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  • Les appels à l'action sont nombreux : les gouvernements ont réaffirmé le droit fondamental de chacun d'être à l’abri de la faim lors de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable Rio+20 en septembre 2012. Cette même année, le Secrétaire général de l'ONU a lancé la campagne « Défi Faim Zéro » pour mettre fin à la faim dans le monde, et le Programme de développement durable à l’horizon 2030, adopté en septembre 2015, confirme l'importance de la sécurité alimentaire et l'éradication de la faim est par ailleurs le deuxième objectif de développement durable (ODD 2).

  • À ce jour, les politiques de sécurité alimentaire et nutritionnelles (SAN) ont été développées principalement à travers des approches descendantes traditionnelles, à savoir que celles-ci sont conçues et mises en oeuvre au niveau national, souvent sans tenir suffisamment compte des priorités et des besoins des parties prenantes locales, et sans les impliquer dans le processus d'élaboration de ces politiques. Ce manque de coordination et d’engagement des parties prenantes est exacerbé lorsque les politiques sont le résultat des efforts de coopération internationale axés sur des projets ; les calendriers serrés et la nature très ciblée de tels projets peuvent donner lieu à des interventions et des politiques fragmentées et générer la dépendance locale à l'aide extérieure. Les pays participants dans ce rapport (Cambodge, Colombie, Côte d'Ivoire, Mali, Maroc, Niger et Pérou) reconnaissent de plus en plus le besoin de mettre en place une approche ascendante, dans laquelle les différents niveaux de gouvernement peuvent travailler ensemble.

  • Réduire les problèmes liés à la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN) est une priorité mondiale de développement et une approche territoriale est la réponse clé qui permettra de faire des progrès dans la lutte contre ces problèmes. Ce rapport offre un ensemble d’enseignements qui peuvent aider à mettre en oeuvre cette approche. Il résume les principales conclusions du projet de recherche mené conjointement par l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture des Nations unies (FAO), l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le Fonds d'équipement des Nations unies (FENU), entre 2013 et 2015, pour examiner l'utilité d'adopter une approche territoriale pour faire face aux problèmes de sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN).

  • Ce chapitre met en avant le fait que, trop souvent, les politiques de lutte contre l'insécurité alimentaire n’ont pas tenu compte de la dimension territoriale de cette question. La nature de l'insécurité alimentaire varie considérablement entre les régions urbaines et rurales, ainsi que dans les différents territoires. Pour que les politiques soient efficaces, elles doivent également refléter les différences régionales. La sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN) est une question multidimensionnelle qui a souvent été traitée par des approches sectorielles descendantes « à taille unique ». Tout en puisant dans le nouveau paradigme rural de l'OCDE, ce chapitre propose une approche territoriale globale comme cadre alternatif pour aborder cette question. Une approche territoriale de la politique de SAN est également nécessaire pour faciliter la coordination entre les différentes politiques sectorielles et niveaux de gouvernement. Cela peut aider à élargir et à assouplir le cadre des politiques de SAN. Suivre une approche territoriale est complexe mais crucial pour l'élaboration des politiques qui relient les objectifs d'équité, d'efficacité économique et de durabilité environnementale et chacun de ces éléments est indispensable dans la lutte contre l'insécurité alimentaire et la malnutrition.

  • Le Gouvernement royal du Cambodge s’engage à améliorer la situation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN) dans le pays et il a mis en place divers mécanismes politiques pour gérer son caractère multidimensionnel. La mise en oeuvre a posé certains problèmes, notamment pour faire en sorte que toutes les régions et provinces bénéficient, à part égale des progrès accomplis jusqu’ici. Au vu de la situation actuelle, les résultats de la SAN varient selon les régions et provinces et la capacité à gérer les disparités territoriales est entravée par les défauts et manques de coordination entre les différents niveaux du gouvernement ainsi qu’entre les nombreuses organisations de développement et organisations non gouvernementales présentes dans le pays. L’adoption d’une approche territoriale contribuerait à garantir la mise en oeuvre effective des politiques là où elles sont le plus utiles et à établir un lien entre les politiques et programmes afin d’éviter la fragmentation et la duplication des efforts.

  • Le Gouvernement colombien cherche à apporter une réponse intégrée aux problèmes de sécurité alimentaire et nutritionnelle au moyen d’une approche intersectorielle prenant en compte les dimensions économiques, sociales et sanitaires, tout en impliquant plusieurs ministères clés. Le pays connaît des disparités géographiques importantes : les problèmes de sécurité alimentaire et nutritionnelle sont plus profonds dans les régions les plus pauvres et reculées, là même où les capacités institutionnelles pour les résoudre sont souvent faibles. De plus, le conflit armé a mis en danger la vie et la sécurité de nombreux Colombiens. Il a rendu plus difficile la collecte d’informations territoriales nécessaires à l’élaboration de politiques pour lutter contre l’insécurité alimentaire (par ex. relatives à la taille des communautés, aux populations déplacées, etc.). Malgré ces difficultés, il existe des exemples prometteurs, comme dans le département d’Antioquia, où la mise en oeuvre réussie d’une politique multidimensionnelle de sécurité alimentaire et nutritionnelle a donné un nouvel élan aux hommes politiques nationaux comme aux organisations internationales de développement. Cet exemple démontre la viabilité des politiques menées par les institutions locales ayant une approche territoriale pour lutter contre les défis spécifiques à chaque territoire de sécurité alimentaire et nutritionnelle.

