examinera dans ce chapitre les performances de l’Autriche dans le domaine de l’innovation, ses politiques à cet égard et les conditions cadres réservées à l’innovation et à la croissance. Au cours de la décennie écoulée, le pays a connu une augmentation de ses dépenses de R-D due pour l’essentiel à la progression de la R-D en pourcentage du PIB des entreprises, et il souhaite continuer dans cette voie pour les porter à 3 % du PIB d’ici 2010. L’activité d’innovation telle que la mesurent les indicateurs de résultats a également progressé selon d’autres critères, dont le nombre de PME considérées comme innovantes. Les moyens d’action et les institutions ont par ailleurs été renforcés, et une culture de l’évaluation des politiques se met en place. On note toutefois, au niveau en particulier des conditions cadres économiques, certains points faibles susceptibles de freiner la création et la diffusion de l’innovation et l’amélioration de la productivité. Il conviendrait de s’intéresser davantage à ces conditions cadres, et notamment de renforcer la concurrence sur les marchés de produits non manufacturés (commerce de détail, services professionnels, etc.), d’abaisser le coût de la création d’entreprise et de valoriser davantage le capital humain. Un objectif numérique de dépenses de R-D, considéré comme une fin en soi, a très peu de chances d’être d’un bon rapport coût-efficacité. Avec sa réforme universitaire de 2002, l’Autriche a fait des progrès décisifs en termes d’efficience de l’enseignement supérieur, mais elle doit aller plus loin.

  • À politiques constantes et compte tenu du vieillissement de la population, la dette publique autrichienne devrait augmenter en pourcentage du PIB à l’horizon de 2050 selon les prévisions de l’OCDE. Bien que cette hausse soit moins forte que dans la plupart des autres pays de l’OCDE, elle appelle de nouvelles mesures d’assainissement budgétaire. Le gouvernement a fait des efforts louables pour contenir les charges liées aux retraites et améliorer l’efficacité en termes de coûts de l’administration publique ; il a franchi une première étape importante dans la réforme du système de santé et s’est fixé pour objectif d’équilibrer le budget corrigé des effets du cycle conjoncturel. Cela exige de poursuivre dans la voie de la rigueur. Il faut également remodeler le système fiscal pour favoriser la croissance et l’emploi, tout en répartissant plus équitablement les fruits de l’expansion. Il est possible d’améliorer la qualité et le rapport coût/efficacité de la dépense publique par des réformes (dont l’adoption d’un cadre à moyen terme des finances publiques et de la budgétisation axée sur les résultats). Enfin, on peut perfectionner la gouvernance et les services publics en révisant l’organisation budgétaire fédérale, de façon à impliquer davantage l’ensemble des organismes du secteur public et à mieux harmoniser les responsabilités de financement et de dépense à tous les échelons administratifs.