Mark
Statistiques de base de l'Allemagne, 2008
Résumé
L’économie allemande se remet d’une sévère récession consécutive à l’effondrement du commerce mondial. Comme la production ne retrouvera probablement qu’à moyen terme son niveau d’avant la crise, le chômage et le déficit budgétaire vont encore augmenter. La crise a mis en lumière la forte exposition de l’économie aux évolutions mondiales et révélé certaines faiblesses structurelles sousjacentes.
Évaluation et recommandations
Après que l’économie avait subi sa récession la plus profonde depuis l’après-guerre, la croissance est redevenue positive au printemps 2009. La reprise actuelle est étayée par les mesures de relance budgétaire, des conditions monétaires expansionnistes, un redressement du commerce mondial, une amélioration des conditions financières et les opérations de restockage des entreprises. L’activité économique est en train de reprendre, mais la production ne devrait pas retrouver son niveau d’avant la crise avant 2013. À moyen terme, il y aura donc un sous-emploi considérable des ressources dans l’économie, même s’il est probable que la crise a aussi entraîné une réduction temporaire du taux de croissance de la production potentielle.
Sortir de la crise
Après un fort ralentissement au cours de la récession, la croissance du PIB en termes réels s’est redressée, mais la reprise devrait être relativement lente. La crise mondiale a frappé l’économie allemande essentiellement via l’effondrement du commerce international, moteur de l’expansion qui a précédé la crise. Pour l’avenir, l’enjeu primordial sera de remédier aux effets dommageables de la crise sur le marché du travail et sur les finances publiques. Avant la crise, la croissance était alimentée principalement par l’exportation et se caractérisait par un important excédent de balance courante. Cet excédent tenait à une capacité de financement des entreprises et des administrations publiques en progression dans le contexte d’un niveau élevé et croissant d’épargne des ménages. Pour une large part, les sorties de capitaux reflétaient les investissements réalisés à l’étranger par le système bancaire. Les deux principaux enjeux structurels pour l’avenir devraient être d’améliorer la stabilité du secteur bancaire et d’éliminer les obstacles intérieurs à une plus forte croissance.
Faciliter le changement structurel et combattre le chômage de longue durée
Le chômage a nettement baissé avant la crise, en particulier grâce aux réformes antérieures du marché du travail, et il est resté étonnamment stable pendant cette récession – à la fois en comparaison des épisodes passés et par rapport aux autres pays de l’OCDE. Cela tient surtout à un aménagement plus flexible du temps de travail, mais la mise en place du dispositif de chômage partiel subventionné par l’État et la rétention volontaire des effectifs liée aux précédentes pénuries de maind’oeuvre qualifiée ont également joué un rôle. Compte tenu de la rigueur de la législation sur la protection des emplois réguliers, ce sont les travailleurs les moins protégés qui ont consenti les efforts d’ajustement les plus importants. À terme, la politique du marché du travail doit se préparer à une poussée probable du chômage dès que les entreprises s’efforceront de regagner en compétitivité. Le principal défi consiste à combattre l’accroissement du chômage de longue durée et à assouplir la législation sur la protection de l’emploi pour les contrats réguliers, de manière à faciliter le changement structurel au sein de l’économie allemande.
Après la crise : restaurer la viabilité des dépenses publiques
L’assainissement antérieur a permis de laisser les stabilisateurs économiques jouer pleinement pendant la crise. De nouvelles mesures d’assouplissement budgétaire prises fin 2008 et début 2009 ont contribué à l’aggravation marquée du déficit en 2010. Une règle budgétaire nouvellement adoptée limite le déficit structurel de l’État fédéral à 0.35 % du PIB et fait obligation aux Länder d’équilibrer les leurs; elle aidera à restaurer la viabilité des finances publiques. Mais il faudra peut-être en perfectionner certains aspects pour la rendre plus efficace. Afin de respecter les obligations prévues par la nouvelle règle pendant une phase de transition, des mesures de redressement, allant au-delà de la simple suppression progressive des dispositifs de stimulation, seront nécessaires de 2011 à 2016. Il conviendra de donner la priorité à la réduction des dépenses, notamment en améliorant l’efficience du secteur public ainsi qu’en allégeant les subventions et la consommation des administrations. Dans la mesure où une hausse des recettes serait nécessaire, le gouvernement devrait mettre fin aux allégements fiscaux qui entraînent des distorsions, et relever les taxes sur l’immobilier et la consommation.
Le système bancaire : les leçons de la crise financière
Le système bancaire allemand a subi des tensions durant la crise financière, notamment en raison de sa forte exposition à des actifs toxiques générés aux États- Unis. À court terme, la stabilité du système a pu être assurée en grande partie au moyen de mesures substantielles de soutien de la part du gouvernement. Néanmoins, parvenir à une capitalisation convenable du système bancaire reste un défi majeur pour la période à venir et nécessitera sans doute une intervention plus active des pouvoirs publics. Les causes profondes des problèmes du système bancaire sont liées aux facteurs suivants : i) les activités des Landesbanken qui ont bénéficié des garanties de l’État sans avoir de véritable modèle économique; ii) la capitalisation médiocre et la forte fragmentation du système bancaire dans son ensemble, éventuellement liée à son organisation particulièrement rigide autour de trois piliers; et iii) les carences de la réglementation et du contrôle bancaire. Tout le problème consiste à s’attaquer à ces trois causes pour accroître la stabilité de long terme du système.
Des réformes structurelles pour stimuler la croissance potentielle dans un monde globalisé
Le taux de croissance potentielle, déjà faible depuis longtemps, a encore fléchi sous l’effet de la crise. Cette atonie tient surtout au manque de dynamisme d’un certain nombre de secteurs de services; la plupart des branches manufacturières, en revanche, ont connu une expansion rapide au cours des années qui ont précédé la crise, à la faveur d’une demande extérieure soutenue. Il s’agit aujourd’hui de consolider les résultats enregistrés jusqu’ici par les secteurs exportateurs et de faire en sorte que l’économie tout entière suive la même voie, en rendant les politiques publiques plus propices à l’innovation et au changement structurel. Plus précisément, il faut assouplir la réglementation des marchés de produits pour éviter qu’elle ne protège des activités non compétitives, améliorer les conditions-cadres de l’innovation, réformer encore le système éducatif de manière à créer un réservoir suffisant de travailleurs très qualifiés, et faire en sorte que la politique d’immigration facilite davantage l’entrée de travailleurs hautement qualifiés.
Add to Marked List