  • L’approche de la côte d’Ivoire en matière de développement rural a longtemps été axée sur le développement de l’agriculture. Depuis le conflit civil, le gouvernement s’est fondé sur une approche sectorielle de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN) et du développement rural. Les politiques en cours sont centrées autour de l’organisation, la gestion et « l’institutionnalisation » d’un certain nombre de chaînes de création de valeur du secteur agricole. L’insécurité alimentaire de la Côte d’Ivoire est concentrée géographiquement. La malnutrition chronique est plus élevée dans les régions les plus au nord du pays et, en particulier, dans les régions du Nord (39,3 %), Nord-Est (39,3 %), Ouest (34,2 %) et Nord-Ouest (31,8 %). Les niveaux les plus bas de malnutrition chronique sont dans la région de la capitale Abidjan (17,9 %). Les ménages qui sont touchés par la malnutrition chronique ont tendance à être ceux qui dépendent de l’agriculture de subsistance ou de la production d’objets artisanaux et ceux dont le chef de famille a le niveau d’éducation le plus faible. Des outils innovants de politiques publiques seront nécessaires pour gérer le développement rural et la sécurité alimentaire au cours des prochaines décennies. Ces outils doivent tenir compte des différences régionales et être en mesure de coordonner les actions des différents secteurs, en se concentrant non seulement sur l'intensification et la diversification des productions agricoles mais aussi en priorisant des activités non agricoles.

  • Le Maroc déploie un effort concerté en vue de réduire ses inégalités régionales internes et a partiellement « territorialisé » à la fois les politiques sectorielles et les processus démocratiques de prise de décision. Les interventions visant à améliorer la situation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN) dans les zones marginalisées, vont du développement humain à la provision d’infrastructures rurales en passant par la promotion du potentiel de développement endogène dans les zones rurales. L’agenda de décentralisation politique du pays a également contribué à rapprocher la prise de décision du peuple et a facilité l’élaboration de politiques adaptées aux besoins et aux opportunités contextuelles. Néanmoins, un grand nombre de défis subsistent, dont la faiblesse des mécanismes de coordination horizontale, qui risquent d’entrainer une duplication des efforts et une absence d’interventions adaptées. La fragmentation des systèmes d’information territoriaux complique la mise en oeuvre des approches territoriales par le gouvernement. En outre, le renforcement des capacités locales et l’implication des autorités sous-nationales dans les processus d’élaboration de politiques à tous les niveaux seront d’une importance cruciale.

  • Le Pérou a réalisé d’importants progrès en termes de réduction de la pauvreté et d’amélioration de la sécurité alimentaire, à la fois en raison d’une croissance économique soutenue et du rôle central joué par le ministère du Développement et de l’Inclusion sociale et sa politique « Inclure pour croître». Un programme pilote particulièrement innovant promeut l’apprentissage entre pairs parmi les petits exploitants afin de renforcer leur productivité, améliorant ainsi indirectement la sécurité alimentaire grâce à l’accroissement de la production et des revenus. Si le développement s’annonce prometteur, certains défis importants concernant la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans le pays doivent être résolus. Les zones montagneuses éloignées ainsi que celles associées aux minorités ethniques demeurent les plus exposées aux défis de la SAN. Malgré la disponibilité des données, les informations territoriales n’ont pas été utilisées de manière adéquate pour soutenir la définition de politiques favorables à la croissance.

  • Un atelier intitulé « Approche territoriale dans les politiques de sécurité alimentaire et nutritionnelle » s’est déroulé le 31 mars 2016 à Bamako (Mali) pour discuter de l’étude de diagnostic réalisée dans le cadre de l’initiative conjointe de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’OCDE et le Fonds d’équipement des Nations Unies (FENU) par la Commission pour la sécurité alimentaire (CSA). L’étude a porté sur : 1) les disparités territoriales, 2) la manière dont le pays aborde le caractère multidimensionnel de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN), 3) la question de la gouvernance à multiple niveau et la coordination verticale et horizontale, 4) l’approche sectorielle et multisectorielle de la SAN adoptée par le pays. Cette commission multisectorielle est responsable de la politique de sécurité alimentaire et nutritionnelle au Mali. L’atelier a rassemblé les parties prenantes de l’administration centrale et locale de tous les ministères sectoriels, le bureau du Premier ministre et différents maires. Les donneurs ont également participé à l’événement, y compris USAID, le Programme alimentaire mondial des Nations Unies, la coopération belge et suisse, les banques nationales, des banques de développement agricole et des organisations non gouvernementales.